Oeuvre commentée (1)
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1
p. 95-116
Suite de l'Extrait de la Défense de la Chronologie fondée sur les monumens de l'histoire ancienne contre le systême chronologique de M. Newton ; par M. Fréret, & c.
Début :
M. Fréret parcourt un champ d'une plus vaste étendue dans la seconde partie de cet [...]
Mots clefs :
Année, Isaac Newton, Temps, Jours, Égypte, Cycle, Système, Nicolas Fréret, Dieux, Culte, Égyptiens, Époque, Sphère, Argonautes, Chronologie, Pasteurs, Chiron, Peuples, Religion, Hypothèse, Astronomie, Antiquité
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Extrait de la Défense de la Chronologie fondée sur les monumens de l'histoire ancienne contre le systême chronologique de M. Newton ; par M. Fréret, & c.
Suite de l'Extrait de la Défenfe de la Chro
nologiefondéefurles monumens de l'histoire.
ancienne contre le fyftême chronologiquede
M.Newton; parM. Fréret,&c.
M.Fréretparcourt unchampd'uneplus
vafte étendue dans la feconde partie de cet
Ouvrage. Elle ne renferme que trois fec
tions , dont les deux premieres traitent de
la chronologie de l'hiftoire Orientale. Il
prélude par des obfervations générales fur
les antiquités Egyptiennes & fur celles des
Chaldéens. Il expofe la méthode qu'il faut
fuivre pour parvenir à diftinguer les tra
ditions fabuleufes de ces peuples , des tra
ditions véritables ; enfuite il propoſe les
moyens de les concilier, & de réduire à
leur valeur hiſtorique ces efpaces immen
fes d'années que le préjugé national affi
gnoit parmi eux à la durée de leur Monar
chie.
Ces remarques le.conduifent par degrés
à une difcuffion approfondie de l'époque
96 MERCURE DE FRANCE.
toire de ce temps-là défigne fous le nom
de Pafteurs. Ils en étoient les maîtres ab
folus , lorfque Jacob vint y chercher un
afyle. Le Prince qui revêtit Jofeph dela
dignité de Miniftre de fes Etats , étoit un
deces Rois Pafteurs, qui ne furent entiére
ment expulfés qu'au bout de 511 ans. Le
temps de leur domination fut marqué par
toutes les viciffitudes de la fortune. Après
avoir donné la loi pendant plufieurs fie
cles , ils fe virent réduits à la recevoir. Un
premier échec les dépofféda du trône de
Memphis, fous le regne d'Aliphragmu
thofis vers l'an 1878 avant l'Ere Chrétien
ne. Ce Monarque leur enleva cette Capi
tale, les chaffa de l'Egypte , & les contrai
gnit de fe renfermer dans des marais du
Delta. C'eft à cet événement que fe rap
porte l'époque du paffage d'Inachus dans
la Grece.
Quarante-huit ans après , de nouvelles
révolutions affoiblirent encore ce peuple
d'étrangers. Les Egyptiens , fous la con
duire de Thethmofis leur Roi , les force
rent dans les lieux qui leur fervoient de
retraite , & où ils s'étoient retranchés. Ils
les obligerent pour la plupart de fe retirer
dans la Paleſtine & dans la Phénicie , au
nombre de 240000, d'où ils fe répandirent
dans la partiemontagneufe de la terre de
Chanaan.
Après
JUIN. 1758.
97
Après la défaite des Pafteurs par Theth
mofis en 1830 , ceux d'entr'eux qui ſe
fentirent affez forts pour réfifter aux atta
ques des naturels du pays, demeurerent
en Egypte. Ils fe cantonnerent dans les
environs de Pélufe , où ils conferverent
leur indépendance jufqu'au regne d'Amé.
nophis. Ce Prince fuperftitieux fe faiſant,
pour ainfi dire , un devoir d'extirper une
race profcrite comme impure par les Mi
niftres de fa Religion , leur déclara ouver
tement la guerre , & marcha contr'eux.
Cela les mit dans la néceffité de pourvoir
à leur défenſe. Ils fignalerent leur liberté
expirante par une dévaftation entiere de
l'Egypte. Ils remporterent de grands avan
tages fur Aménophis, qui n'échappa à leur
pourfuite , qu'en fuyant vers les frontieres
de l'Ethiopie. Le fuccès de leurs armes
s'étant foutenu pendant treize ans , ils fu
rent enfin vaincus par Séfoftris, fils de ce
Prince , qui les extermina. Ceux qu'épar
gna le fer du Vainqueur, fubirent le joug
de la fervitude la plus onéreuſe. Les Ifraé
lites , dont les Ancêtres avoient paſſé en
Egypte au temps de la pu flance de ces
Pafteurs , furent enveloppés dans la même
difgrace. Cet efclavage commun adonné
lieu de les confondre depuis les uns avec
les autres. Les horreurs des difcordes civi
E
98 MERCURE DE FRANCE
les qui défolerent l'Egypte dans le cours
de cette guerre cruelle & fanglante, qui
précéda la ruine des Pafteurs , furentcaufe
que plufieurs de fesHabitans abandonne
rent leur patrie , loin de laquelle ilsalle
rent, fous la conduite de différens Chefs,
chercher des retraites , & fonder des Etats.
Cefut alors que Danaus paffadans laGre
ce, où il établit une colonie.
Latroifieme fection beaucoup plus lon
gue que les deux précédentes , contient
is articles , où l'Auteur traite un grand
nombre de queftions auffi curieufes qu'im
portantes, & qui ont été affez peuéclair
cies jufqu'à préfent pour mériter une ex
plication plus détaillée. Il la deftine prin
cipalement à combattre l'identité préten
due de Séfoftris & d'Ofiris, que M. New
ton fuppofe d'après M. Prideaux , quia
avancéune femblable opinion fur quelques
traits de reffemblance qu'il a obfervésdans
les actions que l'hiftoire attribue àcesdeux
Héros de l'antiquité. Comme fi des rap
ports vagues dans la vie de plufieurs hom
mes, occafionnés par un pur effet du ha
zard , fuffifoient pour les identifier. M.
Fréret fait voir que cette identité eft con
traire à ce que l'Ecriture nous apprend de
la Religion Egyptienne au temps deJacob,
deJofeph& de Moyfe, Il prouve par le
JUIN. 1758.
99
texte des Ecrivains facrés , quele cultequi
en dépendoit n'avoit point fouffert les
changemens que M. Newton fe perfuade
lui être arrivés ; qu'il fut dans les ficcles
poftérieurs à Salomon , le même que celui
qui fubfiftoit dans ce pays au temps de
Moyfe, & que parconféquent le culte
d'Ofiris & d'Apis étoit établi long-temps
avantSefac, contemporain de Salomon &
de fonfils Roboam. Il réfulte de l'impoffi
bilité que Séfoftris ait pu être le même
quel'Ofiris des Egyptiens , des difficultés
infurmontables que le fçavant Académi
cien forme contre l'hypothefe de M. New
ton furla nature de l'idolâtrie , qu'il fou
tient avoir commencé par le culte des
hommes apothéofés. Il n'a point de peine
à montrer que ce fentiment contredit
l'idée que les Anciens nous donnent de la
Religion Egyptienne. « Les Dieux adorés
en Egypte , dit notre Auteur , étoient
»dedeuxefpeces. Lesunsétoient lesDieux
fupérieurs, qui étoient tels par leur na
"
29
99
»ture. Les autres étoient des hommes il
luftres , quela reconnoiffance , l'admira
tion & la flatterie avoient mis au rang
»desDieux, à caufe de leurs grandes ac
»tions, & des découvertes utiles quele
»genre humain leur devoit dans les Arts
& dansles Sciences. D'abord on s'étoit
E ij
100 MERCURE DEFRANCE.
»contenté de les affocier aux grandes Di
»vinités , à celles de la claffe fupérieure.
