Oeuvre commentée (1)
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p. 126-129
« LETTRES traduites d'un Anglois. A Londres, 1751. Un volume in-12. On attribue [...] »
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LETTRES traduites d'un Anglois. A Londres, 1751. Un volume in-12. On attribue [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Sens, Éprouver, Âme, Secours, Tendresse, Amour, Horatio
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES traduites d'un Anglois. A Londres, 1751. Un volume in-12. On attribue [...] »
LETTRES traduites d'un Anglois. A
Londres, 1751. Un volume in-12. On attribue
cet Ouvrage qui ne nous paroît
point une traduction, à un homme aima-
ble, qui a de l'esprit & des connoissances.
La plupart des Lettres roulent sur des ma-
tieres de galanterie; comme la jalousie, la
tendresse, les tacommodemens, l'insensi-
res O
JANVIER.
1752.
127
bilité, la discretion, &c. Pour donnet une
idée du ton qui regne dans cette produc-
tion, & du stile de l'Auteur, nons allons
transcrire la lettre qui traite des plaisirs
de l'amour conjugal.
ISMENAA HORATIO.
Dans cette absence à laquelle vous m'a-
vez condamnée, mon cher Horatio, vous
me dites que je jouis d'un vrai bonheur,
par la certitude dans laquelle je suis que
vous êtes à présent à moi, & que la con-
noissance exacte des fentimens de votre
cœeur, doit me faire compter sur vous:
Helas! que nous pensons differemment,
& que je sens qu'il est impossible de rendre
ce qui est au-dessus de l'expression! quelle
satisfaction d'être occupé d'un autre soi-
même, qui partage nos peines, nos plai-
sirs, qui en éprouve la plus grande partie;
l'assurance que ce n'est pas pour un jout
sculement, que ce n'est point par un ca-
price que l'on aime, cette allurance rem-
plit l'ame des idées les plus délicates & les
plus voluptueuses: on ne trouveroit point
de termes assez forts pour les exprimer.
Une amitié tendre entre des personnes de
même sexe, a de tels plaisirs, de tels char-
mes que les plus grands hommes n'ont crû
faite rien de trop pour l'obtenir; les genies
Fii
OO
12S MERCIREDEFRANCE.
les plus brillans en ont fait les éloges; mais
que de délices n'éprouve t-on point quand
aux charmes effectifs, à la solidité de l'a-
mitié, on joint les transports de l'amour !
cette passion s'augmente tous les jours,
elle releve & donne le prix à chaque trans-
port, quand tous les sens la partagent, &
que l'ame & le corps semblent se prêter
un mutuel secours pour rendre ces plaisirs
parfaits. Ah! le mariage fait le bonheur
de la vie; il a en lui tous les biens qu'on
peut attendre du Ciel, quand les person-
nes qui se trouvent unies par ce lien, n'ont
qu une volonté pour les diriger l'un &
l'autre, n ont quun mouvement pour les
déterminer, & ne s'occupent que d'un
seul & même intérêt; le devoir n est plus
une gêne; ils font leurs études de se plaire
mutuellement; ce n est pas l'idée seule de
ce devoir qui les détermine, mais ils y
trouvent un plaisir véritable: ainsi que
les facultés de l'ame se trouvent satisfaites
en se prêtant mutuellement des secours
de même le mari tendre, empressé, teçoit-
il de sa femme reconnoissante le prix de
son attachement; tout ce qui se fait dans
l'Univers est indifferent à ce couple heu-
reux. Comme ils trouvent en eux-mêmes
tout ce qu'ils pourroient désirer, ils n'ont
aucun besoin de porter leurs vûes sur les
ized by Goo
JANVIER. 1752. 129
objets étrangers, pour mettre de la variété
dans leurs plaisirs; sans ce secours, leurs
entretiens sont également vifs, également
agreables; & si quelquefois l'un d'eux est
obligé de s'occuper seul de quelque chose
dont il ne puisse partager les soins avec l'au-
tre, cette distraction forcée ne fait que don-
ner un nouvel interet, dégré de vivacité de
plus à leur conversation, lorsqu'ils se font
part avec sincerité de ce qu'ils ont fait: Ainsi
que l'esprit se replie sur lui-même, & ré-
fléchit sur les objets differens dont les sens
lui transmettent l'image, de même quand
le mari & la femme se trouvent réunis,
soccupent-ils avec réflexion des choses
qu'ils ont observées en particulier. C'est
ainsi, mon cher Horatio, que nous avons
vecu depuis le moment que les cérémonies
du mariage, & notre penchant, ont formé
notre union. Lorsque la tendresse est fon-
dée sur la convenance des caracteres,
quand elle est confirmee par la raison, &
que le tems & l'habitude lui ont donné
des forces, on éprouve, en s'y livrant,
des plaisirs véritables, & qu'il m'est im-
possible d'exprimer: comme ce sont sur ces
motifs qu'est fondée notre union, je suis
assurée d'être toujours l'objet passionné-
ment aimé d'Horatio.
