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1
p. 23-30
SUZANNE ACCUSÉE PAR LES VIE[I]LLARDS. Tableau de feu M. Coypel, Premier Peintre du Roy. POEME.
Début :
Quel spectacle étonnant se presente à mes yeux ! [...]
Mots clefs :
Suzanne, Yeux, Âme, Coeur, Tableau, Vieillards, Amour, Voix, Peuple, Main, Couleur, Voile, Outrage
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texteReconnaissance textuelle : SUZANNE ACCUSÉE PAR LES VIE[I]LLARDS. Tableau de feu M. Coypel, Premier Peintre du Roy. POEME.
SUZANNE ACCUSE'E
PAR LES VIELLARDS.
Tableau de feu M. Coypel , Premier
Peintre du Roy.
Q
POEME.
Uel ſpectacle étonnant ſepreſente àmes
yeux !
Suzanne & deux vieillards paroiſſent dans ces
lieux ,
Pouvons-nous de nos jours voir encore cette
hiſtoire ?
Ou pour en conſerver la tragique memoire ,
Dans ce Tableau trompeur par quel divia
pouvoir
Le peuple ſemble-t'il parler & ſe mouvoir ,
Tous ces objets diversn'occupent point de place,
La main dément les yeux , ce n'est qu'une
furface.
O! toi peintre ſçavant,ou celebre enchanteur
Qui fais vivre la toille& parler la couleur ,
Qui par l'art merveilleux , dont notre ame eſt
déçue ,
Peux rendre le paſſé preſent à nôtre vue ,
Et
24
LE MERCURE
Et qui pour en montrer les grands évenemens,
Levez le voile obſcur dont les couvre le temps ,
Coipel, qui par l'effet d'un muet dramatique
Peux faire entendre aux yeux un noble pathetique
,
Fais-moi part du beau feu qui guide ton pinceau
Pour donner à mes vers l'ame de ton tableau.
La ſageſſe toujours n'a pas ſa récompenſe ,
On accuſe ſouvent la plus pure innocence ,
L'eſprit fourbe & malin , les difcours ſeducteurs
En nous foibles mortels produiſent mille erreurs,
Suzanne raſſembloit mille vertus en elle ,
Et chacunla citoit des femmes le modelle ,
Un air vif & touchant , l'éclat de la beauté ,
N'en avoient point banni la rare chaſteté ,
Samodeſte pudeur arrêtoit la licence ,
Des feux dont ſes appas cauſoient la violence ;
Cependant deux vieillards follement amoureux
Oferent dans le bain lui parler de leurs feux ,
Et joignant à l'amour une forte menace ,
Ils crurent de ſon coeur enfin fondre la glace;
Mais la chaſte Suzanne à leur ardent tranſport
Prefera conſtamment la plus cruelle mort.
Quel est donc le deſtin d'une femme ſi ſage ?
C'eſt elle que l'on voit traitée avec outrage ,
C'eft
DE SEPTEMBRE 1722.
25
C'eſt elle dont on voit par un ſenſible affront
Lever infolemment le voile fur le front
,
, Objet infortuné de cent regards avides
Elle attend ſon arreſt de ces vieillards perfides .
Qui voulant ſe venger d'un trop juſte refus ,
Etouffent du remords les ſentimens confus ,
Le plus vindicatif à l'accuſer s'apprête ,
Et d'un air menaçant met la main ſur ſa tête ,
Vous qui m'avez remis la justice , & les loix
Peuple, ſoyez ,dit- il , attentif à ma voix .
Suzanne qui l'eur dit , Suzanne eſt infidelle.
Témoins infortunez nous dépoſons contre elle,
Au fond de ſon jardin dans un ſombre réduit ,
Pour venger ſon époux le Ciel nous a conduit ,
Un jeune homme en ſes bras , ſon ame déloyale
Ytrahiſſoit les droits de la foy conjugale!