33
»Ces Dieux du fecond ordre étoientfub.
»ordonnés aux premiers. Ils n'étoient d'a
»bordque les exécuteurs de leurs volon
tés, & leurs Miniftres dans le gouverne
"mentdel'Univers. Mais dans la fuite,
"on les confondit enfemble , on leur
» donna un pouvoir égal ; & commeles
»hommes préferent volontiers dans la
Religion les objets fenûbles , & ceux qui
"
"
frappent leur imagination , aux objets
purement métaphyfiques , les Divinités
»
» du fecond ordre prirent peu 2 peu la
place des premieres , & les firent pref
»qu'entiérement oublier. »
Un examen réfléchi de l'origine de l'i
dolâtrie le conduit néceffairement à difcu
ter celle que lui attribuoit Evhemere, le
premier Auteur du fyftême qui concerne
l'apothéofe , ou le culte des hommes morts,
adopté & renouvellé par M. Newton. Cet
ancien Ecrivain qui fleuriffoit du temps
des fucceffeurs d'Alexandre , avoit compo
fé unouvragefur l'hiftoire fabuleufe,où
il prétendoit que toutes les Divinités n'é
toient que de fimples hommes femblables
à nous, quel'admiration pour leurs belles
actions , la reconnoiffance pour leursbien
faits, & ſouvent la terreur qu'ils avoient
JUIN 1758.
ΙΟΙ
infpirée , avoient placés dans ce rang fu
blime. Les peuples naturellement portés a
la fuperftition , s'étoient avifés d'adreffer
leur culte & leurs adorations à ces hom
mes qu'ils avoient changés en des êtres
d'une nature fupérieure à la nôtre. Ils s'i
maginoient qu'ils étoient devenus immor
tels , impaffibles & tout-puiffants , & ils les
regardoient comme les difpenfateurs des
biens &des maux qui nous arrivent dans
ce monde.
Cet Evhemere avoit affecté demarquer
le temps & le lieu de la naiſſance , de la
mort & de lafépulture de toutes ces Divi
nités. Son hypotheſe , bien loin d'être re
çue favorablement, excitaune indignation
générale, même parmi ceux d'entre les
Payens qui paroiffoient le plus indifférens
fur leurReligion. Elle fe préfentoit à leurs
yeux comme un moyen imaginé pour en
anéantir l'idée dans l'efprit des hommes.
M.Fréret obferve qu'il fuffit de confidérer
ce fyftême en lui même , dont lanouveau
té eft fenfible, pour être convaincu de fon
abfurdité & de fa fauffeté , même parmi
les Grecs qui admettoient l'apothéofe. En
effet , on ne fçauroit nier que cette affo
ciation des ames humaines aux Dieux fu
périeurs , ne foit la feule maniere dont on
puiffe concevoir l'origine du culte des
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
hommes déifiés. « Mais cette affociation ,
»dit notre Académicien , ne fera jamais
que des Dieux fecondaires & fubalter
»nes, dont le culte nepourra s'établir que
»par une longue fuite de générations , &
» ces Dieux ne parviendront même pref
»quejamais àêtre égalés aux Dieux fupé
»rieurs. C'eft ce qu'il confirme pardes
exemples tirés du culte religieux des Grecs,
qui diftinguoient cesDivinités fupérieures
des fubalternes , qu'ils nommoient tou
jours des Héros & des demi- Dieux. Il
montre par l'hiftoire de celui de Bacchus
quece Dieu nefut jamais regardé comme
un homme, oucomme un Héros. Il ex
pofe enfuite l'opinion des Egyptiens tou
chant le même Bacchus, Hercule & Pan,
qu'ils foutenoient n'avoir jamais été des
hommes. Il fait voir que l'apothéofe a été
inconnue aux peuples de l'Orient ; que
S. Paul , en s'adreffant aux Gentils, atou
joursfuppofé que lesDieux du Paganiſme
n'étoient pas des hommes déifiés ; que les
Phéniciens rejettoient le culte des Héros;
enfin que les Prêtres d'Egypte nioient que
les hommespuffent s'élever à la nature des
Dieux, & les Dieux defcendre à l'huma
nité. Ces remarques font fuivies de deux
digreffions , dont l'une a pour objet la va
riation de l'écliptique , dont les Egyptiens
JUIN. 1758.
10%
'entretinrent Hérodote ; l'autre roule fur
leur antiquité reconnue par Solon & par
Platon. M. Fréret fe propoſe d'établir dans
le dernier article de cette feconde partie
de fon Traité, queles Egyptiens ont con
fervé fous la domination des Grecs & des
Romains , le même éloignement pour le
culte des hommesmorts , qu'ils enavoient
témoigné dans les premiers âges de leur
Monarchie, & dansles fiecles floriffans de
leur indépendance. Cela donne lieu au
développement de leur fyftême religieux,
qu'il explique d'après les idées d'Hermes
de Porphyre, deJamblique , & de quel
ques autres Platoniciens modernes. Sino
tre analyfe n'excédoit déja par fa longueur
les bornes ordinaires , nous aurions pu en
trer dans quelque détail fur ce que ren
ferme de curieux ce morceau, qui nous
paroît fait avec beaucoupde foin , & très
propre à intéreffer ceux qui s'appliquent à
approfondir la théologie de ces anciens
temps duPaganifme. Nous ofons direàla
louange de l'Auteur , qu'il manie fon fujet
d'une maniere également fçavante & phi
lofophique. C'eft le témoignage que lui
rend M. de Bougainville , au jugement
duquel nous acquiefçons volontiers. Il eft
bonde l'entendre parler lui-même. « C'eft
»unfujet immenfe, dont les profondeurs
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.ور
ود
»inacceffibles au génie fans érudition ,
»impénétrables à l'érudition fans génie,
»renferment une infinité de problèmes ,
qu'un fçavant Philofophe eftfeul en état
"3
»
"
»de réfoudre. Je ne crains pas d'être dé
favoué parceux qui connoiffent les écrits
imprimés de M. Fréret, quand je leur
annonce que ce dernier Ouvrage ache
»vera de les convaincre qu'il étoit toutce
qu'il faut être pour lutter avec fuccès
»contredepareilles queftions. Illeprouve
» dans le coursde l'Ouvrage entier , mais
principalement à mes yeux dans cette
»feconde partie, oùbrillent à la fois toute
»la force & la fagacité de l'efprit, tout
» l'art de la critique & toutes les richeſſesود
» du fçavoir. Des difcuffions fines & mé
thodiques y conduifent le Lecteur à des
dénouemens finguliers , mais fimples ,
»dont la nouveauté l'étonne , dont la vé
»rité le frappe, & qu'il adoptefans efforts
»commedesidéesnaturelles, qui n'avoient
»befoin que d'être développées en lui.ور
»Les découvertes y naiffent les unes des
» autres. La chaîne qui lie les conféquen
» ces aux principes , les vraisemblances
» aux vérités , met entr'elles un accord fi
parfait , que les conjectures mêmes em
pruntent des faits dont elles dépendent ,
»ou qu'elles expliquent une folidité qui
» leur donne du corps.»
JUIN. 1758.
