Résultats : 14597 texte(s)
Détail
Liste
9551
p. 58-64
LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur le grain.
Début :
J'ai lû avec attention, Monsieur, dans votre dernier Mercure, page 137, la [...]
Mots clefs :
Grain, Terres, Prix, Religieux, Magasins, Récolte, Vin, Argent, Laboureur, Cultivateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur le grain.
LETTRE
Al Auteur du Mercure , fur le grain.
J'Ar lûavec
'Ar lû avec attention , Monfieur , dans
votre dernier Mercure , page 137 , las
Lettre d'un Religieux à M. Duhamel du
Monceau , fur les avantages que le Public
retireroit des magafins de grain que
les Ordres Religieux pourroient faire dans
leurs Maifons je ne peux qu'applaudir
aux intentions de ce Religieux , elles me..
paroiffent pures , & n'avoir pour but que
l'utilité publique le projet qu'il propofe
a été conçu & exécuté à Paris , il y a déja
plufieurs années.
Je connois tout l'avantage qui réfultera
des magafins faits librement ; j'ai vû une
fi grande abondance de grain en 1743 &
en 1744 dans les Provinces de France où
l'on eft dans l'ufage de battre la récolte au
JUILLE T. 1753 59
bout du champ * , que les laboureurs
ne
fçavoient où le loger , j'ai vû en même tems
les Meſtiveurs
auxquels on donne ordinairement
le neuvième de la récolte pour .
leur falaire , rançonner les colons , & exiger
outre ce neuvième , un fupplément
en
argent exceffif.
J'ai fuivi ces inconvéniens , & j'ai vu
qu'après les bonnes récoltes le cultivateur
fémoit moins de grain qu'à l'ordinaire &
augmentoit fon bétail : j'ai obfervé qu'il
négligeoit de remuer le grain dans les greniers
, parce que le prix des journées,
d'hommes augmente à mefure que celui
du grain baiffe ; j'ai remarqué que chaque
laboureur élevoit une plus grande quantité
de volailles & de porcs qu'à l'ordinaire
; j'ai vu les cultivateurs prodiguer le
grain à leurs boeufs & moutons pour les
engraiffer faute de confommation , ils
trouvent ce moyen de convertir leur grain
en fuif , & de les faire marcher fans voitures.
La vilité du prix du grain le leur faifoit
regarder comme une denrée qui ne
méritoit aucun foin . J'ai vu enfuite les intemperies
des faifons faire manquer la
récoke , les terres non cultivées & les
* Méthode dont je fuis en état de démontrer i
l'abus.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
champs fans fumier , par la mortalité des
beftiaux , alors les difettes fe font fait
fentir , & le peuple toujours injufte , a accufé
les Magiftrats de défaut de vigilance
fur la fortie des grains , tandis que trois
mois auparavant il les accufoit d'infléxibilité
fur ces forties. La véritable caufe du
mal ne doit pas fe chercher ailleurs que
dans la négligence du laboureur, qui n'a pas
fçû bien admniftrer le dépôt que la Provi
dence lui avoit confié . Une ſeconde raiſon
de difette , c'est qu'auffi- tôt que le grain
augmente dans les Provinces , les Colons
augmentent leurs femailles , & comme la
mauvaiſe récolte de grain eft ordinairement
accompagnée d'une difette de légumes
& herbages , la confommation du pain
augmente , parce qu'il faut que le grain
tienne lieu de tout : on en a vû un exemple
en 1751 , il n'y avoit prefque ni féves
, ni pois , ni lentilles , ni chataignes
ni glands ; les chenilles avoient rongé tous
les choux , & les herbes ne fourniffoient
qu'un lait maigre & une chair molle , Que
feroit- on devenu fans la bonté du Roi &
la fageffe du miniftere ?
Ces obfervations m'ont fait conclure
qu'il feroit très- avantageux à l'Etat
que le
commerce du grain fûr auffi libre que celui
du vin nous avons vû plufieurs an
JUILLE T. 17538 61
peu
nées abondantes en vin , & cependant
il n'a point augmenté de prix en proportion
avec le grain , les marchands fçavent
le conferver , & ils en font des magafins
, fans crainte d'être appellés monopolears
: il eft cependant certain qu'on en
manqueroit fans ces magafins : l'expérien
ce nous apprend qu'un Vigneron qui récolte
vingt barriques de vin , en vend
communément feize ; fi les Marchands
achetent , & que s'il ne fe fait pas d'enlevemens
, il ne refte pas deux barriques
à ce vigneron , au bout de deux ans ; il le
confomme infenfiblement , ou il le laiffe
gâter faute de logement ou faute de foins,
Il eft donc certain qu'il feroit très avantageux
qu'il y eût , dans les pays de grain ,
des enlevemens après les récoltes : il
ne s'agit pas ici d'exportation à l'Etranger
, mais de débaraffer le laboureur du
foin de fon grain , & d'être à portée de
le lui conferver au cas de befoin .
Si un Corps Religieux étoit chargé de
ces enlevemens , il faudroit lui interdire
la liberté d'en faire lorfque le froment excéderoit
cent livres le muid , qu'il ne pût
faire fes levées par préférence à perfonne
, que fes greniers fuffent toujours ouverts
, qu'il renouvellât fes grains en vendant
les anciens , fans pouvoir forcer le
$
62 MERCURE DE FRANCE.
Public à acheter , fous quelque prétexte
que ce fût , & qu'il ne pût augmenter le
prix du grain fans la permiffion du Magiftrat
, enforte que le plus haut prix n'excédât
pas cent cinquante livres le muid :
les différentes révolutions lui procureroient
un bénéfice fuffifant , & au moyen
des levées le cultivateur feroit de l'argent
quand il en auroit befoin .
*
J'aurois beaucoup de chofes à dire
fur la maniere de conferver les grains , &
fur les précautions pour le voiturer ; je
démontrerois que le bled voiture vieux
fouffre les mêmes altérations que le vin
que l'on a laiffé furanner dans les vigno
bles , lequel ne peut plus fouffrir de tranfport.
M. Rouffeau reproche à bien jufte
titre à notre Nation la frivolité de fes occupations.
On fait des Sociétés Littéraires
pour microſcoper les mots , & on ne s'eft
point encore avifé de former une fociété
de cultivateurs qui fe communiquaffent
leurs expériences de Province en Province.
Nous avons vu paroître quelques Ouvrages
de Mrs de Buffons & Duhamel , à
peine leur a- t- on marqué quelqu'obligation
de leurs recherches. M. de Combe a
tracé une autre carriere ; on laifle leurs
Livres , on va à la Campagne , on y porte
des Romans. Que de perfonnes le font
JUILLET. 63
1753
4
ruinées en facrifiant leur fortune fur mer
qui auroient fait un profit immenfe , s'ils
cuffent employé la même activité à cultiver
des fonds !
On convertit en parcs & en jardins de
plaifance , les terres labourables qui envi
ronnent un Château ; on fe ruine à ache
ter ces terrains , on les paye le quadruple
de leur valeur , & on ruine le payfan , on
le met dans une aifance momentanée , il
confomme l'argent de fon fonds , il perd
avec fon fonds & l'habitude du travail, &
le peu de probité qu'il avoit ; " ſa maiſon
eft détruite , fon champ eft devenu inculte
pour l'Etat , il n'a plus rien à perdre ,
le crime ne lui coûte plus rien . Les pay- .
fans ne fe preffent point de marier leurs
enfans , lorfqu'ils n'ont point de terres à
leur donner , ils perdent l'amour de la Patrie
, ceux qui n'ont point de poffeffions :
ne tiennent à rien..
Pourquoi n'éleve t'on pas les enfans des
Hôpitaux au travail de la terre ? craïnt on
qu'ils foient robuftes , & qu'ils portent
par tout des bras qui les faffent fubfifter ?
J'aurois trop à dire fi je voulois traiter
cette matiere , & fi j'entreprenois de faire
voir les abus qui naiffent des priviléges
qu'on obtient par des charges , après
avoir acquis fouvent moitié des terres d'u64
MERCURE DE FRANCE.
ne Paroiffe . Il me feroit facile de démon
trer pourquoi beaucoup de terres reftent
incultes , quoique ces terres puffent enti
chir nombre de familles , felles appartenoient
à des cultivateurs : mais ce détail
meneroit trop loin ; il feroit à défirer qu'une
bonne plume l'entreprît , cela feroit
plus utile que des réflexions fur Pline qui
a parlé pour fon pays je pourrois fournir
des matereaux , & je ne demanderois.
d'autre récompenfe que d'être utile à ma
Patrie. Je fuis , & c. L ***
Al Auteur du Mercure , fur le grain.
J'Ar lûavec
'Ar lû avec attention , Monfieur , dans
votre dernier Mercure , page 137 , las
Lettre d'un Religieux à M. Duhamel du
Monceau , fur les avantages que le Public
retireroit des magafins de grain que
les Ordres Religieux pourroient faire dans
leurs Maifons je ne peux qu'applaudir
aux intentions de ce Religieux , elles me..
paroiffent pures , & n'avoir pour but que
l'utilité publique le projet qu'il propofe
a été conçu & exécuté à Paris , il y a déja
plufieurs années.
Je connois tout l'avantage qui réfultera
des magafins faits librement ; j'ai vû une
fi grande abondance de grain en 1743 &
en 1744 dans les Provinces de France où
l'on eft dans l'ufage de battre la récolte au
JUILLE T. 1753 59
bout du champ * , que les laboureurs
ne
fçavoient où le loger , j'ai vû en même tems
les Meſtiveurs
auxquels on donne ordinairement
le neuvième de la récolte pour .
leur falaire , rançonner les colons , & exiger
outre ce neuvième , un fupplément
en
argent exceffif.
J'ai fuivi ces inconvéniens , & j'ai vu
qu'après les bonnes récoltes le cultivateur
fémoit moins de grain qu'à l'ordinaire &
augmentoit fon bétail : j'ai obfervé qu'il
négligeoit de remuer le grain dans les greniers
, parce que le prix des journées,
d'hommes augmente à mefure que celui
du grain baiffe ; j'ai remarqué que chaque
laboureur élevoit une plus grande quantité
de volailles & de porcs qu'à l'ordinaire
; j'ai vu les cultivateurs prodiguer le
grain à leurs boeufs & moutons pour les
engraiffer faute de confommation , ils
trouvent ce moyen de convertir leur grain
en fuif , & de les faire marcher fans voitures.
La vilité du prix du grain le leur faifoit
regarder comme une denrée qui ne
méritoit aucun foin . J'ai vu enfuite les intemperies
des faifons faire manquer la
récoke , les terres non cultivées & les
* Méthode dont je fuis en état de démontrer i
l'abus.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
champs fans fumier , par la mortalité des
beftiaux , alors les difettes fe font fait
fentir , & le peuple toujours injufte , a accufé
les Magiftrats de défaut de vigilance
fur la fortie des grains , tandis que trois
mois auparavant il les accufoit d'infléxibilité
fur ces forties. La véritable caufe du
mal ne doit pas fe chercher ailleurs que
dans la négligence du laboureur, qui n'a pas
fçû bien admniftrer le dépôt que la Provi
dence lui avoit confié . Une ſeconde raiſon
de difette , c'est qu'auffi- tôt que le grain
augmente dans les Provinces , les Colons
augmentent leurs femailles , & comme la
mauvaiſe récolte de grain eft ordinairement
accompagnée d'une difette de légumes
& herbages , la confommation du pain
augmente , parce qu'il faut que le grain
tienne lieu de tout : on en a vû un exemple
en 1751 , il n'y avoit prefque ni féves
, ni pois , ni lentilles , ni chataignes
ni glands ; les chenilles avoient rongé tous
les choux , & les herbes ne fourniffoient
qu'un lait maigre & une chair molle , Que
feroit- on devenu fans la bonté du Roi &
la fageffe du miniftere ?
Ces obfervations m'ont fait conclure
qu'il feroit très- avantageux à l'Etat
que le
commerce du grain fûr auffi libre que celui
du vin nous avons vû plufieurs an
JUILLE T. 17538 61
peu
nées abondantes en vin , & cependant
il n'a point augmenté de prix en proportion
avec le grain , les marchands fçavent
le conferver , & ils en font des magafins
, fans crainte d'être appellés monopolears
: il eft cependant certain qu'on en
manqueroit fans ces magafins : l'expérien
ce nous apprend qu'un Vigneron qui récolte
vingt barriques de vin , en vend
communément feize ; fi les Marchands
achetent , & que s'il ne fe fait pas d'enlevemens
, il ne refte pas deux barriques
à ce vigneron , au bout de deux ans ; il le
confomme infenfiblement , ou il le laiffe
gâter faute de logement ou faute de foins,
Il eft donc certain qu'il feroit très avantageux
qu'il y eût , dans les pays de grain ,
des enlevemens après les récoltes : il
ne s'agit pas ici d'exportation à l'Etranger
, mais de débaraffer le laboureur du
foin de fon grain , & d'être à portée de
le lui conferver au cas de befoin .
Si un Corps Religieux étoit chargé de
ces enlevemens , il faudroit lui interdire
la liberté d'en faire lorfque le froment excéderoit
cent livres le muid , qu'il ne pût
faire fes levées par préférence à perfonne
, que fes greniers fuffent toujours ouverts
, qu'il renouvellât fes grains en vendant
les anciens , fans pouvoir forcer le
$
62 MERCURE DE FRANCE.
Public à acheter , fous quelque prétexte
que ce fût , & qu'il ne pût augmenter le
prix du grain fans la permiffion du Magiftrat
, enforte que le plus haut prix n'excédât
pas cent cinquante livres le muid :
les différentes révolutions lui procureroient
un bénéfice fuffifant , & au moyen
des levées le cultivateur feroit de l'argent
quand il en auroit befoin .
*
J'aurois beaucoup de chofes à dire
fur la maniere de conferver les grains , &
fur les précautions pour le voiturer ; je
démontrerois que le bled voiture vieux
fouffre les mêmes altérations que le vin
que l'on a laiffé furanner dans les vigno
bles , lequel ne peut plus fouffrir de tranfport.
M. Rouffeau reproche à bien jufte
titre à notre Nation la frivolité de fes occupations.
On fait des Sociétés Littéraires
pour microſcoper les mots , & on ne s'eft
point encore avifé de former une fociété
de cultivateurs qui fe communiquaffent
leurs expériences de Province en Province.
Nous avons vu paroître quelques Ouvrages
de Mrs de Buffons & Duhamel , à
peine leur a- t- on marqué quelqu'obligation
de leurs recherches. M. de Combe a
tracé une autre carriere ; on laifle leurs
Livres , on va à la Campagne , on y porte
des Romans. Que de perfonnes le font
JUILLET. 63
1753
4
ruinées en facrifiant leur fortune fur mer
qui auroient fait un profit immenfe , s'ils
cuffent employé la même activité à cultiver
des fonds !
On convertit en parcs & en jardins de
plaifance , les terres labourables qui envi
ronnent un Château ; on fe ruine à ache
ter ces terrains , on les paye le quadruple
de leur valeur , & on ruine le payfan , on
le met dans une aifance momentanée , il
confomme l'argent de fon fonds , il perd
avec fon fonds & l'habitude du travail, &
le peu de probité qu'il avoit ; " ſa maiſon
eft détruite , fon champ eft devenu inculte
pour l'Etat , il n'a plus rien à perdre ,
le crime ne lui coûte plus rien . Les pay- .
fans ne fe preffent point de marier leurs
enfans , lorfqu'ils n'ont point de terres à
leur donner , ils perdent l'amour de la Patrie
, ceux qui n'ont point de poffeffions :
ne tiennent à rien..
Pourquoi n'éleve t'on pas les enfans des
Hôpitaux au travail de la terre ? craïnt on
qu'ils foient robuftes , & qu'ils portent
par tout des bras qui les faffent fubfifter ?
J'aurois trop à dire fi je voulois traiter
cette matiere , & fi j'entreprenois de faire
voir les abus qui naiffent des priviléges
qu'on obtient par des charges , après
avoir acquis fouvent moitié des terres d'u64
MERCURE DE FRANCE.
ne Paroiffe . Il me feroit facile de démon
trer pourquoi beaucoup de terres reftent
incultes , quoique ces terres puffent enti
chir nombre de familles , felles appartenoient
à des cultivateurs : mais ce détail
meneroit trop loin ; il feroit à défirer qu'une
bonne plume l'entreprît , cela feroit
plus utile que des réflexions fur Pline qui
a parlé pour fon pays je pourrois fournir
des matereaux , & je ne demanderois.
d'autre récompenfe que d'être utile à ma
Patrie. Je fuis , & c. L ***
Fermer
Résumé : LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur le grain.
Dans une lettre publiée dans le Mercure, un auteur approuve la proposition d'un religieux visant à créer des magasins de grain gérés par les ordres religieux pour le public. Cette initiative, déjà expérimentée à Paris, vise à résoudre les problèmes rencontrés lors des bonnes récoltes de 1743 et 1744, marquées par une surabondance de grain et des abus des métayers. Les cultivateurs, négligeant souvent la gestion de leur grain, provoquent des pénuries lors des mauvaises récoltes suivantes. Les intempéries et la mauvaise gestion des terres aggravent ces difficultés. L'auteur suggère que la liberté du commerce du grain, similaire à celle du vin, serait bénéfique. Il propose que les corps religieux puissent acheter du grain après les récoltes pour aider les cultivateurs à gérer leurs surplus, sous certaines conditions strictes. Le texte critique également la conversion des terres agricoles en parcs et jardins autour des châteaux, soulignant que cette pratique ruine les paysans. En achetant ces terrains à des prix élevés, les propriétaires terriens appauvrissent les paysans, les privant de leurs moyens de subsistance et les poussant à la délinquance. Les paysans évitent aussi de marier leurs enfants faute de terres à leur léguer, ce qui affaiblit leur attachement à la patrie. L'auteur suggère d'éduquer les enfants des hôpitaux au travail agricole pour renforcer la main-d'œuvre rurale. Il mentionne les abus liés aux privilèges obtenus par des charges et l'inculture de nombreuses terres, tout en exprimant le besoin d'une analyse approfondie de ces problèmes pour le bien de la patrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9555
p. 109-112
LOGOGRYPHE.
Début :
A l'immortalité je vais par deux sentiers ; [...]
Mots clefs :
Victoire
9556
p. 100-101
AUTRE.
Début :
Mon être, cher Lecteur, consiste en peu de chose, [...]
Mots clefs :
Camouflet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
UTRE.
:
Mon être, cher Lecteur ,conſiſteenpeude
choſe,
Tu peux me deviner ſans être connoisseur ;
Je ſuis un trait malin ,j'ignore mon auteur;
Et ſouventj'inquiéte un quelqu'un qui repoſe:
Ces traits ſeuls fuffiroient pour paroître à tesyeuxt
Mais il eſt cependant une toute plus sûre ,
Par oùpeut-être tu me verras mieux,
همان
SEPTEMBRE. 1753 . 101
Raſsemble bien neufpieds prisde bonne meſure,
Tutrouveras d'abord deux des quatre élémens ;
Le plus mélodieux de tous les inftrumens ;
Ce qui fait quelquefois l'ornement d'une Eglife;
Un homme impertinent que le monde mépriſe ;
Ce qu'on doit rendre à Dieu , ce que craint un
enfant;
Un coquillage , un mont,un Saint,l'être penfant,
Une étoffe de laine , un certain lieu ſous terre ;
Un mot qui coupe court , connu des gens de
guerie;
Ce réduit où dormoit le Prélat de Boileau ;
Une piéce de bois , nécessaire au vaisseau.
En voilà bien aſsez , Lecteur , pour meconnoître.
Cherche donc à préſent ce que je pourrais être.
:
Mon être, cher Lecteur ,conſiſteenpeude
choſe,
Tu peux me deviner ſans être connoisseur ;
Je ſuis un trait malin ,j'ignore mon auteur;
Et ſouventj'inquiéte un quelqu'un qui repoſe:
Ces traits ſeuls fuffiroient pour paroître à tesyeuxt
Mais il eſt cependant une toute plus sûre ,
Par oùpeut-être tu me verras mieux,
همان
SEPTEMBRE. 1753 . 101
Raſsemble bien neufpieds prisde bonne meſure,
Tutrouveras d'abord deux des quatre élémens ;
Le plus mélodieux de tous les inftrumens ;
Ce qui fait quelquefois l'ornement d'une Eglife;
Un homme impertinent que le monde mépriſe ;
Ce qu'on doit rendre à Dieu , ce que craint un
enfant;
Un coquillage , un mont,un Saint,l'être penfant,
Une étoffe de laine , un certain lieu ſous terre ;
Un mot qui coupe court , connu des gens de
guerie;
Ce réduit où dormoit le Prélat de Boileau ;
Une piéce de bois , nécessaire au vaisseau.
En voilà bien aſsez , Lecteur , pour meconnoître.
Cherche donc à préſent ce que je pourrais être.
Fermer
9557
p. 101-102
AUTRE.
Début :
Que seroit ce Héros si vanté dans l'Histoire ? [...]
Mots clefs :
Bravoure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ue feroit ceHéros ſi vanté dans l'Histoire ?
Ce Prince , le vainqueur de tout le genre humain ,
Dont les faits font gravés auTemple de Mémoire ;
Réponds-moi , cher Lecteur , quel ſeroit ſondeftina
Si pour faire ſentir quelle étoit ſa puiſſance ,
Atant de Roisjalouxde ſes plus beaux exploits ,
Il n'eût eu pour ſecours que fon expérience ,
Auroit-il jamais mis l'Orient ſous ſes loix ?
Non , non , mais ſecondé de toute mon audace ,
Ledanger le plus grand n'étoit rien à ſes yeux ,
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE :
Et forçant l'ennemi de lui céder la place ,
Il parvint par ma voie au rang des demi Dieux.
Tu vois donc , cher Lecteur , quel eſt mon ap
panage ,
Etque le bon ſuccès m'échappe rarement ;
Si par fois cependant j'ai du deſavantage ,
Malgré tous mes revers , je brille également.
Voici bien plus , ami , pour ton intelligence ,
Cherche dans mes huit pieds l'avant coureur du
jour ,
Un fruit qui vient ſous terre ,un fleuve de Province;
Ce qu'eſt aux yeux d'Iris Pobjet de ſon amour;
Un de ces élemens que connoît le vulgaire ,
Ce qu'on voit plus ſouvent en hyver qu'en été
Ce qu'en confeſſion l'on doit rendre ſincére ;
Un gage très-certain de notre piété ;
Maint homme mépriſé, quoique ſouvent utile ,
Une forte de drap tiſſu groſſierement ;
Un précieux méral , un animal reptile ;
Ce qui fert de lévier le plus communément ;
Je me borne à ces mots , dont un ſeul peut ſuffire
'Ainfi , mon cher Lecteur , devine maintenant ,
Si tu mets àprofit ce que je viens de dire ,
Je ne veux t'en donner que pour un ſeul inſtant.
Ue feroit ceHéros ſi vanté dans l'Histoire ?
Ce Prince , le vainqueur de tout le genre humain ,
Dont les faits font gravés auTemple de Mémoire ;
Réponds-moi , cher Lecteur , quel ſeroit ſondeftina
Si pour faire ſentir quelle étoit ſa puiſſance ,
Atant de Roisjalouxde ſes plus beaux exploits ,
Il n'eût eu pour ſecours que fon expérience ,
Auroit-il jamais mis l'Orient ſous ſes loix ?
Non , non , mais ſecondé de toute mon audace ,
Ledanger le plus grand n'étoit rien à ſes yeux ,
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE :
Et forçant l'ennemi de lui céder la place ,
Il parvint par ma voie au rang des demi Dieux.
Tu vois donc , cher Lecteur , quel eſt mon ap
panage ,
Etque le bon ſuccès m'échappe rarement ;
Si par fois cependant j'ai du deſavantage ,
Malgré tous mes revers , je brille également.
Voici bien plus , ami , pour ton intelligence ,
Cherche dans mes huit pieds l'avant coureur du
jour ,
Un fruit qui vient ſous terre ,un fleuve de Province;
Ce qu'eſt aux yeux d'Iris Pobjet de ſon amour;
Un de ces élemens que connoît le vulgaire ,
Ce qu'on voit plus ſouvent en hyver qu'en été
Ce qu'en confeſſion l'on doit rendre ſincére ;
Un gage très-certain de notre piété ;
Maint homme mépriſé, quoique ſouvent utile ,
Une forte de drap tiſſu groſſierement ;
Un précieux méral , un animal reptile ;
Ce qui fert de lévier le plus communément ;
Je me borne à ces mots , dont un ſeul peut ſuffire
'Ainfi , mon cher Lecteur , devine maintenant ,
Si tu mets àprofit ce que je viens de dire ,
Je ne veux t'en donner que pour un ſeul inſtant.
Fermer
9558
p. 123
ENIGME LOGOGRYPHIQUE.
Début :
Jugez, chere Philis, si j'ai le don de plaire, [...]
Mots clefs :
Orange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME LOGOGRYPHIQUE.
ENIGME
LOGOGRYPHIQUE.
Ugez , chere Philis , fi j'ai ledonde plaire ,
Je contente le goût , l'odorat & les yeux :
Ma premiere moitié eſt au ſein de la terre,
Et l'autre moitié dans les Cieux.
LOGOGRYPHIQUE.
Ugez , chere Philis , fi j'ai ledonde plaire ,
Je contente le goût , l'odorat & les yeux :
Ma premiere moitié eſt au ſein de la terre,
Et l'autre moitié dans les Cieux.
Fermer
9559
p. 124-125
LOGOGRYPHE.
Début :
Née pour adoucir les chagrins de la vie, [...]
Mots clefs :
Harmonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
• E'e pour adoucir les chagrinsde lavie
Pour mériter l'eſtime en diſſipant l'ennui ,
Pour comble de vertus utile à la Patrie ,
Le génie & le goût, euxſeuls ſont mon appui ;
Att fublime , art brillant , art enfin ſalutaire ,
Le tyran à ma voix rallentit ſa fureur ,
Mon accens de l'ennui diſtrait le ſolitaire ,
Et dans les champs de Mars j'écarte la terreur.
Souveraine des coeurs , ils ſont ſous mon empire;
Mais pour ne rien célleerr , à lahonte des moeurs,
Mon art ſert quelquefois ( je rougis de le dire )
Apeindre de l'amour tous les plaiſirs impurs.
A ce portrait , Lecteur , tu ne peurte méprendre,
Et pour te raſſurer , je veux bien plus m'étendre,
Moyennant le ſecours de la combinaiſon.
Dehuit lettres formée ony trouve un pronom;
Unmartyre en amour , fi c'eſt une cruelle,
Maisleplusdouxplaisir , pourvu qu'onſoitffiiddeellll;ee
UngrandMuficien redevable à ſon art ,
S'il échapé à lamort ſous les coups du poignard;
Cette Ville autrefois le ſéjour de la gloire ;
Ce nom de tant de Rois d'une illuſtre mémoire ;
Celui dont nous tenons ce nectar précieux ;
Qui charme tous nos ſens, mais ſouvent dange
reux ;
ET
:
OCTOBRE. 1753. 125
La fource & le ſujet des vertus & des vices ;
D'une tendre moitié les pluscheres délices ;
Un habitant de l'air , un Roi Syracufain ;
La fille de Lamech , & foeur du Tubalcain.
Inventrice , dit on , du chant de la quenouille;"
Une interjection , le nom d'une grenouille ,
Certainqui de nos jours fait la félicité,
S'il a d'un Régulus toute la probité .
C'en eſt aſſez , Lecteur , tu dois me reconnoître ,
De feindre plus long-tems je ne fuis pas le maître.
• E'e pour adoucir les chagrinsde lavie
Pour mériter l'eſtime en diſſipant l'ennui ,
Pour comble de vertus utile à la Patrie ,
Le génie & le goût, euxſeuls ſont mon appui ;
Att fublime , art brillant , art enfin ſalutaire ,
Le tyran à ma voix rallentit ſa fureur ,
Mon accens de l'ennui diſtrait le ſolitaire ,
Et dans les champs de Mars j'écarte la terreur.
Souveraine des coeurs , ils ſont ſous mon empire;
Mais pour ne rien célleerr , à lahonte des moeurs,
Mon art ſert quelquefois ( je rougis de le dire )
Apeindre de l'amour tous les plaiſirs impurs.
A ce portrait , Lecteur , tu ne peurte méprendre,
Et pour te raſſurer , je veux bien plus m'étendre,
Moyennant le ſecours de la combinaiſon.
Dehuit lettres formée ony trouve un pronom;
Unmartyre en amour , fi c'eſt une cruelle,
Maisleplusdouxplaisir , pourvu qu'onſoitffiiddeellll;ee
UngrandMuficien redevable à ſon art ,
S'il échapé à lamort ſous les coups du poignard;
Cette Ville autrefois le ſéjour de la gloire ;
Ce nom de tant de Rois d'une illuſtre mémoire ;
Celui dont nous tenons ce nectar précieux ;
Qui charme tous nos ſens, mais ſouvent dange
reux ;
ET
:
OCTOBRE. 1753. 125
La fource & le ſujet des vertus & des vices ;
D'une tendre moitié les pluscheres délices ;
Un habitant de l'air , un Roi Syracufain ;
La fille de Lamech , & foeur du Tubalcain.
Inventrice , dit on , du chant de la quenouille;"
Une interjection , le nom d'une grenouille ,
Certainqui de nos jours fait la félicité,
S'il a d'un Régulus toute la probité .
C'en eſt aſſez , Lecteur , tu dois me reconnoître ,
De feindre plus long-tems je ne fuis pas le maître.
Fermer
9560
p. 125-127
AUTRE EN VAUDEVILLES.
Début :
Air : Nous sommes Précepteurs d'amour. / Cinq pieds forment tout mon terrain, [...]
Mots clefs :
Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE EN VAUDEVILLES.
AUTRE EN VAUDEVILLES.
Air : Nousfommes Précepteurs d'amour.
Cinq pieds forment tout mon terrain ,
Mais j'ai bien un autre étalage ;
Lecteur , en François , en Latin ,
Décompoſez mon aſſemblage.
Air des Sabotiers Italiens : Sous un ombrage
frais fait exprès.
J'offred'abord en mon joli nom ,
Des amours maint compagnon
Sans me changer
Ce tendre berger ,
Bon ;
Qui fit un Grec d'un feul coup ,
Cou ;
Des menuets
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Les actes les plus parfaits ;
Plus la lettre a ;
Un adverbe après cela .
En Latin le bord d'un élement ,
Que l'onde toujours gliffant
Rend.
Air:Quand l'Auteur de la nature.
Une note de mufique ,
Quelque part un bain très-ſpécifique;
Dansl'Egypte,
Hypocrite ,
Un taureau
Fêté plus qu'un poireau.
En Latin l'infecte illuftre ,
Dont les biens des Autels font le luftre,
Ce qu'à Rome
L'honnête homme
Débourfoit ,
Quand ſa dette il payoit.
Air : Ah , le bel oiſeau , maman.
'Augénitif le pays
Fertile en marbre & porphyre ,
Une ville dont Louis
Dépouilla ſes ennemis;
De l'Elide une cité ;
Dans nous un fougueux délire ,
Honte de l'humanité ,
Que la raifon doit détruire ,
CTOBRE. 1753 . 127
Cequ'au retour de ſon pré
La fermiere prefle & tire ;
Du nouvellifte entêré ,
L'argent promis , non compté.
Air : Nous venons de Barcelonette,
Un terme Latin dont Catale
Se fert pour rendre un petit pain ,
Mais que Juvenal intitule ,
Gordon d'un menton enfantin.
Air : De M. le Prevêt des Marchands.
D'égal fingulier génitif,
Du mal triſte ſuperlatif.
Dites en Latin, tu m'écorches ,
L'impératif du verbe alter,
Je vous donne afſez d'anicroches ,
Tâchez de me déceler.
Air : Quej'aime mon cher Arlequin.
Mon Edipe eſt embarraſſé,
Que je fuis folle !
Dansmon ſein peut être enfoncé ,
De mes plaiſirs il eſt laffé ,
Car je fuis ſon idole ;
Trop long-tems je l'ai tracaffé ;
Mon nom.... ah , qu'il eſt drôle !
Air : Nousfommes Précepteurs d'amour.
Cinq pieds forment tout mon terrain ,
Mais j'ai bien un autre étalage ;
Lecteur , en François , en Latin ,
Décompoſez mon aſſemblage.
Air des Sabotiers Italiens : Sous un ombrage
frais fait exprès.
J'offred'abord en mon joli nom ,
Des amours maint compagnon
Sans me changer
Ce tendre berger ,
Bon ;
Qui fit un Grec d'un feul coup ,
Cou ;
Des menuets
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Les actes les plus parfaits ;
Plus la lettre a ;
Un adverbe après cela .
En Latin le bord d'un élement ,
Que l'onde toujours gliffant
Rend.
Air:Quand l'Auteur de la nature.
Une note de mufique ,
Quelque part un bain très-ſpécifique;
Dansl'Egypte,
Hypocrite ,
Un taureau
Fêté plus qu'un poireau.
En Latin l'infecte illuftre ,
Dont les biens des Autels font le luftre,
Ce qu'à Rome
L'honnête homme
Débourfoit ,
Quand ſa dette il payoit.
Air : Ah , le bel oiſeau , maman.
'Augénitif le pays
Fertile en marbre & porphyre ,
Une ville dont Louis
Dépouilla ſes ennemis;
De l'Elide une cité ;
Dans nous un fougueux délire ,
Honte de l'humanité ,
Que la raifon doit détruire ,
CTOBRE. 1753 . 127
Cequ'au retour de ſon pré
La fermiere prefle & tire ;
Du nouvellifte entêré ,
L'argent promis , non compté.
Air : Nous venons de Barcelonette,
Un terme Latin dont Catale
Se fert pour rendre un petit pain ,
Mais que Juvenal intitule ,
Gordon d'un menton enfantin.
Air : De M. le Prevêt des Marchands.
D'égal fingulier génitif,
Du mal triſte ſuperlatif.
Dites en Latin, tu m'écorches ,
L'impératif du verbe alter,
Je vous donne afſez d'anicroches ,
Tâchez de me déceler.
Air : Quej'aime mon cher Arlequin.
Mon Edipe eſt embarraſſé,
Que je fuis folle !
Dansmon ſein peut être enfoncé ,
De mes plaiſirs il eſt laffé ,
Car je fuis ſon idole ;
Trop long-tems je l'ai tracaffé ;
Mon nom.... ah , qu'il eſt drôle !
Fermer
9561
p. 56-66
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Dijon.
Début :
L'Académie tint sa Séance publique le 19 Août[.] Elle fut ouverte par M. ***, [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, Gaulois, Moeurs des Gaulois, Séance publique, Vie, Peuple, Nation, Esprit, Peuples, Auteurs, Médecine, Grecs, Romains, Rapport, Mémoire, Femmes, Inclination, Inégalité, Prix de morale, Loi naturelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Dijon.
SEANCE PUBLIQUE
L
De l'Académie de Dijon.
'Académie tint ſa Séance publique le
19 Août.Eile fut ouverte par M. ***
Académicien honoraire , qui lut un Difcours
ou amusement littéraire , ſurun ſpécifique
contre la triſtelle & les chagrins
dela vie.
Si le corps a ſes maladies , l'eſprit a fes
indifpofitions qu'il eſt plus difficile encore
de prévenir. En effet , il n'eſt aucun
régime qui puiffe nous garantir du chagrin
; ce bourreau de l'homme , qui répand
dans l'ame le poiſon & l'amertume , rend
la vie même à charge. L'impoſſibilité de
prévenir ,& la difficulté de détruire cette
indiſpoſition , ne nous laiſſe de reſſource
qued'en affoiblir le ſentiment : quels en
feront les moyens ? La Médecine , cet art
lumineux & ſecourable , ne nous en offre
que très peu ſur leſquels on puiſſe fonder
quelque eſpérance. Homere , cet ami des
jeux& des ris , parle d'une plante dont il
vante l'efficacité ; mais la graine en eſt
peut- être à jamais perdue , du moins ne
croît-elle plusdans nos jardins. Un Poëte
NOVEMBRE. 1753 . 57
, de la Franconie Orientale , Conrad Celte
nous offre en forme de dédommagement ,
quatre ſpécifiques , qu'il nomme les véhicules
de la vie ; le vin , le ſommeil , un
ami , la Philoſophie. En adoptant ce ſentiment
, on ſe propoſe de faire voir que
l'on peut trouver un adouciſſement aux
chagrins de la vie , dans l'uſage modéré
d'un vin exquis , dans les douceurs du
fommeil , dans les agrémens d'une amitié
fincere & réciproque , & dans les maximes
de la Philoſophie. L'Auteur convient
que l'on ne peut regarder ceci que comine
un purbadinage; mais ſansunpeu d'amuſement
( dit il ) un Orateur n'eſt ſouvent
qu'un ingénieux artiſan d'ennui . Ce Difcours
fut ſuivi de celui de M. Lantin ,
contre les mercenaires de la Littérature ,
qui travaillant pour les Académies , ſont
plus ſenſibles à l'intérêt fordide qui les
dévore , qu'à la réputation &à la gloire
d'avoir bien fait..
M. l'Abbé Richard lut enſuite un Mémoirefur
les moeurs des Gaulcis.
