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1
p. 164-167
RÉPONSE Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi, fils aîné, inserée dans le premier Mercure de Janvier. 1752.
Début :
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a pu vous porter à faire inserer dans le premier [...]
Mots clefs :
Pendule, Lettre, Projet, Invention , Public
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi, fils aîné, inserée dans le premier Mercure de Janvier. 1752.
RÉPONSE
Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au
Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi,
fils aînè, inserée dans le premier Mercure
de Janvier. 1752.
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a
pu vous porter à faire inserer dans le premier
Mercure de Janvier, la Lettre que j'y ai lie au
sujet de notre Pendule, moins je découvre quel
est en cela votre intérêt.
Comme vous avez eu soin de la qualifier la
vôtre dans certe Lettre, vous ne de vez donc pas
trouver mauvais que je l'appelle la nôtre à l'ave-
nir, ainsi que j'ai crû avoir droit de le faire jus-
qu'ici.
Je connois à la vérité votre répugnance à ce
que le public sçache, comme vous, la part que
j'y ai; mais entre vous & moi seulement, Mon-
sieur, & sans que ce public, à qui vous paroissez,
ce me semble, résolu de déguiser le vrai, soit in-
formé de quelques aveus que je me propose de
tirer de vous; refuserez-vous de m'accorder que
vous m'ayez l'obligation de l'état actuel de cette
Pendule ? Avec une aussi bonne mémoire que
vous l'avez, vous n'aurez pû oublier, que lors-
que vous vintes m'en communiquer le projet, il
y a un an, ce ne fut point avec le secours d'au-
cune description, ni d'aucun dessein, & que ce
que vous avez fait mettre daus le Mercure, a été
copié, comme je l'ai dit ailleurs, d'après les chan-
gemens que j'avois faits, ayant passé deus
ed by
OC
MARS.
1752.
165
mois entiers à tirer vos idées du cahos, & à chan-
ger toute la disposition de votre projet, qui,
vous en conviendrez, étoit avant cela imprati-
quable.
Si vous vous en fussiez tenu à l'exposition de ce
projet originaire, vous vous seriez épargné le dé-
plaisir que, malgré moi, je vous renouvelle ici;
& certainement vous ne m'auriez point pour
rival: mais comme ce sont mes opérations, & le
fruit de mes veilles & de mes dépenses, que vous
vous appropriez avec si peu d'égards, permettez-
moi, Monsieur, de les réclamer; vous m'y for-
cez.
Je conviens, que quand j'eus poussé l'entre-
prise au point de voir, à peu près à quoi nous en
tenir, je voulus bien, par l'Acte que nous fimes,
consentir à vous laisser la gloire de l'invention.
Mais vous ne pouvez pas non plus me nier, que
la premiere ébauche qui parut nous flatter, &
qu'accompagné de vous, j'eus l'honneur de pré-
senter à Sa Majesté, à Bellevue, n'ayant pas
réussi, je fus obligé de faire, sans aucun secours
de votre part, de nouvelles épreuves qui me coû-
terent beaucoup de recherches & de frais, pour
amener les choses au point de perfection où elles
sont aujourd'hui. Ce fut alors que je commençai
à sentit quelque peine de vous abandonner toute
l'invention: car enfin, Monsieur, que restoit- il
de votre projet? très-pen de chose, vous ne l'i-
gnorez pas, l'idée générale seulement, & c'est
tout.
J'ai dit que je produisis la Pendule à Bellevde.
Qui pourra s'imaginer que ce fut moi qui pré-
sentai cette piéce à Sa Majesté, aptès ce qui se
trouve dans le Mercure, & peut-être ailleurs en-
core? Mais entre nous, Monsicur, oseriez-vous
AuaduO
166 MERCUREDEFRANCE.
soutenit ce que vous avancez en public à ce sujet
Je ne le pense pas.
Pour ce qui regarde l'invention de la Pendule,
je vous ai déja fait observer qu'il fut un tems
où je souffrois avec répugnance de vous voir vous
décorer seul d'un honneur qui nous étoit tout au
moins commun. J'ajouterai ici, à votre louan-
ge, que vous vous en apperçûtes, & que vous
tûtes assez judieux pour m'accorder un nouvel ar-
rangement.