105
M. Fréret ne s'eft attaché jufqu'ici à
combattre que les preuves hiftoriques &
morales du fyftême de M. Newton , en
employant des argumens du même genre,
que les moyens mais enufage par fon Ad
verfaire. Il lui reftoit à examiner les preu
ves aftronomiques , dont ce Géometre a
voulu étayer fon hypothefe , & que fes
partifans font valoir avec beaucoup d'em
phafe. C'eſt ce que notre Auteur entre
prend de faire dans la troifieme partie qui
fe divife en deux fections. Cette matiere
eft liée à des calculs fi compliqués , qu'elle
eft, pour ainfi dire , hériffée de difficultés
qu'on ne parvient à réfoudre que par le
travail le plus opiniâtre. Mais les éclair
ciffemens qu'elle reçoit par ces fortes de
difcuffions compenfent la féchereffe des
détails épineux & pénibles qu'elle com
porte , & qui fuppofent néceffairement
une connoiffance plus que médiocre de
l'ancienne aftronomie. L'objet de la pre
miere fection eſt un réfutation dans les
formes de l'hypothefe de M. Newton ſur
letemps de l'établiffement de l'année Egyp
tienne. Suivant la fuppofition du nouveau
Chronologiſte , les Egyptiens s'étoient
fervis, avant le regne d'Ammon, pere de
Sefac ou Séfoftris, d'une année de 360
jours, qui différoit auffi fenfiblement de
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
l'année Lunaire que de l'année Solaire. Ce
Prince fut le premier qui ajouta cinq jours
épagomenes audouze mois, & qui donna
365 jours à l'année , dont l'ufage ne fut
pas d'abordcommun. Elle n'eut cours dans
toute l'Egypte que 72 ans après la mort
de Séfoftris , vers l'an 884 avant l'Ere
chrétienne , fous le regne d'Aménophis,
fils de Zarah , Roi d'Ethiopie, au temps.
duquel M. Newton rapporte l'entiere ex
pulfion des Paſteurs en 930, & qu'il pré
tend être le Menès d'Hérodote, l'Offiman
dyas de Diodore, & le Memnon desGrecs.
Il préfume que les Prêtres Egyptiens , à la
faveur de leursobfervations du lever & du
coucher héliaque des étoiles , furent alors
en état derégler leur Calendrier, en cor
rigeant la forme défectueufe de l'année
qu'ils avoient fuivie jufques-là. Il croit
que cefut pour confacrer la mémoire de
cette correction , dont ilattribuel'honneur
à Aménophis , qu'ils placerent autour de
fontombeaudansle fameuxédifice appellé
Memnonium, un cercle d'or de 365 cou
dées de circonférence , & le diviferent en
365 parties égales , qui faifoient allufion
au même nombre des jours dont leur an
née étoit compofée. Ilfuppofe encore que
le commencement de cette année nouvelle
fut fixépar eux au jour de l'équinoxe du
107
JUIN. 1758.
printemps. Mais comme elle a environ fix
heures de moins que l'année tropique, il
arriva qu'en quatre ans l'équinoxe avan
çoit d'un jour, & que par une fuite de
cette anticipation annuelle , au lieu de
concourir avecle premier jour du premier
mois, c'étoitfur le fecondde ce mois qu'il
tomboit. La même chofe avoit lieu pour
les levers & lescouchersdes étoiles. Ainft
felon M. Newton , lorfque ces Prêtres in
troduifirent dans la Chaldée l'ufage de
l'année de 365 jours, 137 ans après l'an
884, qui eft celui de fon établiſſement en
མ་
Egypte, le jour de l'équinoxe du prin
temps ne répondoit plus au premier jour
de l'année; mais au trente-quatrieme jour
cinq heures du fecond mois. L'établiffe
ment de cette année à Babylone , eft l'épo
que queM.Newton affigne à l'Ere de Na
bonaffar , qui commence au 26 Février de
Fan 747 avant l'Ere chrétienne.
Ces différentes affertions difcutées en
détail par notre Académicien , lui paroif
fentappuyées fur des fondemensruineux,
&parconféquent très-faciles à renverfer.
It montreque l'Aménophis dont il s'agit
ici , n'eft ni le Ménès d'Hérodote, ni l'Of
fimandyas de Diodore , que M. Newton
atortdelefaire auteur de la réforme du
Calendrier Egyptien ; que fon tombeau
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
n'avoit point été orné du cercle d'or , mais
celui d'un Roi d'Egypte plus ancien que
Séfaftris , & qui régnoit plus de feize cens
ans avant l'Ere chrétienne; enfin que l'éta
bliſſement de l'année de 365 jours eft de
la plus haute antiquité. Les raifons qu'il
oppofe à celles que le nouveauChronolo
gifte produit en faveur de fon hypotheſe,
fe réduifent aux articles fuivans. 1°. Les
Egyptiensavoient une annéevague de 365
jours , dont le commencement varioit
tous les ans de fix heures quelques minu
tes. C'étoit leur année religieufe. Les
Prêtres fe firent un point capital d'en con
ferverl'ufage ; en conféquence duquel les
fêtes des Dieux qui changeoient tous les
quatreans de jour par rapport au mouve
ment du foleil dans l'écliptique , parcou
roient toutes les faifons , & fanctifioient
fucceffivement tous les jours de l'année
folaire vraie.
2º. Ils avoient de plusune année civile,
dont le commencement étoit fixe , & qui
fervoit à régler la culture des terres , le
temps des fermages, & celui du paiement
des impôts annuels qui fe prenoient fur le
produit des terres.
3. Lescommencemens deces deux an
nées, dont l'une indiquoit les fêtes , &
l'autre marquoit les ufages civils , fe réu
niffoient au bout de 1460 ans par leur
JUIN. 1758.
concours au même point de l'écliptique.
109
Comme l'année civile commençoit au
lever héliaque de la canicule, nomméeSo
this en Egypte, cet espace de 1460 ans ,
dont le premier & dernier inftant étoient
déterminés par le retour commun des
deux années aux mêmes points du ciel ,
formoit un cycle connu fous le nom de
Cycle Sothiaque ou Caniculaire. La réunion
du premier jour de l'année vague avec
celui du lever héliaque de l'étoile Sothis
fous le climat de l'Egypte , marquoit la fin
d'une de ces périodes , & le commence
ment d'une autre.
4°.Cenforin témoigne expreffément que
l'année dans laquelle il écrivoit , étoit la
centieme d'un nouveau cycle , & que la
réunion ou le commencement du cycle
avoit concouru avec l'année du fecond
Confulat de l'Empereur Antonin , le trei
zieme jour avant les Calendes d'Août ,
c'eft-à-dire le 20 Juillet d'une année Ju
lienne , qui eft indubitablement la 138°
de l'Ere vulgaire. Cette année répondoit
donc à la premiere du nouveau cycle
Egyptien, & àla derniere du cycle pré
cédent. Ce cycle antérieur à celui de
Cenforin, avoit parconféquent commencé
aumois deJuillet de l'an 1322 avant l'Ere
vulgaire, c'est-à-dire 438 ans entiers avant
110 MERCURE DE FRANCE
la date établie par M. Newton pour le
premierétabliſſementde l'année Egyptien
ne de 365 jours.
5. M. Fréret va plus loin encorè. Il
fait voir que le cycle révolu immédiate
ment avant celui pendant lequel écrivoit
Cenforin , n'eft pas le plus ancien cycle
Egyptien. Il n'étoit que lefecond; & celui
de la centiemeannée, d'où dateCenforin,
étoit le troifieme. On trouvera donc, en
remontant au premier cycle, qu'il avoit
commencé 2920 ans avant le cent trente
huitieme de Jeſus-Chrift , ou l'an 2782
avant FEre chrétienne. La réalité de ce.
premier cycle eft une choſe facile àconf
tater , même parl'Ecriture dont notreAu
teur tire des preuves inconteftables, pour
montrer quel'année vague de 365 jours,
étoit en ufage chez lesEgyptiensau moins
du temps de Moyfe, & que parconfé
quent elle étoit de la même ancienneté
que lecycle caniculaire , qui eft compofé
de ces années. Ainfi ces deux chofes ont
uneliaiſon fi étroite, que l'une ne fçauroit
fubfifter fans l'autre , & que l'existence
prouvée de ce cycle eft une démonftration
de l'année de 3.65 jours.