Les actions du particulier , ſa façon de
vivre & ſes inclinations , caractériſent un
peuple ; on peut juger des moeurs d'une
nation pat pluſieurs de ces caracteres ralſemblés&
comparés. C'eſt par cette méthode
que l'on est parvenu à nous faire
Cy
58 MERCURE DEFRANCE .
connoître les moeurs des Grecs & des Romains
, c'eſt ainſi que les voyageurs modernes
nous ont ſi bien expliqué le goût
& le génie particulier des peuples des Indes
& de l'Amérique , dont la plupart
font ſauvages par rapport ànous , qu'il
n'y auroit que le premier abord de ces
peuples qui nous étonnât ; ce que nous en
aurions lû , ce que l'on nous en auroitdit,
nous mettroit bientôt au fait de ce que
nous en aurions à craindre ou à eſpérer.
Mais où trouver des mémoires pour
nous inſtruire de ce qui regarde les Gaulois
, aufli parfaitement que nous le ſommes
, de ce qui ſe rapporte aux Romains
& aux Grecs ? Les mêmes Auteurs qui ont
écrit l'hiſtoire de ces peuples fameux , nous
apprendront à connoître nos ancêtres.
Diodore de Sicile , Paufanias , Plutarque
, Athenée , Tite- Live , Ceſar , Tacite ,
Strabon , Pomponius Mela , Aulagelle ,
Clément d'Alexandrie ; les Philofophes
même & les Poëtes , Platon , Ariftote ,
Ciceron , Juvenal , Martial ; on trouve
dans leurs écrits une infinitéde traits qui
nous mettent au fait des moeurs des Gaulois
: c'eſt d'après eux que l'Auteur du Mémoire
a travaillé.
Il n'avance rien de poſitif ſur l'origine
desGaulois . Nous ne trouvons rien , dir-
,
NOVEMBRE, 1753 . 59
il , qui nous faſſe connoître leur établiſfementdans
la partie de l'Europe qu'ils occuperent.
Les Auteurs les plus anciens en
parlent comme d'un peuple connu depuis
long-tems , & vivant ſelon ſes loix. Les
différentes émigrations des Gaulois qui ſe
répandirent de tous côtés pour y former
des établiſſemens nouveaux , qui s'emparerent
d'une grande partie de l'Italie& de
l'Eſpagne , qui pénétrerent juſqu'en Afie
qui peuplerent lesIſles voiſinesde l'Europe,
devinrent la tigede pluſieurs peuples qui
confervent encore aujourd'hui leur nom.
Toutes ces circonstances raſſemblées dépoſent
en faveur de l'antiquité des Gaulois .
د
On dit un mot de leur nom , que l'on'
croit, avec Bodin , pouvoir tirer du pays
même qu'il habitoient , & du mot Wal ,
qui en langue Celtique ſignifie Forest. Du
mot Wal on a fait Walli , & fuivant la prononciation
Romaine qui employe le Gau
lieu du double W, on a dit Galli , Ganlois
, ou habitans des forêts. Hova
L'Auteur donne enſuite une idée de la
conformation extérieure desGaulois ,qui ,
au rapport de Paufanias , étoient les plus
grands , les plus forts , & les mieux faits
de tous les hommes. Ils naiſſoient avecdes
cheveux blonds ; cette couleur leur paroiffoit
trop fade ,& ils avoient une attention
:
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
particuliere à ſe rendre roux; ils s'imagi
noient que cette couleur ſanglante les rendroit
plus formidables à la guerre. La façon
même dont ils tournoient leurs cheveux
avoit quelque choſe d'horrible. Ils ſe rafoient
le menton& conſervoient de longues
moustaches qui retomboient juſques
fur la poitrine ; les principaux de lanation
les regardoient comme une parure auffi
néceflaire qu'agréable.
Leurs habillemens n'étoient pas toujours
les mêmes ; on en diftinguoit de trois efpéces.
La ſaye , ou le vêtement long &
large , avec lequel on paroiſſoit dans les
affemblées publiques ; la braye ( Bracca )
étoit un juſte-an-corps ferré & court , on
le portoitdans les voyages & à la guerre ,
la tunique , le plus léger de tous , fervoit
au peuple & aux ouvriers. L'habillement
des femmes reffembloit beaucoup à celui
des hommes ; il étoit de toile ou d'étoffede
laine fort légere , il étoit taillé de façon
qu'elles avoient les épaules , les bras &
la gorge preſqu'entierement à découvert.
L'uſage de l'or étoit commun parmi eux ,
ils ſçavoient le fondre & l'employer à leur
parure , pour laquelle la nation a toujours
eu un goût décidé ; on en trouve une
preuve fans réplique dans l'hiſtoire de TitusManlius
, qui enleva le colier d'or du
NOVEMBRE. 1753 . 61
Gaulois qu'il vainquit ſur le pont du Teveron
, & qui en prit le nom de Torquatus.
Mais c'eſt par un examen plus important
ducoeur & de l'eſprit desGaulois , de leur
façon d'agir & de penſer dans ce qui regarde
les principes fondamentaux de la
fociété , & ce qui en aſſure le repos & la
gloire , que l'on doit ſe former une idée
des moeurs des Gaulois.On commence par
l'éducation de la jeuneſſe .
Quel étoit parmi eux le ton de l'éducationeil
ſe rapportoit tout au bien de l'Etat
, & il en faifoit en partie la conftitution.
Les Egyptiens & les Spartiates n'ont
rien eu dans ce genre qui leur mérite la
préférence. Les Gaulois, il eſt vrai , ne
formoient ni Sçavans ni Artiſtes , mais ils
formoient des hommes , & les élevoient
reſpectivement les uns pour les autres.
Leur eſprit ſe développoit à peine , qu'ils
étoient perfuadés de ce principe impor
tant , qu'on ne peut trouver ſon avantage
particulier que dans le bien général. C'eſt
de ce tems qu'il eſt permis de dire qu'il ne
naiſſoit pas plus de bons hommes que de
bons patriotes Que fon nerévoque point
en doute ce que l'on raconte de ces tems
éloignés. Le confentement unanime des
Hiſtoriens dépoſe en faveur d'une vérivé
62 MERCURE DE FRANCE.
que l'on ne refuſe d'admettre que parce
que l'on eſt intéreſſé à ſe perfuader que les
hommes de tous les récles ſe ſont reſſemblés
, & que les mêmes cauſes ont toujours
du produire les mêmes effets. Un
détail exact& ſuivi prouve le contraire.
La nourriture de la jeuneſſe , ſes exerci
ces , ſes jeux , le ſoin que l'on avoit de ſes
moeurs , l'exactitude de ſes maîtres , & la
ſévérité des châtimens , concouroient à
en former des citoyens robuftes& fideles à
l'Etat .
On parle de leurs mariages , des cérémonies
qui s'y obſervoient , des conventions
matrimoniales, de l'autorité deſpotique
des maris ſur les femmes& les enfans
, du rang que les femmes tenoient
dans la fociété. Les coutumes n'étoient
pas les mêmes à ce ſujet dans toutes les
Gaules ; on en rapporte les différences
confirmées par les témoignages des Hiſtoriens
qui en ont écrir.
D'autres uſages nous préſentent les
moeurs des Gaulois ſous un aſpect plusheureux.
Nous y trouvons avecplaifir une inclination
marquée pour le bien , & un
amour décidé pour Thumanité ; ils exer.
çoient l'hoſpitalité avec un déſintéreffement
& un zele qui leur étoit unique. Ils
établirent en faveur de leurs hôtes une loi
NOVEMBRE. 1753. 6
qui fait honneur à l'humanité. On parle
de l'Architecture civile , des feſtins , & des
meubles des Gaulois. Ces détails forment
un tableau agréable , varié , & d'autant
plus inſtructif , que malgré les changemens
que les révolutions des ſiécles ont néceffairement
introduit , nous retrouvons dans
nos uſages mille traits qui ſe rapportent à
cequepratiquoient anciennement lesGaulois;
& plus nous remontons dans les fiécles
paflés , plus nous voyons augmenter
le nombredes rapports ; de forte qu'iln'eſt
pas impoffible de former une chaîne qui
remonte depuis nous juſqu'à l'antiquité
la plus reculée.
Le Mémoire eſt terminé par ce qui regarde
les qualités de l'eſprit national des
Gaulois. Les Auteurs étrangers les ont taxé
d'inconſtance & de légereté ; ceux qui les
ontmieux connus , ont trouvé la cauſe de
ces défauts prétendus ,dans la vivacité de
l'inclination des Gaulois , & dans leur facilité
à réfondre ſur le champ ce qui convenoit
aux circonstances du tems. On leur
a reproché une curioſité infupportable aux
étrangers ; c'étoit le vice de la nation ,
que l'on ne peut jamais détruire , & qui
ſouvent lui fut préjudiciable , attendu ſon
inclination à croire tout ce qu'on lui racontoitdesdeffeins
de ſes ennemis ou de
64 MERCURE DE FRANCE.
fes voiſins. Le Gouvernement ne trouva
d'autre moyen de l'arrêter , qu'en défendant
ſous des peines très féveres , de s'entretenir
en publicdes nouvelles étrangeres
,& de prendre en conféquence aucune
réſolution ſans l'ordre du Conſeil national
, auquel on devoit rapporter tout
ce que l'on auroit entendu dire , pour ſuivre
fes ordres fur les précautions qu'il y
auroit à prendre.
Ils avoient beaucoup de vanité , & fe
eroyoient invincibles. Les Romains leur
apprisent le contraire , quoiqu'il ſoit vrai
de dire que de toutes leurs conquêtes ,
aucune ne leur a autant coûté , & qu'il a
falu la valeur & le génie ſupérieur de Céfar
pour en venir à bout.
On s'eſt mocqué de leur crédulité , elle
paffa en proverbe à Rome , & les Grecs
regarderent les Gaulois comme un peuple
fans efprit& fans difcernement ; & pourquoi
? c'eſt qu'ils n'avoient jamais trompé
perfonne ,& qu'ils ne croyoient pas qu'on
pût les tromper. Ils ne mirent pas la défiance
au rang des vertus. Une fi grande
crédulité eſt peut-être un défaut ; mais
quand c'eſt celui de la nation , & qu'il a
pour principe la fimplicité des moeurs &
l'ingénuité du coeur , ce défaut même devient
honorable à la nation , que l'on ne
NOVEMBRE. 1753. 65
doit regarder que comme un peuple chez
lequel la vérité ſeule a le droit de ſe faire
entendre , & qui n'ajamais imaginé que
ta diffimulation & la fraude puffent entrer
dans le commerce ordinaire de la vie .
Le Prix qui avoit été remis l'an paſſé ,
lesAuteurs n'ayant pas rempli les vûes de
l'Académie fur le ſujet fuivant; sçavoir ,
fi la température de l'air d'un climat influe
fur le tempéramem & la force de ses habitans
, a été adjugé à M. Gravier , Docteur
en Médecine , à Paray en Charolois , qui
s'eſt annoncé l'Auteur du Mémoire Nº. 20
qui a pour deviſe , mutas omnia coli tempe
ries .
Programmes proposés.
Le Prix de morale pour l'année 1754 ,
conſiſtant en une médaille d'or de la valeur
de trente piſtoles , ſera adjugé à celui
qui aura le mieux réſolu le Problême furvant
: Quelle est la ſource de l'inégalué parmi
les hommes , &fi elle est autorisée par la loi
naturelle.
Il ſera libre d'écrire en François ou en
Latin , il ne faut pas que la lecture excéde
trois quarts d'heure. Les Mémoires ,
francs de pore , feront adreſſés à M. Petit ,
Secrétaire de l'Académie , rue du Vieux
Marché , à Dijon , qui n'en receyra point
66 MERCURE DE FRANCE .
paílé le premier Avril. Il en ſera ufé de
même à l'avenir à l'égard des paquets
adreſſés à l'Académie ; elle n'en recevra
aucun , dont le port n'ait été acquité aux
Bureaux d'où ils font partis.
L'Académie déſirant donner aux Auteurs
le tems de travailler leurs ouvrages
&de faire les recherches néceſſaires , s'eſt
déterminée à annoncer les ſujets un an
plutôt qu'elle n'avoit coutume de faire.
Celui de Médecine pour l'année 1755 ,
conſiſte à déterminer la maniere d'agir du
bain aqueuxſimple , fes avantages &ses inconvéniens
, par rapport aux différens tempėrammens
, & en particulier dans quelgenre
de maladies il peut être utile. Lesouvrages
qui n'excéderont pas une heure de lecture
feront reçus ſous les mêmes conditions que
ci-deſſus , juſqu'au premier Avril 1755.
L
De l'Académie de Dijon.
'Académie tint ſa Séance publique le
19 Août.Eile fut ouverte par M. ***
Académicien honoraire , qui lut un Difcours
ou amusement littéraire , ſurun ſpécifique
contre la triſtelle & les chagrins
dela vie.
Si le corps a ſes maladies , l'eſprit a fes
indifpofitions qu'il eſt plus difficile encore
de prévenir. En effet , il n'eſt aucun
régime qui puiffe nous garantir du chagrin
; ce bourreau de l'homme , qui répand
dans l'ame le poiſon & l'amertume , rend
la vie même à charge. L'impoſſibilité de
prévenir ,& la difficulté de détruire cette
indiſpoſition , ne nous laiſſe de reſſource
qued'en affoiblir le ſentiment : quels en
feront les moyens ? La Médecine , cet art
lumineux & ſecourable , ne nous en offre
que très peu ſur leſquels on puiſſe fonder
quelque eſpérance. Homere , cet ami des
jeux& des ris , parle d'une plante dont il
vante l'efficacité ; mais la graine en eſt
peut- être à jamais perdue , du moins ne
croît-elle plusdans nos jardins. Un Poëte
NOVEMBRE. 1753 . 57
, de la Franconie Orientale , Conrad Celte
nous offre en forme de dédommagement ,
quatre ſpécifiques , qu'il nomme les véhicules
de la vie ; le vin , le ſommeil , un
ami , la Philoſophie. En adoptant ce ſentiment
, on ſe propoſe de faire voir que
l'on peut trouver un adouciſſement aux
chagrins de la vie , dans l'uſage modéré
d'un vin exquis , dans les douceurs du
fommeil , dans les agrémens d'une amitié
fincere & réciproque , & dans les maximes
de la Philoſophie. L'Auteur convient
que l'on ne peut regarder ceci que comine
un purbadinage; mais ſansunpeu d'amuſement
( dit il ) un Orateur n'eſt ſouvent
qu'un ingénieux artiſan d'ennui . Ce Difcours
fut ſuivi de celui de M. Lantin ,
contre les mercenaires de la Littérature ,
qui travaillant pour les Académies , ſont
plus ſenſibles à l'intérêt fordide qui les
dévore , qu'à la réputation &à la gloire
d'avoir bien fait..
M. l'Abbé Richard lut enſuite un Mémoirefur
les moeurs des Gaulcis.
Les actions du particulier , ſa façon de
vivre & ſes inclinations , caractériſent un
peuple ; on peut juger des moeurs d'une
nation pat pluſieurs de ces caracteres ralſemblés&
comparés. C'eſt par cette méthode
que l'on est parvenu à nous faire
Cy
58 MERCURE DEFRANCE .
connoître les moeurs des Grecs & des Romains
, c'eſt ainſi que les voyageurs modernes
nous ont ſi bien expliqué le goût
& le génie particulier des peuples des Indes
& de l'Amérique , dont la plupart
font ſauvages par rapport ànous , qu'il
n'y auroit que le premier abord de ces
peuples qui nous étonnât ; ce que nous en
aurions lû , ce que l'on nous en auroitdit,
nous mettroit bientôt au fait de ce que
nous en aurions à craindre ou à eſpérer.
Mais où trouver des mémoires pour
nous inſtruire de ce qui regarde les Gaulois
, aufli parfaitement que nous le ſommes
, de ce qui ſe rapporte aux Romains
& aux Grecs ? Les mêmes Auteurs qui ont
écrit l'hiſtoire de ces peuples fameux , nous
apprendront à connoître nos ancêtres.
Diodore de Sicile , Paufanias , Plutarque
, Athenée , Tite- Live , Ceſar , Tacite ,
Strabon , Pomponius Mela , Aulagelle ,
Clément d'Alexandrie ; les Philofophes
même & les Poëtes , Platon , Ariftote ,
Ciceron , Juvenal , Martial ; on trouve
dans leurs écrits une infinitéde traits qui
nous mettent au fait des moeurs des Gaulois
: c'eſt d'après eux que l'Auteur du Mémoire
a travaillé.
Il n'avance rien de poſitif ſur l'origine
desGaulois . Nous ne trouvons rien , dir-
,
NOVEMBRE, 1753 . 59
il , qui nous faſſe connoître leur établiſfementdans
la partie de l'Europe qu'ils occuperent.
Les Auteurs les plus anciens en
parlent comme d'un peuple connu depuis
long-tems , & vivant ſelon ſes loix. Les
différentes émigrations des Gaulois qui ſe
répandirent de tous côtés pour y former
des établiſſemens nouveaux , qui s'emparerent
d'une grande partie de l'Italie& de
l'Eſpagne , qui pénétrerent juſqu'en Afie
qui peuplerent lesIſles voiſinesde l'Europe,
devinrent la tigede pluſieurs peuples qui
confervent encore aujourd'hui leur nom.
Toutes ces circonstances raſſemblées dépoſent
en faveur de l'antiquité des Gaulois .
د
On dit un mot de leur nom , que l'on'
croit, avec Bodin , pouvoir tirer du pays
même qu'il habitoient , & du mot Wal ,
qui en langue Celtique ſignifie Forest. Du
mot Wal on a fait Walli , & fuivant la prononciation
Romaine qui employe le Gau
lieu du double W, on a dit Galli , Ganlois
, ou habitans des forêts. Hova
L'Auteur donne enſuite une idée de la
conformation extérieure desGaulois ,qui ,
au rapport de Paufanias , étoient les plus
grands , les plus forts , & les mieux faits
de tous les hommes. Ils naiſſoient avecdes
cheveux blonds ; cette couleur leur paroiffoit
trop fade ,& ils avoient une attention
:
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
particuliere à ſe rendre roux; ils s'imagi
noient que cette couleur ſanglante les rendroit
plus formidables à la guerre. La façon
même dont ils tournoient leurs cheveux
avoit quelque choſe d'horrible. Ils ſe rafoient
le menton& conſervoient de longues
moustaches qui retomboient juſques
fur la poitrine ; les principaux de lanation
les regardoient comme une parure auffi
néceflaire qu'agréable.
Leurs habillemens n'étoient pas toujours
les mêmes ; on en diftinguoit de trois efpéces.
La ſaye , ou le vêtement long &
large , avec lequel on paroiſſoit dans les
affemblées publiques ; la braye ( Bracca )
étoit un juſte-an-corps ferré & court , on
le portoitdans les voyages & à la guerre ,
la tunique , le plus léger de tous , fervoit
au peuple & aux ouvriers. L'habillement
des femmes reffembloit beaucoup à celui
des hommes ; il étoit de toile ou d'étoffede
laine fort légere , il étoit taillé de façon
qu'elles avoient les épaules , les bras &
la gorge preſqu'entierement à découvert.
L'uſage de l'or étoit commun parmi eux ,
ils ſçavoient le fondre & l'employer à leur
parure , pour laquelle la nation a toujours
eu un goût décidé ; on en trouve une
preuve fans réplique dans l'hiſtoire de TitusManlius
, qui enleva le colier d'or du
NOVEMBRE. 1753 . 61
Gaulois qu'il vainquit ſur le pont du Teveron
, & qui en prit le nom de Torquatus.
Mais c'eſt par un examen plus important
ducoeur & de l'eſprit desGaulois , de leur
façon d'agir & de penſer dans ce qui regarde
les principes fondamentaux de la
fociété , & ce qui en aſſure le repos & la
gloire , que l'on doit ſe former une idée
des moeurs des Gaulois.On commence par
l'éducation de la jeuneſſe .
Quel étoit parmi eux le ton de l'éducationeil
ſe rapportoit tout au bien de l'Etat
, & il en faifoit en partie la conftitution.
Les Egyptiens & les Spartiates n'ont
rien eu dans ce genre qui leur mérite la
préférence. Les Gaulois, il eſt vrai , ne
formoient ni Sçavans ni Artiſtes , mais ils
formoient des hommes , & les élevoient
reſpectivement les uns pour les autres.
Leur eſprit ſe développoit à peine , qu'ils
étoient perfuadés de ce principe impor
tant , qu'on ne peut trouver ſon avantage
particulier que dans le bien général. C'eſt
de ce tems qu'il eſt permis de dire qu'il ne
naiſſoit pas plus de bons hommes que de
bons patriotes Que fon nerévoque point
en doute ce que l'on raconte de ces tems
éloignés. Le confentement unanime des
Hiſtoriens dépoſe en faveur d'une vérivé
62 MERCURE DE FRANCE.
que l'on ne refuſe d'admettre que parce
que l'on eſt intéreſſé à ſe perfuader que les
hommes de tous les récles ſe ſont reſſemblés
, & que les mêmes cauſes ont toujours
du produire les mêmes effets. Un
détail exact& ſuivi prouve le contraire.
La nourriture de la jeuneſſe , ſes exerci
ces , ſes jeux , le ſoin que l'on avoit de ſes
moeurs , l'exactitude de ſes maîtres , & la
ſévérité des châtimens , concouroient à
en former des citoyens robuftes& fideles à
l'Etat .
On parle de leurs mariages , des cérémonies
qui s'y obſervoient , des conventions
matrimoniales, de l'autorité deſpotique
des maris ſur les femmes& les enfans
, du rang que les femmes tenoient
dans la fociété. Les coutumes n'étoient
pas les mêmes à ce ſujet dans toutes les
Gaules ; on en rapporte les différences
confirmées par les témoignages des Hiſtoriens
qui en ont écrir.
D'autres uſages nous préſentent les
moeurs des Gaulois ſous un aſpect plusheureux.
Nous y trouvons avecplaifir une inclination
marquée pour le bien , & un
amour décidé pour Thumanité ; ils exer.
çoient l'hoſpitalité avec un déſintéreffement
& un zele qui leur étoit unique. Ils
établirent en faveur de leurs hôtes une loi
NOVEMBRE. 1753. 6
qui fait honneur à l'humanité. On parle
de l'Architecture civile , des feſtins , & des
meubles des Gaulois. Ces détails forment
un tableau agréable , varié , & d'autant
plus inſtructif , que malgré les changemens
que les révolutions des ſiécles ont néceffairement
introduit , nous retrouvons dans
nos uſages mille traits qui ſe rapportent à
cequepratiquoient anciennement lesGaulois;
& plus nous remontons dans les fiécles
paflés , plus nous voyons augmenter
le nombredes rapports ; de forte qu'iln'eſt
pas impoffible de former une chaîne qui
remonte depuis nous juſqu'à l'antiquité
la plus reculée.
Le Mémoire eſt terminé par ce qui regarde
les qualités de l'eſprit national des
Gaulois. Les Auteurs étrangers les ont taxé
d'inconſtance & de légereté ; ceux qui les
ontmieux connus , ont trouvé la cauſe de
ces défauts prétendus ,dans la vivacité de
l'inclination des Gaulois , & dans leur facilité
à réfondre ſur le champ ce qui convenoit
aux circonstances du tems. On leur
a reproché une curioſité infupportable aux
étrangers ; c'étoit le vice de la nation ,
que l'on ne peut jamais détruire , & qui
ſouvent lui fut préjudiciable , attendu ſon
inclination à croire tout ce qu'on lui racontoitdesdeffeins
de ſes ennemis ou de
64 MERCURE DE FRANCE.
fes voiſins. Le Gouvernement ne trouva
d'autre moyen de l'arrêter , qu'en défendant
ſous des peines très féveres , de s'entretenir
en publicdes nouvelles étrangeres
,& de prendre en conféquence aucune
réſolution ſans l'ordre du Conſeil national
, auquel on devoit rapporter tout
ce que l'on auroit entendu dire , pour ſuivre
fes ordres fur les précautions qu'il y
auroit à prendre.
Ils avoient beaucoup de vanité , & fe
eroyoient invincibles. Les Romains leur
apprisent le contraire , quoiqu'il ſoit vrai
de dire que de toutes leurs conquêtes ,
aucune ne leur a autant coûté , & qu'il a
falu la valeur & le génie ſupérieur de Céfar
pour en venir à bout.
On s'eſt mocqué de leur crédulité , elle
paffa en proverbe à Rome , & les Grecs
regarderent les Gaulois comme un peuple
fans efprit& fans difcernement ; & pourquoi
? c'eſt qu'ils n'avoient jamais trompé
perfonne ,& qu'ils ne croyoient pas qu'on
pût les tromper. Ils ne mirent pas la défiance
au rang des vertus. Une fi grande
crédulité eſt peut-être un défaut ; mais
quand c'eſt celui de la nation , & qu'il a
pour principe la fimplicité des moeurs &
l'ingénuité du coeur , ce défaut même devient
honorable à la nation , que l'on ne
NOVEMBRE. 1753. 65
doit regarder que comme un peuple chez
lequel la vérité ſeule a le droit de ſe faire
entendre , & qui n'ajamais imaginé que
ta diffimulation & la fraude puffent entrer
dans le commerce ordinaire de la vie .
Le Prix qui avoit été remis l'an paſſé ,
lesAuteurs n'ayant pas rempli les vûes de
l'Académie fur le ſujet fuivant; sçavoir ,
fi la température de l'air d'un climat influe
fur le tempéramem & la force de ses habitans
, a été adjugé à M. Gravier , Docteur
en Médecine , à Paray en Charolois , qui
s'eſt annoncé l'Auteur du Mémoire Nº. 20
qui a pour deviſe , mutas omnia coli tempe
ries .
Programmes proposés.
Le Prix de morale pour l'année 1754 ,
conſiſtant en une médaille d'or de la valeur
de trente piſtoles , ſera adjugé à celui
qui aura le mieux réſolu le Problême furvant
: Quelle est la ſource de l'inégalué parmi
les hommes , &fi elle est autorisée par la loi
naturelle.
Il ſera libre d'écrire en François ou en
Latin , il ne faut pas que la lecture excéde
trois quarts d'heure. Les Mémoires ,
francs de pore , feront adreſſés à M. Petit ,
Secrétaire de l'Académie , rue du Vieux
Marché , à Dijon , qui n'en receyra point
66 MERCURE DE FRANCE .
paílé le premier Avril. Il en ſera ufé de
même à l'avenir à l'égard des paquets
adreſſés à l'Académie ; elle n'en recevra
aucun , dont le port n'ait été acquité aux
Bureaux d'où ils font partis.
L'Académie déſirant donner aux Auteurs
le tems de travailler leurs ouvrages
&de faire les recherches néceſſaires , s'eſt
déterminée à annoncer les ſujets un an
plutôt qu'elle n'avoit coutume de faire.
Celui de Médecine pour l'année 1755 ,
conſiſte à déterminer la maniere d'agir du
bain aqueuxſimple , fes avantages &ses inconvéniens
, par rapport aux différens tempėrammens
, & en particulier dans quelgenre
de maladies il peut être utile. Lesouvrages
qui n'excéderont pas une heure de lecture
feront reçus ſous les mêmes conditions que
ci-deſſus , juſqu'au premier Avril 1755.
Fermer
9562
p. 96-98
AUTRE.
Début :
Je ne suis tout au plus qu'un leger accident, [...]
Mots clefs :
Nouveauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
TRE.
Ene ſuis tout au plus qu'un leger accident,
Source de plaiſirs cependant ;
Quoiqu'univerſelle , la France
Eſt mon ſéjour de préférence ;
Ses peuples ſont mes favoris ,
Et
NOVEMBRE. 1753 . 97
Et de leurs coeurs je ſuis la Déité ſuprême ,
Petits maîtres , héros , belles , & beaux eſprits ,
Tous pour mon culte y font voir une ardeur extrême
;
Auſſi de leurs attraits , de leurs legers écrits ,
C'est moi qui bien ſouvent fais l'unique mérite .
Aux plus minces objets je donne un fort grand
prix;
Mais , malgré mon pouvoir , le tems me décrédite,
Et les jette dans le mépris.
Je change , & varie ſans ceſſe ,
Et c'eſt à cette heureuſe adreſſe
De m'offrir chaque jour ſous des traits differens
Que je dois des mortels , & l'hommage & l'encens;
Mais il faut que je le confeſſe ,
Dans l'eſprit des François , tel qu'il eſt aujourd'hui
,
Inépuiſable ſource ,
Je trouve une reſſource ,
L'honneur de mes autels ,&leurplus ferme appui.
Tu meparois rêveur , allons , Lecteur , courage;
Dans mes neuf pieds je préſente àtes yeux ,
Le foible bois qui ſur un tronc ſauvage
Promet des fruits délicieux ;
Cet élément ſur qui l'on nage ;
Cet amas qui formé des vapeurs de la terre ,
Renferme dans ſon ſein la grêle& le tonnerre ,
Et l'eſpérance des moiſſons ;
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Un des cinq ſens , & l'une desfailons ;
Cequi les contient toutes quatre ;
Deux quadrupedes animaux ,
Dont l'un eſt fort opiniâtre ;
Celle qui fut la cauſe de nos maux ,
Pour n'avoir du ſerpent repouſſé l'artifice ;
Le comble intérieur d'un pieux édifice ;
Un inſtrument qui ſert à nettoyer le grain ,
Et de tout mélange l'épure ;
Ce qu'un Marchand tient à la main ,
Quand toiles , ou draps il meſure ;
Le fier tyran des flots ,
La terreur & l'objet des vænx des matelots.
Ceque forme la voi'x; ce juſte Patriarche
Aux yeux daquel dans l'air , Dieu au ſortir de
l'Arche
Etala l'Arc brillant des plus vives couleurs ;
Ceque dans le danger la crainte nous fait faire ,
Dont ſouvent on déroge à l'obligation ;
Un adverbe local , actif ou ſédentaire ,
Qui dans un autre ſens devient conjonction ;
Des bienheureux le ſigne ſalutaire ;
Unterme muſical , qui pris differemment
D'un texte obſcur eſt l'éclairciſſement ;
Une négation ; certaine particule ;
Ce qui trop grand , ou trop petit
Rendun viſage ridicule ;
Je crois , Lecteur , t'en avoir aſſez dit.
Ene ſuis tout au plus qu'un leger accident,
Source de plaiſirs cependant ;
Quoiqu'univerſelle , la France
Eſt mon ſéjour de préférence ;
Ses peuples ſont mes favoris ,
Et
NOVEMBRE. 1753 . 97
Et de leurs coeurs je ſuis la Déité ſuprême ,
Petits maîtres , héros , belles , & beaux eſprits ,
Tous pour mon culte y font voir une ardeur extrême
;
Auſſi de leurs attraits , de leurs legers écrits ,
C'est moi qui bien ſouvent fais l'unique mérite .
Aux plus minces objets je donne un fort grand
prix;
Mais , malgré mon pouvoir , le tems me décrédite,
Et les jette dans le mépris.
Je change , & varie ſans ceſſe ,
Et c'eſt à cette heureuſe adreſſe
De m'offrir chaque jour ſous des traits differens
Que je dois des mortels , & l'hommage & l'encens;
Mais il faut que je le confeſſe ,
Dans l'eſprit des François , tel qu'il eſt aujourd'hui
,
Inépuiſable ſource ,
Je trouve une reſſource ,
L'honneur de mes autels ,&leurplus ferme appui.
Tu meparois rêveur , allons , Lecteur , courage;
Dans mes neuf pieds je préſente àtes yeux ,
Le foible bois qui ſur un tronc ſauvage
Promet des fruits délicieux ;
Cet élément ſur qui l'on nage ;
Cet amas qui formé des vapeurs de la terre ,
Renferme dans ſon ſein la grêle& le tonnerre ,
Et l'eſpérance des moiſſons ;
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Un des cinq ſens , & l'une desfailons ;
Cequi les contient toutes quatre ;
Deux quadrupedes animaux ,
Dont l'un eſt fort opiniâtre ;
Celle qui fut la cauſe de nos maux ,
Pour n'avoir du ſerpent repouſſé l'artifice ;
Le comble intérieur d'un pieux édifice ;
Un inſtrument qui ſert à nettoyer le grain ,
Et de tout mélange l'épure ;
Ce qu'un Marchand tient à la main ,
Quand toiles , ou draps il meſure ;
Le fier tyran des flots ,
La terreur & l'objet des vænx des matelots.
Ceque forme la voi'x; ce juſte Patriarche
Aux yeux daquel dans l'air , Dieu au ſortir de
l'Arche
Etala l'Arc brillant des plus vives couleurs ;
Ceque dans le danger la crainte nous fait faire ,
Dont ſouvent on déroge à l'obligation ;
Un adverbe local , actif ou ſédentaire ,
Qui dans un autre ſens devient conjonction ;
Des bienheureux le ſigne ſalutaire ;
Unterme muſical , qui pris differemment
D'un texte obſcur eſt l'éclairciſſement ;
Une négation ; certaine particule ;
Ce qui trop grand , ou trop petit
Rendun viſage ridicule ;
Je crois , Lecteur , t'en avoir aſſez dit.
Fermer
9563
p. 79-91
ESSAI Sur cette question proposée par l'Académie de Besançon : L'assiduité au travail peut-elle procurer autant d'avantages à la société, que la supériorité des talens.
Début :
Sed quid tentare nocebit ? Cicer. C'est un spectacle qui se renouvelle [...]
Mots clefs :
Société, Nature, Travail, Talents, Besoins, Avantages, Homme, Académie de Besançon, Secours, Supériorité des talents, Efforts, Génie, Génies supérieurs, Assiduité, Intérêts, Travail
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI Sur cette question proposée par l'Académie de Besançon : L'assiduité au travail peut-elle procurer autant d'avantages à la société, que la supériorité des talens.
ES•SA I
Sur cette queftion propofée par l'Académie
de Befançon : L'affiduité au travail
peut-elle procurer autant d'avantages à la
fociété , que la fupériorité des talens .
Sed quid tentare nocebit ? Cicer.
Ch
'Eft un fpectacle qui fe renouvelle
chaque jour , de voir l'homme luter
contre le befoin , chercher dans le travail
la fource des fecours , réaffir quelquefois
à force d'affiduité , & plus fouvent encore
échouer ; tandis qu'à fes côtés les fuccès
les plus brillans feront le fruit des moindres
efforts : tel eft l'effet de cette diverfité
de difpofitions que la nature a diftribué
aux hommes , pour établir entr'eux
une dépendance mutuelle.
S'il eût été poffible à l'effort du travail
de fuppléer au défaut de talent , glorieux
de fe fuffire à lui - même , l'homme auroit
peut être méprifé des fecours étrangers
dont il auroit pû fe paffer ; par un prin.
cipe pareillement puifé dans le coeur , il
cût bientôt abandonné celui de qui il
n'auroit pû efpérer aucun retour , fi la nacure
avoit abfolument privé de fes dons
D iiij
So MERCURE DEFRANCE.
quelques - uns de fes enfans. Mais l'hom
me fans talens eft auffi rare que les monf
trés , pour me fervir de l'expreffion de
Quintilien ( a ) , & ·le travail n'eſt ſtérile
qu'autant qu'il eft défavoué par la natu
re. Ainfi rapprochés par les befoins auf.
quels ils ne pouvoient fe dérober , les
hommes ont été réunis par les fervices
qu'ils devoient réciproquement fe rendre.
Voilà le principe & la fin de la fociété.
Tous font également destinés à en être
membres : quelle difproportion cependant
entre les talens ! La mefure en eft aufi
variée que l'objet ; & quoique dirigés au
même terme , l'homme doué d'un génie
fupérieur laifferoit bientôt loin de lui
l'homme qui auroit reçu un moindre talent
; celui - ci pourroit- il donc être également
utile à la fociété ? Oui , fans doute
, s'il n'y a aucuns des avantages de la
fociété qui foient attachés particulierement
aux fuccès du premier , & aufquels
les efforts du fecond ne puiffent fuffire. Je
dois vérifier ces deux points pour l'établir.
A peine l'homme eft-il forti des mains
de la nature qu'il en paroît abandonné ; la
faim , la foif , la nudité ; voilà ce qui l'ac
( a ) Liv, 1. ch. 1.
C
DECEMBRE. 1753-
St
compagne à fon entrée dans le monde .:
les maladies fe joignent à ces befoins , les
écueils fe fuccedent devant fes pas ; en
un mot , tout ce qui l'environne au dedans
& au dehors femble concourir à fa
deftruction : pourvoir à ces befoins ou en
adoucir la rigueur ; écarter les maladies ,
ou en prévenir l'effet ; détruire ces écueils ,
ou en diminuer le danger ; c'eſt le moyen
de
procurer fa confervation . Mais qu'eftce
que l'homme , réduit à ce feul avantage
! Si fon efprit fe dégage des ténebres
dans lesquelles la nature l'avoit d'abord enveloppé
, c'eſt pour être expofé à de nouveaux
befoins les obftacles l'effrayent ,
les ennuis l'abbattent, le travail le fatigue ,
l'impétuofité l'emporte , les erreurs l'environnent
; il a befoin de motifs qui
l'excitent & l'animent ; de guide , qui l'éclaire
& le foutienne ; de frein , qui le retienne
& l'affure ; de délaffemens , qui le
diffipent & le foulagent.
:
Que de befoins également certains ! que
de fecours également néceffaires ! A peine
cependant dans une même génération
rencontre-t- on quelques hommes que la
nature ait favorifé d'un génie fupérieur
encore font - ils épars dans cette multitude
q peuple la terre . Comment conciliet
cette oppofition avec les intérêts de la
>
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
fociété ? Si c'eft fur les befoins du corps
que fes fondemens font appuyés , c'eſt
des befoins de l'efprit que naiffent fes agrémens
( a ) ; fi les fecours propres aux premiers
affurent à chacun de fes membres les
avantages les plus chers , les fecours propres
aux feconds ne procurent pas à la fociété
des avantages moins effentiels : les
uns & les autres ne peuvent donc dépendre
d'une qualité fi rare parmi ceux qu'elle
ralfemble .