Pour nous faifir de lui nous courons,mais envain,
Il ſçavoit mieux que nous les détours du jardin,
Il s'enfuit , & de loin ſon ardente jeune ſſe
Rioit du vain effort de la lente vieilleſſe ,
Elle ſeule a reſté , la loy preſcrit ſa mort ,
Nous l'amenons à vous , decidez de ſon ſort,
Je vous rends à regret un trop vrai témoignage,
Plût au Ciel que des yeux j'euffe perdu uſage ;
Mais helas ! ce ſecret n'eſt plus en mon pouvoir
B devant
26 LE MERCURE
Devant Dicu tous égards cedent au fier devoir ,
En proferant ces mots le tranſport qui l'agite
Le rend pâle & tremblant , il chancelle , il
heſite ,
Le trouble eſt ſur ſon front , & fon oeil enfoncé
Eſt preſque tout couvert d'un ſourcil heriffé ,
Sur ſon tein ſe répand un déluge de bile ,
Son fiel eſt tout entier ſur ſa face immobile ,
Son crime l'épouvante , on le voit en fremir ,
Et contre ſon remors tâcher de s'affermir.
L'autre vieillard ſanguin fent encore dans
ſon ame ,
Les reſtes mal éteints de ſa ſecrette flame.
Voyez comme Suzanne arrête en un moment ,
Les coups prémeditez de ſon reſſentiment ,
La vengeance & l'amour ſont peints ſur ſon
viſage ,
On doute qui des deux l'agitent davantage,
L'amour préſomtueux , ce fier tiran du coeur
Qui veut par tout regner paroît d'abord vains
queur ,
Mais la vengeance enfin ſe relevé plus forte ,
Et ſur ſon ennemi dans ce moment l'emporte ,
L'amour cede & confus de le voir outragé ,
Se joint à ſon effort , & veut être vengé.
Au recit des vieillards le peuple ſe partage;
Ec
DE SEPTEMBRE 1722. 27
Etdéja prévenu par ce faux témoignage ,
Chacun ſur ce ſujet parle diverſement ,
L'un fait voir le mépris , l'autre l'étonnement ,
Celui- là le dedain , celui - ci la triſteſſe ,
Dans fon fort malheureux cet autre s'intereſſe,
De ce côté la haine ,& la compaffion
De l'autre la colere & l'indignation ,
Une femme ajoûtant à l'oprobre l'outrage ,
A cette infortunée adreſſe ce langage:
Perfide , tu croyois pouvoir nous abufer ,
Et par un beau dehors toûjours nous impofer ,
Quela pure vertu ſur ſon viſage empreinte
Ycache adroitement l'artifice & la feinte
Ne tient- il qu'à couvrir d'un faux voile d'honneur
,
Les vices de l'eſprit , & les défauts du coeur ,
Hipocrite , & crois- tu que le beau nom de ſage
Ne ſe doit qu'au ſecret de ton libertinage ?
A ces mots le ſourcils'abaiſſant ſur ſes yeux ,
Elle l'infulte encor d'un regard dédaigneux ,
Ces mouvemens divers font un confus murmure
De haine , de douleur , de tendreſſe , d'injure
Mais les fons diſperſez s'uniſſent à la fois ,
On entend demander la mort à haute voix .
Bij
Celle
28 LE MERCURE
Celle que de Suzanne on reconnoît la mere ,
En partageant l'affront d'une fille ſi chere,
Reffent déja les coups qui doivent l'accabler
Y ſuccombe , & n'a pas la force de parler.
Dans le même moment Helcias auprès d'elle
Sent l'effet violent de l'amour paternelle ,
Et ne conſerve plus de raiſon , de vigueur
Que pour mieux reſſentir l'excès de fon mal
heur ,
Il voit de tous côtez l'horreur qui l'environne,
Etdans le deſeſpoir où ſon coeur s'abandonne ,
O Dieu , qui m'as , dit- il, fi long- temps conſervé
Pour le ſpectacle horrible ai-je été refervé ,
Pourquoi prolongeois- tu juſqu'à cette journée,
Demes jours languiſſans la trame infortunée ,
Eſt-ce ainſi qu'à l'abri de tes puiſſantes mains,
Tu promets de tenir les fideles humains ,
Tandis que l'injustice heureuſe & triomphante,
Tient ſous un joug affreux la vertu gemiſſante ,
Son geſte , ſa couleur , ſes ſanglots , ſes ſoupirs ,
Expriment vivement ſes mortels déplaiſirs ,
Il exerce ſur lui la rage qui l'anime ,
Et fa robe endevient la premiere victime ,
Il
DE SEPTEMBRE 2722 . 29
1
J
Il n'eſt point de milieu pour l'extrême douleur,
Ou c'eſt toute foibleſſe , ou c'eſt toute fureur.
