Oeuvre commentée (1)
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1
p. 120-140
Eloge funebre de Mr Pelisson, prononcé à l'Academie de Toulouse. [titre d'après la table]
Début :
Je croy, Madame, vous avoir marqué dans quelqu'une de [...]
Mots clefs :
Pelisson, Lettres, Ouvrages, Académie, Éloge, Prison, Savants, Illustre, Erreurs, Mort, Éloge funèbre, Académie française
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texteReconnaissance textuelle : Eloge funebre de Mr Pelisson, prononcé à l'Academie de Toulouse. [titre d'après la table]
Je croy , Madame , vous
avoir marqué dans quelqu'une
de mes Lettres , qu'il
s'eft fait une Academic de
gens de Lettres dans la Ville
de Touloufe . Comme M' Pcliffon
en eftoit le Fondateur ,
ceux qui compoſent cette
AcaGALANT.
12 [
Academic , ont voulu faire
connoiftre l'estime particulier
qu'ils avoient pour luy ,
en luy rendant aprés fa mort
tous les honneurs qu'il pouvoit
attendre, & de leur zele ,
& de leur reconnoiffance.
Aprés avoir choisi pour Interprete
de leurs fentimens ,
Mr de Rocoles , ancien Chanoine
de S. Benoist de Paris
qui eft de leur Corps , & fort
connu parmy les Sçavans par
fes Ouvrages , ils fe trouverent
le Jeudy 9. du mois paffé
au lieu de leurs Affemblées
ordinaires , où il prononça
May 1693.
L
122 MERCURE
>
l'Eloge funebre de cet Illuftre
Défunt en preſence d'une
infinité de perfonnes diſtin .
guées , & par leur fçavoir , &
par leurs Charges . Son dif
cours qui fut latin , dura une
heure , & fut divifé en trois
parties . Il prit pour texte ces
paroles de l'Ecclefiaftique.
In Thefauris fapientiæ intelle-
Etus , & fcientia religiofitas.
Dans la premiere partie il
parla de fa naiffance , illuftre
dans la Robe , puis qu'il eftoit
Fils & petit Fils de deux
Confeillers en la Chambre de
l'Edit , & arriere Fils d'un
GALANT. 123
-
Premier Prefident de Chambery
. Il parla auffi du lieu de
fa naiffance qui eftoit la ville
de Beziers , quoy qu'il fuft
cenfé eftre de Caftres , & de
l'année qu'il vint au monde ,
fçavoir le 30. Octobre 1628 .
année remarquable par la
prife de la Rochelle . Il y
appliqua un bon augure pour
ce grand homme , & fit fort
valoir fon attachement pour
les Lettres , & le progrez qu'il
y fit désfa premiere jeuneffe ,
fous la conduite de Morus,
Ecoffois fi diftingué par fɔn
crudition . De- là il paffa à
Lij
134 MERCURE
Toulouse , où il fit admirer la
vivacité de fon efprit , en furpaffant
tout le refte des jeunes
gens qui prenoient des Leçons
des mêmes Maiftres ;
& comme fi ce n'eut pas
cfté affez qu'il euft employé
à l'étude le temps ordinaire
que les autres y confacrent ,
il les continua toûjours fans
que cette paffion que l'âge
ralentit ordinairement diminuaft
en aucune forte. L'Academie
qu'il formaà Toulouſe
il y a trente cinq ou quarante
ans en eft une preuve . Il dit
que Mr de Malapeire , dont il
GALANT 125
loüa la vertu & le merite , fe
joignit avec cet Illuftre Défunt
, & que fon zele à remplir
divers exercices , faifoit
l'admiration de la Ville , &
l'étonnement de fes Collegues
. Dans la feconde partie ,
il mit en avant fa vie publique
, c'est - à - dire le temps
qu'il a vécu à la Cour , & la
joye avec laquelle l'Academie
Françoife le reçut pour un de
fes Membres. Il parla enfuite
de la confiance que feu Mr
Fouquet avoit cüc en luy , des
malheurs dans lefquels s'eftoir
trouvé ce Miniftre d'Eftar ,
Liij
126 MERCURE
de la generofité avec laquelle
M' Pelliffon l'avoit deffendu ,
& il particularifa tout ce qu'il
avoit fait pour ſauver la vic
& l'honneur de ce Miniſtre .
