1
p. 203-204
III.
Début :
DEpuis que l'on s'est avisé [...]
Mots clefs :
Ombre
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texteReconnaissance textuelle : III.
III.
l'on s'eft avisé
De cacher fi bien sa pensée,
Ой ,
Qu'encor qu'elle foit proposée
De la developer il ne foit pas aisés .
Où, pour m'expliquer en deux rimes,
·Depuis que l'on fait des Enigmes
Soit en peinture ou par écrit ,
Iamais on n'occupa l'esprit
204
Extoaordinaire
Sur un moindre ſujet que celuy dont
Mercure
En ce mois nous fait la peinture.
C'est un pur eftre privatif ,
Il n'a rien qni foit pofitif,
Il tient d'autruy jusqu'à son existence,
On a peine à l'appercevoir ,
Parce qu'il fuit fans ceffe la prefence
De l'Aftre qui nous fait tout voir ;
Auffi dans l'Univers il n'est rien de
plus fombre,
Puifque ce n'eft qu'une Ombre.
RousTAN , de Toulon .
l'on s'eft avisé
De cacher fi bien sa pensée,
Ой ,
Qu'encor qu'elle foit proposée
De la developer il ne foit pas aisés .
Où, pour m'expliquer en deux rimes,
·Depuis que l'on fait des Enigmes
Soit en peinture ou par écrit ,
Iamais on n'occupa l'esprit
204
Extoaordinaire
Sur un moindre ſujet que celuy dont
Mercure
En ce mois nous fait la peinture.
C'est un pur eftre privatif ,
Il n'a rien qni foit pofitif,
Il tient d'autruy jusqu'à son existence,
On a peine à l'appercevoir ,
Parce qu'il fuit fans ceffe la prefence
De l'Aftre qui nous fait tout voir ;
Auffi dans l'Univers il n'est rien de
plus fombre,
Puifque ce n'eft qu'une Ombre.
RousTAN , de Toulon .
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Résumé : III.
Le texte explore la difficulté de dissimuler ses pensées et la complexité de leur développement. Les énigmes, qu'elles soient visuelles ou écrites, demandent une grande attention. Le poème traite du concept de 'rien', un être privatif sans aspect positif, dépendant des autres pour exister. Il est décrit comme la chose la plus sombre de l'univers, comparable à une ombre. L'auteur est ROUSTAN, de Toulon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 204
IV.
Début :
JE desesperois de trouver [...]
Mots clefs :
Épi de blé
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texteReconnaissance textuelle : IV.
IV.
E defefperois de trouver
Le fens que l'autre Enigme enferme,
Et j'allois ceffer d'y refuer,
Quand mon efprit confus de ne pas
tenir ferme,
Ayant fes efforts redoublé ,
A veu que le vray mor eftoit l'Epy de-
Blé.. Le mefme.
E defefperois de trouver
Le fens que l'autre Enigme enferme,
Et j'allois ceffer d'y refuer,
Quand mon efprit confus de ne pas
tenir ferme,
Ayant fes efforts redoublé ,
A veu que le vray mor eftoit l'Epy de-
Blé.. Le mefme.
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3
p. 792-794
BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
Début :
Vous ne serez sans doute pas fâché, Monsieur, d'apprendre [...]
Mots clefs :
Conversion, Religion mahométane, Esclave, Tyrannie, Les lumières de l'Évangile, Turquie, Évêque, Baptême
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texteReconnaissance textuelle : BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
BAPTESME solemnellement adminiftré à
une Famiile Mahometane. Extrait d'une
Lettre écrite de Toulon le 14. Mars
1731 .
>
Vous ne serez sans doute pas fâché , Monsieur ,
d'apprendre la cérémonie qui s'est faite aujour
d'hui dans l'Eglise Cathedrale de cette Ville à
l'occasion de la conversion d'un François qui
avoit embrassé la Religion Mahometane , et du
Baptême de sa famille ; ce François s'appelle
François Brailli natif d'Abbeville en Picardie.
Il y a plusieurs de ses parens Marchands Libraires
établis à Paris . Il eût le malheur d'être
fait Esclave en 1719. et d'être conduit à Cons-
Lantinople : mais ce qui fut le comble de son
malheur , c'est qu'entraîné par les tristes suites
de sa captivité , il renonça à la Religion de ses
Peres : son Apostasie fut suivie de son mariage
avec une fille originaire de Tartarie et Mahometane
de Religion , qu'il épousa en 1722. Dieu
voulut bien ne le pas abandonner ; il permit qu'agité
de remords et touché par la grace ,
songea plus qu'à réparer l'énormité de sa faute
Et à se dérober à l'infidelité et à la tyrannie . Il
sommença la réparation de sa faute , en instruiil
ne
sant
C
4
AVRIL. 1731. 793
sant sa femme , et en la préparant à recevoir les
lumieres de l'Evangile . Enfin il saisit l'occasion :
que Dieu lui présenta , et il se sauva de Turquie
sur une barque Françoise qui est arrivée le mois
dernier dans le port de cette Ville.
By
Dès que le tems de la Quarantaine a été expiré
, et que les Intendans de la Santé ont appris
que cet homme désiroit de rentrer dans le seim
de l'Eglise , et que sa femme demandoir avec em- :
pressement d'être baptisée avec ses deux petits
enfans , ils en ont pris un soin particulier , et les
ont faît conduire à l'Hôpital General , où l'on a
instruit la femme avec succez . Lorsque l'on a
trouvé cette Catechumene assez instruite, et qu'on
a crû pouvoir lui accorder le baptême qu'elle ne
cessoit de demander , les Intendans de la Santé
ont invité MM . les Consuls , Lieutenans de Roi
de la Ville à tenir sur les fonts de Baptême la
femme et les deux petits enfans. Trois Dames
qualifiées de cette Ville, furent priées de leur servir
de Marraines . Tout étant ainsi disposé , la cérémonie
a été indiquée à ce jour. Elle a commencé
par une Procession generale qui s'est renduë
à l'Eglise Cathedrale , et à laquelle Brailli a assisté
avec sa femme et ses enfans. Les Consuls à
la tête du Corps de Ville , précedés des Tambours
, des Trompettes et des Hautbois , & c. sont
ensuite allés prendre M. l'Evêque à son Palais
Episcopal , d'où ce Prélat s'est rendu avec eux å
la Cathedrale , pour faire lui- même la cérémonie.
