J'ai obligation à M.le Grand des 3
premieres Pieces deVers ſuivantes.
C'eſtunjeuneEleve du Parnaſle, qui
bien different de Mrs ſes Confreres,
eft aufli modefte , que ceux - cy font
pour la pluſpart préſomptueux . Il
a fallu lui faire en quelque forte
violence , pour le déterminer à les
abandonner au Public , Juge ſevere&
inexorable . Que ne doit- on pas
efperer de cette Muſe Printaniere,
avec
JUILLET. 37
avec de ſi rares Talens , & dont
cependant il ſe défie : A-t- il raiſon
, ou non ? J'en appelle à mon Lec
teur.
A M. LE DUC DE NOAILLES,
PAR M. LE GRAND.
A
U Mont facré des Doîtes
Pierides.
Quel vain espoir conduit tant de
Rimeurs ?
Ont-ils ja ven dans ces sentiers
arides
Récompenser leurs penibles labeurs?
Fors le Laurier, qu'ont - ils en des
neuf Soeurs ?
Point je ne vois Enfans de Polymnie
Dú bon Siléne avoir trogne benie:
Ains fur leurs fronts de guirlandes
ornez ,
Je voisSoucis&Chagrinsfurannez ,
Envain Phébus en mes veines
allume
Nobledésir de franchir le Lethe ,
Ilneme chaut pour revivre Posthnme,
Juillet 1717 . D
1
38. LE MERCURE
Defabriquer maint Libelle vanté ;
S'ilfaut trainer, efolave de maplume,
Desjours martyrs de l'Immortalité,
Plûtôtle temstout entier me confume:
Je veux vivant parfois être flaté,
Avoir Fortune, &Joye à mon côté,
Roses d' Amour, Coeur de Gente pucelle
,
Dons de Cerés &du fils de Semele.
Mais où chercher , en cefiéclefélé,
Tel reconfort ? Sur le Cheval ailé ?
Non, du Destinpour braver l'influence,
De Plutus ſeul , du Dieu de la Finance
,
Voler il faut sous le Drapeau doré ,
Detousplaisirs c'est le pere adoré :
Chezfes Servans on voit toute l'année
Gibierd'Amour &Tendrons d'Hymenée,
LeDieu du Pampre &maints gentilsHarpeurs
Avec Comus y faire les honneurs ;
Rares n'yfont ,même pour la Vinée,
Enfans du Pinde , &polis Difconreurs
;
DE JUILLET. 39
:
Cen'est le tout les Parnaſſides
Soeurs
2
Vont, courtisans les Menins d'Opu
lence
Onpeut m'en croire , en ai l'Experience;
Jâfous Plutus suis à peine enrôlé,
Lesacré Mont me ſemble devoilé ;
Sire Apollon &ſes Nymphesfi fieres
Amoi jadis, en manteau Laceré
Viennent m'offrir leurs sçavantes
lumieres ,
Ores que suis en pourpo int cha.
marré,
Bref n'ai besoin de Semondre larime:
Mais toutes fois, quandje vaisfaire
efcrime ,
J'ai pour deviſe écrit à l'Ecuſſon ,
Rimeurjoyeux ; chacun aſa façon.
L'unde Venus aimeà chanter l'Em
pire ,
L'arc & les traits de l'aveugle
Garçon ;
L'autre plus craint, fans quartier ni
pardon ,
Contre leviceépuise la Satyre ;
40 LE MERCURE
:
:
Pour les Vertus, Hondart montefa
Lyre ,
Rimeur est libre , & moifacetieux ;
J'aimeà conter en ſtile gracieux
Gentils propos , Nouvelles d'alle--
greffe ;
Puisàſemeren mes vers tous joyeux
Doux grains d'Encens , triez aves
fineffe ,
Pour ne sentir le Flateur ennuyeux;
De ma Nature Enfant peusoucieux
Jeſuis nommé, petite est ma chevance
2.
Dont nefais cas d'être bon ménager :
Gentille humeur fans beaucoup d'epulence
,
Fait ma lieſſe au monde paſſager:
Suffit mon fort , trop je crains de
changer;
Je crains , que dis-je ? Oferoit la
Fortune
Mefaire niche & s'attaquer àmoi ?
Non, non du Sort point ne crains la
rancune ;
Partoi , NOAILLE , étayé dans
l'emploi ,
Je ſers Phebus , il me répond de tai ..