En fuppofant que dans les premiers
tems , les génies fupérieurs euffent été en
affez grand nombre pour fournir au refte
des hommes tous les fecours néceffaires
aux befoins qui fe multiplioient avec eux ,
& que chaque inftant rendoit dès là plus
prellans , il ne feroit pas impoffible d'accorder
aujourd'hui les intérêts de la fociété
avec la rareté des génies fupérieurs ;
il est communément plus facile de conſerver
que de produire , d'imiter que d'inventer
; mais parcourons le lointain , que
l'Hiftoire offre à notre curiofité . Quels
font ces noms que l'admiration répéte ,
ces trônes que le refpect éleve , ces autels
que la prévention encenfe , ces trophées
que l'étonnement environne ? Répondez ,
( a ) Rouffeau , de Genêve. Difc. de Dijon.
DECEMBRE. 1755- 83
premiers peuples de l'univers , dont l'intérêt
n'avoit point encore rendu ſuſpects
les fentimens , & parmi lefquels la faterie
n'avoit point encore confondu les titres
; n'est-ce pas autant de témoignages
rendus à la rareté des génies fupérieurs ?
Accoutumés aux fuccès des génies ordinaires
, parce qu'ils fe renouvelloient plus
fouvent , vous n'avez pû voir fans en être
furpris , ceux qui ont diftingué la fupériorité
des talens : frappés d'un éclar qui
fembloit les tirer de la fphere commune ,
vous avez regardé comme des hommes extraordinaires
, ceux que la nature en avoit
doué , & ces monumens de leur fuccès.
autant que de votre admiration , juftifient
que quoiqu'accablés de befoins multipliés
& toujours renaiffans , ainfi que nous ,
vous ne les avez vû paroître parmi vous
que comme ces aftres finguliers que les
révolutions du Ciel ramenent à nos regards
toujours furpris , parce qu'ils n'en
font pas ordinairement frappés. Egalement
rares , les génies fupérieurs feroient- ils
donc plus néceffaires aux befoins de la fociété
que ces aftres plus brillans ne le
font aux befoins de l'univers ?
Mais pourquoi recourir à ces raiſonnemens
, tandis que l'expérience parle ? Les
hommes n'ont pas toujours composé une
Dvj
84 MERCURE DEFRANCE.
lecou
fociet
es
de la
C
même famille , leurs intérêts ont été di- point
vilés prefqu'auffi - tôt que leur langage' ;
ils fe font renfermés dans des Villes , les
autres font restés dans les Campagnes ;
par tout le befoin a réuni ceux que la conformité
de langage rendoir fociables , &
l'on a diftingué autant de fociétés différentes
que de peuples , de Provinces , de
Villes , de familles , quelquefois établies
fur les mêmes fondemens que la fociété
primitive ; combien renfermées entre les
bornes étroites que leur intérêt particu
lier avoit placées , ont été privées du fecours
de la fupériorité des talens dont la
nature n'avoit favorifé aucun de ceux qui
en étoient les membres ! Leur établitement
& leur confervation démontrent fenfiblement
qu'aucun des avantages de la
fociété n'exige cette fupériorité. Du milieu
de celles qui ont compté parmi leurs Amembres
quelques uns de ces génies fupérieurs
, tranfportons- nous dans celles - ci :
nous y retrouverons la faim , la foif ,
nudité , les maladies & les dangers , les
ennuis & la fatigue , les obftacles & les
erreurs ; nous y retrouverons des hommes,
en un mot , fujets par conféquent aux
mêmes befoins du corps & de l'efprit , &
leurs propres richeffes , quoique moins bril
lantes, leur ont fuffi . Que l'on ne faile donc
la
DECEMBRE. 1753. 85
point une diftinction fpécieufe entre les
fecours qui affurent les fondemens de la
fociété & ceux qui procurent fes agrémeus
, pour faire dépendre ces derniers
de la fupériorité des talens. Ce paralelle
que l'expérience juftifie , en découvre l'il
lufion.
Ce n'eft point , en effet , par une oppofition
injufte de la fociété , telle qu'elle eft
aujourd'hui avec ce qu'elle fut dans ces
tems d'obfcurité, que nous pourrions décider.
Si elle n'a pas toujours été bornée au
fimple néceffaire , fi les fecours ſe font
multipliés avec les hommes , & fe font
perfectionnés en fe reproduifant , la fociété
en a du recevoir de plus grands avantages
& en & en plus grand nombre. Mais interrogeons
ces hommes fameux , que des
découvertes précieuſes aux Sciences & aux
Arts , intéreffantes pour le commerce autant
que pour notre confervation , ont immortalifé
, & fideles à la vérité , ils feront
forcés de convenir que c'eft au hazard que
la fociété doit ces richelles. S'il eft permis
à notre oeil curieux de percer jufqu'aux
régions céleſtes , c'eft un enfant qui nous
en a ouvert la route ; fi nous connoiffons
la pefanteur de l'air qui nous échappe ,
c'eft des mains les moins habiles que nous
en avons reçu la balance. Séduits comme
86 MERCURE DE FRANCE.
bien d'autres , par une fauffe opinion , le
Cordelier Bacon court après une chimere,
& au lieu d'or il découvre la force du fouffre
environné de falpêtre. Colomb cherchoit-
il ce nouveau monde qui frappe fes
regards étonnés ?
Quelle fera donc la gloire de la fupériorité
des talens ? d'avoir du moins porté
les avantages de la fociété au point de perfection
où nous les admirons aujourd'hui ?
Ses fuccès y ont contribué , j'en conviens ;
mais des talens moins éminens pouvoient
fuffire : c'eft ce qui me reſte à démontrer.
Tandis que les befoins environnoient
l'homme de toutes parts , il étoit jufte de
placer dans fes mains le moyen de s'y fouftraire
; la voix du befoin pouvoit bien en
indiquer les fecours , mais le travail devoit
les procurer ; foit qu'il les doive à
fes
propres efforts , foit qu'il les tienne
de la fociété dont il eft membre , ce n'eft
qu'à ce prix que l'homme jouit de quelques
avantages : la fucceffion des fiècles
écoulée jufqu'à nous ne préfente que cette
alternative fans ceffe répétée. L'Agricul
ture pourvoit à la fubfiftance de l'homme
, la Médecine lui rend la fanté , le
Commerce augmente fes tréfors ; les Arts
& les Sciences affurent à la fociété les plus
DECEMBRE . 1753 87
grands avantages ; mais la terre ne produiroit
que des ronces & des épines fans
les travaux du Laboureur , les maladies accableroient
l'homme , & il en ignoreroit
la nature & le reméde , fans les recherches
du Médecin ; nous pofféderions des
richeffes & nous n'en jouirions pas , fi le
Négociant n'en facilitoit le commerce par
fes fatigues. Que font çes ouvrages où
l'utile fe trouve réuni à l'agréable , finon
le fruit des foins & des peines de l'artifan?
c'eft aux veilles du Sçavant , aux méeditations
du Philofophe , aux réflexions
du citoyen , que nous devons la lumiere
qui nous éclaire tout , en un mot , dépoſe
#de cette néceffité du travail , qui confond
fous les mêmes loix le génie fupérieur ,
& celui que la nature n'en a pas favorifé.
:
Les fuccès ont varié , il eft vrai ; n'eftce
donc pas l'effet néceffaire de l'inégalité
des talens ? Non , fans doute . Et que
l'homme foit couvert de confufion , en
découvrant le terme où l'affiduité au travail
dont il a négligé le fecours , fouvent
auroit pû le conduire. Il eft queftion de
juftifier la nature dans la diftribution qu'el
le a fait de fes dons : or fi la rareté de
ceux qu'elle a doué de la fupériorité des
talens , eft un titre fuffifant pour nous
faire penfer que les intérêts de la fociété
SS MERCURE DE FRANCE.
ne peuvent en dépendre , la multitude de re
ceux à qui elle n'a accordé que des talens
moins éminens , doit prouver que ceuxci
peuvent y fuffire ; & s'il eft permis de
pénétrer les vues dans un tel partage ,
peut- on douter qu'elle n'ait voulu pourvoir
au défaut ou à l'indolence des génies
fupérieurs , & rendre les avantages de la
fociété d'autant plus affurés , que la fources
en eft multipliée ? Mais le travail doit augmenter
à proportion que le talent eft plus
ou moins éminent : c'eft la mefure & le
gage des fuccès.
@
1
P
S'il étoit un terme à nos befoins , il fe
roit , fans doute ', en même tems celui du
travail , & peut- être le triomphe du génie
fupérieur ; c'eft l'hydre qui renaît & préfente
fans ceffe de nouveaux fuccès à celui
qui l'a combattu : favorifé d'un talent fa- e,
périeur , comme borné à un moindre talent
, il n'eft perfonne qui puiffe fe Alarer
de l'abattre , & les efforts de l'un & de
l'autre ne peuvent aboutir qu'à foulager
nos befoins , non à en tarir la fource :
que celui- là y réuffiffe avec plus de faci
lité que celui-ci , n'importe , dès que le
let:
but eft le même ; la difficulté du fuccès ne
peut qu'en augmenter le prix.
Ce n'est point un vain raifonnement ,
il cft juftifié par les fucces même des génies
DECEMBRE. 1753.
Fupérieurs. Dans quelle étroite fphere la
nature ne les a - t- elle pas renfermés ? En
fuivant leur deftination , ils volent avec
cette rapidité qui les diftingue , & parviennent
au but avec moins de peine ;
mais auffi la route qquuii ppeeuutt lleess y conduire
eft unique , & le génie le plus brillant eft
celui qui tombe le plus bas lorfqu'il s'en
écarte : il eft impoffible , dit un Philofophe
( a ) de l'antiquité , dont le fyftême fameux
attefle les lumieres & l'expérience ,
que le même homme excelle en des ouvrages
d'un genre différent. Quel gage plus affuré
pourroit animer l'efpoir de celui que la
nature a doué d'un moindre génie , que ce
partage fait avec autant d'épargne que de
partialité , de la fupériorité des talens ?
Si avoué par la nature ,
nature , il fuit la même route
, il ne peut manquer d'arriver au même
terme , & quoiqu'avec moins d'éclat , il
ne procurera pas moins les mêmes avantages
à la fociété , le faccès ne dépend que
de la conftance de fes efforts .
Voyons le Nouveau Monde , qu'un hazard
heureux vient d'affocier au nôtre ;
enfevelis dans les ténébres de l'indolence
, les hommes qui l'habitoient ne connoiffoient
que le fimple néceffaire , &
(a) Plato , de Rep. 1. 3.
go MERCURE DE FRANCE.
leurs travaux ne s'étendoient pas au- delà
: inftruits autant qu'encouragés , par
l'exemple des conquérans qui y ont péné
tré , déja ce n'eft plus un trifte affemblage
d'ignorance & de barbarie , c'eft un
peuple nouveau qui devient le rival de
fes maîtres.
Confultons nos propres annales , re
paffons fur les fiécles qui fe font écoulés
jufqu'à nous ; quelles viciffitudes bizarres
de ténébres & de lumiere ! quelle obica
rité plutôt , tandis que l'homme ne fuit
dans fon travail ,, que la néceffité pour
guide ! Mais les Philippe & les Alexandre
dans la Grece , les Céfar & les Augufte par
mi les Romains , les Médicis dans l'Italie ,
Louis le Grand & fon fucceffeur le Bien-
Aimé parmi nous , répandent des bien
faits , diftribuent des récompenfes. Animéspar
cet appas , les efforts redoublent ,
& des fuccès auffi nombreux qu'éclatans ,
diftinguent ces beaux fiécles , immortels
comme ceux qui en font la gloire : les
avantages qu'en reçoit la fociété font donc
le prix d'un travail plus affidu.
Cette affiduité au travail , néceffaire au
génie moins éminent , entraîneroit , fans
doute , avec elle la fatigue & les ennuis,
d'autant plus infupportables que le travail
feroit prolongé davantage. Mais la nature
100
DECEMBRE. 1753. 98
femble en avoir voulu diminuer le poids ,
en le rendant plus libre. Ceux , en effet
qui n'ont pas été favorifés d'un talent fupérieur
, font pour l'ordinaire dédommagés
par la pluralité des talens moins éminens
réunis dans leur perfonne ; c'eft donc leur
propre choix qui les détermine & les guide
: nouveau motif qui doit les encourager
, nouvelle preuve que le fuccès eſt attaché
à leurs efforts.
Quelle excufe pourroit donc autorifer
' indolence de ces hommes indignès de la
Efociété , qui facrifient à un honteux repos
fes intérêts les plus chers ? Qu'importe que
la nature nous ait doué ou non de la fupériorité
des talens ? ce n'eft point la routeplus
ou moins pénible , c'eft le terme qui
nous eft marqué par la nature , que nous
devons appercevoir : ne cédons point à la
difficulté , & le fuccès nous attend. Ainfi
l'affiduité au travail pourra procurer autant
d'avantages à la fociété , que la fupériorité
des talens.
Nihil eft quod non expugnet pertinax opera
intenta ac diligens cura. Senec. Epift . so ..
Sur cette queftion propofée par l'Académie
de Befançon : L'affiduité au travail
peut-elle procurer autant d'avantages à la
fociété , que la fupériorité des talens .
Sed quid tentare nocebit ? Cicer.
Ch
'Eft un fpectacle qui fe renouvelle
chaque jour , de voir l'homme luter
contre le befoin , chercher dans le travail
la fource des fecours , réaffir quelquefois
à force d'affiduité , & plus fouvent encore
échouer ; tandis qu'à fes côtés les fuccès
les plus brillans feront le fruit des moindres
efforts : tel eft l'effet de cette diverfité
de difpofitions que la nature a diftribué
aux hommes , pour établir entr'eux
une dépendance mutuelle.
S'il eût été poffible à l'effort du travail
de fuppléer au défaut de talent , glorieux
de fe fuffire à lui - même , l'homme auroit
peut être méprifé des fecours étrangers
dont il auroit pû fe paffer ; par un prin.
cipe pareillement puifé dans le coeur , il
cût bientôt abandonné celui de qui il
n'auroit pû efpérer aucun retour , fi la nacure
avoit abfolument privé de fes dons
D iiij
So MERCURE DEFRANCE.
quelques - uns de fes enfans. Mais l'hom
me fans talens eft auffi rare que les monf
trés , pour me fervir de l'expreffion de
Quintilien ( a ) , & ·le travail n'eſt ſtérile
qu'autant qu'il eft défavoué par la natu
re. Ainfi rapprochés par les befoins auf.
quels ils ne pouvoient fe dérober , les
hommes ont été réunis par les fervices
qu'ils devoient réciproquement fe rendre.
Voilà le principe & la fin de la fociété.
Tous font également destinés à en être
membres : quelle difproportion cependant
entre les talens ! La mefure en eft aufi
variée que l'objet ; & quoique dirigés au
même terme , l'homme doué d'un génie
fupérieur laifferoit bientôt loin de lui
l'homme qui auroit reçu un moindre talent
; celui - ci pourroit- il donc être également
utile à la fociété ? Oui , fans doute
, s'il n'y a aucuns des avantages de la
fociété qui foient attachés particulierement
aux fuccès du premier , & aufquels
les efforts du fecond ne puiffent fuffire. Je
dois vérifier ces deux points pour l'établir.
A peine l'homme eft-il forti des mains
de la nature qu'il en paroît abandonné ; la
faim , la foif , la nudité ; voilà ce qui l'ac
( a ) Liv, 1. ch. 1.
C
DECEMBRE. 1753-
St
compagne à fon entrée dans le monde .:
les maladies fe joignent à ces befoins , les
écueils fe fuccedent devant fes pas ; en
un mot , tout ce qui l'environne au dedans
& au dehors femble concourir à fa
deftruction : pourvoir à ces befoins ou en
adoucir la rigueur ; écarter les maladies ,
ou en prévenir l'effet ; détruire ces écueils ,
ou en diminuer le danger ; c'eſt le moyen
de
procurer fa confervation . Mais qu'eftce
que l'homme , réduit à ce feul avantage
! Si fon efprit fe dégage des ténebres
dans lesquelles la nature l'avoit d'abord enveloppé
, c'eſt pour être expofé à de nouveaux
befoins les obftacles l'effrayent ,
les ennuis l'abbattent, le travail le fatigue ,
l'impétuofité l'emporte , les erreurs l'environnent
; il a befoin de motifs qui
l'excitent & l'animent ; de guide , qui l'éclaire
& le foutienne ; de frein , qui le retienne
& l'affure ; de délaffemens , qui le
diffipent & le foulagent.
:
Que de befoins également certains ! que
de fecours également néceffaires ! A peine
cependant dans une même génération
rencontre-t- on quelques hommes que la
nature ait favorifé d'un génie fupérieur
encore font - ils épars dans cette multitude
q peuple la terre . Comment conciliet
cette oppofition avec les intérêts de la
>
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
fociété ? Si c'eft fur les befoins du corps
que fes fondemens font appuyés , c'eſt
des befoins de l'efprit que naiffent fes agrémens
( a ) ; fi les fecours propres aux premiers
affurent à chacun de fes membres les
avantages les plus chers , les fecours propres
aux feconds ne procurent pas à la fociété
des avantages moins effentiels : les
uns & les autres ne peuvent donc dépendre
d'une qualité fi rare parmi ceux qu'elle
ralfemble .
En fuppofant que dans les premiers
tems , les génies fupérieurs euffent été en
affez grand nombre pour fournir au refte
des hommes tous les fecours néceffaires
aux befoins qui fe multiplioient avec eux ,
& que chaque inftant rendoit dès là plus
prellans , il ne feroit pas impoffible d'accorder
aujourd'hui les intérêts de la fociété
avec la rareté des génies fupérieurs ;
il est communément plus facile de conſerver
que de produire , d'imiter que d'inventer
; mais parcourons le lointain , que
l'Hiftoire offre à notre curiofité . Quels
font ces noms que l'admiration répéte ,
ces trônes que le refpect éleve , ces autels
que la prévention encenfe , ces trophées
que l'étonnement environne ? Répondez ,
( a ) Rouffeau , de Genêve. Difc. de Dijon.
DECEMBRE. 1755- 83
premiers peuples de l'univers , dont l'intérêt
n'avoit point encore rendu ſuſpects
les fentimens , & parmi lefquels la faterie
n'avoit point encore confondu les titres
; n'est-ce pas autant de témoignages
rendus à la rareté des génies fupérieurs ?
Accoutumés aux fuccès des génies ordinaires
, parce qu'ils fe renouvelloient plus
fouvent , vous n'avez pû voir fans en être
furpris , ceux qui ont diftingué la fupériorité
des talens : frappés d'un éclar qui
fembloit les tirer de la fphere commune ,
vous avez regardé comme des hommes extraordinaires
, ceux que la nature en avoit
doué , & ces monumens de leur fuccès.
autant que de votre admiration , juftifient
que quoiqu'accablés de befoins multipliés
& toujours renaiffans , ainfi que nous ,
vous ne les avez vû paroître parmi vous
que comme ces aftres finguliers que les
révolutions du Ciel ramenent à nos regards
toujours furpris , parce qu'ils n'en
font pas ordinairement frappés. Egalement
rares , les génies fupérieurs feroient- ils
donc plus néceffaires aux befoins de la fociété
que ces aftres plus brillans ne le
font aux befoins de l'univers ?
Mais pourquoi recourir à ces raiſonnemens
, tandis que l'expérience parle ? Les
hommes n'ont pas toujours composé une
Dvj
84 MERCURE DEFRANCE.
lecou
fociet
es
de la
C
même famille , leurs intérêts ont été di- point
vilés prefqu'auffi - tôt que leur langage' ;
ils fe font renfermés dans des Villes , les
autres font restés dans les Campagnes ;
par tout le befoin a réuni ceux que la conformité
de langage rendoir fociables , &
l'on a diftingué autant de fociétés différentes
que de peuples , de Provinces , de
Villes , de familles , quelquefois établies
fur les mêmes fondemens que la fociété
primitive ; combien renfermées entre les
bornes étroites que leur intérêt particu
lier avoit placées , ont été privées du fecours
de la fupériorité des talens dont la
nature n'avoit favorifé aucun de ceux qui
en étoient les membres ! Leur établitement
& leur confervation démontrent fenfiblement
qu'aucun des avantages de la
fociété n'exige cette fupériorité. Du milieu
de celles qui ont compté parmi leurs Amembres
quelques uns de ces génies fupérieurs
, tranfportons- nous dans celles - ci :
nous y retrouverons la faim , la foif ,
nudité , les maladies & les dangers , les
ennuis & la fatigue , les obftacles & les
erreurs ; nous y retrouverons des hommes,
en un mot , fujets par conféquent aux
mêmes befoins du corps & de l'efprit , &
leurs propres richeffes , quoique moins bril
lantes, leur ont fuffi . Que l'on ne faile donc
la
DECEMBRE. 1753. 85
point une diftinction fpécieufe entre les
fecours qui affurent les fondemens de la
fociété & ceux qui procurent fes agrémeus
, pour faire dépendre ces derniers
de la fupériorité des talens. Ce paralelle
que l'expérience juftifie , en découvre l'il
lufion.
Ce n'eft point , en effet , par une oppofition
injufte de la fociété , telle qu'elle eft
aujourd'hui avec ce qu'elle fut dans ces
tems d'obfcurité, que nous pourrions décider.
Si elle n'a pas toujours été bornée au
fimple néceffaire , fi les fecours ſe font
multipliés avec les hommes , & fe font
perfectionnés en fe reproduifant , la fociété
en a du recevoir de plus grands avantages
& en & en plus grand nombre. Mais interrogeons
ces hommes fameux , que des
découvertes précieuſes aux Sciences & aux
Arts , intéreffantes pour le commerce autant
que pour notre confervation , ont immortalifé
, & fideles à la vérité , ils feront
forcés de convenir que c'eft au hazard que
la fociété doit ces richelles. S'il eft permis
à notre oeil curieux de percer jufqu'aux
régions céleſtes , c'eft un enfant qui nous
en a ouvert la route ; fi nous connoiffons
la pefanteur de l'air qui nous échappe ,
c'eft des mains les moins habiles que nous
en avons reçu la balance. Séduits comme
86 MERCURE DE FRANCE.
bien d'autres , par une fauffe opinion , le
Cordelier Bacon court après une chimere,
& au lieu d'or il découvre la force du fouffre
environné de falpêtre. Colomb cherchoit-
il ce nouveau monde qui frappe fes
regards étonnés ?
Quelle fera donc la gloire de la fupériorité
des talens ? d'avoir du moins porté
les avantages de la fociété au point de perfection
où nous les admirons aujourd'hui ?
Ses fuccès y ont contribué , j'en conviens ;
mais des talens moins éminens pouvoient
fuffire : c'eft ce qui me reſte à démontrer.
Tandis que les befoins environnoient
l'homme de toutes parts , il étoit jufte de
placer dans fes mains le moyen de s'y fouftraire
; la voix du befoin pouvoit bien en
indiquer les fecours , mais le travail devoit
les procurer ; foit qu'il les doive à
fes
propres efforts , foit qu'il les tienne
de la fociété dont il eft membre , ce n'eft
qu'à ce prix que l'homme jouit de quelques
avantages : la fucceffion des fiècles
écoulée jufqu'à nous ne préfente que cette
alternative fans ceffe répétée. L'Agricul
ture pourvoit à la fubfiftance de l'homme
, la Médecine lui rend la fanté , le
Commerce augmente fes tréfors ; les Arts
& les Sciences affurent à la fociété les plus
DECEMBRE . 1753 87
grands avantages ; mais la terre ne produiroit
que des ronces & des épines fans
les travaux du Laboureur , les maladies accableroient
l'homme , & il en ignoreroit
la nature & le reméde , fans les recherches
du Médecin ; nous pofféderions des
richeffes & nous n'en jouirions pas , fi le
Négociant n'en facilitoit le commerce par
fes fatigues. Que font çes ouvrages où
l'utile fe trouve réuni à l'agréable , finon
le fruit des foins & des peines de l'artifan?
c'eft aux veilles du Sçavant , aux méeditations
du Philofophe , aux réflexions
du citoyen , que nous devons la lumiere
qui nous éclaire tout , en un mot , dépoſe
#de cette néceffité du travail , qui confond
fous les mêmes loix le génie fupérieur ,
& celui que la nature n'en a pas favorifé.
:
Les fuccès ont varié , il eft vrai ; n'eftce
donc pas l'effet néceffaire de l'inégalité
des talens ? Non , fans doute . Et que
l'homme foit couvert de confufion , en
découvrant le terme où l'affiduité au travail
dont il a négligé le fecours , fouvent
auroit pû le conduire. Il eft queftion de
juftifier la nature dans la diftribution qu'el
le a fait de fes dons : or fi la rareté de
ceux qu'elle a doué de la fupériorité des
talens , eft un titre fuffifant pour nous
faire penfer que les intérêts de la fociété
SS MERCURE DE FRANCE.
ne peuvent en dépendre , la multitude de re
ceux à qui elle n'a accordé que des talens
moins éminens , doit prouver que ceuxci
peuvent y fuffire ; & s'il eft permis de
pénétrer les vues dans un tel partage ,
peut- on douter qu'elle n'ait voulu pourvoir
au défaut ou à l'indolence des génies
fupérieurs , & rendre les avantages de la
fociété d'autant plus affurés , que la fources
en eft multipliée ? Mais le travail doit augmenter
à proportion que le talent eft plus
ou moins éminent : c'eft la mefure & le
gage des fuccès.
@
1
P
S'il étoit un terme à nos befoins , il fe
roit , fans doute ', en même tems celui du
travail , & peut- être le triomphe du génie
fupérieur ; c'eft l'hydre qui renaît & préfente
fans ceffe de nouveaux fuccès à celui
qui l'a combattu : favorifé d'un talent fa- e,
périeur , comme borné à un moindre talent
, il n'eft perfonne qui puiffe fe Alarer
de l'abattre , & les efforts de l'un & de
l'autre ne peuvent aboutir qu'à foulager
nos befoins , non à en tarir la fource :
que celui- là y réuffiffe avec plus de faci
lité que celui-ci , n'importe , dès que le
let:
but eft le même ; la difficulté du fuccès ne
peut qu'en augmenter le prix.
Ce n'est point un vain raifonnement ,
il cft juftifié par les fucces même des génies
DECEMBRE. 1753.
Fupérieurs. Dans quelle étroite fphere la
nature ne les a - t- elle pas renfermés ? En
fuivant leur deftination , ils volent avec
cette rapidité qui les diftingue , & parviennent
au but avec moins de peine ;
mais auffi la route qquuii ppeeuutt lleess y conduire
eft unique , & le génie le plus brillant eft
celui qui tombe le plus bas lorfqu'il s'en
écarte : il eft impoffible , dit un Philofophe
( a ) de l'antiquité , dont le fyftême fameux
attefle les lumieres & l'expérience ,
que le même homme excelle en des ouvrages
d'un genre différent. Quel gage plus affuré
pourroit animer l'efpoir de celui que la
nature a doué d'un moindre génie , que ce
partage fait avec autant d'épargne que de
partialité , de la fupériorité des talens ?
Si avoué par la nature ,
nature , il fuit la même route
, il ne peut manquer d'arriver au même
terme , & quoiqu'avec moins d'éclat , il
ne procurera pas moins les mêmes avantages
à la fociété , le faccès ne dépend que
de la conftance de fes efforts .
Voyons le Nouveau Monde , qu'un hazard
heureux vient d'affocier au nôtre ;
enfevelis dans les ténébres de l'indolence
, les hommes qui l'habitoient ne connoiffoient
que le fimple néceffaire , &
(a) Plato , de Rep. 1. 3.
go MERCURE DE FRANCE.
leurs travaux ne s'étendoient pas au- delà
: inftruits autant qu'encouragés , par
l'exemple des conquérans qui y ont péné
tré , déja ce n'eft plus un trifte affemblage
d'ignorance & de barbarie , c'eft un
peuple nouveau qui devient le rival de
fes maîtres.
Confultons nos propres annales , re
paffons fur les fiécles qui fe font écoulés
jufqu'à nous ; quelles viciffitudes bizarres
de ténébres & de lumiere ! quelle obica
rité plutôt , tandis que l'homme ne fuit
dans fon travail ,, que la néceffité pour
guide ! Mais les Philippe & les Alexandre
dans la Grece , les Céfar & les Augufte par
mi les Romains , les Médicis dans l'Italie ,
Louis le Grand & fon fucceffeur le Bien-
Aimé parmi nous , répandent des bien
faits , diftribuent des récompenfes. Animéspar
cet appas , les efforts redoublent ,
& des fuccès auffi nombreux qu'éclatans ,
diftinguent ces beaux fiécles , immortels
comme ceux qui en font la gloire : les
avantages qu'en reçoit la fociété font donc
le prix d'un travail plus affidu.
Cette affiduité au travail , néceffaire au
génie moins éminent , entraîneroit , fans
doute , avec elle la fatigue & les ennuis,
d'autant plus infupportables que le travail
feroit prolongé davantage. Mais la nature
100
DECEMBRE. 1753. 98
femble en avoir voulu diminuer le poids ,
en le rendant plus libre. Ceux , en effet
qui n'ont pas été favorifés d'un talent fupérieur
, font pour l'ordinaire dédommagés
par la pluralité des talens moins éminens
réunis dans leur perfonne ; c'eft donc leur
propre choix qui les détermine & les guide
: nouveau motif qui doit les encourager
, nouvelle preuve que le fuccès eſt attaché
à leurs efforts.
Quelle excufe pourroit donc autorifer
' indolence de ces hommes indignès de la
Efociété , qui facrifient à un honteux repos
fes intérêts les plus chers ? Qu'importe que
la nature nous ait doué ou non de la fupériorité
des talens ? ce n'eft point la routeplus
ou moins pénible , c'eft le terme qui
nous eft marqué par la nature , que nous
devons appercevoir : ne cédons point à la
difficulté , & le fuccès nous attend. Ainfi
l'affiduité au travail pourra procurer autant
d'avantages à la fociété , que la fupériorité
des talens.
Nihil eft quod non expugnet pertinax opera
intenta ac diligens cura. Senec. Epift . so ..
Fermer
Résumé : ESSAI Sur cette question proposée par l'Académie de Besançon : L'assiduité au travail peut-elle procurer autant d'avantages à la société, que la supériorité des talens.
Le texte aborde la question de l'affiduitée au travail et compare cette qualité à la supériorité des talents, en réponse à une interrogation de l'Académie de Besançon. Il souligne que les hommes doivent lutter quotidiennement contre les besoins fondamentaux et que le succès dépend des dispositions naturelles. Le travail, bien que nécessaire, est souvent insuffisant sans le soutien des talents naturels. Les individus, malgré leurs différences de talents, sont réunis par les services mutuels qu'ils se rendent, formant ainsi la société. Même ceux dotés de talents moindres peuvent être utiles à la société. Dès la naissance, l'homme est confronté à divers besoins et obstacles. Pour survivre et prospérer, il nécessite des motivations, des guides, des freins et des détentes. Les besoins de l'esprit, comme ceux du corps, nécessitent des secours. Les génies supérieurs étant rares, la coopération entre les individus devient essentielle. Historiquement, les succès des génies ordinaires étaient plus fréquents, mais les génies supérieurs étaient admirés pour leur rareté et leur éclat exceptionnel. Le texte met en avant que les sociétés, même sans talents exceptionnels, ont survécu grâce à des efforts collectifs. Les grandes découvertes et inventions, souvent attribuées à des génies, sont en réalité le fruit du hasard et du travail acharné. L'agriculture, la médecine, le commerce, les arts et les sciences sont des domaines où le travail assure les avantages de la société. La nature a distribué ses dons de manière à ce que les talents ordinaires puissent suffire aux besoins de la société. Le succès est inévitable et renaît constamment, quel que soit le talent de celui qui le poursuit. Les génies supérieurs, bien que rapides et brillants, sont limités à une sphère étroite. Le texte encourage ceux dotés de talents moindres à persévérer, car le succès dépend de la constance des efforts. Il critique l'indolence et souligne que l'assiduité au travail peut apporter autant d'avantages à la société que la supériorité des talents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9564
p. 101-102
ENIGME.
Début :
Du Riche & du Sçavant ma présence accueillie, [...]
Mots clefs :
Statue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
DURiche & du Sçavant ma préſence accueillie
,
Aide à développer l'Hiftoire enfévelie ;
De diverſe grandeur , d'un mérite inégal ,
Le plus fouvent à pied , quelquefois à cheval.
Ou profane , ou facrée , ou de Rome , ou d'Attique
On me met à haut prix lorfque je fuis antique ;
Et je reçus la vie autrefois de Venus ;
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Ne puis-je aujourd'hui ? …….. Nen , elle n'exifte
plus ;
Et le nombre infini de Filles d'Amathonte
Corrompt la terre : & fiécle ! on le dit à ta honte..
Encor..! fi l'on pouvoit dans ce malheureux tems,
Rétablir la Déeffe en faveur des amans !
En s'appliquant à l'Art dont je tire ma fource ,
Ils pourroient y trouver une utile refſource.
Qu'en penfe tu , Lecteur , feras-tu bon devin
Si mon nom te convient , tu le cherches envains
DURiche & du Sçavant ma préſence accueillie
,
Aide à développer l'Hiftoire enfévelie ;
De diverſe grandeur , d'un mérite inégal ,
Le plus fouvent à pied , quelquefois à cheval.
Ou profane , ou facrée , ou de Rome , ou d'Attique
On me met à haut prix lorfque je fuis antique ;
Et je reçus la vie autrefois de Venus ;
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Ne puis-je aujourd'hui ? …….. Nen , elle n'exifte
plus ;
Et le nombre infini de Filles d'Amathonte
Corrompt la terre : & fiécle ! on le dit à ta honte..
Encor..! fi l'on pouvoit dans ce malheureux tems,
Rétablir la Déeffe en faveur des amans !
En s'appliquant à l'Art dont je tire ma fource ,
Ils pourroient y trouver une utile refſource.
Qu'en penfe tu , Lecteur , feras-tu bon devin
Si mon nom te convient , tu le cherches envains
Fermer
9565
p. 102-103
LOGOGRYPHE.
Début :
Sans le secours d'Oedipe, ami, si tu voulois, [...]
Mots clefs :
Brochet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
GRYPHE
.
S Ans le fecours d'Edipe , ami , fi tu voulois ,
Tu pourrois deviner en trois ou quatre fois
Les fujets que mon ſphinx apprête,
D'abord , en me tranchant la tête ,
Tu fais pour les Prélats un utile ornement.
Veux-tu d'un corps folide une image parfaite
Coupe ma queue enfuite ; alors dans le moment ,
On peut dire fans fe méprendre ,
Qu'un coeur auffi dur que je fuis
Eft infenfible aux charmes de Philis.
Voudrois- tu pofféder l'amante de Léandre ?
Ne vas pas la chercher au fond de l'Hellefpont ,
Elle s'offre à tes yeux à l'abri de mon nom ;
Tu reçois avec elle
Ce qui très rarement eft ſuivi d'un refus ,
DECEMBRE. 1713 . 103
Et ce qui réuffit au Dieu , fils de Cybéle ,
Pour rendre vains les foins d'Acrifius.
Mes membres replacés ; fur fept pieds je m'échape
Libre dans mon manoir , fortuné qui m'atrape
GRYPHE
.
S Ans le fecours d'Edipe , ami , fi tu voulois ,
Tu pourrois deviner en trois ou quatre fois
Les fujets que mon ſphinx apprête,
D'abord , en me tranchant la tête ,
Tu fais pour les Prélats un utile ornement.
Veux-tu d'un corps folide une image parfaite
Coupe ma queue enfuite ; alors dans le moment ,
On peut dire fans fe méprendre ,
Qu'un coeur auffi dur que je fuis
Eft infenfible aux charmes de Philis.
Voudrois- tu pofféder l'amante de Léandre ?
Ne vas pas la chercher au fond de l'Hellefpont ,
Elle s'offre à tes yeux à l'abri de mon nom ;
Tu reçois avec elle
Ce qui très rarement eft ſuivi d'un refus ,
DECEMBRE. 1713 . 103
Et ce qui réuffit au Dieu , fils de Cybéle ,
Pour rendre vains les foins d'Acrifius.
Mes membres replacés ; fur fept pieds je m'échape
Libre dans mon manoir , fortuné qui m'atrape
Fermer
9566
p. 103
AUTRE.
Début :
Présent de Pomone, en six membres ; [...]
Mots clefs :
Citron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Réfent de Pomone , en fix membres ;
Lorfque d'un feul tu me démembres ,
Tn peux faire éclore à propos
Un des plus petits animaux.
AS. N. lès Senlis
Réfent de Pomone , en fix membres ;
Lorfque d'un feul tu me démembres ,
Tn peux faire éclore à propos
Un des plus petits animaux.
AS. N. lès Senlis
Fermer
9567
p. 102-103
ENIGME.
Début :
Pour moi tous les mortels ont le plus vif amour ; [...]
Mots clefs :
Patrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Pour moi tous les mortels ont le plus vifamour ;
Mon fpectacle eft pour eux un objet plein de charmes
;
Abfente de leurs yeux , je fais couler leurs larmes ;
Mais me revoyent- ils ? la gaité de retour
Succéde dans leur ame à la fombre triſtelle.
