Je n'aurois pas manqué de
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.