CONTE
PAR M. DE S. A.
E Dieu de l'Interêt , & le Dieu .
L de l'Amour ,
Chez un gros Partiſan ſe trouverent
un jour :
L'avanture étoit rare , un même
Domicile
par eux n'étoit guere habité.
Chacun alloit de fon côté ,
L'un auplaifir , l'autre à l'utile :
D'AVRIL . 57
Voici , dit l'Interêt , un Enfant bien
nipé ,
Traits dorés , bon Carquois d'Ebéne
;
La dupe paroît bonne , & je fuis.
bien trompé ,
fi je n'en tire quelque aubene .
Veux-tu jouer , fils de Cypris ,
J'ai des bijoux à ton ufage ,
Qui pour argent prété , me furent
mis en gage ;
Bracelets de cheveux , où tiennent
des Rubis ,
Bagues de fentimens qui couvrent
un mystére :
C'eſt autant de Threfors ; à qui le
dites- vous ?
Je connois , dit l'Amour , le prix
de ces bijoux ,
Le Tarif en eft à Cythere :
Cà ,joüons , Maffe , un Trait , Paroli
, Maffe trois ;
>
Va le reite de mon Carquois.
Facillement Amour fe pique :
Son Joueur , habile Narquois
a bien-tôt raflé la boutique ;
L'enfant dévalifé s'enfuit au fond
des bois ,
58 LE MERCURE
Cacher la défaite , & fes larmes .
L'Interêt difpofe des armes ,
Dont l'Amour ufoit autrefois .