LE DORMEUR.
Our un Dormeur l'inſuportable choſe
Que des Exploits , des Victoires ſans fin ;
Qu'un Roi qui fait tout ce qu'il ſe propoſe!
C'étoit d'abord Ypre , Furne , Menin ,
Puis Montalban , Démont , Château- Dauphin ;
Aujourd'hui c'eſt Fribourg . Au diable qui repoſe ,
Quand Louisa les Armes à la main..
La Bastille & les Invalides
De tels Lauriers toujours avides ,
Braquant leur Airain triomphal ,
Pour mieux honorer la Conquête ,
Se font un devoir capital ,
Dans les bras du ſommeil ,de vous fendre la tête.
Je m'éveille en ſurſaut , je jure , je tempête :
C'eſt encor , me dit-on , des Ennemis à bas.
Alors je me tapis ,& j'enrage tout bas ,
NOVEMBRE. 1744 . 95
Non de nos Ennemis, bien aſſommés fans doute ,
Mais de mes Pavots en déroute ,
Dont je ne sçaurois trop gémir.
C'en est fait , je perds patience.
LOUIS veut vaincre , & moi , je veux dormir.
Ilme faut donc ailleurs fixer ma réſidence ,
Et fuir dans un Climat lointain .
Qüi , je me léve , & pars ſoudain :
Je vais chercher au bout du monde
Quelqu'azile , où , ſans embarras ,
Je puiſſe enfin goûter , entre deux draps ,
Une tranquillité profonde ;
Où , toujours à l'abri des boëtes , du canon,
Et laiſſant à Louis ſignaler ſon courage ,
Je n'entende jamais , dans ma nouvelle Plage,
De bruit que celui de fon nom,