PROGRAMME De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, pour le Prix de Morale de 1750.

Données de base

Titre:

PROGRAMME De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, pour le Prix de Morale de 1750.

Incipit: L'Académie, fondée par M. Hector-Bernard Pouffier, Doyen du Parlement
Page(s): 153-160
Page(s) dans la numérisation: 158-165
Texte (OCR):
PROGRAMME
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon , pour le Prix de Morale
de 1750.
L

'Académie , fondée par M. Hector-
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans , que l…
Mots clefs: Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Prix de morale, Corps électriques, Électricité, Communication, Émanations, M. PinotDomaine: Système et histoire des connaissances humaines, Philosophie, Histoire naturelle

Provenance

Genre: IndéterminéCollectivité: Non

Langue et genre

Langue: FrançaisVers et prose: ProseType d'écrit journalistique: Article / Nouvelle littéraireCourrier des lecteurs: Non

Autres relations, titre dans la table des matières

Fait partie d'un dossier: Jean-Jacques Rousseau : textes de tiers
Titre d'après la table:

Autre de celle de Dijon,

Remarques et validité

Remarque:

C'est en découvrant cette annonce dans le Mercure que Jean-Jacques Rousseau entrevoit subitement les principes de sa philosophie qui détermineront la rédaction du Discours sur les sciences et les arts, oeuvre couronnée par le prix de morale de l'Académie de Dijon. Rousseau raconte plusieurs fois l'illumination qu'il subit à la lecture du texte. À Malesherbes, il écrit le 12 janvier 1762 : « Aprés avoir passé 40 ans de ma vie ainsi mécontent de moi me me et des autres je cherchois inutilement a rompre Les Liens qui me tenoient attaché a cette Société que j'estimois Si peu, et qui m'enchainoient aux occupations le moins de mon goût par des besoins que j'estimois ceux de La Nature, et qui n'étoient que ceux de L'opinion : Tout a coup un heureux hazard Vint m'eclairer Sur ce que j'avois a faire pour moi même, et à penser de mes semblables Sur Lesquels mon coeur etoit sans cesse en contradiction avec mon esprit, et que je me Sentois encore porté a aimer avec tant de raisons de Les haïr. Je voudrois M[onsieu]r vous pouvoir peindre ce moment qui a fait dans ma vie une Si Singuliere epoque et qui me Sera toujours present quand je vivrois eternellement. / J'allois voir Diderot alors prisonnier a Vincennes ; j'avois dans ma poche un Mercure de France que je me mis a feuilleter Le Long du chemin. Je tombe sur La question de l'Academie de Dijon qui a donné Lieu a mon premier écrit. Si jamais quelque chose a ressemblé à une inspiration Subite, c'est Le mouvem[en]t qui Se fit en moi à cette Lecture : Tout a coup je me Sens l'esprit ébloüi de mille Lumieres ; des foules d'idées vives S'y presenterent a La fois avec une force et une confusion qui me jetta dans un trouble inexprimable ; je Sens ma tête prise par un etourdissement Semblable a L'ivresse. Une violente palpitation m'oppresse, Souleve ma poitrine ; ne pouvant plus respirer en marchant, je me Laisse tomber sous un des arbres de L'avenue, et j'y passe une demi heure dans une telle agitation qu'en me relevant j'apperçus le devant de ma veste mouillé de mes Larmes sans avoir Senti que j'en repandois. Oh Monsieur Si j'avois jamais pû écrire Le quart de ce que j'ai vû et Senti Sous cet arbre, avec quelle clarté j'aurois fait voir toutes Les contradictions du systeme Social, avec quelle force j'aurois exposé tous les abus de Nos institutions, avec quelle Simplicité j'aurois démontré que L'homme est bon naturellem[en]t et que c'est par ces institutions Seules que les hommes deviennent méchans. Tout ce que j'ai pu retenir de ces foules de grandes Verités qui dans un quart d'heure m'illuminerent Sous cet arbre, a été bien foiblement epars dans Les trois principaux de mes ecrits, Savoir ce premier discours, celui Sur L'inegalité, et Le traité de L'education, Lesquels trois ouvrages sont inseparables et forment ensemble un meme tout. Tout Le reste a eté perdu, et il n'y eut d'ecrit Sur Le Lieu meme que La prosopopée de Fabricius. Voilà comment lorsque j'y pensois Le moins je devins auteur presque malgré moi. » (Jean-Jacques Rousseau, Correspondance complète, éd. Ralph A. Leigh, Genève, Institut et Musée Voltaire ; Oxford, Voltaire Foundation, 1972-1998, lettre no 1633). Au huitième livre des Confessions, Rousseau fournit des circonstances différentes, au moment de raconter ses visites à Diderot : « Cette année 1749 l'été fut d'une chaleur excessive. On compte deux lieues de Paris à Vincennes. Peu en état de payer des fiacres, à deux heures après-midi j'allois à pied quand j'étois seul, et j'allois vîte pour arriver plus tôt. Les arbres de la route toujours élagués à la mode du pays ne donnoient presque aucune ombre, et souvent rendu de chaleur et de fatigue, je m'étendois par terre n'en pouvant plus. Je m'avisai pour moderer mon pas de prendre quelque livre. Je pris un jour le Mercure de France et tout en marchant et le parcourant je tombai sur cette question proposée par l'Académie de Dijon pour le prix de l'année suivante : Si le progrès des sciences et des arts a contribué à corrompre ou à épurer les moeurs ? / A l'instant de cette lecture je vis un autre univers et je devins un autre homme. Quoique j'aye un souvenir vif de l'impression que j'en receus, les détails m'en sont échappés depuis que je les ai déposés dans une de mes quatre lettres à M. de Malesherbes. C'est une des singularités de ma mémoire qui méritent d'être dites. Quand elle me sert ce n'est qu'autant que je me suis reposé sur elle, sitot que j'en confie le dépot au papier elle m'abandonne, et dés qu'une fois j'ai écrit une chose je ne m'en souviens plus du tout. Cette singularité me suit jusques dans la musique. Avant de l'apprendre je savois par coeur des multitudes de chansons : sitôt que j'ai su chanter des airs notés je n'en ai pu retenir aucun, et je doute que de ceux que j'ai le plus aimés j'en pusse aujourd'hui redire un seul tout entier. / Ce que je me rappelle bien distinctement dans cette occasion c'est qu'arrivant à Vincennes, j'étois dans une agitation qui tenoit du délire. Diderot l'apperçût ; je lui en dis la cause, et je lui lus la prosopopée de Fabricius écrite en crayon sous un Chêne. Il m'exhorta de donner l'essor à mes idées et de concourir au prix. Je le fis, et dès cet instant je fus perdu. Tout le reste de ma vie et de mes malheurs fut l'effet inévitable de cet instant d'égarement. » (Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, éd. Bernard Gagnebin, Marcel Raymond, Oeuvres complètes, dir. Bernard Gagnebin, Marcel Raymond, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1959, p. 350-351).


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