Suivant notre Acte, il vous étoit permis de
faire graver votre nom, avec le titre d'lnventeur
en tête de la Pendule: & moi, je pouvois simple-
ment m'annoncer l'Exécuteur de vos découvertes;
mais non pas sous vos yeux, comme vous affectez
de le publier, ainsi que je l'ai déja démontré évi-
demment dans la Lettre que j'ai fait imprimer le
17 de ce mois.
Si ce premier état étoit bien flatteur pour vous
il étoit par contre-coup bien humiliant pour moi;
aussi le théatre de votre gloire s'étant malheureu-
sement écroulé, je m'empressai d'autant plus
volontiers à chercher les moyens de le rétablir
que je compris que je pouvois par-là me réhabi-
liter dans mes droits. Le succès favorisa mes tra-
vaux. Alors nos avantages devinrent égaux, &
notre condition la même: vous souscrivites à la
loi qui me plaçoit à l'avenir sur une même ligne
avec vous, sans aucune attribution à l'un ni à
l'autre de l'invention. Telle est la Pendule que
nous avons livrée pour Constantinople.
Dans la suite vous trouvâtes plus convenable
de ne faire graver aucun nom d'une maniere ap-
parente, mais seulement en abregé sur la console
& toujours dans la même ligne; j'y consentis à
mon tout. Telles sont les Pendules du Roi, de
MARS. 1752.
167
Madame la Marquise de Pompadour, celle que
vous avez envoyée à Turin, & plusieurs autres.
Voilà où nous en étions, lorsque vous avez
jugé à propos de tenter de, me chagriner, & de
me ravit même un ouvrage qui m'a couté plus de
mille écus, pour lequel vous n'avez pas déboursé
un sol, & dont au contraire vous avez tiré quel-
que fruit. Je suis, &c.
Lepaute.
Paris, 19 Janvier 1752.
Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au
Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi,
fils aînè, inserée dans le premier Mercure
de Janvier. 1752.
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a
pu vous porter à faire inserer dans le premier
Mercure de Janvier, la Lettre que j'y ai lie au
sujet de notre Pendule, moins je découvre quel
est en cela votre intérêt.
Comme vous avez eu soin de la qualifier la
vôtre dans certe Lettre, vous ne de vez donc pas
trouver mauvais que je l'appelle la nôtre à l'ave-
nir, ainsi que j'ai crû avoir droit de le faire jus-
qu'ici.
Je connois à la vérité votre répugnance à ce
que le public sçache, comme vous, la part que
j'y ai; mais entre vous & moi seulement, Mon-
sieur, & sans que ce public, à qui vous paroissez,
ce me semble, résolu de déguiser le vrai, soit in-
formé de quelques aveus que je me propose de
tirer de vous; refuserez-vous de m'accorder que
vous m'ayez l'obligation de l'état actuel de cette
Pendule ? Avec une aussi bonne mémoire que
vous l'avez, vous n'aurez pû oublier, que lors-
que vous vintes m'en communiquer le projet, il
y a un an, ce ne fut point avec le secours d'au-
cune description, ni d'aucun dessein, & que ce
que vous avez fait mettre daus le Mercure, a été
copié, comme je l'ai dit ailleurs, d'après les chan-
gemens que j'avois faits, ayant passé deus
ed by
OC
MARS.
1752.
165
mois entiers à tirer vos idées du cahos, & à chan-
ger toute la disposition de votre projet, qui,
vous en conviendrez, étoit avant cela imprati-
quable.
Si vous vous en fussiez tenu à l'exposition de ce
projet originaire, vous vous seriez épargné le dé-
plaisir que, malgré moi, je vous renouvelle ici;
& certainement vous ne m'auriez point pour
rival: mais comme ce sont mes opérations, & le
fruit de mes veilles & de mes dépenses, que vous
vous appropriez avec si peu d'égards, permettez-
moi, Monsieur, de les réclamer; vous m'y for-
cez.
Je conviens, que quand j'eus poussé l'entre-
prise au point de voir, à peu près à quoi nous en
tenir, je voulus bien, par l'Acte que nous fimes,
consentir à vous laisser la gloire de l'invention.
Mais vous ne pouvez pas non plus me nier, que
la premiere ébauche qui parut nous flatter, &
qu'accompagné de vous, j'eus l'honneur de pré-
senter à Sa Majesté, à Bellevue, n'ayant pas
réussi, je fus obligé de faire, sans aucun secours
de votre part, de nouvelles épreuves qui me coû-
terent beaucoup de recherches & de frais, pour
amener les choses au point de perfection où elles
sont aujourd'hui. Ce fut alors que je commençai
à sentit quelque peine de vous abandonner toute
l'invention: car enfin, Monsieur, que restoit- il
de votre projet? très-pen de chose, vous ne l'i-
gnorez pas, l'idée générale seulement, & c'est
tout.
