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1
p. 46-50
ELEGIE VIe. du livre I. de Tibule. Tibule célèbre le jour de la naissance de Messala. Traduction par M. P**. Hunc cecinere diem Parca fatalia nentes stamina, &c.
Début :
Les Parques, en filant la trame des destinées qu'aucun dieu ne peut rompre, ont [...]
Mots clefs :
Ville, Messalla, Osiris
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texteReconnaissance textuelle : ELEGIE VIe. du livre I. de Tibule. Tibule célèbre le jour de la naissance de Messala. Traduction par M. P**. Hunc cecinere diem Parca fatalia nentes stamina, &c.
ELEGIEVIe. du livre 1. de Tibule.
Tibule célèbre lejour de la naiffance de
Meffala.
Traduction par M. P**.
Hunc cecinere diem Parca fatalia nentes
Stamina, &c.
Les Parques, en filant la trame desdeſ
tinées qu'aucun dieu nepeut rompre, ont
annoncé ce beau jour ; elles ont prédic
qu'il naîtroit un héros qui dompteroit les
peuples de l'Aquitaine , & qui fe rendroit
redoutable à l'Adour, foumis àfes armes
victorieufes ces faits font arrivés : la
JANVIER. 1773. 47
Jeuneffe Romaine a vu de nouveaux
triomphes& deschefs les bras chargés de
chaînes. Pour vous , Meffala , le front
couronné d'un laurier vainqueur , vous
avanciez fur un char d'ivoire , attelé de
chevaux blancs. J'ai eu quelque part à
votre gloire ; la ville de Tatbes & les
Monts Pyrénées enfurent témoins , ainfi
que les rivages de la mer de Saintonge ,
comme auffi la Saone , le Rhône rapide
>
la Garonne &la Loire, qui de fes eaux
claires , arrofe le pays des Carnutes. (1)
Vous chanterai- je auffi, fleuve de Cyd
nac,vous , qui d'un cours paisible , épan
chez , dans d'agréables vallons , vos lim
pides ondes? Ditai-je dans quel efpace le
froid Taurus, qui porte fonfommetdans
les nues , s'étend fur la Cilicée ? Que ra
conterai-je des colombes facrées de la
Palestine , qui révérée du Syrien , vole ,
de ville en ville , fans danger d'aucune
atteinte? Dirai- je comme Tyr , qui , la
première, ofa confier un navireau fouffle
des vents, domine de fes hautes tours la
vafte Méditerranée? Parlerai-je de la fer
tilité du Nil , qui de fes tiédes ondes
abreuve les campagnes , lorfque les ar
(1) Aujourd'hui le Pays Chartrain.
48 MERCURE DE FRANCE.
·
deurs de la canicule font entr'ouvrir la
terre aride ? Puiffant fleuve , pourrai-je
dire quelle eft la caufe qui te produit , &
dans quelle contrée eft placée ta fource?
Grace à tes eaux fécondes , le pays qu'el
les arrofent ne demande jamais de
pluies, & l'herbe defléchée ne follicite
pas les fecours du pluvieux Jupiter ; la
jeuneffe Egyptienne , inftruite dans les
myftères religieux du bœuf de Memphis,
célèbre tes bienfaits , & tu fais , ainfi
qu'Oficis , le fujet de fes hymnes & l'objet
de fareconnoiffance. Ofiris fut le premier
qui d'une main induftrieufe , façonna une
charrue , & qui , avec le coutre , ellaya de
fe rendre la terre favorable. Il futle pre
mier quilui confia les femences des plan
tes , & qui cueillit des fruits fur des ar
bres inconnus (1 ) avant lui. Il apprit
commeon peut foutenirlavigne, encore
jeune , par des échalats, & il enſeigna
l'ufage de la faulx pour couper l'herbe des
prés. Ce fut la première fois que la grap
pe, venueà fa maturité & foulée par des
hommes ruftiques , exprima pour Ofiris
fonjus agréable. Dans la joie qu'inſpira
(1) Inconnus, parce que la culture donne des
efpèces nouvelles.
cette
<
JANVIER. 1773.