Cet amour cependant n'eft que pure foiblefe ,
Effet du préjugé , quoique chez les humains
Il pafle pour vertu fublime ,
Le mépris oppofé leur paroiffant un crime :
C'est ainsi que penfoient les Grecs & les Romains ,
Quand de ce fentiment animant leur courage ,.
Ils fe glorifioient , fe faifoient une lei
De tout facrifier pour moi.
J'ai le fingulier avantage
D'adoucir les horreurs du lieu le plus fauvage ;
D'embellir & d'orner les plus charmans attraits
D'infortunés pays qui n'en eurent jamais.
Mais du Philofophe & du Sage
Je ne puis captiver le coeur ;
Peu fait pour un lâche efclavage ,
Je ne fuis point pour lui le féjour du bonheur ,
N'enviſageant dans moi que l'injuſte marâtre
Des vertus , des talens dans mon propre
Par mon caprice opiniâtre,
fein nés ,
DECEMBRE. 1753 .
103
Aux contradictions , aux mépris condamnés ;
Mon abfence pour lui , loin d'avoir rien de rude ,
Eft l'époque & l'auteur de fa félicité ;
Et fon coeur contre moi juftement irrité ,
Payant de les mépris ma lâche ingratitude ,
Guidé par la fageffe , inftruit par fes revers ,
A mon défaut adopte l'univers.
Pour moi tous les mortels ont le plus vifamour ;
Mon fpectacle eft pour eux un objet plein de charmes
;
Abfente de leurs yeux , je fais couler leurs larmes ;
Mais me revoyent- ils ? la gaité de retour
Succéde dans leur ame à la fombre triſtelle.
Cet amour cependant n'eft que pure foiblefe ,
Effet du préjugé , quoique chez les humains
Il pafle pour vertu fublime ,
Le mépris oppofé leur paroiffant un crime :
C'est ainsi que penfoient les Grecs & les Romains ,
Quand de ce fentiment animant leur courage ,.
Ils fe glorifioient , fe faifoient une lei
De tout facrifier pour moi.
J'ai le fingulier avantage
D'adoucir les horreurs du lieu le plus fauvage ;
D'embellir & d'orner les plus charmans attraits
D'infortunés pays qui n'en eurent jamais.
Mais du Philofophe & du Sage
Je ne puis captiver le coeur ;
Peu fait pour un lâche efclavage ,
Je ne fuis point pour lui le féjour du bonheur ,
N'enviſageant dans moi que l'injuſte marâtre
Des vertus , des talens dans mon propre
Par mon caprice opiniâtre,
fein nés ,
DECEMBRE. 1753 .
103
Aux contradictions , aux mépris condamnés ;
Mon abfence pour lui , loin d'avoir rien de rude ,
Eft l'époque & l'auteur de fa félicité ;
Et fon coeur contre moi juftement irrité ,
Payant de les mépris ma lâche ingratitude ,
Guidé par la fageffe , inftruit par fes revers ,
A mon défaut adopte l'univers.
Fermer
9568
p. 103
AUTRE.
Début :
Dans le siécle de l'ignorance [...]
Mots clefs :
Sommeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Dans le fiècle de
l'ignorance
J'eus des Palais & des Autels ,
J'exerce fur tous les mortels
Une tyrannique puiffance :
Que dis- je ? à d'invincibles loix
Je foumets tout ce qui refpire ,
Sur un lit de douleur le malade aux abois
Après moi fans ceffe foupire.
Dans le fein des plaifirs les Princes & les Rois ,
Après bien des combats éprouvent mon empire.
Ennemi de l'activité ,
J'affervis l'homme fous mes chaînes,
Et lui fais oublier fes peines
Au fein de la captivité ;
Je tire l'un de la mifére ,
L'autre voit aux plaifirs fuccéder les douleurs,
Et tel rampoit dans la pouſſiere ,
Qui fe voit par mon art au faîte des grandeurs.
Ce bonheur , il eft vrai , Lecteur , eft peu durable ;
Mais que peut - on trouver ici - bas qui foit ftable
Dans le fiècle de
l'ignorance
J'eus des Palais & des Autels ,
J'exerce fur tous les mortels
Une tyrannique puiffance :
Que dis- je ? à d'invincibles loix
Je foumets tout ce qui refpire ,
Sur un lit de douleur le malade aux abois
Après moi fans ceffe foupire.
Dans le fein des plaifirs les Princes & les Rois ,
Après bien des combats éprouvent mon empire.
Ennemi de l'activité ,
J'affervis l'homme fous mes chaînes,
Et lui fais oublier fes peines
Au fein de la captivité ;
Je tire l'un de la mifére ,
L'autre voit aux plaifirs fuccéder les douleurs,
Et tel rampoit dans la pouſſiere ,
Qui fe voit par mon art au faîte des grandeurs.
Ce bonheur , il eft vrai , Lecteur , eft peu durable ;
Mais que peut - on trouver ici - bas qui foit ftable
Fermer
9570
p. 110-113
LOGOGRYPHE EN VAUDEVILLES. Air : De tous les Capucins du monde.
Début :
Je suis native de la Gréce ; [...]
Mots clefs :
Métromanie
9571
p. 184-187
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
LE Roi qui jouit à présent d'une parfaite santé, entendit le 7 de ce mois [l]a Messe dans la Chapelle [...]
Mots clefs :
Roi, Madame la Dauphine, Compagnie de Jésus, Archevêque, Trianon, Comédiens, Monument
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.·
E Roi qui jouit à préfent d'une parfaite fanté,
Le Roi que d'une
pelle du Château. Sa Majesté le promena l'aprèsmidi
en carroffe dans les environs de Verfailles,
JAN VIER. , 1754. 185
Le 8 , la Reine communia par les mains de
l'Archevêque de Rouen , Grand- Aumônier de Sa
Majefté. Madame la Dauphine communia par
celles de l'Archevêque de Seas , fon premier Aumônier.
La Reine affifta l'après- midi à la prédication- du
Pere Culhiat , de la Compagnie de Jefus.
Leurs Majeftés , accompagnées de la Famille
Royale , entendirent enfuite les Vêpres chantées
par la mufique , aufquelles l'Abbé Gergeoy , Chapelain
ordinaire de la Chapelle- Mufique , officia ,
& le Salut célébré par les Miffionnaires..
Le même jour , la Ducheffe de Beauvilliers fut
préfentée à leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Le 9 , le Roi alla fouper & coucher à Trianon.
Sa Majefté en revint le lendemain , & elle y eft
retournée le 11 .
Madame la Dauphine fut purgée le 10 par
précaution .
Les Comédiens François repréfenterent le 6 à la
Cour la Comédie du Menteur , de Pierre Corneille ;
& la petite Piéce de l'Indifcret , du M. de Voltaire
Le ri , les mêmes Comédiens jouerent le Chevalier
à la mode.
Les Comédiens Italiens donnerent le 12 la Parodie
de l'Intermede du Joueur.
(
Par la mort du Marquis de Marcieu , le Vicomte
de Merinville , premier Enfeigne de la Compa
gnie des Gendarmes de la garde du Roi , ft devenu
fecond Capitaine Sous Lieutenant de cette
Compagnie , & le Baron de Wangen , premier
Guidon, eft monté à l'Enfeigne. Le Marquis d'Entragues
, Capitaine de Cavalerie dans le Régiment
de Berri , a obtenu le Guidon vacant dans la même
Compagnie.
Le 13 de ce mois le Roi vint à Versailles pour
186 MERCURE DE FRANCE.
affifter à la Comédie , & Sa Majesté retourna en
fuite fouper & coucher à Trianon.
Madame Victoire , dont la fanté eſt parfaitement
rétablie , rendir viſite le même jour à Madame
Adélaïde qui avoit pris des eaux.
Le Roi revint le lendemain de Trianon à Verfailles.
Le 1s de ce mois , la Statue pédestre que les
Etats de Bretagne ont réfolu de faire ériger en mémoire
de la convalefcence du Roi en 1744 , & des
victoires de Sa Majefté , a été fondue au Roule par
le Sieur Gors, en préfence des Députés & du Tréforier
de la Province, M. Lemoyne fils , Sculpteur
du Roi , a fait le modele de ce monument , & M.
Duclos , Hiftoriographe de France , un des quasante
de l'Académie Françoife , en a compofé
l'Infcription.
Le 16 , troifiéme Dimanche de l'Avent , leurs
Majeftés accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
, de Madame la Dauphine & de Madame Sophie
, entendirent le Sermon du Pere Culhiat , de
la Compagnie de Jefus , & affifterent enfuite aux
Vêpres & au Salut célebrés par les Miffionnaires.
Le 17 , le Roi partit pour Choify , d'où il
revint le 20,
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphi
me , Madame Adélaïde , & Mefdames Sophie &
Louiſe ſe font rendues le 19 à ce Château .
Le 17 , pendant la Meffe du Roi , l'Archevêque
de Sens , & l'Evêque d'Evreux prêterent ferment
de fidélité entre les mains de Sa Majesté.
Le 18 , l'Evêque de Meaux remit le Pallium
de la part du Pape à l'Archevêque de Sens . Monfeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine &
Madame Adélaïde affifterent à cette cérémonie
qui le fit dans la Chapelle du Château ,
JANVIER. 1754. 187
€
Le Roi a accordé au Marquis de Tauriac la Lieutenance
de Roi de la Province de Rouergue , vacante
par la mort du Marquis de Tauriac fon pere.
L'Abbé Vatry , Profeffeur Royal en Langue
Grecque , Inspecteur du Collège Royal , & Allocié
de l'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , a été élu Penfionnaire de cette Académie ,
à la place de feu M. de Bofe .
Le zo de ce mois , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à dix fept cens trente livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale à fix cens
quatre-vingt feize , & ceux de la feconde Lotterie
Royale à fix cens trente- huit .
E Roi qui jouit à préfent d'une parfaite fanté,
Le Roi que d'une
pelle du Château. Sa Majesté le promena l'aprèsmidi
en carroffe dans les environs de Verfailles,
JAN VIER. , 1754. 185
Le 8 , la Reine communia par les mains de
l'Archevêque de Rouen , Grand- Aumônier de Sa
Majefté. Madame la Dauphine communia par
celles de l'Archevêque de Seas , fon premier Aumônier.
La Reine affifta l'après- midi à la prédication- du
Pere Culhiat , de la Compagnie de Jefus.
Leurs Majeftés , accompagnées de la Famille
Royale , entendirent enfuite les Vêpres chantées
par la mufique , aufquelles l'Abbé Gergeoy , Chapelain
ordinaire de la Chapelle- Mufique , officia ,
& le Salut célébré par les Miffionnaires..
Le même jour , la Ducheffe de Beauvilliers fut
préfentée à leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Le 9 , le Roi alla fouper & coucher à Trianon.
Sa Majefté en revint le lendemain , & elle y eft
retournée le 11 .
Madame la Dauphine fut purgée le 10 par
précaution .
Les Comédiens François repréfenterent le 6 à la
Cour la Comédie du Menteur , de Pierre Corneille ;
& la petite Piéce de l'Indifcret , du M. de Voltaire
Le ri , les mêmes Comédiens jouerent le Chevalier
à la mode.
Les Comédiens Italiens donnerent le 12 la Parodie
de l'Intermede du Joueur.
(
Par la mort du Marquis de Marcieu , le Vicomte
de Merinville , premier Enfeigne de la Compa
gnie des Gendarmes de la garde du Roi , ft devenu
fecond Capitaine Sous Lieutenant de cette
Compagnie , & le Baron de Wangen , premier
Guidon, eft monté à l'Enfeigne. Le Marquis d'Entragues
, Capitaine de Cavalerie dans le Régiment
de Berri , a obtenu le Guidon vacant dans la même
Compagnie.
Le 13 de ce mois le Roi vint à Versailles pour
186 MERCURE DE FRANCE.
affifter à la Comédie , & Sa Majesté retourna en
fuite fouper & coucher à Trianon.
Madame Victoire , dont la fanté eſt parfaitement
rétablie , rendir viſite le même jour à Madame
Adélaïde qui avoit pris des eaux.
Le Roi revint le lendemain de Trianon à Verfailles.
Le 1s de ce mois , la Statue pédestre que les
Etats de Bretagne ont réfolu de faire ériger en mémoire
de la convalefcence du Roi en 1744 , & des
victoires de Sa Majefté , a été fondue au Roule par
le Sieur Gors, en préfence des Députés & du Tréforier
de la Province, M. Lemoyne fils , Sculpteur
du Roi , a fait le modele de ce monument , & M.
Duclos , Hiftoriographe de France , un des quasante
de l'Académie Françoife , en a compofé
l'Infcription.
Le 16 , troifiéme Dimanche de l'Avent , leurs
Majeftés accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
, de Madame la Dauphine & de Madame Sophie
, entendirent le Sermon du Pere Culhiat , de
la Compagnie de Jefus , & affifterent enfuite aux
Vêpres & au Salut célebrés par les Miffionnaires.
Le 17 , le Roi partit pour Choify , d'où il
revint le 20,
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphi
me , Madame Adélaïde , & Mefdames Sophie &
Louiſe ſe font rendues le 19 à ce Château .
Le 17 , pendant la Meffe du Roi , l'Archevêque
de Sens , & l'Evêque d'Evreux prêterent ferment
de fidélité entre les mains de Sa Majesté.
Le 18 , l'Evêque de Meaux remit le Pallium
de la part du Pape à l'Archevêque de Sens . Monfeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine &
Madame Adélaïde affifterent à cette cérémonie
qui le fit dans la Chapelle du Château ,
JANVIER. 1754. 187
€
Le Roi a accordé au Marquis de Tauriac la Lieutenance
de Roi de la Province de Rouergue , vacante
par la mort du Marquis de Tauriac fon pere.
L'Abbé Vatry , Profeffeur Royal en Langue
Grecque , Inspecteur du Collège Royal , & Allocié
de l'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , a été élu Penfionnaire de cette Académie ,
à la place de feu M. de Bofe .
Le zo de ce mois , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à dix fept cens trente livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale à fix cens
quatre-vingt feize , & ceux de la feconde Lotterie
Royale à fix cens trente- huit .
Fermer
9572
p. 187-189
« M. de Villefroy, Professeur en Langue Sainte au Collége Royal, Abbé, Seigneur de l'Abbaye [...] »
Début :
M. de Villefroy, Professeur en Langue Sainte au Collége Royal, Abbé, Seigneur de l'Abbaye [...]
Mots clefs :
Juge, Abbaye, Blasimon, Duc d'Aquitaine, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. de Villefroy, Professeur en Langue Sainte au Collége Royal, Abbé, Seigneur de l'Abbaye [...] »
M. de Villefroy , Profeffeur en Langue Sainte
au College Royal , Abbé , Seigneur de l'Abbaye
& Châtellenie de Blazimont , érigée en 721 pour
le fervice perfonnel des Ducs d'Aquitaine , & en
cette qualité premier Aumônier du Prince qui
vient de naître , a donné récemment des marques
'éclatantes de fon zele & de fon attachement refpectueux
à la Famille Royale. Il a ordonné à fon
Juge de Blazimont de faire chanter folennellement
un Te Deum en action de graces , pour
naiffance de Monfeigneur le Duc d'Aquitaine.
la
Le 27 Octobre dernier , la fête & les réjouiffan
ces furent annoncées à l'entrée de la nuit par le fon
des cloches. Le même jour M. Bonnet , Juge
de Blazimont , avoit fait publier que le lendemain
chaque habitant illuminât fa maiſon , & fît un feu
devant fa porte .
Le Dimanche 28 , fur les dix heures , Dom Du
puy, Religieux de la Communauté , prononça um
difcours devant une nombreuſe affemblée . Il s'étendit
beaucoup fur la miféricorde du Seigneur ,.
qui venoit d'accorder aux voux des François un
188 MERCURE DE FRANCE:
Prince dont la naiffance affuroit de plus en plus Is
Coutonne dans la Maifon Royale : il fit enfuite
féloge du Roi & de Monfeigneur le Dauphin .
"A deux heures après -midi , la Bourgeoifie qui
forme deux Compagnies d'environ so hommes
chacune , les Drapeaux déployés , le trouva fous
les armes dans la place : M. M. Augan , de Liffe
& Boutet , Capitaines , étoient à leur tête , ils parti
rent de là au bruit des tambours , fifres & autres
inftrumens , & marcherent vers l'Abbaye fur deux
colonnes , commandés par M. Thouneuf , Major ,
qui fit mettre en haye cette troupe , lorfque les
Religieux de l'Abbaye vinrent au devant des Juges ,
Officiers de Juftice & Jurats ; ces Magiftrars furent
introduits dans 1 Eglife par Dom Prieur .
Les Muficiens que le Juge avoit fait venir de
Bordeaux , chanterent en mufique les Vêpres & le,
Te Deum , qui furent précédés & fuivis de plufieurs
décharges de moufqueterie.
Les deux Compagnies , les Juges , Officiers ;
Jurats , & les Curés du voifinage qui y étoient in
vités , fe rendirent dans le même ordre au lieu où
étoit le feu de joie . M. Bonneau de Monfauzier ,
Seigneur de Madaillan , Capitaine dans le Régiment
de Bourbonnois ; & M. de Saint Maudé de
Donery , ancien Lieutenant de Cavalerie , Chevaliers
de S. Louis , qui avoient affifté au Te Deum ,
allumerent le feu avec M, M. les Juges & Jurars.
On fit couler des fontaines de vin & diftribuer
du pain & de la viande au peuple ; le foir toutes
les maifons furent illuminées.
La place dont les illuminations étoient ordonnées
avec goût,formoit un coup d'oeil des plus gra
cieux. L'on y avoit placé des infcriptions de vive
le Roi , la Famile Royale & Monfeigneur le Duc
Aquitaine.
JANVIER . 1754. 189
Après le feu tous les invités fe rendirent chez
M. le Juge , où il y avoit deux tables de vingt couverts
, qui furent fervies abondamment & délicatement.
A la fuite du fouper , M. Bonnet , de fon propre
mouvement , donna un bal compofé des perfonnes
de l'un & l'autre fexe les plus diftinguées , qui dura
toute la nuit , auffi bien que les décharges de
moufqueterie que l'on répéta jufqu'au jour .
Cette fête s'eft paffée avec un ordre & une tranquillité
admirables . On eût pris tout le peuple pour
une feule famille uniquement animée du défir de
répondre aux fentimens de M. l'Abbé , & de témoigner
comme lui à fon Roi un attachement in
violable à tout ce qui l'intéreſſe,
au College Royal , Abbé , Seigneur de l'Abbaye
& Châtellenie de Blazimont , érigée en 721 pour
le fervice perfonnel des Ducs d'Aquitaine , & en
cette qualité premier Aumônier du Prince qui
vient de naître , a donné récemment des marques
'éclatantes de fon zele & de fon attachement refpectueux
à la Famille Royale. Il a ordonné à fon
Juge de Blazimont de faire chanter folennellement
un Te Deum en action de graces , pour
naiffance de Monfeigneur le Duc d'Aquitaine.
la
Le 27 Octobre dernier , la fête & les réjouiffan
ces furent annoncées à l'entrée de la nuit par le fon
des cloches. Le même jour M. Bonnet , Juge
de Blazimont , avoit fait publier que le lendemain
chaque habitant illuminât fa maiſon , & fît un feu
devant fa porte .
Le Dimanche 28 , fur les dix heures , Dom Du
puy, Religieux de la Communauté , prononça um
difcours devant une nombreuſe affemblée . Il s'étendit
beaucoup fur la miféricorde du Seigneur ,.
qui venoit d'accorder aux voux des François un
188 MERCURE DE FRANCE:
Prince dont la naiffance affuroit de plus en plus Is
Coutonne dans la Maifon Royale : il fit enfuite
féloge du Roi & de Monfeigneur le Dauphin .
"A deux heures après -midi , la Bourgeoifie qui
forme deux Compagnies d'environ so hommes
chacune , les Drapeaux déployés , le trouva fous
les armes dans la place : M. M. Augan , de Liffe
& Boutet , Capitaines , étoient à leur tête , ils parti
rent de là au bruit des tambours , fifres & autres
inftrumens , & marcherent vers l'Abbaye fur deux
colonnes , commandés par M. Thouneuf , Major ,
qui fit mettre en haye cette troupe , lorfque les
Religieux de l'Abbaye vinrent au devant des Juges ,
Officiers de Juftice & Jurats ; ces Magiftrars furent
introduits dans 1 Eglife par Dom Prieur .
Les Muficiens que le Juge avoit fait venir de
Bordeaux , chanterent en mufique les Vêpres & le,
Te Deum , qui furent précédés & fuivis de plufieurs
décharges de moufqueterie.
Les deux Compagnies , les Juges , Officiers ;
Jurats , & les Curés du voifinage qui y étoient in
vités , fe rendirent dans le même ordre au lieu où
étoit le feu de joie . M. Bonneau de Monfauzier ,
Seigneur de Madaillan , Capitaine dans le Régiment
de Bourbonnois ; & M. de Saint Maudé de
Donery , ancien Lieutenant de Cavalerie , Chevaliers
de S. Louis , qui avoient affifté au Te Deum ,
allumerent le feu avec M, M. les Juges & Jurars.
On fit couler des fontaines de vin & diftribuer
du pain & de la viande au peuple ; le foir toutes
les maifons furent illuminées.
La place dont les illuminations étoient ordonnées
avec goût,formoit un coup d'oeil des plus gra
cieux. L'on y avoit placé des infcriptions de vive
le Roi , la Famile Royale & Monfeigneur le Duc
Aquitaine.
JANVIER . 1754. 189
Après le feu tous les invités fe rendirent chez
M. le Juge , où il y avoit deux tables de vingt couverts
, qui furent fervies abondamment & délicatement.
A la fuite du fouper , M. Bonnet , de fon propre
mouvement , donna un bal compofé des perfonnes
de l'un & l'autre fexe les plus diftinguées , qui dura
toute la nuit , auffi bien que les décharges de
moufqueterie que l'on répéta jufqu'au jour .
Cette fête s'eft paffée avec un ordre & une tranquillité
admirables . On eût pris tout le peuple pour
une feule famille uniquement animée du défir de
répondre aux fentimens de M. l'Abbé , & de témoigner
comme lui à fon Roi un attachement in
violable à tout ce qui l'intéreſſe,
Fermer
9574
p. 99-100
LOGOGRYPHE.
Début :
Voulez-vous attraper mes membres & mon tout ? [...]
Mots clefs :
Seringue
9576
p. 103-107
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ai dix pieds, belle Iris, & je ne marche point. [...]
Mots clefs :
Champignon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPH E.
'Ai dix pieds , belle Iris , & je ne marche point.
Oh ! oh! me direz - vous , la chofe eft finguliere ;
Pourquoi non ? Ne ferez furement la derniere
Qui pour me chicaner difputera ce point.
E
104 MERCURE DE FRANCE
Pour deviner mon nom beſoin n'eſt de magie ,
Si vous fçavez les mots dont je fuis compofé ;
Or comme à vous tromper je me vois diſpoſé ,
Voici pour cela feul ma généalogie.
Chez moi , trouvez d'abord un petit inftrument ,
Qui fans s'appercevoir fert à votre ornement.
Si vous voulez enfaite un lieu de ma naiffance ,
Je pourrai vous l'apprendre avec beaucoup d'ai
fance ;
'Ainfiqu'un lieu fameux pour l'Inquifition .
Un mot fort ufité , mot de maçonnerie..
D'un mortel affamé l'unique ambition .
Un petit nom fareur , nom de galanterie.
Une fille qu'aima le plus puiffant des Dieux ,
A qui Junon dans fa colere
Fit parcourir toute la terre.
Celui qui de Saplo , lui feul fixa les yeux ..
La mere de Léarque . Un des fils de Neptunes.
Celui qu'on trouve peu dans l'adverſe fortune ,
Et qu'un grand ne trouve jamais.
Pour élever les fuperbes Palais ,
Un homme toujours néceflaire.
L'inftrument qui punit notre témérité ,
Qui chez vous eft une beauté ,
Et qui rend un homme fauflaire .
Un mot Latin que tout le monde enténd ,
Que veut vous exprimer un amant qui foupire ;
Ce mot que l'amitié me permet de vous dire ,
Que dicté par l'amour , le devoir me defend..
M´ARS.
1754 105
J'avois quitté la Fable & je vais la reprendre .
Que je crains votre efprit , toujours promt à comprendre.
Oui , je ſuis découvert , & vous me devinez ? -
Si je parois encore , Iris , vous me tenez.
Je vois qu'à vous tromper vainement je m'ap
prête ,
Vous bravez mes efforts , & c'eſt ce qui m'arrête.
Mais qu'importe , après tout ,
L'ouvrage eft commencé , j'en dois venir à bout.
Je renferme en mon nom un fleuve d'Italie ,`
Qui d'un fils imprudent fut la punition ;
Dans ce feuve il perdit la vie
Par trop d'ambition. "
Celui qui des Thébains lui feul bâtit la ville."
Un fils de ce héros , qui du peuple Troyen
Fit long-tems le bonheur , fut même le foutien.
Un Prince , époux d'Hellice ; & de l'Irlande une
Iffe.
Une fille d'Atlas . Mais infenfiblement
Je me découvre à vous ; peut être en ce moment '
Vous connoiffez déja mon nom & ma figure ,
Si je dis que chez moi l'on trouve la monture
Du ſexe féminin .
De plus , une arme à feu , qui dépeuple la terre ,
Ex dont le bruit affreux imite le tonnerre ,
Vous me direz d'un air bénin ,
Abl pour le coup je vous devine.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
Attendez encore un inftant ;
Ilfaut auparavant
Connoître tous les mots qu'ici je vous deſtine .
D'abord , un bois très-propre à conftruire un vaif
feau.
Un des fils de Noë. Ce magnifique oifeau
Très-renommé par fon plumage ,
Du fot & du faquin la plus parfaite image.
Le lieu que l'on choifit quand on veut fe cac her ;
Que nous allons fouvent chercher
Si quelque chagrin nous dévore ,
Lieu chéri d'ane pecore
A qui le grand cercle fait peur..
Ce qui d'un ouvrier fait le plus grand bonheur j
Sans quoi le Marchand ne vit
Un meuble utile pour le froid.
Un lieu qui caufe de l'effroi ,
Où loge un Officier de guerre.
guere.
Le nom qui peut caufer des pleurs--
A l'homme qui voudroit être fort grand de taille
Le mois qui fait croître les fleurs.
Une arme dont le fert fort fouvent la canaille
Pour terminer les différends.
Un fruit que quelquefois l'on met en confitures
Une pièce d'un jeu fort chéri des Sçavans.
Ce qu'en lifant ceci vous cherchez , je vous jure.
L'épithete commune à l'homme courageux.
Le nom qu'à votre chat le plus fouvent on donne
Un sien , qui raffemblé peut rendre malheureux.
MAR.S.
107 1734:.
Ce que répond toute perfonne
Si ce qu'on veut ne lui plaît pas.
Du corps une partie connue ,
Qui chez vous le voit toute nue ,
Et qui même a quelques appas.
Enfin , certain oiſeau qui paroît fur la table ,
Q'u'on dit être fort bon quand il nous vient du
Mans.
J'y parois comme lui ; m'en croyez- vous capable
?
Si vous me devinez ; vous verrez fi je mens.
P. M. C. D. G.
'Ai dix pieds , belle Iris , & je ne marche point.
Oh ! oh! me direz - vous , la chofe eft finguliere ;
Pourquoi non ? Ne ferez furement la derniere
Qui pour me chicaner difputera ce point.
E
104 MERCURE DE FRANCE
Pour deviner mon nom beſoin n'eſt de magie ,
Si vous fçavez les mots dont je fuis compofé ;
Or comme à vous tromper je me vois diſpoſé ,
Voici pour cela feul ma généalogie.
Chez moi , trouvez d'abord un petit inftrument ,
Qui fans s'appercevoir fert à votre ornement.
Si vous voulez enfaite un lieu de ma naiffance ,
Je pourrai vous l'apprendre avec beaucoup d'ai
fance ;
'Ainfiqu'un lieu fameux pour l'Inquifition .
Un mot fort ufité , mot de maçonnerie..
D'un mortel affamé l'unique ambition .
Un petit nom fareur , nom de galanterie.
Une fille qu'aima le plus puiffant des Dieux ,
A qui Junon dans fa colere
Fit parcourir toute la terre.
Celui qui de Saplo , lui feul fixa les yeux ..
La mere de Léarque . Un des fils de Neptunes.
Celui qu'on trouve peu dans l'adverſe fortune ,
Et qu'un grand ne trouve jamais.
Pour élever les fuperbes Palais ,
Un homme toujours néceflaire.
L'inftrument qui punit notre témérité ,
Qui chez vous eft une beauté ,
Et qui rend un homme fauflaire .
Un mot Latin que tout le monde enténd ,
Que veut vous exprimer un amant qui foupire ;
Ce mot que l'amitié me permet de vous dire ,
Que dicté par l'amour , le devoir me defend..
M´ARS.
1754 105
J'avois quitté la Fable & je vais la reprendre .
Que je crains votre efprit , toujours promt à comprendre.
Oui , je ſuis découvert , & vous me devinez ? -
Si je parois encore , Iris , vous me tenez.
Je vois qu'à vous tromper vainement je m'ap
prête ,
Vous bravez mes efforts , & c'eſt ce qui m'arrête.
Mais qu'importe , après tout ,
L'ouvrage eft commencé , j'en dois venir à bout.
Je renferme en mon nom un fleuve d'Italie ,`
Qui d'un fils imprudent fut la punition ;
Dans ce feuve il perdit la vie
Par trop d'ambition. "
Celui qui des Thébains lui feul bâtit la ville."
Un fils de ce héros , qui du peuple Troyen
Fit long-tems le bonheur , fut même le foutien.
Un Prince , époux d'Hellice ; & de l'Irlande une
Iffe.
Une fille d'Atlas . Mais infenfiblement
Je me découvre à vous ; peut être en ce moment '
Vous connoiffez déja mon nom & ma figure ,
Si je dis que chez moi l'on trouve la monture
Du ſexe féminin .
De plus , une arme à feu , qui dépeuple la terre ,
Ex dont le bruit affreux imite le tonnerre ,
Vous me direz d'un air bénin ,
Abl pour le coup je vous devine.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
Attendez encore un inftant ;
Ilfaut auparavant
Connoître tous les mots qu'ici je vous deſtine .
D'abord , un bois très-propre à conftruire un vaif
feau.
Un des fils de Noë. Ce magnifique oifeau
Très-renommé par fon plumage ,
Du fot & du faquin la plus parfaite image.
Le lieu que l'on choifit quand on veut fe cac her ;
Que nous allons fouvent chercher
Si quelque chagrin nous dévore ,
Lieu chéri d'ane pecore
A qui le grand cercle fait peur..
Ce qui d'un ouvrier fait le plus grand bonheur j
Sans quoi le Marchand ne vit
Un meuble utile pour le froid.
Un lieu qui caufe de l'effroi ,
Où loge un Officier de guerre.
guere.
Le nom qui peut caufer des pleurs--
A l'homme qui voudroit être fort grand de taille
Le mois qui fait croître les fleurs.
Une arme dont le fert fort fouvent la canaille
Pour terminer les différends.
Un fruit que quelquefois l'on met en confitures
Une pièce d'un jeu fort chéri des Sçavans.
Ce qu'en lifant ceci vous cherchez , je vous jure.
L'épithete commune à l'homme courageux.
Le nom qu'à votre chat le plus fouvent on donne
Un sien , qui raffemblé peut rendre malheureux.
MAR.S.
107 1734:.
Ce que répond toute perfonne
Si ce qu'on veut ne lui plaît pas.
Du corps une partie connue ,
Qui chez vous le voit toute nue ,
Et qui même a quelques appas.
Enfin , certain oiſeau qui paroît fur la table ,
Q'u'on dit être fort bon quand il nous vient du
Mans.
J'y parois comme lui ; m'en croyez- vous capable
?
Si vous me devinez ; vous verrez fi je mens.
P. M. C. D. G.
Fermer
9577
p. 107-108
AUTRE.
Début :
Je suis une profession [...]
Mots clefs :
Fripier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
E fuis une profeffion
Utile quoique dangereufe ;
J'occupe fréquemment certaine nation ,
Sur l'intérêt peu fcrupuleuſe.
Je fais briller par le fecours de l'art
Le Poëte & le Campagnard.
Le peuple fouvent me viſite :
Que de vieilles beautés à face décrépite ,
Au prix de leurs tréfors , voudroient de leurs are
traits
Pouvoir faire ce que je fais !
Combinez mes fept pieds , vous trouverez fans
peine
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Le contraire du plus grand bien ,
Des plus grands potentats la ruine ou le foutien ;
Ce qui dénote une ame vaine ,
Ce que doit craindre le poiffon ;
Ce qu'un Marchand malheureux ne peut faire ;
Et qu'on ne fit jamais au fort de la colere.
A ma fin retranchez trois pieds & mettez on
Vous trouverez fouvent mon nom. "
B. G. A. A. de Lyon.
E fuis une profeffion
Utile quoique dangereufe ;
J'occupe fréquemment certaine nation ,
Sur l'intérêt peu fcrupuleuſe.
Je fais briller par le fecours de l'art
Le Poëte & le Campagnard.
Le peuple fouvent me viſite :
Que de vieilles beautés à face décrépite ,
Au prix de leurs tréfors , voudroient de leurs are
traits
Pouvoir faire ce que je fais !
Combinez mes fept pieds , vous trouverez fans
peine
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Le contraire du plus grand bien ,
Des plus grands potentats la ruine ou le foutien ;
Ce qui dénote une ame vaine ,
Ce que doit craindre le poiffon ;
Ce qu'un Marchand malheureux ne peut faire ;
Et qu'on ne fit jamais au fort de la colere.
A ma fin retranchez trois pieds & mettez on
Vous trouverez fouvent mon nom. "
B. G. A. A. de Lyon.
Fermer
9578
p. 91-93
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis femme d'un Roi fort connu dans la Fable, [...]
Mots clefs :
Proserpine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E fuis femme d'un Roi fort connu dans la Fa
ble ,
92 MERCURE DE FRANCE.
Mon époux fous fes loix n'a que des immortels ,
La Tauride autrefois m'éleva des autels ,
Et fouvent de Japin j'ai décoré la table.
Lecteur , veux-tu me deviner ?
Apprêtes-toi d'abord à me bien combiner.
Dix pieds compofent ma ftructure ,
Je t'offre un Saint connu dans l'Ecriture ,
Un péché capital , une forte de bois ,
Un outil néceffaire à tous les Villageois ,
Un arbre commun en Afie ,
Une ville de l'Italie ,
Le nom Latin d'un Empereur Romain ,
Ce qu'un foldat a fouvent à la main.
Une fleur de peu de durée ,
Une Nymphe en Vache changée ,
Deux notes de Mufique , un oiſeau babillard ,
L'héroïne chantée autrefois par Houdart ,
Un Auteur fatyrique ,
Et le pays où regnent les Sophis ,
Certain oifeau qui vient d'Afrique
Et qui pourtant eft commun à Paris.
Un métal adoré dans le fiécle où nous fommes,
Un mets chéri des peuples d'Orient ,
Qui , pris dans un fens différent ,
Dénote le plaifir des hommes.
Pour finir la defcription
D'un nom qui n'eft plus un myftère ,
Tu dois trouver une négation ;
Deux Auteurs , l'un de France , & l'autre d'Angle
terre :
AVRIL.
1754: 95
Enfin un de ces doux préfens
Que ma mere fait tous les ans .
S ..... Au.
E fuis femme d'un Roi fort connu dans la Fa
ble ,
92 MERCURE DE FRANCE.
Mon époux fous fes loix n'a que des immortels ,
La Tauride autrefois m'éleva des autels ,
Et fouvent de Japin j'ai décoré la table.
Lecteur , veux-tu me deviner ?
Apprêtes-toi d'abord à me bien combiner.
Dix pieds compofent ma ftructure ,
Je t'offre un Saint connu dans l'Ecriture ,
Un péché capital , une forte de bois ,
Un outil néceffaire à tous les Villageois ,
Un arbre commun en Afie ,
Une ville de l'Italie ,
Le nom Latin d'un Empereur Romain ,
Ce qu'un foldat a fouvent à la main.
Une fleur de peu de durée ,
Une Nymphe en Vache changée ,
Deux notes de Mufique , un oiſeau babillard ,
L'héroïne chantée autrefois par Houdart ,
Un Auteur fatyrique ,
Et le pays où regnent les Sophis ,
Certain oifeau qui vient d'Afrique
Et qui pourtant eft commun à Paris.
Un métal adoré dans le fiécle où nous fommes,
Un mets chéri des peuples d'Orient ,
Qui , pris dans un fens différent ,
Dénote le plaifir des hommes.
Pour finir la defcription
D'un nom qui n'eft plus un myftère ,
Tu dois trouver une négation ;
Deux Auteurs , l'un de France , & l'autre d'Angle
terre :
AVRIL.
1754: 95
Enfin un de ces doux préfens
Que ma mere fait tous les ans .
S ..... Au.
Fermer
9579
p. 91-92
ENIGME.
Début :
Lorsque l'Amour, en dépit de sa mere, [...]
Mots clefs :
Colombe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
L Orfque l'Amour , en dépit de ſa mere ¿
Métamorphofa Periftere ,
On auroit beau pallier fon motif ,
Ce petit Dieu , fans doute , étoit vindicatif.
Heureufement pour moi , ce fut dans mon espéce
Qu'il transforma l'objet de fon averfion ;.