L'Eglise étoit remplie du Corps entier de la Marine
, des Officiers de la Garnison et de toutes les
personnes qualifiées de la Ville.
L'Evêque a commencé par la cérémonie des
Catéchumenes ; et la manière pieuse avec laquelle
cette femme a répondu selon les instructions qu'elle
avoit reçûës , a touché toutes les personnes qui
étoient présentes . H On
794 - MERCURE DE FRANCE.
On proceda ensuite à la cérémonie du baptê
me. M. de Portalis Premier Consul et Lieute
nant de Roi de la Ville , nomma la Mere sur les
fonts : elle fur mariée aussi- tôt après , avec François
Brailly. Les deux petites filles furent tenues
ensuite séparement par le second, et par le troisiéme
Consul. La cérémonie finie , M. l'Evêque:
fut reconduit au Palais Episcopal par les Consuls
au son des instrumens , et aux acclamations du
Peuple. Delà les Consuls se rendirent dans le
même ordre à l'Hôtel de Ville , où un repas magnifique
étoit préparé pour les Dames , & c. La
conversion de cette famille a causé dans toute la
Ville une grande joye , et a excité en sa faveur
la charité des personnes de distinction et du
peuble même.
une Famiile Mahometane. Extrait d'une
Lettre écrite de Toulon le 14. Mars
1731 .
>
Vous ne serez sans doute pas fâché , Monsieur ,
d'apprendre la cérémonie qui s'est faite aujour
d'hui dans l'Eglise Cathedrale de cette Ville à
l'occasion de la conversion d'un François qui
avoit embrassé la Religion Mahometane , et du
Baptême de sa famille ; ce François s'appelle
François Brailli natif d'Abbeville en Picardie.
Il y a plusieurs de ses parens Marchands Libraires
établis à Paris . Il eût le malheur d'être
fait Esclave en 1719. et d'être conduit à Cons-
Lantinople : mais ce qui fut le comble de son
malheur , c'est qu'entraîné par les tristes suites
de sa captivité , il renonça à la Religion de ses
Peres : son Apostasie fut suivie de son mariage
avec une fille originaire de Tartarie et Mahometane
de Religion , qu'il épousa en 1722. Dieu
voulut bien ne le pas abandonner ; il permit qu'agité
de remords et touché par la grace ,
songea plus qu'à réparer l'énormité de sa faute
Et à se dérober à l'infidelité et à la tyrannie . Il
sommença la réparation de sa faute , en instruiil
ne
sant
C
4
AVRIL. 1731. 793
sant sa femme , et en la préparant à recevoir les
lumieres de l'Evangile . Enfin il saisit l'occasion :
que Dieu lui présenta , et il se sauva de Turquie
sur une barque Françoise qui est arrivée le mois
dernier dans le port de cette Ville.
By
Dès que le tems de la Quarantaine a été expiré
, et que les Intendans de la Santé ont appris
que cet homme désiroit de rentrer dans le seim
de l'Eglise , et que sa femme demandoir avec em- :
pressement d'être baptisée avec ses deux petits
enfans , ils en ont pris un soin particulier , et les
ont faît conduire à l'Hôpital General , où l'on a
instruit la femme avec succez . Lorsque l'on a
trouvé cette Catechumene assez instruite, et qu'on
a crû pouvoir lui accorder le baptême qu'elle ne
cessoit de demander , les Intendans de la Santé
ont invité MM . les Consuls , Lieutenans de Roi
de la Ville à tenir sur les fonts de Baptême la
femme et les deux petits enfans. Trois Dames
qualifiées de cette Ville, furent priées de leur servir
de Marraines . Tout étant ainsi disposé , la cérémonie
a été indiquée à ce jour. Elle a commencé
par une Procession generale qui s'est renduë
à l'Eglise Cathedrale , et à laquelle Brailli a assisté
avec sa femme et ses enfans. Les Consuls à
la tête du Corps de Ville , précedés des Tambours
, des Trompettes et des Hautbois , & c. sont
ensuite allés prendre M. l'Evêque à son Palais
Episcopal , d'où ce Prélat s'est rendu avec eux å
la Cathedrale , pour faire lui- même la cérémonie.
L'Eglise étoit remplie du Corps entier de la Marine
, des Officiers de la Garnison et de toutes les
personnes qualifiées de la Ville.
L'Evêque a commencé par la cérémonie des
Catéchumenes ; et la manière pieuse avec laquelle
cette femme a répondu selon les instructions qu'elle
avoit reçûës , a touché toutes les personnes qui
étoient présentes . H On
794 - MERCURE DE FRANCE.
On proceda ensuite à la cérémonie du baptê
me. M. de Portalis Premier Consul et Lieute
nant de Roi de la Ville , nomma la Mere sur les
fonts : elle fur mariée aussi- tôt après , avec François
Brailly. Les deux petites filles furent tenues
ensuite séparement par le second, et par le troisiéme
Consul. La cérémonie finie , M. l'Evêque:
fut reconduit au Palais Episcopal par les Consuls
au son des instrumens , et aux acclamations du
Peuple. Delà les Consuls se rendirent dans le
même ordre à l'Hôtel de Ville , où un repas magnifique
étoit préparé pour les Dames , & c. La
conversion de cette famille a causé dans toute la
Ville une grande joye , et a excité en sa faveur
la charité des personnes de distinction et du
peuble même.
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Résumé : BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
Le texte décrit le baptême solennel d'une famille mahométane à Toulon, relaté dans une lettre du 14 mars 1731. François Brailli, originaire d'Abbeville en Picardie, avait été capturé en 1719 et emmené à Constantinople. En 1722, il avait renié sa foi chrétienne et épousé une femme tartare mahométane. Touché par des remords et la grâce divine, Brailli décida de revenir au christianisme et s'enfuit en France avec sa famille. À Toulon, après une période de quarantaine, Brailli et sa famille furent conduits à l'Hôpital Général pour instruction religieuse. La femme et les deux enfants furent baptisés en présence des autorités locales et religieuses, dont l'évêque et les consuls. La cérémonie, marquée par une procession et un repas à l'Hôtel de Ville, suscita une grande joie et charité parmi les habitants de Toulon.