J'ai dit que je produisis la Pendule à Bellevde.
Qui pourra s'imaginer que ce fut moi qui pré-
sentai cette piéce à Sa Majesté, aptès ce qui se
trouve dans le Mercure, & peut-être ailleurs en-
core? Mais entre nous, Monsicur, oseriez-vous
AuaduO
166 MERCUREDEFRANCE.
soutenit ce que vous avancez en public à ce sujet
Je ne le pense pas.
Pour ce qui regarde l'invention de la Pendule,
je vous ai déja fait observer qu'il fut un tems
où je souffrois avec répugnance de vous voir vous
décorer seul d'un honneur qui nous étoit tout au
moins commun. J'ajouterai ici, à votre louan-
ge, que vous vous en apperçûtes, & que vous
tûtes assez judieux pour m'accorder un nouvel ar-
rangement.
Suivant notre Acte, il vous étoit permis de
faire graver votre nom, avec le titre d'lnventeur
en tête de la Pendule: & moi, je pouvois simple-
ment m'annoncer l'Exécuteur de vos découvertes;
mais non pas sous vos yeux, comme vous affectez
de le publier, ainsi que je l'ai déja démontré évi-
demment dans la Lettre que j'ai fait imprimer le
17 de ce mois.
Si ce premier état étoit bien flatteur pour vous
il étoit par contre-coup bien humiliant pour moi;
aussi le théatre de votre gloire s'étant malheureu-
sement écroulé, je m'empressai d'autant plus
volontiers à chercher les moyens de le rétablir
que je compris que je pouvois par-là me réhabi-
liter dans mes droits. Le succès favorisa mes tra-
vaux. Alors nos avantages devinrent égaux, &
notre condition la même: vous souscrivites à la
loi qui me plaçoit à l'avenir sur une même ligne
avec vous, sans aucune attribution à l'un ni à
l'autre de l'invention. Telle est la Pendule que
nous avons livrée pour Constantinople.
Dans la suite vous trouvâtes plus convenable
de ne faire graver aucun nom d'une maniere ap-
parente, mais seulement en abregé sur la console
& toujours dans la même ligne; j'y consentis à
mon tout. Telles sont les Pendules du Roi, de
MARS. 1752.
167
Madame la Marquise de Pompadour, celle que
vous avez envoyée à Turin, & plusieurs autres.
Voilà où nous en étions, lorsque vous avez
jugé à propos de tenter de, me chagriner, & de
me ravit même un ouvrage qui m'a couté plus de
mille écus, pour lequel vous n'avez pas déboursé
un sol, & dont au contraire vous avez tiré quel-
que fruit. Je suis, &c.
Lepaute.
Paris, 19 Janvier 1752.
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2
p. 177-183
HORLOGERIE. Lettre du sieur Caron fils, Horloger du Roi, à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, je suis un jeune artiste qui n'ai l'honneur d'être connu du [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Horloger du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HORLOGERIE. Lettre du sieur Caron fils, Horloger du Roi, à l'Auteur du Mercure.
HORLOGERI E.
Lettre du fieur Caron fils , Horloger du Roi ,
à l'Auteur du Mercure.
M
ONSIEUR , je fuis un jeune artiſte
qui n'ai l'honneur d'être connu du
public que par l'invention d'un nouvel
échappement à repos pour les montres , que
l'Académie a honoré de fon approbation
& dont les Journaux ont fait mention l'année
paffée. Ce fuccès me fixe à l'état d'horloger
, & je borne toute mon ambition à
acquerir la fcience de mon art ; je n'ai jamais
porté un oeil d'envie fur les productions
de mes confreres :( cette lettre le
prouve ) mais j'ai le malheur de fouffrir
fort impatiemment qu'on veuille m'enle- ver le peu de terrein que l'étude & le travail
m'ont fait défricher ; c'eſt cette chaleur
de fang dont je crains bien que l'âge
ne me corrige pas , qui m'a fait défendre
avec tant d'ardeur les juftes prétentions
que j'avois fur l'invention de mon échappement
, lorſqu'elle me fut conteſtée il y
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
,
a environ dix-huit mois. L'Académie des
Sciences , non feulement me déclara auteur
de cet échappement , mais elle jugea
qu'il étoit dans fon état actuel le plus parfait
qu'on eut encore adapté aux montres ;
cependant elle fçavoit , & je voyois bien
qu'il étoit fufceptible de quelques perfections
mais la néceffité de conftater
promptement mon titre , à laquelle mon
adverfaire me força en publiant fes fauffes
prétentions , m'empêcha de les y ajouter.