Il montra que la Prifon qu'il
fouffrit , malgré l'obscurité
qui l'accompagne , l'avoit delivré
des tenebres de l'erreur ,
en luy infpirant l'envie de lire
les Peres . Comme cette lecture
l'avoit éclaircy entierement
des doutes que les prejugez
& la naiffance , ou une
éducation contraire à celle
de noftre Religion avoit pû
luy faire fucer avec le lait, M
GALANT 127
par
de Rocoles fit valoir ſon juſte
difcernement , d'avoir connu
des raisons qui ne peuvent
eftre conteftées , que la Religion
Catholique eſt la veritable.
Enfin il parla de la faveur
que le Roy , tout juste cftimateur
qu'il eft du merite, ne
luy accorda qu'aprés qu'il cut
abjuré l'Erreur , comme file
Fils ainé de l'Eglife cuft deû
trouver indignes de fes bienfaits
, tous ceux qui font hors
de fa croyance. Il fit mention
des graces dont Sa Majesté l'avoit
comblé en luy donnant
les Abbayes de Benevent , de
L iiij
128 MERCURE
Gimont, & en le faifant l'Oeconome
& le difpenfateur de
fes faveurs pour les nouveaux
Convertis. Ce fut là , où il
marqua fa prudence & fa fageffe
dans cette difpenfation.
Il dit que ne fe contentant
pas de leur donner les alimens
temporels , il avoit
fourni à plufieurs la nourriture
fpirituelle de l'ame , où
en refutant les erreurs de leurs
faux Paſteurs , ou en éclairciffant
leurs doutes , lors qu'il
avoit connu qu'il leur en ref
toit , ou en les confolant des
Etabliffemens confiderables
GALANT. 129
qu'ils avoient quittez dans
les Pays Etrangers . Il leur remontroit
avec combien d'avantage
, l'efperance & la durée
des biens celeftes qu'ils
ne pouvoient attendre que
dans noftre Religion , les
indemniferoit à la fin de
leur vie , du mépris qu'ils
en avoient fait , & que la
gloire de vivre fous l'obeiffance
de noftre Augufte Monarque
, furpaffoit le plaifir
de vivre par tout ailleurs . Enfin
dans la troifiéme partie
de ce difcours , M'de Rocoles
fit voir combien Mr Pel130
MERCURE
liffon avoit efté eftimé de
prefque toutes les perfonnes
de l'Europe , diftinguées par
leur élevation , par leur merite
, par leur profonde litterature
, & par leur pieté , &
combien il avoit merité de
l'eftre par les Trefors de
Science & de Sageffe qu'il
avoit poffedez dans un degré
tres éminent . Ce fut en cet
endroit qu'il fit un dénombrement
de prefque tous les
Sçavans de l'Europe , qui
avoient eu relation avec luy.
Il commença par Alexandre-
Morus, qui dans les derniers
GALANT. 131
momens de fa vie , & par teftament
, luy laiffa un legs. Il
parla de l'eftime qu'en faifoient
le premier Miniftre
d'Eftat de Brandebourg , O.
thon de Schwerin , Baron de
l'Empire , Prevoft de l'Eglife
Cathedrale de la Ville de
Brandebourg ; François Curretin
, & Eftienne le Moine ,
premiers Prof. ffeurs , l'un de
Geneve , & l'autre de Leide .
Ce fut alors que M' de Rocoles
dit fort à propos
, que
puis qu'on faifoit tant de cas
des alliances que la naiſſance
donnoit, on en devoit encore
132 MERCURE
faire beaucoup plus de celles
que les belles Lettres procuroient.
