Oeuvre commentée (1)
[empty]
Détail
Liste
Résultats : 1 texte(s)
1
p. 121-126
« DISPUTE des Armes d'Achille, tirée du treiziéme Livre des Métamorphoses [...] »
Début :
DISPUTE des Armes d'Achille, tirée du treiziéme Livre des Métamorphoses [...]
Mots clefs :
Ajax, Palais, Ulysse, Traduction, Nuit, Bras, Dispute, Armes, Métamorphoses d'Ovide
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISPUTE des Armes d'Achille, tirée du treiziéme Livre des Métamorphoses [...] »
DISPUTE des Armes d'Achille, tirée
du treiziéme Livre des Métamorphoses
d'Ovide. Traduction en vers par M. le
Chevalier de Cogolin. A aris chez Pierre-
Alexandte Leprieur, rue S. Jacques. 1751.
in. 12. Brochure de 56 pages.
L'Auteur de la Traduction que nous
annonçons est heureux dans le choix des
morceaux de l'antiquité qu'il nous donne
en notre langue. Lan derniet il traduisit
l'Episode d'Aristée, & cette année, il a
choisi la dispute des Armes d'Achille. On
va voir pat les endroits que nous allons
transcrire que M. de Cogolin ne défigure
pas les anciens en les traduisant. Voici
comment il fait parler Ajax:
I. Vol.
Digsitres vOO
122 MERCUREDEFRANCE.
Quoi, devant ces vaisleaux, sauvés par ma vail-
lance
Ulysse ose d'Ajax briguer la técompense !
Ulysse qu'on a vû fuit loin de ces vaisseaux
Lors qu'Hector les venoit embraser sur les eaux,
Et qu'Ajax des Troyens repoussant la furie,
Mettoit en fuite Hector & sauvoit sa patrie.
Mon Rival plus prudent, trouve moins de danger
A haranguer les Grecs, qu'Ajax à les venger.
Mais si de l'éloquence Ulysse a l'avantage,
Je lui cede en discours, qu'il me cede en courage.
A quoi bon rappellet les perils, les exploits
Où mon zéle pour vous m'engagea tant de sois:
C'est à vos yeux qu'Ajix remporta la victoire.
Ulysse, la nuit seule est témoin de ta gloire.
Je l'avouray; le prix que je demande est grand:
Mais ce prix s'avillit par un tel concurrant.
Toute noble qu'elle est, la palme est moins bril-
lante
Dès que de la cueillir il a couçu l'attente;
Et quand la Grece à moi l'auroit vû comparé,
Ulisse en me cedant sera trop honoré.
Voici ce que répond Ulisse:
Tu signales ton bras, Ajax, au chimp de Mars:
Moi, je regis ta fougue au milieu des hazards.
Ta valeureuse ardeur ignore la prudence.
Tu sçais combattre, & moi j'use de prévoyance,
C'est Atride avec moi qui regions le combat,
Mon esprit qui préside & ton coipi qui combat.
JANVIER. 1752.
123
Autant qu'un Nautonnier, rompli d'expérience
Du grossier Matelot sui passe la science:
Autant qu'à ses soldats le Chef doit commander;
A mes vertus autant, Ajax, tu dois céder.
Car la noble vigueur du beau feu qui m'enflame
S'annonce par mes coups, & brille dans mon ame.
C'est l'amour, dout ion cœur pour la Grece est
épris
Cet amour vigilant, qui mérite le prix.
Courennez de ce don les soins de tant d'années;
C'en est fait j'ay forcé les fières destinées:
Eh, n'est-ce pas avoir tiiomphé des Troyens
Qu'avoir de leur d'éfaite afsuré les moyens:
Par cette Déité, de son temple enlevée,
Pour le bonheur des Grecs, à mon bras réservée
Recompensez Ulysse; il n'est point de danger,
Où son zele pour vous ne puisse l'engager.
Mais, si je n'obtiens pas la gloire qui m'est due,
Qu'on l'accorde à Pallas, dont voici la statue.
La traduction de la dispute des Armes
d'Achillle, est suivie de celle de la des-
cription du Palais de la Renommée.
