SUR le rétabliſſement de la ſanté du Roi ,
Ufuis-je ?Quels accords ! Quel éclatanthom
mage !
De ton amour , Seigneur , o , cent fois l'heureun
gage!
La France , jour & nuit t'imploroit pour ſon Roi ;
Ses ſoupirs , ſes ſanglots , font montés juſqu'à Toi.
Ta clémence a calmé ſa profonde triſteſſe ;
Sespleurs ſont convertis en des chants d'allegreſſe:
Tu nous rends notre Roi. Que la Terre & les Cieux
Exhalent pour ta gloire un Parfum précieux :
Eh ! pourrons nous jamais ,benifiant ta Puiſſance
Egaler au bienfait notre reconnoiſſance ?
Qu'est-ce , hélas ! que le Monde ? Un phantom
trompeur.
La Fortune ? La Vie ? Un fonge , une vapeur ,
Source de vanité , d'erreur & de preſtiges ,
Dont tu ne nous guéris,que quand tu nous affliges
Mais , lorſque ſur les Rois ton bras s'appéſantit ,
Le coup eſt plus bruyant , & tout en rétentit ;
Leur front humilié courbe toutes les têtes ;
Nos cris , nos voeux preſſans , détournent ces tem
pêtes :
La crainte allume en nous une efficace ardeur ;
Le remords prit naiſſance au ſein de la douleur.
Tune rejettes pointune eſpérance ferme ;
OCTOBRE. 1744. 2221
Tamain ouvre la Tombe , & ta main la referme.
Quand d'un ſaint répentir notre coeur eſt brifé ,
Lecourroux,qui t'enflame, eſt bientôt appaiſé.
De mon ame , Grand Dieu , je ne ſuis plus le
maître.
Quel tranſport la ravit ? Que lui fais-tu connoître ?
Comme ces Chérubins , de leurs aîles voilés ,
Elle écoute en tremblant tes Décrets révelés.
Des plus brillans Deſtins naiſſez , Divine Aurore.
France , que de Vertus vont t'illuſtrer encore !
Compagnesde Louis , fi cheres à ſon coeur ,
Elles vont de ſon Trône augmenter la fplendeur :
A leur fublime effor que ce Trône eſt propice !
Elles y trouveront la Bonté , la Juſtice ,
L'inébranlable Foi , la conſtante Amitié ,
La Valeur généreuſe ,& la tendre Pitié,
Qui , pleines d'un beau feu , d'un zéle légitime ,
Couronnent à l'envi ce Héros magnanime ;
Ce Roi , qui pour ſon Peuple affrontant les hazards,
Moiſſonna ſon amour aux pieds de cent Remparts.
Seigneur , ne permets plus que nos Cieux s'obf
curciffent.
Quel effroi nous ſaiſit quand nos Aſtres pâliſſent !
Dure, dure à jamais ce Jour clair & ferein ,
Que fait luire ſur nous ton Pouvoir ſouverain !
Qu'Iſrael ſoittoujours ton plus cherHéritage !
Diij Contre
2222 MERCURE DE FRANCE.
Contre ſes Ennemis fignale ſon courage !
Des cruels Philiſtins rends- le victorieux ,
Et que toujours ſon Roi trouve grace àtes yeux !
M. Tanevot .