Il nomma les Alliez
de M Peliffon en cette maniere
, c'eft à dire , ceux des
gens de Lettres , qui avoient
efté fes meilleurs Amis , M's
de Malapeire , Voiture , Vaugelas
, Brebeuf, Godeau , Chapelain
, Corneille , Scudery
Conratt, Menage , Gombaud ,
Segrais , & autres. Il parla enfuite
du R. Pere de la Chaize
avec grand éloge , de mefme
que de M's Boffuet & Huet ,
Evefques de Meaux & d'Avranches
. Il n'oublia pas
GALANT: 133
les conteftations qu'il avoit
eués avec le Miniftre Pierre
Juricu , Profeffeur à Rotterdam
, qu'il particularifa ,
& ce fut fur ce fujet qu'il
dit , que les debats des Sçavans
ne fervent bien fouvent
qu'à produire une estime mutuelle
, & à découvrir les erreurs
& les beveuës dans lefquelles
l'un d'eux a donné . Il
loüa les Ouvrages de Contro .
verfe de M Peliffon , & dit
que malgré la nature de ces
fortes d'Ouvrages Polemiques
, il les écrivoit avec autant
d'élegance que de pureté,
14 MERCURE
& que non feulement la charité
chretienne n'y eftoit point
offenfée , mais qu'il avoit foin
d'y obferver toutes les regles
de la bien- feance . Il dit encore
combien dans la difpenfa .
tion des Oeconomats il avoit
diſtingué ceux qui estoient
recommandables
par leur
érudition , ou qui avoient
quelque attachement pour les
belles Lettres , ajoûtant que
l'efperance de ces Sçavans
Convertis , qui fembloit com
me éteinte par fa mort , venoit
d'eftre rallumée par la
bonté que le Roy avoit cuë
GALANT. 135
de
de nommer pour difpenfateur
de ces mefmes bienfaits
& penfions , M' Dagueffeau ,
Confeiller d'Eftar ordinaire ,
qui outre une naiſſance diftinguée
dans la Robe , comme
cftant Fils d'un premier Prefident
du Parlement
Guienne , & defcendant des
perfonnes les plus confidera
bles , poffede encore une integrité
admirable dans fès jugemens
, beaucoup de politeffe
dans fon langage , de la
delicateffe dans fes expreffions
, & une profonde érudition.
Il dit qu'il parloit dans
136 MERCURE
une Ville limitrophe de la
Guienne , où fon Pere & luy
fucceffivement avoient vêcu ,
& dont les principaux Membres
pouvoient porter un fidelle
témoignage de toutes
fes vertus & de fon éloquence ,
qu'il avoit fouvent fait paroi
ftre en l'Affemblée des Etats.
Retournant enfuite à feu M
Peliffon , il parla de la gloire
que l'Academie de Toulouſe
avoit cuë d'avoir un tel Eleve ,
qui avoit donné des idées fi
avantageufes du reste de fes
Membres , & s'étendant fur ,
les liaifons étroites que M
GALANT. 137
Peliſſon avoit cuës avec plufieurs
autres perfonnes , il dit
que pour faire voir fa folide
picté , il fuffifoit de remarquer
les fentimens qu'avoient
toujours eus pour luy les deux
hommes du Royaume en
qui le Roy a témoigné avoir
le plus de confiance , en leur
donnant la conduite de ce
qu'il a de plus cher au monde .
M' de Rocoles parla particulierement
du R. Pere de la
Chaize, en qui l'on voit également
briller les avantages
d'une naiffance illuftre , &
d'une pieté folide . L'autre
May 1693 .
M
138 MERCURE
Perfonne dont il fit auffi l'éloge
, fut M' l'Evefque de
Meaux. La part qu'il a cue à
l'éducation de Monfeigneur
le Dauphin , fait que la France
admirera toujours en fon
digne chef- d- oeuvre , fes vertus
& fon érudition , dont fes
Ouvrages font les plus dignes
Panegyriftes. Enfin il parla du
Livre pofthume que Mr Peliffon
a laiffé fur l'Euchariftie
, & dont il découvrit les
particularitez ; & comme la
fin de toutes les louanges que
l'on peut attendre fur la terre ,
eft empruntée de celles de
GALANT . 139
noftre grand Monarque , il
parla de fon Hiftoire , dont la
compofition luy avoit cfté
confiée . Enfin il finit en difant
qu'il n'y avoit perfonne
qui ne fuft convaincu que par
toutes les actions , M' Peliffon
avoit entierement remply le
caractere dont il l'avoit marqué
reveftu , lors qu'il avoit
montré dans fon difcours qu'il
avoit poffedé des Trefors de
fageffe,de difcernement , & de
fcience , par lefquels il s'eftoit
rendu recommandable à la
poftetité , un miroir de vertu
confommée aux perfonnes
Mij
140 MERCURE
qui frequentent la Cour ,
un exemple aux Sçavans qui
afpirent à la plus grande perfection
, & un par fait modelle
aux Membres de l'Academic
dont il avoit cfté l'un des
Fondateurs.
avoir marqué dans quelqu'une
de mes Lettres , qu'il
s'eft fait une Academic de
gens de Lettres dans la Ville
de Touloufe . Comme M' Pcliffon
en eftoit le Fondateur ,
ceux qui compoſent cette
AcaGALANT.