Il est un lieu fameux, vers le centre du monde,
Entre le Ciel, la Tetre & l'Empite de l'Onde,
Où chaque évenement de ce vaste Univers
De l'oreille & des yeux frappe les sens divers.
Au faite d'une tour qui se perd dans les nuës,
Od mille portes vont répondre à mille issues,
Fij
009
124 MERCUREDEFRANCE.
La Déesse aux cent voix a fixé son séjour,
Sans relâche elle y veille, & la nuit, & le jour
Son Palais est d'airain, dont la voûte sonnante
Fait retentir le bruit, le répete, & l'augmente»
Et le frémissement de ses murs ébranlés
A l'aide des échos, rend les sons redoublés.
En ces lieux point de paix, de repos de silence,
Ce n'est pas toutesois de grands cris qu'on y lances
C'est un bruit sourd, confus, & tel que quelque-
fois
On l'entend se former d'un murmure de voix:
Ainsi lorsque la Mer jusqu'aux Cieux est portéej
Parvient au loin le choc de la vague agitée;
Ou si soudain l'orage a crevé dans les airs,
Le tonnerre affoibli, meurt avec les éclaits.
La Cour de ce Palais sans relâche obsedée
Fourmille de l'essain dont elle est innondée,
Qui de vaines terreurs composant ses discours,
Fait du vrai, joint au faux, un bisarre concours.
Les uns font à eeux-ci des récits peu croyables,
Pour des faits avérés, d'autres donnent leurs fables
Et leur mensonge orné de cent fausses couleurs,
Se grossit en marchant, d'une foule d'erreurs,
L'aveugle confiance, & les craintes mortelles,
Sont de ses volontés les Ministres fidéles
L'Espor, la fausse Joye, au rire concerté,
Et le Meurtre, levant son bras ensanglanté.
La Renommée enfin d'un œeil que tout embrasse,
De la mer à son gré voit & parcourt la face;
JANVIER 1752.
125
Et portant ses regards sur la terre & les Cieux,
Pénetre les secrets des hommes & des Dieux.
La brochure finit par la description du
Palais du Sommeil. La traduction de ce
morceau qui fait la quinzième Fable des
Métamorphoses est remplie comme les
autres de bons vers.
Parmi d'affreux rochers, sur les bords de l'averne,
Est le goustre profond d'une antique caverne
Où le Dieu du Sommeil, entouré de pavots,
Paroit enseveli dans les bras du repos;
Jamais l'astre biillant qui répand la lumiere
D'aucuns de ses ravons n'efleura sa paupiere,
La sombre obscurité regne dans ce séjour
Et seul dans l'Univers, il est privé du jour.
Atravers des brouillards, la voûte ténébreuse
Laisse à peine percer une clarté douteuse
Lont la pale lueur que chaque instant détruit
N'est que l'avant- coureur des ombres de la nuit.
Cet oiscau vigilant, dont le chant nous réveille
De ce Dicu n'a jamais épouvanté l'oreille;
Et le dogue bruyant qui garde nos Palais,
Des éclats de sa voix ne le troubla jamais.
Au fond de ces deserts, nul être ne respire,
Le calme est éternel, & le plus doux Zephire
D'un sousse n'oseroit agiter ces forêts
Que le tems a peuplé de funebres Cyprès.
Le Silence y préside, & penché sur son Urne,
Fiij
3O
126 MERCURE DEFRANCE.
Le Lethé voit couler son onde taciturne,
Qui roulant mollement sur un terrain mousseux.,
Assoupit au bruit lent de se flots poresseux.
Auptes de l'antre, on voit des pavors innombra.
bles
Et les plantes comme eux au repos favorables,
Dont la nuit exprimant la vertu dans les airs
Forme ce doux sommeil, charme de l'Univets.
Ce Palais escarpé, l'horreur de la Nature,
N'a ni gardes, ni murs, ni portes, ni ferrure;
De crainte que les gonde, s'ils venoient à gémir
En reveillant le Dieu, ne le fissent frémir.