Car par juftice & par tendreffe ,
Venus me prit fous fa protection..
Admiſe en fon cortege , attachée à ſa ſuite ,
Et confacrée à fa divinité ,
Je vis chez les humains éclater mon mérite
92 MERCURE DE FRANCE
Et dans divers états mon nom fi refpecté ,
Qu'on me dreffa des autels en Syrie.
Mais indignée enfin du culte des Payens ,
Abandonnant les Syriens.
A leur idolatrie ,
Je me fauvai foudain
Vers les bords du Jourdain ,
Où l'Eternel , adoptant ma figure ,
Me combla d'un honneur parfait.
M'ignorez-vous encor après ce dernier trait
Il faut vous fatisfaire ; allons je vais conclure.
On me trouve par tout , en plein jour dans les
champs ,
Et la nuit dans les bâtimens.
L Orfque l'Amour , en dépit de ſa mere ¿
Métamorphofa Periftere ,
On auroit beau pallier fon motif ,
Ce petit Dieu , fans doute , étoit vindicatif.
Heureufement pour moi , ce fut dans mon espéce
Qu'il transforma l'objet de fon averfion ;.
Car par juftice & par tendreffe ,
Venus me prit fous fa protection..
Admiſe en fon cortege , attachée à ſa ſuite ,
Et confacrée à fa divinité ,
Je vis chez les humains éclater mon mérite
92 MERCURE DE FRANCE
Et dans divers états mon nom fi refpecté ,
Qu'on me dreffa des autels en Syrie.
Mais indignée enfin du culte des Payens ,
Abandonnant les Syriens.
A leur idolatrie ,
Je me fauvai foudain
Vers les bords du Jourdain ,
Où l'Eternel , adoptant ma figure ,
Me combla d'un honneur parfait.
M'ignorez-vous encor après ce dernier trait
Il faut vous fatisfaire ; allons je vais conclure.
On me trouve par tout , en plein jour dans les
champs ,
Et la nuit dans les bâtimens.
Fermer
9580
p. 92-93
LOGOGRYPHE.
Début :
S'il me faut vingt ou trente vers [...]
Mots clefs :
Baromètre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
S'ILIl me faut vingt ou trente vers
Pour fabriquer un Logogryphe ,
J'en compose un cent de travers ;
Cent fois je rature & je biffe .
J'ai beau piquer , Pégale eft lourd ;
Je crie en vain , Phébas eft fourd.
Si je rencontre un mot , je le trouve ſtérile ;
En attrapar- je un autre il eft trop difficile.
Quel diantre d'embarras ! Où puis -je avoir recours
?
Si ce n'eft aux - neufs Soeurs , dont j'attends du fe
cours .
M A I. 1754.
93
On m'inſpire ! .... & je fens qu'Erato moins rebelle
,
M'en donne un de neuf pieds , qui fait mention
d'elle ;
Et qui met fous vos yeux un précieux métal ;
Une fouris de Mofcovie ;
Et ce qui termine la vie .
Un gros corps de guerriers ; la Déeffe du mal
Une Peninfule de Grece ;
Un vrai modele de tendreffe .
Cette ville autrefois
Maîtreffe de la terre ,
Qui rangea fous fes loix
Prefque tout l'hémiſphere
.
Un inftrument de Menuifier.
Le grand amas des eaux , une pierre , un nom
d'homme ,
Unfoupir à la Suiffe , un tribunal à Rome ,
Un vent du nord , un terme de Drapier,
Un corpufcule indiviſible ,
D'une figure imperceptible.
La matiere des pleurs des foeurs de Phaëton ;
Dans les combats ce qu'on redoute.
Quelques Lecteurs diront , fans doute ,
D'où viennent tous ces mots ? & d'où les tire
t-on ?
D'un inftrument de méchanique
Affez connu dans la Phyfique.
A S. N. lès-Senlis.
S'ILIl me faut vingt ou trente vers
Pour fabriquer un Logogryphe ,
J'en compose un cent de travers ;
Cent fois je rature & je biffe .
J'ai beau piquer , Pégale eft lourd ;
Je crie en vain , Phébas eft fourd.
Si je rencontre un mot , je le trouve ſtérile ;
En attrapar- je un autre il eft trop difficile.
Quel diantre d'embarras ! Où puis -je avoir recours
?
Si ce n'eft aux - neufs Soeurs , dont j'attends du fe
cours .
M A I. 1754.
93
On m'inſpire ! .... & je fens qu'Erato moins rebelle
,
M'en donne un de neuf pieds , qui fait mention
d'elle ;
Et qui met fous vos yeux un précieux métal ;
Une fouris de Mofcovie ;
Et ce qui termine la vie .
Un gros corps de guerriers ; la Déeffe du mal
Une Peninfule de Grece ;
Un vrai modele de tendreffe .
Cette ville autrefois
Maîtreffe de la terre ,
Qui rangea fous fes loix
Prefque tout l'hémiſphere
.
Un inftrument de Menuifier.
Le grand amas des eaux , une pierre , un nom
d'homme ,
Unfoupir à la Suiffe , un tribunal à Rome ,
Un vent du nord , un terme de Drapier,
Un corpufcule indiviſible ,
D'une figure imperceptible.
La matiere des pleurs des foeurs de Phaëton ;
Dans les combats ce qu'on redoute.
Quelques Lecteurs diront , fans doute ,
D'où viennent tous ces mots ? & d'où les tire
t-on ?
D'un inftrument de méchanique
Affez connu dans la Phyfique.
A S. N. lès-Senlis.
Fermer
9581
p. 94-95
AUTRE.
Début :
On me voit dans les camps, on me voit dans les villes, [...]
Mots clefs :
Patrouille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
ON me voit dans les camps , on me voit dans
les villes ,
Remuant , agiſſant à pas lents & tranquilles ;
Par tout on merefpecte , & par tout on me craint
Je vas , je viens , je change & ma courſe & mon
train ;
Je repofe fouvent ; mais quand on dort je veille ,
Et prête au moindre bruit une attentive oreille .
Veux-tu me combiner ? dans mes renverſemens ,
Je t'offre , cher Lecteur , deux des quatre élémens.
Des plantes , des monnoies , des outils , des ma
chines ;
Ce métal qui fait tout , qui naît en pluſieurs mi◄
C nes .:
Des infectes , des fruits beaux & délicieux ,
Doux, amers, & piquans, plus ou moins précieux
Des animaux privés , fauvages , domestiques ;
Des inftrumens nouveaux , fi tu le veux antiques ,
Qu'importe on les a faits pour enchanter nos
fens ,
Et pour les animer par de tendres accens.
Je te préfente encore un poiffon à coquille ,
Peu connu parmi nous , à trouver difficile ;
Plufieurs noms d'Ecrivains , celui d'un bon Au
tcur ,
MA I. 87541
95
Ami de fes cliens , & jamais leur flateur ;
La Bruyere , Boileau , lui rendirent juftice ;
L'honneur fut fa vertu , la pauvreté fon vice.
Un Poëte fameux fe trouve dans mon fein :
la (difoit Varon ) l'agréable & le fin .
Horace lui reproche un comique affez fade ,
Des vers mal cadencés , un enjoument mauflade.
Je te promets bien mieux , un Poëte étonnant::
Il vit , déja fon nom.vole au - delà du tems.
Combines - moi toujours , je te montre des villes ,
Des drogues , des oifeaux , des monts, des champs
fertiles ,
Un os du corps humain qui s'emboîte au femur,
S'attache au tibia , rend le marché plus fûr.
J'occupe tes regards d'un ornement d'Eglife ,
Qui dépeint d'un Seigneur les armes , la devife
Les fuppôts , les émaux , marques de vanité ,
De faſte , de grandeur , & de mortalité.
Par M. L. B. de B. B. D. A. D. R. E.
C. A. G. S.
ON me voit dans les camps , on me voit dans
les villes ,
Remuant , agiſſant à pas lents & tranquilles ;
Par tout on merefpecte , & par tout on me craint
Je vas , je viens , je change & ma courſe & mon
train ;
Je repofe fouvent ; mais quand on dort je veille ,
Et prête au moindre bruit une attentive oreille .
Veux-tu me combiner ? dans mes renverſemens ,
Je t'offre , cher Lecteur , deux des quatre élémens.
Des plantes , des monnoies , des outils , des ma
chines ;
Ce métal qui fait tout , qui naît en pluſieurs mi◄
C nes .:
Des infectes , des fruits beaux & délicieux ,
Doux, amers, & piquans, plus ou moins précieux
Des animaux privés , fauvages , domestiques ;
Des inftrumens nouveaux , fi tu le veux antiques ,
Qu'importe on les a faits pour enchanter nos
fens ,
Et pour les animer par de tendres accens.
Je te préfente encore un poiffon à coquille ,
Peu connu parmi nous , à trouver difficile ;
Plufieurs noms d'Ecrivains , celui d'un bon Au
tcur ,
MA I. 87541
95
Ami de fes cliens , & jamais leur flateur ;
La Bruyere , Boileau , lui rendirent juftice ;
L'honneur fut fa vertu , la pauvreté fon vice.
Un Poëte fameux fe trouve dans mon fein :
la (difoit Varon ) l'agréable & le fin .
Horace lui reproche un comique affez fade ,
Des vers mal cadencés , un enjoument mauflade.
Je te promets bien mieux , un Poëte étonnant::
Il vit , déja fon nom.vole au - delà du tems.
Combines - moi toujours , je te montre des villes ,
Des drogues , des oifeaux , des monts, des champs
fertiles ,
Un os du corps humain qui s'emboîte au femur,
S'attache au tibia , rend le marché plus fûr.
J'occupe tes regards d'un ornement d'Eglife ,
Qui dépeint d'un Seigneur les armes , la devife
Les fuppôts , les émaux , marques de vanité ,
De faſte , de grandeur , & de mortalité.
Par M. L. B. de B. B. D. A. D. R. E.
C. A. G. S.
Fermer
9585
p. 94-96
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon frere, ces jours-ci, parut sur l'horison, [...]
Mots clefs :
Thermomètre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
On frere ,ces jours- ci , parut fur l'horiſon ,
Aujourd'hui c'eſt à moi de monter fur la fcene,
Lecteur , à me trouver tu n'auras pas de peine.
Mais .... puis-je me flater d'être lû ? Pourquoi
non ?
On l'a bien lu ; je lui reffemble :
Pourquoi ne me liroit -on pas ?
Quoique même réduit , même lit nous raffemble
Jamais nous n'avons de débats.
Le paflager , fur fon voyage ,
Auffi bien que tout l'équipage
Nous confultent toujours avant de s'embarquer.
Le petit- maître avant de ſe parer ;
Lajeune & brillante coquette
Avant de faire fa toilette,
Et ce n'eft que fur nos avis
Qu'elle compofe ſa parure ,
Et prend tel ou tel autre habit.
Enfin .... Mais , c'eft affez , paffons à ma ftruc
ture.
JUILLET.
95 $754.
Trente mots au moins je contiens ,
Latins , François , Italiens ;
Mais j'en retrancherai une bonné partie.
Un Lecteur ailément s'ennuie
Quand fon efprit eft trop long-tems gêné.
Je renferme d'abord un mot de procédure ;
Un ornement d'Architecture ,
Certain métal d'un chacun recherché :
Ce qui finit notre carriere
Et fait rentrer l'homme dans la pouſſiere ;
Un poiffon qui , dit-on , malgré le cours des
eaux
Arrête les plus forts vaiffeaux.
Deux mots affez communs , l'un dans l'Aftrono
mie ,
L'autre dans la Géométrie ;
Le chef-d'oeuvre du Créateur ;
Une élévation , mais de peu de hauteur ;
Cette ville du monde autrefois la maîtreffe ,
La premiere aujourd'hui de l'empire chrétien ;
Une province de la Grece ;
Ce par quoi quelques muficiens
Rendent leur mémoire immortelle ;
Le nom de cette belle
Dont l'amant fe noya par un excès d'ardeur ;
Un élément , un arbre , un terme de cuiſine ,
Une conjonction ou Françoiſe ou Latine ,
Qu'importe un mot Latin qui défigne la peur ,
Un autre Italien , qui s'exprime par craindre
96 MERCURE DE FRANCE.
Un autre enfin qui marque le trépas.
Si je voulois je ne finirois pas ;
Mais , ce feroit , Lecteur , trop long-tems te contraindre.
D. P. N. T.
'A Nogent-fur- Seine le 3 Mai 1754º
On frere ,ces jours- ci , parut fur l'horiſon ,
Aujourd'hui c'eſt à moi de monter fur la fcene,
Lecteur , à me trouver tu n'auras pas de peine.
Mais .... puis-je me flater d'être lû ? Pourquoi
non ?
On l'a bien lu ; je lui reffemble :
Pourquoi ne me liroit -on pas ?
Quoique même réduit , même lit nous raffemble
Jamais nous n'avons de débats.
Le paflager , fur fon voyage ,
Auffi bien que tout l'équipage
Nous confultent toujours avant de s'embarquer.
Le petit- maître avant de ſe parer ;
Lajeune & brillante coquette
Avant de faire fa toilette,
Et ce n'eft que fur nos avis
Qu'elle compofe ſa parure ,
Et prend tel ou tel autre habit.
Enfin .... Mais , c'eft affez , paffons à ma ftruc
ture.
JUILLET.
95 $754.
Trente mots au moins je contiens ,
Latins , François , Italiens ;
Mais j'en retrancherai une bonné partie.
Un Lecteur ailément s'ennuie
Quand fon efprit eft trop long-tems gêné.
Je renferme d'abord un mot de procédure ;
Un ornement d'Architecture ,
Certain métal d'un chacun recherché :
Ce qui finit notre carriere
Et fait rentrer l'homme dans la pouſſiere ;
Un poiffon qui , dit-on , malgré le cours des
eaux
Arrête les plus forts vaiffeaux.
Deux mots affez communs , l'un dans l'Aftrono
mie ,
L'autre dans la Géométrie ;
Le chef-d'oeuvre du Créateur ;
Une élévation , mais de peu de hauteur ;
Cette ville du monde autrefois la maîtreffe ,
La premiere aujourd'hui de l'empire chrétien ;
Une province de la Grece ;
Ce par quoi quelques muficiens
Rendent leur mémoire immortelle ;
Le nom de cette belle
Dont l'amant fe noya par un excès d'ardeur ;
Un élément , un arbre , un terme de cuiſine ,
Une conjonction ou Françoiſe ou Latine ,
Qu'importe un mot Latin qui défigne la peur ,
Un autre Italien , qui s'exprime par craindre
96 MERCURE DE FRANCE.
Un autre enfin qui marque le trépas.
Si je voulois je ne finirois pas ;
Mais , ce feroit , Lecteur , trop long-tems te contraindre.
D. P. N. T.
'A Nogent-fur- Seine le 3 Mai 1754º
Fermer
9586
p. 103-105
LOGOGRYPHE.
Début :
La fureur des humains a causé ma naissance, [...]
Mots clefs :
Bouclier
9587
p. 104-105
LOGOGRYPHE.
Début :
Je vas, je viens, j'agis, je bâtis, je voyage : [...]
Mots clefs :
Hirondelle
9588
p. 170
« REFUTATION suivie & détaillée des principes de M. Rousseau, de Genève, [...] »
Début :
REFUTATION suivie & détaillée des principes de M. Rousseau, de Genève, [...]
Mots clefs :
Réfutation, Musique française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « REFUTATION suivie & détaillée des principes de M. Rousseau, de Genève, [...] »
REFUTATION fuivie & détaillée des
principes de M. Rouffeau , de Geneve ,
touchant la Mufique Françoife ; adreffée
à lui -même en réponſe à fa lettre . A Paris
, chez Chaubert , quai des Auguftins ;
& Hochereau , quai de Conti.
principes de M. Rouffeau , de Geneve ,
touchant la Mufique Françoife ; adreffée
à lui -même en réponſe à fa lettre . A Paris
, chez Chaubert , quai des Auguftins ;
& Hochereau , quai de Conti.
Fermer
9590
p. 93-94
LOGOGRYPHE.
Début :
Jadis au bon vieux tems je n'étois point d'usage : [...]
Mots clefs :
Monsieur
9591
s. p.
« L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...] »
Début :
L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...]
Mots clefs :
Poste, Bureau du Mercure, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...] »
'ADRESSE du Mercure eft à M. LUTTON ,
L Commis au recouvrement du Mercure , rue Ste
Anne , Butte S. Roch , vis- à - vis la rue Clos-Georgeot
, entre deux Selliers , au fecond ; pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très-inftamment ceux qui nous adref
feront des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
port , pour nous épargner le déplaifir de les rebuter ,
& à eux celui de ne pas voir paroitre leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
qui fouhaiteront avoir le Mercure de France de la
premiere main & plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deffus indiquée.
On l'envoye auffi par la Pofte aux personnes de
Province qui le defirent , les frais de la Pofte ne
font pas confidérables .
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le
porte chez eux à Paris chaque mois, n'ont qu'àfaire
Sçavoir leurs intentions , leur nom & leur demeure
audit Sr Lutton , Commis au Mercure ; on leur portera
le Mercure très - exactement , moyennant 21 livres
par an , qu'ils payeront ; fçavoir , 10 liv. 10 f.
enrecevant le fecond volume de Juin , 10l. 10s.
en recevant le fecond volume de Décembre. On les
Supplie inftamment de donner leurs ordres pour que
ces payemens foient faits dans leur tems .
On prie auffi les perfonnes de Province à qui on
envoye le Mercure par la Pofte, d'être exactes àfaire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femefire
, fans cela on feroit hors d'état de foutenir
les avances confidérables qu'exige l'impreffion de cet
Ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province.
On trouvera le Sr Lutton les Mardi , Mercredi
Jeudi de chaquesemaine , l'après-midi .
PRIX XXX SOLS.
L Commis au recouvrement du Mercure , rue Ste
Anne , Butte S. Roch , vis- à - vis la rue Clos-Georgeot
, entre deux Selliers , au fecond ; pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très-inftamment ceux qui nous adref
feront des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
port , pour nous épargner le déplaifir de les rebuter ,
& à eux celui de ne pas voir paroitre leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
qui fouhaiteront avoir le Mercure de France de la
premiere main & plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deffus indiquée.
On l'envoye auffi par la Pofte aux personnes de
Province qui le defirent , les frais de la Pofte ne
font pas confidérables .
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le
porte chez eux à Paris chaque mois, n'ont qu'àfaire
Sçavoir leurs intentions , leur nom & leur demeure
audit Sr Lutton , Commis au Mercure ; on leur portera
le Mercure très - exactement , moyennant 21 livres
par an , qu'ils payeront ; fçavoir , 10 liv. 10 f.
enrecevant le fecond volume de Juin , 10l. 10s.
en recevant le fecond volume de Décembre. On les
Supplie inftamment de donner leurs ordres pour que
ces payemens foient faits dans leur tems .
On prie auffi les perfonnes de Province à qui on
envoye le Mercure par la Pofte, d'être exactes àfaire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femefire
, fans cela on feroit hors d'état de foutenir
les avances confidérables qu'exige l'impreffion de cet
Ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province.
On trouvera le Sr Lutton les Mardi , Mercredi
Jeudi de chaquesemaine , l'après-midi .
PRIX XXX SOLS.
Fermer
Résumé : « L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...] »
Le texte est une adresse du Mercure destinée à M. Lutton, commis au recouvrement du Mercure, situé rue Sainte-Anne, Butte Saint-Roch, vis-à-vis la rue Clos-Georgeot. Le Mercure peut être envoyé par la poste aux personnes de province avec des frais modiques. Pour recevoir le Mercure à domicile à Paris chaque mois, il faut s'adresser à M. Lutton et payer 21 livres par an, en deux versements de 10 livres 10 sols chacun. Les paiements doivent être effectués à temps pour éviter des avances considérables pour l'impression. Les personnes de province et les libraires doivent également payer les frais au Bureau du Mercure à la fin de chaque semestre. M. Lutton est disponible les mardi, mercredi et jeudi après-midi. Le prix du Mercure est de 30 sols.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9592
p. 18-19
VERS A M. DE RUFFEY, Président à la Chambre des Comptes de Bourgogne, sur la remise qu'il vient de faire au frere du Testateur d'une succession de cent mille livres que lui avoit laissée son cousin.
Début :
Dans ce siécle de fer on ne voit plus paroître [...]
Mots clefs :
Testateur, Remise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A M. DE RUFFEY, Président à la Chambre des Comptes de Bourgogne, sur la remise qu'il vient de faire au frere du Testateur d'une succession de cent mille livres que lui avoit laissée son cousin.
VERS A M. DE RUFFEY ,
Préfident à la Chambre des Comptes de Bourgogne
, fur la remife qu'il vient de faire au
frere du Teftateur d'une fucceffion de cent
mille livres que lui avoit laiſſée fon confin .
DAns
Ans ce fiécle de fer on ne voit plus paroître
Les nobles fentimens que tu nous as fait voir :
L'intérêt dans les coeurs regne en fouverain maî
tre ;
Ce monftre fur le tien n'eut jamais de pouvoir,
Digne de l'âge d'or , Ruffey , tu le ramenes ;
Aftrée en ta faveur va defcendre des cieux :
Dans les jours vertueux & de Rome & d'Athenes ,
DECEMBRE. 1754. 19
On t'eût placé parmi les demi -Dieux.
Favori des neuf Soeurs , que faut- il à ta gloire ?
Leurs mains gravent ton nom au temple de Mémoire.
Honneur de ta patrie & de l'humanité ,
Ta généreuse probité
Vivra dans tous les coeurs de la race future :
Je goûte en l'admirant la douceur la plus pure ;
J'ofe la célébrer . Dans ce fiéele pervers ,
Qu'il eft beau de fervir d'exemple à l'univers !
Préfident à la Chambre des Comptes de Bourgogne
, fur la remife qu'il vient de faire au
frere du Teftateur d'une fucceffion de cent
mille livres que lui avoit laiſſée fon confin .
DAns
Ans ce fiécle de fer on ne voit plus paroître
Les nobles fentimens que tu nous as fait voir :
L'intérêt dans les coeurs regne en fouverain maî
tre ;
Ce monftre fur le tien n'eut jamais de pouvoir,
Digne de l'âge d'or , Ruffey , tu le ramenes ;
Aftrée en ta faveur va defcendre des cieux :
Dans les jours vertueux & de Rome & d'Athenes ,
DECEMBRE. 1754. 19
On t'eût placé parmi les demi -Dieux.
Favori des neuf Soeurs , que faut- il à ta gloire ?
Leurs mains gravent ton nom au temple de Mémoire.
Honneur de ta patrie & de l'humanité ,
Ta généreuse probité
Vivra dans tous les coeurs de la race future :
Je goûte en l'admirant la douceur la plus pure ;
J'ofe la célébrer . Dans ce fiéele pervers ,
Qu'il eft beau de fervir d'exemple à l'univers !
Fermer
Résumé : VERS A M. DE RUFFEY, Président à la Chambre des Comptes de Bourgogne, sur la remise qu'il vient de faire au frere du Testateur d'une succession de cent mille livres que lui avoit laissée son cousin.
Le poème célèbre la générosité de M. de Ruffey, Président à la Chambre des Comptes de Bourgogne, qui a renoncé à une succession de cent mille livres pour le frère du poète. Ruffey est comparé aux héros vertueux de l'Antiquité. Sa probité et sa générosité sont louées comme des exemples pour l'humanité, destinés à vivre dans les cœurs des générations futures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9593
p. 19-28
CONVERSATION SINGULIERE.
Début :
Je passois en Allemagne, il n'y a pas long-tems. Mes affaires me retinrent [...]
Mots clefs :
Philosophe, Adam, Feuille périodique, Conversation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONVERSATION SINGULIERE.
CONVERSATION SINGULIERE.
E paffois en Allemagne , il n'y a pas
long - tems . Mes affaires me retinrent
quelques jours dans une ville d'Univerfité ,
dont le nom n'importe pas à la choſe. Je
fus introduit dans la plus fine aſſemblée
de la ville : on y parloit François. Le jeune
Atys , avec qui j'avois fait une partie de
mon voyage , y fut auffi conduit : il cherchoit
à rire, & j'obſervois.
L'objet le plus remarquable de la compagnie
étoit le grave & profond Marfonius
, Profeffeur en langues orientales ,
perfonnage refpectable , dont la tête accablée
fous le poids de la ſcience & des années
, étoit ombragée fous le vafte contour
d'un feutre large & détrouffé , qui s'en20
MERCURE DE FRANCE.
fon
fonçoit fur une perruque vénérable par
antiquité. Son menton à triple étage defcendoit
avec grace fur une fraife ample &
craffeufe , qui contraftoit peu avec un habit
dont le tems avoir rendu la couleur
indécife entre le blanc & le noir. Sa fcience
étoit fur-tout reconnoiffable , par la
profonde empreinte qu'avoit laiffée fur fon
nez une paire d'énormes lunettes. 11 eft ,
dit - on , fort érudit. Cela fe peut ; mais làdeffus
il eft fi facile d'en impofer ! Du bon
fens vous en jugerez.
Le refte de la compagnie étoit compofé
d'un affez grand nombre de devots admirateurs
de M. Marfonius , & de deux ou trois
gens d'efprit qui s'en moquoient.
On eut bientôt épuifé les annales du
beau tems , la chronique du quartier & la
littérature des Romans ; car on en parle
même en Allemagne. On propofa des queftions
, on difputa , & le parti de M. Marfonius
fut toujours le plus fort , parce que
les autres raifonnoient , & qu'il citoit des
autorités d'un ton haut & décifif , ce qui
impofoit un filence de pitié aux gens d'efprit
& d'admiration aux fots .
Je ne fçai par quel hazard quelqu'un s'avifa
de parler de la feuille périodique d'Adam
, fils d'Adam . On fe récria fur la bizarrerie
du titre. Que le Spectateur Anglois
DECEMBRE. 1754. 21
fe foit intitulé Socrate moderne , cela eft
raifonnable , Socrate étoit bon obfervateur...
Oui fans doute , interrompit brufquement
Atys , Socrate étoit un habile
homme , je l'entends citer tous les jours :
mais, Adam ! Adam n'étoit pas Philofophe .
Adam n'étoit pas Philofophe ! s'écria notre
Théologien en fureur, & mettant les poings
fur les côtés : où avez - vous pris cela ? Je
vous foutiens avec le fçavant George Hornius
, qu'Adam avoit par infufion toutes
les fciences , tout comme je vous prouverai
auffi que Socrate n'a jamais écrit .
Pour Socrate , répartit vivement Atys ,
je vous l'abandonne ; mais , Monfieur , faites-
moi la grace de me dire fi Adam étoit
Ariftotelicien , Cartéfien , Sceptique , Académicien
, Newtonien , Stoïcien , Pirrhonien
, Pithagoricien , Cynique ? ce qu'il
penfoit du mouvement de la terre , de la
chaleur , du froid , des couleurs , du magnétifme
, des particules organiques , de
l'origine des idées , de l'électricité , des
longitudes & de toutes ces matieres fur lefquelles
nos Philofophes modernes difputent
fans fin .
Notre Sçavant ne fe poffédoit pas pendant
toute cette tirade ; il l'auroit interrompue
plufieurs fois , fi l'impétuofité avec
laquelle elle fut prononcée le lui eût per
22 MERCURE DE FRANCE.
mis ; mais enfin elle fe termina d'ellemême
, & laiffa le tems à M. Marfonius
de refpirer. Oh ! prodige d'ignorance ,
s'écria - t - il , en levant les yeux au ciel ,
Adam pouvoit - il fçavoir ce qui n'a été
trouvé que long-tems après lui ? Pour mon
ignorance , je l'avoue , interrompit le jeune
homme ; mais , Monfieur , il ne s'agit pas
de la mienne , il s'agit d'Adam ; faitesmoi
la grace de me dire ce qu'il fçavoit. Il
fçavoit , répondit le docte Théologien , la
Médecine , l'Hiftoire naturelle , l'Architecture
, les Mathématiques , l'Aftronomie
, l'Aftrologie , l'Agriculture , en un
mot toutes les ſciences . Cela eft fort poffible
& fort vraisemblable , répliqua d'un
ton railleur le jeune étourdi ; mais , Monfieur
, toutes ces fciences ont été inventées
& perfectionnées bien long-tems après le
déluge. O pectora caca ! s'écria M. Marfonius
; cela eft-il poffible ! Je vous dis
iterum atque iterum , que cela eft certain ,
d'une certitude morale , phyfique & métaphyfique
, & que la Philofophie antediluvienne
étoit beaucoup plus avancée que
la nôtre.
Fort bien , répartit Atys , je ne vous
avois pas d'abord compris. Voilà ce que
c'eft que d'expliquer tranquillement fes
raifons , on s'éclaircit toujours. Les PatriarDECEMBRE.
1754. 23
1.
S
ches étoient fans doute de très - fçavans
hommes. Mais , Monfieur , quel fyſtême
fuivoit- on dans ce tems-là ? car il n'eft
pas poffible de s'en paffer. Qu'il y eût un
fyfteme reçu & fuivi , répondit M. le Profeffeur
, c'eft de quoi on ne fçauroit douter.
Tout comme auffi on doit fe perfuader
néceffairement que le fyftême d'Adam
triomphoit comme le plus ancien .
Atys. Adam avoit donc un fyftême ?
Marfonius. Cela eft hors de doute ; car
il étoit non feulement Philofophe , mais
encore Prophete & de plus Théologien :
les Juifs lui attribuent le Pfeaume XCII .
Le Pape Gelafe a connu quelques livres
que les Gnoftiques lui fuppofoient. Le P.
Salian cite là - deffus Mafius , & enfin il eft
certain que les Arabes parlent de plus de
vingt volumes écrits de fa main. Vous pouvez
confulter là- deffus , non 'feulement
Hottinger , mais encore Reland , de religione
Mahumedanâ.
Atys. Ah , Monfieur , des livres d'Adam !
en quelle langue les fit- il imprimer ? n'en
auriez-vous point ? pourriez-vous me les
faire voir ?
Marf. Voilà , voilà les jeunes gens , ils
font toujours dans les extrêmes . Je ne vous
dis
pas que les Juifs , les Gnoftiques , ni
les Arabes en doivent être crus fur leur
24 MERCURE DE FRANCE.
parole , je prétens feulement qu'il y a làdeffus
une tradition conftante qui doit
avoir néceſſairement quelque fondement
réel .
Atys. Oh ! pour votre tradition , Monfieur
, je n'y ai pas la foi ; tout cela font
des rêveries.
Marfonius. Des rêveries. Je crois , petit
mirmidon , que vous prétendez ici m'infulter
; il vous fied bien à votre âge de vous
oppofer au fentiment d'un homme qui étudie
depuis quarante- cinq ans les langues
orientales. Apprenez , jeune préfomptueux ,
que vous devez refpecter ma fcience , mes
cheveux gris & ma charge. Souvenez- vous
qu'avec ce ton décifif & ce petit orgueil ,
Vous courez droit à l'impieté.
Eh ! de grace , M. le Profeffeur , reprit
Atys , d'un ton hypocrite , ne vous fâchez
pas , mon deffein n'étoit pas de vous offenfer
; je recevrai , puifqu'il le faut , la tradition
, non feulement antediluvienne
mais même préadamique.
Marfonius. Je vois avec plaifir que vous
vous rendez à mes raiſons , auffi je veux
bien vous inftruire des véritables argumens
fur lefquels nous nous fondons , pour
croire qu'Adam étoit philofophe. Vous
avez lu la Geneſe ?
Atys. Oui vraiment .
Marf.
DECEMBRE.
1754. 25
Marf. Vous y avez donc lû que le premier
homme fortit parfait des mains du
Créateur ?
Atys . Non , Monfieur.
Marf. Quelle mémoire ! N'y avez - vous
pas lû que le premier homme fut fait à l'image
de Dieu ?
Atys. Affurément.
Marf.Eh bien ! ne s'enfuit-il pas de là
qu'Adam avoit par infufion toutes les
fciences ?
Ays. La conféquence vous paroît - elle
juſte ?
Mars. En doutez-vous ?
Atys. Il faut donc bien la recevoir.
Que je fuis charmé , repartit M. Marfonius
, de vous voir fi docile ! il faut que
je vous embraffe. Là deffus le grave Profeffeur
s'approche , le ferre étroitement
dans fes bras , l'étouffe , le dérange & lui
donne un baifer ; mais un baifer ! ... 11
fe feroit bien paffé de cette accolade ; il la
fouffrit cependant , afin d'être initié dans
tous les myfteres. En effet , quand la gravité
de M. Marfonius eut repris fon équilibre
: voici , dit- il , l'argument des argumens
, la preuve des preuves , en faveur
du fyftême de la Philofophie adamique.
Vous fçavez que Dieu fit paffer en revûe
en préfence d'Adam tous les animaux , &
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
qu'il leur donna à chacun leur nom ?
Atys. Je m'en fouviens très-bien . Et cela
prouve ?..
Marf.Cela prouve. Attendez donc le
fçavant Bochart a fait voir dans un de fes
fermons , que ces noms des animaux défignent
leurs qualités effentielles . Cela ne
prouve-t-il pas qu'Adam avoit une connoiffance
exacte de l'Hiftoire naturelle &
même de la logique , fuivant le ſentiment
d'Eufebe ?
Atys. Eufebe & Bochart ! Cela eft clair ;
il n'y a rien à dire.
Marf. J'ai cependant oui raifonner des
fçavans qui n'étoient pas de ce fentiment ,
& même j'ai là deffus depuis dix ans une
correfpondance fort intéreffante avec un
Profeffeur de .. J'en vais publier l'abrégé
en deux volumes in folio , fous ce titre :
Adami doctrina adverfus reluctantium incurfiones
vindicata, five Mularius confutatus ,
c. Il eft certain qu'il aura du deffous ; car
fes lettres , quoique je les aye mifes toutes
entieres , ne rempliffent pas vingt pages.
L'ouvrage est tout prêt , & il ne s'agit plus
que de trouver un Libraire qui veuille's'en
charger.
Atys. Ce n'eft pas l'embarras mais
Monfieur , que peut répondre votre antagoniſte
à tant de preuves ? Il faut qu'il foit
DECEMBRE. 1754. 27
bien opiniâtre & bien peu fubtil.
Marf.Il dit qu'il n'eft pas certain qu'Adam
parlât Hébreu , que cependant Bochart
a pofé fur ce principe ; peut- être les
animaux n'ont pas pris leur nom des qualités
qu'ils ont , mais que ces qualités ont
été ainſi appellées à caufe des animaux qui
les avoient. Que tout le fyftême porte fur
la fcience des étymologies qui eft i fouvent
chimerique ; il ajoute je ne fçai combien
d'autres fadaifes , qui ne méritent pas
qu'on s'y arrête , d'autant mieux qu'elles
tendent à foutenir une opinion dangereuſe.
Atys. Enforte , Monfieur , que celui qui
attaque la Philofophie d'Adam , attaque
Dieu , la religion , & qui plus eft les fçavans.
Mais jufqu'où , je vous prie , alloit
la fcience de notre premier pere ?
Ce point , répondit Marfonius , en baiffant
les yeux par orgueil , n'eft pas abfolument
décidé. Il y a dans cette question
importante deux principaux écueils à éviter
; l'un où eft tombé Henri de Haffia ,
qui prétend qu'Adam n'étoit pas plus fçavant
qu'Ariftote ; l'autre vers lequel inclinent
les Rabbins , qui mettent Adam audeffus
de Moïfe , de Salomon & des Anges
même. L'un péche en défaut , comme vous
voyez , & l'autre en excès.
B ij
28 MERCURE DE FRANCE.
Atys , qui fe trouvoit tout auffi inftruit
après cette converfation qu'on a coutume
de l'être après une difpute publique , prit
alors le ton d'un écolier qui vient d'oppo
fer à une theſe , & faifant une profonde
revérence : je vous rends grace , dit - il ,
fçavantiffime , illuftriffime , doctiffime ,
vigilantiffime Profeffeur , de ce que vous
avez daigné éclaircir mes doutes ; je continue
à faire des voeux pour la fanté de
votre corps , pour celle de votre efprit &
pour l'heureuſe organiſation de votre cerveau.
M. Marfonius étoit fi content de lui ,
que fans s'appercevoir qu'on le railloit , il
alloit remercier par le compliment le plus
emphatique , lorfqu'il fut déconcerté par
un éclat de rire prodigieux qu'Atys entonna,
& qui fut repété par quelques - uns même
des adorateurs de M. Marfonius. Les
autres regardoient le jeune étranger avec
des yeux de flamme , & méditoient fans
doute une vengeance éclatante , lorſqu'il
prit prudemment le parti de la retraite . Je
le fuivis , & nous vînmes écrire enſemble
ce fingulier dialogue.
E paffois en Allemagne , il n'y a pas
long - tems . Mes affaires me retinrent
quelques jours dans une ville d'Univerfité ,
dont le nom n'importe pas à la choſe. Je
fus introduit dans la plus fine aſſemblée
de la ville : on y parloit François. Le jeune
Atys , avec qui j'avois fait une partie de
mon voyage , y fut auffi conduit : il cherchoit
à rire, & j'obſervois.
