Oeuvre commentée (4)
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Résultats : 4 texte(s)
1
p. 209-234
NEUVIEME LETRE touchant l'essaì de l'ortografe passagère dans les lètres sur la biblioteque des enfans.
Début :
Il est tems, Monsieur, que je vous rende conte de l'ortografe passagère [...]
Mots clefs :
Orthographe, Sons, Lettres, Prononciation, Langage, Principes, Jeux, Partisans, Vulgaire , Usage
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texteReconnaissance textuelle : NEUVIEME LETRE touchant l'essaì de l'ortografe passagère dans les lètres sur la biblioteque des enfans.
NEUVIEME
LETRE touchant
l'essai de l'ortografe passagère dans les
lètres sur la biblioteque des enfans .
I
L est tems , Monsieur , que je vous
rende conte de l'ortografe passagère
dont j'ai fait l'essaì dans les précédentes
lètres. La raison distingue non -seulement
l'home de la bète , mais elle distingue
encore l'home de l'home. il y a bien des
gens qui ne voient que par les feus d'autrui
; et ceus là pour la plupart , quoique
très ignorans , ou peu instruits sur la
bonté des ieus des autres , croient ordinairement
ètre les mieus dirigés. si l'on
A v tient
210 MERCURE DE FRANCE
3r
tient quelquefois cète conduite dans les
afaires de la dernière importance , nous
ne devons pas ètre surpris de la voir
tenir en fait d'ortografe : ce qu'il y a détonant
, c'est de voir qu'un grand nombre
de ceus qui se piquent de la savoir
et d'en pouvoir raisoner , ne peuvent ensuite
doner aucune bone raison sur la
moindre des dificultés qu'on leur propose.
on ne se pique pas d'ètre géometre ni
architecte quand on ne s'est apliqué ni à
la géometrie ni à l'architecture ; pourquoi
se pique t- on de savoir l'ortografe ,
si l'on n'y a jamais fait de sérieuses refle
xions , et qu'on n'ait qu'une ortografe de
hazard , d'habitude idiotique et de sìmple
copie ? il y a des choses qui se décident
par l'autorité et par l'usage , cela est
très vrai en fait d'ortografe ; mais dans
un tems de trouble , de confusion , en
un mot, de schisme ortografique , quelle
règle suivre pour ariver enfin à l'uniformité
sur cette matiere il n'y en a aucune
qui puisse obliger et soumetre tous
les partis ; on suivra plusieurs ortografes.
tant que l'autorité de l'usage sera divisée .
une règle néanmoins que la prudence
semble indiquer par provision et par interim
, c'est de répresenter le vrai son
des mots et d'avoir de tems en tems
plus d'égard pour l'oreille que pour les
*
?
ieus
FEVRIER. 1731. 2fr
que
feus , surtout , quand les noms des lètres
seront faus , captieus ou équivoques.
cète règle sera dificile à pratiquer par les
persones qui ne savent pas bien lire , et
F'on peut , je pense , metre de ce nombre
, celles qui écrivent , par ex. gaife de
bones piques et lourag aue pasianse etc. au
lieu d'écrire j'ai fait des bonets piqués , et
Pouvrage avec passiance , ou pacience ou
patience etc. Je conclus
la raison peut
seule décider pendant le conflict de jurisdiction
ortografique , et que les parties
doivent ètre écoutées avant et plutôt que
d'ètre condanées sans examen , on ne doit
point s'obstiner à doner pour règle sure
générale, et universellement reçue de vieus
préjugés , et des lieus comuns refutés il y
a lontems par de très habiles auteurs qui
avoient peut ètre plus médité et plus re
fléchi , sur cète matière, que la plupart de
leurs adversaires . L'autorité et la raison
ne marchent pas toujours ensemble .
On doit avoir quelque égard pour les
ieus des lecteurs ; il est bon mème de les
consulter avant que d'en venir aus grandes
innovations ; c'est pourquoi je n'aí
fait que peu à peu les petits changemens
d'ortografe dans la suite des lètres sur la
biblioteque des enfans ; j'ai conduit insensiblement
, le lecteur déprevenu, u point
sur lequel je souhaiterois savoir ce qu'il
A vj pense
212 MERCURE DE FRANCE
pense de cet essai d'ortografe passagère ;
je n'ai pas cru le devoir prévenir là -dessus
par aucun avis préliminaire , parceque
j'ai interèt de savoir son propre sentiment
, indépendament de l'avis que j'aurois
pu doner à la tète de l'ouvrage , come
je le done ici mais j'ai cru qu'il étoit
bon de faire passer un peu de pratique
avant la téorie ; le lecteur par ce moyen.
bien instruit et plus au faìt , est ce me
semble , en état de mieus comparer et de
mieus décider ; l'experience en paroit
favorable. Bien des lecteurs non prévenus
et de bone foi , avouent qu'ils s'acoutument
sans peine à la vue de cète ortografe
, quoiqu'ils sentent qu'ils ne seroient
pas d'abord en état de la suivre dans leurs
écritures , faute de bien savoir les principes
necessaires pour l'observation de
toutes ces minuties : d'autres m'ont assuré
que l'impression des lètres sur la bibliotèque
des enfans paroissant plus nète et
enfin plus belle que celle du reste du мerils
ont conclu que c'étoit un èfer
de l'essai d'ortografe passagère , moins
herissée de lètres à tète ou à queue et de
capitales.
cure ,
Quoiqu'il paroisse que j'afecte de me
servir d'une nouvelle ortografe, je ne laisse
pas, dans un sens, d'aprouver ou de tolerer
les autres, il est mème nécessaire qu'un
enfant
FEVRIER. 1731. * 213
enfant qui travaille au bureau tipografique
sache bien la vieille ortografe , afin
de pouvoir lire toute sorte de livres et de
pouvoir se servir des dictionaires et des
livres classiques qui suivent encore cète
mème vieille ortografe. Mais je supose ,
avec raison , que pour montrer et pour
aprendre à lire , il est beaucoup mieus de
comancer par l'ortografe des sons ou de
l'oreille , qui tolere , par exemple , çaje ,
chapo etc. au lieu de sage , chapeau etc.
avant que de passer à l'ortografe des ieus
ou de l'usage , et cela m'a mème fait croire
qu'il sera beaucoup mieus de metre un
enfant de deus à trois ans sur la lecture
du latin plutôt que sur celle du françois,
parcequ'il y a plus de justesse et de verité
de raport entre la prononciation du
latin et le nom ou le son des lètres , qu'il
n'y en a entre la prononciation du françois
et le nom ou le son de ces mèmes.
lètres : d'ailleurs le latin les prononce pres →→
que toutes, et au contraire, le françois en a
beaucoup de muetes ; c'est pourquoi dans
la segonde classe du bureau tipografique
que j'apèle bureau lain , je conseille de
faire imprimer des mots latins préferablement
aus mots françois , et c'est dans
la troisième classe du bureau que l'enfant
trouvera ensuite les sons de la langue
françoise, mais je parlerai plus au long de
cet
214 MERCURE DE FRANCE.
cet article dans l'ouvrage des A B C la
tins et françois .
Je supose encore qu'après l'ortografe
de l'oreille ou des sons il sera mieus de
montrer l'ortografe la plus vraie , la plus
régulière et la plus conforme aus sons de
la langue , et de diferer la lecture et l'étude
d'une ortografe fausse , irréguliere ,
captieuse , équivoque quoiqu'anciene
parceque quand il s'agit de montrer à
lire à un enfant ; la première , la plus sìm--
ple et la meilleure règle à suivre , c'est
celle qui induit le moins en erreur l'enfant
qui aprend à lire ; or le principe des
partisans de la nouvèle ortografe est de
ne pas induire le lecteur en erreur , et
d'ètre sensible à la peine des enfans qui
aprènent à lire , au lieu que le principe
des partisans de l'anciène ortografe est de
mépriser toutes les facilités des nouvèles
métodes , de comancer par des règles
fausses , équivoques ou captieuses , et cela
avec un air et un ton d'autorité denué
de toute raison ; la seule qu'on allegue ,
et qui paroit assés mauvaise , est tirée de
l'exemple et de l'usage vulgaire ; on allegue
sans cesse que nos ancètres ont passé
par là , qu'ils n'ont pas apris autrement,
et que nous ne devons pas chercher des
métodes plus aisées que celles dont ils
se sont servis eus mèmes. La bonté et la
charité
FEVRIER. 173
2F5
charité éclairée n'aprouveront jamais ce
langage , qui n'est dicté que par l'esprit
de paresse , d'indiférence ou de préven
tion .
Si l'on prend la peine de faire réflexion:
sur la métode des anciens , on vèra qu'ils
ont écrit , lu et prononcé treu- ver , bonnes-
te etc. s'ensuit- il qu'il faille les imiter
à présent en cela il faudroit donc
écrire come on lit et come on prononce ,
puisque leur prononciation dictoit et regloit
l'écriture. si l'on veut suivre l'ortografe
des anciens , n'en doit- on pas aussi
conserver la prononciation , pourquoi diviser
cela , et se rendre esclave de l'un
plutôt que de l'autre A quoi bon citer
toujours l'exemple des anciens dont on
ne parle plus , et dont on n'écrit plus le:
langage ? Les anciens écrivolent tiltre , aulne
, cognoistre etc. parcequ'ils prononçolent
toutes les lètres de ces mots là ; ils suivoient
donc en cela le principe des modernes
ortografistes qui veulent un plus
grand raport de verité et de justesse entre
l'écriture et la parole , entre le langage
prononcé et le langage écrit , ou entre les
sons et les signes qui les représentent. il
est donc vrai de dire que l'ortografe des
anciens répondolt à leur prononciation
plus exactement que l'ortografe d'aujourdui
ne répond au langage d'apré
sent
216 MERCURE DE FRANCE
sent ; et la prétendue verité de ce dernier
raport ne peut se soutenir que par un
esprit de prévention , d'aveuglement ou
d'indiférence sur cète matière, persone
jusqu'ici , que je sache , n'a prouvé que
le changement de prononciation dans les
mots n'endoit jamais produire aucun dans
la manière de les écrire ; c'est tout ce que
l'on pouroit prétendre d'une langue sainte
et morte come l'ébraïque ; mais en fait
de langue profane et vivante , l'experien .
ce crie tous les jours contre la tiranie ortografique
de la plupart des maîtres d'école
cète meme experience oblige
souvent les partisans de la vieille ortografe
à se taire , quelque touchés et sensibles
qu'ils aient paru à la vue des moindres
innovations ortografiques , elle les
réduit et les force encote malgré eus à
se soumetre de tems en tems à la règle
des sons , et à suivre en bien des ocasions
le courant de l'usage moderne.
>
On
peut
donc
conclure
que le droit
et le fait sont
contre
les esclaves
de la
vieille
ortografe
; ils craignent
toujours
que le langage
françois
ne perde
ses marques
de jargon
et de servitude
; ils ont
beau
faire
, cela
arivera
tot ou tard
à la
gloire
de la nation
et de la langue
françoise
, il ne faudroit
pour
cela que
l'aten
.
tiondes
s upérieurs
sur
l'impression
des
ouvràFEVRIER.
1731. 217
ouvrages classiques , académiques et périodiques.
Du plus au moins , il est permis
de raisoner sur les petites choses come
sur les grandes ; or malgré l'autorité
où la force du préjugé , n'a- t-on pas en
partie secoué le joug des anciens en fait
des arts et des siences ? N'a- t on pas réformé
les maisons , les cuisines , les équipages
, les modes , les usages etc. pourquoi
l'ortografe resteroìt - elle invariable ,
pendant que le langage mème auroit ses
changemens ? Je persiste donc à dire qu'on
doit faire passer la pratique et l'étude de
la nouvèle ou de la vraie ortografe qui
facilite la lecture ; avant que de faire pratiquer
la vieille ou la fausse ortografe qui
induit trop souvent en erreur les enfans ,
les fames , les gens de la campagne et les
étrangers , portés naturèlement à lire tout
et à prononcer toutes les lètres , bien loin
de les rendre muètes , et c'est pour lors la
vieille ortografe , et par surcroit la vieille
métode qui leur tendent des pieges au
moins à chaque ligne , pour ne pas
dire
à chaque mot.
Je dois , au reste , déclarer ici que je
ne répondraí à aucun de mes critiques
qu'autant que leurs dificultés ou leurs objections
iront contre la métode du bureau
tipografique , et contre la manière que
j'indique et que je propose pour bien montrer
218 MERCURE DE FRANCE
trer à lire aus petits enfans ; car pour ce qui
ne regarde en général que le sistème de l'anciène
ou de la nouvèle ortografe , j'aurai
souvent lieu d'en parler dans les réflexions
des A B C françois , sur tous les
sons de notre langue , sur l'ortografe de
quelques dictionaires , sur le traité d'ortografe
de feu M. l'Abé R. et sur les dife
rens extraits que j'ai faits d'une trentaine
d'auteurs ortografistes des deus derniers
siecles . En atendant ce petit ouvrage ,
voici l'avis que je donaí au compositeur
des lètres sur la biblioteque des enfans , et
que je n'ai pas cru devoir laisser imprimer
plutot par les raisons alleguées cidessus
.
Avis à l'imprimeur ou au compositeur des
lètres sur la bibliotèque des enfans , etc.
Le principal et peut-ètre le meilleur
avis que je puisse vous doner , c'est de
suivre exactement le manuscrit corigé
selon l'essai de cète ortografe . voici cependant
quelques règles qui vous metront
d'abord au fait de l'ortografe passagere ,
sur laquele j'ai interêt de pressentir le
gout des lecteurs non prévenus , afin de
pouvoir m'y conformer ensuite dans l'impression
de la bibliotèque des enfans.
Je demande que vous ne metiés sur les
voyeles , ni accent , ni chevron , ni les
deus
FEVRIER. 1731. 219
蒽
il
deus points que vous apelés trema , ou que
vous en pratiquiés bien l'usage et les diferences
, come dans les mots procès , bontés
, batême , ciguë , etc.... le chevron paroit
à present inutile sur les mots age ,
agé , etc....il ne faut jamais marquer
Pè
ouvert qu'avec l'accent grave et jamais
avec le circonflexe , à moins que l'e ne
soit long , come dans tête , etc.... à l'égard
des diftongues oculaires ai , ei , oi ,
qui ne font entendre que l'è ouvert ,
faudra essayer d'y metre l'i grave , come
dans les mots maitre , reine , il conoìt , etc.
afin de pouvoir faire distinguer les diftongues
des ieus et celles de l'oreille , surtout
lorsque la quantité et le son n'exigeront
pas l'usage du chevron. Je ne suis.
pas toujours la regle de l'accent circonflexe
, je préfere quelquefois l'i grave au
chevron , à cause des logètes du bureau
tipografique , en atendant l'usage des diftongues
chevronées entre les deus voyeles .
on metra aussi l'ì grave lorsqu'il fait entendre
l'e ouvert dans les voyeles nazales
ìn , ain , ein , etc. des mots lìn , vain ,
sein , etc..... et lorsque la diftongue ai
sonera come l'é fermé , vous ferés emploi
de l'i aigu , come dans les mots j'ai , plaisir,
je ferai , etc....il ne faut donc jamais
employer le chevron sur les voyeles , que:
pour marquer la longueur de leur durée
Qu
220 MERCURE DE FRANCE.
ou de leur quantité : car la regle d'em
ployer le chevron sur la voyele à côté de
Jaquelle on a suprimé quelque lètre , n'est
peut ètre pas toujours vraie ni sure, come
dans les mots sûre , vûe , ûë , etc. pour
seure , veue , eue , etc. qu'il sufit d'écrire
ue , etc. sans chevron ni trema;
quoique les imprimeurs aient les signes
sure , vue ,
pour marquer les voyeles longues
, brèves et douteuses , il n'en font
pas usage sur tout le latin qu'ils impriment
, et le françois n'est pas arivé au
point de caracteriser et de noter localement
le son de toutes les voyeles d'un
discours imprimé. il est donc inutile d'être
si scrupuleus sur une voyele, pendant
qu'on néglige les autres ; c'est l'usage et
la pratique du discours qui montrent les
longues et les breves ; c'est une erreur de
s'imaginer que la vieille ortografe avec des
lètres non prononcées ou muetes , puisse
indiquer aux ieus la quantité que l'oreille
demande.