Du plus tendre duvet, au sein de la molesse;
La vo'upté forma sa couche enchanteresse;
En foule on voit errer les songes à l'entour:
Ministres assidus de sa paisible Cour.
Qui pour plaire à leur Roi, sous d'aimables figures
Font à ses sens trompés, de douces impostures,
Et leur nombre est égal aux feuilles des Forêts,
Au sable du rivage; aux épics de Cérès.
du treiziéme Livre des Métamorphoses
d'Ovide. Traduction en vers par M. le
Chevalier de Cogolin. A aris chez Pierre-
Alexandte Leprieur, rue S. Jacques. 1751.
in. 12. Brochure de 56 pages.
L'Auteur de la Traduction que nous
annonçons est heureux dans le choix des
morceaux de l'antiquité qu'il nous donne
en notre langue. Lan derniet il traduisit
l'Episode d'Aristée, & cette année, il a
choisi la dispute des Armes d'Achille. On
va voir pat les endroits que nous allons
transcrire que M. de Cogolin ne défigure
pas les anciens en les traduisant. Voici
comment il fait parler Ajax:
I. Vol.
Digsitres vOO
122 MERCUREDEFRANCE.
Quoi, devant ces vaisleaux, sauvés par ma vail-
lance
Ulysse ose d'Ajax briguer la técompense !
Ulysse qu'on a vû fuit loin de ces vaisseaux
Lors qu'Hector les venoit embraser sur les eaux,
Et qu'Ajax des Troyens repoussant la furie,
Mettoit en fuite Hector & sauvoit sa patrie.
Mon Rival plus prudent, trouve moins de danger
A haranguer les Grecs, qu'Ajax à les venger.
Mais si de l'éloquence Ulysse a l'avantage,
Je lui cede en discours, qu'il me cede en courage.
A quoi bon rappellet les perils, les exploits
Où mon zéle pour vous m'engagea tant de sois:
C'est à vos yeux qu'Ajix remporta la victoire.
Ulysse, la nuit seule est témoin de ta gloire.
Je l'avouray; le prix que je demande est grand:
Mais ce prix s'avillit par un tel concurrant.
Toute noble qu'elle est, la palme est moins bril-
lante
Dès que de la cueillir il a couçu l'attente;
Et quand la Grece à moi l'auroit vû comparé,
Ulisse en me cedant sera trop honoré.
Voici ce que répond Ulisse:
Tu signales ton bras, Ajax, au chimp de Mars:
Moi, je regis ta fougue au milieu des hazards.
Ta valeureuse ardeur ignore la prudence.
Tu sçais combattre, & moi j'use de prévoyance,
C'est Atride avec moi qui regions le combat,
Mon esprit qui préside & ton coipi qui combat.
JANVIER. 1752.
123
Autant qu'un Nautonnier, rompli d'expérience
Du grossier Matelot sui passe la science:
Autant qu'à ses soldats le Chef doit commander;
A mes vertus autant, Ajax, tu dois céder.
Car la noble vigueur du beau feu qui m'enflame
S'annonce par mes coups, & brille dans mon ame.
C'est l'amour, dout ion cœur pour la Grece est
épris
Cet amour vigilant, qui mérite le prix.
Courennez de ce don les soins de tant d'années;
C'en est fait j'ay forcé les fières destinées:
Eh, n'est-ce pas avoir tiiomphé des Troyens
Qu'avoir de leur d'éfaite afsuré les moyens:
Par cette Déité, de son temple enlevée,
Pour le bonheur des Grecs, à mon bras réservée
Recompensez Ulysse; il n'est point de danger,
Où son zele pour vous ne puisse l'engager.
Mais, si je n'obtiens pas la gloire qui m'est due,
Qu'on l'accorde à Pallas, dont voici la statue.
La traduction de la dispute des Armes
d'Achillle, est suivie de celle de la des-
cription du Palais de la Renommée.
Il est un lieu fameux, vers le centre du monde,
Entre le Ciel, la Tetre & l'Empite de l'Onde,
Où chaque évenement de ce vaste Univers
De l'oreille & des yeux frappe les sens divers.