L'examen de l'époque de Chiron dé
terminée dans le nouveau fyftême par
Faftronomie , fait le fujet de la feconde
JUIN. 1758.
TRE
fection , qui fe partage en quatre articles.
C'eft, fans contredit, le côté le plus im
pofant fouslequel l'hypothefe de M. New
tonfe préfente à l'efprit des perfonnes qui
nejugent que d'après les apparences, &
qui font par cela même moins en garde
contre l'illufion des moyens dont il fe fert
pour les établir. Comme la chronologie
阈
paroît recevoir fa plus grande certitude
des fecours qu'elle tire de l'aftronomie
M. Newton autorife fon calcul abrégé
d'une preuve qui en découle , & qui don
neàfon raiſonnement l'air d'une démonf
tration. Il s'agit de la détermination de
l'âge des Argonautes par le lieu des colu
res dans l'ancienne fphere Grecque réglée
par Chiron, pour leur ufage dans le cours
de la navigation qu'ils avoient entrepris.
M. Halley, qu'on n'accufera pas affuré
ment d'avoir été prévenu contre le nou
veau fyftême , avoue de bonne foi que
c'en eft l'endroit le plus problématique ;
parce qu'il dépend entiérement de deux.
fuppofitions, fçavoir rº. que Chiron avoir
deffiné une ſphere célefte pour l'ufage des
Argonautes ; 2°. que cette fphere étoit
celle qu'avoit fuivie Eudoxe , deux chofes
qui font avancées gratuitement. La théo
rie de la préceffion des équinoxes fournir
M.Newton l'argumentprincipal par le
112 MERCURE DE FRANCE.
quel il fe propofe d'abréger de plus de 400
ans la chronologie Grecque. Il eft conftant
parlesobfervations les plus exactes, queles
points équinoctiaux , & généralement tous
les points de l'écliptique , ont un mouve
ment rétrograde & continu , qui les porte
d'Orient en Occident contre l'ordre des
fignes , & dont la quantité mefurée eft
d'un degré en 72 ans. Chiron , felon M.
e
Newton, fixa l'expofition des points car
dinaux,au 15° degréde leursfignes.Meton,
l'an 16 de l'Ere de Nabonaffar , obſerva
31
le folftice d'été au huitieme degré da
Cancer. Parconféquent lesfolftices avoient
rétrogradé de fept degrés , & comme un
degrééquivaut à 72 ans, fept degrés par
courus produifent un intervalle de 504
ans , qui, ajoutés aux 316 de l'Ere de Na
bonaffar , qui s'étoient écoulés jufqu'au
temps de l'obfervation de Meton, nefont
remonter l'expédition des Argonautes qu'à
l'an 936 avant l'Ere chrétienne. Il n'eft
point queftion de la jufteffe de ces calculs
qu'on ne contefte point à M. Newton.
M.Fréret combat uniquement la vérité des
faits auxquels le nouveau Chronologiſte
les applique , & les conféquences qu'il en
tire pour accréditer fon hypotheſe. En
effet , fi cette fphere ancienne n'eft pas
celle de Chiron , il eft évident qu'on n'a
113
JUIN. 1758.
aucune raifon d'en déduire l'époque des
Argonautes , ni fonder fur le calcul qui
en réfultera, une chronologie totalement
oppofée à celle qui eft appuyée fur le té
moignage des meilleurs Ecrivains de l'An
tiquité. C'eft ce qu'il s'attache à prouver,
en remarquant 1°. que le premier planif
phere connu des Grecs differoit abfolu
ment de celui auquel Eudoxe a comparé
les obfervations du folftice faires par Me
ton ; ou quedumoins fi cette fphere eft
celle qu'Eudoxe a employée , elle avoit été
réformée demaniereàn'être plus lamême;
que conféquemment on ne peut inférer
l'époque des Argonautes de la pofition
affignée pour lors aux étoiles dans cette
fphere qui avoit été corrigée plufieurs
fiecles après eux ; 2°. qu'il fuffit de jetter
un coup d'œil fur ce qui nous refte des
monumens de l'aftronomie ancienne, pour
fe difpenfer d'avoir recours à cette correc
tion de fphere primitive, & pour être à
portée de voir divers Calendriers dreffés
fucceffivement , & dont il eft facile de
déterminer les époques, par les différences
qu'on obferve dans la repréſentation de
l'état du ciel fur chacun de ces Calen
driers ; 3 °. que celui qu'Eudoxe a fuivi ,
n'a été dreffé qu'au temps d'Héfiode , &
que fi l'on examine avec foin les frag
114 MERCURE DE FRANCE.
mens qui fubfiftent encore de quelques
autres , on parviendra à en découvrir dans
lenombre, un dont la date eft beaucoup
plus ancienne; puifqu'elle répond au com
mencement du quinzieme fiecle avant
Jefus-Chrift ; 4°. enfin que le temps de ce
premier effai de l'aftronomie concourt à
peu près avec l'époque marquée par les
meilleurs Ecrivains pour l'entreprife des
Argonautes ; qu'ainfi la détermination af
tronomique de cet événement , loin de
détruire leurs calculs , comme on voudroit
lefuppofer, eft unepreuvede plus en leur
faveur. Au refte, M. Fréret, avantquede
paffer à une difcuffion de la prétendue
démonſtration aftronomique de M. New
ton , donne une traduction d'un morceau
qui y eft relatif, & qu'il a extrait de
l'Ouvrageque M. Wifthon apublié contre
le nouveau fyftême. Elle y eft attaquée
dans un très-grand détail , qu'il abrege
felon l'exigence des cas. Il commente quel
quefois letexte du célebre Aftronome An
glois , auxremarques duquel il en ajoute
d'autres qui lui ont paru propres à confir
mer les idées de M. Wifthon. Il fait en
fuite des objections qui lui font particu
lieres contre cette même preuve aftrono
mique, dont M. Newton & fespartifans
fe prévalent; & pour leur donner toutela
JUIN 1758.
113
force dont ellesfontfufceptibles, ilfe livre
aux plusprofondes difcuffions des Calen
driers des différensâges , qu'il compare les
uns avec les autres. Il fait obſerverla mar
che progreffive des conftellations , indi
quée fur ces planifpheres , par la diverfité
des lieux qu'elles y occupent. De ces dif
férentes pofitions mifes en parallele avec
celles que les catalogues de Bayer & de
Flamftéed attribuent aux mêmes étoiles, il
déduit les époques qui doivent être affi.
gnées à ces planifpheres anciens. Il exa
mine unpaffage de Columelle allégué par
M.Newton, qui s'en autorife fans rap
porter les paroles expreffes de cet Auteur,
pour avancer que Meton avoit placé le co
lure des folftices au 8. degré. Ilfe pro
pofe de montrer que le fçavant Anglois
s'eft mépris groffiérement fur le fens de ce
paffage, qui bien loin de favorifer fon
fyftème, lui eft formellement contraire.
Cet examen l'engage par occafion dans
des recherches fur les Calendriers rufti
ques des Anciens. Des éclairciffemens fur
les Calendriers qui portoient le nom de
Meron, & fur ceux qui étoient , felon les
apparences , plus anciens que le temps.
d'Héfiode , terminent cette fection &c
F'ouvrage entier. Il eft aifé de jugerde fon
utilité par l'analyfe que nous venons d'en
116 MERCURE DE FRANCE.
faire. Onpeut affurer qu'elle eft fupériea
re à celle d'un écrit purement polémique;
puifque l'objet de ce Traité n'eft pas une
finple réfutation des hypothefes fingulie
res & hardies de M. Newton ; fon plan
embraffe encore la folution des plus im
portantes queſtions de la chronologie de
tous les peuples de l'antiquité, & la fixa
tion de toutes les époques générales, &
de celles d'un infinité de faits particuliers
fur chacun defquels il afpire à découvrir
la vérité. S'il nous étoit permis de déclarer
ce que nous penfons du travail de l'Au
teur, fans prétendre pour cela diminuer
le mérite de celui des autres perfonnesqui
ont attaqué le nouveau fyftême ,
dirions que nous n'en connoiffons aucun,
qui en ait développé les principes avec
plus d'ordre & de clarté , ait faifi les diffi
cultés qui en naiffent avec plus de préci
fion , & les ait combattus avec plus de
nous
force que M. Fréret.
nologiefondéefurles monumens de l'histoire.
ancienne contre le fyftême chronologiquede
M.Newton; parM. Fréret,&c.