Dans ce trouble Suzanne eſt ſeule ſans allar
mes ,
Et n'atache qu'au Ciel ſes yeux mouillez de
larmes ,
Vous qui futes toûjours mon aſſuré recours ,
Dit elle , Dieu puiſſant j'attends vôtre ſecours
Du plus caché des coeurs la ſecrette penſée
Par vos yeux penétrans eſt aisément percée ,
Vous voyez contre moi s'armer des impoſteurs ,
Je ne ſuis point coupable , & cependant je
meurs.
Tandis que ſon coeur ſeul acheve ſa priere ,
Et qu'elle livre à Dieu ſon ame toute entiere ,
Ses enfans qu'attendrit ſa gemiſſante voix ,
Pour embraffer leur mere accourent à la fois ,
Helas tendres enfans , un ſi doux témoignage,
Loinde la conſoler l'accable davantage,
Ah ! laiſſez la plutôt , profitez du bonheur
D'ignorer juſqu'on va l'excès de ſon malheur.
Tout prêt d'executer l'Arreſt de la justice ,
Le peuple impatient demande ſon ſuplice ,
Mais le Dieu d'Abraham l'appui des malheureur
Sçaura la délivrer de ce peril affreux ,
Biij Bien-tôt
30
LE MERCURE
Bien-tôt l'on entendra la voix de ſon prophete,
De ſes fecrets deſſeins le fidelle interprete ,
Confondre ces vieillards , & les faire expirer
Sous les coups qu'à Suzanne ils vouloient preparer.
Mais que dis je! où m'emporte un effort trop
rapide ,
Suivons fidellement les pas de nôtre guide ,
N'allons pas par les coups d'un indiſcret pinceau
Renfermer deux ſujets dans un même tableau.
Voilà ſçavant Coipel ce que nous repreſente ,
De ton muet tableau la peinture parlante ,
Chaque objet qu'on y voit eſt ſi bien imité
Qu'il diſpute le rang avec la verité.
Par des fons diftinguez la voix ſe fait entendre,
Ta docte main fait plus ,car elle oſe entres
prendre,
Par le deſfein corect , par la vive couleur
De découvrir à nud les ſentimens du coeur ,
Elle a pour ſuppléer au défaut du langage
La force d'attirer l'ame ſur le viſage .
PAR LES VIELLARDS.
Tableau de feu M. Coypel , Premier
Peintre du Roy.
Q
POEME.
Uel ſpectacle étonnant ſepreſente àmes
yeux !
Suzanne & deux vieillards paroiſſent dans ces
lieux ,
Pouvons-nous de nos jours voir encore cette
hiſtoire ?
Ou pour en conſerver la tragique memoire ,
Dans ce Tableau trompeur par quel divia
pouvoir
Le peuple ſemble-t'il parler & ſe mouvoir ,
Tous ces objets diversn'occupent point de place,
La main dément les yeux , ce n'est qu'une
furface.
O! toi peintre ſçavant,ou celebre enchanteur
Qui fais vivre la toille& parler la couleur ,
Qui par l'art merveilleux , dont notre ame eſt
déçue ,
Peux rendre le paſſé preſent à nôtre vue ,
Et
24
LE MERCURE
Et qui pour en montrer les grands évenemens,
Levez le voile obſcur dont les couvre le temps ,
Coipel, qui par l'effet d'un muet dramatique
Peux faire entendre aux yeux un noble pathetique
,
Fais-moi part du beau feu qui guide ton pinceau
Pour donner à mes vers l'ame de ton tableau.
La ſageſſe toujours n'a pas ſa récompenſe ,
On accuſe ſouvent la plus pure innocence ,
L'eſprit fourbe & malin , les difcours ſeducteurs
En nous foibles mortels produiſent mille erreurs,
Suzanne raſſembloit mille vertus en elle ,
Et chacunla citoit des femmes le modelle ,
Un air vif & touchant , l'éclat de la beauté ,
N'en avoient point banni la rare chaſteté ,
Samodeſte pudeur arrêtoit la licence ,
Des feux dont ſes appas cauſoient la violence ;
Cependant deux vieillards follement amoureux
Oferent dans le bain lui parler de leurs feux ,
Et joignant à l'amour une forte menace ,
Ils crurent de ſon coeur enfin fondre la glace;
Mais la chaſte Suzanne à leur ardent tranſport
Prefera conſtamment la plus cruelle mort.