49
cette liqueur , on apprit, par le chant , à
donner à la voix différentes inflexions , &
à plier les membres du corps , tout inha
biles qu'ils étoient , à des mouvemens
réglés & cadencés ; ainfi le laboureur , fa
tigué d'un long travail , trouva dans les
dons de Bacchus un remèdeàfes peines.
Le vin procure du foulagement àun in
fortuné, quoiqu'une cruelle chaîne re
fonneau tour de fesjambes.
Ofiris, on ne vous voit point entouré
des noirs chagrins ni des triftes foucis ;
mais , avecun vifage riant, vous menez à
votre fuite le chant, la danfe , l'amour
galant & volage : des fleurs diverfes cou
ronnent avec le lierre votre front toujours
ferein; onvousvoit avecunerobe couleur
defafran , qui ferépand avecgrace fur vos
pieds délicats ; vos habits font peints de
,
lapourpre de Tyr; vous aimezà enten
dre le doux fon dela flûte, & dansla cé
lébration de vos mystères , on n'oublie
point les petites corbeilles : Venez , aima
ble Ofiris, & les tempes arrofés de vin
faites , en l'honneur de Genius , naître
par votre préfence , des danfes & des jeux.
Que fes cheveux foient parfumés d'effen
cesprécieufes; quefatête&foncol foient
ornés de guirlandes; offrez- vous aujour
II.Vol.
C
So MERCURE DE FRANCE.
d'hui fous cette parure , je ferai brûleren
votre honneur de l'encens, &je vous of
frirai des gâteaux faits de miel de Mople.
Pourvous , Meffala , mes vœux font que
votre poftérité , devenue nombreuſe ,
ajoute encore, par les actions , à la gloire
de fon auteur. Puiffiez-vous, arrivé à une
heureuſe vieillefle , vous voir environné
d'aimables enfans qui s'empreffent de
vous marquer leurs refpects! Les chemins
qui conduifent de Tufculanum à cet en
droit, qui eft l'ancien domaine de la ville
d'Albe, feront long-tems des témoigna
ges fenfibles de votre magnificence ; car
c'est par vos foins & par vos largeffes
qu'ont été raffemblés tous les matériaux
qui en allurent , avec beaucoup d'art, la
durée & la folidité. Le laboureur chan
tera vos louanges., lorfque fur le foir, re
venant de la ville, il fera fa route com
modément & fans fatigue. O fortuné
jour, qu'on doit encore long- tems célé
brer, reveneztoujours plus brillant
Tibule célèbre lejour de la naiffance de
Meffala.
Traduction par M. P**.
Hunc cecinere diem Parca fatalia nentes
Stamina, &c.
Les Parques, en filant la trame desdeſ
tinées qu'aucun dieu nepeut rompre, ont
annoncé ce beau jour ; elles ont prédic
qu'il naîtroit un héros qui dompteroit les
peuples de l'Aquitaine , & qui fe rendroit
redoutable à l'Adour, foumis àfes armes
victorieufes ces faits font arrivés : la
JANVIER. 1773. 47
Jeuneffe Romaine a vu de nouveaux
triomphes& deschefs les bras chargés de
chaînes. Pour vous , Meffala , le front
couronné d'un laurier vainqueur , vous
avanciez fur un char d'ivoire , attelé de
chevaux blancs. J'ai eu quelque part à
votre gloire ; la ville de Tatbes & les
Monts Pyrénées enfurent témoins , ainfi
que les rivages de la mer de Saintonge ,
comme auffi la Saone , le Rhône rapide
>
la Garonne &la Loire, qui de fes eaux
claires , arrofe le pays des Carnutes. (1)
Vous chanterai- je auffi, fleuve de Cyd
nac,vous , qui d'un cours paisible , épan
chez , dans d'agréables vallons , vos lim
pides ondes? Ditai-je dans quel efpace le
froid Taurus, qui porte fonfommetdans
les nues , s'étend fur la Cilicée ? Que ra
conterai-je des colombes facrées de la
Palestine , qui révérée du Syrien , vole ,
de ville en ville , fans danger d'aucune
atteinte? Dirai- je comme Tyr , qui , la
première, ofa confier un navireau fouffle
des vents, domine de fes hautes tours la
vafte Méditerranée? Parlerai-je de la fer
tilité du Nil , qui de fes tiédes ondes
abreuve les campagnes , lorfque les ar
(1) Aujourd'hui le Pays Chartrain.