Il faut donc employer le veritable accent
pour chaque voyele , ou n'en point
mètre , il paroit même inutile de le mar-.
quer toujours dans les mots qui revienent
souvent,come dans être , èlle, même ,
etc. et sur les silabes toujours suivies d'une
autre silabe avec l'e muet final qui oblige
d'ouvrir l'e des pénultiemes silabes , come
cètte
dans
FEVRIER. 1731 . 221
dans pere , bele , ils vienent , etc. L'usage
fréquent du chevron et de l'accent , rend
le caractere trop hérissé , et mème selon
quelques -uns , il le rend encore trop pédant
, surtout au milieu des mots , ou sur
l'e des monosilabes qui revienent souvent
et sans équivoque ; il sufit peut ètre d'en
mètre de tems en tems pour instruire les
lecteurs novices : mais vous ne devés
pas
oublier l'accent lorsqu'il sert à déterminer
le sens d'un mot , et que sans ce secours
le mot pouroit quelquefois ètre équivoque
ou induire en erreur la persone qui
lit , come dans les mots près , prés , tanté,
tante , etc. l'accent paroit toujours bien
employé sur les e finaus algus ou graves ,
en faveur des enfans et des étrangers ,
come dans bonté , bontés , procès , succès ,
étc. L'accent semble moins nécessaire pour
la lecture des premiers e des mots anée ,
créée , etc. mais il ne choque pas les ieus
acoutumés depuis lontems à cète varieté
et distinction d'e. Les anciens , dont on
s'autorise tant , metoient-ils des accens
sur les e et sur les autres voyeles ? à peine
fesolent- ils la dépense des points sur les
i. Nous- mèmes suivons-nous à l'égard des
voyeles capitales , l'usage des accens que
nous exigeons sur les petites voyeles ou
cèles du bas de casse , cependant la
plupart des lecteurs très- foibles sur la
lecture
222 MERCURE DE FRANCE
lecture des capitales , auroient là , plus
besoin d'accent que sur les petites lètres ;
on pouroit dire qu'un lecteur bien instruit
sur les mots en petites lètres , doit
ètre moins embarassé à lire sans accens
ces mèmes mots en lètres capitales . Je
parlerai de cet article dans les A B C françois
, il sufit à present de vous faire
remarquer ici que les E capitaus sans
accent choquent bien moins que les E
capitaus mal accentués et défigurés par
des apostrofes ou par des fragmens de l
en guise d'accens mal adaptés , come dans
LETRE PRETERIT , etc. au lieu
de LETRE , PRETERIT , etc.
bien des artisans mètent des points sur
les I capitaus en serrurerie , menuiserie,
cizelure , etc. le tout sans principes.
Les voyeles apelées trema n'ont jamais
été necessaires dans les mots ruë , conuë
ou rüe , conüe , etc. puisqu'il n'y a jamais
eu danger qu'on lût avec le son du v ,
rve , conve , etc. ce qui fait voir l'ignorance
idiotique de bien des auteurs et de
bien des imprimeurs. Les voyeles apelées
trema necessaires avant l'usage des j et des
v , sont donc apresent devenues inutiles
dans les mots boue , ouaille , etc. qu'on ne
sera plus exposé à lire bove , ovaille , etc.
les auteurs qui en continuent encore la
pratique dans bouë , onaille, etc. montrent,
sans
FEVRIER. 1731. 223
sans le vouloir , leur ignorance ou leur
préjugé idiotique ; profitera qui voudra
de l'avis , c'est leur afaire. Les trema sont
bons dans les mots Lais , Emmaüs , Saül,
Moïse , ciguë , etc. pour distinguer la prononciation
des autres mots lais , emaus >
moisi , saul , figue , etc. dont la lecture est
diférente. La seule ignorance des principes
a introduit l'usage de l'i trema pour
deus i dans les mots pai-is , abai- ie ;
moi- ien , etc. qu'on écrit abusivement
pais , abaie , moien , ou pa-is , aba-ïe ,
mo-ien , etc. se corigera encore là-dessus
qui voudra , mais cète ignorance est sensible
quand on voit et qu'on lit les mots
laïs, lais, hair, haine , païen, paien, paient,
etc. suposer que le point redoublé , redouble
sa voyele dans un endroit , qu'ailleurs
il unit , qu'ailleurs il divise les voyeles
, qu'ailleurs il indique les voyeles muetes
; c'est , ce me semble , faire un mauvais
usage du trema , et lui doner en mème-
tems trop de proprietés diferentes et
contraires les unes aus autres , come dans
païs , lais , ouailles , caën , etc. Je suis persuadé
que sans le préjugé idiotique , en
Holande , come en France , on auroìt honte
de s'obstiner à pratiquer un tel abus
et de préferer le mauvais usage , pendant
que le bon est le plus généralement suivi.
J'aurai souvent ocasion de reparler de cela
dans les A B C françois. Vous
224 MERCURE DE FRANCE
Vous n'emploirés donc jamais le y que
pour le double i , come dans moiien
paiis , etc. que j'écris moyen , pays , etc.
pour déferer à l'usage quand il n'induit
point en erreur . on pouroit aussi écrire
péis , abéie , etc. sans équivoque. Je tolere
le y dans la particule ey locale il y a , par
déference pour l'usage , et en faveur d'un
mot composé d'une seule lètre , quoique
nous ayons encore les mots a , o , en françois
, et les mots a , e , i , o , en latin . Ne
metés donc jamais l'i trema pour le y , ou
pour deus i. Quand j'écris aiant avec l'i
trema , pour a- iant , c'est en suposant
qu'on le prononce ainsi , car autrement
j'écrirois ai-iant avec un double i ou ayant
avec un y ; je soumets apresent , du moins
en partie , le principe de l'ortografe au
principe de la prononciation ; et mon erreur
ou mon ignorance sur le fait de la
prononciation , ne doit point infirmer le
principe sur l'ortografe , disctinction
qu'un lecteur équitable ne manquera pas
de suposer. Je ne parle pas ici des y finaus
employés dans les monossilabes roi , loi ,
quoi , ni , lui , etc. que bien des gens écrivent
encore roy , loy , quoy , ny , luy , etc.
c'est un reste des mauvais principes qu'on
suit chés les maitres écrivains.
Il faut condaner le ph de deus lètres
et préferer le simple ƒ d'une lètre, à moins
que
FEVRIER. 1731. 225
que ce ne soit dans un nom propre come
dans Joseph , Philipe , etc. encore bien des
gens écrivent Josef, Filipe , etc. et ils n'en
font peut-être pas plus mal. vous metrés
donc avec le ƒd'une lètre , les mots sfère,
filosofe , etc. au lieu de sphere , philosophe
etc. avec le ph de deus lètres , et cela en
faveur des enfans , des étrangers , et par
honeur pour la langue françoise , langue
d'un peuple franc , aussi libre et aussi maitre
de son ortografe que ses voisins les
italiens et les espagnols , un peu plus afranchis
que nous de la marque servile en fait
de langage ... vous laisserés toujours la
lètre h dans les mots où elle s'aspire , come
dans heros , etc. et lorsqu'elle sert à diviser
les voyeles et les silabes come dans
souhaits , etc. vous pourés la tolerer initiale
dans les mots humeur , honète , etc.
et quelquefois médiale dans aujourd'hui ,
etc. quoiqu'elle n'y soit point aspirées
mais il faut banir le b des mots chronologie
, cahot , écho , phiole , rhume , phantaisie
, theme , etc. qu'il faut écrire cronologie,
caot , éco , fiole , rume , fantaisie , ième , etc.
faute de caractère particulier la lètre h
est toujours nécessaire après le c pour indiquer
le son françois che des mots chiche,
chu heter, chou , etc. et cète raison de nécessité
confirme l'utilité de la réforme de
cète lètre dans les mots où elle est cap-
B tieuse
226 MERCURE DE FRANCE
tieuse , et où elle peut induire en erreur ,
come dans les mots cholere , Bachus , paschal
, etc.....
>
Je n'emploie la lètre double x , que
dans les endroits où elle fait la fonction
des deus lètres fortes cs , come dans axe ,
stix , etc. ou des deus lètres foibles ༡༢
come dans exil , examen , etc. et qu'on
pouroit écrire selon leur prononciation
acse , sticse , etc. egzil , egzamen , etc. et
cela sans induire en erreur ; avantage qui
n'est pas indiferent aus ieus des esprits
bons et bienfesans . vous ne devés jamais
employer la lètre double x pour les lètres
simples s ou z ; ainsi vous pourés im
primer ieus , sis , sisième , soissante , etc.
aulieu de ieux , six , sixième , soixante
etc. on trouve déja cète réforme dans
bien des livres anciens et modernes, dont
les auteurs avolent remarqué l'imperfection
de l'usage qui done quatre valeurs
diferentes à la lètre x.
Il faut rejeter l'emploi des consones inutilement
redoublées , lorsque cère double
consone est muère , ou qu'on ne la prononce
point dans le discours le plus soutenu
, come dans les mots abbé, accord
addoner, etc. que j'écris abé , acord , adoner,
etc. malgré la prétendue regle de
quantité françoise , qui n'est pas toujours
vraie à l'égard de toutes les consones redoublées
FEVRIER. 1731. 227
doublées . D'où vient qu'esclave de la lanque
latine qui alonge les voyèles suivies
de deus consones , on a cru qu'en françois
ce devoit être tout le contraire , et
que la double consone muète servoit à
faire conoitre que la voyele étoit bréve ?
cète regle fût - elle vraie , en demanderoit
une autre qui indicât quand la
double consone doit ètre muete ou prononcée
; l'usage montrera l'un come l'autre.
cependant par un reste d'égard pour
les ieus , je tolere encore la consone muete
inutilement redoublée dans de petits mots,
come dans cette , elle , qu'elle , etc. qu'il
sera bon d'écrire quelquefois avec une
seule consone et avec l'è grave , come
dans cète , cèle , qu'èle , etc. mais quand la
consone est redoublée dans la prononciation
, il faut la laisser dans l'ortografe,
come Pallas , Apollon , immodeste , etc. les
espagnols graves et sensés écrivent et prononcent
Palas, Apolon , quoiqu'ils sachent
bien qu'on dit et qu'on écrit en latin Pale
, las , et Apole , lon , etc.... Bien que
le double paroisse nécessaire dans les
mots je courrois , je courraí , etc. à cause
de la contraction des mots courerois
coureraí , etc. je ne mets cependant qu'un
avec le chevron sur la voyele où , come
jecoûrois , je coûrai , qu'on prononce fort
Cour-ois, cour-ai , fesant soner ler dans
Bij la
228 MERCURE DE FRANCE
>
la premiere silabe , etc. je parleraí de cela
dans l'ouvrage , des A B C françois. cependant
si les deus r se font entendre dans
ces exemples come dans le mot Varron ,
on peut y laisser le double r sans chevron.
Vous pouvés retrancher aussi la plupart
des lètres muètes inutiles , mème dans la
prononciation la plus soutenue , come
dans les mots asne , mesme , isle , coste
fluste , advocat , clef , baptesme , sept , ptisane,
vuide,paon , caën etc. que j'écris quelquefois
avec le chevron ou avec l'accent,
âne , mème , île , côte , flûte , avocat , clé ,
batême, sèt, tisane, vide, pân, cân , etc. et cela
en faveur des enfans , des étrangers , et de
la lecture ... selon le mème principe je
substitue les lètres prononcées aus lètres
non prononcées , come dans les mots lecon
, secrets , second , convent , que j'écris
Leçon , segrets, segond , couvent , j'écris aussi
par la mème raison , condâner , conoltre ,
etc. au lieu de condempner , cognoistre , ou
de condemner, connoistre , etc.... Je préfere
l'és avec l'accent aigu et le s , à l'ez avec
un z , par les raisons détaillées dans les
ABC françois ; la distinction des verbes ,
des participes , des noms pluriels , n'exige
point cète diference , l'Académie Françoise
ne l'a point admise dans la segonde
édition de son dictionaìre , et les partisans
de la vieille ortografe comancent d'écrire
FEVRIER. 1731. 229
crire avec l'è grave procès , succès , etc. aulieu
de procés , succés , avec l'é aigu ou avec
lez , procez , succez , etc. et les prés , aulieu
de prez , etc , il faut esperer qu'il n'en
resteront pas là.
"
Lorsqu'un mot aura plusieurs lètres à
tète ou à queue , come les mots diftinctif,
jurifdiction , infenfibles , style , inftructifs
fillabes , etc. il faut préferer les petits s et
les ct de deus lètres aus grans et aus
d'une piece , pour diminuer le nombre
des tètes et des queues , qui d'un mot en
font une espece de hérisson nuisible au
coup d'euil , et mètre distinctif, jurisdiction
, insensibles , stile , instructif, silabes ,
etc. Quand un mot avec des fou des &
liés se trouve environé d'autres mots
aïant des lètres à tète et à queue , soit
dans la ligne immédiatement au - dessus ,
soit dans la ligne immédiatement au- dessous
, soit dans la mème ligne à droite et
à gauche , il faut encore exclure et banir
les flons , simples ou doubles , la ligature
& , et leur préferer les petits s et les ct
de deus lètres . Je crois que pour pousser
encore un peu plus loin l'essai de la réforme
ortografique , et pour vous épargner
l'examen et la discussion sur l'emploi
, l'usage et le chois des consones courtes
ou longues , simples ou doubles , il
faudra banir totalement dès aujourdui les
Biij lètres
o MERCURE DE FRANCE.
lètres doubles inutiles , les ligatures , et rejeter
parconséquent les & , f, f , f,f, & ,
et leurs semblables , et leur préferer les
ct , st , ss , si , s , et. J'employois la conjonction
et en deus lètres après la virgule ,
et je tolerois ailleurs l' d'une piece ;
mais bien des persones de bon gout , disent
que cet & fait tort aus autres lètres
´et qu'on devroit l'abandoner , de mème
que les autres superfluités , aus maitres
écrivains et aus esprits gotiques , amateurs
et partisans des ligatures et des abréviations
. vous pouvés donc couvrir et condaner
ces sis cassetins pendant l'impression
de la suite des lètres sur la bibliotèque
des enfans , nous vêrons l'éfet que cet essai
produira sur le papier et sur les ieus
des lecteurs , je me regleraí ensuite làdessus
pour l'impression de mon ouvrage.
Je ne voudrois presque jamais employer
les lètres capitales ou majuscules.
dans la suite d'une frase et d'une période
que pour les noms propres , come
Paul , Mogel , Paris , etc. et non dans les
mots apellatifs de quelque nature qu'ils
pussent ètre , come prince , province , cordonier
, cheval , etc. les capitales après un
point et dans la mème frase , doivent
ètre du corps, paraleles aus autres letres,
de mème hauteur et plus petites que la
capitale qui comence la période en chef
et
FEVRIER. 1731. 231
et à la ligne. Lorsque cète petite majuscule
choqueta la vue, come dans les mots
il, on , etc. vous pourés mètre un plus
grand I ou un i du bas de casse , etc.
pour voir sur l'impression l'efet de cète
nouveauté.
و
Je dois dire ici un mot touchant l'exemple
que j'ai doné de la vieille et très -vieille
ortografe à la fin de la sisième lètre ; pour
faire voir d'une maniere sensible que l'ortografe
se raproche peu à peu de la prononciation
, j'ai mis le lecteur , pour ainsi
dire , entre deus extremités , afin de le rendre
plus atentif , et pour lui épargner la
peine d'aler feuilleter les vieus livres que
J'aurois pu citer , je renvoie cte discussion
à la suite des ABC françois. Les petsiones
scandalisées de cete nouvèle et de
cète vieille ortografe , sont priées de ne
pas fournir malgré elles des raisons contre
leur sentiment et leur préjugé .
Tachons de ne pas imiter l'ortografe de
ces fameus écrivains , qui prodigant l'usage
des lètres capitales , come s'ils donoient
des cronogrames , ne font
ne pas dificulté
d'écrire et de faire graver CaBinet , Re-
Ligion , InConftance , MaGiftrat , etc. qui
afectent d'employer le j et le v , au lieu
de l'i et de l'u voyeles dans les silabes initiales
, jl , jls, vn, jlluſtre, vnion, etc. qu'ils
devroient écrire il , ils, un , illustre , union ,
Biiij
..
etc.
232 MERCURE DE FRANCE
etc. ce sont là des fautes dans lesquèles les
imprimeurs ne tombent plus. il y a certains
maitres écrivains , des secretaires ,
des comis et des clercs , qui chérissent encore
leur ignorance sur cet article , il
est mème à craindre qu'ils ne se corigent
point tant que les grans seigneurs et les
maitres de ces scribes seront indiferens
ou prévenus sur l'exactitude de ces remarques
ortografiques.
Quoique le blanc des espaces bien pratiqués
serve à faire paroitre l'impression
plus bèle , on doit éviter le trop grand
nombre de ces espaces qui choquent la
vue lorsqu'ils forment des colones et des
zig- zag qui coupent les lignes ; c'est un
autre défaut que de vouloir remedier à
celuilà en metant des virgules où il n'en
faut point du tout. un compositeur de
bon gout , use sobrement et judicieusement
de la proportion et du nombre des
espaces et de l'usage des virgules , afin de ne
faire aucun tort au coup d'oeil de la bèle
impression , ni au sens du discours .Je trouve
quelquefois dans les livres les quinze
lignes de suite comancées par des lètres
à tète ou à queue , ce qui choque aussi
le coup d'euil , cela n'arivera pas lorsque
vous prendrés de petits s , des et , et des
at de deus lètres , étant dificile qu'il ne
s'en rencontre point à la tète d'une des
quinze
FEVRIER. 1731. 233
fblf
quinze lignes.un défaut encore plus grand
et que vous devés tâcher d'éviter , c'est
la rencontre des queues de la ligne d'en
haut avec les tètes de la ligne d'en bas
come PP , etc. on doit aussi regarder
come un défaut le mélange de
plusieurs lètres à petit ou à gros euil ,
de plusieurs lètres de diferente frape ,
quoique du mème corps ; le mèlange des
caractères neufs avec de vieus caractères
usés , pochés et mutilés , qui ne peuvent
jamais bien marquer tout le corps de la
lètre , ni d'une maniere nète et distincte,,
qui satisfasse le coup d'euil . L'imprimeur
a beau exalter son ouvrage imparfait , il
n'en sera pas cru , et il s'exposera à ètre
soupçoné d'ignorance ou de mauvaise foi.