M.Fréretparcourt unchampd'uneplus
vafte étendue dans la feconde partie de cet
Ouvrage. Elle ne renferme que trois fec
tions , dont les deux premieres traitent de
la chronologie de l'hiftoire Orientale. Il
prélude par des obfervations générales fur
les antiquités Egyptiennes & fur celles des
Chaldéens. Il expofe la méthode qu'il faut
fuivre pour parvenir à diftinguer les tra
ditions fabuleufes de ces peuples , des tra
ditions véritables ; enfuite il propoſe les
moyens de les concilier, & de réduire à
leur valeur hiſtorique ces efpaces immen
fes d'années que le préjugé national affi
gnoit parmi eux à la durée de leur Monar
chie.
Ces remarques le.conduifent par degrés
à une difcuffion approfondie de l'époque
96 MERCURE DE FRANCE.
toire de ce temps-là défigne fous le nom
de Pafteurs. Ils en étoient les maîtres ab
folus , lorfque Jacob vint y chercher un
afyle. Le Prince qui revêtit Jofeph dela
dignité de Miniftre de fes Etats , étoit un
deces Rois Pafteurs, qui ne furent entiére
ment expulfés qu'au bout de 511 ans. Le
temps de leur domination fut marqué par
toutes les viciffitudes de la fortune. Après
avoir donné la loi pendant plufieurs fie
cles , ils fe virent réduits à la recevoir. Un
premier échec les dépofféda du trône de
Memphis, fous le regne d'Aliphragmu
thofis vers l'an 1878 avant l'Ere Chrétien
ne. Ce Monarque leur enleva cette Capi
tale, les chaffa de l'Egypte , & les contrai
gnit de fe renfermer dans des marais du
Delta. C'eft à cet événement que fe rap
porte l'époque du paffage d'Inachus dans
la Grece.
Quarante-huit ans après , de nouvelles
révolutions affoiblirent encore ce peuple
d'étrangers. Les Egyptiens , fous la con
duire de Thethmofis leur Roi , les force
rent dans les lieux qui leur fervoient de
retraite , & où ils s'étoient retranchés. Ils
les obligerent pour la plupart de fe retirer
dans la Paleſtine & dans la Phénicie , au
nombre de 240000, d'où ils fe répandirent
dans la partiemontagneufe de la terre de
Chanaan.
Après
JUIN. 1758.
97
Après la défaite des Pafteurs par Theth
mofis en 1830 , ceux d'entr'eux qui ſe
fentirent affez forts pour réfifter aux atta
ques des naturels du pays, demeurerent
en Egypte. Ils fe cantonnerent dans les
environs de Pélufe , où ils conferverent
leur indépendance jufqu'au regne d'Amé.
nophis. Ce Prince fuperftitieux fe faiſant,
pour ainfi dire , un devoir d'extirper une
race profcrite comme impure par les Mi
niftres de fa Religion , leur déclara ouver
tement la guerre , & marcha contr'eux.
Cela les mit dans la néceffité de pourvoir
à leur défenſe. Ils fignalerent leur liberté
expirante par une dévaftation entiere de
l'Egypte. Ils remporterent de grands avan
tages fur Aménophis, qui n'échappa à leur
pourfuite , qu'en fuyant vers les frontieres
de l'Ethiopie. Le fuccès de leurs armes
s'étant foutenu pendant treize ans , ils fu
rent enfin vaincus par Séfoftris, fils de ce
Prince , qui les extermina. Ceux qu'épar
gna le fer du Vainqueur, fubirent le joug
de la fervitude la plus onéreuſe. Les Ifraé
lites , dont les Ancêtres avoient paſſé en
Egypte au temps de la pu flance de ces
Pafteurs , furent enveloppés dans la même
difgrace. Cet efclavage commun adonné
lieu de les confondre depuis les uns avec
les autres. Les horreurs des difcordes civi
E
98 MERCURE DE FRANCE
les qui défolerent l'Egypte dans le cours
de cette guerre cruelle & fanglante, qui
précéda la ruine des Pafteurs , furentcaufe
que plufieurs de fesHabitans abandonne
rent leur patrie , loin de laquelle ilsalle
rent, fous la conduite de différens Chefs,
chercher des retraites , & fonder des Etats.
Cefut alors que Danaus paffadans laGre
ce, où il établit une colonie.
Latroifieme fection beaucoup plus lon
gue que les deux précédentes , contient
is articles , où l'Auteur traite un grand
nombre de queftions auffi curieufes qu'im
portantes, & qui ont été affez peuéclair
cies jufqu'à préfent pour mériter une ex
plication plus détaillée. Il la deftine prin
cipalement à combattre l'identité préten
due de Séfoftris & d'Ofiris, que M. New
ton fuppofe d'après M. Prideaux , quia
avancéune femblable opinion fur quelques
traits de reffemblance qu'il a obfervésdans
les actions que l'hiftoire attribue àcesdeux
Héros de l'antiquité. Comme fi des rap
ports vagues dans la vie de plufieurs hom
mes, occafionnés par un pur effet du ha
zard , fuffifoient pour les identifier. M.
Fréret fait voir que cette identité eft con
traire à ce que l'Ecriture nous apprend de
la Religion Egyptienne au temps deJacob,
deJofeph& de Moyfe, Il prouve par le
JUIN. 1758.
99
texte des Ecrivains facrés , quele cultequi
en dépendoit n'avoit point fouffert les
changemens que M. Newton fe perfuade
lui être arrivés ; qu'il fut dans les ficcles
poftérieurs à Salomon , le même que celui
qui fubfiftoit dans ce pays au temps de
Moyfe, & que parconféquent le culte
d'Ofiris & d'Apis étoit établi long-temps
avantSefac, contemporain de Salomon &
de fonfils Roboam. Il réfulte de l'impoffi
bilité que Séfoftris ait pu être le même
quel'Ofiris des Egyptiens , des difficultés
infurmontables que le fçavant Académi
cien forme contre l'hypothefe de M. New
ton furla nature de l'idolâtrie , qu'il fou
tient avoir commencé par le culte des
hommes apothéofés. Il n'a point de peine
à montrer que ce fentiment contredit
l'idée que les Anciens nous donnent de la
Religion Egyptienne. « Les Dieux adorés
en Egypte , dit notre Auteur , étoient
»dedeuxefpeces. Lesunsétoient lesDieux
fupérieurs, qui étoient tels par leur na
"
29
99
»ture. Les autres étoient des hommes il
luftres , quela reconnoiffance , l'admira
tion & la flatterie avoient mis au rang
»desDieux, à caufe de leurs grandes ac
»tions, & des découvertes utiles quele
»genre humain leur devoit dans les Arts
& dansles Sciences. D'abord on s'étoit
E ij
100 MERCURE DEFRANCE.
»contenté de les affocier aux grandes Di
»vinités , à celles de la claffe fupérieure.
33
»Ces Dieux du fecond ordre étoientfub.