L'objet le plus remarquable de la compagnie
étoit le grave & profond Marfonius
, Profeffeur en langues orientales ,
perfonnage refpectable , dont la tête accablée
fous le poids de la ſcience & des années
, étoit ombragée fous le vafte contour
d'un feutre large & détrouffé , qui s'en20
MERCURE DE FRANCE.
fon
fonçoit fur une perruque vénérable par
antiquité. Son menton à triple étage defcendoit
avec grace fur une fraife ample &
craffeufe , qui contraftoit peu avec un habit
dont le tems avoir rendu la couleur
indécife entre le blanc & le noir. Sa fcience
étoit fur-tout reconnoiffable , par la
profonde empreinte qu'avoit laiffée fur fon
nez une paire d'énormes lunettes. 11 eft ,
dit - on , fort érudit. Cela fe peut ; mais làdeffus
il eft fi facile d'en impofer ! Du bon
fens vous en jugerez.
Le refte de la compagnie étoit compofé
d'un affez grand nombre de devots admirateurs
de M. Marfonius , & de deux ou trois
gens d'efprit qui s'en moquoient.
On eut bientôt épuifé les annales du
beau tems , la chronique du quartier & la
littérature des Romans ; car on en parle
même en Allemagne. On propofa des queftions
, on difputa , & le parti de M. Marfonius
fut toujours le plus fort , parce que
les autres raifonnoient , & qu'il citoit des
autorités d'un ton haut & décifif , ce qui
impofoit un filence de pitié aux gens d'efprit
& d'admiration aux fots .
Je ne fçai par quel hazard quelqu'un s'avifa
de parler de la feuille périodique d'Adam
, fils d'Adam . On fe récria fur la bizarrerie
du titre. Que le Spectateur Anglois
DECEMBRE. 1754. 21
fe foit intitulé Socrate moderne , cela eft
raifonnable , Socrate étoit bon obfervateur...
Oui fans doute , interrompit brufquement
Atys , Socrate étoit un habile
homme , je l'entends citer tous les jours :
mais, Adam ! Adam n'étoit pas Philofophe .
Adam n'étoit pas Philofophe ! s'écria notre
Théologien en fureur, & mettant les poings
fur les côtés : où avez - vous pris cela ? Je
vous foutiens avec le fçavant George Hornius
, qu'Adam avoit par infufion toutes
les fciences , tout comme je vous prouverai
auffi que Socrate n'a jamais écrit .
Pour Socrate , répartit vivement Atys ,
je vous l'abandonne ; mais , Monfieur , faites-
moi la grace de me dire fi Adam étoit
Ariftotelicien , Cartéfien , Sceptique , Académicien
, Newtonien , Stoïcien , Pirrhonien
, Pithagoricien , Cynique ? ce qu'il
penfoit du mouvement de la terre , de la
chaleur , du froid , des couleurs , du magnétifme
, des particules organiques , de
l'origine des idées , de l'électricité , des
longitudes & de toutes ces matieres fur lefquelles
nos Philofophes modernes difputent
fans fin .
Notre Sçavant ne fe poffédoit pas pendant
toute cette tirade ; il l'auroit interrompue
plufieurs fois , fi l'impétuofité avec
laquelle elle fut prononcée le lui eût per
22 MERCURE DE FRANCE.
mis ; mais enfin elle fe termina d'ellemême
, & laiffa le tems à M. Marfonius
de refpirer. Oh ! prodige d'ignorance ,
s'écria - t - il , en levant les yeux au ciel ,
Adam pouvoit - il fçavoir ce qui n'a été
trouvé que long-tems après lui ? Pour mon
ignorance , je l'avoue , interrompit le jeune
homme ; mais , Monfieur , il ne s'agit pas
de la mienne , il s'agit d'Adam ; faitesmoi
la grace de me dire ce qu'il fçavoit. Il
fçavoit , répondit le docte Théologien , la
Médecine , l'Hiftoire naturelle , l'Architecture
, les Mathématiques , l'Aftronomie
, l'Aftrologie , l'Agriculture , en un
mot toutes les ſciences . Cela eft fort poffible
& fort vraisemblable , répliqua d'un
ton railleur le jeune étourdi ; mais , Monfieur
, toutes ces fciences ont été inventées
& perfectionnées bien long-tems après le
déluge. O pectora caca ! s'écria M. Marfonius
; cela eft-il poffible ! Je vous dis
iterum atque iterum , que cela eft certain ,
d'une certitude morale , phyfique & métaphyfique
, & que la Philofophie antediluvienne
étoit beaucoup plus avancée que
la nôtre.
Fort bien , répartit Atys , je ne vous
avois pas d'abord compris. Voilà ce que
c'eft que d'expliquer tranquillement fes
raifons , on s'éclaircit toujours. Les PatriarDECEMBRE.
1754. 23
1.
S
ches étoient fans doute de très - fçavans
hommes. Mais , Monfieur , quel fyſtême
fuivoit- on dans ce tems-là ? car il n'eft
pas poffible de s'en paffer. Qu'il y eût un
fyfteme reçu & fuivi , répondit M. le Profeffeur
, c'eft de quoi on ne fçauroit douter.
Tout comme auffi on doit fe perfuader
néceffairement que le fyftême d'Adam
triomphoit comme le plus ancien .
Atys. Adam avoit donc un fyftême ?
Marfonius. Cela eft hors de doute ; car
il étoit non feulement Philofophe , mais
encore Prophete & de plus Théologien :
les Juifs lui attribuent le Pfeaume XCII .
Le Pape Gelafe a connu quelques livres
que les Gnoftiques lui fuppofoient. Le P.
Salian cite là - deffus Mafius , & enfin il eft
certain que les Arabes parlent de plus de
vingt volumes écrits de fa main. Vous pouvez
confulter là- deffus , non 'feulement
Hottinger , mais encore Reland , de religione
Mahumedanâ.
Atys. Ah , Monfieur , des livres d'Adam !
en quelle langue les fit- il imprimer ? n'en
auriez-vous point ? pourriez-vous me les
faire voir ?
Marf. Voilà , voilà les jeunes gens , ils
font toujours dans les extrêmes . Je ne vous
dis
pas que les Juifs , les Gnoftiques , ni
les Arabes en doivent être crus fur leur
24 MERCURE DE FRANCE.
parole , je prétens feulement qu'il y a làdeffus
une tradition conftante qui doit
avoir néceſſairement quelque fondement
réel .
Atys. Oh ! pour votre tradition , Monfieur
, je n'y ai pas la foi ; tout cela font
des rêveries.
Marfonius. Des rêveries. Je crois , petit
mirmidon , que vous prétendez ici m'infulter
; il vous fied bien à votre âge de vous
oppofer au fentiment d'un homme qui étudie
depuis quarante- cinq ans les langues
orientales. Apprenez , jeune préfomptueux ,
que vous devez refpecter ma fcience , mes
cheveux gris & ma charge. Souvenez- vous
qu'avec ce ton décifif & ce petit orgueil ,
Vous courez droit à l'impieté.
Eh ! de grace , M. le Profeffeur , reprit
Atys , d'un ton hypocrite , ne vous fâchez
pas , mon deffein n'étoit pas de vous offenfer
; je recevrai , puifqu'il le faut , la tradition
, non feulement antediluvienne
mais même préadamique.
Marfonius. Je vois avec plaifir que vous
vous rendez à mes raiſons , auffi je veux
bien vous inftruire des véritables argumens
fur lefquels nous nous fondons , pour
croire qu'Adam étoit philofophe. Vous
avez lu la Geneſe ?
Atys. Oui vraiment .
Marf.
DECEMBRE.
1754. 25
Marf. Vous y avez donc lû que le premier
homme fortit parfait des mains du
Créateur ?
Atys . Non , Monfieur.
Marf. Quelle mémoire ! N'y avez - vous
pas lû que le premier homme fut fait à l'image
de Dieu ?
Atys. Affurément.
Marf.Eh bien ! ne s'enfuit-il pas de là
qu'Adam avoit par infufion toutes les
fciences ?
Ays. La conféquence vous paroît - elle
juſte ?
Mars. En doutez-vous ?
Atys. Il faut donc bien la recevoir.
Que je fuis charmé , repartit M. Marfonius
, de vous voir fi docile ! il faut que
je vous embraffe. Là deffus le grave Profeffeur
s'approche , le ferre étroitement
dans fes bras , l'étouffe , le dérange & lui
donne un baifer ; mais un baifer ! ... 11
fe feroit bien paffé de cette accolade ; il la
fouffrit cependant , afin d'être initié dans
tous les myfteres. En effet , quand la gravité
de M. Marfonius eut repris fon équilibre
: voici , dit- il , l'argument des argumens
, la preuve des preuves , en faveur
du fyftême de la Philofophie adamique.
Vous fçavez que Dieu fit paffer en revûe
en préfence d'Adam tous les animaux , &
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
qu'il leur donna à chacun leur nom ?
Atys. Je m'en fouviens très-bien . Et cela
prouve ?..
Marf.Cela prouve. Attendez donc le
fçavant Bochart a fait voir dans un de fes
fermons , que ces noms des animaux défignent
leurs qualités effentielles . Cela ne
prouve-t-il pas qu'Adam avoit une connoiffance
exacte de l'Hiftoire naturelle &
même de la logique , fuivant le ſentiment
d'Eufebe ?
Atys. Eufebe & Bochart ! Cela eft clair ;
il n'y a rien à dire.
Marf. J'ai cependant oui raifonner des
fçavans qui n'étoient pas de ce fentiment ,
& même j'ai là deffus depuis dix ans une
correfpondance fort intéreffante avec un
Profeffeur de .. J'en vais publier l'abrégé
en deux volumes in folio , fous ce titre :
Adami doctrina adverfus reluctantium incurfiones
vindicata, five Mularius confutatus ,
c. Il eft certain qu'il aura du deffous ; car
fes lettres , quoique je les aye mifes toutes
entieres , ne rempliffent pas vingt pages.
L'ouvrage est tout prêt , & il ne s'agit plus
que de trouver un Libraire qui veuille's'en
charger.
Atys. Ce n'eft pas l'embarras mais
Monfieur , que peut répondre votre antagoniſte
à tant de preuves ? Il faut qu'il foit
DECEMBRE. 1754. 27
bien opiniâtre & bien peu fubtil.
Marf.Il dit qu'il n'eft pas certain qu'Adam
parlât Hébreu , que cependant Bochart
a pofé fur ce principe ; peut- être les
animaux n'ont pas pris leur nom des qualités
qu'ils ont , mais que ces qualités ont
été ainſi appellées à caufe des animaux qui
les avoient. Que tout le fyftême porte fur
la fcience des étymologies qui eft i fouvent
chimerique ; il ajoute je ne fçai combien
d'autres fadaifes , qui ne méritent pas
qu'on s'y arrête , d'autant mieux qu'elles
tendent à foutenir une opinion dangereuſe.
Atys. Enforte , Monfieur , que celui qui
attaque la Philofophie d'Adam , attaque
Dieu , la religion , & qui plus eft les fçavans.
Mais jufqu'où , je vous prie , alloit
la fcience de notre premier pere ?
Ce point , répondit Marfonius , en baiffant
les yeux par orgueil , n'eft pas abfolument
décidé. Il y a dans cette question
importante deux principaux écueils à éviter
; l'un où eft tombé Henri de Haffia ,
qui prétend qu'Adam n'étoit pas plus fçavant
qu'Ariftote ; l'autre vers lequel inclinent
les Rabbins , qui mettent Adam audeffus
de Moïfe , de Salomon & des Anges
même. L'un péche en défaut , comme vous
voyez , & l'autre en excès.
B ij
28 MERCURE DE FRANCE.
Atys , qui fe trouvoit tout auffi inftruit
après cette converfation qu'on a coutume
de l'être après une difpute publique , prit
alors le ton d'un écolier qui vient d'oppo
fer à une theſe , & faifant une profonde
revérence : je vous rends grace , dit - il ,
fçavantiffime , illuftriffime , doctiffime ,
vigilantiffime Profeffeur , de ce que vous
avez daigné éclaircir mes doutes ; je continue
à faire des voeux pour la fanté de
votre corps , pour celle de votre efprit &
pour l'heureuſe organiſation de votre cerveau.
M. Marfonius étoit fi content de lui ,
que fans s'appercevoir qu'on le railloit , il
alloit remercier par le compliment le plus
emphatique , lorfqu'il fut déconcerté par
un éclat de rire prodigieux qu'Atys entonna,
& qui fut repété par quelques - uns même
des adorateurs de M. Marfonius. Les
autres regardoient le jeune étranger avec
des yeux de flamme , & méditoient fans
doute une vengeance éclatante , lorſqu'il
prit prudemment le parti de la retraite . Je
le fuivis , & nous vînmes écrire enſemble
ce fingulier dialogue.
Fermer
Résumé : CONVERSATION SINGULIERE.
Le texte décrit une conversation qui se déroule en Allemagne, dans une ville universitaire, entre le narrateur, Atys et une assemblée parlant français. La figure centrale de cette assemblée est Marfonius, un professeur de langues orientales respecté pour ses connaissances, mais dont l'apparence et les manières sont ridicules. Marfonius est entouré de dévots admirateurs et de quelques esprits moqueurs. La discussion porte sur la feuille périodique d'Adam, fils d'Adam. Atys critique l'idée qu'Adam était philosophe, ce qui provoque la colère de Marfonius. Ce dernier affirme qu'Adam possédait toutes les sciences par infusion divine. Atys remet en question les connaissances supposées d'Adam sur des sujets modernes à travers une série de questions. Marfonius, irrité, insiste sur la tradition constante qui attribue à Adam une grande érudition. Atys, pour éviter un conflit, feint la soumission et accepte les arguments de Marfonius. Satisfait, Marfonius embrasse Atys et lui expose ses preuves, notamment l'idée que les noms donnés par Adam aux animaux prouvent sa connaissance de l'histoire naturelle et de la logique. Atys, après avoir écouté Marfonius, prend congé en le raillant subtilement. Marfonius, ne s'apercevant pas de la moquerie, est sur le point de le remercier lorsque Atys et le narrateur quittent l'assemblée, laissant derrière eux une atmosphère tendue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9594
p. 30-35
HISTOIRE MORALE.
Début :
Un jour en me promenant avec mon air abstrait & négligé, les yeux égarés [...]
Mots clefs :
Histoire morale, Douleur, Parents, Enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE MORALE.
HISTOIRE MORALE.
UNF
jour en me promenant avec mon
air abitrait & négligé , les yeux égarés
& la tête baiffée , je m'étois écarté plus
loin qu'à mon ordinaire ; je m'approchai
prefque fans m'en appercevoir du château
de C*** De vaftes parterres bordés d'orangers
, femés de mille fleurs brillantes
qu'arrofent des ruiffeaux argentés , & que
careffoit le tendre zéphir , parfumoient
l'air de leurs délicieufes odeurs . Des allées
dont les extrêmités échappoient à la vûe
formoient ici des berceaux fombres & folitaires
, qui ne laifoient pas échapper
un feul rayon du foleil. Là des ombrages
moins épais fe mêlangeoient agréablement
avec la foible lumiere du foleil fur fon
déclin . D'un autre côté , des grottes tapiffées
de verdure , ou des cafcades orageufes
précipitoient du haut d'un rocher des
ondes de cryftal . En un mot , l'art & la nature
femblent s'être difputés la gloire d'embellir
ce féjour . Un palais majestueux &
commode fitué au fommet d'un amphithéatre
, formé par un côteau riant , acheve
de rendre magnifique cette demeure délicicufe.
Je fortois peu à- peu de ma rêverie ,
DECEMBRE. 1754. 3.I
& je commençois à jouir du fpectacle
dont je n'ai tracé qu'une foible peinture ,
lorfque j'entendis des foupirs lugubres ,
interrompus par des fanglots fréquens . Je
me tournai avec émotion , & j'apperçus un
vieillard vénérable courbé fur fes genoux ,
& qui paroiffoit accablé de douleur . Je
m'approchai à la faveur d'une charmille
fans être vû ; & plein d'une agitation d'autant
plus grande que la pitié pour laquelle
nous fommes faits , trouva mon coeur tranquille
, je le confiderai quelque tems . Mon
trouble augmenta fenfiblement quand je
reconnus ce vieillard pour une perfonne
avec qui j'avois eu quelque liaiſon , que
j'eftimois beaucoup , & que mon âge ,
profeffion , mes voyages , m'avoient fait
perdre de vûe depuis long- tems.
ma
Je l'abordai auffi - tôt , & le priai de
m'apprendre la caufe de fes pleurs. Il ne
me répondit qu'en verfant de nouvelles
larmes . Je pleurai avec lui , je le preſſai de
répandre fon chagrin dans mon coeur : je
mérite de l'adoucir , lui dis -je , puifque.
ma douleur me le fait partager avec vous.
Sa ſurpriſe ſembla calmer fa douleur. Il
me reconnut , il m'embraffa , & il me répondit
ces mots que fes fanglots interrompirent
mille fois : vous voyez , me ditil
en étendant la main , ce palais , ces
Biiij
32 MERCURE DE FRANCE.
و د
23
jardins ! hélas ! l'unique héritier de ces
» biens n'eft plus ; la mort vient de l'enle-
» ver à la fleur de fon âge ; fa jeuneſſe me
» fut confiée , & mes foins n'avoient pas
» été fuperflus ; il étoit vertueux . Occupé
» depuis deux jours à confoler les parens
» infortunés de ce jeune homme , je cache
ע
avec peine le chagrin qui me dévore . Je
» venois un moment dans cette retraite
» donner un libre cours à mes pleurs , &
» chercher dans l'abandon à ma douleur
» le courage néceffaire pour effuyer leurs
» larmes. Si j'en dois juger par l'amertume
»de votre douleur , lui répondis-je , quelle
ne doit point être celle des parens qui
» ent perdu un fils chéri , un fils unique ,
» vertueux , déja avancé , & qui font eux-
» mêmes dans un âge où ils ne peuvent
plus efperer d'en avoir ! Cependant ,
» ajoutai- je , il faut l'efperer , le tems &
vos foins adouciront leurs peines. Hélas
! me repliqua - t- il , le tems appaiſe- til
les remords ? Quels remords peuvent-
» ils avoir , lui dis- je , s'ils ont donné
» tous leurs foins au fils qu'ils ont perdu ?
"
و ر
Ce n'eft pas lui qui les excite , reprit- il ,
» mais vous fçavez la coutume des riches :
» à peine ont- ils un ou deux enfans qu'ils
craignent de ne pouvoir pas les élever, les
doter d'une maniere affez diftinguée ; ils
23
DECEMBRE. 1754. 38
"fe privent de ce qu'il y ade plus doux dans
» le lien conjugal , afin de ne pas augmen
» ter une famille qui leur paroît d'autant
03
plus à charge que leurs biens font plus
» confidérables. C'eft là le crime que fe
» reprochent les poffeffeurs , d'ailleurs fi
» vertueux , de ce château : ils fentent à
préfent de quels biens , de quelle confolation
ils fe font privés . Telles font les
» leçons de l'adverfité ! Faut il donc que
» les hommes apprennent leur devoir d'un
» maître fi rude ? Mais , ajoûta-t-il les lar-
» mes aux yeux , je ne fçaurois les aban-
» donner plus long- tems ; il faut aller les
» diftraire , s'il eft poffible , finon pleurer
» avec eux . Adieu .
A ces mots il me laiffa étourdi comme
វ je fuffe forti d'un profond fommeil . Les
objets les plus ordinaires ont une face fous
laquelle ils font en droit de nous furprendre.
Il faudroit n'avoir jamais effuyé de
difgraces ou n'être pas hómme , pour être
infenfible au malheur des autres . Je fus
vivement frappé du fort de ce pere infortuné
, qui venoit de perdre fon fils . Je me
le repréfentois errant çà & là dans fes vaftes
appartemens , cherchant à fe rappeller
un fils dont le fouvenir déchire fon coeur.
Ici après une longue abfence , il avoit reçu
fes premiers embraffemens : là il avoit
By
34 MERCURE DE FRANCE.
eu avec lui les plus doux entretiens ailleurs
fon fils prenoit fes recréations , & les
recréations du fils étoient les plaifirs du
pere. Par-tout il retrouve l'image d'un fils
chéri ; par-tout il lit ces triftes mots , il
n'eft plus, il n'est plus ! ... Quel abandon '
quelle défolation ! Il n'y a donc plus de
plaifir pour lui , plus de momens heureux ,
plus de tranquillité , plus de repos ! Il va
paffer les triftes reftes d'une vie malheureufe
, fans foutien , fans confiance , fans parens
, fans amis : car quels parens & quels
amis , que ceux qu'attireront auprès de
lui de grandes richeffes dont ils efperent
la fucceffion !
C'est maintenant qu'il fent de quels
biens il s'eft privé , en refufant les enfans
qu'il ne tenoit qu'à lui d'avoir. Si fa famille
eût été nombreuſe ( j'ofe l'affurer , &
ceux qui fe connoiffent en fentiment ne
me démentiront pas ) , fes plaifirs auroient
augmenté avec les enfans ; chacun d'eux
l'auroit confolé des chagrins & des allarmes
que les autres lui auroient donnés
& maintenant il auroit de la douleur , je
l'avoue , mais il ne feroit pas inconfolable
; il feroit du moins fans remords . Un
pere feroit fans doute bien injufte & bien
cruel , qui laifferoit à l'un de fes enfans des
biens immenſes , tandis qu'il réduiroit les
C
1
4
DECEMBRE. 1754. 35
autres à la mendicité . Mais n'eft-il pas encore
plus injufte de priver les uns de l'exiftence
avant qu'ils foient nés , & de leur
refufer la vie , pour procurer aux autres
quelques prétendus avantages ?
UNF
jour en me promenant avec mon
air abitrait & négligé , les yeux égarés
& la tête baiffée , je m'étois écarté plus
loin qu'à mon ordinaire ; je m'approchai
prefque fans m'en appercevoir du château
de C*** De vaftes parterres bordés d'orangers
, femés de mille fleurs brillantes
qu'arrofent des ruiffeaux argentés , & que
careffoit le tendre zéphir , parfumoient
l'air de leurs délicieufes odeurs . Des allées
dont les extrêmités échappoient à la vûe
formoient ici des berceaux fombres & folitaires
, qui ne laifoient pas échapper
un feul rayon du foleil. Là des ombrages
moins épais fe mêlangeoient agréablement
avec la foible lumiere du foleil fur fon
déclin . D'un autre côté , des grottes tapiffées
de verdure , ou des cafcades orageufes
précipitoient du haut d'un rocher des
ondes de cryftal . En un mot , l'art & la nature
femblent s'être difputés la gloire d'embellir
ce féjour . Un palais majestueux &
commode fitué au fommet d'un amphithéatre
, formé par un côteau riant , acheve
de rendre magnifique cette demeure délicicufe.
Je fortois peu à- peu de ma rêverie ,
DECEMBRE. 1754. 3.I
& je commençois à jouir du fpectacle
dont je n'ai tracé qu'une foible peinture ,
lorfque j'entendis des foupirs lugubres ,
interrompus par des fanglots fréquens . Je
me tournai avec émotion , & j'apperçus un
vieillard vénérable courbé fur fes genoux ,
& qui paroiffoit accablé de douleur . Je
m'approchai à la faveur d'une charmille
fans être vû ; & plein d'une agitation d'autant
plus grande que la pitié pour laquelle
nous fommes faits , trouva mon coeur tranquille
, je le confiderai quelque tems . Mon
trouble augmenta fenfiblement quand je
reconnus ce vieillard pour une perfonne
avec qui j'avois eu quelque liaiſon , que
j'eftimois beaucoup , & que mon âge ,
profeffion , mes voyages , m'avoient fait
perdre de vûe depuis long- tems.
ma
Je l'abordai auffi - tôt , & le priai de
m'apprendre la caufe de fes pleurs. Il ne
me répondit qu'en verfant de nouvelles
larmes . Je pleurai avec lui , je le preſſai de
répandre fon chagrin dans mon coeur : je
mérite de l'adoucir , lui dis -je , puifque.
ma douleur me le fait partager avec vous.
Sa ſurpriſe ſembla calmer fa douleur. Il
me reconnut , il m'embraffa , & il me répondit
ces mots que fes fanglots interrompirent
mille fois : vous voyez , me ditil
en étendant la main , ce palais , ces
Biiij
32 MERCURE DE FRANCE.
و د
23
jardins ! hélas ! l'unique héritier de ces
» biens n'eft plus ; la mort vient de l'enle-
» ver à la fleur de fon âge ; fa jeuneſſe me
» fut confiée , & mes foins n'avoient pas
» été fuperflus ; il étoit vertueux . Occupé
» depuis deux jours à confoler les parens
» infortunés de ce jeune homme , je cache
ע
avec peine le chagrin qui me dévore . Je
» venois un moment dans cette retraite
» donner un libre cours à mes pleurs , &
» chercher dans l'abandon à ma douleur
» le courage néceffaire pour effuyer leurs
» larmes. Si j'en dois juger par l'amertume
»de votre douleur , lui répondis-je , quelle
ne doit point être celle des parens qui
» ent perdu un fils chéri , un fils unique ,
» vertueux , déja avancé , & qui font eux-
» mêmes dans un âge où ils ne peuvent
plus efperer d'en avoir ! Cependant ,
» ajoutai- je , il faut l'efperer , le tems &
vos foins adouciront leurs peines. Hélas
! me repliqua - t- il , le tems appaiſe- til
les remords ? Quels remords peuvent-
» ils avoir , lui dis- je , s'ils ont donné
» tous leurs foins au fils qu'ils ont perdu ?
"
و ر
Ce n'eft pas lui qui les excite , reprit- il ,
» mais vous fçavez la coutume des riches :
» à peine ont- ils un ou deux enfans qu'ils
craignent de ne pouvoir pas les élever, les
doter d'une maniere affez diftinguée ; ils
23
DECEMBRE. 1754. 38
"fe privent de ce qu'il y ade plus doux dans
» le lien conjugal , afin de ne pas augmen
» ter une famille qui leur paroît d'autant
03
plus à charge que leurs biens font plus
» confidérables. C'eft là le crime que fe
» reprochent les poffeffeurs , d'ailleurs fi
» vertueux , de ce château : ils fentent à
préfent de quels biens , de quelle confolation
ils fe font privés . Telles font les
» leçons de l'adverfité ! Faut il donc que
» les hommes apprennent leur devoir d'un
» maître fi rude ? Mais , ajoûta-t-il les lar-
» mes aux yeux , je ne fçaurois les aban-
» donner plus long- tems ; il faut aller les
» diftraire , s'il eft poffible , finon pleurer
» avec eux . Adieu .
A ces mots il me laiffa étourdi comme
វ je fuffe forti d'un profond fommeil . Les
objets les plus ordinaires ont une face fous
laquelle ils font en droit de nous furprendre.
Il faudroit n'avoir jamais effuyé de
difgraces ou n'être pas hómme , pour être
infenfible au malheur des autres . Je fus
vivement frappé du fort de ce pere infortuné
, qui venoit de perdre fon fils . Je me
le repréfentois errant çà & là dans fes vaftes
appartemens , cherchant à fe rappeller
un fils dont le fouvenir déchire fon coeur.
Ici après une longue abfence , il avoit reçu
fes premiers embraffemens : là il avoit
By
34 MERCURE DE FRANCE.
eu avec lui les plus doux entretiens ailleurs
fon fils prenoit fes recréations , & les
recréations du fils étoient les plaifirs du
pere. Par-tout il retrouve l'image d'un fils
chéri ; par-tout il lit ces triftes mots , il
n'eft plus, il n'est plus ! ... Quel abandon '
quelle défolation ! Il n'y a donc plus de
plaifir pour lui , plus de momens heureux ,
plus de tranquillité , plus de repos ! Il va
paffer les triftes reftes d'une vie malheureufe
, fans foutien , fans confiance , fans parens
, fans amis : car quels parens & quels
amis , que ceux qu'attireront auprès de
lui de grandes richeffes dont ils efperent
la fucceffion !
C'est maintenant qu'il fent de quels
biens il s'eft privé , en refufant les enfans
qu'il ne tenoit qu'à lui d'avoir. Si fa famille
eût été nombreuſe ( j'ofe l'affurer , &
ceux qui fe connoiffent en fentiment ne
me démentiront pas ) , fes plaifirs auroient
augmenté avec les enfans ; chacun d'eux
l'auroit confolé des chagrins & des allarmes
que les autres lui auroient donnés
& maintenant il auroit de la douleur , je
l'avoue , mais il ne feroit pas inconfolable
; il feroit du moins fans remords . Un
pere feroit fans doute bien injufte & bien
cruel , qui laifferoit à l'un de fes enfans des
biens immenſes , tandis qu'il réduiroit les
C
1
4
DECEMBRE. 1754. 35
autres à la mendicité . Mais n'eft-il pas encore
plus injufte de priver les uns de l'exiftence
avant qu'ils foient nés , & de leur
refufer la vie , pour procurer aux autres
quelques prétendus avantages ?
Fermer
Résumé : HISTOIRE MORALE.
Lors d'une promenade dans un domaine magnifique, l'auteur observe des jardins luxuriants et un palais majestueux. Il est interrompu par les pleurs d'un vieillard qu'il reconnaît comme une ancienne connaissance. Ce vieillard, accablé de douleur, révèle que l'unique héritier du domaine est décédé à un jeune âge. Il exprime son chagrin et ses remords, expliquant que les parents du défunt, riches et vertueux, avaient limité leur famille par crainte de ne pouvoir élever et doter leurs enfants de manière distinguée. Le vieillard regrette amèrement cette décision, soulignant que les parents se privent désormais des consolations que des enfants nombreux auraient apportées. L'auteur, profondément touché, médite sur l'abandon et la désolation du père, qui voit partout l'image de son fils disparu. Il conclut en affirmant que les parents auraient trouvé du réconfort dans une famille nombreuse, malgré les chagrins, et qu'il est injuste de priver des enfants de l'existence pour des avantages matériels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9595
p. 36-44
FLORENCE ET BLANCHEFLEUR, OU LA COUR D'AMOUR. Conte tiré d'un manuscrit du treizième siécle, conservé dans l'Abbaye Saint Germain des Prés, cotté No 1830.
Début :
Vous m'avez paru contente, Madame, des différens morceaux que je [...]
Mots clefs :
Amour, Église, Chevaliers, Dieu, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FLORENCE ET BLANCHEFLEUR, OU LA COUR D'AMOUR. Conte tiré d'un manuscrit du treizième siécle, conservé dans l'Abbaye Saint Germain des Prés, cotté No 1830.
FLORENCE ET BLANCHEFLEUR ,
OU LA COUR D'AMOUR.
Conte tiré d'un manuſcrit du treizièmeſiècle ,
confervé dans l'Abbaye Saint Germain des
Prés , cotté N° 1830 .
Vo
Ous m'avez paru contente , Madame
, des différens morceaux que je
vous ai fait lire ; & vous y avez trouvé ,
dites - vous , la preuve que je vous avois
produite de la naïveté de nos peres . Je me
fuis encore engagé à vous convaincre qu'ils
avoient de l'imagination dans leurs ouvrages.
Je crois que le petit extrait de la
Cour d'Amour qui contient environ trois
cens cinquante vers , vous donnera une
idée de celle qu'ils employoient quelquefois
; car il ne me feroit pas facile, malgré
toute ma bonne volonté , de repéter fouvent
ces fortes d'exemples : les traits d'efprit
& d'imagination fe trouvent , il eft
vrai , dans leurs ouvrages , mais ils font
épars & noyés dans des longueurs infupportables
; leur objet même eft rarement
agréable , ce font le plus ordinairement
des moralités qui ne font qu'ennuyeufes ,
ou des contes à la vérité fort jolis , mais fi
DECEMBRE. 1754
37
S
libres que je n'oferois vous les préfenter.
Au refte vous ne ferez point étonnée de
la conclufion de ce petit ouvrage , fi vous
vous rappellez que les Chevaliers fçavoient
à peine lire dans les fiécles qui piquent
aujourd'hui votre curiofité , & que les Pretres
& les Moines étoient les feuls qui
fçuffent écrire. Il faut cependant convenir
que ces Auteurs étoient peu conféquens &
peu fixes dans leurs idées. Ils promettent
des chofes qu'ils ne tiennent pas , ils né
s'embarraffent point de remplir celles qu'ils
ont avancées. L'auteur que vous allez lire
abandonne , par exemple , l'image de l'Amour
comme Dieu , par laquelle il débute ,
pour en parler enfuite comme d'un Roi ,
par la feule raifon que l'imitation d'une
Cour lui étoit plus facile , & fe trouvoit
plus à fa portée. Il y auroit bien d'autres
obfervations à faire fur les inconféquences
de fond & de détail que ces Auteurs
préfentent à chaque pas . Mais ce n'eft point.
une critique que j'ai l'honneur de vous
envoyer ; c'eſt un exemple : heureux s'il
peut vous amufer encore !
Ce qui eft en italique eft traduit litté
salement .
L'Auteur commence par dire qu'il ne
faut point entretenir lespokrons , les pay- :
38 MERCURE DE FRANCE.
fans & ceux quife donnent des airs , de tout
ce qui peut regarder l'amour ; mais il ajoute
que ces propos conviennent aux gens
d'Eglife & aux Chevaliers , & fur- toùt aux
filles douces & aimables aufquelles ils font
fort néceffaires.
Florence & Blanchefleur , jeunes filles ,
de grande naiffance & douées de tous les
agrémens poffibles , entrerent un jour d'été
dans un verger des plus agréables pour fe
divertir enfemble , & jouir des beautés de
la nature & de la faifon ; elles avoient des
manteaux chamarrés de fleurs , & principalement
de rofes les plus fraîches ; l'étoffe étoit
d'amour , les attaches de chants d'oiseaux.
Elles trouverent , après avoir fait quelque
pas dans le verger , un ruiffeau , dans lequel
elles regarderent leurs visages dont l'amour
alteroit fouvent les couleurs ; elles fe repoferent
enfuite au pied des oliviers dont le
bord étoit planté. Florence prit la parole &
dit : Qui feroit feule ici avec fen amant fans
que perfonne en put être inftruit ! Si les
nôtres arrivoient dans le moment , nous ne
pourrions les empêcher de nous embraffer , de
nous careffer & de jouir du plaifir d'être avec
nous , pourvû que la chofe n'allât pas plus ·
loin , car nous ne le voudrions pas autrement :
nous ne devons jamais donner la moindre
prife furnous , & quand un arbre a perdu
DECEMBRE. 1754. 39
fes feuilles il a bien perdu de fa beauté.
Blanchefleur lui répondit qu'elle avoit raifon
, & que l'honneur étoit préférable à toutes
les richeffes. Elles s'amuferent tout le jour ,
elles s'entretinrent , mais en général , des
Sentimens dont leur coeur étoit occupé. Cette
bonne intelligence ne dura que jufques au
foir ; elles fe brouillerent & devinrent furieufes
l'une contre l'autre par la raiſon
fuivante.
Florence demanda doucement à Blanchefleur
: à qui avez - vous donné ce coeur qui me
paroît fi bon &fi fincere Blanchefleur rougit
& pâlit , & lui répondit : je veux bien
vous avouer que j'ai donné mon coeur &
tout ce qui dépend de moi à un jeune homme
d'Eglife , charmant de fa figure , mais dont le
caractere eft encore préférable à la beauté.
Il me feroit impoffible , ajoûta- t- elle , de
louer la bonté de fon coeur & la politeffe
de fon efprit autant qu'elles le méritent.
Florence lui répondit avec furprife , comment
avez - vous pû vous déterminer à
prendre un homme d'Eglife pour ami ?
Quand le mien va dans un tournoi & qu'il
abbat un Chevalier , il vient me préfenter
fon cheval. Les Chevaliers font eftimés de
tout le monde , les gens d'Eglife font méprifés
; il faut affurément que votre eſprit
foit dérangé d'avoir fait choix d'une telle
efpece,
40 MERCURE DE FRANCE.
Blanchefleur ne put foutenir ces propos
infultans , & lui dit avec une colere mêlée
d'impatience , qu'elle avoit tort de dire du
mal de fon ami , qu'elle ne le fouffriroit point ,
& qu'il étoit plus fot à elle d'aimer un Chevalier
; & dans fa colere elle fit la critique
& le portrait de la pauvreté & des befoins
ordinaires des Chevaliers. Elle finit par
dire qu'elle prouveroit devant toute la
terre que les
gens d'Eglife étoient les feuls
que l'on dût aimer , qu'ils étoient plus polis
&plus remplis deprobité que les Chevaliers.
Florence lui répliqua que tout ce qu'elle
difoit étoit faux , & lui propofa d'aller
faire juger leur différend à la cour du Dieu
d'Amour. D'accord fur ce point , elles fortirent
du verger fans fe dire un mot & fans
fe regarder.
Elles furent exactes à fe mettre en marche
le jour dont elles étoient convenues.
Elles partirent en même-tems , & fe rencontrerent
non fans être piquées de fe
trouver toutes deux fi belles & fi bien parées.
En effet jamais parures n'eurent autant
d'éclat & de véritables agrémens .
Leurs robes étoient faites des rofes les plus
fraiches , leurs ceintures de violettes que les
amours avoient arrangées pour leur plaiſir ,
leurs fouliers étoient couverts de fleurs jaunes,
leurs coeffures étoient d'églantier 2
DECEMBRE. 1754 41
auffi l'odeur en étoit parfaite . Elles montoient
deux chevaux plus blancs que la
neige , & auffi beaux que magnifiquement
parés ; car l'yvoire & l'ambre étoient employés
avec profufion fur leurs harnois.
Ces beaux chevaux avoient le poitrail orné
de fonnettes d'or & d'argent , & par un
enchantement de l'amour elles fonnoient des
airs nouveaux , plus doux que ne le fut jamais
le chant d'aucun oiseau. Quelque malade
qu'un homme eût été , cette mélodie l'auroit
auffi-tôt guéri.