Je sais bien que tout le monde n'y regarde
pas de si près , mais je sais aussi
qu'il y a de bons et de mauvais ouvriers
dans toute sorte de professions , et que les
bons come vous , qui visent à la perfecsion
, ne négligent rien de ce qui peut
les y conduire ; aucontraire , les ouvriers:
ignorans, indociles , obstinés, pleins d'eusmèmes
et indiferens sur le mieus , vieillissent
dans l'habitude de mal faire ; la
seule avidité du gain s'empare de leur
esprit et les aveugle si fort sur tout le
reste , qu'ils n'ont pas seulement la liberté
de voir que le gain mème se trouve
plus
234 MERCURE DE FRANCE
plus grand à mesure qu'on est plus habile
or on ne peut devenir habile qu'en
cultivant le bon gout et en observant
beaucoup de choses petites séparement ,
mais dont la totalité et l'ensemble , donent
la perfection , et c'est là- dessus que
le public pour son argent a le droit d'admirer
, de choisir , d'aprouver et d'acheter
; ou de mépriser , de condaner et de
rebuter l'ouvrage des auteurs , des imprimeurs
et des relieurs , come des autres
artisans. on poura continuer cète matiere
dans quelque autre ocasion .
LETRE touchant
l'essai de l'ortografe passagère dans les
lètres sur la biblioteque des enfans .
I
L est tems , Monsieur , que je vous
rende conte de l'ortografe passagère
dont j'ai fait l'essaì dans les précédentes
lètres. La raison distingue non -seulement
l'home de la bète , mais elle distingue
encore l'home de l'home. il y a bien des
gens qui ne voient que par les feus d'autrui
; et ceus là pour la plupart , quoique
très ignorans , ou peu instruits sur la
bonté des ieus des autres , croient ordinairement
ètre les mieus dirigés. si l'on
A v tient
210 MERCURE DE FRANCE
3r
tient quelquefois cète conduite dans les
afaires de la dernière importance , nous
ne devons pas ètre surpris de la voir
tenir en fait d'ortografe : ce qu'il y a détonant
, c'est de voir qu'un grand nombre
de ceus qui se piquent de la savoir
et d'en pouvoir raisoner , ne peuvent ensuite
doner aucune bone raison sur la
moindre des dificultés qu'on leur propose.
on ne se pique pas d'ètre géometre ni
architecte quand on ne s'est apliqué ni à
la géometrie ni à l'architecture ; pourquoi
se pique t- on de savoir l'ortografe ,
si l'on n'y a jamais fait de sérieuses refle
xions , et qu'on n'ait qu'une ortografe de
hazard , d'habitude idiotique et de sìmple
copie ? il y a des choses qui se décident
par l'autorité et par l'usage , cela est
très vrai en fait d'ortografe ; mais dans
un tems de trouble , de confusion , en
un mot, de schisme ortografique , quelle
règle suivre pour ariver enfin à l'uniformité
sur cette matiere il n'y en a aucune
qui puisse obliger et soumetre tous
les partis ; on suivra plusieurs ortografes.
tant que l'autorité de l'usage sera divisée .
une règle néanmoins que la prudence
semble indiquer par provision et par interim
, c'est de répresenter le vrai son
des mots et d'avoir de tems en tems
plus d'égard pour l'oreille que pour les
*
?
ieus
FEVRIER. 1731. 2fr
que
feus , surtout , quand les noms des lètres
seront faus , captieus ou équivoques.
cète règle sera dificile à pratiquer par les
persones qui ne savent pas bien lire , et
F'on peut , je pense , metre de ce nombre
, celles qui écrivent , par ex. gaife de
bones piques et lourag aue pasianse etc. au
lieu d'écrire j'ai fait des bonets piqués , et
Pouvrage avec passiance , ou pacience ou
patience etc. Je conclus
la raison peut
seule décider pendant le conflict de jurisdiction
ortografique , et que les parties
doivent ètre écoutées avant et plutôt que
d'ètre condanées sans examen , on ne doit
point s'obstiner à doner pour règle sure
générale, et universellement reçue de vieus
préjugés , et des lieus comuns refutés il y
a lontems par de très habiles auteurs qui
avoient peut ètre plus médité et plus re
fléchi , sur cète matière, que la plupart de
leurs adversaires . L'autorité et la raison
ne marchent pas toujours ensemble .
On doit avoir quelque égard pour les
ieus des lecteurs ; il est bon mème de les
consulter avant que d'en venir aus grandes
innovations ; c'est pourquoi je n'aí
fait que peu à peu les petits changemens
d'ortografe dans la suite des lètres sur la
biblioteque des enfans ; j'ai conduit insensiblement
, le lecteur déprevenu, u point
sur lequel je souhaiterois savoir ce qu'il
A vj pense
212 MERCURE DE FRANCE
pense de cet essai d'ortografe passagère ;
je n'ai pas cru le devoir prévenir là -dessus
par aucun avis préliminaire , parceque
j'ai interèt de savoir son propre sentiment
, indépendament de l'avis que j'aurois
pu doner à la tète de l'ouvrage , come
je le done ici mais j'ai cru qu'il étoit
bon de faire passer un peu de pratique
avant la téorie ; le lecteur par ce moyen.
bien instruit et plus au faìt , est ce me
semble , en état de mieus comparer et de
mieus décider ; l'experience en paroit
favorable. Bien des lecteurs non prévenus
et de bone foi , avouent qu'ils s'acoutument
sans peine à la vue de cète ortografe
, quoiqu'ils sentent qu'ils ne seroient
pas d'abord en état de la suivre dans leurs
écritures , faute de bien savoir les principes
necessaires pour l'observation de
toutes ces minuties : d'autres m'ont assuré
que l'impression des lètres sur la bibliotèque
des enfans paroissant plus nète et
enfin plus belle que celle du reste du мerils
ont conclu que c'étoit un èfer
de l'essai d'ortografe passagère , moins
herissée de lètres à tète ou à queue et de
capitales.
cure ,
Quoiqu'il paroisse que j'afecte de me
servir d'une nouvelle ortografe, je ne laisse
pas, dans un sens, d'aprouver ou de tolerer
les autres, il est mème nécessaire qu'un
enfant
FEVRIER. 1731. * 213
enfant qui travaille au bureau tipografique
sache bien la vieille ortografe , afin
de pouvoir lire toute sorte de livres et de
pouvoir se servir des dictionaires et des
livres classiques qui suivent encore cète
mème vieille ortografe. Mais je supose ,
avec raison , que pour montrer et pour
aprendre à lire , il est beaucoup mieus de
comancer par l'ortografe des sons ou de
l'oreille , qui tolere , par exemple , çaje ,
chapo etc. au lieu de sage , chapeau etc.
avant que de passer à l'ortografe des ieus
ou de l'usage , et cela m'a mème fait croire
qu'il sera beaucoup mieus de metre un
enfant de deus à trois ans sur la lecture
du latin plutôt que sur celle du françois,
parcequ'il y a plus de justesse et de verité
de raport entre la prononciation du
latin et le nom ou le son des lètres , qu'il
n'y en a entre la prononciation du françois
et le nom ou le son de ces mèmes.
lètres : d'ailleurs le latin les prononce pres →→
que toutes, et au contraire, le françois en a
beaucoup de muetes ; c'est pourquoi dans
la segonde classe du bureau tipografique
que j'apèle bureau lain , je conseille de
faire imprimer des mots latins préferablement
aus mots françois , et c'est dans
la troisième classe du bureau que l'enfant
trouvera ensuite les sons de la langue
françoise, mais je parlerai plus au long de
cet
214 MERCURE DE FRANCE.
cet article dans l'ouvrage des A B C la
tins et françois .
Je supose encore qu'après l'ortografe
de l'oreille ou des sons il sera mieus de
montrer l'ortografe la plus vraie , la plus
régulière et la plus conforme aus sons de
la langue , et de diferer la lecture et l'étude
d'une ortografe fausse , irréguliere ,
captieuse , équivoque quoiqu'anciene
parceque quand il s'agit de montrer à
lire à un enfant ; la première , la plus sìm--
ple et la meilleure règle à suivre , c'est
celle qui induit le moins en erreur l'enfant
qui aprend à lire ; or le principe des
partisans de la nouvèle ortografe est de
ne pas induire le lecteur en erreur , et
d'ètre sensible à la peine des enfans qui
aprènent à lire , au lieu que le principe
des partisans de l'anciène ortografe est de
mépriser toutes les facilités des nouvèles
métodes , de comancer par des règles
fausses , équivoques ou captieuses , et cela
avec un air et un ton d'autorité denué
de toute raison ; la seule qu'on allegue ,
et qui paroit assés mauvaise , est tirée de
l'exemple et de l'usage vulgaire ; on allegue
sans cesse que nos ancètres ont passé
par là , qu'ils n'ont pas apris autrement,
et que nous ne devons pas chercher des
métodes plus aisées que celles dont ils
se sont servis eus mèmes. La bonté et la
charité
FEVRIER. 173
2F5
charité éclairée n'aprouveront jamais ce
langage , qui n'est dicté que par l'esprit
de paresse , d'indiférence ou de préven
tion .
Si l'on prend la peine de faire réflexion:
sur la métode des anciens , on vèra qu'ils
ont écrit , lu et prononcé treu- ver , bonnes-
te etc. s'ensuit- il qu'il faille les imiter
à présent en cela il faudroit donc
écrire come on lit et come on prononce ,
puisque leur prononciation dictoit et regloit
l'écriture. si l'on veut suivre l'ortografe
des anciens , n'en doit- on pas aussi
conserver la prononciation , pourquoi diviser
cela , et se rendre esclave de l'un
plutôt que de l'autre A quoi bon citer
toujours l'exemple des anciens dont on
ne parle plus , et dont on n'écrit plus le:
langage ? Les anciens écrivolent tiltre , aulne
, cognoistre etc. parcequ'ils prononçolent
toutes les lètres de ces mots là ; ils suivoient
donc en cela le principe des modernes
ortografistes qui veulent un plus
grand raport de verité et de justesse entre
l'écriture et la parole , entre le langage
prononcé et le langage écrit , ou entre les
sons et les signes qui les représentent. il
est donc vrai de dire que l'ortografe des
anciens répondolt à leur prononciation
plus exactement que l'ortografe d'aujourdui
ne répond au langage d'apré
sent
216 MERCURE DE FRANCE
sent ; et la prétendue verité de ce dernier
raport ne peut se soutenir que par un
esprit de prévention , d'aveuglement ou
d'indiférence sur cète matière, persone
jusqu'ici , que je sache , n'a prouvé que
le changement de prononciation dans les
mots n'endoit jamais produire aucun dans
la manière de les écrire ; c'est tout ce que
l'on pouroit prétendre d'une langue sainte
et morte come l'ébraïque ; mais en fait
de langue profane et vivante , l'experien .
ce crie tous les jours contre la tiranie ortografique
de la plupart des maîtres d'école
cète meme experience oblige
souvent les partisans de la vieille ortografe
à se taire , quelque touchés et sensibles
qu'ils aient paru à la vue des moindres
innovations ortografiques , elle les
réduit et les force encote malgré eus à
se soumetre de tems en tems à la règle
des sons , et à suivre en bien des ocasions
le courant de l'usage moderne.
>
On
peut
donc
conclure
que le droit
et le fait sont
contre
les esclaves
de la
vieille
ortografe
; ils craignent
toujours
que le langage
françois
ne perde
ses marques
de jargon
et de servitude
; ils ont
beau
faire
, cela
arivera
tot ou tard
à la
gloire
de la nation
et de la langue
françoise
, il ne faudroit
pour
cela que
l'aten
.
tiondes
s upérieurs
sur
l'impression
des
ouvràFEVRIER.
1731. 217
ouvrages classiques , académiques et périodiques.
Du plus au moins , il est permis
de raisoner sur les petites choses come
sur les grandes ; or malgré l'autorité
où la force du préjugé , n'a- t-on pas en
partie secoué le joug des anciens en fait
des arts et des siences ? N'a- t on pas réformé
les maisons , les cuisines , les équipages
, les modes , les usages etc. pourquoi
l'ortografe resteroìt - elle invariable ,
pendant que le langage mème auroit ses
changemens ? Je persiste donc à dire qu'on
doit faire passer la pratique et l'étude de
la nouvèle ou de la vraie ortografe qui
facilite la lecture ; avant que de faire pratiquer
la vieille ou la fausse ortografe qui
induit trop souvent en erreur les enfans ,
les fames , les gens de la campagne et les
étrangers , portés naturèlement à lire tout
et à prononcer toutes les lètres , bien loin
de les rendre muètes , et c'est pour lors la
vieille ortografe , et par surcroit la vieille
métode qui leur tendent des pieges au
moins à chaque ligne , pour ne pas
dire
à chaque mot.
Je dois , au reste , déclarer ici que je
ne répondraí à aucun de mes critiques
qu'autant que leurs dificultés ou leurs objections
iront contre la métode du bureau
tipografique , et contre la manière que
j'indique et que je propose pour bien montrer
218 MERCURE DE FRANCE
trer à lire aus petits enfans ; car pour ce qui
ne regarde en général que le sistème de l'anciène
ou de la nouvèle ortografe , j'aurai
souvent lieu d'en parler dans les réflexions
des A B C françois , sur tous les
sons de notre langue , sur l'ortografe de
quelques dictionaires , sur le traité d'ortografe
de feu M. l'Abé R. et sur les dife
rens extraits que j'ai faits d'une trentaine
d'auteurs ortografistes des deus derniers
siecles . En atendant ce petit ouvrage ,
voici l'avis que je donaí au compositeur
des lètres sur la biblioteque des enfans , et
que je n'ai pas cru devoir laisser imprimer
plutot par les raisons alleguées cidessus
.
Avis à l'imprimeur ou au compositeur des
lètres sur la bibliotèque des enfans , etc.
Le principal et peut-ètre le meilleur
avis que je puisse vous doner , c'est de
suivre exactement le manuscrit corigé
selon l'essai de cète ortografe . voici cependant
quelques règles qui vous metront
d'abord au fait de l'ortografe passagere ,
sur laquele j'ai interêt de pressentir le
gout des lecteurs non prévenus , afin de
pouvoir m'y conformer ensuite dans l'impression
de la bibliotèque des enfans.
Je demande que vous ne metiés sur les
voyeles , ni accent , ni chevron , ni les
deus
FEVRIER. 1731. 219
蒽
il
deus points que vous apelés trema , ou que
vous en pratiquiés bien l'usage et les diferences
, come dans les mots procès , bontés
, batême , ciguë , etc.... le chevron paroit
à present inutile sur les mots age ,
agé , etc....il ne faut jamais marquer
Pè
ouvert qu'avec l'accent grave et jamais
avec le circonflexe , à moins que l'e ne
soit long , come dans tête , etc.... à l'égard
des diftongues oculaires ai , ei , oi ,
qui ne font entendre que l'è ouvert ,
faudra essayer d'y metre l'i grave , come
dans les mots maitre , reine , il conoìt , etc.
afin de pouvoir faire distinguer les diftongues
des ieus et celles de l'oreille , surtout
lorsque la quantité et le son n'exigeront
pas l'usage du chevron. Je ne suis.
pas toujours la regle de l'accent circonflexe
, je préfere quelquefois l'i grave au
chevron , à cause des logètes du bureau
tipografique , en atendant l'usage des diftongues
chevronées entre les deus voyeles .
on metra aussi l'ì grave lorsqu'il fait entendre
l'e ouvert dans les voyeles nazales
ìn , ain , ein , etc. des mots lìn , vain ,
sein , etc..... et lorsque la diftongue ai
sonera come l'é fermé , vous ferés emploi
de l'i aigu , come dans les mots j'ai , plaisir,
je ferai , etc....il ne faut donc jamais
employer le chevron sur les voyeles , que:
pour marquer la longueur de leur durée
Qu
220 MERCURE DE FRANCE.
ou de leur quantité : car la regle d'em
ployer le chevron sur la voyele à côté de
Jaquelle on a suprimé quelque lètre , n'est
peut ètre pas toujours vraie ni sure, come
dans les mots sûre , vûe , ûë , etc. pour
seure , veue , eue , etc. qu'il sufit d'écrire
ue , etc. sans chevron ni trema;
quoique les imprimeurs aient les signes
sure , vue ,
pour marquer les voyeles longues
, brèves et douteuses , il n'en font
pas usage sur tout le latin qu'ils impriment
, et le françois n'est pas arivé au
point de caracteriser et de noter localement
le son de toutes les voyeles d'un
discours imprimé. il est donc inutile d'être
si scrupuleus sur une voyele, pendant
qu'on néglige les autres ; c'est l'usage et
la pratique du discours qui montrent les
longues et les breves ; c'est une erreur de
s'imaginer que la vieille ortografe avec des
lètres non prononcées ou muetes , puisse
indiquer aux ieus la quantité que l'oreille
demande.
