LE COE UR
DE LOUIS LE GRAN D.
• A ATOD E.
Toy , devant quifond & s'abîme
Tout l'orgueil desfoibles humains,
Qui tiens fur fon thrône fublime
Leur fort fufpendu dans tes
mains ,
GALANT .
15
Devant qui comme de fantômes
Paßent les Rois & les Royaumes
En un inftant évanoüis ,
DIEU ,feulgrand
maistre,
fouverain
Tufais donc helas difparoiftre
La Grandeur même de Loüis.
Ta gloire eft l'écuësl adorable
Oùfebrife toute grandeur ,
Dont on voit l'éclat pen durable
Se perdre dans ta profondeur.
ne viens point par des blafphê-· Je
mes
Cenfurer tes ordres fuprêmes
Dont tu nous voiles les fecrets :
Mais auplus grand de nos Monarques
16 MERCURE
Laffe - nous donner quelques
marques
De nos plusfenfibles regrets .
Daigne d'un jouffl falutaire
Animer mes triftes accens ,
C'eft au poids de ton fanctuaire
Que j'ofe pezer mon encens .
Si ton oeil , à qui rien n'impofe ,
Trouve le prix de chaque chofe
D'un regard für peneirant
Souffre qu'à la faveur je funde
Un coeurplus vafte que le monde, •
Dont tu le rendis conquerant
.
Il est temps qu'aux yeux de
l'Europe
Qui
GALANT. 17
Qui vit tant de pompeux dehors ,
Ce coeur s'ouvre e fe dévelope
Pour montrer fes rares trefors.
Paroiffez Vertus ,feules Reines
D'un coeur qui vous fit fouveraines
Des peuples foumis à fes loix.
C'est à vous qu'exilant les vices,
Louis confacra les premices
Et la fuite defes exploits.
* La Difcorde pâle & tremblante
Sentit alorsfes
premiers coups ,
Etjetta d'une main fanglante
Le fer qu'aiguifoit
fon courroux.
* Les Gueres civiles ..
Novembre
1715 •
B
18
MERGURE
Malgréfesfecretes pratiques ,
Quand nos ennemis domestiques
Farent comme elle ensevelis ,
* Perirent d'un commun naй-
frage
Ces voifinsjaloux qu'un ombrage
Avoit arm.Z contre les Lys .
Alors au bruit defon tonnerre
Louis renverfant les Estats
Fit taire devant luy la terre ,
Contrainte à flechir (ous fes pas..
Ilparut , & ternit la gloire
Des anciens guerriers , dont l'hiftoire
Fait refpecter le fouvenir ›
* Les Guerres étrangeres,
GALANT . 19
•
Etfon heroifme fidele
En fit un éternel modele
De tous les Heros à venir.
Alors le barbare miniſtre
De l'infatiable Fureur ,
Le Duel au regard finiſtre »
Ceßa d'anoblir la valeur.
Enfin l'ignorance éperduë,
Et la moleffe confonduë
Chercherent de nouveaux remparts
,
Laiffant triompherdans nos villes,
Comme dans leurs propres azyles,
Les Vertus , les Loix
Arts.
&
les
Bij
20 MERGURE
Coeur august , in fus la fource
De tant de miracles divers ,
Qui du Midy jufques à l'Ourfe
Eronnerent tout l'univers .
Le Devoir te fervit de phare,
Et lafermeté la plus rare
Fut l'ame de tes actions .
Chez toy la justice épurée ,
Et par la douceurtemperée ,
Tint la place des paffions.
Si pourtant un nuage Sombre
Ternit l'éclat de ce grand coeur ,
N'en faifons point rougir ton
ombre
,
Louis , tu pleuras ton erreur.
Tu lefçais , ô Pietéfainte ,
GALAN . 21
Qui dans ce coeurverfant la crainte
Du fouverain Signeur des Rois,
Etgravant en lettres de flame
L'humble respect dans fa grande
ame ,
Ofas reclamer tous tes droits.
* Rappellons - nous ce temps
funefte
Où feule tu fus fon fupport
Quand de la vengeance celefte
La France redouta l'effort ;
Quand le Seigneur , jadis propice,
Creufa fous nous le precipice ,
Quefa main depuis a comblé.
Il fentitpour lors , Dieu f vere ,
L'énorme poids de ta colere ,
* Les malheurs de ia France,
"
22 MERGURE
Mais il n'en fut point accablé.
* Non que tout l'Empire en
allarmes ,
Et l'espoir du throne abatu
N'arrachat à Louis des larmes
Qu'il déroboit à fa vertu.
Mais toujours fous ta main puiffanie
,
Soit terrible , foit bienfaisante ,
Il apprit à s'humilier ,
Et fa conftance inébranlable
Contre un courroux inévitable
Lecouvrit de fon bouclier.
C'est à l'abri de cette égide
Qu'il envisagea le trépas
* La mort des Princes,
GALANT . 23
De cet oeil tranquile , intrepide .
Dont il le vit dans les combats..
L'avenir pourra t il le croire ?
Plus Heros
que
dans la victoire
Il expire avec majesté ,
Et fa gloire qui s'éternife ,
Dans le fein de la mortſurpriſe
Enfante l'immortalité.
Grand Dieu , qu'une faveur
nouvelle
Suiveles biens que tu nous fis
Répans cette gloire immortelle
·Sur fon augufte Petit Fils.
Donne luy les jours de ces Princes
Que tu ravis anos Provinces ,
Et qui revivent en layfeul.
24 MERGURE
Aidédu Prince qui le guide.
Qu'il puife la grandeur folide
Dans le coeur de fon Bifayeul !
Puiffe à jamais ce facrégage,
Ce coeur le plus cher de ces dons
Voir renouveller d'âge en âge
Le tribut que nous lui rendons.
Peuples du Tybre & de l'Euphrate,
Quelque vanité qui vou ‹flate,
De nostre fort foy z jaloux.
Trop furs de poffeder les cendres
Des Cefars des Alexandres
Vous fútes moins beureux que
nous.
P. BRUMOY, D. L. C. D. J.