Florence & Blanchefleur firent le voyage
enfemble , & découvrirent fur le midi
la tour & le palais que le Dieu d'Amour
habitoit s il étoit fur un lit tout couvert de
rofes , & dont les rideaux étoient galamment
attachés avec des clous de girofle
parfaitement arrangés.
Les deux Demoifelles mirent pied à ter
re fous un pin , dans une prairie charmante
qui formoit l'ayant- cour du château. Deux
oifeaux volerent à elles , & les conduisirent
au château , d'autres eurent foin de pren
dre leurs chevaux .
Quand le Dieu d'Amour les apperçut
il fe leva de fon lit avec empreffement ,
les falua avec toutes les graces dont il eft
capable , les prit l'une & l'autre par la
main , les fit affeoir auprès de lui , & leur
42 MERCURE DE FRANCE.
ger
demanda le fujet de leur voyage . Blanche-
Aeur lui en rendit compte , & le pria de juleur
différend . Auffi -tôt le Roi donna
ordre qu'on fit affembler les oiſeaux , fes
barons , pour décider la queftion . Il leur
conta la difpuie des deux Belles , & leur dit
de lui donner franchement leur avis.
L'Epervier parla le premier , & dit que
les Chevaliers étoient plus polis & plus
honnêtes que les gens d'Eglife.
La Huppe dit que cela n'étoit pas vrai ,
& que jamais on ne pouvoit comparer un
Chevalier avec un Clerc , par rapport
mattreſſe.
Le Faucon fe leva en pied , & donna le
démenti à la Huppe , en l'affurant qu'il
n'y avoit ni Clerc ni Prêtre qui pût en îça
voir autant en amour qu'un Chevalièr .
L'Alouette contredit l'avis du Faucon ,
affurant que l'homme d'Eglife devoit mieux
aimer.
Le Geai laiffa à peine le tems à l'Alouette
de donner fon avis , tant il étoit preſſé
de parler en faveur des Chevaliers , affurant
qu'ils étoient les plus aimables , ajoutant
que les gens d'Eglife ne devoient point aimer,
que leur état les engageoit à fonner les cloches
& à prier pour les ames , & que les Chevaliers
devoient au contraire aimer les Da
mes. fut
DECEMBRE. 1754. 43
Le Roffignol fe leva & demanda audience
: Les amours , dit - il , m'ont fait leur
confeiller , j'ofe donc déclarer , ſelon ma
penfée , que perfonne ne peut fi bien aimer
qu'un homme d'Eglife , & je m'offre à le
prouver par les armes.
Le Perroquet fe leva , & après avoir dit
deux fois , écoutez , écoutez ; il ajoûta , le
Roffignol ment , j'accepte le combat : en difant
ces mots , il jetta fon gant : le Roile prit;
le Reffignol vint a lui & lui donna lefien ,
pour prouver qu'il acceptoit la bataille.
Auffi - tôt ils allerent prendre leurs armes
; & quoiqu'elles ne fuffent que de
fleurs , le combat fut très - vif & fort difputé.
Cependant aucun des combattans
n'y périt ; mais le Perroquet fut terraffé ,
obligé de rendre fon épée , & de convenir
que les gens
gens d'Eglife foni braves & honnêtes ,
& plus dignes d'avoir des maîtreffes que les
hommes de tout autre état , & par confequent
que les Chevaliers.
Florence au defefpoir de fe voir 'condamnée
, s'arracha les cheveux , tordit fes
poings , & ne demanda à Dieu que le bonbeur
de mourir ; elle s'évanouit trois fois , &
la quatriéme elle mourut.
Tous les oifeaux furent convoqués pour
lui faire des obfeques magnifiques ; ils
répandirent une prodigieufe quantité de
44 MERCURE DE FRANCE.
fleurs fur fon tombeau , fur lequel ils placerent
cette épitaphe : Ci git Florence qui
préféra le Chevalier.
L'Auteur , après avoir fait parler la Kalande
, qui eft une efpece d'Alouette huppée
, fait auffi- tôt après paroître une autre
Alouette. J'ai pris la licence de faire intervenir
un autre oifeau dans le Confeil.
Sans prétendre faire aucune comparaiſon ,
la Fontaine m'a autorifé fur le fait de Maiwe
Alaciel , & j'ai crû pouvoir ſuivre ſon
exemple fur le compte d'une Alouette.
J'ai l'honneur d'être , Madame.
OU LA COUR D'AMOUR.
Conte tiré d'un manuſcrit du treizièmeſiècle ,
confervé dans l'Abbaye Saint Germain des
Prés , cotté N° 1830 .
Vo
Ous m'avez paru contente , Madame
, des différens morceaux que je
vous ai fait lire ; & vous y avez trouvé ,
dites - vous , la preuve que je vous avois
produite de la naïveté de nos peres . Je me
fuis encore engagé à vous convaincre qu'ils
avoient de l'imagination dans leurs ouvrages.
Je crois que le petit extrait de la
Cour d'Amour qui contient environ trois
cens cinquante vers , vous donnera une
idée de celle qu'ils employoient quelquefois
; car il ne me feroit pas facile, malgré
toute ma bonne volonté , de repéter fouvent
ces fortes d'exemples : les traits d'efprit
& d'imagination fe trouvent , il eft
vrai , dans leurs ouvrages , mais ils font
épars & noyés dans des longueurs infupportables
; leur objet même eft rarement
agréable , ce font le plus ordinairement
des moralités qui ne font qu'ennuyeufes ,
ou des contes à la vérité fort jolis , mais fi
DECEMBRE. 1754
37
S
libres que je n'oferois vous les préfenter.
Au refte vous ne ferez point étonnée de
la conclufion de ce petit ouvrage , fi vous
vous rappellez que les Chevaliers fçavoient
à peine lire dans les fiécles qui piquent
aujourd'hui votre curiofité , & que les Pretres
& les Moines étoient les feuls qui
fçuffent écrire. Il faut cependant convenir
que ces Auteurs étoient peu conféquens &
peu fixes dans leurs idées. Ils promettent
des chofes qu'ils ne tiennent pas , ils né
s'embarraffent point de remplir celles qu'ils
ont avancées. L'auteur que vous allez lire
abandonne , par exemple , l'image de l'Amour
comme Dieu , par laquelle il débute ,
pour en parler enfuite comme d'un Roi ,
par la feule raifon que l'imitation d'une
Cour lui étoit plus facile , & fe trouvoit
plus à fa portée. Il y auroit bien d'autres
obfervations à faire fur les inconféquences
de fond & de détail que ces Auteurs
préfentent à chaque pas . Mais ce n'eft point.
une critique que j'ai l'honneur de vous
envoyer ; c'eſt un exemple : heureux s'il
peut vous amufer encore !
Ce qui eft en italique eft traduit litté
salement .
L'Auteur commence par dire qu'il ne
faut point entretenir lespokrons , les pay- :
38 MERCURE DE FRANCE.
fans & ceux quife donnent des airs , de tout
ce qui peut regarder l'amour ; mais il ajoute
que ces propos conviennent aux gens
d'Eglife & aux Chevaliers , & fur- toùt aux
filles douces & aimables aufquelles ils font
fort néceffaires.
Florence & Blanchefleur , jeunes filles ,
de grande naiffance & douées de tous les
agrémens poffibles , entrerent un jour d'été
dans un verger des plus agréables pour fe
divertir enfemble , & jouir des beautés de
la nature & de la faifon ; elles avoient des
manteaux chamarrés de fleurs , & principalement
de rofes les plus fraîches ; l'étoffe étoit
d'amour , les attaches de chants d'oiseaux.
Elles trouverent , après avoir fait quelque
pas dans le verger , un ruiffeau , dans lequel
elles regarderent leurs visages dont l'amour
alteroit fouvent les couleurs ; elles fe repoferent
enfuite au pied des oliviers dont le
bord étoit planté. Florence prit la parole &
dit : Qui feroit feule ici avec fen amant fans
que perfonne en put être inftruit ! Si les
nôtres arrivoient dans le moment , nous ne
pourrions les empêcher de nous embraffer , de
nous careffer & de jouir du plaifir d'être avec
nous , pourvû que la chofe n'allât pas plus ·
loin , car nous ne le voudrions pas autrement :
nous ne devons jamais donner la moindre
prife furnous , & quand un arbre a perdu
DECEMBRE. 1754. 39
fes feuilles il a bien perdu de fa beauté.
Blanchefleur lui répondit qu'elle avoit raifon
, & que l'honneur étoit préférable à toutes
les richeffes. Elles s'amuferent tout le jour ,
elles s'entretinrent , mais en général , des
Sentimens dont leur coeur étoit occupé. Cette
bonne intelligence ne dura que jufques au
foir ; elles fe brouillerent & devinrent furieufes
l'une contre l'autre par la raiſon
fuivante.
Florence demanda doucement à Blanchefleur
: à qui avez - vous donné ce coeur qui me
paroît fi bon &fi fincere Blanchefleur rougit
& pâlit , & lui répondit : je veux bien
vous avouer que j'ai donné mon coeur &
tout ce qui dépend de moi à un jeune homme
d'Eglife , charmant de fa figure , mais dont le
caractere eft encore préférable à la beauté.
Il me feroit impoffible , ajoûta- t- elle , de
louer la bonté de fon coeur & la politeffe
de fon efprit autant qu'elles le méritent.
Florence lui répondit avec furprife , comment
avez - vous pû vous déterminer à
prendre un homme d'Eglife pour ami ?
Quand le mien va dans un tournoi & qu'il
abbat un Chevalier , il vient me préfenter
fon cheval. Les Chevaliers font eftimés de
tout le monde , les gens d'Eglife font méprifés
; il faut affurément que votre eſprit
foit dérangé d'avoir fait choix d'une telle
efpece,
40 MERCURE DE FRANCE.
Blanchefleur ne put foutenir ces propos
infultans , & lui dit avec une colere mêlée
d'impatience , qu'elle avoit tort de dire du
mal de fon ami , qu'elle ne le fouffriroit point ,
& qu'il étoit plus fot à elle d'aimer un Chevalier
; & dans fa colere elle fit la critique
& le portrait de la pauvreté & des befoins
ordinaires des Chevaliers. Elle finit par
dire qu'elle prouveroit devant toute la
terre que les
gens d'Eglife étoient les feuls
que l'on dût aimer , qu'ils étoient plus polis
&plus remplis deprobité que les Chevaliers.
Florence lui répliqua que tout ce qu'elle
difoit étoit faux , & lui propofa d'aller
faire juger leur différend à la cour du Dieu
d'Amour. D'accord fur ce point , elles fortirent
du verger fans fe dire un mot & fans
fe regarder.
Elles furent exactes à fe mettre en marche
le jour dont elles étoient convenues.
Elles partirent en même-tems , & fe rencontrerent
non fans être piquées de fe
trouver toutes deux fi belles & fi bien parées.
En effet jamais parures n'eurent autant
d'éclat & de véritables agrémens .
Leurs robes étoient faites des rofes les plus
fraiches , leurs ceintures de violettes que les
amours avoient arrangées pour leur plaiſir ,
leurs fouliers étoient couverts de fleurs jaunes,
leurs coeffures étoient d'églantier 2
DECEMBRE. 1754 41
auffi l'odeur en étoit parfaite . Elles montoient
deux chevaux plus blancs que la
neige , & auffi beaux que magnifiquement
parés ; car l'yvoire & l'ambre étoient employés
avec profufion fur leurs harnois.
Ces beaux chevaux avoient le poitrail orné
de fonnettes d'or & d'argent , & par un
enchantement de l'amour elles fonnoient des
airs nouveaux , plus doux que ne le fut jamais
le chant d'aucun oiseau. Quelque malade
qu'un homme eût été , cette mélodie l'auroit
auffi-tôt guéri.
Florence & Blanchefleur firent le voyage
enfemble , & découvrirent fur le midi
la tour & le palais que le Dieu d'Amour
habitoit s il étoit fur un lit tout couvert de
rofes , & dont les rideaux étoient galamment
attachés avec des clous de girofle
parfaitement arrangés.
Les deux Demoifelles mirent pied à ter
re fous un pin , dans une prairie charmante
qui formoit l'ayant- cour du château. Deux
oifeaux volerent à elles , & les conduisirent
au château , d'autres eurent foin de pren
dre leurs chevaux .
Quand le Dieu d'Amour les apperçut
il fe leva de fon lit avec empreffement ,
les falua avec toutes les graces dont il eft
capable , les prit l'une & l'autre par la
main , les fit affeoir auprès de lui , & leur
42 MERCURE DE FRANCE.
ger
demanda le fujet de leur voyage . Blanche-
Aeur lui en rendit compte , & le pria de juleur
différend . Auffi -tôt le Roi donna
ordre qu'on fit affembler les oiſeaux , fes
barons , pour décider la queftion . Il leur
conta la difpuie des deux Belles , & leur dit
de lui donner franchement leur avis.
L'Epervier parla le premier , & dit que
les Chevaliers étoient plus polis & plus
honnêtes que les gens d'Eglife.
La Huppe dit que cela n'étoit pas vrai ,
& que jamais on ne pouvoit comparer un
Chevalier avec un Clerc , par rapport
mattreſſe.
Le Faucon fe leva en pied , & donna le
démenti à la Huppe , en l'affurant qu'il
n'y avoit ni Clerc ni Prêtre qui pût en îça
voir autant en amour qu'un Chevalièr .
L'Alouette contredit l'avis du Faucon ,
affurant que l'homme d'Eglife devoit mieux
aimer.
Le Geai laiffa à peine le tems à l'Alouette
de donner fon avis , tant il étoit preſſé
de parler en faveur des Chevaliers , affurant
qu'ils étoient les plus aimables , ajoutant
que les gens d'Eglife ne devoient point aimer,
que leur état les engageoit à fonner les cloches
& à prier pour les ames , & que les Chevaliers
devoient au contraire aimer les Da
mes. fut
DECEMBRE. 1754. 43
Le Roffignol fe leva & demanda audience
: Les amours , dit - il , m'ont fait leur
confeiller , j'ofe donc déclarer , ſelon ma
penfée , que perfonne ne peut fi bien aimer
qu'un homme d'Eglife , & je m'offre à le
prouver par les armes.
Le Perroquet fe leva , & après avoir dit
deux fois , écoutez , écoutez ; il ajoûta , le
Roffignol ment , j'accepte le combat : en difant
ces mots , il jetta fon gant : le Roile prit;
le Reffignol vint a lui & lui donna lefien ,
pour prouver qu'il acceptoit la bataille.
Auffi - tôt ils allerent prendre leurs armes
; & quoiqu'elles ne fuffent que de
fleurs , le combat fut très - vif & fort difputé.
Cependant aucun des combattans
n'y périt ; mais le Perroquet fut terraffé ,
obligé de rendre fon épée , & de convenir
que les gens
gens d'Eglife foni braves & honnêtes ,
& plus dignes d'avoir des maîtreffes que les
hommes de tout autre état , & par confequent
que les Chevaliers.
Florence au defefpoir de fe voir 'condamnée
, s'arracha les cheveux , tordit fes
poings , & ne demanda à Dieu que le bonbeur
de mourir ; elle s'évanouit trois fois , &
la quatriéme elle mourut.
Tous les oifeaux furent convoqués pour
lui faire des obfeques magnifiques ; ils
répandirent une prodigieufe quantité de
44 MERCURE DE FRANCE.
fleurs fur fon tombeau , fur lequel ils placerent
cette épitaphe : Ci git Florence qui
préféra le Chevalier.
L'Auteur , après avoir fait parler la Kalande
, qui eft une efpece d'Alouette huppée
, fait auffi- tôt après paroître une autre
Alouette. J'ai pris la licence de faire intervenir
un autre oifeau dans le Confeil.
Sans prétendre faire aucune comparaiſon ,
la Fontaine m'a autorifé fur le fait de Maiwe
Alaciel , & j'ai crû pouvoir ſuivre ſon
exemple fur le compte d'une Alouette.
J'ai l'honneur d'être , Madame.
Fermer
Résumé : FLORENCE ET BLANCHEFLEUR, OU LA COUR D'AMOUR. Conte tiré d'un manuscrit du treizième siécle, conservé dans l'Abbaye Saint Germain des Prés, cotté No 1830.
Le texte présente un conte médiéval intitulé 'Florence et Blanchefleur, ou La Cour d'Amour', extrait d'un manuscrit du XIIIe siècle conservé à l'Abbaye Saint-Germain-des-Prés. L'auteur vise à montrer que les écrivains du Moyen Âge possédaient une imagination fertile, malgré les longueurs et les moralités souvent ennuyeuses de leurs œuvres. Le conte raconte l'histoire de deux jeunes filles, Florence et Blanchefleur, qui se disputent sur la supériorité des Chevaliers ou des gens d'Église en matière d'amour. Un jour d'été, dans un verger, Blanchefleur révèle à Florence avoir donné son cœur à un jeune homme d'Église. Florence, choquée, préfère les Chevaliers et propose de soumettre leur différend à la cour du Dieu d'Amour. Les deux jeunes filles se rendent au palais du Dieu d'Amour, où un débat est organisé entre divers oiseaux représentant les deux camps. Après un combat symbolique, le Perroquet, représentant les Chevaliers, est vaincu et reconnaît la supériorité des gens d'Église en amour. Florence, désespérée par cette défaite, meurt de chagrin. Les oiseaux lui rendent des honneurs funèbres et placent une épitaphe sur sa tombe. L'auteur mentionne également l'intervention d'une autre alouette dans le conte, s'inspirant de La Fontaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9596
p. 44-46
A MADAME P.. Sur son voyage à Argenteuil.
Début :
Venus, à l'insçu de son fils, [...]
Mots clefs :
Argenteuil, Voyage, Peuple, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME P.. Sur son voyage à Argenteuil.
A MADAME P ..
Surfon voyage à Argenteuil.
Enus , à l'infçu de fon fils ,
Ayant réfolu de réduire
Un nouveau peuple à fon empire ,
Projetta de quitter Paris.
Elle en vouloit faire un myſtere
A ce Dieu jaloux de fes droits ,
Qui penfe à la nature entiere
Pouvoir lui feul donner des loix.
Pour ne rien faire à l'aventure ,
La Déeffe crut cette fois
Devoir , en changeant de figure ,
Et ne confultant que fon choix ,
DECEMBRE . 1754.
45
En prendre une dont le minois
Répondît à la conjoncture .
Voulant s'aflurer du fuccès ,
Et ne point faire de mépriſe ,
De P.. elle prend les traits
Sûre que parfon entremife
Et le fecours de fes attraits ,
Elle achevera l'entrepriſe.
L'Amour informé du ſecret ,
Et piqué de voir que fa mere
N'empruntoit pas fon miniftere ,
Jura de rompre le projet.
Animé par la jaloufie
Et par un téméraire orgueil ,
Ce Dieu , précédé de l'envie ,
Part & fe rend dans Argenteuil.
Dans ces lieux peu faits pour les charmes ,
Ileft un peuple de guerriers ;
Pour devife on lit fur leurs armes ,
Point de myrtes , mais des lauriers.
C'étoit à ce peuple infenfible
Que Venus deftinoit des fers ,
Afin que tout dans l'univers
Connût fon pouvoir invincible.
Au mépris de fes intérêts ,
L'Amour balançoit fa puiffance ;
Il n'écoutoit que la vengeance
Et que fes ferments indifcrets.
Il avoit devancé fa mere ,
46 MERCURE DE FRANCE.
Et déja par plus d'un propos ,
Quoiqu'il fût fûr de lui déplaire,
Il avoit féduit ces héros , ^
Qui tous attachés à la gloire
Ne fuivoient que ſes étendarts ;
Et fiers de plus d'une victoire ,
Défioient les plus grands hazards.
P.. paroît , tout rend les armes ,
Tout céde à fes attraits vainqueurs ;
Et l'hommage de tous les coeurs
Fait le triomphe de fes charmes.
L'Amour en paroît irrité ;
Il fuit ces lieux avec colere ,
Et dit en partant pour Cythere ;
Tout eft facile à la beauté.
Surfon voyage à Argenteuil.
Enus , à l'infçu de fon fils ,
Ayant réfolu de réduire
Un nouveau peuple à fon empire ,
Projetta de quitter Paris.
Elle en vouloit faire un myſtere
A ce Dieu jaloux de fes droits ,
Qui penfe à la nature entiere
Pouvoir lui feul donner des loix.
Pour ne rien faire à l'aventure ,
La Déeffe crut cette fois
Devoir , en changeant de figure ,
Et ne confultant que fon choix ,
DECEMBRE . 1754.
45
En prendre une dont le minois
Répondît à la conjoncture .
Voulant s'aflurer du fuccès ,
Et ne point faire de mépriſe ,
De P.. elle prend les traits
Sûre que parfon entremife
Et le fecours de fes attraits ,
Elle achevera l'entrepriſe.
L'Amour informé du ſecret ,
Et piqué de voir que fa mere
N'empruntoit pas fon miniftere ,
Jura de rompre le projet.
Animé par la jaloufie
Et par un téméraire orgueil ,
Ce Dieu , précédé de l'envie ,
Part & fe rend dans Argenteuil.
Dans ces lieux peu faits pour les charmes ,
Ileft un peuple de guerriers ;
Pour devife on lit fur leurs armes ,
Point de myrtes , mais des lauriers.
C'étoit à ce peuple infenfible
Que Venus deftinoit des fers ,
Afin que tout dans l'univers
Connût fon pouvoir invincible.
Au mépris de fes intérêts ,
L'Amour balançoit fa puiffance ;
Il n'écoutoit que la vengeance
Et que fes ferments indifcrets.
Il avoit devancé fa mere ,
46 MERCURE DE FRANCE.
Et déja par plus d'un propos ,
Quoiqu'il fût fûr de lui déplaire,
Il avoit féduit ces héros , ^
Qui tous attachés à la gloire
Ne fuivoient que ſes étendarts ;
Et fiers de plus d'une victoire ,
Défioient les plus grands hazards.
P.. paroît , tout rend les armes ,
Tout céde à fes attraits vainqueurs ;
Et l'hommage de tous les coeurs
Fait le triomphe de fes charmes.
L'Amour en paroît irrité ;
Il fuit ces lieux avec colere ,
Et dit en partant pour Cythere ;
Tout eft facile à la beauté.
Fermer
Résumé : A MADAME P.. Sur son voyage à Argenteuil.
Le texte décrit un projet de Vénus visant à conquérir un peuple à Argenteuil. Pour éviter l'ingérence de Jupiter, elle adopte l'apparence de Madame P., espérant ainsi réussir grâce aux attraits de cette dernière. Cependant, l'Amour, jaloux de n'avoir pas été sollicité, décide de contrecarrer le plan. Il se rend à Argenteuil, un lieu peu propice aux charmes, et y trouve un peuple de guerriers symbolisés par des lauriers. Animé par la jalousie et l'orgueil, l'Amour persuade les guerriers de suivre ses étendards. Lorsque Madame P. apparaît, tous succombent à ses charmes, irritant l'Amour. Il quitte alors les lieux en colère, déclarant que tout est facile pour la beauté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9597
p. 46-53
ESSAI PHILOSOPHIQUE.
Début :
L'Histoire de l'esprit humain est l'étude la plus flateuse & en même tems la [...]
Mots clefs :
Philosophie, Religion, Esprit, Philosophes, Athéisme, Christianisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI PHILOSOPHIQUE.
ESSAI PHILOSOPHIQUE.
'Hiftoire de l'efprit humain eft l'étude
la plus flateufe & en même tems la
plus humiliante pour un fage. Après bien
des réflexions , l'homme n'eft plus à fes yeux
qu'une efpece bizarre en qui la mifere &
la grandeur fe tiennent par la main , &
dont l'être entier eft un paradoxe. Si on
le confidere du côté des lumieres de l'efprit
, il n'eft jamais fi petit que lorfqu'il
paroît monté à fon plus haut point d'élévation.
Les connoiffances les plus refé7
DECEMBRE 1754 . 47
chies n'ont fervi aux efprits bienfaits qu'à
leur faire voir de plus près leur ignorance
, & n'ont fait qu'égarer les autres . La
Philofophie dont le but doit être de nous
apprendre nos devoirs , n'a gueres fervi
qu'à fournir des prétextes pour fe difpenfer
de les remplir . La religion fur tour
cet objet fi intéreſſant pour nous , puif
qu'il décidé de notre fort dans cette vie
& de celui qui nous attend dans l'immenfité
de la nature ; la religion , dis- je , a
prefque toujours été la victime des fauffes
lumieres de la raifonte Suivons la marche
de l'incrédulité , nous la verrons , à la honte
de l'efprit humain , s'élever avec l'aurore
de la Philofophie , s'accroître avec elle
par dégrès , & la fuivre dans tous fes développemens.
L'existence d'une divinité , cette vérité fi
fimple que le fentiment démontre à tous les
hommes , ne devint un paradoxe que lorfque
la raifon voulut la foumettre à l'analy
fe. Prefque tous les Philofophes anciens la
nierent ; Philofophe & Athée chez les Grecs
& les Romains étoient à peu- près fynonymes
, & on mettoit , dit Cicéron , au nombre
des propofitions probables celles - ci :
Les meres aiment leurs enfans : les Philofophes
ne croyent point de dieux . Thalés , Démocrite
, Epicure , &c. enfeignerent l'Athéif48
MERCURE DE FRANCE.
me : on ne fçaitpas fi Ariftote a été Athée ,
parce qu'il ne s'eft pas expliqué affez clairement
, mais au moins nia- t-il , la providence.
Pour Straton fon difciple , il fit un
fyftême de matérialiſme des plus décidés.
Tous les autres embrafferent le Scepticifme
, qui ne vaut pas mieux que l'Athéifme..
L'impiété ne prit chez les Romains que
fort tard , parce qu'ils ne connurent la
Philofophie que fort tard. Quelques Sçavans
qui voyagerengen Gréce , y puiferent
avec les principes de la Philofophie , ceux
de l'irréligion . Lucrece afficha le Matérialifme
; & les écrits de Cicéron , de Pline
& Senéque , refpirent le Scepticiſme.
Si nous paffons au Judaïfme , nous verrons
la religion de Moïfe confervée avec
vénération chez les Hébreux , malgré la
captivité , la difperfion & les révolutions
qu'ils eurent à effuyer , jufqu'à ce que la
Philofophie s'étant mêlée parmi eux , on
vit naître le Saducéïfme qui rejetta la fpiritualité
& l'immortalité de l'ame . Cette
fecte impie fut non feulement tolérée &
admife à la communion judaïque ; mais
on vit même un de fes plus zélés partifans ,
le célebre Hircan , affis fur le thrône pontifical.
Dans les premiers fiécles du Chriftianifine
,
DECEMBRE. 1754 49
nifme , où la religion devoit être d'autant
plus pure qu'elle étoit plus près de fa
fource , l'introduction de la Philofophie
payenne ouvrit la porte à l'erreur. Le Platoniſme
étoit pour lors en regne , la conformité
de ce lyftême avec quelques dogmes
de la religion le firent adopter : de
là cette foule d'héréfies , qui ne font qu'un
mêlange monstrueux des principes du
Chriftianifme avec quelques idées des
Philofophes payens , & qui ne furent enfantées
ni par l'erreur ni par le fanatif
me. Leurs Auteurs étoient des ambitieux
fans religion , qui fe jouant de la crédulité
des peuples , en firent l'inftrument de
leur ambition .
La Philofophie ayant été tranſplantée
chez les Arabes dans le VIII fiécle , ne
manqua pas de répandre fes influences fur
la religion de ces peuples. Le célebre Almanzor
, ce Calife Aftronome & Philofophe
, & après lui Abdallah & Almamon
voulant faire fleurir les Arts & les Sciences
chez cette nation , jufques- là barbare ,
y attirerent plufieurs fçavans , & firent traduire
en Arabe les meilleurs Auteurs anciens
& fur-tout leurs ouvrages philofophiques.
Le goût de la Philofophie s'étant
répandu , les efprits devinrent plus éclairés,
& l'Alcoran perdit en même tems beau-
1. Vol. C
so MERCURE DE FRANCE.
coup de la vénération qu'on lui portoit.
On vit naître une fecte de Philofophes ,
Médecins & Chymiftes , la plûpart Athées.
On ne connoît que trop le fameux Aver
roës , dont le fyftême de matérialiſme trouva
des profelites jufqu'en Europe . La dégradation
du Mahometifme ne manqua pas
d'exciter les murmures des zélés Mufulmans.
Bayle rapporte que Takiddin , un
de leurs Auteurs , s'éleva fort contre Almanzor
qu'il menaça de la colere célefte
pour avoir altéré la dévotion des vrais
croyans par l'introduction de la Philofophie.
Enfin par tout où vous trouverez les
traces de la Philofophie , vous trouverez
celles de l'irréligion qui la fuit toujours.
›
Lotfque Mahomet II eut pris Conftantinople
, où l'empire des Lettres avoit été
tranfplanté avec l'Empire Romain , les plus
fçavans hommes de la Grece fe retirerent
en Italie , où ils porterent les femences de
l'athéifme , qui s'y développa avec une rapidité
prodigieufe. Il est étonnant combien
on vit paroître d'athées en Italie dans les 15
& 16 fiécles ; on n'en a point connu en
France avant la reftauration des lettres par
François I. Mais depuis cette époque , la
philofophie y ayant monté au point de perfection
où elle eft aujourd'hui , l'incrédu
lité a gagné du terrein , & a ſuivi les mêDECEMBRE
. 1754
Sx
mes proportions dans fes progrès.
Les abus que les efprits forts ont fait
de tous les fyftêmes philophiques prouvent
que les principes de la philofophie ne font
pas faits
pour être adaptés à ceux de la
religion. Le pere de la philofophie mo-
1 derne , Descartes a malheureuſement
moins réuffi à démontrer l'exiſtence d'un
Dieu qu'à prouver que l'univers a pû fe
former & fe conferver tel qu'il eft par les
loix générales du mouvement. Quelque
éloigné que Defcartes ait voulu paroître
d'appuyer l'athéifme par ſon ſyſtême , il
n'en eft pas moins vrai que Spinofa n'a
fondé fon hypothèſe que fur les principes
du Cartefianifme. Bayle s'eft fervi de
ces mêmes principes pour établir fon fyftême
de pyrronifme , & pour combattre
tous les raifonnemens que l'on pouvoit
faire en faveur de la religion.
L'optimisme du célébre Leibnitz conduit
naturellement au fatalifme , & eft
d'autant plus féduifant qu'il juftifie la providence
de l'imputation du mal moral &
du mal phyfique ; l'harmonie préétablie du
même philofophe exclut toute liberté dans
l'homme.
Locke , ce fage & dangereux métaphyficien
, doit être regardé comme le pere du
matérialiſme moderne. Démontrer, comme
Cij
52. MERCURE DE FRANCE.
il prétendoit l'avoir fait , que la matiere
peut penfer , c'étoit en bonne logique démontrer
qu'elle penfe effectivement ; car
fi la matière eft fufceptible d'intelligence ,
la création d'une autre fubftance feroit
un hors d'oeuvre , & nous ferions d'autant
plus autorisés à la rejetter qu'il n'y a
que la néceffité de fon exiftence pour expliquer
la penfée , qui puiffe faire recourir
à un être qu'il nous eft impoffible de
concevoir.
Le grand Newton , malgré fon reſpect
pour la Divinité , n'a pû empêcher que
fon fyftême ne foit un des plus favorables
à l'irréligion ; & les pfeudo-Newtoniens ,
je veux dire ceux qui regardent , certe le
fentiment de Newton , l'attraction comme
une qualité effentielle à la matiere , font
de ce principe la baſe de l'athéifme le plus
décidé.
Mallebranche , qui a été le philofphe le
plus pénétré des fentimens de la religion ,
eft un de ceux dont les opinions ont été les
plus dangereufes ; fes principes l'avoient
conduit à nier l'existence des corps , & il
ne la croyoit que parce que l'Ecriture Sainte
le lui enfeignoit. En fuivant fes idées ,
d'autres ont conclu de la non - exiſtence de
la matiere , que les livres de l'écriture n'étoient
, ainfi que les corps , qu'une illufion
DECEMBRE . 1754 $ 3
des fens. Je regarde Mallebranche comme
l'auteur de la fecte des idéaliſtes , plus étendue
qu'on ne penfe , & dont l'opinion eft
un pur fcepticiſme , abfurde au premier
coup d'oeil , mais qui n'en devient que plus
dangereux dès qu'on l'approfondit.
Ce font là cependant les oracles de la
philofophie : fi les lumieres de leur efprit
& la droiture de leur coeur n'ont pû les
mettre à l'abri de l'erreur , croyons que
notre raiſon eft un flambeau trop foible
pour nous éclairer , & cherchons une
lumiere plus fûre , que nous ne pouvons
trouver que dans la religion : notre ame
ne fe connoît pas elle-même , ni le corps
qu'elle gouverne , ni les objets avec lefquels
elle a des rapports immédiats ; comment
connoîtroit- elle les rapports de l'homme
avec l'être fuprême ? elle ne peut parcourir
la chaîne immenfe qui les fépare :
qu'elle refte donc dans fa fphere. Reconnoiffons
la foibleffe & l'impuiffance de
notre raison , qui n'eft pas même capable
de me prouver l'existence de mon propre
corps , le fentiment feul me le perfuade ,
& je ne puis en douter : ainfi je ne fuis
pas convaincu , mais je fens l'exiſtence
d'un être fuprême , & la néceffité d'un
culte ; cela me me fuffit , je me tais , &
j'adore .
'Hiftoire de l'efprit humain eft l'étude
la plus flateufe & en même tems la
plus humiliante pour un fage. Après bien
des réflexions , l'homme n'eft plus à fes yeux
qu'une efpece bizarre en qui la mifere &
la grandeur fe tiennent par la main , &
dont l'être entier eft un paradoxe. Si on
le confidere du côté des lumieres de l'efprit
, il n'eft jamais fi petit que lorfqu'il
paroît monté à fon plus haut point d'élévation.
Les connoiffances les plus refé7
DECEMBRE 1754 . 47
chies n'ont fervi aux efprits bienfaits qu'à
leur faire voir de plus près leur ignorance
, & n'ont fait qu'égarer les autres . La
Philofophie dont le but doit être de nous
apprendre nos devoirs , n'a gueres fervi
qu'à fournir des prétextes pour fe difpenfer
de les remplir . La religion fur tour
cet objet fi intéreſſant pour nous , puif
qu'il décidé de notre fort dans cette vie
& de celui qui nous attend dans l'immenfité
de la nature ; la religion , dis- je , a
prefque toujours été la victime des fauffes
lumieres de la raifonte Suivons la marche
de l'incrédulité , nous la verrons , à la honte
de l'efprit humain , s'élever avec l'aurore
de la Philofophie , s'accroître avec elle
par dégrès , & la fuivre dans tous fes développemens.
L'existence d'une divinité , cette vérité fi
fimple que le fentiment démontre à tous les
hommes , ne devint un paradoxe que lorfque
la raifon voulut la foumettre à l'analy
fe. Prefque tous les Philofophes anciens la
nierent ; Philofophe & Athée chez les Grecs
& les Romains étoient à peu- près fynonymes
, & on mettoit , dit Cicéron , au nombre
des propofitions probables celles - ci :
Les meres aiment leurs enfans : les Philofophes
ne croyent point de dieux . Thalés , Démocrite
, Epicure , &c. enfeignerent l'Athéif48
MERCURE DE FRANCE.
me : on ne fçaitpas fi Ariftote a été Athée ,
parce qu'il ne s'eft pas expliqué affez clairement
, mais au moins nia- t-il , la providence.
Pour Straton fon difciple , il fit un
fyftême de matérialiſme des plus décidés.
Tous les autres embrafferent le Scepticifme
, qui ne vaut pas mieux que l'Athéifme..
L'impiété ne prit chez les Romains que
fort tard , parce qu'ils ne connurent la
Philofophie que fort tard. Quelques Sçavans
qui voyagerengen Gréce , y puiferent
avec les principes de la Philofophie , ceux
de l'irréligion . Lucrece afficha le Matérialifme
; & les écrits de Cicéron , de Pline
& Senéque , refpirent le Scepticiſme.
Si nous paffons au Judaïfme , nous verrons
la religion de Moïfe confervée avec
vénération chez les Hébreux , malgré la
captivité , la difperfion & les révolutions
qu'ils eurent à effuyer , jufqu'à ce que la
Philofophie s'étant mêlée parmi eux , on
vit naître le Saducéïfme qui rejetta la fpiritualité
& l'immortalité de l'ame . Cette
fecte impie fut non feulement tolérée &
admife à la communion judaïque ; mais
on vit même un de fes plus zélés partifans ,
le célebre Hircan , affis fur le thrône pontifical.
Dans les premiers fiécles du Chriftianifine
,
DECEMBRE. 1754 49
nifme , où la religion devoit être d'autant
plus pure qu'elle étoit plus près de fa
fource , l'introduction de la Philofophie
payenne ouvrit la porte à l'erreur. Le Platoniſme
étoit pour lors en regne , la conformité
de ce lyftême avec quelques dogmes
de la religion le firent adopter : de
là cette foule d'héréfies , qui ne font qu'un
mêlange monstrueux des principes du
Chriftianifme avec quelques idées des
Philofophes payens , & qui ne furent enfantées
ni par l'erreur ni par le fanatif
me. Leurs Auteurs étoient des ambitieux
fans religion , qui fe jouant de la crédulité
des peuples , en firent l'inftrument de
leur ambition .