Alors devenu poffeffeur tranquille de mon
échappement , j'ai donné tous mes foins
à le rendre encore fupérieur à lui- même ,
& c'eft l'état où il eft maintenant ; mais
en même-tems trop bon citoyen pour en
faire un myftere , je l'ai rendu public autant
qu'il m'a été poffible. Les divers écrits
que cet échappement a occafionné & le
jugement que l'Académie en a porté , attirant
fur lui l'attention des Horlogers , il
devint l'objet des réflexions & des recherches
de quelques- uns des plus habiles d'entr'eux
: deforte que pendant que j'y ajoutois
les petites perfections qui lui manquoient
, M. de Romilly s'apperçut qu'effectivement
il en étoit fufceptible ; il y travailla
de fon côté , & préfenta à l'Académie
en Décembre 1754 le changement
qu'il y avoit fait ; le ſoir même de ſa préJUILLET.
1755. 179
fentation M. Le Roy m'en ayant apporté la
nouvelle , je demandai fur le champ à
l'Académie , qu'en faveur de ma qualité
d'Auteur , elle voulut bien examiner avant
tout l'état de perfection auquel j'avois moimême
porté mon échappement . Cette perfection
étoit des repos plus près du centre
& des arcs de vibrations plus étendus ,
elle y confentit , & l'examen qu'elle fit
des piéces que nous préfentâmes , l'un &
l'autre lui montra que M. Romilly avoit
atteint le même but que moi en travaillant
fur le même fujet : ainfi l'Académie
toujours équitable dans les jugemens , ne
voulant pas accorder plus d'avantage fur
cette perfection à ma qualité d'Auteur de
l'échappement qu'à l'antériorité de préfentation
de M. de Romilly , qui n'eft
effectivement que d'un feul jour , a dévré
à chacun de nous le certificat fuivant
, que je publie d'autant plus volontiers
que M. de Romilly qui a jugé mon
échappement digne de fes recherches , eft
un très - galant homme , & que j'eftime véritablement
d'ailleurs je ferois fâché que
cette petite concurrence entre lui & mor
pût être envisagée comme une difpute femblable
à la premiere ; l'émulation qui anime
les honnêtes gens mérite un nom plus
honorable. J'ai l'honneur d'être , & c.
Extrait des Regiftres de l'Académie royale
des Sciences , du 11 Juin 1755.
>
MM . de Mairan, de Montigni & Le Roi,
qui avoient été nommés pour examiner une
montre à fecondes , à laquelle eft adapté
l'échappement du fieur Caron fils , perfectionné
par le fieur Romilly , Horloger ,
citoyen de Genêve , & par lui préfentée
à l'Académie , avec un mémoire fur les
échappemens en général , en ayant fait
leur rapport , l'Académie a jugé que le
changement fait à cet échappement , &
qui permet d'en rendre le cylindre auffr
petit qu'on le juge à propos : de rapprocher
les points de repos du centre , & de
donner aux arcs du balancier plus de trois
cens dégrés d'étendue , étoit ingénieux &
utile , mais en même- tems elle ne peut douter
que le fieur Caron n'ait de fon côté
porté fon échappement au même dégré de
perfection ; puifque le jour même que M.
Le Roi , l'un des Commiffaires, lui en donna
connoiffance en Décembre 1754 , cet
Horloger lui fit voir un modele de fon
échappement qu'il avoit perfectionné , auquel
il travailloit alors, & dont la roue d'échappement
avoit les dents fouillées par
derriere , & étoit exactement femblable.
à la conftruction du fieur Romilly , dont
JUILLET. 1755. 181
il n'avoit cependant point eu de communication
; d'ailleurs dans la boîte de preuve
que le fieur Caron dépofa en Septembre
1753 au Secrétariat de l'Académie , &
qui eft jufques à préfent reftée entre les
mains de MM. les Commiffaires , il y a
plufieurs petits cylindres dont les repos
font très- près du centre , mais qu'il n'eut
pas alors le tems de perfectionner.