Il faut donc employer le veritable accent
pour chaque voyele , ou n'en point
mètre , il paroit même inutile de le mar-.
quer toujours dans les mots qui revienent
souvent,come dans être , èlle, même ,
etc. et sur les silabes toujours suivies d'une
autre silabe avec l'e muet final qui oblige
d'ouvrir l'e des pénultiemes silabes , come
cètte
dans
FEVRIER. 1731 . 221
dans pere , bele , ils vienent , etc. L'usage
fréquent du chevron et de l'accent , rend
le caractere trop hérissé , et mème selon
quelques -uns , il le rend encore trop pédant
, surtout au milieu des mots , ou sur
l'e des monosilabes qui revienent souvent
et sans équivoque ; il sufit peut ètre d'en
mètre de tems en tems pour instruire les
lecteurs novices : mais vous ne devés
pas
oublier l'accent lorsqu'il sert à déterminer
le sens d'un mot , et que sans ce secours
le mot pouroit quelquefois ètre équivoque
ou induire en erreur la persone qui
lit , come dans les mots près , prés , tanté,
tante , etc. l'accent paroit toujours bien
employé sur les e finaus algus ou graves ,
en faveur des enfans et des étrangers ,
come dans bonté , bontés , procès , succès ,
étc. L'accent semble moins nécessaire pour
la lecture des premiers e des mots anée ,
créée , etc. mais il ne choque pas les ieus
acoutumés depuis lontems à cète varieté
et distinction d'e. Les anciens , dont on
s'autorise tant , metoient-ils des accens
sur les e et sur les autres voyeles ? à peine
fesolent- ils la dépense des points sur les
i. Nous- mèmes suivons-nous à l'égard des
voyeles capitales , l'usage des accens que
nous exigeons sur les petites voyeles ou
cèles du bas de casse , cependant la
plupart des lecteurs très- foibles sur la
lecture
222 MERCURE DE FRANCE
lecture des capitales , auroient là , plus
besoin d'accent que sur les petites lètres ;
on pouroit dire qu'un lecteur bien instruit
sur les mots en petites lètres , doit
ètre moins embarassé à lire sans accens
ces mèmes mots en lètres capitales . Je
parlerai de cet article dans les A B C françois
, il sufit à present de vous faire
remarquer ici que les E capitaus sans
accent choquent bien moins que les E
capitaus mal accentués et défigurés par
des apostrofes ou par des fragmens de l
en guise d'accens mal adaptés , come dans
LETRE PRETERIT , etc. au lieu
de LETRE , PRETERIT , etc.
bien des artisans mètent des points sur
les I capitaus en serrurerie , menuiserie,
cizelure , etc. le tout sans principes.
Les voyeles apelées trema n'ont jamais
été necessaires dans les mots ruë , conuë
ou rüe , conüe , etc. puisqu'il n'y a jamais
eu danger qu'on lût avec le son du v ,
rve , conve , etc. ce qui fait voir l'ignorance
idiotique de bien des auteurs et de
bien des imprimeurs. Les voyeles apelées
trema necessaires avant l'usage des j et des
v , sont donc apresent devenues inutiles
dans les mots boue , ouaille , etc. qu'on ne
sera plus exposé à lire bove , ovaille , etc.
les auteurs qui en continuent encore la
pratique dans bouë , onaille, etc. montrent,
sans
FEVRIER. 1731. 223
sans le vouloir , leur ignorance ou leur
préjugé idiotique ; profitera qui voudra
de l'avis , c'est leur afaire. Les trema sont
bons dans les mots Lais , Emmaüs , Saül,
Moïse , ciguë , etc. pour distinguer la prononciation
des autres mots lais , emaus >
moisi , saul , figue , etc. dont la lecture est
diférente. La seule ignorance des principes
a introduit l'usage de l'i trema pour
deus i dans les mots pai-is , abai- ie ;
moi- ien , etc. qu'on écrit abusivement
pais , abaie , moien , ou pa-is , aba-ïe ,
mo-ien , etc. se corigera encore là-dessus
qui voudra , mais cète ignorance est sensible
quand on voit et qu'on lit les mots
laïs, lais, hair, haine , païen, paien, paient,
etc. suposer que le point redoublé , redouble
sa voyele dans un endroit , qu'ailleurs
il unit , qu'ailleurs il divise les voyeles
, qu'ailleurs il indique les voyeles muetes
; c'est , ce me semble , faire un mauvais
usage du trema , et lui doner en mème-
tems trop de proprietés diferentes et
contraires les unes aus autres , come dans
païs , lais , ouailles , caën , etc. Je suis persuadé
que sans le préjugé idiotique , en
Holande , come en France , on auroìt honte
de s'obstiner à pratiquer un tel abus
et de préferer le mauvais usage , pendant
que le bon est le plus généralement suivi.
J'aurai souvent ocasion de reparler de cela
dans les A B C françois. Vous
224 MERCURE DE FRANCE
Vous n'emploirés donc jamais le y que
pour le double i , come dans moiien
paiis , etc. que j'écris moyen , pays , etc.
pour déferer à l'usage quand il n'induit
point en erreur . on pouroit aussi écrire
péis , abéie , etc. sans équivoque. Je tolere
le y dans la particule ey locale il y a , par
déference pour l'usage , et en faveur d'un
mot composé d'une seule lètre , quoique
nous ayons encore les mots a , o , en françois
, et les mots a , e , i , o , en latin . Ne
metés donc jamais l'i trema pour le y , ou
pour deus i. Quand j'écris aiant avec l'i
trema , pour a- iant , c'est en suposant
qu'on le prononce ainsi , car autrement
j'écrirois ai-iant avec un double i ou ayant
avec un y ; je soumets apresent , du moins
en partie , le principe de l'ortografe au
principe de la prononciation ; et mon erreur
ou mon ignorance sur le fait de la
prononciation , ne doit point infirmer le
principe sur l'ortografe , disctinction
qu'un lecteur équitable ne manquera pas
de suposer. Je ne parle pas ici des y finaus
employés dans les monossilabes roi , loi ,
quoi , ni , lui , etc. que bien des gens écrivent
encore roy , loy , quoy , ny , luy , etc.
c'est un reste des mauvais principes qu'on
suit chés les maitres écrivains.
Il faut condaner le ph de deus lètres
et préferer le simple ƒ d'une lètre, à moins
que
FEVRIER. 1731. 225
que ce ne soit dans un nom propre come
dans Joseph , Philipe , etc. encore bien des
gens écrivent Josef, Filipe , etc. et ils n'en
font peut-être pas plus mal. vous metrés
donc avec le ƒd'une lètre , les mots sfère,
filosofe , etc. au lieu de sphere , philosophe
etc. avec le ph de deus lètres , et cela en
faveur des enfans , des étrangers , et par
honeur pour la langue françoise , langue
d'un peuple franc , aussi libre et aussi maitre
de son ortografe que ses voisins les
italiens et les espagnols , un peu plus afranchis
que nous de la marque servile en fait
de langage ... vous laisserés toujours la
lètre h dans les mots où elle s'aspire , come
dans heros , etc. et lorsqu'elle sert à diviser
les voyeles et les silabes come dans
souhaits , etc. vous pourés la tolerer initiale
dans les mots humeur , honète , etc.
et quelquefois médiale dans aujourd'hui ,
etc. quoiqu'elle n'y soit point aspirées
mais il faut banir le b des mots chronologie
, cahot , écho , phiole , rhume , phantaisie
, theme , etc. qu'il faut écrire cronologie,
caot , éco , fiole , rume , fantaisie , ième , etc.
faute de caractère particulier la lètre h
est toujours nécessaire après le c pour indiquer
le son françois che des mots chiche,
chu heter, chou , etc. et cète raison de nécessité
confirme l'utilité de la réforme de
cète lètre dans les mots où elle est cap-
B tieuse
226 MERCURE DE FRANCE
tieuse , et où elle peut induire en erreur ,
come dans les mots cholere , Bachus , paschal
, etc.....
>
Je n'emploie la lètre double x , que
dans les endroits où elle fait la fonction
des deus lètres fortes cs , come dans axe ,
stix , etc. ou des deus lètres foibles ༡༢
come dans exil , examen , etc. et qu'on
pouroit écrire selon leur prononciation
acse , sticse , etc. egzil , egzamen , etc. et
cela sans induire en erreur ; avantage qui
n'est pas indiferent aus ieus des esprits
bons et bienfesans . vous ne devés jamais
employer la lètre double x pour les lètres
simples s ou z ; ainsi vous pourés im
primer ieus , sis , sisième , soissante , etc.
aulieu de ieux , six , sixième , soixante
etc. on trouve déja cète réforme dans
bien des livres anciens et modernes, dont
les auteurs avolent remarqué l'imperfection
de l'usage qui done quatre valeurs
diferentes à la lètre x.
Il faut rejeter l'emploi des consones inutilement
redoublées , lorsque cère double
consone est muère , ou qu'on ne la prononce
point dans le discours le plus soutenu
, come dans les mots abbé, accord
addoner, etc. que j'écris abé , acord , adoner,
etc. malgré la prétendue regle de
quantité françoise , qui n'est pas toujours
vraie à l'égard de toutes les consones redoublées
FEVRIER. 1731. 227
doublées . D'où vient qu'esclave de la lanque
latine qui alonge les voyèles suivies
de deus consones , on a cru qu'en françois
ce devoit être tout le contraire , et
que la double consone muète servoit à
faire conoitre que la voyele étoit bréve ?
cète regle fût - elle vraie , en demanderoit
une autre qui indicât quand la
double consone doit ètre muete ou prononcée
; l'usage montrera l'un come l'autre.
cependant par un reste d'égard pour
les ieus , je tolere encore la consone muete
inutilement redoublée dans de petits mots,
come dans cette , elle , qu'elle , etc. qu'il
sera bon d'écrire quelquefois avec une
seule consone et avec l'è grave , come
dans cète , cèle , qu'èle , etc. mais quand la
consone est redoublée dans la prononciation
, il faut la laisser dans l'ortografe,
come Pallas , Apollon , immodeste , etc. les
espagnols graves et sensés écrivent et prononcent
Palas, Apolon , quoiqu'ils sachent
bien qu'on dit et qu'on écrit en latin Pale
, las , et Apole , lon , etc.... Bien que
le double paroisse nécessaire dans les
mots je courrois , je courraí , etc. à cause
de la contraction des mots courerois
coureraí , etc. je ne mets cependant qu'un
avec le chevron sur la voyele où , come
jecoûrois , je coûrai , qu'on prononce fort
Cour-ois, cour-ai , fesant soner ler dans
Bij la
228 MERCURE DE FRANCE
>
la premiere silabe , etc. je parleraí de cela
dans l'ouvrage , des A B C françois. cependant
si les deus r se font entendre dans
ces exemples come dans le mot Varron ,
on peut y laisser le double r sans chevron.
Vous pouvés retrancher aussi la plupart
des lètres muètes inutiles , mème dans la
prononciation la plus soutenue , come
dans les mots asne , mesme , isle , coste
fluste , advocat , clef , baptesme , sept , ptisane,
vuide,paon , caën etc. que j'écris quelquefois
avec le chevron ou avec l'accent,
âne , mème , île , côte , flûte , avocat , clé ,
batême, sèt, tisane, vide, pân, cân , etc. et cela
en faveur des enfans , des étrangers , et de
la lecture ... selon le mème principe je
substitue les lètres prononcées aus lètres
non prononcées , come dans les mots lecon
, secrets , second , convent , que j'écris
Leçon , segrets, segond , couvent , j'écris aussi
par la mème raison , condâner , conoltre ,
etc. au lieu de condempner , cognoistre , ou
de condemner, connoistre , etc.... Je préfere
l'és avec l'accent aigu et le s , à l'ez avec
un z , par les raisons détaillées dans les
ABC françois ; la distinction des verbes ,
des participes , des noms pluriels , n'exige
point cète diference , l'Académie Françoise
ne l'a point admise dans la segonde
édition de son dictionaìre , et les partisans
de la vieille ortografe comancent d'écrire
FEVRIER. 1731. 229
crire avec l'è grave procès , succès , etc. aulieu
de procés , succés , avec l'é aigu ou avec
lez , procez , succez , etc. et les prés , aulieu
de prez , etc , il faut esperer qu'il n'en
resteront pas là.
"
Lorsqu'un mot aura plusieurs lètres à
tète ou à queue , come les mots diftinctif,
jurifdiction , infenfibles , style , inftructifs
fillabes , etc. il faut préferer les petits s et
les ct de deus lètres aus grans et aus
d'une piece , pour diminuer le nombre
des tètes et des queues , qui d'un mot en
font une espece de hérisson nuisible au
coup d'euil , et mètre distinctif, jurisdiction
, insensibles , stile , instructif, silabes ,
etc. Quand un mot avec des fou des &
liés se trouve environé d'autres mots
aïant des lètres à tète et à queue , soit
dans la ligne immédiatement au - dessus ,
soit dans la ligne immédiatement au- dessous
, soit dans la mème ligne à droite et
à gauche , il faut encore exclure et banir
les flons , simples ou doubles , la ligature
& , et leur préferer les petits s et les ct
de deus lètres . Je crois que pour pousser
encore un peu plus loin l'essai de la réforme
ortografique , et pour vous épargner
l'examen et la discussion sur l'emploi
, l'usage et le chois des consones courtes
ou longues , simples ou doubles , il
faudra banir totalement dès aujourdui les
Biij lètres
o MERCURE DE FRANCE.
lètres doubles inutiles , les ligatures , et rejeter
parconséquent les & , f, f , f,f, & ,
et leurs semblables , et leur préferer les
ct , st , ss , si , s , et. J'employois la conjonction
et en deus lètres après la virgule ,
et je tolerois ailleurs l' d'une piece ;
mais bien des persones de bon gout , disent
que cet & fait tort aus autres lètres
´et qu'on devroit l'abandoner , de mème
que les autres superfluités , aus maitres
écrivains et aus esprits gotiques , amateurs
et partisans des ligatures et des abréviations
. vous pouvés donc couvrir et condaner
ces sis cassetins pendant l'impression
de la suite des lètres sur la bibliotèque
des enfans , nous vêrons l'éfet que cet essai
produira sur le papier et sur les ieus
des lecteurs , je me regleraí ensuite làdessus
pour l'impression de mon ouvrage.
Je ne voudrois presque jamais employer
les lètres capitales ou majuscules.
dans la suite d'une frase et d'une période
que pour les noms propres , come
Paul , Mogel , Paris , etc. et non dans les
mots apellatifs de quelque nature qu'ils
pussent ètre , come prince , province , cordonier
, cheval , etc. les capitales après un
point et dans la mème frase , doivent
ètre du corps, paraleles aus autres letres,
de mème hauteur et plus petites que la
capitale qui comence la période en chef
et
FEVRIER. 1731. 231
et à la ligne. Lorsque cète petite majuscule
choqueta la vue, come dans les mots
il, on , etc. vous pourés mètre un plus
grand I ou un i du bas de casse , etc.
pour voir sur l'impression l'efet de cète
nouveauté.
و
Je dois dire ici un mot touchant l'exemple
que j'ai doné de la vieille et très -vieille
ortografe à la fin de la sisième lètre ; pour
faire voir d'une maniere sensible que l'ortografe
se raproche peu à peu de la prononciation
, j'ai mis le lecteur , pour ainsi
dire , entre deus extremités , afin de le rendre
plus atentif , et pour lui épargner la
peine d'aler feuilleter les vieus livres que
J'aurois pu citer , je renvoie cte discussion
à la suite des ABC françois. Les petsiones
scandalisées de cete nouvèle et de
cète vieille ortografe , sont priées de ne
pas fournir malgré elles des raisons contre
leur sentiment et leur préjugé .
Tachons de ne pas imiter l'ortografe de
ces fameus écrivains , qui prodigant l'usage
des lètres capitales , come s'ils donoient
des cronogrames , ne font
ne pas dificulté
d'écrire et de faire graver CaBinet , Re-
Ligion , InConftance , MaGiftrat , etc. qui
afectent d'employer le j et le v , au lieu
de l'i et de l'u voyeles dans les silabes initiales
, jl , jls, vn, jlluſtre, vnion, etc. qu'ils
devroient écrire il , ils, un , illustre , union ,
Biiij
..
etc.
232 MERCURE DE FRANCE
etc. ce sont là des fautes dans lesquèles les
imprimeurs ne tombent plus. il y a certains
maitres écrivains , des secretaires ,
des comis et des clercs , qui chérissent encore
leur ignorance sur cet article , il
est mème à craindre qu'ils ne se corigent
point tant que les grans seigneurs et les
maitres de ces scribes seront indiferens
ou prévenus sur l'exactitude de ces remarques
ortografiques.
Quoique le blanc des espaces bien pratiqués
serve à faire paroitre l'impression
plus bèle , on doit éviter le trop grand
nombre de ces espaces qui choquent la
vue lorsqu'ils forment des colones et des
zig- zag qui coupent les lignes ; c'est un
autre défaut que de vouloir remedier à
celuilà en metant des virgules où il n'en
faut point du tout. un compositeur de
bon gout , use sobrement et judicieusement
de la proportion et du nombre des
espaces et de l'usage des virgules , afin de ne
faire aucun tort au coup d'oeil de la bèle
impression , ni au sens du discours .Je trouve
quelquefois dans les livres les quinze
lignes de suite comancées par des lètres
à tète ou à queue , ce qui choque aussi
le coup d'euil , cela n'arivera pas lorsque
vous prendrés de petits s , des et , et des
at de deus lètres , étant dificile qu'il ne
s'en rencontre point à la tète d'une des
quinze
FEVRIER. 1731. 233
fblf
quinze lignes.un défaut encore plus grand
et que vous devés tâcher d'éviter , c'est
la rencontre des queues de la ligne d'en
haut avec les tètes de la ligne d'en bas
come PP , etc. on doit aussi regarder
come un défaut le mélange de
plusieurs lètres à petit ou à gros euil ,
de plusieurs lètres de diferente frape ,
quoique du mème corps ; le mèlange des
caractères neufs avec de vieus caractères
usés , pochés et mutilés , qui ne peuvent
jamais bien marquer tout le corps de la
lètre , ni d'une maniere nète et distincte,,
qui satisfasse le coup d'euil . L'imprimeur
a beau exalter son ouvrage imparfait , il
n'en sera pas cru , et il s'exposera à ètre
soupçoné d'ignorance ou de mauvaise foi.