Au faite d'une tour qui se perd dans les nuës,
Od mille portes vont répondre à mille issues,
Fij
009
124 MERCUREDEFRANCE.
La Déesse aux cent voix a fixé son séjour,
Sans relâche elle y veille, & la nuit, & le jour
Son Palais est d'airain, dont la voûte sonnante
Fait retentir le bruit, le répete, & l'augmente»
Et le frémissement de ses murs ébranlés
A l'aide des échos, rend les sons redoublés.
En ces lieux point de paix, de repos de silence,
Ce n'est pas toutesois de grands cris qu'on y lances
C'est un bruit sourd, confus, & tel que quelque-
fois
On l'entend se former d'un murmure de voix:
Ainsi lorsque la Mer jusqu'aux Cieux est portéej
Parvient au loin le choc de la vague agitée;
Ou si soudain l'orage a crevé dans les airs,
Le tonnerre affoibli, meurt avec les éclaits.
La Cour de ce Palais sans relâche obsedée
Fourmille de l'essain dont elle est innondée,
Qui de vaines terreurs composant ses discours,
Fait du vrai, joint au faux, un bisarre concours.
Les uns font à eeux-ci des récits peu croyables,
Pour des faits avérés, d'autres donnent leurs fables
Et leur mensonge orné de cent fausses couleurs,
Se grossit en marchant, d'une foule d'erreurs,
L'aveugle confiance, & les craintes mortelles,
Sont de ses volontés les Ministres fidéles
L'Espor, la fausse Joye, au rire concerté,
Et le Meurtre, levant son bras ensanglanté.
La Renommée enfin d'un œeil que tout embrasse,
De la mer à son gré voit & parcourt la face;
JANVIER 1752.
125
Et portant ses regards sur la terre & les Cieux,
Pénetre les secrets des hommes & des Dieux.
La brochure finit par la description du
Palais du Sommeil. La traduction de ce
morceau qui fait la quinzième Fable des
Métamorphoses est remplie comme les
autres de bons vers.
Parmi d'affreux rochers, sur les bords de l'averne,
Est le goustre profond d'une antique caverne
Où le Dieu du Sommeil, entouré de pavots,
Paroit enseveli dans les bras du repos;
Jamais l'astre biillant qui répand la lumiere
D'aucuns de ses ravons n'efleura sa paupiere,
La sombre obscurité regne dans ce séjour
Et seul dans l'Univers, il est privé du jour.
Atravers des brouillards, la voûte ténébreuse
Laisse à peine percer une clarté douteuse
Lont la pale lueur que chaque instant détruit
N'est que l'avant- coureur des ombres de la nuit.
Cet oiscau vigilant, dont le chant nous réveille
De ce Dicu n'a jamais épouvanté l'oreille;
Et le dogue bruyant qui garde nos Palais,
Des éclats de sa voix ne le troubla jamais.
Au fond de ces deserts, nul être ne respire,
Le calme est éternel, & le plus doux Zephire
D'un sousse n'oseroit agiter ces forêts
Que le tems a peuplé de funebres Cyprès.
Le Silence y préside, & penché sur son Urne,
Fiij
3O
126 MERCURE DEFRANCE.
Le Lethé voit couler son onde taciturne,
Qui roulant mollement sur un terrain mousseux.,
Assoupit au bruit lent de se flots poresseux.
Auptes de l'antre, on voit des pavors innombra.
bles
Et les plantes comme eux au repos favorables,
Dont la nuit exprimant la vertu dans les airs
Forme ce doux sommeil, charme de l'Univets.
Ce Palais escarpé, l'horreur de la Nature,
N'a ni gardes, ni murs, ni portes, ni ferrure;
De crainte que les gonde, s'ils venoient à gémir
En reveillant le Dieu, ne le fissent frémir.
Du plus tendre duvet, au sein de la molesse;
La vo'upté forma sa couche enchanteresse;
En foule on voit errer les songes à l'entour:
Ministres assidus de sa paisible Cour.
Qui pour plaire à leur Roi, sous d'aimables figures
Font à ses sens trompés, de douces impostures,
Et leur nombre est égal aux feuilles des Forêts,
Au sable du rivage; aux épics de Cérès.
Fermer