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p. 16-53
DISSERTATION sur la Lune qui doit regler la Pasques.
Début :
On y fait une querelle à la Lune ; les uns veulent qu'elle / Dans l'opinion où l'on est que Pasques doit toûjours se [...]
Mots clefs :
Pâques, Lune, Mars, Équinoxe, Années, Célébration, Janvier, Grecs, Mois surnuméraire, Printemps, Fête, Mois solaire, Cycle, Dimanche, Jour, Lunes, Église, Concile
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur la Lune qui doit regler la Pasques.
On y fait une querelle
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
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