Ainfi le mérite d'avoir amené cette invention
au point de perfection dont elle
étoit fufceptible , appartient également au
fieur Romilly & au fieur Caron fon auteur
; mais le fieur Romilly en a préſenté
la premiere exécution : en foi de quoi j'ai
figné le préfent certificat . A Paris , ce 14
Juin 1715.
Grandjean de Fouchy , Secrétaire
perpétuel de l'Académie royale
des Sciences .
Je profite de cette occafion pour répondre
à quelques objections qu'on a faites fur
mon échappement dans divers écrits rendus
publics. En fe fervant de cet échappement
, a-t-on dit , on ne peut pas faire des
montres plates , ni même de petites montres.
Ce qui fuppofé vrai , rendroit le meilleur
échappement connu très-incommode , des
182 MERCURE DE FRANCE.
faits feront toute ma réponſe . Plufieurs
expériences m'ayaut démontré que mon
échappement corrigeoit par fa nature les
inégalités du grand reffort fans aucun befoin
d'un autre régulateur , j'ai fupprimé
de mes montres toutes les pièces qui exigeoient
de la hauteur au mouvement ,
comme la fufée , la chaîne , la potence ,
toute roue à couronne , fur- tout celles dont
l'axe eft parallele aux platines dans les
montres ordinaires , & toutes les piéces
que ces principales entraînoient à leur fuite.
Par ce moyen je fais des montres aufſi
plates qu'on le juge à propos , & plus plates
qu'on en ait encore faites , fans que
cette commodité diminue en rien de leur
bonté. La premiere de ces montres fimplifiées
eft entre les mains du Roi. Sa Majefté
la porte depuis un an , & en eft trèscontente.
Si des faits répondent à la premiere
objection , des faits répondent également
à la feconde . J'ai eu l'honneur de
préfenter à Mme de Pompadour ces jours
paffés une montre dans une bague, de cette
nouvelle conftruction fimplifiée , la plus
petite qui ait encore été faite ; elle n'a que
quatre lignes & demie de diametre , &
une ligne moins un tiers de hauteur entre
les platines . Pour rendre cette bague plus
commode , j'ai imaginé en place de clef
JUILLE T. 1755. 183
un cercle autour du cadran , portant un
petit crochet faillant ; en tirant ce crochet
avec l'ongle , environ les deux tiers
du tour du cadran , la bague eft remontée ,
& elle va trente heures. Avant que de la
porter à Mme de Pompadour , j'ai vû cette
bague fuivre exactement pendant cinq
jours ma pendule à fecondes , ainfi en
fe fervant de mon échappement & de ma
conftruction on peut donc faire d'excellentes
montres auffi plates:& auffi petites
qu'on le jugera à propos.
J'ai l'honneur d'être , &c.
CARON fils , Horloger du Roi.
Rue S. Denis , près celle de la Chanvererie.
A Paris , le 16 Juin 1755 .
Lettre du fieur Caron fils , Horloger du Roi ,
à l'Auteur du Mercure.
M
ONSIEUR , je fuis un jeune artiſte
qui n'ai l'honneur d'être connu du
public que par l'invention d'un nouvel
échappement à repos pour les montres , que
l'Académie a honoré de fon approbation
& dont les Journaux ont fait mention l'année
paffée. Ce fuccès me fixe à l'état d'horloger
, & je borne toute mon ambition à
acquerir la fcience de mon art ; je n'ai jamais
porté un oeil d'envie fur les productions
de mes confreres :( cette lettre le
prouve ) mais j'ai le malheur de fouffrir
fort impatiemment qu'on veuille m'enle- ver le peu de terrein que l'étude & le travail
m'ont fait défricher ; c'eſt cette chaleur
de fang dont je crains bien que l'âge
ne me corrige pas , qui m'a fait défendre
avec tant d'ardeur les juftes prétentions
que j'avois fur l'invention de mon échappement
, lorſqu'elle me fut conteſtée il y
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
,
a environ dix-huit mois. L'Académie des
Sciences , non feulement me déclara auteur
de cet échappement , mais elle jugea
qu'il étoit dans fon état actuel le plus parfait
qu'on eut encore adapté aux montres ;
cependant elle fçavoit , & je voyois bien
qu'il étoit fufceptible de quelques perfections
mais la néceffité de conftater
promptement mon titre , à laquelle mon
adverfaire me força en publiant fes fauffes
prétentions , m'empêcha de les y ajouter.