La Philofophie ayant été tranſplantée
chez les Arabes dans le VIII fiécle , ne
manqua pas de répandre fes influences fur
la religion de ces peuples. Le célebre Almanzor
, ce Calife Aftronome & Philofophe
, & après lui Abdallah & Almamon
voulant faire fleurir les Arts & les Sciences
chez cette nation , jufques- là barbare ,
y attirerent plufieurs fçavans , & firent traduire
en Arabe les meilleurs Auteurs anciens
& fur-tout leurs ouvrages philofophiques.
Le goût de la Philofophie s'étant
répandu , les efprits devinrent plus éclairés,
& l'Alcoran perdit en même tems beau-
1. Vol. C
so MERCURE DE FRANCE.
coup de la vénération qu'on lui portoit.
On vit naître une fecte de Philofophes ,
Médecins & Chymiftes , la plûpart Athées.
On ne connoît que trop le fameux Aver
roës , dont le fyftême de matérialiſme trouva
des profelites jufqu'en Europe . La dégradation
du Mahometifme ne manqua pas
d'exciter les murmures des zélés Mufulmans.
Bayle rapporte que Takiddin , un
de leurs Auteurs , s'éleva fort contre Almanzor
qu'il menaça de la colere célefte
pour avoir altéré la dévotion des vrais
croyans par l'introduction de la Philofophie.
Enfin par tout où vous trouverez les
traces de la Philofophie , vous trouverez
celles de l'irréligion qui la fuit toujours.
›
Lotfque Mahomet II eut pris Conftantinople
, où l'empire des Lettres avoit été
tranfplanté avec l'Empire Romain , les plus
fçavans hommes de la Grece fe retirerent
en Italie , où ils porterent les femences de
l'athéifme , qui s'y développa avec une rapidité
prodigieufe. Il est étonnant combien
on vit paroître d'athées en Italie dans les 15
& 16 fiécles ; on n'en a point connu en
France avant la reftauration des lettres par
François I. Mais depuis cette époque , la
philofophie y ayant monté au point de perfection
où elle eft aujourd'hui , l'incrédu
lité a gagné du terrein , & a ſuivi les mêDECEMBRE
. 1754
Sx
mes proportions dans fes progrès.
Les abus que les efprits forts ont fait
de tous les fyftêmes philophiques prouvent
que les principes de la philofophie ne font
pas faits
pour être adaptés à ceux de la
religion. Le pere de la philofophie mo-
1 derne , Descartes a malheureuſement
moins réuffi à démontrer l'exiſtence d'un
Dieu qu'à prouver que l'univers a pû fe
former & fe conferver tel qu'il eft par les
loix générales du mouvement. Quelque
éloigné que Defcartes ait voulu paroître
d'appuyer l'athéifme par ſon ſyſtême , il
n'en eft pas moins vrai que Spinofa n'a
fondé fon hypothèſe que fur les principes
du Cartefianifme. Bayle s'eft fervi de
ces mêmes principes pour établir fon fyftême
de pyrronifme , & pour combattre
tous les raifonnemens que l'on pouvoit
faire en faveur de la religion.
L'optimisme du célébre Leibnitz conduit
naturellement au fatalifme , & eft
d'autant plus féduifant qu'il juftifie la providence
de l'imputation du mal moral &
du mal phyfique ; l'harmonie préétablie du
même philofophe exclut toute liberté dans
l'homme.
Locke , ce fage & dangereux métaphyficien
, doit être regardé comme le pere du
matérialiſme moderne. Démontrer, comme
Cij
52. MERCURE DE FRANCE.
il prétendoit l'avoir fait , que la matiere
peut penfer , c'étoit en bonne logique démontrer
qu'elle penfe effectivement ; car
fi la matière eft fufceptible d'intelligence ,
la création d'une autre fubftance feroit
un hors d'oeuvre , & nous ferions d'autant
plus autorisés à la rejetter qu'il n'y a
que la néceffité de fon exiftence pour expliquer
la penfée , qui puiffe faire recourir
à un être qu'il nous eft impoffible de
concevoir.
Le grand Newton , malgré fon reſpect
pour la Divinité , n'a pû empêcher que
fon fyftême ne foit un des plus favorables
à l'irréligion ; & les pfeudo-Newtoniens ,
je veux dire ceux qui regardent , certe le
fentiment de Newton , l'attraction comme
une qualité effentielle à la matiere , font
de ce principe la baſe de l'athéifme le plus
décidé.
Mallebranche , qui a été le philofphe le
plus pénétré des fentimens de la religion ,
eft un de ceux dont les opinions ont été les
plus dangereufes ; fes principes l'avoient
conduit à nier l'existence des corps , & il
ne la croyoit que parce que l'Ecriture Sainte
le lui enfeignoit. En fuivant fes idées ,
d'autres ont conclu de la non - exiſtence de
la matiere , que les livres de l'écriture n'étoient
, ainfi que les corps , qu'une illufion
DECEMBRE . 1754 $ 3
des fens. Je regarde Mallebranche comme
l'auteur de la fecte des idéaliſtes , plus étendue
qu'on ne penfe , & dont l'opinion eft
un pur fcepticiſme , abfurde au premier
coup d'oeil , mais qui n'en devient que plus
dangereux dès qu'on l'approfondit.
Ce font là cependant les oracles de la
philofophie : fi les lumieres de leur efprit
& la droiture de leur coeur n'ont pû les
mettre à l'abri de l'erreur , croyons que
notre raiſon eft un flambeau trop foible
pour nous éclairer , & cherchons une
lumiere plus fûre , que nous ne pouvons
trouver que dans la religion : notre ame
ne fe connoît pas elle-même , ni le corps
qu'elle gouverne , ni les objets avec lefquels
elle a des rapports immédiats ; comment
connoîtroit- elle les rapports de l'homme
avec l'être fuprême ? elle ne peut parcourir
la chaîne immenfe qui les fépare :
qu'elle refte donc dans fa fphere. Reconnoiffons
la foibleffe & l'impuiffance de
notre raison , qui n'eft pas même capable
de me prouver l'existence de mon propre
corps , le fentiment feul me le perfuade ,
& je ne puis en douter : ainfi je ne fuis
pas convaincu , mais je fens l'exiſtence
d'un être fuprême , & la néceffité d'un
culte ; cela me me fuffit , je me tais , &
j'adore .
Fermer
Résumé : ESSAI PHILOSOPHIQUE.
L'essai philosophique 'Histoire de l'esprit humain' examine la dualité de l'homme, oscillant entre misère et grandeur. Les connaissances humaines, plutôt que d'éclairer, révèlent souvent l'ignorance et égarent les esprits. La philosophie, destinée à enseigner les devoirs, a souvent été utilisée comme prétexte pour s'en dispenser. La religion, essentielle pour la destinée humaine, a été altérée par les fausses lumières de la raison. L'incrédulité a progressé avec la philosophie, notamment chez les philosophes grecs et romains, où athéisme et philosophie étaient presque synonymes. Des penseurs comme Thalès, Démocrite et Épicure enseignaient l'athéisme, tandis que d'autres adoptaient le scepticisme. À Rome, l'incrédulité est apparue plus tard, introduite par des savants ayant voyagé en Grèce. Dans le judaïsme, la religion de Moïse était vénérée jusqu'à l'introduction de la philosophie, qui a donné naissance au sadducéisme, rejetant la spiritualité et l'immortalité de l'âme. Dans le christianisme primitif, la philosophie païenne a engendré des hérésies mêlant christianisme et idées philosophiques. Chez les Arabes, la philosophie a affaibli la vénération de l'Alcoran, menant à l'athéisme et au matérialisme, comme celui d'Averroès. En Europe, après la chute de Constantinople, l'athéisme s'est développé en Italie et en France, suivant les progrès de la philosophie. Les systèmes philosophiques modernes, de Descartes à Newton, ont souvent conduit à l'irréligion. Descartes a démontré un univers sans Dieu, Spinoza a fondé son système sur le cartésianisme, et Bayle a utilisé ces principes pour le pyrrhonisme. Leibniz a justifié le fatalisme, Locke a promu le matérialisme, et Newton a indirectement favorisé l'athéisme. Mallebranche, malgré sa piété, a conduit au scepticisme idéaliste. L'auteur conclut que la raison humaine est insuffisante pour comprendre les rapports avec l'être suprême et recommande de se fier au sentiment religieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9598
p. 54-55
EPITRE A Mlle D.... qui m'avoit demandé quelle étoit ma meilleure amie.
Début :
Oui, c'est encore une friponne, [...]
Mots clefs :
Meilleure amie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mlle D.... qui m'avoit demandé quelle étoit ma meilleure amie.
EPITRE
A Mile D.... qui m'avoit demandé quelle
étoit ma meilleure amie,
Oui , c'eftencore une friponne ,
Qui de moi fait un Céladon .
Vous voulez connoître le nom
Et les charmes de la perfonne :
Mais j'ai le don d'être difcret,
Ou tout au moins de le paroître .
Cependant je brûle en fecret
De vous la donner à connoître.
Ecoutez donc à ce portrait
Vous la reconnoîtrez peut - être .
Au fond d'un antre ou d'un vallon ,
En vain la jeune violette ,
Nous dérobe fous le gazon
Sa beauté fimple , mais parfaite .
Bientôt une douce vapeur
Qu'exhale au loin fon humble fleur ,
Trahit le lieu de fa retraite ;
Elle a charmé par fon odeur ,
Elle enchante par fa couleur ;
Telle eft auffi cette Brunette
Par qui l'amour est mon vainqueur ;
DECEMBRE. 1754.
55
Contente d'unir la douceur
Et la bonté du caractere ,
A tout ce qu'a de féducteur
Un efprit que le goût éclaire ;
Elle ne cherche point à plaire
Par un dehors faux & trompeur.
Toujours belle , toujours piquante ,
Mais modefte dans ſes attraits ,
Ma bergere ne fçut jamais
Qu'elle eft encore plus charmante
Qu'en ce tableau je ne la fais.
Pour me tirer plutôt d'affaire ,
Ainfi que dans tous les portraits ,
Vous dirai- je qu'elle a les traits
De la Déeffe de Cythere ?
Je le pourrois , je le fçais bien ;
Mais tout Cythere eft une fable ;
Maintenant , donc je ne vois rien
Qui foit à D ..... comparable.
A Mile D.... qui m'avoit demandé quelle
étoit ma meilleure amie,
Oui , c'eftencore une friponne ,
Qui de moi fait un Céladon .
Vous voulez connoître le nom
Et les charmes de la perfonne :
Mais j'ai le don d'être difcret,
Ou tout au moins de le paroître .
Cependant je brûle en fecret
De vous la donner à connoître.
Ecoutez donc à ce portrait
Vous la reconnoîtrez peut - être .
Au fond d'un antre ou d'un vallon ,
En vain la jeune violette ,
Nous dérobe fous le gazon
Sa beauté fimple , mais parfaite .
Bientôt une douce vapeur
Qu'exhale au loin fon humble fleur ,
Trahit le lieu de fa retraite ;
Elle a charmé par fon odeur ,
Elle enchante par fa couleur ;
Telle eft auffi cette Brunette
Par qui l'amour est mon vainqueur ;
DECEMBRE. 1754.
55
Contente d'unir la douceur
Et la bonté du caractere ,
A tout ce qu'a de féducteur
Un efprit que le goût éclaire ;
Elle ne cherche point à plaire
Par un dehors faux & trompeur.
Toujours belle , toujours piquante ,
Mais modefte dans ſes attraits ,
Ma bergere ne fçut jamais
Qu'elle eft encore plus charmante
Qu'en ce tableau je ne la fais.
Pour me tirer plutôt d'affaire ,
Ainfi que dans tous les portraits ,
Vous dirai- je qu'elle a les traits
De la Déeffe de Cythere ?
Je le pourrois , je le fçais bien ;
Mais tout Cythere eft une fable ;
Maintenant , donc je ne vois rien
Qui foit à D ..... comparable.
Fermer
Résumé : EPITRE A Mlle D.... qui m'avoit demandé quelle étoit ma meilleure amie.
L'épître est adressée à Mile D...., qui avait demandé à l'auteur d'identifier sa meilleure amie. L'auteur décrit cette amie comme une personne discrète, mais il souhaite la révéler. Il la compare à une jeune violette cachée dans un vallon, dont la beauté et l'odeur la trahissent. Cette amie, une brunette, est douce, bonne et dotée d'un esprit éclairé par le goût. Elle ne cherche pas à plaire par des apparences trompeuses, restant toujours belle et piquante, modeste dans ses attraits. L'auteur refuse de la comparer à la déesse de Cythère, car il ne voit rien de comparable à cette amie. L'épître est datée de décembre 1754.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9599
p. 56-63
CONTES.
Début :
Tout un peuple étoit si disposé à la joie & à la gaité qu'il n'étoit plus capable [...]
Mots clefs :
Homme, Juge, Serpent, Esclave, Argent, Accusé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTES.
CONTES.
PREMIER CONTE.
Out un peuple étoit fi difpofé à la
joie & à la gaité qu'il n'étoit plus capable
de rien , c'étoient les Tirinthiens.
Comme ils ne pouvoient plus reprendre
leur férieux fur quoi que ce foit , tout
étoit en defordre parmi eux. S'ils s'affembloient
, tous leurs entretiens rouloient fur
des folies , au lieu de rouler fur les affaires
publiques : s'ils recevoient des Ambaffadeurs
, ils les tournoient en ridicule : s'ils
tenoient le confeil de ville , les avis des
plus graves Sénateurs n'étoient que des
bouffonneries , & en toutes fortes d'occafions
, une parole ou une action raifonnable
eût été un prodige chez cette nation .
Ils fe fentirent enfin fort incommodés
de cet efprit de plaifanterie. Ils allerent
confulter l'Oracle de Delphes , pour lui demander
les moyens de recouvrer un peu
de férieux : l'Oracle répondit que s'ils pouvoient
facrifier un taureau à Neptune fans
rire , il feroit déformais en leur pouvoir
d'être plus fages. Un facrifice n'eft pas une
occafion fi plaifante d'elle-même ; cepenDECEMBRE
1754 57
dant pour le faire
férieufement ils y apporterent
bien des précautions. Ils réfolurent
de n'y point recevoir de jeunes gens ,
mais feulement des vieillards ; & non pas
encore toutes fortes de vieillards , mais
feulement ceux qui avoient ou des infirmités
, ou beaucoup de dettes , ou des
femmes fâcheufes & incommodes. Quand
toutes ces perfonnes choifies furent fur le
bord de la mer pour immoler la victime ,
il fallut encore , malgré les femmes diableſſes
, les dettes , les maladies , & l'âge ,
qu'ils compofaffent leur air , baiffaffent les
yeux , & fe mordiffent les lévres . Mais
par malheur il fe trouva là un enfant qui
s'y étoit gliffé. On voulut le chaffer , & il
cria : quoi ! avez-vous peur que je n'avale
votre taureau Cette fottife déconcerta
toutes ces gravités contrefaites : on éclata
de rire ; le facrifice fut troublé , & la
raifon ne vint point aux Tirinthiens .
SECOND CONTE.
On raconte qu'il y avoit un Cadis, nommé
Roufbehani , il étoit dans le Tabariftan
; c'étoit un homme qui poffédoit toutes
les qualités que demande fa charge. Un
jour un homme fe préfenta devant lui
pour intenter procès à un autre à qui il
Cv
58 MERCURE
DE FRANCE
.
à
avoit prêté de l'argent : le Cadis dit à l'acufe
, avez vous l'argent de cet homme ?
l'accufé le nia ; le Cadis demanda à l'accufateur
, avez - vous des témoins ? il répondit
, je n'en ai point ; le Cadis répondit , il
faut le faire jurer. L'accufateur
pleura , &
lui dit : ô juge ! prenez garde , fecourezmoi
, je n'ai point de témoins pour lui &
il jurera : le juge lui dit , par rapport
vous , je n'irai point contre la loi , il faut
que vous ayez des témoins ou que votre
adverfaire jure . L'homme pleura & fe jetta
par terre , je fuis un pauvre homme ,
faire
pas
dit-il , & fi vous ne me faites
juſtice , je ferai trompé ; examinez ma
caufe qui eft jufte . Alors le juge voulant
examiner le jufte procédé de cet homme ,
le fit approcher , & lui dit : comment
avez vous donné de l'argent à cet homme ?
je l'ai prêté , répondit il : à quelle condition
le lui avez -vous prêté ?
O juge ! foyez toujours heureux. Sçachez
que cet homme étoit mon ami : il
devint amoureux d'une efclave ; le prix de
cette efclave étoit de cent fequins , tout
fon bien ne les vaut point . Cet homme
étoit toujours plongé dans le chagrin
quelque part qu'il allât. Un jour nous
étions enfemble à la promenade , nous
nous repofâmes dans un endroit où il fe
0
DECEMBRE. 1754. 59
reſſouvint de fa maîtreffe ; il pleura tant
que j'eus pitié de lui , par rapport à notre
ancienne amitié de vingt ans. Vous n'avez
point affez d'argent , lui dis- je , pour
acheter cette efclave ; perfonne ne vous
fecourt : à peine ai- je cent fequins que j'ai
gagnés depuis que je fuis né , voulez - vous
que je vous les prête ? vous mettrez auffi
de l'argent, & vous acheterez cette efclave :
après en avoir joui pendant un mois vous
la revendrez , & vous me rendrez ce qui
m'appartient . Auffi tôt cet homme ſe jetta
à mes pieds , & me jura de ne fe fervir
qu'un mois de cette efclave , & qu'enfuite
il la revendroit , foit qu'il y perdît ,
foit qu'il y gagnât , afin de me rendre
mon argent. Je me rendis à fes prieres , &
je lui donnai cet argent ; il n'y avoit avec
nous perfonne , excepté Dieu . Depuis ce
tems - là , quatre mois fe font écoulés fans
que j'aye vû paroître ni mon argent ni
l'efclave. Dans quel lieu avez vous donné
cet argent ? l'homme dit à l'ombre d'un arbre
: pourquoi dites-vous que vous n'avez
point de témoins ? Il dit alors à l'accufé
reftez auprès de moi ; & à l'accufateur ,
allez à cet arbre , priez- y Dieu , & enfuite
dites lui : le juge vous demande , venez &
rendez témoignage pour moi . L'accufé fourit
au difcours du juge : le juge s'en apper-
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
çut , & fit femblant de ne le point voir
allez , dit- il , à l'accufateur , qu'il vienne
vîte pour rendre témoignage. L'accufateur
répondit , je crains que cet arbre ne veuille
point aquiefcer à ma feule parole , donnez
- moi quelque marque pour lui faire
fçavoir que c'eft de votre part que je viens.
Le juge lui en donna une , & lui dit , allez
& montrez lui cela ; dites -lui , le juge
vous demande pour rendre témoignage
fur ce que vous fçavez . Cet homme ayant
pris le figne , partit : l'accufé refta , le juge
caufa avec toute l'affemblée fans fonger à
l'accufé. Quelque tems après , il lui demanda
, cet homme eft-il arrivé à l'arbre ? il lui
répondit , il n'eft point encore arrivé : il
montra par cette réponſe qu'il étoit coupable.
Pour l'accufateur , étant allé à l'arbre
il eut beau le prier , lui montrer le ſignal
du juge , lui dire qu'il le demandoit pour
rendre témoignage , & ne pouvant rien
obtenir de l'arbre , il retourna , & dit au
juge Seigneur , j'ai montré votre figne ,
je n'ai rien obtenu de l'arbre. Alors le juge
répondit , cet arbre eft venu avant vous ,
il a rendu témoignage : vîte , donnez les
cent fequins à cet homme . L'accufé répartit
, quand eft-ce que l'arbre eft venu ? j'ai
toujours été préfent.
Le juge répondit , lorfque je vous aî
DECEMBRE. 1754. 61
demandé fi cet homme étoit arrivé à l'arbre
, pourquoi n'avez - vous point répondu
, comment puis- je fçavoir s'il y eft arrivé
, puifque je ne fçais où eft cet arbre ?
fi vous n'euffiez point connu cet arbre ,
vous n'euffiez point répondu : il n'y eft point
encore arrivé. L'accufé convaincu par luimême
, donna ce qu'il avoit à cet homme.
Quoique dans cette occafion le juge
n'aye point confulté le livre des loix , cependant
il a rendu la juftice par fon fçavoir.
III . CONTE.
Abdoul Dyebbar raconte que Mouhamed
, fils de Humeïr , étant un jour forti
pour chaffer , il vit un ferpent s'avancer
vers lui avec beaucoup de vîteffe . Lorfqu'il
fut arrivé auprès de lui , il lui dit :
fauve-moi , & Dieu te fauvera le jour que
perfonne autre que lui ne peut fauver . Il
demanda au ferpent de quoi il vouloit qu'il
le fauvât il lui répondit , d'un ennemi
qui veut me couper en pièces . Il lui demanda
où il vouloit qu'il le cachât ? il répondit
, fi tu veux faire une bonne action
cache-moi dans ton eftomac. Il ouvrit fa
bouche , & à peine le ferpent étoit - il defcendu
dans fon eftomac qu'il vit venir un
homme le fabre à la main , qui lui de62
MERCURE DE FRANCE.
1
manda où étoit le ferpent ? il lui répondit
qu'il ne l'avoit point vû , & l'homme paffa
outre. Sentant un moment après le ferpent
remonter , il ouvrit fa bouche ; le ferpent
mit la tête dehors, & lui demanda s'il voyoit
l'homme qui le cherchoit ? il répondit qu'il
avoit paffé , & qu'il ne le voyoit plus. Le
ferpent lui dit alors de choisir de deux chofes
l'une , ou qu'il lui piquât le coeur , ou
qu'il lui fendît le foie. Le fils de Humeïr
répondit : j'attefte Dieu que tu ne me traites
pas comme je l'ai mérité. Le ferpent
repliqua : il est vrai ; mais tu as fait du
bien à un ingrat , & il faut que tu choififfes
un des deux partis , il n'y a pas d'autres
moyens . Le fils de Humeïr lui dit :
puifqu'il faut que je meure , la feule grace
que je te demande eft que tu me donnes le
tems d'arriver au pied de cette montagne
qui eft devant nous pour m'y faire un tombeau.
Le ferpent y ayant confenti , il fe
mit à marcher du côté de la montagne.
A peine avoit il fait quelques pas qu'il rencontra
un jeune homme , d'un beau viſage
& bien habillé , qui lui dit : bon vieillard ,
qu'avez - vous ? il femble que vous foyez
defefpéré de la vie , & que vous alliez vous
préfenter à une mort certaine. Il lui répondit
: un ennemi qui eft dans mon eftomac
& qui veut me faire périr , m'a mis
DECEMBRE . 1754. 63
dans cet état. A ces mots le jeune homme
tira quelque chofe de fa manche & le lui
donna , en lui difant de l'avaler : l'ayant
avalé , il fentit une douleur violente dans
fes entrailles ; il fe plaignit au jeune homme
, & il lui en donna une autre : dès qu'il
l'eut avalé il rendit le ferpent en plufieurs
morceaux par le bas. Senfible au dernier
point au fervice qu'il lui avoit rendu , il lui
donna mille bénédictions , & le pria de lui
dire qui il étoit . Il répondit je fuis un ange
, mon nom eft Marouf, & ma place eſt
dans le quatrième ciel. Tu fçauras que les
habitans du ciel voyant le tour indigne
que le ferpent vouloit te jouer , ils ont été
touchés de ton état , & ont prié Dieu de
t'aider ; & c'est par fon ordre que je fuis
venu pour te tirer d'embarras. Hadjadje
demanda un jour à une perfonne quelles
étoient les chofes les plus mal employées ?
Il lui répondit , la pluie fur une terre falée
, une chandelle allumée devant le foleil
, une belle efclave entre les mains de
quelqu'un qui n'eft pas homme , & un
bienfait à un ingrat.
PREMIER CONTE.
Out un peuple étoit fi difpofé à la
joie & à la gaité qu'il n'étoit plus capable
de rien , c'étoient les Tirinthiens.
Comme ils ne pouvoient plus reprendre
leur férieux fur quoi que ce foit , tout
étoit en defordre parmi eux. S'ils s'affembloient
, tous leurs entretiens rouloient fur
des folies , au lieu de rouler fur les affaires
publiques : s'ils recevoient des Ambaffadeurs
, ils les tournoient en ridicule : s'ils
tenoient le confeil de ville , les avis des
plus graves Sénateurs n'étoient que des
bouffonneries , & en toutes fortes d'occafions
, une parole ou une action raifonnable
eût été un prodige chez cette nation .
Ils fe fentirent enfin fort incommodés
de cet efprit de plaifanterie. Ils allerent
confulter l'Oracle de Delphes , pour lui demander
les moyens de recouvrer un peu
de férieux : l'Oracle répondit que s'ils pouvoient
facrifier un taureau à Neptune fans
rire , il feroit déformais en leur pouvoir
d'être plus fages. Un facrifice n'eft pas une
occafion fi plaifante d'elle-même ; cepenDECEMBRE
1754 57
dant pour le faire
férieufement ils y apporterent
bien des précautions. Ils réfolurent
de n'y point recevoir de jeunes gens ,
mais feulement des vieillards ; & non pas
encore toutes fortes de vieillards , mais
feulement ceux qui avoient ou des infirmités
, ou beaucoup de dettes , ou des
femmes fâcheufes & incommodes. Quand
toutes ces perfonnes choifies furent fur le
bord de la mer pour immoler la victime ,
il fallut encore , malgré les femmes diableſſes
, les dettes , les maladies , & l'âge ,
qu'ils compofaffent leur air , baiffaffent les
yeux , & fe mordiffent les lévres . Mais
par malheur il fe trouva là un enfant qui
s'y étoit gliffé. On voulut le chaffer , & il
cria : quoi ! avez-vous peur que je n'avale
votre taureau Cette fottife déconcerta
toutes ces gravités contrefaites : on éclata
de rire ; le facrifice fut troublé , & la
raifon ne vint point aux Tirinthiens .
SECOND CONTE.
On raconte qu'il y avoit un Cadis, nommé
Roufbehani , il étoit dans le Tabariftan
; c'étoit un homme qui poffédoit toutes
les qualités que demande fa charge. Un
jour un homme fe préfenta devant lui
pour intenter procès à un autre à qui il
Cv
58 MERCURE
DE FRANCE
.
à
avoit prêté de l'argent : le Cadis dit à l'acufe
, avez vous l'argent de cet homme ?
l'accufé le nia ; le Cadis demanda à l'accufateur
, avez - vous des témoins ? il répondit
, je n'en ai point ; le Cadis répondit , il
faut le faire jurer. L'accufateur
pleura , &
lui dit : ô juge ! prenez garde , fecourezmoi
, je n'ai point de témoins pour lui &
il jurera : le juge lui dit , par rapport
vous , je n'irai point contre la loi , il faut
que vous ayez des témoins ou que votre
adverfaire jure . L'homme pleura & fe jetta
par terre , je fuis un pauvre homme ,
faire
pas
dit-il , & fi vous ne me faites
juſtice , je ferai trompé ; examinez ma
caufe qui eft jufte . Alors le juge voulant
examiner le jufte procédé de cet homme ,
le fit approcher , & lui dit : comment
avez vous donné de l'argent à cet homme ?
je l'ai prêté , répondit il : à quelle condition
le lui avez -vous prêté ?
O juge ! foyez toujours heureux. Sçachez
que cet homme étoit mon ami : il
devint amoureux d'une efclave ; le prix de
cette efclave étoit de cent fequins , tout
fon bien ne les vaut point . Cet homme
étoit toujours plongé dans le chagrin
quelque part qu'il allât. Un jour nous
étions enfemble à la promenade , nous
nous repofâmes dans un endroit où il fe
0
DECEMBRE. 1754. 59
reſſouvint de fa maîtreffe ; il pleura tant
que j'eus pitié de lui , par rapport à notre
ancienne amitié de vingt ans. Vous n'avez
point affez d'argent , lui dis- je , pour
acheter cette efclave ; perfonne ne vous
fecourt : à peine ai- je cent fequins que j'ai
gagnés depuis que je fuis né , voulez - vous
que je vous les prête ? vous mettrez auffi
de l'argent, & vous acheterez cette efclave :
après en avoir joui pendant un mois vous
la revendrez , & vous me rendrez ce qui
m'appartient . Auffi tôt cet homme ſe jetta
à mes pieds , & me jura de ne fe fervir
qu'un mois de cette efclave , & qu'enfuite
il la revendroit , foit qu'il y perdît ,
foit qu'il y gagnât , afin de me rendre
mon argent. Je me rendis à fes prieres , &
je lui donnai cet argent ; il n'y avoit avec
nous perfonne , excepté Dieu . Depuis ce
tems - là , quatre mois fe font écoulés fans
que j'aye vû paroître ni mon argent ni
l'efclave. Dans quel lieu avez vous donné
cet argent ? l'homme dit à l'ombre d'un arbre
: pourquoi dites-vous que vous n'avez
point de témoins ? Il dit alors à l'accufé
reftez auprès de moi ; & à l'accufateur ,
allez à cet arbre , priez- y Dieu , & enfuite
dites lui : le juge vous demande , venez &
rendez témoignage pour moi . L'accufé fourit
au difcours du juge : le juge s'en apper-
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
çut , & fit femblant de ne le point voir
allez , dit- il , à l'accufateur , qu'il vienne
vîte pour rendre témoignage. L'accufateur
répondit , je crains que cet arbre ne veuille
point aquiefcer à ma feule parole , donnez
- moi quelque marque pour lui faire
fçavoir que c'eft de votre part que je viens.
Le juge lui en donna une , & lui dit , allez
& montrez lui cela ; dites -lui , le juge
vous demande pour rendre témoignage
fur ce que vous fçavez . Cet homme ayant
pris le figne , partit : l'accufé refta , le juge
caufa avec toute l'affemblée fans fonger à
l'accufé. Quelque tems après , il lui demanda
, cet homme eft-il arrivé à l'arbre ? il lui
répondit , il n'eft point encore arrivé : il
montra par cette réponſe qu'il étoit coupable.
Pour l'accufateur , étant allé à l'arbre
il eut beau le prier , lui montrer le ſignal
du juge , lui dire qu'il le demandoit pour
rendre témoignage , & ne pouvant rien
obtenir de l'arbre , il retourna , & dit au
juge Seigneur , j'ai montré votre figne ,
je n'ai rien obtenu de l'arbre. Alors le juge
répondit , cet arbre eft venu avant vous ,
il a rendu témoignage : vîte , donnez les
cent fequins à cet homme . L'accufé répartit
, quand eft-ce que l'arbre eft venu ? j'ai
toujours été préfent.
Le juge répondit , lorfque je vous aî
DECEMBRE. 1754. 61
demandé fi cet homme étoit arrivé à l'arbre
, pourquoi n'avez - vous point répondu
, comment puis- je fçavoir s'il y eft arrivé
, puifque je ne fçais où eft cet arbre ?
fi vous n'euffiez point connu cet arbre ,
vous n'euffiez point répondu : il n'y eft point
encore arrivé. L'accufé convaincu par luimême
, donna ce qu'il avoit à cet homme.
Quoique dans cette occafion le juge
n'aye point confulté le livre des loix , cependant
il a rendu la juftice par fon fçavoir.
III . CONTE.
Abdoul Dyebbar raconte que Mouhamed
, fils de Humeïr , étant un jour forti
pour chaffer , il vit un ferpent s'avancer
vers lui avec beaucoup de vîteffe . Lorfqu'il
fut arrivé auprès de lui , il lui dit :
fauve-moi , & Dieu te fauvera le jour que
perfonne autre que lui ne peut fauver . Il
demanda au ferpent de quoi il vouloit qu'il
le fauvât il lui répondit , d'un ennemi
qui veut me couper en pièces . Il lui demanda
où il vouloit qu'il le cachât ? il répondit
, fi tu veux faire une bonne action
cache-moi dans ton eftomac. Il ouvrit fa
bouche , & à peine le ferpent étoit - il defcendu
dans fon eftomac qu'il vit venir un
homme le fabre à la main , qui lui de62
MERCURE DE FRANCE.
1
manda où étoit le ferpent ? il lui répondit
qu'il ne l'avoit point vû , & l'homme paffa
outre. Sentant un moment après le ferpent
remonter , il ouvrit fa bouche ; le ferpent
mit la tête dehors, & lui demanda s'il voyoit
l'homme qui le cherchoit ? il répondit qu'il
avoit paffé , & qu'il ne le voyoit plus. Le
ferpent lui dit alors de choisir de deux chofes
l'une , ou qu'il lui piquât le coeur , ou
qu'il lui fendît le foie. Le fils de Humeïr
répondit : j'attefte Dieu que tu ne me traites
pas comme je l'ai mérité. Le ferpent
repliqua : il est vrai ; mais tu as fait du
bien à un ingrat , & il faut que tu choififfes
un des deux partis , il n'y a pas d'autres
moyens . Le fils de Humeïr lui dit :
puifqu'il faut que je meure , la feule grace
que je te demande eft que tu me donnes le
tems d'arriver au pied de cette montagne
qui eft devant nous pour m'y faire un tombeau.
Le ferpent y ayant confenti , il fe
mit à marcher du côté de la montagne.
A peine avoit il fait quelques pas qu'il rencontra
un jeune homme , d'un beau viſage
& bien habillé , qui lui dit : bon vieillard ,
qu'avez - vous ? il femble que vous foyez
defefpéré de la vie , & que vous alliez vous
préfenter à une mort certaine. Il lui répondit
: un ennemi qui eft dans mon eftomac
& qui veut me faire périr , m'a mis
DECEMBRE . 1754. 63
dans cet état. A ces mots le jeune homme
tira quelque chofe de fa manche & le lui
donna , en lui difant de l'avaler : l'ayant
avalé , il fentit une douleur violente dans
fes entrailles ; il fe plaignit au jeune homme
, & il lui en donna une autre : dès qu'il
l'eut avalé il rendit le ferpent en plufieurs
morceaux par le bas. Senfible au dernier
point au fervice qu'il lui avoit rendu , il lui
donna mille bénédictions , & le pria de lui
dire qui il étoit . Il répondit je fuis un ange
, mon nom eft Marouf, & ma place eſt
dans le quatrième ciel. Tu fçauras que les
habitans du ciel voyant le tour indigne
que le ferpent vouloit te jouer , ils ont été
touchés de ton état , & ont prié Dieu de
t'aider ; & c'est par fon ordre que je fuis
venu pour te tirer d'embarras. Hadjadje
demanda un jour à une perfonne quelles
étoient les chofes les plus mal employées ?
Il lui répondit , la pluie fur une terre falée
, une chandelle allumée devant le foleil
, une belle efclave entre les mains de
quelqu'un qui n'eft pas homme , & un
bienfait à un ingrat.
Fermer
Résumé : CONTES.
Le texte présente trois contes distincts. Le premier conte relate l'histoire des Tirinthiens, un peuple excessivement enclin à la joie et à la gaieté, au point de ne plus être capable de sérieux. Cette légèreté affectait tous les aspects de leur vie, rendant impossibles les discussions sérieuses ou les décisions importantes. Pour remédier à cette situation, ils consultèrent l'Oracle de Delphes, qui leur conseilla de sacrifier un taureau à Neptune sans rire. Malgré leurs efforts pour rester sérieux, la présence d'un enfant qui fit une remarque moqueuse fit échouer le sacrifice, et les Tirinthiens ne retrouvèrent pas leur sérieux. Le second conte raconte l'histoire d'un cadis nommé Roufbehani, connu pour ses qualités de juge. Un homme vint lui demander justice contre un ami qui avait emprunté de l'argent pour acheter une esclave mais ne l'avait pas remboursé. Le cadis, respectant la loi, exigea des témoins ou un serment. L'accusateur, désespéré, pleura et se jeta par terre. Le cadis, voulant examiner la cause, fit approcher l'accusé et écouta son récit. L'accusé expliqua qu'il avait prêté l'argent à son ami pour acheter une esclave, mais que celui-ci ne l'avait pas remboursé. Le cadis utilisa une ruse en demandant à l'accusé de se rendre auprès d'un arbre pour témoigner, révélant ainsi la culpabilité de l'accusé qui ne connaissait pas l'arbre. Le troisième conte est narré par Abdoul Dyebbar et concerne Mouhamed, fils de Humeïr. Un jour, un serpent demanda à Mouhamed de le sauver d'un ennemi. Mouhamed accepta et cacha le serpent dans son estomac. Plus tard, un ange nommé Marouf sauva Mouhamed en lui donnant une substance qui tua le serpent. L'ange révéla qu'il avait été envoyé par les habitants du ciel pour aider Mouhamed, soulignant l'ingratitude du serpent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9600
p. 64
QUATRAIN. A une femme laide qui avoit des boutons, & qui vouloit en guérir à quelque prix que ce fût.
Début :
Si vous pouviez pour argent ou pour or, [...]
Mots clefs :
Boutons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAIN. A une femme laide qui avoit des boutons, & qui vouloit en guérir à quelque prix que ce fût.
QUATRAIN.
A une femme laide qui avoit des boutons ;
& qui vouloit en guérir à quelque prix
que ce fut.
ST
I vous pouviez pour argent ou pour or ,
A vos boutons trouver quelque remede ,
Vons feriez , j'en conviens , moins laide ;
Mais vous feriez bien laide encor.
A une femme laide qui avoit des boutons ;
& qui vouloit en guérir à quelque prix
que ce fut.
ST
I vous pouviez pour argent ou pour or ,
A vos boutons trouver quelque remede ,
Vons feriez , j'en conviens , moins laide ;
Mais vous feriez bien laide encor.
Fermer