Je sais bien que tout le monde n'y regarde
pas de si près , mais je sais aussi
qu'il y a de bons et de mauvais ouvriers
dans toute sorte de professions , et que les
bons come vous , qui visent à la perfecsion
, ne négligent rien de ce qui peut
les y conduire ; aucontraire , les ouvriers:
ignorans, indociles , obstinés, pleins d'eusmèmes
et indiferens sur le mieus , vieillissent
dans l'habitude de mal faire ; la
seule avidité du gain s'empare de leur
esprit et les aveugle si fort sur tout le
reste , qu'ils n'ont pas seulement la liberté
de voir que le gain mème se trouve
plus
234 MERCURE DE FRANCE
plus grand à mesure qu'on est plus habile
or on ne peut devenir habile qu'en
cultivant le bon gout et en observant
beaucoup de choses petites séparement ,
mais dont la totalité et l'ensemble , donent
la perfection , et c'est là- dessus que
le public pour son argent a le droit d'admirer
, de choisir , d'aprouver et d'acheter
; ou de mépriser , de condaner et de
rebuter l'ouvrage des auteurs , des imprimeurs
et des relieurs , come des autres
artisans. on poura continuer cète matiere
dans quelque autre ocasion .
Fermer
Résumé : NEUVIEME LETRE touchant l'essaì de l'ortografe passagère dans les lètres sur la biblioteque des enfans.
L'auteur d'une lettre discute d'une expérience d'orthographe temporaire appliquée dans des lettres adressées à la bibliothèque des enfants. Il souligne que l'orthographe distingue les hommes et met en garde contre ceux qui se prétendent experts sans réflexion sérieuse. L'auteur note la difficulté de suivre une règle unique en période de confusion orthographique et propose de représenter le son véritable des mots, privilégiant l'oreille sur les yeux. L'auteur a introduit progressivement des changements orthographiques dans ses lettres pour observer la réaction des lecteurs. Il observe que beaucoup s'habituent à cette nouvelle orthographe, bien qu'ils aient du mal à l'appliquer eux-mêmes. Il approuve les autres orthographes pour des raisons pratiques, comme la lecture des dictionnaires et des livres classiques. L'auteur recommande d'enseigner d'abord l'orthographe des sons avant celle des yeux. Il suggère d'apprendre le latin avant le français aux enfants, car le latin est plus cohérent entre la prononciation et l'écriture. Il critique l'orthographe ancienne pour ses règles fausses et équivoques, et plaide pour une orthographe plus vraie et régulière. L'auteur affirme que la nouvelle orthographe facilitera la lecture et réduira les erreurs, surtout pour les enfants, les femmes, les gens de la campagne et les étrangers. Il précise qu'il ne répondra aux critiques que sur la méthode d'enseignement de la lecture et non sur le système orthographique en général. Le texte aborde également des règles orthographiques et typographiques spécifiques. L'auteur préfère l'i grave à l'accent circonflexe pour des raisons pratiques liées à l'impression. Il recommande l'utilisation de l'i grave pour indiquer l'e ouvert dans les voyelles nasales et l'i aigu pour la diphtongue ai lorsqu'elle sonne comme l'é fermé. Il critique l'usage excessif du chevron et des lettres muettes, estimant que l'usage et la pratique du discours suffisent à indiquer les voyelles longues et brèves. L'auteur souligne que l'accent est nécessaire pour éviter les équivoques et faciliter la lecture, notamment pour les enfants et les étrangers. L'auteur prône l'usage du f simple plutôt que ph, sauf dans les noms propres, et la suppression des consonnes redoublées muettes. Il recommande également de retrancher les lettres muettes inutiles et de substituer les lettres prononcées aux lettres non prononcées. Enfin, il préfère l'accent aigu sur l'e dans les mots comme procès et succès, et critique l'usage excessif des accents et des trémas qui rend le texte trop hérissé et pédant. Le texte traite également d'une proposition de réforme orthographique et typographique. L'auteur suggère de simplifier l'orthographe en éliminant les lettres doubles inutiles, les ligatures et certaines consonnes, préférant des combinaisons comme 'ct', 'st', 'ss', 'si', 's' et 'et'. Il recommande également de limiter l'usage des lettres capitales, sauf pour les noms propres, et d'éviter les abus de blancs et de virgules dans les textes imprimés. L'auteur critique l'usage excessif des lettres capitales et des fautes orthographiques commises par certains écrivains et scribes. Il insiste sur l'importance de la qualité typographique, évitant les mélanges de caractères et les défauts d'impression. Le texte se conclut par une réflexion sur la nécessité pour les imprimeurs de cultiver le bon goût et l'habileté pour produire des ouvrages de qualité, afin de mériter l'approbation du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 234-240
AVIS.
Début :
Pour la comodité du public, on a divisé le bureau tipographique en quatre classes qui pourront [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Classes, Lettres, Exemplaire, Ordre abécédaire, Leçons, Méthodes vulgaires, Bibliothèque des enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
la comodité du public , on a divisé le
bureau tipografique en quatre classes qui pouront
ètre vendues et achetées séparément , et les
unes après les autres à mesure que l'enfant croitra
en age et en conoissance.
La premiere classe contient 1 °. une table sans
pié , avec ses rebors dans les deus extremités , er
la tringle ou la regle du derriere sur laquelle on a
imprimé les grandes et les petites lètres dans l'ordre
abécédique , ainsi qu'il a été dit en parlant du
premier bureau tipografique pour un enfant de
deus à trois ans. 2 °. Deus jeus de cartes élémentaires
, c'est- à-dire au dos desquelles on a mis
les grandes et les petites lètres que l'enfant aprend
a. ranger vis-à-vis cèles de la regle sur la table
de ce premier bureau. 3 °. Deus petits cartons élémentaires
contenant huit leçons abécédiques , et
le vrai nom ou la vraiè dénomination des lètres
dans
FEVRIER . 235 1731.
dans un ordre nouveau métodique et facile.
4. Là feuille élémentaire des mèmes combinai
sons et en placard pour le segond exemplaire.
5. Une planche gravée pour le plan des quatre
classes , et du dictionaire du bureau tipografique.
6. une brochure de neuf feuilles sur la
bibliotèque des enfans , etc. et pour l'instruction
préliminaire touchant la métode du bureau tipografique.
7. une cassète de gros cartón , renforcée
de parchemin à tous les angles exterieurs ,
bordés de papier de couleur , et couverte des huir
leçons de la feuille élémentaire. cette cassète sert
à tenir le petit atirail literaire qui doit servir d'a
musement instructif à un enfant de deus à trois:
ans ou au - dessus de cer age. Le tout ne coutera
que
la some de dis livres.
La segonde classe consiste , 1 ° . en une table
sans pié , un peu plus large que celle de la premiere
classe. 2 °. En un casseau de deus rans de cas--
setins. 3 °. En leurs étiquetes tipografiques au bas
de chaque logète pour indiquer l'espece des .
cartes que l'on doit tenir dans ces mèmes logètes.
4. En une garniture de cartes imprimées
pour l'atirail des soissantes logètes , et le tout pour
le pris de vint livres . on rabatra quatre francs à
ceus qui rendront la table de la premiere classe
desorte que la segonde ne leur reviendra qu'à scise:
livres.
La troisieme classe comprend , 1. une table
sans pié. 2 ° . un casseau de quatre rans de logè..
tés ou de cent-vint cassetins. 3. Leurs étiquetes.
tipografiques au bas de chaque celule pour indiquer
les cartes qu'on y doit tenir. 4° . La garniture
des cartes imprimées pour les 120. cassetins:
contenant les grandes et les petites lètres de la
segonde classe , plus les sons simples et compo
sés , les chifres , et tous les signes nécessaires pour
imprimer du latin er du françois sur la table du
B vj
bureau
236 MERCURE DE FRANCE
bureau ; le tout pour la some de
quarante livres , et
l'on rabatra vint francs à ceus qui rendront le bu
reau de la deusième classe , ainsi celui de la
troisième ne leur reviendra qu'à vint livres.
D
La quatrième classe comprend , r . une table
brisée et ferrée , sans pié . 2 ° . Un casseau de sis
rans de cassetins , c'est-à- dire , les quatre rans de.
la troisiéme classe , et les deus rans du rudiment.
pratique. 3º . Les etiquètes de 180. celules. 4
L'assortiment necessaire pour garnir les quatre
rans de l'imprimerie, et les deus rans du rudiment:
pratique de la langue françoise et de la langue latine,
ainsi qu'on l'a détaillé dans la sètiéme lètre
de la bibliotèque des enfans , et cela pour le pris
de quatre-vint dis livres , sur lesquèles on rabatra.
quarante livres aus persones qui rendront le bu
reau de la troisième classe , de sorte que celui de
la quatrième ne leur reviendra qu'à so. livres.
Ceus qui voudront le bureau complet avec un
pié pour la table brisée , ferrée et fermant à clé
doneront une pistole de plus , c'est -à- dire en tout
cent francs ou soissante livres en rendant le bureau.
de la troisième classe ou de quarante livres.
NM le grammairien de Ventabrèn en Provence
, trouvera pour son instruction dans le
Mercure du mois prochain, la critique d'un Professeur
anonime de l'Université de Paris, ennemi
déclaré de la metode du bureau tipografique , et:
fameus champion des métodes vulgaires : en atendant
la réponse à ces deus critiques , le grammairien
est, prié de lire les sis dernieres lètres
sur la bibliotèqu des enfans inserées dans les
Mercures depuis le mois d'octobre dernier jusqu'au
present mois de fevrier. On se flate que
cète ètre radoucira un peu les, adversaires du
bureau tipografique, du moins ceus qui sans prévention
n'agiront que de bone foi et dans la
soule vue du bien public, sur lequel influra ton
jours lapremiere éducation des enfans.
FEVRIER.
173.1. 237
§. 13. A BC FRANÇOIS- LATIN..
Carac- Noms vul. Nomséfectifs ,
teres . gaires et valeur réele.
Figures. souvert veritable
Signes. faus , équi- dénomination
Letres. voques ou
captieus.
Exemplest
A.. a..
B.. b.
a.
be.
ce. C. c.
D. d. de.
E. e.
هن
a.
be.
de.
ce-ka- qu.
c muet.
é fermé.
è ouvert.
Aaron.
bombe.
cecrops.
ode:
juste.
bonté.
procès.
F. f.
effe..
fe. vif.
G.
g. ge. ge-ga-gu.
H. h. ache. he.
gigot.
héros.
I. i. i. i. if.
J. j. j. consone. je -ja .
K. k. Ka, ka-qu.
L. 1. elle. le.
jauge.
quiconque
seul.
M m. emme . me. ame,
N. n. enne. ne. mine.
O. o.
P. P
Q.
q.
R. r.
pe.
qu .
erre
0. 0.
coq..
pe.
qu-ka.
Gap.
quand.
re.
S. f. esse. se- ze.
rire.
Suson.
T. t. t. te- ci.. intention.
U. u. u. u. busc.
V. v. V. consone. ve. vive .
X. X. icse. kse-gze. axe. exil.
Y.
Y. y. grec.
i-ïe.
ny. payen
Z. z. zede . ze -ce.. zést . Usez...
EL & Cle &-et etc. et lui.
Letra
238 MERCURE DE FRANCE
Letres. Noms
vulgaires.
a. a.
e.
Noms Exem
éfectifs.
a . Bala.
e muet. vie.
§.14. TRENTE -DEUS SONS DELA LANGUE FRANÇOISE .
18. sons avec les consones françoises ,
J
1.vfo4ry.aenlçeosises
-V
amouillés 4liquides .12. sons ,6.forts ,6.forbles .s.voyeles naz .9.ordinaires .
i..
éfermé. clarté.
è ouvert
. accès.
Isaïe.
mot. Οι
u. u. une./
eu.se ,
ou. O ,
ü. cu . feu.
ü.. ou. cou.
ajenneja,titre.a.
é, enne;e , titre.é.
i, ennesi, titre.ĩ.
o,enne;o,titre.o.
u,enne;u,titre.ú.
tát.
bié
igrat.
pot.
"
ludi..
d .
come dans l'ABC'françoislatin..
BASEÒN BOX NATÉ
ch. ce , ache. che. chiche
come dans l'AB C. françoislatin.
三晶
ill. i , elle, elle. lhe paille
gn. ( g , enne .. gne, vigne
FEVRIER. 1731. 2397
S. 15. ABC PRONONCE'.
Initial Médial. Final
i.
1..
n.
P
ASJIJE BCAA62
abé,. téatre. Goá.
b. benir. Abel. Raab
cerise. recevoir. croc.
d..
dépit.
élant.
femele.
perdreaus jod
javelot. poste
rafle.. vif.
géất , gai. regard. Agag..
heron.
idée..
j. jujube.
k. kiriele .
Chathuant. ah !
élire . ni.
rejouir.
alkali . talk.
levreau: Alexis. bal.
m.. Mnemosine. Homere. Sem.
Nevers. anerie. Himen.
ognoi. adorer. Cacao.
pelican. adopter. Cap.
q: queue. aquerir. coq.
r. renard.
perdris. mer.
S. saucisse. Samson. as.
t. teton. rectitude. brut.
u. Uranic. chathuant. cocu.
V. Venus. revenir. verve..
X. Xénophon. Alexandre. styx .
y..
Z.
yeus. moyen. Henry.
Zenon. azile. dez à joue
eu. heureus.. demeure. jeu.
1
ou. ouaille.
jalousie.
hibou.
ch . cheval. acheter. hache.
gn. gniole. magnifique. regne.
ill. ailleurs. paille.
oi. oie. envoyé. \ loi.
ui. huile. reduire. lui.
ã. ange, enfance, an.
240 MERCURE DE FRANCE
ĕ. chrétienté. mien.
i. ingrat.
distincte.. vin.
ö. onde.
répondre.
thon .
Hun. lundi. brun.
&t. Ctesias. arctique. aspect.
ft. stile. histoire.
protest.
6. 16 . A B C MUET.
Initial Medial. Final
2. Août. Saone.
b. debte.
plomb.
Jacques .
banc.
d.
advis. nord.
Europe.
nuement. vie.
£. juifve . cléf
Magdelaine. loing.
habit. Jehan.
i.
gaigner..
j.
k. } nul exemple.
1. tiltre. baril.
m.
n.
commode, Montcalm
donner.
Θα oeconome.. choeur.
P. ptisane. baptême. camp.
coqdinde. cocq .
arriver. monsieur.
asne.
paradis.
chathuant .
vuide.
r.
S..
t.
u..
v, &c. nul exemple.
,
& , ét.
Voilà ce que j'avois à dire touchant l'essai de
Portografe passagère , et sur la métode du bureau
tipografique. Il faut apresent se mètre en garde
et songer à parer les coups que l'ignorance , la
prévention et peut -ètrel'envie ou la mauvaise for
méditent de porter contre la nouveauté , la simplicité
et l'utilité decète métode. J'ai l'honeur.etc.
la comodité du public , on a divisé le
bureau tipografique en quatre classes qui pouront
ètre vendues et achetées séparément , et les
unes après les autres à mesure que l'enfant croitra
en age et en conoissance.
La premiere classe contient 1 °. une table sans
pié , avec ses rebors dans les deus extremités , er
la tringle ou la regle du derriere sur laquelle on a
imprimé les grandes et les petites lètres dans l'ordre
abécédique , ainsi qu'il a été dit en parlant du
premier bureau tipografique pour un enfant de
deus à trois ans. 2 °. Deus jeus de cartes élémentaires
, c'est- à-dire au dos desquelles on a mis
les grandes et les petites lètres que l'enfant aprend
a. ranger vis-à-vis cèles de la regle sur la table
de ce premier bureau. 3 °. Deus petits cartons élémentaires
contenant huit leçons abécédiques , et
le vrai nom ou la vraiè dénomination des lètres
dans
FEVRIER . 235 1731.
dans un ordre nouveau métodique et facile.
4. Là feuille élémentaire des mèmes combinai
sons et en placard pour le segond exemplaire.
5. Une planche gravée pour le plan des quatre
classes , et du dictionaire du bureau tipografique.
6. une brochure de neuf feuilles sur la
bibliotèque des enfans , etc. et pour l'instruction
préliminaire touchant la métode du bureau tipografique.
7. une cassète de gros cartón , renforcée
de parchemin à tous les angles exterieurs ,
bordés de papier de couleur , et couverte des huir
leçons de la feuille élémentaire. cette cassète sert
à tenir le petit atirail literaire qui doit servir d'a
musement instructif à un enfant de deus à trois:
ans ou au - dessus de cer age. Le tout ne coutera
que
la some de dis livres.
La segonde classe consiste , 1 ° . en une table
sans pié , un peu plus large que celle de la premiere
classe. 2 °. En un casseau de deus rans de cas--
setins. 3 °. En leurs étiquetes tipografiques au bas
de chaque logète pour indiquer l'espece des .
cartes que l'on doit tenir dans ces mèmes logètes.
4. En une garniture de cartes imprimées
pour l'atirail des soissantes logètes , et le tout pour
le pris de vint livres . on rabatra quatre francs à
ceus qui rendront la table de la premiere classe
desorte que la segonde ne leur reviendra qu'à scise:
livres.