12 [
Academic , ont voulu faire
connoiftre l'estime particulier
qu'ils avoient pour luy ,
en luy rendant aprés fa mort
tous les honneurs qu'il pouvoit
attendre, & de leur zele ,
& de leur reconnoiffance.
Aprés avoir choisi pour Interprete
de leurs fentimens ,
Mr de Rocoles , ancien Chanoine
de S. Benoist de Paris
qui eft de leur Corps , & fort
connu parmy les Sçavans par
fes Ouvrages , ils fe trouverent
le Jeudy 9. du mois paffé
au lieu de leurs Affemblées
ordinaires , où il prononça
May 1693.
L
122 MERCURE
>
l'Eloge funebre de cet Illuftre
Défunt en preſence d'une
infinité de perfonnes diſtin .
guées , & par leur fçavoir , &
par leurs Charges . Son dif
cours qui fut latin , dura une
heure , & fut divifé en trois
parties . Il prit pour texte ces
paroles de l'Ecclefiaftique.
In Thefauris fapientiæ intelle-
Etus , & fcientia religiofitas.
Dans la premiere partie il
parla de fa naiffance , illuftre
dans la Robe , puis qu'il eftoit
Fils & petit Fils de deux
Confeillers en la Chambre de
l'Edit , & arriere Fils d'un
GALANT. 123
-
Premier Prefident de Chambery
. Il parla auffi du lieu de
fa naiffance qui eftoit la ville
de Beziers , quoy qu'il fuft
cenfé eftre de Caftres , & de
l'année qu'il vint au monde ,
fçavoir le 30. Octobre 1628 .
année remarquable par la
prife de la Rochelle . Il y
appliqua un bon augure pour
ce grand homme , & fit fort
valoir fon attachement pour
les Lettres , & le progrez qu'il
y fit désfa premiere jeuneffe ,
fous la conduite de Morus,
Ecoffois fi diftingué par fɔn
crudition . De- là il paffa à
Lij
134 MERCURE
Toulouse , où il fit admirer la
vivacité de fon efprit , en furpaffant
tout le refte des jeunes
gens qui prenoient des Leçons
des mêmes Maiftres ;
& comme fi ce n'eut pas
cfté affez qu'il euft employé
à l'étude le temps ordinaire
que les autres y confacrent ,
il les continua toûjours fans
que cette paffion que l'âge
ralentit ordinairement diminuaft
en aucune forte. L'Academie
qu'il formaà Toulouſe
il y a trente cinq ou quarante
ans en eft une preuve . Il dit
que Mr de Malapeire , dont il
GALANT 125
loüa la vertu & le merite , fe
joignit avec cet Illuftre Défunt
, & que fon zele à remplir
divers exercices , faifoit
l'admiration de la Ville , &
l'étonnement de fes Collegues
. Dans la feconde partie ,
il mit en avant fa vie publique
, c'est - à - dire le temps
qu'il a vécu à la Cour , & la
joye avec laquelle l'Academie
Françoife le reçut pour un de
fes Membres. Il parla enfuite
de la confiance que feu Mr
Fouquet avoit cüc en luy , des
malheurs dans lefquels s'eftoir
trouvé ce Miniftre d'Eftar ,
Liij
126 MERCURE
de la generofité avec laquelle
M' Pelliffon l'avoit deffendu ,
& il particularifa tout ce qu'il
avoit fait pour ſauver la vic
& l'honneur de ce Miniſtre .