Quel est donc le deſtin d'une femme ſi ſage ?
C'eſt elle que l'on voit traitée avec outrage ,
C'eft
DE SEPTEMBRE 1722.
25
C'eſt elle dont on voit par un ſenſible affront
Lever infolemment le voile fur le front
,
, Objet infortuné de cent regards avides
Elle attend ſon arreſt de ces vieillards perfides .
Qui voulant ſe venger d'un trop juſte refus ,
Etouffent du remords les ſentimens confus ,
Le plus vindicatif à l'accuſer s'apprête ,
Et d'un air menaçant met la main ſur ſa tête ,
Vous qui m'avez remis la justice , & les loix
Peuple, ſoyez ,dit- il , attentif à ma voix .
Suzanne qui l'eur dit , Suzanne eſt infidelle.
Témoins infortunez nous dépoſons contre elle,
Au fond de ſon jardin dans un ſombre réduit ,
Pour venger ſon époux le Ciel nous a conduit ,
Un jeune homme en ſes bras , ſon ame déloyale
Ytrahiſſoit les droits de la foy conjugale!
Pour nous faifir de lui nous courons,mais envain,
Il ſçavoit mieux que nous les détours du jardin,
Il s'enfuit , & de loin ſon ardente jeune ſſe
Rioit du vain effort de la lente vieilleſſe ,
Elle ſeule a reſté , la loy preſcrit ſa mort ,
Nous l'amenons à vous , decidez de ſon ſort,
Je vous rends à regret un trop vrai témoignage,
Plût au Ciel que des yeux j'euffe perdu uſage ;
Mais helas ! ce ſecret n'eſt plus en mon pouvoir
B devant
26 LE MERCURE
Devant Dicu tous égards cedent au fier devoir ,
En proferant ces mots le tranſport qui l'agite
Le rend pâle & tremblant , il chancelle , il
heſite ,
Le trouble eſt ſur ſon front , & fon oeil enfoncé
Eſt preſque tout couvert d'un ſourcil heriffé ,
Sur ſon tein ſe répand un déluge de bile ,
Son fiel eſt tout entier ſur ſa face immobile ,
Son crime l'épouvante , on le voit en fremir ,
Et contre ſon remors tâcher de s'affermir.
L'autre vieillard ſanguin fent encore dans
ſon ame ,
Les reſtes mal éteints de ſa ſecrette flame.
Voyez comme Suzanne arrête en un moment ,
Les coups prémeditez de ſon reſſentiment ,
La vengeance & l'amour ſont peints ſur ſon
viſage ,
On doute qui des deux l'agitent davantage,
L'amour préſomtueux , ce fier tiran du coeur
Qui veut par tout regner paroît d'abord vains
queur ,
Mais la vengeance enfin ſe relevé plus forte ,
Et ſur ſon ennemi dans ce moment l'emporte ,
L'amour cede & confus de le voir outragé ,
Se joint à ſon effort , & veut être vengé.
Au recit des vieillards le peuple ſe partage;
Ec
DE SEPTEMBRE 1722. 27
Etdéja prévenu par ce faux témoignage ,
Chacun ſur ce ſujet parle diverſement ,
L'un fait voir le mépris , l'autre l'étonnement ,
Celui- là le dedain , celui - ci la triſteſſe ,
Dans fon fort malheureux cet autre s'intereſſe,
De ce côté la haine ,& la compaffion
De l'autre la colere & l'indignation ,
Une femme ajoûtant à l'oprobre l'outrage ,
A cette infortunée adreſſe ce langage:
Perfide , tu croyois pouvoir nous abufer ,
Et par un beau dehors toûjours nous impofer ,
Quela pure vertu ſur ſon viſage empreinte
Ycache adroitement l'artifice & la feinte
Ne tient- il qu'à couvrir d'un faux voile d'honneur
,
Les vices de l'eſprit , & les défauts du coeur ,
Hipocrite , & crois- tu que le beau nom de ſage
Ne ſe doit qu'au ſecret de ton libertinage ?