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4
p. 1569-1571
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis Grec d'origine, & le bruit de mon nom [...]
Mots clefs :
Heautontimoroumenos
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E fuis Grec d'origine , & le bruit de won nom
Exciteroit l'attention
De l'homme le plus flegmatique .
D'un habile Ecrivain l'Ouvrage Dramatique ,
Dès l'abord , cher Lecteur , me préfente à tes yeux.
En vain à me trouver cependant on s'applique ,
Si l'on n'apporte pas un regard curieux .
Des membres de mon corps le nombre épouvantable
Produit une foule innombrable
D'Etres grands & petits , d'objets tous differens ,
E j Qui,
1570 MERCURE DE FRANCE
Qui,tour à tour , courent des premiers rangs
Occuper à l'envi la place.
J'obſerve en commençant la liquide furface ;
Deux des quatre Elémens , de nos corps les appuis.
Par 10. 6. 12. 5. facilement je puis
Du plaintif Bucheron fatisfaire l'envie.
Cette Divinité , qui pour fauver la vie
Des fureurs d'un mari jaloux ,
Avec fon fils fe noya de courroux
Au milieu de l'onde Thébaine ,
Dès l'inftant paroît ſur la Scéne .
Combine encore un peu , tu trouveras foudain
Dans 1. 2. 12. 10. 9. 6. 7. 15. enfin
Celle qui lui donna naiſſance ;
Et retranchant 6. 7. fi tu mets 5. d'abord ,
Tu verras ce Mortel , enfant de l'ignorance ,
Qui fous un Capuchon , & d'un foûmis abord ,
S'en vient des champs nous prôner l'indigence,
Qu'il éprouve en fon trifte fort.
Prens 9. 3. 18. 6. & 7. tu vois paroître
Jadis le Chef & l'intrépide Maître
D'une noble Expédition .
Mais c'est trop m'arrêter , Lecteur, car j'enviſage
De Cain contre Abel l'infâme paffion ,
De la Divinité la reffemblante image ,
Et l'inhumaine trahiſon.
Ce que l'Eglife en certains tems ordonne ;
Ce
JUILLET. 1171 17437
Ce que la charité nous prône ;
Ce que l'homme de bien pourfuit avec raiſon ;
De plus , ce qu'avec foin cherche un vrai Philoſo
phe ;
Un Mont fouvent en feu ; trois nombres ; une étoffes
Un jour anéanti , l'ornement d'un Prélat ;
Deux arbres , & da tems les deux difpenfatrices
Un des Juges d'Enfer ; le Maître d'un Etat ;
Des grands Seigneurs les plus cheres délices
Le Mortel qui d'un Roi s'imagine l'égal ;
Le Conducteur des Juifs ; des Turcs le grand Pro
phéte ;
Un grave Hiftorien , moderne , impartial ;
Un autre , né Latin , de-même qu'un Poëte ,
D'Affuerus l'Epoufe ; un Péché capital ;
La plus vile bête de fomme ;
Un des deux Fondateurs de l'ancienne Rome;
Un Pere de l'Eglife , enfin un animal' ,
Beaucoup amateur du fromage,
Mais ; t'entretenir davantage ,
N'est-ce pas, cher Lecteur , pure indifcrétion
Je borne donc ici le pompeux étalage
Des objets infinis de ma combinaiſon.
Gavory, de Toulon
E fuis Grec d'origine , & le bruit de won nom
Exciteroit l'attention
De l'homme le plus flegmatique .
D'un habile Ecrivain l'Ouvrage Dramatique ,
Dès l'abord , cher Lecteur , me préfente à tes yeux.
En vain à me trouver cependant on s'applique ,
Si l'on n'apporte pas un regard curieux .
Des membres de mon corps le nombre épouvantable
Produit une foule innombrable
D'Etres grands & petits , d'objets tous differens ,
E j Qui,
1570 MERCURE DE FRANCE
Qui,tour à tour , courent des premiers rangs
Occuper à l'envi la place.
J'obſerve en commençant la liquide furface ;
Deux des quatre Elémens , de nos corps les appuis.
Par 10. 6. 12. 5. facilement je puis
Du plaintif Bucheron fatisfaire l'envie.
Cette Divinité , qui pour fauver la vie
Des fureurs d'un mari jaloux ,
Avec fon fils fe noya de courroux
Au milieu de l'onde Thébaine ,
Dès l'inftant paroît ſur la Scéne .
Combine encore un peu , tu trouveras foudain
Dans 1. 2. 12. 10. 9. 6. 7. 15. enfin
Celle qui lui donna naiſſance ;
Et retranchant 6. 7. fi tu mets 5. d'abord ,
Tu verras ce Mortel , enfant de l'ignorance ,
Qui fous un Capuchon , & d'un foûmis abord ,
S'en vient des champs nous prôner l'indigence,
Qu'il éprouve en fon trifte fort.
Prens 9. 3. 18. 6. & 7. tu vois paroître
Jadis le Chef & l'intrépide Maître
D'une noble Expédition .
Mais c'est trop m'arrêter , Lecteur, car j'enviſage
De Cain contre Abel l'infâme paffion ,
De la Divinité la reffemblante image ,
Et l'inhumaine trahiſon.