Londres, 1751. Un volume in-12. On attribue
cet Ouvrage qui ne nous paroît
point une traduction, à un homme aima-
ble, qui a de l'esprit & des connoissances.
La plupart des Lettres roulent sur des ma-
tieres de galanterie; comme la jalousie, la
tendresse, les tacommodemens, l'insensi-
res O
JANVIER.
1752.
127
bilité, la discretion, &c. Pour donnet une
idée du ton qui regne dans cette produc-
tion, & du stile de l'Auteur, nons allons
transcrire la lettre qui traite des plaisirs
de l'amour conjugal.
ISMENAA HORATIO.
Dans cette absence à laquelle vous m'a-
vez condamnée, mon cher Horatio, vous
me dites que je jouis d'un vrai bonheur,
par la certitude dans laquelle je suis que
vous êtes à présent à moi, & que la con-
noissance exacte des fentimens de votre
cœeur, doit me faire compter sur vous:
Helas! que nous pensons differemment,
& que je sens qu'il est impossible de rendre
ce qui est au-dessus de l'expression! quelle
satisfaction d'être occupé d'un autre soi-
même, qui partage nos peines, nos plai-
sirs, qui en éprouve la plus grande partie;
l'assurance que ce n'est pas pour un jout
sculement, que ce n'est point par un ca-
price que l'on aime, cette allurance rem-
plit l'ame des idées les plus délicates & les
plus voluptueuses: on ne trouveroit point
de termes assez forts pour les exprimer.
Une amitié tendre entre des personnes de
même sexe, a de tels plaisirs, de tels char-
mes que les plus grands hommes n'ont crû
faite rien de trop pour l'obtenir; les genies
Fii
OO
12S MERCIREDEFRANCE.
les plus brillans en ont fait les éloges; mais
que de délices n'éprouve t-on point quand
aux charmes effectifs, à la solidité de l'a-
mitié, on joint les transports de l'amour !
cette passion s'augmente tous les jours,
elle releve & donne le prix à chaque trans-
port, quand tous les sens la partagent, &
que l'ame & le corps semblent se prêter
un mutuel secours pour rendre ces plaisirs
parfaits. Ah! le mariage fait le bonheur
de la vie; il a en lui tous les biens qu'on
peut attendre du Ciel, quand les person-
nes qui se trouvent unies par ce lien, n'ont
qu une volonté pour les diriger l'un &
l'autre, n ont quun mouvement pour les
déterminer, & ne s'occupent que d'un
seul & même intérêt; le devoir n est plus
une gêne; ils font leurs études de se plaire
mutuellement; ce n est pas l'idée seule de
ce devoir qui les détermine, mais ils y
trouvent un plaisir véritable: ainsi que
les facultés de l'ame se trouvent satisfaites
en se prêtant mutuellement des secours
de même le mari tendre, empressé, teçoit-
il de sa femme reconnoissante le prix de
son attachement; tout ce qui se fait dans
l'Univers est indifferent à ce couple heu-
reux. Comme ils trouvent en eux-mêmes
tout ce qu'ils pourroient désirer, ils n'ont
aucun besoin de porter leurs vûes sur les
ized by Goo
JANVIER. 1752. 129
objets étrangers, pour mettre de la variété
dans leurs plaisirs; sans ce secours, leurs
entretiens sont également vifs, également
agreables; & si quelquefois l'un d'eux est
obligé de s'occuper seul de quelque chose
dont il ne puisse partager les soins avec l'au-
tre, cette distraction forcée ne fait que don-
ner un nouvel interet, dégré de vivacité de
plus à leur conversation, lorsqu'ils se font
part avec sincerité de ce qu'ils ont fait: Ainsi
que l'esprit se replie sur lui-même, & ré-
fléchit sur les objets differens dont les sens
lui transmettent l'image, de même quand
le mari & la femme se trouvent réunis,
soccupent-ils avec réflexion des choses
qu'ils ont observées en particulier. C'est
ainsi, mon cher Horatio, que nous avons
vecu depuis le moment que les cérémonies
du mariage, & notre penchant, ont formé
notre union. Lorsque la tendresse est fon-
dée sur la convenance des caracteres,
quand elle est confirmee par la raison, &
que le tems & l'habitude lui ont donné
des forces, on éprouve, en s'y livrant,
des plaisirs véritables, & qu'il m'est im-
possible d'exprimer: comme ce sont sur ces
motifs qu'est fondée notre union, je suis
assurée d'être toujours l'objet passionné-
ment aimé d'Horatio.
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