48 MERCURE DE FRANCE.
·
deurs de la canicule font entr'ouvrir la
terre aride ? Puiffant fleuve , pourrai-je
dire quelle eft la caufe qui te produit , &
dans quelle contrée eft placée ta fource?
Grace à tes eaux fécondes , le pays qu'el
les arrofent ne demande jamais de
pluies, & l'herbe defléchée ne follicite
pas les fecours du pluvieux Jupiter ; la
jeuneffe Egyptienne , inftruite dans les
myftères religieux du bœuf de Memphis,
célèbre tes bienfaits , & tu fais , ainfi
qu'Oficis , le fujet de fes hymnes & l'objet
de fareconnoiffance. Ofiris fut le premier
qui d'une main induftrieufe , façonna une
charrue , & qui , avec le coutre , ellaya de
fe rendre la terre favorable. Il futle pre
mier quilui confia les femences des plan
tes , & qui cueillit des fruits fur des ar
bres inconnus (1 ) avant lui. Il apprit
commeon peut foutenirlavigne, encore
jeune , par des échalats, & il enſeigna
l'ufage de la faulx pour couper l'herbe des
prés. Ce fut la première fois que la grap
pe, venueà fa maturité & foulée par des
hommes ruftiques , exprima pour Ofiris
fonjus agréable. Dans la joie qu'inſpira
(1) Inconnus, parce que la culture donne des
efpèces nouvelles.
cette
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JANVIER. 1773.
49
cette liqueur , on apprit, par le chant , à
donner à la voix différentes inflexions , &
à plier les membres du corps , tout inha
biles qu'ils étoient , à des mouvemens
réglés & cadencés ; ainfi le laboureur , fa
tigué d'un long travail , trouva dans les
dons de Bacchus un remèdeàfes peines.
Le vin procure du foulagement àun in
fortuné, quoiqu'une cruelle chaîne re
fonneau tour de fesjambes.
Ofiris, on ne vous voit point entouré
des noirs chagrins ni des triftes foucis ;
mais , avecun vifage riant, vous menez à
votre fuite le chant, la danfe , l'amour
galant & volage : des fleurs diverfes cou
ronnent avec le lierre votre front toujours
ferein; onvousvoit avecunerobe couleur
defafran , qui ferépand avecgrace fur vos
pieds délicats ; vos habits font peints de
,
lapourpre de Tyr; vous aimezà enten
dre le doux fon dela flûte, & dansla cé
lébration de vos mystères , on n'oublie
point les petites corbeilles : Venez , aima
ble Ofiris, & les tempes arrofés de vin
faites , en l'honneur de Genius , naître
par votre préfence , des danfes & des jeux.
Que fes cheveux foient parfumés d'effen
cesprécieufes; quefatête&foncol foient
ornés de guirlandes; offrez- vous aujour
II.Vol.
C
So MERCURE DE FRANCE.
d'hui fous cette parure , je ferai brûleren
votre honneur de l'encens, &je vous of
frirai des gâteaux faits de miel de Mople.
Pourvous , Meffala , mes vœux font que
votre poftérité , devenue nombreuſe ,
ajoute encore, par les actions , à la gloire
de fon auteur. Puiffiez-vous, arrivé à une
heureuſe vieillefle , vous voir environné
d'aimables enfans qui s'empreffent de
vous marquer leurs refpects! Les chemins
qui conduifent de Tufculanum à cet en
droit, qui eft l'ancien domaine de la ville
d'Albe, feront long-tems des témoigna
ges fenfibles de votre magnificence ; car
c'est par vos foins & par vos largeffes
qu'ont été raffemblés tous les matériaux
qui en allurent , avec beaucoup d'art, la
durée & la folidité. Le laboureur chan
tera vos louanges., lorfque fur le foir, re
venant de la ville, il fera fa route com
modément & fans fatigue. O fortuné
jour, qu'on doit encore long- tems célé
brer, reveneztoujours plus brillant
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