La troisieme classe comprend , 1. une table
sans pié. 2 ° . un casseau de quatre rans de logè..
tés ou de cent-vint cassetins. 3. Leurs étiquetes.
tipografiques au bas de chaque celule pour indiquer
les cartes qu'on y doit tenir. 4° . La garniture
des cartes imprimées pour les 120. cassetins:
contenant les grandes et les petites lètres de la
segonde classe , plus les sons simples et compo
sés , les chifres , et tous les signes nécessaires pour
imprimer du latin er du françois sur la table du
B vj
bureau
236 MERCURE DE FRANCE
bureau ; le tout pour la some de
quarante livres , et
l'on rabatra vint francs à ceus qui rendront le bu
reau de la deusième classe , ainsi celui de la
troisième ne leur reviendra qu'à vint livres.
D
La quatrième classe comprend , r . une table
brisée et ferrée , sans pié . 2 ° . Un casseau de sis
rans de cassetins , c'est-à- dire , les quatre rans de.
la troisiéme classe , et les deus rans du rudiment.
pratique. 3º . Les etiquètes de 180. celules. 4
L'assortiment necessaire pour garnir les quatre
rans de l'imprimerie, et les deus rans du rudiment:
pratique de la langue françoise et de la langue latine,
ainsi qu'on l'a détaillé dans la sètiéme lètre
de la bibliotèque des enfans , et cela pour le pris
de quatre-vint dis livres , sur lesquèles on rabatra.
quarante livres aus persones qui rendront le bu
reau de la troisième classe , de sorte que celui de
la quatrième ne leur reviendra qu'à so. livres.
Ceus qui voudront le bureau complet avec un
pié pour la table brisée , ferrée et fermant à clé
doneront une pistole de plus , c'est -à- dire en tout
cent francs ou soissante livres en rendant le bureau.
de la troisième classe ou de quarante livres.
NM le grammairien de Ventabrèn en Provence
, trouvera pour son instruction dans le
Mercure du mois prochain, la critique d'un Professeur
anonime de l'Université de Paris, ennemi
déclaré de la metode du bureau tipografique , et:
fameus champion des métodes vulgaires : en atendant
la réponse à ces deus critiques , le grammairien
est, prié de lire les sis dernieres lètres
sur la bibliotèqu des enfans inserées dans les
Mercures depuis le mois d'octobre dernier jusqu'au
present mois de fevrier. On se flate que
cète ètre radoucira un peu les, adversaires du
bureau tipografique, du moins ceus qui sans prévention
n'agiront que de bone foi et dans la
soule vue du bien public, sur lequel influra ton
jours lapremiere éducation des enfans.
FEVRIER.
173.1. 237
§. 13. A BC FRANÇOIS- LATIN..
Carac- Noms vul. Nomséfectifs ,
teres . gaires et valeur réele.
Figures. souvert veritable
Signes. faus , équi- dénomination
Letres. voques ou
captieus.
Exemplest
A.. a..
B.. b.
a.
be.
ce. C. c.
D. d. de.
E. e.
هن
a.
be.
de.
ce-ka- qu.
c muet.
é fermé.
è ouvert.
Aaron.
bombe.
cecrops.
ode:
juste.
bonté.
procès.
F. f.
effe..
fe. vif.
G.
g. ge. ge-ga-gu.
H. h. ache. he.
gigot.
héros.
I. i. i. i. if.
J. j. j. consone. je -ja .
K. k. Ka, ka-qu.
L. 1. elle. le.
jauge.
quiconque
seul.
M m. emme . me. ame,
N. n. enne. ne. mine.
O. o.
P. P
Q.
q.
R. r.
pe.
qu .
erre
0. 0.
coq..
pe.
qu-ka.
Gap.
quand.
re.
S. f. esse. se- ze.
rire.
Suson.
T. t. t. te- ci.. intention.
U. u. u. u. busc.
V. v. V. consone. ve. vive .
X. X. icse. kse-gze. axe. exil.
Y.
Y. y. grec.
i-ïe.
ny. payen
Z. z. zede . ze -ce.. zést . Usez...
EL & Cle &-et etc. et lui.
Letra
238 MERCURE DE FRANCE
Letres. Noms
vulgaires.
a. a.
e.
Noms Exem
éfectifs.
a . Bala.
e muet. vie.
§.14. TRENTE -DEUS SONS DELA LANGUE FRANÇOISE .
18. sons avec les consones françoises ,
J
1.vfo4ry.aenlçeosises
-V
amouillés 4liquides .12. sons ,6.forts ,6.forbles .s.voyeles naz .9.ordinaires .
i..
éfermé. clarté.
è ouvert
. accès.
Isaïe.
mot. Οι
u. u. une./
eu.se ,
ou. O ,
ü. cu . feu.
ü.. ou. cou.
ajenneja,titre.a.
é, enne;e , titre.é.
i, ennesi, titre.ĩ.
o,enne;o,titre.o.
u,enne;u,titre.ú.
tát.
bié
igrat.
pot.
"
ludi..
d .
come dans l'ABC'françoislatin..
BASEÒN BOX NATÉ
ch. ce , ache. che. chiche
come dans l'AB C. françoislatin.
三晶
ill. i , elle, elle. lhe paille
gn. ( g , enne .. gne, vigne
FEVRIER. 1731. 2397
S. 15. ABC PRONONCE'.
Initial Médial. Final
i.
1..
n.
P
ASJIJE BCAA62
abé,. téatre. Goá.
b. benir. Abel. Raab
cerise. recevoir. croc.
d..
dépit.
élant.
femele.
perdreaus jod
javelot. poste
rafle.. vif.
géất , gai. regard. Agag..
heron.
idée..
j. jujube.
k. kiriele .
Chathuant. ah !
élire . ni.
rejouir.
alkali . talk.
levreau: Alexis. bal.
m.. Mnemosine. Homere. Sem.
Nevers. anerie. Himen.
ognoi. adorer. Cacao.
pelican. adopter. Cap.
q: queue. aquerir. coq.
r. renard.
perdris. mer.
S. saucisse. Samson. as.
t. teton. rectitude. brut.
u. Uranic. chathuant. cocu.
V. Venus. revenir. verve..
X. Xénophon. Alexandre. styx .
y..
Z.
yeus. moyen. Henry.
Zenon. azile. dez à joue
eu. heureus.. demeure. jeu.
1
ou. ouaille.
jalousie.
hibou.
ch . cheval. acheter. hache.
gn. gniole. magnifique. regne.
ill. ailleurs. paille.
oi. oie. envoyé. \ loi.
ui. huile. reduire. lui.
ã. ange, enfance, an.
240 MERCURE DE FRANCE
ĕ. chrétienté. mien.
i. ingrat.
distincte.. vin.
ö. onde.
répondre.
thon .
Hun. lundi. brun.
&t. Ctesias. arctique. aspect.
ft. stile. histoire.
protest.
6. 16 . A B C MUET.
Initial Medial. Final
2. Août. Saone.
b. debte.
plomb.
Jacques .
banc.
d.
advis. nord.
Europe.
nuement. vie.
£. juifve . cléf
Magdelaine. loing.
habit. Jehan.
i.
gaigner..
j.
k. } nul exemple.
1. tiltre. baril.
m.
n.
commode, Montcalm
donner.
Θα oeconome.. choeur.
P. ptisane. baptême. camp.
coqdinde. cocq .
arriver. monsieur.
asne.
paradis.
chathuant .
vuide.
r.
S..
t.
u..
v, &c. nul exemple.
,
& , ét.
Voilà ce que j'avois à dire touchant l'essai de
Portografe passagère , et sur la métode du bureau
tipografique. Il faut apresent se mètre en garde
et songer à parer les coups que l'ignorance , la
prévention et peut -ètrel'envie ou la mauvaise for
méditent de porter contre la nouveauté , la simplicité
et l'utilité decète métode. J'ai l'honeur.etc.
Fermer
Résumé : AVIS.
Le texte décrit une division du bureau typographique en quatre classes, destinées à être vendues et achetées séparément en fonction de l'âge de l'enfant. Chaque classe contient des éléments spécifiques pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. La première classe, pour les enfants de deux à trois ans, inclut une table sans pied avec des lettres imprimées, des jeux de cartes élémentaires, des cartons contenant des leçons abécédiques, une feuille élémentaire, une planche gravée, une brochure sur la bibliothèque des enfants, et une cassette pour ranger le matériel. Le coût total est de dix livres. La deuxième classe comprend une table plus large, un casseau de deux rangs de cassetins, des étiquettes typographiques, et une garniture de cartes imprimées. Le prix est de vingt livres, avec une réduction de quatre francs pour ceux qui rendent la table de la première classe. La troisième classe inclut une table, un casseau de quatre rangs de cassetins, des étiquettes typographiques, et des cartes imprimées pour les cassetins. Le coût est de quarante livres, avec une réduction de vingt francs pour ceux qui rendent le bureau de la deuxième classe. La quatrième classe, la plus complète, comprend une table brisée et ferrée, un casseau de six rangs de cassetins, des étiquettes pour 180 cellules, et un assortiment nécessaire pour l'imprimerie et le rudiment pratique des langues française et latine. Le prix est de quatre-vingt-dix livres, avec une réduction de quarante livres pour ceux qui rendent le bureau de la troisième classe. Le texte mentionne également une critique d'un professeur anonyme de l'Université de Paris, adversaire de la méthode du bureau typographique. Il invite le grammairien de Ventabrèn à lire les lettres sur la bibliothèque des enfants pour se préparer à cette critique. Enfin, le texte liste les lettres de l'alphabet français et latin avec leurs noms vulgaires et effectifs, ainsi que des exemples de mots et des sons de la langue française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 246-261
LETTRE d'un Professeur de l'Université de Paris à un Principal de College de Province, sur l'ABC DE CANDIAC, OU LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, OU LES PREMIERS ELEMENS DES LETTRES, &c.
Début :
Vous voulez donc, Monsieur, que je vous dise mon sentiment sur cette nouvelle Méthode [...]
Mots clefs :
Bibliothèque des enfants, Université de Paris, Bureau typographique, Charlatans, Système abécédaire, Alphabet, Algèbre, Syntaxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Professeur de l'Université de Paris à un Principal de College de Province, sur l'ABC DE CANDIAC, OU LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, OU LES PREMIERS ELEMENS DES LETTRES, &c.
LETTRE d'un Professeur de l'Univer
sité de Paris à un Principal de College
de Province , sur l'ABC DE CANDIAC,
OU LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS , ou
LES PREMIERS ELEMENS DES LETTRES, & C
Vous voulez donc , Monsieur, que jevous dise mon sentiment sur cette nouvelle Méthode
dont vous avez appris qu'on fait beaucoup
de bruit à Paris depuis environ six mois , que
quelques Principaux ont laissé introduire dans
deux ou trois celebres Colleges de l'Université
et sur laq le Mercure de France a fait imprimer
cinq Lettres dont la premiere est
du mois de Mai , et la cinquiéme du mois d'Octobre
de la presente année 1730.
J'avois cependant résolu de garder un silence
constant à l'égard de l'Anonime , Auteur de ce
nouveau sistême Abécedique , comme je l'ai gardé
à l'égard de tant d'autres Charlatans de la
menuë litterature , qui ont jugé plus à propos
de faire connoître leur nom au Public , en le
faisant imprimer au Frontispice de leurs Livres.
Mais les prieres réïterées que vous me faites , le
désir que j'ai d'empêcher , autant qu'il sera en
moi , plusieurs Enfans de famille , particulierement
ceux qui sont confiés à vos soins , d'être la
dupe de ce nouvel avanturier , l'occasion favorable
FEVRIER . 1731. 247
Table de venger l'insulte qu'il fait à tous les habiles
et honnêtes gens qui suivent une autre maniere
d'enseigner que la sienne , en les accusant
d'ignorance , d'injustice et de vanité ; tout cela
m'engage à parler malgré l'inclination que j'avois
à me taire.
Je vais donc faire trois choses. 1° J'expliquerai
la structure de son Bureau Tipographique , suivant
une Carte imprimée qui m'est tombée entre
les mains , sans quoi vous ne pouvez rien comprendre
non plus que bien d'autres à ce qui en
est dit dans le Mercure que vous avez lû. 2° Je
ferai voir qu'il est impossible d'enseigner et d'apprendre
bien aucune Langue et aucune Science
par le moyen de ce Bureau . 3 ° Qu'un bon Alphabet
est une Méthode au moins aussi facile
aussi courte , aussi avantageuse et bien plus
›
commode pour bien montrer à lire à un Enfant.
.
Figurez -vous donc d'abord , Monsieur , un
ouvrage de menuiserie en forme de Colombier
qu'on attache à un mur à la hauteur d'un Enfant
de 4. à 5. ans. Ce Colombier de bois est
coupé ou partagé en 210. petits ous , sept en
hauteur , et trente en longueur. in nteur de
cette belle piece de menuiserie les appelle tantôt
cassetins et cassetes , tantôt cellules et logetes . Un
de mes amis qui a lû les cinq Lettres sans en
comprendre ni la beauté ni l'utilité , soutient
qu'on devroit plutôt les appeller Boulins , puisque
toute la boisure se nomme Colombier.
Mais quelque nom qu'on veuille donner à ces
trous , il faut sçavoir qu'ils sont à peu près quarrés
selon les trois dimensions , et de telle grandeur
qu'un Enfant y peut faire entrer aisément
sa main. On met dans ces trous des cartes , sur
lesquelles sont écrites differentes choses, La premiere
rangée de 30. trous est posée sur la table
du
248 MERCURE DE FRANCE.
du Bureau , qui est au-dessous , et de la même
longueur ; elle est appellée par l'Auteur Premier
Bureau Abécedique , c'est - à -dire Alphabetique.
Les 26. premiers trous contiennent sur des
cartes les 24. lettres de l'Alphabet , tant petites
que majuscules , et l'j et l'v consonnes ; les 4 .
derniers sont pour l'E æ , l'E ∞ , &t , ff , ft
ch , ph , rh , th : on ne voit pas la raison pourquoi
on appelle premier ce Bureau Abécedique ,
puisqu'il n'y en a point de second qui porte ce
nom.
Quoiqu'il en soit , les deux rangées de trente
logettes ou boulins chacune , qui sont immédiatement
au dessus de la premiere , portent le nom
de Bureau Latin , qu'on auroit pû aussi bien ,
et même encore mieux , nommer Bureau Franfois
, puisque les 2. premieres logettes ne renferment
que les lettres de l'Alphabet , grandes et
petites , Romaines et Italiques , qui sont communes
au François aussi bien qu'au Latin , et que
les 4. suivantes sont pour les e ouverts et fermés
, qui sont propres seulement à la Langue
Françoise. Les 4. dernieres cellules sont destinées
à l'Histoire Sainte et Prophane , à la Géographie
et à la Fable. Vous connoissez donc déja
bien en détail le contenu des 90. premiers cassetins
compris dans les trois premieres rangées.
Montons présentement aux 120. qui nous restent
, et qui sont et dominent les uns sur les au
tres.
La quatrième et cinquiéme rangée porte le beau
titre de Bureau François - Latin , cependant on
ne trouve dans les 60. cellules qui le composent
rien qui soit particulier au Latin , si ce n'est la
Io et la 11. intitulées Tèmes à faire , Tèmes
faits. Voici les étiquetes des 58. autres : 1. à , à ,
2 bb , bb , la 3 , 4 , 7 , 12 , 16 contiennent c ,
>
FEVRIER. 1731. 249
mm ,
d , g , 1 , p doublés comme le b'en Romain et en
Italique. La 5 , 6 , 9 , 17 , 18 , 20 , 21 , 23 , 24
contiennent aussi en Romain et en Italique he ,
ph , hi , qu , rh , th , hu , xc , hy ; la 8. est intitulée
Magasin ; je ne sçais pas pourquoi. La 13
m ; la 14 ñ , nn ; la 15 eau , au ; la 19 ç ;
fç , ff , la 2 2 W , w
, W, vv ; la 25 Livrèt , au
dessus duquel mot il y a écrit 10 10 , et au dessous
15 15 ; cette cassete est aparemment un
reservoir de chifres . ) La 26 &c , & c ; la 27 ai ,
aient , oient ; la 28 æ
et ; la 29 S *
; la 30 contient trois signes
de l'Algebre , qui signifient le moins , le plus ,
l'égalité ; ils ont été mis là , sans doute , afin de
pouvoir faire accroire au Public que par le moyen
de ce Bureau on apprend les principes de l'Algebre
, comme tout le reste . Voilà la rangée inférieure
du prétendu Bureau François-Latin ;
voici la superieure.
J;
> oe , et ,
>
,
,
On trouve dans les I 2
? 3 4 , 6 , 8 et g
cellules les marques ou signes de ponctuation , ;
: .? ! ' apostrophe : les 5 , 7 , 10 , 12 , 13 , 14
et 15 renferment eu , gn , ch , ill , ui , oi , où en
Romain et en Italique. La 11 a les parentheses
( et les crochets [ ] . La 16 20 ã‚ẽ‚í‚õ ,
en Romain et en Italique ; la 21 30 les dix premiers
chiffres , soit Romains , soit Arabiques.