»ordonnés aux premiers. Ils n'étoient d'a
»bordque les exécuteurs de leurs volon
tés, & leurs Miniftres dans le gouverne
"mentdel'Univers. Mais dans la fuite,
"on les confondit enfemble , on leur
» donna un pouvoir égal ; & commeles
»hommes préferent volontiers dans la
Religion les objets fenûbles , & ceux qui
"
"
frappent leur imagination , aux objets
purement métaphyfiques , les Divinités
»
» du fecond ordre prirent peu 2 peu la
place des premieres , & les firent pref
»qu'entiérement oublier. »
Un examen réfléchi de l'origine de l'i
dolâtrie le conduit néceffairement à difcu
ter celle que lui attribuoit Evhemere, le
premier Auteur du fyftême qui concerne
l'apothéofe , ou le culte des hommes morts,
adopté & renouvellé par M. Newton. Cet
ancien Ecrivain qui fleuriffoit du temps
des fucceffeurs d'Alexandre , avoit compo
fé unouvragefur l'hiftoire fabuleufe,où
il prétendoit que toutes les Divinités n'é
toient que de fimples hommes femblables
à nous, quel'admiration pour leurs belles
actions , la reconnoiffance pour leursbien
faits, & ſouvent la terreur qu'ils avoient
JUIN 1758.
ΙΟΙ
infpirée , avoient placés dans ce rang fu
blime. Les peuples naturellement portés a
la fuperftition , s'étoient avifés d'adreffer
leur culte & leurs adorations à ces hom
mes qu'ils avoient changés en des êtres
d'une nature fupérieure à la nôtre. Ils s'i
maginoient qu'ils étoient devenus immor
tels , impaffibles & tout-puiffants , & ils les
regardoient comme les difpenfateurs des
biens &des maux qui nous arrivent dans
ce monde.
Cet Evhemere avoit affecté demarquer
le temps & le lieu de la naiſſance , de la
mort & de lafépulture de toutes ces Divi
nités. Son hypotheſe , bien loin d'être re
çue favorablement, excitaune indignation
générale, même parmi ceux d'entre les
Payens qui paroiffoient le plus indifférens
fur leurReligion. Elle fe préfentoit à leurs
yeux comme un moyen imaginé pour en
anéantir l'idée dans l'efprit des hommes.
M.Fréret obferve qu'il fuffit de confidérer
ce fyftême en lui même , dont lanouveau
té eft fenfible, pour être convaincu de fon
abfurdité & de fa fauffeté , même parmi
les Grecs qui admettoient l'apothéofe. En
effet , on ne fçauroit nier que cette affo
ciation des ames humaines aux Dieux fu
périeurs , ne foit la feule maniere dont on
puiffe concevoir l'origine du culte des
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
hommes déifiés. « Mais cette affociation ,
»dit notre Académicien , ne fera jamais
que des Dieux fecondaires & fubalter
»nes, dont le culte nepourra s'établir que
»par une longue fuite de générations , &
» ces Dieux ne parviendront même pref
»quejamais àêtre égalés aux Dieux fupé
»rieurs. C'eft ce qu'il confirme pardes
exemples tirés du culte religieux des Grecs,
qui diftinguoient cesDivinités fupérieures
des fubalternes , qu'ils nommoient tou
jours des Héros & des demi- Dieux. Il
montre par l'hiftoire de celui de Bacchus
quece Dieu nefut jamais regardé comme
un homme, oucomme un Héros. Il ex
pofe enfuite l'opinion des Egyptiens tou
chant le même Bacchus, Hercule & Pan,
qu'ils foutenoient n'avoir jamais été des
hommes. Il fait voir que l'apothéofe a été
inconnue aux peuples de l'Orient ; que
S. Paul , en s'adreffant aux Gentils, atou
joursfuppofé que lesDieux du Paganiſme
n'étoient pas des hommes déifiés ; que les
Phéniciens rejettoient le culte des Héros;
enfin que les Prêtres d'Egypte nioient que
les hommespuffent s'élever à la nature des
Dieux, & les Dieux defcendre à l'huma
nité. Ces remarques font fuivies de deux
digreffions , dont l'une a pour objet la va
riation de l'écliptique , dont les Egyptiens
JUIN. 1758.
10%
'entretinrent Hérodote ; l'autre roule fur
leur antiquité reconnue par Solon & par
Platon. M. Fréret fe propoſe d'établir dans
le dernier article de cette feconde partie
de fon Traité, queles Egyptiens ont con
fervé fous la domination des Grecs & des
Romains , le même éloignement pour le
culte des hommesmorts , qu'ils enavoient
témoigné dans les premiers âges de leur
Monarchie, & dansles fiecles floriffans de
leur indépendance. Cela donne lieu au
développement de leur fyftême religieux,
qu'il explique d'après les idées d'Hermes
de Porphyre, deJamblique , & de quel
ques autres Platoniciens modernes. Sino
tre analyfe n'excédoit déja par fa longueur
les bornes ordinaires , nous aurions pu en
trer dans quelque détail fur ce que ren
ferme de curieux ce morceau, qui nous
paroît fait avec beaucoupde foin , & très
propre à intéreffer ceux qui s'appliquent à
approfondir la théologie de ces anciens
temps duPaganifme. Nous ofons direàla
louange de l'Auteur , qu'il manie fon fujet
d'une maniere également fçavante & phi
lofophique. C'eft le témoignage que lui
rend M. de Bougainville , au jugement
duquel nous acquiefçons volontiers. Il eft
bonde l'entendre parler lui-même. « C'eft
»unfujet immenfe, dont les profondeurs
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.ور
ود
»inacceffibles au génie fans érudition ,
»impénétrables à l'érudition fans génie,
»renferment une infinité de problèmes ,
qu'un fçavant Philofophe eftfeul en état
"3
»
"
»de réfoudre. Je ne crains pas d'être dé
favoué parceux qui connoiffent les écrits
imprimés de M. Fréret, quand je leur
annonce que ce dernier Ouvrage ache
»vera de les convaincre qu'il étoit toutce
qu'il faut être pour lutter avec fuccès
»contredepareilles queftions. Illeprouve
» dans le coursde l'Ouvrage entier , mais
principalement à mes yeux dans cette
»feconde partie, oùbrillent à la fois toute
»la force & la fagacité de l'efprit, tout
» l'art de la critique & toutes les richeſſesود
» du fçavoir. Des difcuffions fines & mé
thodiques y conduifent le Lecteur à des
dénouemens finguliers , mais fimples ,
»dont la nouveauté l'étonne , dont la vé
»rité le frappe, & qu'il adoptefans efforts
»commedesidéesnaturelles, qui n'avoient
»befoin que d'être développées en lui.ور
»Les découvertes y naiffent les unes des
» autres. La chaîne qui lie les conféquen
» ces aux principes , les vraisemblances
» aux vérités , met entr'elles un accord fi
parfait , que les conjectures mêmes em
pruntent des faits dont elles dépendent ,
»ou qu'elles expliquent une folidité qui
» leur donne du corps.»
JUIN. 1758.
105
M. Fréret ne s'eft attaché jufqu'ici à
combattre que les preuves hiftoriques &
morales du fyftême de M. Newton , en
employant des argumens du même genre,
que les moyens mais enufage par fon Ad
verfaire. Il lui reftoit à examiner les preu
ves aftronomiques , dont ce Géometre a
voulu étayer fon hypothefe , & que fes
partifans font valoir avec beaucoup d'em
phafe. C'eſt ce que notre Auteur entre
prend de faire dans la troifieme partie qui
fe divife en deux fections. Cette matiere
eft liée à des calculs fi compliqués , qu'elle
eft, pour ainfi dire , hériffée de difficultés
qu'on ne parvient à réfoudre que par le
travail le plus opiniâtre. Mais les éclair
ciffemens qu'elle reçoit par ces fortes de
difcuffions compenfent la féchereffe des
détails épineux & pénibles qu'elle com
porte , & qui fuppofent néceffairement
une connoiffance plus que médiocre de
l'ancienne aftronomie. L'objet de la pre
miere fection eſt un réfutation dans les
formes de l'hypothefe de M. Newton ſur
letemps de l'établiffement de l'année Egyp
tienne. Suivant la fuppofition du nouveau
Chronologiſte , les Egyptiens s'étoient
fervis, avant le regne d'Ammon, pere de
Sefac ou Séfoftris, d'une année de 360
jours, qui différoit auffi fenfiblement de
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
l'année Lunaire que de l'année Solaire. Ce
Prince fut le premier qui ajouta cinq jours
épagomenes audouze mois, & qui donna
365 jours à l'année , dont l'ufage ne fut
pas d'abordcommun. Elle n'eut cours dans
toute l'Egypte que 72 ans après la mort
de Séfoftris , vers l'an 884 avant l'Ere
chrétienne , fous le regne d'Aménophis,
fils de Zarah , Roi d'Ethiopie, au temps.
duquel M. Newton rapporte l'entiere ex
pulfion des Paſteurs en 930, & qu'il pré
tend être le Menès d'Hérodote, l'Offiman
dyas de Diodore, & le Memnon desGrecs.
