Oeuvre commentée (1)
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1
p. 13-17
DISCOURS AU ROI, Sur le succès de ses Armes.
Début :
LE Samedi 5 Juin M. Roi Chevalier de l'Ordre de S. Michel eut l'honneur / GRAND ROI, je céde enfin à l'ardeur qui me guide ; [...]
Mots clefs :
Roi, Armes, Temps, Succès, Triomphe
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS AU ROI, Sur le succès de ses Armes.
DISCOURS AU ROI ,
Sur le fuccès de fes Armes.
LeSandredeJ.Michel eut l'honneur
de préfenter à la Reine , à Madame la Dauphine
& à Mefdames le Difcours fur le
fuccès des armes du Roi . Il fut invité de le
prononcer. La Reine entendit ces Vers
pendant fon dîner , Madame la Dauphine
l'après midi , & Mefdames à leur fouper.
Elles en parurent également fatisfaites &
attendries. Il fut comblé de ces éloges toujours
précieux & toujoursnouveaux pour un
Auteur le plus accoûtumé à en recevoir .
E Samedi s Juin M. Roi Chevalier
Sa Majesté a reçû en même- tems à l'armée
cette Piéce ; elle a ordonné qu'elle
fût imprimée à Lille . C'eft le même honneur
que S. M. fit à M. Roi lors de la Convalefcence.
Le Poëme fut imprimé à Metz
par un pareil ordre.
14 MERCURE DE FRANCE.
GRAND ROI , je cúde enfin à l'ardeur qui me
guide ;
Tu peux rendre fécond l'efprit le plus aride.
C'est moi qui le premier chantai notre bonheur
Quand tes jours échapoient à la Parque en fureur.
Peut-être que ma Lyre , organe de tendreffe,
A chanter des combats va trahir la foibleffe.
Le zéle fuffiroit pour rendre les frayeurs
Dont tes derniers périls ont glacé tous les coeurs
Lorſqu'au pied de ces murs , d'où partoit le tonnerre
,
Au milieu de ces feux que vomiffoit la terre ,
Ton oeil bravoit la mort errante autour de toi ,
Et que la France entiere à tremblé pour fon Roi.
T
J'aimerois à me joindre à ces tranſports de joye
Qu'à ton heureux retour le citoyen déploie
A peindre ta famille embraffant tes genoux ,
Doux momens , où triomphe & le pere & l'époux !
x
Tel Horace autrefois , dans fa verve diſcrette ,
Laiffoit à Varius ** emboucher la trompette
Ebranler tout l'Olimpe aux clameurs des mourans
De fang dans Actium répandre les torrens ,
Montrer la terre en feu , les mers épouvantées ,
Et du Styx par les morts . les ondes arrêtées.
* Ode 5. l. 1 .
** Poëte Epique & Tragique , fous Augufte.
JUIN.
15 1745.
Du fuccès de la guerre il ne peint que les fruits ;
Les Romains raffûrés , les plaifirs reproduits ,
Le Capitole orné de fleurs , de facrifices ,
Les fpectacles ouverts fous de plus doux aufpices,
Les meres de leurs fils béniffant le retour ,
Et les drapeaux de Mars aux Autels de l'Amour .
'Ainfi , fans m'élancer à travers le carnage ,
Ma Mufe du triomphe ofe ébaucher l'image ;
Triomphe différent de ceux où les Céfars
Du malheur des captifs repaiffant leurs regards ,
De l'esclavage encor aggravoient les injures ;
Où ces Rois enchaînés , déchirant leurs bleffures ,
Déteſtoient leurs vainqueurs , & les cruels fecours ,
Qui pour un tel outrage avoient fauvé leurs jours .
Trop long-tems ébloui par ce fafte barbare ,
Dont gémit l'héroïfme, & dont l'orgueil fe pare ,
L'Univers de LOUIS apprend d'autres vertus ,
Joüiſſez- en , Mortels , fous fes pieds abattus ;.
Loin de vous accabler , une pieté tendre
Comme fur fes Sujets ſçaura ſur vous s'étendre
Vous mourez;leVAINQUEUR veille à vous ranimer;
Vous force à l'applaudir , & peut- être à l'aimer.
Si nos deux derniers Rois foudroyoient des murailles
,
Le Ciel lui réfervoit la gloire des batailles :
Mânes de Souverains fi grands & fi chéris ,
Ah ! vous feriez jaloux d'un autre que d'un fils .