Ce que l'Eglife en certains tems ordonne ;
Ce
JUILLET. 1171 17437
Ce que la charité nous prône ;
Ce que l'homme de bien pourfuit avec raiſon ;
De plus , ce qu'avec foin cherche un vrai Philoſo
phe ;
Un Mont fouvent en feu ; trois nombres ; une étoffes
Un jour anéanti , l'ornement d'un Prélat ;
Deux arbres , & da tems les deux difpenfatrices
Un des Juges d'Enfer ; le Maître d'un Etat ;
Des grands Seigneurs les plus cheres délices
Le Mortel qui d'un Roi s'imagine l'égal ;
Le Conducteur des Juifs ; des Turcs le grand Pro
phéte ;
Un grave Hiftorien , moderne , impartial ;
Un autre , né Latin , de-même qu'un Poëte ,
D'Affuerus l'Epoufe ; un Péché capital ;
La plus vile bête de fomme ;
Un des deux Fondateurs de l'ancienne Rome;
Un Pere de l'Eglife , enfin un animal' ,
Beaucoup amateur du fromage,
Mais ; t'entretenir davantage ,
N'est-ce pas, cher Lecteur , pure indifcrétion
Je borne donc ici le pompeux étalage
Des objets infinis de ma combinaiſon.
Gavory, de Toulon
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5
p. 222-226
EPITRE à mes yeux, sur la maladie dont ils ont été affligés au commencement du Printems.
Début :
Vous, mes yeux, dont je préfere [...]
Mots clefs :
Yeux, Jours, Doux, Ingrats, Horreur, Douleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à mes yeux, sur la maladie dont ils ont été affligés au commencement du Printems.
EPITRE à mes yeux , fur la maladie dont
ils ont été affligés au commencement
du Printems.
Vous ,mes yeux , dont je préferé
L'officieux miniftére
Aux trésors d'un Potentat ;
Vous , que dans mon trifte état ,
Je chéris plus que ma vie ,
Par quelle injufte manie
M'avez- vous abandonné?
Pourquoi fuis - je condamné ,
Sans fondement légitime ,
A devenir la victime
De ce que j'ai de plus doux ?
Pourquoi me refufez - vous
Le fecours que la Nature
Prétend qu'à la Créature
Vous accordiez jour & nuit?
A peine l'hyver s'enfuit ,
A la voix qui les rappelle
Des Vents la troupe fidelle
Va reprendre encor fes fers.
De mille ornemens divers
La Terre , couverte à peine,
Reçoit l'agréable haleine
De
FEVRIER. 1744.
223
De Zéphire bienfaifant ;
Déja foible & chancellant ,
Au milieu de ma carrière ,
Je fens que de la lumiére
Le flambeau va me quitter ;
Hélas ! je fens s'apprêter
L'horreur des ténebres fombres ,
Qui , de leurs fatales ombres
Vont envelopper mes jours ,
Et précipiter leur cours .
Quand le matin je me leve ,
Et que le Soleil s'éleve
Sur la tête des Humains ,
Qu'il leur donne à pleines mains
Des marques de fa tendreffe ,
De la douleur qui les preffe ,
Mes yeux enflés , abbattus ,
Ne voyent qu'objets confus
Dans les Lieux du voisinage ,
Que deüil , que funefte ombrage ,
Simboles de la terreur.
Le foir , lorfqu'à la lueur
D'une Lampe préparée ,
Les volets ferment l'entrée
Au jour qui rend fur la fin ,
Par le plus cruel deftin ,
J'erre feul dans les tenebres
Et de leurs voles funebros :
Voulang
224 MERCURE DE FRANCE.
Voulant en vain m'affranchir ,
Je fuis contraint de fléchir
Sous le poids de mon martyre.
Mes yeux ne peuvent point lire ,
Ni ma main fe délaffer
A négligemment tracer
Le délicat badinagę .
Qu'enfante un efprit volage ,
Animé de tendres feux .
Enfin , dites - moi , mes yeux ,
Dans la douleur qui m'accable,
Envers vous fuis - je coupable
De quelque dur traitement ?
D'un fatal entêtement
Suivant l'odieux caprice ,
Ai-je donc eû l'injuſtice
De vous forcer à veiller
Chaque nuit , pour débrouiller
Le vain tas d'Ecrits Gothiques ,
Et des Médailles antiques ,
Malheureux reftes du Tems ,
Les mots durs & rebutans ?
Ai-je confacré mes veilles ,
Aux fades contes de vieilles ,
Au cruel Dieu des Amours ,
Aux foupleffes , aux détours
Dont on faifoit dans la Gréce
Un mérite à la jeuneſſe ›
Non ,
FEVRIER. 1744.
225
Nón , vous ne m'avez jamais
Convaincu de tels forfaits.
Exempt de crainte & d'allarmes ,
Je goûte toûjours les charmes
Que m'offrent les doux pavots.
En vain.contre mon repos
Les cris des paffans ſe liguent ;
Vainement ils fe fatiguent
Pour hâter mon lent reveil ;
Si lorfqu'après mon fommeil ,
Il me reste encor du vuide ,
Auprès du galant Ovide
Je vais paffer ces inſtans ;
D'Horace les jeux charmans ,
Et les amours de Catule
Des tendres feux dont je brûle
Viennent aiguiler les traits :
Pourquoi donc de ces bienfaits.
M'ôtez vous la joüiffance ?
Pourquoi de votre aſſiſtance
Me priver fi triftement,
Moi , qui vis paisiblement ,
Sans foins , fans inquiétude ,
Qui fais la guerre à l'étude ,
Et confacre au doux plaifir
Mon tems , mon bien , mon loifir
Eft- ce là de ma conduite
Reconnoître le mérite ,
3 Ingrats,
226 MERCURE DE FRANCE.
Ingrats , que j'ai trop aimés ?
Par vous , mes jours parfemés
De troubles & de trifteffe ,
Dans l'été de ma jeuneſſe
Précipitent mon hyver.
Quoi donc , ce qui m'eft plus cher
Que tous les tréſors du monde ,
D'une haine fans feconde
Récompenfe mon amour !
Par l'espoir d'un prompt retour ,
Ingrats , dont l'horreur m'enflâme ,
Puiffai- je au moins dans mon ame
Verfer la férénité ,
Que votre infidélité ,
Aux plus beaux jours de ma vie ,
En a pour toujours bannie !
GAVOTY.
A Toulon , le 4
Mai
1743-
ils ont été affligés au commencement
du Printems.
Vous ,mes yeux , dont je préferé
L'officieux miniftére
Aux trésors d'un Potentat ;
Vous , que dans mon trifte état ,
Je chéris plus que ma vie ,
Par quelle injufte manie
M'avez- vous abandonné?