Il montra que la Prifon qu'il
fouffrit , malgré l'obscurité
qui l'accompagne , l'avoit delivré
des tenebres de l'erreur ,
en luy infpirant l'envie de lire
les Peres . Comme cette lecture
l'avoit éclaircy entierement
des doutes que les prejugez
& la naiffance , ou une
éducation contraire à celle
de noftre Religion avoit pû
luy faire fucer avec le lait, M
GALANT 127
par
de Rocoles fit valoir ſon juſte
difcernement , d'avoir connu
des raisons qui ne peuvent
eftre conteftées , que la Religion
Catholique eſt la veritable.
Enfin il parla de la faveur
que le Roy , tout juste cftimateur
qu'il eft du merite, ne
luy accorda qu'aprés qu'il cut
abjuré l'Erreur , comme file
Fils ainé de l'Eglife cuft deû
trouver indignes de fes bienfaits
, tous ceux qui font hors
de fa croyance. Il fit mention
des graces dont Sa Majesté l'avoit
comblé en luy donnant
les Abbayes de Benevent , de
L iiij
128 MERCURE
Gimont, & en le faifant l'Oeconome
& le difpenfateur de
fes faveurs pour les nouveaux
Convertis. Ce fut là , où il
marqua fa prudence & fa fageffe
dans cette difpenfation.
Il dit que ne fe contentant
pas de leur donner les alimens
temporels , il avoit
fourni à plufieurs la nourriture
fpirituelle de l'ame , où
en refutant les erreurs de leurs
faux Paſteurs , ou en éclairciffant
leurs doutes , lors qu'il
avoit connu qu'il leur en ref
toit , ou en les confolant des
Etabliffemens confiderables
GALANT. 129
qu'ils avoient quittez dans
les Pays Etrangers . Il leur remontroit
avec combien d'avantage
, l'efperance & la durée
des biens celeftes qu'ils
ne pouvoient attendre que
dans noftre Religion , les
indemniferoit à la fin de
leur vie , du mépris qu'ils
en avoient fait , & que la
gloire de vivre fous l'obeiffance
de noftre Augufte Monarque
, furpaffoit le plaifir
de vivre par tout ailleurs . Enfin
dans la troifiéme partie
de ce difcours , M'de Rocoles
fit voir combien Mr Pel130
MERCURE
liffon avoit efté eftimé de
prefque toutes les perfonnes
de l'Europe , diftinguées par
leur élevation , par leur merite
, par leur profonde litterature
, & par leur pieté , &
combien il avoit merité de
l'eftre par les Trefors de
Science & de Sageffe qu'il
avoit poffedez dans un degré
tres éminent . Ce fut en cet
endroit qu'il fit un dénombrement
de prefque tous les
Sçavans de l'Europe , qui
avoient eu relation avec luy.
Il commença par Alexandre-
Morus, qui dans les derniers
GALANT. 131
momens de fa vie , & par teftament
, luy laiffa un legs. Il
parla de l'eftime qu'en faifoient
le premier Miniftre
d'Eftat de Brandebourg , O.
thon de Schwerin , Baron de
l'Empire , Prevoft de l'Eglife
Cathedrale de la Ville de
Brandebourg ; François Curretin
, & Eftienne le Moine ,
premiers Prof. ffeurs , l'un de
Geneve , & l'autre de Leide .
Ce fut alors que M' de Rocoles
dit fort à propos
, que
puis qu'on faifoit tant de cas
des alliances que la naiſſance
donnoit, on en devoit encore
132 MERCURE
faire beaucoup plus de celles
que les belles Lettres procuroient.
Il nomma les Alliez
de M Peliffon en cette maniere
, c'eft à dire , ceux des
gens de Lettres , qui avoient
efté fes meilleurs Amis , M's
de Malapeire , Voiture , Vaugelas
, Brebeuf, Godeau , Chapelain
, Corneille , Scudery
Conratt, Menage , Gombaud ,
Segrais , & autres. Il parla enfuite
du R. Pere de la Chaize
avec grand éloge , de mefme
que de M's Boffuet & Huet ,
Evefques de Meaux & d'Avranches
. Il n'oublia pas
GALANT: 133
les conteftations qu'il avoit
eués avec le Miniftre Pierre
Juricu , Profeffeur à Rotterdam
, qu'il particularifa ,
& ce fut fur ce fujet qu'il
dit , que les debats des Sçavans
ne fervent bien fouvent
qu'à produire une estime mutuelle
, & à découvrir les erreurs
& les beveuës dans lefquelles
l'un d'eux a donné . Il
loüa les Ouvrages de Contro .