A ces mots le ſourcils'abaiſſant ſur ſes yeux ,
Elle l'infulte encor d'un regard dédaigneux ,
Ces mouvemens divers font un confus murmure
De haine , de douleur , de tendreſſe , d'injure
Mais les fons diſperſez s'uniſſent à la fois ,
On entend demander la mort à haute voix .
Bij
Celle
28 LE MERCURE
Celle que de Suzanne on reconnoît la mere ,
En partageant l'affront d'une fille ſi chere,
Reffent déja les coups qui doivent l'accabler
Y ſuccombe , & n'a pas la force de parler.
Dans le même moment Helcias auprès d'elle
Sent l'effet violent de l'amour paternelle ,
Et ne conſerve plus de raiſon , de vigueur
Que pour mieux reſſentir l'excès de fon mal
heur ,
Il voit de tous côtez l'horreur qui l'environne,
Etdans le deſeſpoir où ſon coeur s'abandonne ,
O Dieu , qui m'as , dit- il, fi long- temps conſervé
Pour le ſpectacle horrible ai-je été refervé ,
Pourquoi prolongeois- tu juſqu'à cette journée,
Demes jours languiſſans la trame infortunée ,
Eſt-ce ainſi qu'à l'abri de tes puiſſantes mains,
Tu promets de tenir les fideles humains ,
Tandis que l'injustice heureuſe & triomphante,
Tient ſous un joug affreux la vertu gemiſſante ,
Son geſte , ſa couleur , ſes ſanglots , ſes ſoupirs ,
Expriment vivement ſes mortels déplaiſirs ,
Il exerce ſur lui la rage qui l'anime ,
Et fa robe endevient la premiere victime ,
Il
DE SEPTEMBRE 2722 . 29
1
J
Il n'eſt point de milieu pour l'extrême douleur,
Ou c'eſt toute foibleſſe , ou c'eſt toute fureur.
Dans ce trouble Suzanne eſt ſeule ſans allar
mes ,
Et n'atache qu'au Ciel ſes yeux mouillez de
larmes ,
Vous qui futes toûjours mon aſſuré recours ,
Dit elle , Dieu puiſſant j'attends vôtre ſecours
Du plus caché des coeurs la ſecrette penſée
Par vos yeux penétrans eſt aisément percée ,
Vous voyez contre moi s'armer des impoſteurs ,
Je ne ſuis point coupable , & cependant je
meurs.
Tandis que ſon coeur ſeul acheve ſa priere ,
Et qu'elle livre à Dieu ſon ame toute entiere ,
Ses enfans qu'attendrit ſa gemiſſante voix ,
Pour embraffer leur mere accourent à la fois ,
Helas tendres enfans , un ſi doux témoignage,
Loinde la conſoler l'accable davantage,
Ah ! laiſſez la plutôt , profitez du bonheur
D'ignorer juſqu'on va l'excès de ſon malheur.
Tout prêt d'executer l'Arreſt de la justice ,
Le peuple impatient demande ſon ſuplice ,
Mais le Dieu d'Abraham l'appui des malheureur
Sçaura la délivrer de ce peril affreux ,
Biij Bien-tôt
30
LE MERCURE
Bien-tôt l'on entendra la voix de ſon prophete,
De ſes fecrets deſſeins le fidelle interprete ,
Confondre ces vieillards , & les faire expirer
Sous les coups qu'à Suzanne ils vouloient preparer.
Mais que dis je! où m'emporte un effort trop
rapide ,
Suivons fidellement les pas de nôtre guide ,
N'allons pas par les coups d'un indiſcret pinceau
Renfermer deux ſujets dans un même tableau.
Voilà ſçavant Coipel ce que nous repreſente ,
De ton muet tableau la peinture parlante ,
Chaque objet qu'on y voit eſt ſi bien imité
Qu'il diſpute le rang avec la verité.
Par des fons diftinguez la voix ſe fait entendre,
Ta docte main fait plus ,car elle oſe entres
prendre,
Par le deſfein corect , par la vive couleur
De découvrir à nud les ſentimens du coeur ,
Elle a pour ſuppléer au défaut du langage
La force d'attirer l'ame ſur le viſage .
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