Pourquoi fuis - je condamné ,
Sans fondement légitime ,
A devenir la victime
De ce que j'ai de plus doux ?
Pourquoi me refufez - vous
Le fecours que la Nature
Prétend qu'à la Créature
Vous accordiez jour & nuit?
A peine l'hyver s'enfuit ,
A la voix qui les rappelle
Des Vents la troupe fidelle
Va reprendre encor fes fers.
De mille ornemens divers
La Terre , couverte à peine,
Reçoit l'agréable haleine
De
FEVRIER. 1744.
223
De Zéphire bienfaifant ;
Déja foible & chancellant ,
Au milieu de ma carrière ,
Je fens que de la lumiére
Le flambeau va me quitter ;
Hélas ! je fens s'apprêter
L'horreur des ténebres fombres ,
Qui , de leurs fatales ombres
Vont envelopper mes jours ,
Et précipiter leur cours .
Quand le matin je me leve ,
Et que le Soleil s'éleve
Sur la tête des Humains ,
Qu'il leur donne à pleines mains
Des marques de fa tendreffe ,
De la douleur qui les preffe ,
Mes yeux enflés , abbattus ,
Ne voyent qu'objets confus
Dans les Lieux du voisinage ,
Que deüil , que funefte ombrage ,
Simboles de la terreur.
Le foir , lorfqu'à la lueur
D'une Lampe préparée ,
Les volets ferment l'entrée
Au jour qui rend fur la fin ,
Par le plus cruel deftin ,
J'erre feul dans les tenebres
Et de leurs voles funebros :
Voulang
224 MERCURE DE FRANCE.
Voulant en vain m'affranchir ,
Je fuis contraint de fléchir
Sous le poids de mon martyre.
Mes yeux ne peuvent point lire ,
Ni ma main fe délaffer
A négligemment tracer
Le délicat badinagę .
Qu'enfante un efprit volage ,
Animé de tendres feux .
Enfin , dites - moi , mes yeux ,
Dans la douleur qui m'accable,
Envers vous fuis - je coupable
De quelque dur traitement ?
D'un fatal entêtement
Suivant l'odieux caprice ,
Ai-je donc eû l'injuſtice
De vous forcer à veiller
Chaque nuit , pour débrouiller
Le vain tas d'Ecrits Gothiques ,
Et des Médailles antiques ,
Malheureux reftes du Tems ,
Les mots durs & rebutans ?
Ai-je confacré mes veilles ,
Aux fades contes de vieilles ,
Au cruel Dieu des Amours ,
Aux foupleffes , aux détours
Dont on faifoit dans la Gréce
Un mérite à la jeuneſſe ›
Non ,
FEVRIER. 1744.
225
Nón , vous ne m'avez jamais
Convaincu de tels forfaits.
Exempt de crainte & d'allarmes ,
Je goûte toûjours les charmes
Que m'offrent les doux pavots.
En vain.contre mon repos
Les cris des paffans ſe liguent ;
Vainement ils fe fatiguent
Pour hâter mon lent reveil ;
Si lorfqu'après mon fommeil ,
Il me reste encor du vuide ,
Auprès du galant Ovide
Je vais paffer ces inſtans ;
D'Horace les jeux charmans ,
Et les amours de Catule
Des tendres feux dont je brûle
Viennent aiguiler les traits :
Pourquoi donc de ces bienfaits.
M'ôtez vous la joüiffance ?
Pourquoi de votre aſſiſtance
Me priver fi triftement,
Moi , qui vis paisiblement ,
Sans foins , fans inquiétude ,
Qui fais la guerre à l'étude ,
Et confacre au doux plaifir
Mon tems , mon bien , mon loifir
Eft- ce là de ma conduite
Reconnoître le mérite ,
3 Ingrats,
226 MERCURE DE FRANCE.
Ingrats , que j'ai trop aimés ?
Par vous , mes jours parfemés
De troubles & de trifteffe ,
Dans l'été de ma jeuneſſe
Précipitent mon hyver.
Quoi donc , ce qui m'eft plus cher
Que tous les tréſors du monde ,
D'une haine fans feconde
Récompenfe mon amour !
Par l'espoir d'un prompt retour ,
Ingrats , dont l'horreur m'enflâme ,
Puiffai- je au moins dans mon ame
Verfer la férénité ,
Que votre infidélité ,
Aux plus beaux jours de ma vie ,
En a pour toujours bannie !
GAVOTY.
A Toulon , le 4
Mai
1743-
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Résumé : EPITRE à mes yeux, sur la maladie dont ils ont été affligés au commencement du Printems.
Dans une épître, l'auteur exprime sa détresse face à une perte temporaire de la vue survenue au début du printemps. Il considère ses yeux comme plus précieux que sa vie et se demande pourquoi il est frappé de cécité partielle, comparant sa situation aux vents printaniers. Il décrit son état comme celui d'une personne faible et chancelante, craignant la disparition imminente de la lumière et l'arrivée de l'obscurité et de la terreur. Le matin, ses yeux enflés et abattus ne distinguent que des objets confus et sombres. Le soir, il erre seul dans les ténèbres, incapable de lire ou d'écrire. Il nie avoir maltraité ses yeux par un excès de travail intellectuel et affirme mener une vie paisible, sans soucis ni études. Il accuse ses yeux d'ingratitude, les jugeant responsables de son déclin malgré son amour pour eux. Il espère qu'ils retrouveront leur fidélité, car leur infidélité a perturbé sa sérénité. Le texte se conclut par une expression de douleur et de désespoir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 169-176
LETTRE sur une Maladie populaire ; qui a régné & qui regne encore dans les Hôpitaux Militaires, & autres de Provence.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, les observations que j'ai pu faire cette année sur [...]
Mots clefs :
Maladie, Chyle, Vin, Sang, Pauvres, Chaleur, Fluides, Hôpitaux
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur une Maladie populaire ; qui a régné & qui regne encore dans les Hôpitaux Militaires, & autres de Provence.
LETTRE fur une Maladie populaire ;
qui a régné & qui regne encore dans les
Hôpitaux Militaires , & autres de Provence.