verfe de M Peliffon , & dit
que malgré la nature de ces
fortes d'Ouvrages Polemiques
, il les écrivoit avec autant
d'élegance que de pureté,
14 MERCURE
& que non feulement la charité
chretienne n'y eftoit point
offenfée , mais qu'il avoit foin
d'y obferver toutes les regles
de la bien- feance . Il dit encore
combien dans la difpenfa .
tion des Oeconomats il avoit
diſtingué ceux qui estoient
recommandables
par leur
érudition , ou qui avoient
quelque attachement pour les
belles Lettres , ajoûtant que
l'efperance de ces Sçavans
Convertis , qui fembloit com
me éteinte par fa mort , venoit
d'eftre rallumée par la
bonté que le Roy avoit cuë
GALANT. 135
de
de nommer pour difpenfateur
de ces mefmes bienfaits
& penfions , M' Dagueffeau ,
Confeiller d'Eftar ordinaire ,
qui outre une naiſſance diftinguée
dans la Robe , comme
cftant Fils d'un premier Prefident
du Parlement
Guienne , & defcendant des
perfonnes les plus confidera
bles , poffede encore une integrité
admirable dans fès jugemens
, beaucoup de politeffe
dans fon langage , de la
delicateffe dans fes expreffions
, & une profonde érudition.
Il dit qu'il parloit dans
136 MERCURE
une Ville limitrophe de la
Guienne , où fon Pere & luy
fucceffivement avoient vêcu ,
& dont les principaux Membres
pouvoient porter un fidelle
témoignage de toutes
fes vertus & de fon éloquence ,
qu'il avoit fouvent fait paroi
ftre en l'Affemblée des Etats.
Retournant enfuite à feu M
Peliffon , il parla de la gloire
que l'Academie de Toulouſe
avoit cuë d'avoir un tel Eleve ,
qui avoit donné des idées fi
avantageufes du reste de fes
Membres , & s'étendant fur ,
les liaifons étroites que M
GALANT. 137
Peliſſon avoit cuës avec plufieurs
autres perfonnes , il dit
que pour faire voir fa folide
picté , il fuffifoit de remarquer
les fentimens qu'avoient
toujours eus pour luy les deux
hommes du Royaume en
qui le Roy a témoigné avoir
le plus de confiance , en leur
donnant la conduite de ce
qu'il a de plus cher au monde .
M' de Rocoles parla particulierement
du R. Pere de la
Chaize, en qui l'on voit également
briller les avantages
d'une naiffance illuftre , &
d'une pieté folide . L'autre
May 1693 .
M
138 MERCURE
Perfonne dont il fit auffi l'éloge
, fut M' l'Evefque de
Meaux. La part qu'il a cue à
l'éducation de Monfeigneur
le Dauphin , fait que la France
admirera toujours en fon
digne chef- d- oeuvre , fes vertus
& fon érudition , dont fes
Ouvrages font les plus dignes
Panegyriftes. Enfin il parla du
Livre pofthume que Mr Peliffon
a laiffé fur l'Euchariftie
, & dont il découvrit les
particularitez ; & comme la
fin de toutes les louanges que
l'on peut attendre fur la terre ,
eft empruntée de celles de
GALANT . 139
noftre grand Monarque , il
parla de fon Hiftoire , dont la
compofition luy avoit cfté
confiée . Enfin il finit en difant
qu'il n'y avoit perfonne
qui ne fuft convaincu que par
toutes les actions , M' Peliffon
avoit entierement remply le
caractere dont il l'avoit marqué
reveftu , lors qu'il avoit
montré dans fon difcours qu'il
avoit poffedé des Trefors de
fageffe,de difcernement , & de
fcience , par lefquels il s'eftoit
rendu recommandable à la
poftetité , un miroir de vertu
confommée aux perfonnes
Mij
140 MERCURE
qui frequentent la Cour ,
un exemple aux Sçavans qui
afpirent à la plus grande perfection
, & un par fait modelle
aux Membres de l'Academic
dont il avoit cfté l'un des
Fondateurs.
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