16 MERCURE DE FRANCE.
HENRI même , HENRI , dont l'utile courage
A fçu de fes Ayeux recouvrer l'héritage ,
HENRI n'eut que le choix du Trône ou du trépass
Pour nos feuls intérêts LOUIS arme fon bras :
Déja fon Fils le fuir , ce Fils à qui la Gloire
Pour premiere leçon préfente une victoire.
PRINCE , nouvel objet de refpect & d'amo
Que d'exemples touchants il te donne en un jour !
Arbitre du mérite , il loue , il récompenfe ,
Il ſe reconnoît maître aux faveurs qu'il diſpenſe ,
Seul dédommagement de fes juftes regrets
Pour tous ceux que la mort dérobe à fes bienfaits.
Nobles & chers foutiens de ce puiffant Empire ,
Héros , à vous chanter ma voix ne peut fuffire.
Irois-je apprécier le talent des guerriers ,
Et felon mon caprice adjuger les lauriers ?
A l'envi des grands noms qui parent notre Hiftoire,
Il en eft dont ce jour commence la mémoire ,
Mais LOUIS dans fon coeur a gravé vos exploits ;
Le Soldat a tout dit ; qu'ajoûteroit ma voix ?
Puiffe long -tems l'Europe envier à la France
Ce Chef , qui parmi nous prit une autre naiſſance ,
Ce Chef , dont le courage en un corps épuiſé ,
Subjuguant la nature , a tout fait , tout ofé !
Un regard du MONARQUE , un regard plein
de flâme
JUIN.
17 1745%
Jetté fur le Héros , renouvelle fon ame ;
Et MAURICE applaudi du Prince & du Soldat ,
Fait revivre à nos yeux VENDÔME & Catinat.
Yous , qu'un joug étranger forçoit à vous défendre
,
Redevenez François , hâtez- vous de vous rendre ;
C'eft votre premier Maître ; éprouvez les bontés ,
Et rentrez dans des droits fi long-tems regrettés.
Au milieu de ces champs où le fang fume encore ,
Scéne dont la valeur & frémit & s'honore ,
Sur un Trône formé d'armes & de drapeaux
Il reçoit du Sénat des hommages nouveaux.
GRAND ROI , tous tes Sujets te parlent par
fa bouche ;
Répons à leurs défirs ; que leur zéle te touche !
Il veille par tes loix aux jours des Citoyens ';
Promets à fon amour de ménager les tiens ;
11 friffonne au moment qu'il célebre tes armes;
O Pere , épargne -nous de trop vives allarmes ,
Duffent- en murmurer tous ces braves guerriers ,
Toujours François , toujours avides de lauriers.
Rox, Chevalier de l'Ordre de S. Michel
Sur le fuccès de fes Armes.
LeSandredeJ.Michel eut l'honneur
de préfenter à la Reine , à Madame la Dauphine
& à Mefdames le Difcours fur le
fuccès des armes du Roi . Il fut invité de le
prononcer. La Reine entendit ces Vers
pendant fon dîner , Madame la Dauphine
l'après midi , & Mefdames à leur fouper.
Elles en parurent également fatisfaites &
attendries. Il fut comblé de ces éloges toujours
précieux & toujoursnouveaux pour un
Auteur le plus accoûtumé à en recevoir .
E Samedi s Juin M. Roi Chevalier
Sa Majesté a reçû en même- tems à l'armée
cette Piéce ; elle a ordonné qu'elle
fût imprimée à Lille . C'eft le même honneur
que S. M. fit à M. Roi lors de la Convalefcence.
Le Poëme fut imprimé à Metz
par un pareil ordre.
14 MERCURE DE FRANCE.
GRAND ROI , je cúde enfin à l'ardeur qui me
guide ;
Tu peux rendre fécond l'efprit le plus aride.
C'est moi qui le premier chantai notre bonheur
Quand tes jours échapoient à la Parque en fureur.
Peut-être que ma Lyre , organe de tendreffe,
A chanter des combats va trahir la foibleffe.
Le zéle fuffiroit pour rendre les frayeurs
Dont tes derniers périls ont glacé tous les coeurs
Lorſqu'au pied de ces murs , d'où partoit le tonnerre
,
Au milieu de ces feux que vomiffoit la terre ,
Ton oeil bravoit la mort errante autour de toi ,
Et que la France entiere à tremblé pour fon Roi.
T
J'aimerois à me joindre à ces tranſports de joye
Qu'à ton heureux retour le citoyen déploie
A peindre ta famille embraffant tes genoux ,
Doux momens , où triomphe & le pere & l'époux !
x
Tel Horace autrefois , dans fa verve diſcrette ,
Laiffoit à Varius ** emboucher la trompette
Ebranler tout l'Olimpe aux clameurs des mourans
De fang dans Actium répandre les torrens ,
Montrer la terre en feu , les mers épouvantées ,
Et du Styx par les morts . les ondes arrêtées.
