REMARQUES sur une Médaille
"Grecque de Diadumenien.
MR
R Galland ; dans une Lettre écrite
en 1705. dont le Mercure de France
du mois d'Avril dernier , nous a don
né un Extrait , rapporte une Médaille
Grecque de Diadumenien , où d'un côté
se voit la tête de ce jeune Prince , avec
la Legende . Μ . ΟΠΕΛ. ΔΙΑΛΟΥΜΙΝΙΑ-
NOC. On lit sur le revers , EDECION
HPAKAEITOC. Le Type en est ainsi ex-
1-
primé
JUILLET. 1733. 1517
> primé. Le Philosophe Heraclite debout
avec le petit Manteau de Philosophe et une
Massue qu'il tient de la main gauche . Le
P. Hardouin , qui dans ses Nummi Antiqui
Illustrati , a cité cette Médaille , en
a adopté l'explication
*
Quelque déférence que j'aye pour deux
aussi grands Maîtres que M. Galland et le
P. Hardouin , j'ai peine à me persuader
qu'ils ne se soient pas trompez sur cette
Médaille ; ne me paroissant en aucune ma
niere que ce soit le Philosophe Heraclite
qu'on ait voulu réprésenter sur son revers.
Je sçais bien le soin particulier qu'ont
eu les Villes Grecques de graver sur leurs
Monnoyes les grands hommes ausquels .
elles avoient donné la naissance ; que
par cette raison nous voyons sur celles
de Smyrne et de Chio l'image d'Homere ,
celle de Pithagore sur les Monnoyes de
Samos; et qu'ainsi Héraclite étant d'Ephe-
• il est assez naturel que ce Philosophe
ait reçû un pareil honneur des Ephesiens
ses Compatriotes .
Mais si ces Peuples avoient voulu
nous le représenter , l'auroient- ils gravé
dans un équipage si peu convenable
à un Sage ! qu'a de commun la Massuë
* Page 19. Col. 20
Ciij avec
1518 MERCURE DE FRANCE
avec la Philosophie ; cette arme , le symbole
de la force du corps , 'convient- elle
à une profession toute spirituelle ! pour
moy je n'y vois aucun rapport que celui
qu'on pourroit tirer de la conformité du
nom HPAKAEITOC , avec celui d'HPA
KAHC Hercule , mais je ne crois pas qu'on
veuille se servir d'une pareille raison ; et
quoique les Anciens ayent connu un
Hercule ami des Muses , HERCULES MUSARUM
, comme on lit sur une Médaille
de la Famille Pomponia , ils ne se sont
jamais servi des symboles de ce Heros
pour en orner les Sçavans dont ils nous
ont voulu laisser les Portraits .
les
Homere et Pithagore , sur les Médail
que j'ai citées , pour ne point cherther
plus loin des preuves de ce que j'a
vance , sont représentez assis dans l'attitude
de Maîtres qui enseignent , Homere >
tient un Livre à la main , et Pithagore
une baguette , du bout de laquelle il
touche un Globe celeste , l'un et l'autre
sont enveloppez d'un long Manteau. Tout
cet équipage qui convient parfaitement
à ceux qu'on a voulu représenterest
bien different de celui du prétendu Héraclite.
Aussi ce n'est point ce Philosophe ,
mais Hercule qu'on voit gravé sur la Médaille
de Diaduménien.
Car
JUILLET. 1733. 1519
Car quoique les Ephesiens adorassent
principalement Diane , et que cette Déesse
fût la Divinité titulaire d'Ephese , son
culte n'excluoit point celui des autres
Dieux , les Médailles de cette Ville nous
en font foi ; nous y trouvons Saturne, Jupiter
, Apollon , Mercure , Isis , Cerès ,
Minerve , et ce qui confirme ma conjecture
pour Hercule sur la Médaille de
Diaduménien , c'est que , ce Dieu . y est
souvent réprésenté.
Ainsi donc HPAKAEITOC est le nom
du Magistrat sous l'autorité duquel la
Médaille a été frappées et pour donner
quelque chose à la conjecture , il se
peut faire que cet Héraclité est le même
que celui dont il est parlé dans Spartien .
C'étoit un des Lieutenans de Septime Sc
vere, que ce Prince envoya au commencement
de son regne , pour faire déclarer
l'Angleterre en sa faveur . Cet Officier, qui
peut-être étoit d'Ephese,comme son nom
peut le faire soupçonner , se sera retiré
dans le lieu de sa naissance après la mort
de Severe , pour éviter la cruauté de Caracalle
, et là , il aura exercé les premieres
Charges ; le temps qui s'est passé depuis
les premieres années de Severe jusqu'à
Diadumenien n'étant que d'environ 23 .
années,n'est pas un espace assez considèra-
Cili ble
1520 MERCURE DE FRANCE
ble pour détruire la possibilité de ce que
j'avance.
Ce n'est ici , comme je l'ai marqué d'abord
, qu'une conjecture , et l'on en peut
diré autant de tout ce que j'ai écrit sur le
revers de la Médaille de Diaduménien ,
n'ayant pas vû cette Médaille , dont la
seule inspection peut détruire tous mes
raisonnemens ; mais comme elle n'a point
encore été gravée , que je sçache ; jusques
là il est permis d'en porter son jugement.
D'Orleans le s. Juin 1732. D. P.