Vous me demandez , Monfieur , les obfervations
que j'ai pu faire cette année fur
les maladies courantes dans nos cantons :
je ne fçaurois vous mieux fatisfaire qu'en
vous marquant ce qui s'eft paffé dans les
deux Hôpitaux qui font commis à mes
foins. D'environ deux mille deux cens malades
, tant foldats que mandians , qui
font entrés dans ces Hôpitaux , depuis la
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fin de Mai jufqu'à la fin de Novembre
feize cens , & plus , y font venus étant attaqués
ou de cours de ventre ou de flux de
fang ; & le plus grand nombre n'a eu ni
fievre , ni dégoût , ni naufée , ni puanteur
de bouche. Les plus robuftes ont été
attaqués , fans diſtinction , comme les plus
foibles : ce qui marque affez que la difpofition
propre des corps n'a point par ellemême
influé dans cette maladie. Mais ce
qui eft à remarquer , c'eft que les femmes
y ont été moins fujettes que les hommes ;
les enfans , moins que les vieillards ; les
perfonnes fédentaires , moins que les ouvriers
; les riches , moins que les pauvres.
Lorfque ces deux fortes de maladies, qui
ne différoient entr'elles que du plus au
moins , ont été attaquées dans leur commencement
, elles n'ont point eu de mauvaifes
fuites : la racine feule du Bréfil &
la Rhubarbe ont bientôt rétabli l'action dé.
rangée de l'eftomac & des inteftins. Au
contraire tous ceux qui ont négligé ces
fecours , ou qui , voulant pendant quelque
temps fe conduire eux-mêmes , ont
ufé de certains fruits rafraîchiſſans & aftringens
, comme citrons , coings , forbes
, & c. remedes ordinaires des pauvres ,
tous ceux- là , dis- je , font malheureufement
tombés ou dans un affreux maraſme ,
MARS. 1757. 171
ou dans une hydropifie univerfelle.
Cette maladie n'eft pas venue d'un ufage
immodéré des fruits ; elle a commencé
avant leur faifon : d'ailleurs il n'y en a pas
eu abondance cette année , & les riches en
ont plus mangé que les pauvres. Elle n'eft
pas venue non plus à la fuite d'une chaleur
exceffive durant le printemps & l'été : on
en a fouvent reffenti de plus fortes qui
n'ont pas occafionné de pareils maux. On
pourroit peut-être en chercher la caufe
dans la longue féchereffe de la faiſon , qui
auroit contribué à irriter les parties : mais
j'ai déja fait obferver que les malades en
queftion ont été la plûpart fans fievre &
fans altération fur la langue ; elle paroiffoit
feulement à tous chargée & pâteufe :
à quoi j'ajoute que leur flux diffentérique
participoit plus de férofité muqueufe , que
de bile âcre & piquante.
Ce n'eft donc ni dans la difpofition
propre des corps , ni dans l'intempérie de
la faifon , ni dans l'ufage immodéré des
fruits , qu'il faut chercher la caufe de cette
maladie populaire ; mais je la trouve dans
la boiffon de cette année. Le vin de la récolte
de 1755 a été peu naturel dans nos.
cantons à peine les raifins commençoientils
à entrer en maturité , que la chaleur
manqua par les pluies abondantes qui tom-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
berent fans interruption durant l'automne.
Le fruit ainfi privé de chaleur , & abreuvé
d'une eau fuperflue , ne put donner qu'un
fuc , pour ainfi dire , indigefte , par la
confufion & l'altération des principes qui
le compofent : la fermentation qu'il effuya
pour fe convertir en vin fut trop foible ;
fes parties fulfureufes furent trop peu
développées ; les fpiritueufes ardentes trop
affoiblies , & comme noyées ; delà vient
que tous les vins de cette récolte ont été
extrêmement clairs & foibles , & qu'on les
a vus bientôt fe brouiller & s'épaiffir ,
lorfqu'on les expofoit durant quelque
temps à un air libre & ouvert. Tant que
le froid de l'hyver a tenu les parties de ce
vin concentrées , le corps , qui s'en eft
nourri , n'en a reçu aucune altération fenfible
; mais à mefure que la chaleur de la
faifon en a développé & fait évaporer les
particules intégrantes les plus fubtiles ,
alors , bienloin de devenir un baume
dans le fang , il n'a pu s'en former qu'un
vrai levain de maladie , je veux dire un
chyle dépravé , qui à fon tour a appauvri
& perverti le fang & les fluides qui s'en féparent
: ainfi la bile & les fucs digeftifs qui
viennent de la même fource , étant perpétuellement
einpreints de cette boiffon per
nicieufe , ont dû conféquemment partici
per de fa mauvaiſe qualité.
MARS. 1757. 173
Ce qui acheve de le démontrer , c'eſt
que les perfonnes aifées qui ont ufé du vin
de l'année précédente , n'ont point été fujettes
à cette maladie , non plus que les
enfans & les femmes , lefquelles , foit par
économie , vu la cherté préfente de cette
denrée , foit ( & c'eft le témoignage qu'on
doit leur rendre ) par leur tempérance généralement
reconnue fur cet article , n'en
ont pas fait un grand ufage ; au lieu que
les foldats , les ouvriers , les vieillards &
les mandians qui en boivent avec excès ,
& qui en font le foutien principal de leur
vie ou de leur mifere , ont été les feuls
maltraités.
Ce n'eft pas ici le lieu d'examiner fi la
caufe immédiate de ces dévoiemens a été
une irritation dans les fibres , plutôt qu'un
relâchement & une véritable atonie : il
n'eft pas douteux
que l'action
des folides
n'ait été altérée
& pervertie
; mais
ce n'a pu être que par ce vin infect
dont on s'a- breuvoit
chaque
jour , & qui ne pouvoit fournir
qu'un
très- mauvais
chyle indépen- damment
de l'action
des folides
: néanmoins
tout me perfuade
que l'effet
de ce
mauvais
chyle
a été de relâcher
plutôt
que d'irriter
, puifque
l'Hypécacuana
a fuffi
dans les commencemens
pour rétablir
le
ton de l'eftomac
& des inteftins
. Ce re-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
mede merveilleux remplit toutes les indications
qui fe préfentent. En agiffant ſur
les folides , il les irrite d'une part , & leur
fait exprimer les humeurs viciées qui les
furchargent , tandis que d'autre part il les
affermit & les corrobore par fa vertu aftringente.