* Ode 5. l. 1 .
** Poëte Epique & Tragique , fous Augufte.
JUIN.
15 1745.
Du fuccès de la guerre il ne peint que les fruits ;
Les Romains raffûrés , les plaifirs reproduits ,
Le Capitole orné de fleurs , de facrifices ,
Les fpectacles ouverts fous de plus doux aufpices,
Les meres de leurs fils béniffant le retour ,
Et les drapeaux de Mars aux Autels de l'Amour .
'Ainfi , fans m'élancer à travers le carnage ,
Ma Mufe du triomphe ofe ébaucher l'image ;
Triomphe différent de ceux où les Céfars
Du malheur des captifs repaiffant leurs regards ,
De l'esclavage encor aggravoient les injures ;
Où ces Rois enchaînés , déchirant leurs bleffures ,
Déteſtoient leurs vainqueurs , & les cruels fecours ,
Qui pour un tel outrage avoient fauvé leurs jours .
Trop long-tems ébloui par ce fafte barbare ,
Dont gémit l'héroïfme, & dont l'orgueil fe pare ,
L'Univers de LOUIS apprend d'autres vertus ,
Joüiſſez- en , Mortels , fous fes pieds abattus ;.
Loin de vous accabler , une pieté tendre
Comme fur fes Sujets ſçaura ſur vous s'étendre
Vous mourez;leVAINQUEUR veille à vous ranimer;
Vous force à l'applaudir , & peut- être à l'aimer.
Si nos deux derniers Rois foudroyoient des murailles
,
Le Ciel lui réfervoit la gloire des batailles :
Mânes de Souverains fi grands & fi chéris ,
Ah ! vous feriez jaloux d'un autre que d'un fils .
16 MERCURE DE FRANCE.
HENRI même , HENRI , dont l'utile courage
A fçu de fes Ayeux recouvrer l'héritage ,
HENRI n'eut que le choix du Trône ou du trépass
Pour nos feuls intérêts LOUIS arme fon bras :
Déja fon Fils le fuir , ce Fils à qui la Gloire
Pour premiere leçon préfente une victoire.
PRINCE , nouvel objet de refpect & d'amo
Que d'exemples touchants il te donne en un jour !
Arbitre du mérite , il loue , il récompenfe ,
Il ſe reconnoît maître aux faveurs qu'il diſpenſe ,
Seul dédommagement de fes juftes regrets
Pour tous ceux que la mort dérobe à fes bienfaits.
Nobles & chers foutiens de ce puiffant Empire ,
Héros , à vous chanter ma voix ne peut fuffire.
Irois-je apprécier le talent des guerriers ,
Et felon mon caprice adjuger les lauriers ?
A l'envi des grands noms qui parent notre Hiftoire,
Il en eft dont ce jour commence la mémoire ,
Mais LOUIS dans fon coeur a gravé vos exploits ;
Le Soldat a tout dit ; qu'ajoûteroit ma voix ?
Puiffe long -tems l'Europe envier à la France
Ce Chef , qui parmi nous prit une autre naiſſance ,
Ce Chef , dont le courage en un corps épuiſé ,
Subjuguant la nature , a tout fait , tout ofé !
Un regard du MONARQUE , un regard plein
de flâme
JUIN.
17 1745%
Jetté fur le Héros , renouvelle fon ame ;
Et MAURICE applaudi du Prince & du Soldat ,
Fait revivre à nos yeux VENDÔME & Catinat.
Yous , qu'un joug étranger forçoit à vous défendre
,
Redevenez François , hâtez- vous de vous rendre ;
C'eft votre premier Maître ; éprouvez les bontés ,
Et rentrez dans des droits fi long-tems regrettés.
Au milieu de ces champs où le fang fume encore ,
Scéne dont la valeur & frémit & s'honore ,
Sur un Trône formé d'armes & de drapeaux
Il reçoit du Sénat des hommages nouveaux.
GRAND ROI , tous tes Sujets te parlent par
fa bouche ;
Répons à leurs défirs ; que leur zéle te touche !
Il veille par tes loix aux jours des Citoyens ';
Promets à fon amour de ménager les tiens ;
11 friffonne au moment qu'il célebre tes armes;
O Pere , épargne -nous de trop vives allarmes ,
Duffent- en murmurer tous ces braves guerriers ,
Toujours François , toujours avides de lauriers.
Rox, Chevalier de l'Ordre de S. Michel
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