Alors devenu poffeffeur tranquille de mon
échappement , j'ai donné tous mes foins
à le rendre encore fupérieur à lui- même ,
& c'eft l'état où il eft maintenant ; mais
en même-tems trop bon citoyen pour en
faire un myftere , je l'ai rendu public autant
qu'il m'a été poffible. Les divers écrits
que cet échappement a occafionné & le
jugement que l'Académie en a porté , attirant
fur lui l'attention des Horlogers , il
devint l'objet des réflexions & des recherches
de quelques- uns des plus habiles d'entr'eux
: deforte que pendant que j'y ajoutois
les petites perfections qui lui manquoient
, M. de Romilly s'apperçut qu'effectivement
il en étoit fufceptible ; il y travailla
de fon côté , & préfenta à l'Académie
en Décembre 1754 le changement
qu'il y avoit fait ; le ſoir même de ſa préJUILLET.
1755. 179
fentation M. Le Roy m'en ayant apporté la
nouvelle , je demandai fur le champ à
l'Académie , qu'en faveur de ma qualité
d'Auteur , elle voulut bien examiner avant
tout l'état de perfection auquel j'avois moimême
porté mon échappement . Cette perfection
étoit des repos plus près du centre
& des arcs de vibrations plus étendus ,
elle y confentit , & l'examen qu'elle fit
des piéces que nous préfentâmes , l'un &
l'autre lui montra que M. Romilly avoit
atteint le même but que moi en travaillant
fur le même fujet : ainfi l'Académie
toujours équitable dans les jugemens , ne
voulant pas accorder plus d'avantage fur
cette perfection à ma qualité d'Auteur de
l'échappement qu'à l'antériorité de préfentation
de M. de Romilly , qui n'eft
effectivement que d'un feul jour , a dévré
à chacun de nous le certificat fuivant
, que je publie d'autant plus volontiers
que M. de Romilly qui a jugé mon
échappement digne de fes recherches , eft
un très - galant homme , & que j'eftime véritablement
d'ailleurs je ferois fâché que
cette petite concurrence entre lui & mor
pût être envisagée comme une difpute femblable
à la premiere ; l'émulation qui anime
les honnêtes gens mérite un nom plus
honorable. J'ai l'honneur d'être , & c.
Extrait des Regiftres de l'Académie royale
des Sciences , du 11 Juin 1755.
>
MM . de Mairan, de Montigni & Le Roi,
qui avoient été nommés pour examiner une
montre à fecondes , à laquelle eft adapté
l'échappement du fieur Caron fils , perfectionné
par le fieur Romilly , Horloger ,
citoyen de Genêve , & par lui préfentée
à l'Académie , avec un mémoire fur les
échappemens en général , en ayant fait
leur rapport , l'Académie a jugé que le
changement fait à cet échappement , &
qui permet d'en rendre le cylindre auffr
petit qu'on le juge à propos : de rapprocher
les points de repos du centre , & de
donner aux arcs du balancier plus de trois
cens dégrés d'étendue , étoit ingénieux &
utile , mais en même- tems elle ne peut douter
que le fieur Caron n'ait de fon côté
porté fon échappement au même dégré de
perfection ; puifque le jour même que M.
Le Roi , l'un des Commiffaires, lui en donna
connoiffance en Décembre 1754 , cet
Horloger lui fit voir un modele de fon
échappement qu'il avoit perfectionné , auquel
il travailloit alors, & dont la roue d'échappement
avoit les dents fouillées par
derriere , & étoit exactement femblable.
à la conftruction du fieur Romilly , dont
JUILLET. 1755. 181
il n'avoit cependant point eu de communication
; d'ailleurs dans la boîte de preuve
que le fieur Caron dépofa en Septembre
1753 au Secrétariat de l'Académie , &
qui eft jufques à préfent reftée entre les
mains de MM. les Commiffaires , il y a
plufieurs petits cylindres dont les repos
font très- près du centre , mais qu'il n'eut
pas alors le tems de perfectionner.