Il préfume que les Prêtres Egyptiens , à la
faveur de leursobfervations du lever & du
coucher héliaque des étoiles , furent alors
en état derégler leur Calendrier, en cor
rigeant la forme défectueufe de l'année
qu'ils avoient fuivie jufques-là. Il croit
que cefut pour confacrer la mémoire de
cette correction , dont ilattribuel'honneur
à Aménophis , qu'ils placerent autour de
fontombeaudansle fameuxédifice appellé
Memnonium, un cercle d'or de 365 cou
dées de circonférence , & le diviferent en
365 parties égales , qui faifoient allufion
au même nombre des jours dont leur an
née étoit compofée. Ilfuppofe encore que
le commencement de cette année nouvelle
fut fixépar eux au jour de l'équinoxe du
107
JUIN. 1758.
printemps. Mais comme elle a environ fix
heures de moins que l'année tropique, il
arriva qu'en quatre ans l'équinoxe avan
çoit d'un jour, & que par une fuite de
cette anticipation annuelle , au lieu de
concourir avecle premier jour du premier
mois, c'étoitfur le fecondde ce mois qu'il
tomboit. La même chofe avoit lieu pour
les levers & lescouchersdes étoiles. Ainft
felon M. Newton , lorfque ces Prêtres in
troduifirent dans la Chaldée l'ufage de
l'année de 365 jours, 137 ans après l'an
884, qui eft celui de fon établiſſement en
མ་
Egypte, le jour de l'équinoxe du prin
temps ne répondoit plus au premier jour
de l'année; mais au trente-quatrieme jour
cinq heures du fecond mois. L'établiffe
ment de cette année à Babylone , eft l'épo
que queM.Newton affigne à l'Ere de Na
bonaffar , qui commence au 26 Février de
Fan 747 avant l'Ere chrétienne.
Ces différentes affertions difcutées en
détail par notre Académicien , lui paroif
fentappuyées fur des fondemensruineux,
&parconféquent très-faciles à renverfer.
It montreque l'Aménophis dont il s'agit
ici , n'eft ni le Ménès d'Hérodote, ni l'Of
fimandyas de Diodore , que M. Newton
atortdelefaire auteur de la réforme du
Calendrier Egyptien ; que fon tombeau
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
n'avoit point été orné du cercle d'or , mais
celui d'un Roi d'Egypte plus ancien que
Séfaftris , & qui régnoit plus de feize cens
ans avant l'Ere chrétienne; enfin que l'éta
bliſſement de l'année de 365 jours eft de
la plus haute antiquité. Les raifons qu'il
oppofe à celles que le nouveauChronolo
gifte produit en faveur de fon hypotheſe,
fe réduifent aux articles fuivans. 1°. Les
Egyptiensavoient une annéevague de 365
jours , dont le commencement varioit
tous les ans de fix heures quelques minu
tes. C'étoit leur année religieufe. Les
Prêtres fe firent un point capital d'en con
ferverl'ufage ; en conféquence duquel les
fêtes des Dieux qui changeoient tous les
quatreans de jour par rapport au mouve
ment du foleil dans l'écliptique , parcou
roient toutes les faifons , & fanctifioient
fucceffivement tous les jours de l'année
folaire vraie.
2º. Ils avoient de plusune année civile,
dont le commencement étoit fixe , & qui
fervoit à régler la culture des terres , le
temps des fermages, & celui du paiement
des impôts annuels qui fe prenoient fur le
produit des terres.
3. Lescommencemens deces deux an
nées, dont l'une indiquoit les fêtes , &
l'autre marquoit les ufages civils , fe réu
niffoient au bout de 1460 ans par leur
JUIN. 1758.
concours au même point de l'écliptique.
109
Comme l'année civile commençoit au
lever héliaque de la canicule, nomméeSo
this en Egypte, cet espace de 1460 ans ,
dont le premier & dernier inftant étoient
déterminés par le retour commun des
deux années aux mêmes points du ciel ,
formoit un cycle connu fous le nom de
Cycle Sothiaque ou Caniculaire. La réunion
du premier jour de l'année vague avec
celui du lever héliaque de l'étoile Sothis
fous le climat de l'Egypte , marquoit la fin
d'une de ces périodes , & le commence
ment d'une autre.
4°.Cenforin témoigne expreffément que
l'année dans laquelle il écrivoit , étoit la
centieme d'un nouveau cycle , & que la
réunion ou le commencement du cycle
avoit concouru avec l'année du fecond
Confulat de l'Empereur Antonin , le trei
zieme jour avant les Calendes d'Août ,
c'eft-à-dire le 20 Juillet d'une année Ju
lienne , qui eft indubitablement la 138°
de l'Ere vulgaire. Cette année répondoit
donc à la premiere du nouveau cycle
Egyptien, & àla derniere du cycle pré
cédent. Ce cycle antérieur à celui de
Cenforin, avoit parconféquent commencé
aumois deJuillet de l'an 1322 avant l'Ere
vulgaire, c'est-à-dire 438 ans entiers avant
110 MERCURE DE FRANCE
la date établie par M. Newton pour le
premierétabliſſementde l'année Egyptien
ne de 365 jours.
5. M. Fréret va plus loin encorè. Il
fait voir que le cycle révolu immédiate
ment avant celui pendant lequel écrivoit
Cenforin , n'eft pas le plus ancien cycle
Egyptien. Il n'étoit que lefecond; & celui
de la centiemeannée, d'où dateCenforin,
étoit le troifieme. On trouvera donc, en
remontant au premier cycle, qu'il avoit
commencé 2920 ans avant le cent trente
huitieme de Jeſus-Chrift , ou l'an 2782
avant FEre chrétienne. La réalité de ce.
premier cycle eft une choſe facile àconf
tater , même parl'Ecriture dont notreAu
teur tire des preuves inconteftables, pour
montrer quel'année vague de 365 jours,
étoit en ufage chez lesEgyptiensau moins
du temps de Moyfe, & que parconfé
quent elle étoit de la même ancienneté
que lecycle caniculaire , qui eft compofé
de ces années. Ainfi ces deux chofes ont
uneliaiſon fi étroite, que l'une ne fçauroit
fubfifter fans l'autre , & que l'existence
prouvée de ce cycle eft une démonftration
de l'année de 3.65 jours.
L'examen de l'époque de Chiron dé
terminée dans le nouveau fyftême par
Faftronomie , fait le fujet de la feconde
JUIN. 1758.
TRE
fection , qui fe partage en quatre articles.