Les deux rangées superieures du Bureau Tipographique
qui sont chacune de 30. cellules comme
les autres portent,pour titreRudiment pratique de
la Langue Latine. C'est là ce qu'on regarde particulierement
comme un Chef- d'oeuvre d'invention
, qui est bien au- dessus de toutes les Méthodes
dont on s'est servi jusqu'à présent pour
enseigner le Latin. Voici néanmoins tout ce que
c'est dans les six premieres logettes de ces deux
dernieres rangées : on voit les cinq Déclinaisons
C latines
250 MERCURE DE FRANCE ,
>
>
as,
Latines a æ &c . les Pronoms latins et françois
ego , je , tu , tu , vous ; ille , il , elle , l'article
hic , ce , cette , ( on auroit du dire le Pronom
demonstratif; ) le Pronom relatif qui , qui , lequel
; les terminaisons , Pronoms , piam , re , les
termin . Noms orum , ibus . Les cinq logettes suivantes
, soit d'enhaut , soit d'enbas contiennent
le Présent , l'Imparfait , le Parfait , le Plusqueparfait
et le Futur , tant de l'Indicatif que du
Subjonctif des Verbes sum , amo , et aparemment
des trois autres Conjugaisons . Voilà déja 22 .
logettes bien marquées. Les deux suivantes sont
pour l'Impératif et l'Infinitif, esto , ama , esse .
amare. Les 25 et 26. pour les Gérondifs et Supins,
amando , amatu , et les Participes ans , ens,
Les 27 et 28 pour les terminaisons actives, o >
α amus , et les passives, or , aris , atur , amur.
Les 29 38. sont pour les Verbes Actifs , Passifs ,
Neutres , Irreguliers , Déponens , Communs
Substantifs , Vocatifs , Reciproques , Irreguliers
( qui sont ici marqués pour la seconde fois )
Defectueux , Impersonels. Les 39 et 40. sont
pour les terminaisons françoises des Verbes , er
des Noms et Pronoms. Les 41 et 42 pour les
Verbes Auxiliaires François. Les 43 et 44. pour
les Noms Substantifs et Articles françois. Les
45 et 46. pour les Adjectifs , Positifs , Comparatifs
et Superlatifs . Les 47 et 48. pour les Pronoms
demonstratifs et Possessifs . Les 49 et 50. pour
les Verbes François et Particules Françoises. Les
51 et 52. pour les Indéclinables in , úbi , vel ,
et autres aparemment. Les 53 et 54. pour les
genres hic homo. Les 55 et 56. pour les Déclinaisons
homo inis. Les 57 et 58. pour les
Conjugaisons amo , avi Atum are. Enfin les
59 et 60. po la Syntaxe , ego amo Deum.
Je ne dou point que cette énumeration des
>
>
logettes
FEVRIER. 17310
251
logettes et de ce qui y est contenu , ne vous ait
fort ennuyé ; je vous en demande pardon ; mais
j'en avois besoin pour prouver la deuxième proposition
que j'avois avancée. Je dis donc en second
lieu que par cette machine de bois en Colombier
, et par tous les Boulins et toutes les lo
gettes dont elle est composée , aucune Langue
ni aucune Science ne peut être bien enseignée
et bien apprise , quoiqu'en disent ses inventeurs
ou ses approbateurs.
Faut-il se mettre en frais pour le prouver , et
n'est-il pas évident à quiconque a du bon sens
que ni la Philosophie , ni la Rhétorique , ni la
Poëtique , ni les Auteurs Grecs et Latins , même
les plus faciles , qu'on fait expliquer dans les
plus basses Classes des Colleges , n'entreront ja
mais dans la tête d'un enfant à l'aide de cette
pure méchanique. Que dis- je ? il est même impossible
d'apprendre à écrire par ce moyen ; aussi
nos bonnes gens paroissent - ils avoir entierement
renoncé d'eux -mêmes à toutes ces connoissances
, puisqu'ils n'y ont pas même consacré une
seule petite logette.
>
Mais du moins diront- ils on apprendra
P'Histoire Sainte et Prophane , la Géographie er
la Fable ; car elles ont chacune leur cellule , qui
sont les quatre dernieres du Bureau Latin.
A cela je réponds qu'on les apprendra à peu
près comme l'Arithmétique et l'Algebre , ausquelles
sont destinées les 25 et 30. logettes de
la deuxième rangée du Bureau François- Latin ;
c'est-à-dire , que quelques Noms propres d'Empereurs
et de Rois , de grands Royaumes et de
grandes Villes , tirés des cellules où on les met-
, pourront entrer et rester dans la mémoire
de l'enfant , s'il en a , et si on a coin de lui rebatre
plusieurs fois la même che Or c'est un
tra
C avanta
252 MERCURE DE FRANCE
avantage qu'on trouvera pour le moins aussi grand
dans quelque Méthode que ce soit , si tout est égal,
soit de la part de l'enfant , soit de celle du Maître
, à moins qu'on ne veuille croire , comme le
croyent, sans doute, ces Messieurs , que les principes
des Arts et des Sciences ont une vertu particuliere
pour s'insinuer dans l'idée et dans la
mémoire d'un enfant , parcequ'ils sont écrits sur
des cartes , et qu'ils ont eu l'attouchement de sa
petite main , et du bois des cellules étroites qui
les tiennent comme en prison.
Mais qui peut douter , diront encore nos gens
enthousiasmés de leur Rudiment Pratique de la
Langue Latine , composé de 60. logettes et d'autant
de cartes pour le moins , qui peut douter
qu'avec un tel secours on n'enseigne et on n'apprenne
bien mieux les déclinaisons des Noms et
des Pronoms , les Conjugaisons de toutes sortes
de Verbes , les Genres , les Préterits , les Supins
et la Syntaxe Latine, qu'on ne les enseigneroit et
ne les apprendroit avec le secours du Rudiment
et des Maîtres ordinaires .
Qui en peut douter ? moi certainement , tant
je suis incrédule. Pour faire voir combien mon
doute est raisonnable , je ne veux que comparer
un endroit de la cinquiéme Lettre de l'Auteur
avec un autre du celebre M. le Fevre , sur la
maniere de faire des interrogations aux enfans.
כ כ
ラン
Lorsqu'on voudra interroger l'écolier sur les
Déclinaisons et sur les Conjugaisons ( dit ´notre
Abécediste dans le Mercure d'Octobre page
» 2123. ) il ne faut pas suivre la Méthode peu
judicicuse de ces Maîtres qui demandent troptôt
, par exemple : Comment fait Musa à
l'accusatif plurier ? Quel est le genitif plurier
de Dominus ? Quelle est la troisiéme personne
» du Futur Indicatif du Verbe amo ? Cominent
dit -on en Latin ils auroient aimé ? &c.
50
FEVRIER. 1731. 253
Voilà les propres paroles du Docteur Tipografique
dont nous avons pris la liberté de changer
l'ortographe , quoique sa troisième partie
du Volume du Maître contienne dit-il , en
trente et tant de pages une Réponse aux raisonnemens
ou aux préjugés de M. l'Abbé Regnier ,
dans son Traité de l'ortografe , et quelques reflexions
sur l'ortographe des Dictionaires de
Richelet , de Furetiere , de Trévoux , de l'Académie
Françoise et de l'Académie d'Espagne.
Ecoutons presentement M. le Fevre. » Comme
de toutes les parties mobiles de l'Oraison ,
n'y en a point de plus difficile que les Verbes
, ( dit-il dans sa Méthode pour commencer
les Humanités , à Paris 1701. page 12. ) il
5
il
faut s'y arrêter aussi beaucoup plus que
» sur les noms , jusqu'à ce que l'enfant puisse
répondre sur le champ , et sans varier , à ces
» petites Questions , par exemple : où est audiet?
et que veut-il dire en françois ? où est audivisset
? Audire ne se trouve - t'il point en plus
d'un ou de deux endroits où est amatum iri?
» &c. Quand une fois l'enfant est bien assuré
là- dessus , il est en beau chemin , si le Maître
» a les qualités qu'il doit avoir.
Ne voit-on pas une manifeste contradiction
entre ces deux manieres d'enseigner les premiers
principes ? Ainsi nous voici dans un défilé d'où
nous ne pouvons sortir qu'en disant que l'une
de ces deux Méthodes est bien plus judicieuse que
l'autre.
Le Buraliste ne manquera pas de soutenir har→
diment que c'est la sienne , et il citera en sa faveur
l'exemple de M. de la Valette , petit-fils de
M. Chirac , qu'il appelle un enfant celebre du
Bureau tipographique , ( page 19. de la seconde
des quatre premieres Lettres qu'il a fait impri-
Cij mer
54 MERCURE DE FRANCE
mer séparément ) ; il citera encore le petit Gos
sard , fils d'un Marchand Tapissier , le fils de
M. Durand , le petit Espagnol Hernandez del
Valle , le petit Guillot , un Savoyard de zo . ans
qui a appris à lire le latin à cet âge , par le moyen
de cette Méthode , ibid. page 20. et 21. Quel
miracle ! Il n'oubliera pas M. Chompré , Maître
de Pension dans la rue des Carmes , qui se sert
du Bureau tipographique pour les enfans ( page
22 ) , ni M. & Mad . Hervé , qui étant , dit-il ,
témoins du progrés surprenant de l'exercice du
Bureau typographique , en ont fait faire un de
quatre rangées de logettes pour Mlle leur fille
page 28 , ni enfin le Cardinal Lugo , qui dés
l'âge de trois ans sçavoit lire les imprimez et les
manuscrits ; ni le Tasse , qui à l'âge de trois ans
commença à étudier la Grammaire , qui fut envoyé
au College des Jesuites dès l'âge de quatre
ans , et fit sous ces habiles Maîtres de si grands.
progrès , qu'à sept ans il sçavoit parfaitement le
Latin et très-passablement le Grec ; ni le petit
Jean- Philippe Baratier de Schwalbach , qui commença
d'apprendre les Lettres avant l'âge de deux
ans , page II . 12. et 20.
Mais sans vouloir examiner tout ce qu'on dit de
tous ces enfans celebres , ni rien rabattre de leur
science prématurée , ne puis-je pas dire avec verité
que tous ces exemples ne font rien en faveur
du Bureau typographique , puisque certainement
ni le petit Lugo , ni le Taffe , ni Baratier , qui
sont les trois plus rares exemples cités , ne sont
point du tout redevables de leurs miraculeux progrès
aux cellules de bois dont la rare invention
est posterieure a
Quant aux autres , outre qu'on ne nous dit
point que le petit Durand et le petit Hernandez
me soient servis du Bureau , et qu'on nous fait
entendre
FEVRIER.
1731. 255
Entendre au contraire qu'ils ont suivi une autre
Méthode ; n'est-il pas évident que leur érudition ,
quelle qu'elle soit , vient plutôt de leur heureux
naturel et de l'habileté de leurs Maîtres , que de la
nouvelle machine Alphabetique.
11 n'en eft pas de même de la Méthode de M. le
Févre , qui étant toute fondée sur la raison et
l'experience , a dû produire et a produit des miracles
, sur tout dans la personne de Mad. Dacier,
sa fille , et d'un fils , qui ayant commencé a apprendre
le Latin et le Grec â dix ans seulement
suivant la pratique de M. le Fevre , qui me paroît
bien fondée , et sçachant alors seulement bien lire
et bien écrire, » lorsqu'il mourut vers la fin de
sa 14 année , avoit lû et expliqué deux fois l'I-
» liade d'un bout à l'autre , et rendoit raison des
parties aussi prestement qu'auroit pû faire un
assez bon Maîrre , sans balancer et sans hesiter
jamais. Il sçavoit aussi l'Eneide de Virgile de
même , Terence , Phedre , les Métamorphoses
» d'Ovide, Saluste, la premiere Comedie de Plau-
» te , la premiere et la seconde d'Aristophane ,
avec les trois premiers Livres de Tite- Live ,
outre les autres petits Auteurs qu'il faut sça-
» voir pour entendre ceux -ci , Eutrope , Aurelius
Victor , Justin , les Fables d'Esope , et les cinq
» Livres Historiques du Nouveau Testament. Ù
avoit encore appris à fond de son pere , qui étoit
aussi son Précepteur , la Grammaire Latine et la
Grecque, et il avoit entamé même l'Hébraïque à
T'âge de 13. ans. Enfin il n'ignoroit ni la Géogra
phie , ni la Chronologie , ni l'Histoire.
Voilà des faits certains et exposez au grand
jour ; voilà des témoins illustres et non suspects
de la bonté de la Méthode de M. le Fevre , qui a
été presque entierement suivie et même perfectionnée
en quelques points dans les meilleurs Col-
Ciiij leges
256 MERCURE DE FRANCE
ges de l'Université. Nos Méchanistes avec leur
Bureau typographique , pousseront- ils un enfant
aussi loin et en si peu de temps, et l'instruiront -ils
d'une maniere aussi solide des premiers principes
de la Langue Grecque , de la Latine , et de la
Françoise ? S'ils sont assez présomptueux , pour
ne pas dire assez fous , pour le promettre, se trous
verat- il quelqu'un qui soit assez sot et assez duppe
pour le croire ? Peut-être que oui , puisque selon
le Poëte Satirique , mais véridique ,
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.
Quoiqu'il en soit , nous pouvons conclure présentement
que les Méthodes ordinaires , sur tout
si elles sont semblables à celles de M. le Févre 2
sont bien au-dessus du Rudiment pratique de la
Langue Latine , qui est le troisiéme ou quatrième
Bureau de 60. Logettes , qui fait partie du Bureau
zypographique et general . Je pourois apporter encore
plusieurs raisons invincibles de cette même
verité ; mais je les omets pour abreger et passer
ma troisiéme proposition , d'autant plus que si
je la prouve , comme je l'espere j'aurai prouvé
encore une fois celle -ci . En effet si le Bureau typographique
n'apprend pas mieux à lire qu'un
bon Alphabet , à combien plus forte raison apprendra-
t-il encore moins bien qu'une bonne Mé
thode , les principes des Langues et des Sciences ?
Je dis donc en troisiéme lieu , quand nos Bibliothecaires
typographistes devroient se fâcher ,
que tout cet attirail de cartes écrites sur le dos ,
et de cassettes d'Imprimerie , n'est pas aussi bon
pour apprendre à lire , qu'un Alphabet en bon
ordre et bien digeré. On a vu dans la description
détaillée que nous avons faite du Bureau , qu'on
a sacrifié près de 100. cellules aux Lettres grandes
et petites , Romaines et Italiques , aux consonmes
doubles bb , ce , & c . et à la ponctuation . Un
bon
FEVRIER. 1731 . 257
ba ,
,
bon Alphabet dans les trois ou quatre premieres
pages, contient non - seulement les lettres simples,
mais encore presque toutes les syllabes qu'on peut
former par l'assemblage d'une voyelle et d'une ou
plufieurs consones, comme ,
be bi, bo , bu,
&c. bla, ble, bli, blo, blu , &c . ab , eb, ib, ob , ub ,
&c. ar , er , ir , or , ur , &c. stra , stre , stri ,
stro , stru, &c. L'Enfant les voit d'un coup d'oeil,
et s'accoutume à les prononcer presque lui seul.
par routine , avec le moindre secours du plus petit
Maître d'Ecole.
Or tout cela demande bien du temps dans le
nouveau Systême. Il faut que l'Enfant aille prendre
dans les logettes differentes les lettres qui
composent ces syllabes ; il faut un Maître bien
assidu et bien patient , tel qu'on en trouve peu ,
pour être toujours là present , et empêcher que
Enfant ne se trompe , ou le corriger quand il
s'est trompé.
Un seul Maître d'un médiocre sçavoir et d'une
médiocre exactitude , peut montrer à lire tout
à la fois à une cinquantaine d'Enfans , les obliger
à avoir tous ensemble les fixez sur le
yeux
même endroit , et les faire reprendre les uns par
les autres , ce qui les pique d'honneur et d'émulation
; et quand la leçon est achevée , chacun peut
emporter fon Livre avec foi à la maison , à l'Eglise
, à la promenade , et repasser ce qu'on lui a
fait lire. Le Bureau , au contraire , est très -embarassant
, on ne peut le faire fervir à trois ou
quatre tout à la fois ; il n'est pas portatif , et
P'Enfant , quand il le voudroit , ne pourroit pas
le mettre dans sa poche , il est d'une toute autre
mesure.
Un Alphabet s'achette 4 ou 5. sols ; un Bureau
est d'un bien plus haut prix , sur tout si on le fait
faire d'Ebene, comme l'Auteur semble le conseil-
Cv ley
258 MERCURE DE FRANCE
9A
ler aux Curieux et aux riches , vers la fin de sa
seconde Lettre , page 29. Un Alphabet ordinaire
contient 30 ou 40. pages , il est très -court et
très -clair. L'A B C de Candiac , dont on a obtenu
le privilege , mais qui n'est pas encore imprimé
est divisé en deux volumes qui contiennent 250.
leçons pour trois A B C Latins et trois François,.
et plus de cinq ou six cens pages , suivant le calcul
détaillé fait par l'Auteur , premiere Lettre
page 2 , 3 , 4 et 5. et seconde Let. page 23.et 24 ) .
Ce qu'on a mis dans le Mercure , pour donner
une idée et un précis de cet Ouvrage , est assez
obscur et confus , et à peu près du même gout
que l'Art de transposer toute sorte de Musique
donné au Public par le même Auteur en 1711.
dont deux celebres Musiciens qui l'ont depuis peu
examiné , à ma priere , avec attention , ont jugé
qu'il n'est pas clair , et que la plus grande utilité
qu'on en puisse tirer ,est de l'ignorer Parfaitement.