Ainfi le mérite d'avoir amené cette invention
au point de perfection dont elle
étoit fufceptible , appartient également au
fieur Romilly & au fieur Caron fon auteur
; mais le fieur Romilly en a préſenté
la premiere exécution : en foi de quoi j'ai
figné le préfent certificat . A Paris , ce 14
Juin 1715.
Grandjean de Fouchy , Secrétaire
perpétuel de l'Académie royale
des Sciences .
Je profite de cette occafion pour répondre
à quelques objections qu'on a faites fur
mon échappement dans divers écrits rendus
publics. En fe fervant de cet échappement
, a-t-on dit , on ne peut pas faire des
montres plates , ni même de petites montres.
Ce qui fuppofé vrai , rendroit le meilleur
échappement connu très-incommode , des
182 MERCURE DE FRANCE.
faits feront toute ma réponſe . Plufieurs
expériences m'ayaut démontré que mon
échappement corrigeoit par fa nature les
inégalités du grand reffort fans aucun befoin
d'un autre régulateur , j'ai fupprimé
de mes montres toutes les pièces qui exigeoient
de la hauteur au mouvement ,
comme la fufée , la chaîne , la potence ,
toute roue à couronne , fur- tout celles dont
l'axe eft parallele aux platines dans les
montres ordinaires , & toutes les piéces
que ces principales entraînoient à leur fuite.
Par ce moyen je fais des montres aufſi
plates qu'on le juge à propos , & plus plates
qu'on en ait encore faites , fans que
cette commodité diminue en rien de leur
bonté. La premiere de ces montres fimplifiées
eft entre les mains du Roi. Sa Majefté
la porte depuis un an , & en eft trèscontente.
Si des faits répondent à la premiere
objection , des faits répondent également
à la feconde . J'ai eu l'honneur de
préfenter à Mme de Pompadour ces jours
paffés une montre dans une bague, de cette
nouvelle conftruction fimplifiée , la plus
petite qui ait encore été faite ; elle n'a que
quatre lignes & demie de diametre , &
une ligne moins un tiers de hauteur entre
les platines . Pour rendre cette bague plus
commode , j'ai imaginé en place de clef
JUILLE T. 1755. 183
un cercle autour du cadran , portant un
petit crochet faillant ; en tirant ce crochet
avec l'ongle , environ les deux tiers
du tour du cadran , la bague eft remontée ,
& elle va trente heures. Avant que de la
porter à Mme de Pompadour , j'ai vû cette
bague fuivre exactement pendant cinq
jours ma pendule à fecondes , ainfi en
fe fervant de mon échappement & de ma
conftruction on peut donc faire d'excellentes
montres auffi plates:& auffi petites
qu'on le jugera à propos.
J'ai l'honneur d'être , &c.
CARON fils , Horloger du Roi.
Rue S. Denis , près celle de la Chanvererie.
A Paris , le 16 Juin 1755 .
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Résumé : HORLOGERIE. Lettre du sieur Caron fils, Horloger du Roi, à l'Auteur du Mercure.
Caron fils, horloger du Roi, adresse une lettre à l'auteur du Mercure pour présenter son nouvel échappement à repos pour montres, inventé et approuvé par l'Académie des Sciences. Il exprime son désir de se concentrer sur l'amélioration de son art sans envie envers ses confrères, mais défend ses inventions lorsqu'elles sont contestées. En 1754, l'Académie des Sciences a reconnu Caron fils comme l'auteur de cet échappement, le jugeant le plus parfait à l'époque, bien que susceptible de perfectionnements. Forcé de confirmer rapidement sa paternité, il n'a pas pu ajouter immédiatement ces améliorations. Par la suite, il a continué à perfectionner son échappement et l'a rendu public. L'échappement a attiré l'attention de plusieurs horlogers, dont M. de Romilly, qui a également apporté des améliorations. En décembre 1754, Romilly a présenté ses modifications à l'Académie. Caron fils a alors demandé à l'Académie d'examiner son propre échappement perfectionné. L'Académie a conclu que les deux horlogers avaient atteint un même niveau de perfection, et a délivré un certificat reconnaissant leurs contributions égales, tout en notant que Romilly avait présenté ses modifications en premier. Caron fils répond également à des objections sur son échappement, affirmant qu'il permet de fabriquer des montres plates et petites. Il mentionne que le Roi possède une montre simplifiée selon sa nouvelle construction et que Mme de Pompadour a reçu une montre-bague extrêmement petite et précise.
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