Mais fi tous les fluides participent
depuis quelque temps de la mauvaiſe
qualité du chyle , quel défordre n'en doitil
pas réfulter dans toute l'économie animale
? Les folides partout arrofés de ces
fluides dépravés , éprouveront une altération
manifefte dans leur action : il en réfultera
un relâchement univerfel dans toutes
les fibres ; un affaiffement conftant dans
les voies par où le chyle a coutume de paffer
pour réparer le fang ; une fonte générale
dans ce fluide qui , privé de fon reffort
, s'accumule auffitôt dans les extrêmités
artérielles ; delà le cours de ventre
opiniâtre , le dégoût , la bouffiffure ou le
marafme qui croiffent à vue d'oeil : c'eſt ce
qu'ont malheureufement éprouvé tous
ceux qui ont négligé le commencement de
leur maladie , & qui ont continué l'uſage
de ce vin mal élaboré.
Si vous me demandez , Monfieur , quel
remede on peut apporter à ce funefte état ,
je répondrai qu'il n'en eft prefque aucun ,
& qu'il faut que le malade périffe : car les
MAR S. 1757. 175
abſorbans ou les aftringens , dont on voudra
fe fervir , accumuleront davantage les
engorgemens qui fe trouvent déja dans les
routes du chyle ; les apéritifs ou les cordiaux
fouetteront encore plus les fluides
diffous ; les uns accéléreront les dévoiemens
; les autres , l'hydropifie : il ne reſte
que les anodins mêlés avec les ftomachiques
, & de légers purgatifs aftringens réitérés
de temps en temps , qui pourront
prolonger la maladie , & rarement la guérir.
R
Il importe donc de faire choix de certains
alimens dont on doit fe nourrir , ou
de n'en point abufer lorfqu'on ne peut s'en
paffer. On voit auffi de quelle conféquence
il eft de remédier aux maux dans leur
principe. C'eſt une erreur de croire , comme
la plupart qui ont été les victimes de
leur impéritie & de leur entêtement , que
la limonade ou les aftringens pris dans les
commencemens , puiffent détruire cette
maladie fort différente de celles où leurs
fecours font fi bienfaifans. Il n'eft point ici
queſtion ni d'irritation dans les folides , ni
d'une bile abondante qui l'ait procurée.
Non , c'eft un chyle mal digéré , qui
formé en partie d'un aliment auffi mal digéré
que lui , ne peut que rendre un fang
extrêmement maigre & appauvri . Telle eſt
>
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
la caufe , tels doivent en être les effets......
A Toulon , ce 2 Décembre 1756.
LA BERTHONYE , Docteur en Médecine.
qui a régné & qui regne encore dans les
Hôpitaux Militaires , & autres de Provence.
Vous me demandez , Monfieur , les obfervations
que j'ai pu faire cette année fur
les maladies courantes dans nos cantons :
je ne fçaurois vous mieux fatisfaire qu'en
vous marquant ce qui s'eft paffé dans les
deux Hôpitaux qui font commis à mes
foins. D'environ deux mille deux cens malades
, tant foldats que mandians , qui
font entrés dans ces Hôpitaux , depuis la
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fin de Mai jufqu'à la fin de Novembre
feize cens , & plus , y font venus étant attaqués
ou de cours de ventre ou de flux de
fang ; & le plus grand nombre n'a eu ni
fievre , ni dégoût , ni naufée , ni puanteur
de bouche. Les plus robuftes ont été
attaqués , fans diſtinction , comme les plus
foibles : ce qui marque affez que la difpofition
propre des corps n'a point par ellemême
influé dans cette maladie. Mais ce
qui eft à remarquer , c'eft que les femmes
y ont été moins fujettes que les hommes ;
les enfans , moins que les vieillards ; les
perfonnes fédentaires , moins que les ouvriers
; les riches , moins que les pauvres.
Lorfque ces deux fortes de maladies, qui
ne différoient entr'elles que du plus au
moins , ont été attaquées dans leur commencement
, elles n'ont point eu de mauvaifes
fuites : la racine feule du Bréfil &
la Rhubarbe ont bientôt rétabli l'action dé.
rangée de l'eftomac & des inteftins. Au
contraire tous ceux qui ont négligé ces
fecours , ou qui , voulant pendant quelque
temps fe conduire eux-mêmes , ont
ufé de certains fruits rafraîchiſſans & aftringens
, comme citrons , coings , forbes
, & c. remedes ordinaires des pauvres ,
tous ceux- là , dis- je , font malheureufement
tombés ou dans un affreux maraſme ,
MARS. 1757. 171
ou dans une hydropifie univerfelle.
Cette maladie n'eft pas venue d'un ufage
immodéré des fruits ; elle a commencé
avant leur faifon : d'ailleurs il n'y en a pas
eu abondance cette année , & les riches en
ont plus mangé que les pauvres. Elle n'eft
pas venue non plus à la fuite d'une chaleur
exceffive durant le printemps & l'été : on
en a fouvent reffenti de plus fortes qui
n'ont pas occafionné de pareils maux. On
pourroit peut-être en chercher la caufe
dans la longue féchereffe de la faiſon , qui
auroit contribué à irriter les parties : mais
j'ai déja fait obferver que les malades en
queftion ont été la plûpart fans fievre &
fans altération fur la langue ; elle paroiffoit
feulement à tous chargée & pâteufe :
à quoi j'ajoute que leur flux diffentérique
participoit plus de férofité muqueufe , que
de bile âcre & piquante.
Ce n'eft donc ni dans la difpofition
propre des corps , ni dans l'intempérie de
la faifon , ni dans l'ufage immodéré des
fruits , qu'il faut chercher la caufe de cette
maladie populaire ; mais je la trouve dans
la boiffon de cette année. Le vin de la récolte
de 1755 a été peu naturel dans nos.
cantons à peine les raifins commençoientils
à entrer en maturité , que la chaleur
manqua par les pluies abondantes qui tom-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
berent fans interruption durant l'automne.