C'eft, fans contredit, le côté le plus im
pofant fouslequel l'hypothefe de M. New
tonfe préfente à l'efprit des perfonnes qui
nejugent que d'après les apparences, &
qui font par cela même moins en garde
contre l'illufion des moyens dont il fe fert
pour les établir. Comme la chronologie
阈
paroît recevoir fa plus grande certitude
des fecours qu'elle tire de l'aftronomie
M. Newton autorife fon calcul abrégé
d'une preuve qui en découle , & qui don
neàfon raiſonnement l'air d'une démonf
tration. Il s'agit de la détermination de
l'âge des Argonautes par le lieu des colu
res dans l'ancienne fphere Grecque réglée
par Chiron, pour leur ufage dans le cours
de la navigation qu'ils avoient entrepris.
M. Halley, qu'on n'accufera pas affuré
ment d'avoir été prévenu contre le nou
veau fyftême , avoue de bonne foi que
c'en eft l'endroit le plus problématique ;
parce qu'il dépend entiérement de deux.
fuppofitions, fçavoir rº. que Chiron avoir
deffiné une ſphere célefte pour l'ufage des
Argonautes ; 2°. que cette fphere étoit
celle qu'avoit fuivie Eudoxe , deux chofes
qui font avancées gratuitement. La théo
rie de la préceffion des équinoxes fournir
M.Newton l'argumentprincipal par le
112 MERCURE DE FRANCE.
quel il fe propofe d'abréger de plus de 400
ans la chronologie Grecque. Il eft conftant
parlesobfervations les plus exactes, queles
points équinoctiaux , & généralement tous
les points de l'écliptique , ont un mouve
ment rétrograde & continu , qui les porte
d'Orient en Occident contre l'ordre des
fignes , & dont la quantité mefurée eft
d'un degré en 72 ans. Chiron , felon M.
e
Newton, fixa l'expofition des points car
dinaux,au 15° degréde leursfignes.Meton,
l'an 16 de l'Ere de Nabonaffar , obſerva
31
le folftice d'été au huitieme degré da
Cancer. Parconféquent lesfolftices avoient
rétrogradé de fept degrés , & comme un
degrééquivaut à 72 ans, fept degrés par
courus produifent un intervalle de 504
ans , qui, ajoutés aux 316 de l'Ere de Na
bonaffar , qui s'étoient écoulés jufqu'au
temps de l'obfervation de Meton, nefont
remonter l'expédition des Argonautes qu'à
l'an 936 avant l'Ere chrétienne. Il n'eft
point queftion de la jufteffe de ces calculs
qu'on ne contefte point à M. Newton.
M.Fréret combat uniquement la vérité des
faits auxquels le nouveau Chronologiſte
les applique , & les conféquences qu'il en
tire pour accréditer fon hypotheſe. En
effet , fi cette fphere ancienne n'eft pas
celle de Chiron , il eft évident qu'on n'a
113
JUIN. 1758.
aucune raifon d'en déduire l'époque des
Argonautes , ni fonder fur le calcul qui
en réfultera, une chronologie totalement
oppofée à celle qui eft appuyée fur le té
moignage des meilleurs Ecrivains de l'An
tiquité. C'eft ce qu'il s'attache à prouver,
en remarquant 1°. que le premier planif
phere connu des Grecs differoit abfolu
ment de celui auquel Eudoxe a comparé
les obfervations du folftice faires par Me
ton ; ou quedumoins fi cette fphere eft
celle qu'Eudoxe a employée , elle avoit été
réformée demaniereàn'être plus lamême;
que conféquemment on ne peut inférer
l'époque des Argonautes de la pofition
affignée pour lors aux étoiles dans cette
fphere qui avoit été corrigée plufieurs
fiecles après eux ; 2°. qu'il fuffit de jetter
un coup d'œil fur ce qui nous refte des
monumens de l'aftronomie ancienne, pour
fe difpenfer d'avoir recours à cette correc
tion de fphere primitive, & pour être à
portée de voir divers Calendriers dreffés
fucceffivement , & dont il eft facile de
déterminer les époques, par les différences
qu'on obferve dans la repréſentation de
l'état du ciel fur chacun de ces Calen
driers ; 3 °. que celui qu'Eudoxe a fuivi ,
n'a été dreffé qu'au temps d'Héfiode , &
que fi l'on examine avec foin les frag
114 MERCURE DE FRANCE.
mens qui fubfiftent encore de quelques
autres , on parviendra à en découvrir dans
lenombre, un dont la date eft beaucoup
plus ancienne; puifqu'elle répond au com
mencement du quinzieme fiecle avant
Jefus-Chrift ; 4°. enfin que le temps de ce
premier effai de l'aftronomie concourt à
peu près avec l'époque marquée par les
meilleurs Ecrivains pour l'entreprife des
Argonautes ; qu'ainfi la détermination af
tronomique de cet événement , loin de
détruire leurs calculs , comme on voudroit
lefuppofer, eft unepreuvede plus en leur
faveur. Au refte, M. Fréret, avantquede
paffer à une difcuffion de la prétendue
démonſtration aftronomique de M. New
ton , donne une traduction d'un morceau
qui y eft relatif, & qu'il a extrait de
l'Ouvrageque M. Wifthon apublié contre
le nouveau fyftême. Elle y eft attaquée
dans un très-grand détail , qu'il abrege
felon l'exigence des cas. Il commente quel
quefois letexte du célebre Aftronome An
glois , auxremarques duquel il en ajoute
d'autres qui lui ont paru propres à confir
mer les idées de M. Wifthon. Il fait en
fuite des objections qui lui font particu
lieres contre cette même preuve aftrono
mique, dont M. Newton & fespartifans
fe prévalent; & pour leur donner toutela
JUIN 1758.
113
force dont ellesfontfufceptibles, ilfe livre
aux plusprofondes difcuffions des Calen
driers des différensâges , qu'il compare les
uns avec les autres. Il fait obſerverla mar
che progreffive des conftellations , indi
quée fur ces planifpheres , par la diverfité
des lieux qu'elles y occupent. De ces dif
férentes pofitions mifes en parallele avec
celles que les catalogues de Bayer & de
Flamftéed attribuent aux mêmes étoiles, il
déduit les époques qui doivent être affi.
gnées à ces planifpheres anciens. Il exa
mine unpaffage de Columelle allégué par
M.Newton, qui s'en autorife fans rap
porter les paroles expreffes de cet Auteur,
pour avancer que Meton avoit placé le co
lure des folftices au 8. degré. Ilfe pro
pofe de montrer que le fçavant Anglois
s'eft mépris groffiérement fur le fens de ce
paffage, qui bien loin de favorifer fon
fyftème, lui eft formellement contraire.
Cet examen l'engage par occafion dans
des recherches fur les Calendriers rufti
ques des Anciens. Des éclairciffemens fur
les Calendriers qui portoient le nom de
Meron, & fur ceux qui étoient , felon les
apparences , plus anciens que le temps.
d'Héfiode , terminent cette fection &c
F'ouvrage entier. Il eft aifé de jugerde fon
utilité par l'analyfe que nous venons d'en
116 MERCURE DE FRANCE.
faire. Onpeut affurer qu'elle eft fupériea
re à celle d'un écrit purement polémique;
puifque l'objet de ce Traité n'eft pas une
finple réfutation des hypothefes fingulie
res & hardies de M. Newton ; fon plan
embraffe encore la folution des plus im
portantes queſtions de la chronologie de
tous les peuples de l'antiquité, & la fixa
tion de toutes les époques générales, &
de celles d'un infinité de faits particuliers
fur chacun defquels il afpire à découvrir
la vérité. S'il nous étoit permis de déclarer
ce que nous penfons du travail de l'Au
teur, fans prétendre pour cela diminuer
le mérite de celui des autres perfonnesqui
ont attaqué le nouveau fyftême ,
dirions que nous n'en connoiffons aucun,
qui en ait développé les principes avec
plus d'ordre & de clarté , ait faifi les diffi
cultés qui en naiffent avec plus de préci
fion , & les ait combattus avec plus de
nous
force que M. Fréret.
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