Le fruit ainfi privé de chaleur , & abreuvé
d'une eau fuperflue , ne put donner qu'un
fuc , pour ainfi dire , indigefte , par la
confufion & l'altération des principes qui
le compofent : la fermentation qu'il effuya
pour fe convertir en vin fut trop foible ;
fes parties fulfureufes furent trop peu
développées ; les fpiritueufes ardentes trop
affoiblies , & comme noyées ; delà vient
que tous les vins de cette récolte ont été
extrêmement clairs & foibles , & qu'on les
a vus bientôt fe brouiller & s'épaiffir ,
lorfqu'on les expofoit durant quelque
temps à un air libre & ouvert. Tant que
le froid de l'hyver a tenu les parties de ce
vin concentrées , le corps , qui s'en eft
nourri , n'en a reçu aucune altération fenfible
; mais à mefure que la chaleur de la
faifon en a développé & fait évaporer les
particules intégrantes les plus fubtiles ,
alors , bienloin de devenir un baume
dans le fang , il n'a pu s'en former qu'un
vrai levain de maladie , je veux dire un
chyle dépravé , qui à fon tour a appauvri
& perverti le fang & les fluides qui s'en féparent
: ainfi la bile & les fucs digeftifs qui
viennent de la même fource , étant perpétuellement
einpreints de cette boiffon per
nicieufe , ont dû conféquemment partici
per de fa mauvaiſe qualité.
MARS. 1757. 173
Ce qui acheve de le démontrer , c'eſt
que les perfonnes aifées qui ont ufé du vin
de l'année précédente , n'ont point été fujettes
à cette maladie , non plus que les
enfans & les femmes , lefquelles , foit par
économie , vu la cherté préfente de cette
denrée , foit ( & c'eft le témoignage qu'on
doit leur rendre ) par leur tempérance généralement
reconnue fur cet article , n'en
ont pas fait un grand ufage ; au lieu que
les foldats , les ouvriers , les vieillards &
les mandians qui en boivent avec excès ,
& qui en font le foutien principal de leur
vie ou de leur mifere , ont été les feuls
maltraités.
Ce n'eft pas ici le lieu d'examiner fi la
caufe immédiate de ces dévoiemens a été
une irritation dans les fibres , plutôt qu'un
relâchement & une véritable atonie : il
n'eft pas douteux
que l'action
des folides
n'ait été altérée
& pervertie
; mais
ce n'a pu être que par ce vin infect
dont on s'a- breuvoit
chaque
jour , & qui ne pouvoit fournir
qu'un
très- mauvais
chyle indépen- damment
de l'action
des folides
: néanmoins
tout me perfuade
que l'effet
de ce
mauvais
chyle
a été de relâcher
plutôt
que d'irriter
, puifque
l'Hypécacuana
a fuffi
dans les commencemens
pour rétablir
le
ton de l'eftomac
& des inteftins
. Ce re-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
mede merveilleux remplit toutes les indications
qui fe préfentent. En agiffant ſur
les folides , il les irrite d'une part , & leur
fait exprimer les humeurs viciées qui les
furchargent , tandis que d'autre part il les
affermit & les corrobore par fa vertu aftringente.
Mais fi tous les fluides participent
depuis quelque temps de la mauvaiſe
qualité du chyle , quel défordre n'en doitil
pas réfulter dans toute l'économie animale
? Les folides partout arrofés de ces
fluides dépravés , éprouveront une altération
manifefte dans leur action : il en réfultera
un relâchement univerfel dans toutes
les fibres ; un affaiffement conftant dans
les voies par où le chyle a coutume de paffer
pour réparer le fang ; une fonte générale
dans ce fluide qui , privé de fon reffort
, s'accumule auffitôt dans les extrêmités
artérielles ; delà le cours de ventre
opiniâtre , le dégoût , la bouffiffure ou le
marafme qui croiffent à vue d'oeil : c'eſt ce
qu'ont malheureufement éprouvé tous
ceux qui ont négligé le commencement de
leur maladie , & qui ont continué l'uſage
de ce vin mal élaboré.
Si vous me demandez , Monfieur , quel
remede on peut apporter à ce funefte état ,
je répondrai qu'il n'en eft prefque aucun ,
& qu'il faut que le malade périffe : car les
MAR S. 1757. 175
abſorbans ou les aftringens , dont on voudra
fe fervir , accumuleront davantage les
engorgemens qui fe trouvent déja dans les
routes du chyle ; les apéritifs ou les cordiaux
fouetteront encore plus les fluides
diffous ; les uns accéléreront les dévoiemens
; les autres , l'hydropifie : il ne reſte
que les anodins mêlés avec les ftomachiques
, & de légers purgatifs aftringens réitérés
de temps en temps , qui pourront
prolonger la maladie , & rarement la guérir.
R
Il importe donc de faire choix de certains
alimens dont on doit fe nourrir , ou
de n'en point abufer lorfqu'on ne peut s'en
paffer. On voit auffi de quelle conféquence
il eft de remédier aux maux dans leur
principe. C'eſt une erreur de croire , comme
la plupart qui ont été les victimes de
leur impéritie & de leur entêtement , que
la limonade ou les aftringens pris dans les
commencemens , puiffent détruire cette
maladie fort différente de celles où leurs
fecours font fi bienfaifans. Il n'eft point ici
queſtion ni d'irritation dans les folides , ni
d'une bile abondante qui l'ait procurée.
Non , c'eft un chyle mal digéré , qui
formé en partie d'un aliment auffi mal digéré
que lui , ne peut que rendre un fang
extrêmement maigre & appauvri . Telle eſt
>
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
la caufe , tels doivent en être les effets......
A Toulon , ce 2 Décembre 1756.
LA BERTHONYE , Docteur en Médecine.
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Résumé : LETTRE sur une Maladie populaire ; qui a régné & qui regne encore dans les Hôpitaux Militaires, & autres de Provence.
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