9%
Enfin un Alphabet ou on trouve des pages.
toutes entieres de syllabes et d'exemples de lectures
qui y sont proposez , peut servir aux Enfans
à bien employer ces premieres années de la vie ,
qui sont si précieuses , et donner matiere d'exercice
à leur mémoire , qui est alors la plus saine et
la plus parfaite de leurs facultez et presque la seule
dont ils puissent faire usage. Par lå on observe ce
beau précepte de Quintilien , ( L. 1. C. 1. ) Non
perdamus primum statim tempus atque eò
minus quod initia litterarum solâ memoriâ
constant; qua non modo jam est in parvis , sed
tum etiam tenacissima est . » Ne souffrons .
point qu'un Enfant perde ses premieres années,
et souffrons-le d'autant moins , que pour ces
commencemens de lettres il ne faut que de la
» mémoire , et que non-seulement les Enfans
en ont , mais qu'ils l'ont même très bonne et
très- fidele.
FEVRIER. 1731. 259
L'Auteur,qui cite quelquefois Quintilien quand
il croit qu'il lui est favorable , ne paroît pas faire
grand cas de ce précepte , puisqu'il ne parle jamais
d'exercer la mémoire des Enfans , et qu'il
paroît même peu approuver cette pratique , Lettre
5. page 2133. Ce qui est de certain , c'est
que son Systême et son Bureau typographique
n'y est point du tout favorable .
En voilà assez pour faire voir que ma troisiéme
proposition n'est pas moins veritable que la seconde,
et que l'Imprimerie en Colombier ne vaut
pas un A B C. bien composé et bien imprimé.
Avant que de finir cette Lettre , je fais une re
marque sur ce que l'Auteur dit , ( L. 2. p. 22. )
» que l'exercice du Bureau tipographique , bien
loin d'exposer les Enfans à être malades et à
rester nains et noüez , faute d'action , les entre
tient au contraire dans une bonne santé, dissipe
» peu à peu l'humeur noueuse qui les empêche de
> croître et leur allonge le corps , les bras et les
»jambes , dans la necessité où ils sont de prendre
» et de remettre les cartes aux plus hauts casse-
» tins du Bureau Typographique.
92
95
ود
Si cet avantage est aussi réel qu'on voudroit
nous le faire croire , pourquoi les Enfans gouvernez
par les Inventeurs de ce Bureau sont -ils
morts entre leurs mains ? Pourquoi le petit Candiac
, qui est si souvent cité dans ces Lettres comme
un prodige , et qui aimoit tant l'exercice du
Bureau Abecedique , n'a-t - il pas vécu au delà de
sa 8 ou 10 année? Au reste cette mort, qui d'une
part a été très-desavantageuse à l'Auteur de l'A
BC de Candiac , en lui enlevant un cher Disci →
ple ; lui a été d'une autre part assez avantageuse,,
puisqu'il peut nous alleguer sans cesse en faveur
de sa Méthode , un témoin que nous ne pouvons
ressusciter. D'ailleurs si on fait tant valoir le Bur
Cvj
ream
26 MERCURE DE FRANCE
reau , parce qu'il donne de l'exercice et de la santé
aux enfans , combien ne doit- on pas estimer
par cet endroit la coutume de les faire aller à pié
matin et soir aux petites Ecoles et aux Colleges ?
Je finis cette Lettre , qui vous paroîtra peutêtre
trop longue , par une reflexion de l'Auteur ,
qui m'a frappé , et qui ne peut manquer d'être
très-utile à un Lecteur judicieux et qui sçait faire
son profit de tout ce qu'il lit. On doit , dit - il ,
» ( L. 2. P. 27. ) regarder comme suspectes les
Méthodes mysterieuses et hierogliphiques , qui
annoncent & promettent des miracles , ou des.
choses au-delà de l'esprit humain : une bonne
Méthode exige la franchise et la generosité
» qu'inspire l'amour du bien public... L'incrédu
→ lité du Public n'est pas sans fondement, on voit
» tant de Charlatans , de visionnaires et d'impos-
» teurs , de toute classe , qu'il y auroit de la foiblesse
, de l'imprudence et même de la folie à
» les croire sur leur parole.
30
à
Quintilien ( L. 1. C. 1. ) après avoir recommandé
aux peres et aux meres de choisir pour
leurs enfans les meilleures Nourrices pour les allaiter
, et les meilleurs enfans de leur âge pour
leur tenir compagnie , ajoûte sur le choix des
Maîtres un précepte qui a beaucoup de rapport
ce qu'on vient de lire . A l'égard des Précepteurs
» qu'on donne aux Eafans , ce que j'ai , dit- il , à
recommander le plus , c'est qu'ils soient veritablement
habiles , ou qu'ils sçachent du moins
qu'ils ne le sont pas car je ne vois rien de
pire au monde , que ces gens , qui parce qu'ils
ont quelque legere teinture de Lettres , s'imaginent
être fort sçavans , et se donnent pour
tels . C'est en vain que vous voudrez les redresser;
ils croyent en sçavoir plus que tous les
Maîtres , et fiers de leur autorité comme ils
sont
FEVRIER . 2.61
173 .
"
5)
» sont ordinairement, ils enseignent leurs sottises
jusqu'à se mettre en fureur contre qui ose les
» contredire , souvent même leur ignorance ne
» nuit pas moins aux moeurs. De padagogis hoc
amplius ( dictum sit, ) ut aut sint eruditi planè,
quam primam esse curam velim aut se non
esse eruditos , sciant. Nihil enim pejus est irs
qui paulum aliquid ultra primas litteras pregressi
, falsam sibi scientia persuasionem induerunt.
Nam et credere pracipiendi peritis
indignantur , er jure quodam potestatis , que
ferè hoc hominum genus intumescit , imperiosi
atque interim savientes , stultitiam suam perdocent.
On voit par là , comme dit un de nos plus excellens
Poëtes , que le monde n'a jamais , manqué
de Charlatans , et que cette Science de tout tems
fut en Professeurs très - fertiles . Je suis , Monsieur
, &c..
sité de Paris à un Principal de College
de Province , sur l'ABC DE CANDIAC,
OU LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS , ou
LES PREMIERS ELEMENS DES LETTRES, & C
Vous voulez donc , Monsieur, que jevous dise mon sentiment sur cette nouvelle Méthode
dont vous avez appris qu'on fait beaucoup
de bruit à Paris depuis environ six mois , que
quelques Principaux ont laissé introduire dans
deux ou trois celebres Colleges de l'Université
et sur laq le Mercure de France a fait imprimer
cinq Lettres dont la premiere est
du mois de Mai , et la cinquiéme du mois d'Octobre
de la presente année 1730.
J'avois cependant résolu de garder un silence
constant à l'égard de l'Anonime , Auteur de ce
nouveau sistême Abécedique , comme je l'ai gardé
à l'égard de tant d'autres Charlatans de la
menuë litterature , qui ont jugé plus à propos
de faire connoître leur nom au Public , en le
faisant imprimer au Frontispice de leurs Livres.
Mais les prieres réïterées que vous me faites , le
désir que j'ai d'empêcher , autant qu'il sera en
moi , plusieurs Enfans de famille , particulierement
ceux qui sont confiés à vos soins , d'être la
dupe de ce nouvel avanturier , l'occasion favorable
FEVRIER . 1731. 247
Table de venger l'insulte qu'il fait à tous les habiles
et honnêtes gens qui suivent une autre maniere
d'enseigner que la sienne , en les accusant
d'ignorance , d'injustice et de vanité ; tout cela
m'engage à parler malgré l'inclination que j'avois
à me taire.
Je vais donc faire trois choses. 1° J'expliquerai
la structure de son Bureau Tipographique , suivant
une Carte imprimée qui m'est tombée entre
les mains , sans quoi vous ne pouvez rien comprendre
non plus que bien d'autres à ce qui en
est dit dans le Mercure que vous avez lû. 2° Je
ferai voir qu'il est impossible d'enseigner et d'apprendre
bien aucune Langue et aucune Science
par le moyen de ce Bureau . 3 ° Qu'un bon Alphabet
est une Méthode au moins aussi facile
aussi courte , aussi avantageuse et bien plus
›
commode pour bien montrer à lire à un Enfant.
.
Figurez -vous donc d'abord , Monsieur , un
ouvrage de menuiserie en forme de Colombier
qu'on attache à un mur à la hauteur d'un Enfant
de 4. à 5. ans. Ce Colombier de bois est
coupé ou partagé en 210. petits ous , sept en
hauteur , et trente en longueur. in nteur de
cette belle piece de menuiserie les appelle tantôt
cassetins et cassetes , tantôt cellules et logetes . Un
de mes amis qui a lû les cinq Lettres sans en
comprendre ni la beauté ni l'utilité , soutient
qu'on devroit plutôt les appeller Boulins , puisque
toute la boisure se nomme Colombier.
Mais quelque nom qu'on veuille donner à ces
trous , il faut sçavoir qu'ils sont à peu près quarrés
selon les trois dimensions , et de telle grandeur
qu'un Enfant y peut faire entrer aisément
sa main. On met dans ces trous des cartes , sur
lesquelles sont écrites differentes choses, La premiere
rangée de 30. trous est posée sur la table
du
248 MERCURE DE FRANCE.
du Bureau , qui est au-dessous , et de la même
longueur ; elle est appellée par l'Auteur Premier
Bureau Abécedique , c'est - à -dire Alphabetique.
Les 26. premiers trous contiennent sur des
cartes les 24. lettres de l'Alphabet , tant petites
que majuscules , et l'j et l'v consonnes ; les 4 .
derniers sont pour l'E æ , l'E ∞ , &t , ff , ft
ch , ph , rh , th : on ne voit pas la raison pourquoi
on appelle premier ce Bureau Abécedique ,
puisqu'il n'y en a point de second qui porte ce
nom.
Quoiqu'il en soit , les deux rangées de trente
logettes ou boulins chacune , qui sont immédiatement
au dessus de la premiere , portent le nom
de Bureau Latin , qu'on auroit pû aussi bien ,
et même encore mieux , nommer Bureau Franfois
, puisque les 2. premieres logettes ne renferment
que les lettres de l'Alphabet , grandes et
petites , Romaines et Italiques , qui sont communes
au François aussi bien qu'au Latin , et que
les 4. suivantes sont pour les e ouverts et fermés
, qui sont propres seulement à la Langue
Françoise. Les 4. dernieres cellules sont destinées
à l'Histoire Sainte et Prophane , à la Géographie
et à la Fable. Vous connoissez donc déja
bien en détail le contenu des 90. premiers cassetins
compris dans les trois premieres rangées.
Montons présentement aux 120. qui nous restent
, et qui sont et dominent les uns sur les au
tres.
La quatrième et cinquiéme rangée porte le beau
titre de Bureau François - Latin , cependant on
ne trouve dans les 60. cellules qui le composent
rien qui soit particulier au Latin , si ce n'est la
Io et la 11. intitulées Tèmes à faire , Tèmes
faits. Voici les étiquetes des 58. autres : 1. à , à ,
2 bb , bb , la 3 , 4 , 7 , 12 , 16 contiennent c ,
>
FEVRIER. 1731. 249
mm ,
d , g , 1 , p doublés comme le b'en Romain et en
Italique. La 5 , 6 , 9 , 17 , 18 , 20 , 21 , 23 , 24
contiennent aussi en Romain et en Italique he ,
ph , hi , qu , rh , th , hu , xc , hy ; la 8. est intitulée
Magasin ; je ne sçais pas pourquoi. La 13
m ; la 14 ñ , nn ; la 15 eau , au ; la 19 ç ;
fç , ff , la 2 2 W , w
, W, vv ; la 25 Livrèt , au
dessus duquel mot il y a écrit 10 10 , et au dessous
15 15 ; cette cassete est aparemment un
reservoir de chifres . ) La 26 &c , & c ; la 27 ai ,
aient , oient ; la 28 æ
et ; la 29 S *
; la 30 contient trois signes
de l'Algebre , qui signifient le moins , le plus ,
l'égalité ; ils ont été mis là , sans doute , afin de
pouvoir faire accroire au Public que par le moyen
de ce Bureau on apprend les principes de l'Algebre
, comme tout le reste . Voilà la rangée inférieure
du prétendu Bureau François-Latin ;
voici la superieure.
J;
> oe , et ,
>
,
,
On trouve dans les I 2
? 3 4 , 6 , 8 et g
cellules les marques ou signes de ponctuation , ;
: .? ! ' apostrophe : les 5 , 7 , 10 , 12 , 13 , 14
et 15 renferment eu , gn , ch , ill , ui , oi , où en
Romain et en Italique. La 11 a les parentheses
( et les crochets [ ] . La 16 20 ã‚ẽ‚í‚õ ,
en Romain et en Italique ; la 21 30 les dix premiers
chiffres , soit Romains , soit Arabiques.
Les deux rangées superieures du Bureau Tipographique
qui sont chacune de 30. cellules comme
les autres portent,pour titreRudiment pratique de
la Langue Latine. C'est là ce qu'on regarde particulierement
comme un Chef- d'oeuvre d'invention
, qui est bien au- dessus de toutes les Méthodes
dont on s'est servi jusqu'à présent pour
enseigner le Latin. Voici néanmoins tout ce que
c'est dans les six premieres logettes de ces deux
dernieres rangées : on voit les cinq Déclinaisons
C latines
250 MERCURE DE FRANCE ,
>
>
as,
Latines a æ &c . les Pronoms latins et françois
ego , je , tu , tu , vous ; ille , il , elle , l'article
hic , ce , cette , ( on auroit du dire le Pronom
demonstratif; ) le Pronom relatif qui , qui , lequel
; les terminaisons , Pronoms , piam , re , les
termin . Noms orum , ibus . Les cinq logettes suivantes
, soit d'enhaut , soit d'enbas contiennent
le Présent , l'Imparfait , le Parfait , le Plusqueparfait
et le Futur , tant de l'Indicatif que du
Subjonctif des Verbes sum , amo , et aparemment
des trois autres Conjugaisons . Voilà déja 22 .
logettes bien marquées. Les deux suivantes sont
pour l'Impératif et l'Infinitif, esto , ama , esse .
amare. Les 25 et 26. pour les Gérondifs et Supins,
amando , amatu , et les Participes ans , ens,
Les 27 et 28 pour les terminaisons actives, o >
α amus , et les passives, or , aris , atur , amur.
Les 29 38. sont pour les Verbes Actifs , Passifs ,
Neutres , Irreguliers , Déponens , Communs
Substantifs , Vocatifs , Reciproques , Irreguliers
( qui sont ici marqués pour la seconde fois )
Defectueux , Impersonels. Les 39 et 40. sont
pour les terminaisons françoises des Verbes , er
des Noms et Pronoms. Les 41 et 42 pour les
Verbes Auxiliaires François. Les 43 et 44. pour
les Noms Substantifs et Articles françois. Les
45 et 46. pour les Adjectifs , Positifs , Comparatifs
et Superlatifs . Les 47 et 48. pour les Pronoms
demonstratifs et Possessifs . Les 49 et 50. pour
les Verbes François et Particules Françoises. Les
51 et 52. pour les Indéclinables in , úbi , vel ,
et autres aparemment. Les 53 et 54. pour les
genres hic homo. Les 55 et 56. pour les Déclinaisons
homo inis. Les 57 et 58. pour les
Conjugaisons amo , avi Atum are. Enfin les
59 et 60. po la Syntaxe , ego amo Deum.
Je ne dou point que cette énumeration des
>
>
logettes
FEVRIER. 17310
251
logettes et de ce qui y est contenu , ne vous ait
fort ennuyé ; je vous en demande pardon ; mais
j'en avois besoin pour prouver la deuxième proposition
que j'avois avancée. Je dis donc en second
lieu que par cette machine de bois en Colombier
, et par tous les Boulins et toutes les lo
gettes dont elle est composée , aucune Langue
ni aucune Science ne peut être bien enseignée
et bien apprise , quoiqu'en disent ses inventeurs
ou ses approbateurs.
Faut-il se mettre en frais pour le prouver , et
n'est-il pas évident à quiconque a du bon sens
que ni la Philosophie , ni la Rhétorique , ni la
Poëtique , ni les Auteurs Grecs et Latins , même
les plus faciles , qu'on fait expliquer dans les
plus basses Classes des Colleges , n'entreront ja
mais dans la tête d'un enfant à l'aide de cette
pure méchanique. Que dis- je ? il est même impossible
d'apprendre à écrire par ce moyen ; aussi
nos bonnes gens paroissent - ils avoir entierement
renoncé d'eux -mêmes à toutes ces connoissances
, puisqu'ils n'y ont pas même consacré une
seule petite logette.
>
Mais du moins diront- ils on apprendra
P'Histoire Sainte et Prophane , la Géographie er
la Fable ; car elles ont chacune leur cellule , qui
sont les quatre dernieres du Bureau Latin.
A cela je réponds qu'on les apprendra à peu
près comme l'Arithmétique et l'Algebre , ausquelles
sont destinées les 25 et 30. logettes de
la deuxième rangée du Bureau François- Latin ;
c'est-à-dire , que quelques Noms propres d'Empereurs
et de Rois , de grands Royaumes et de
grandes Villes , tirés des cellules où on les met-
, pourront entrer et rester dans la mémoire
de l'enfant , s'il en a , et si on a coin de lui rebatre
plusieurs fois la même che Or c'est un
tra
C avanta
252 MERCURE DE FRANCE
avantage qu'on trouvera pour le moins aussi grand
dans quelque Méthode que ce soit , si tout est égal,
soit de la part de l'enfant , soit de celle du Maître
, à moins qu'on ne veuille croire , comme le
croyent, sans doute, ces Messieurs , que les principes
des Arts et des Sciences ont une vertu particuliere
pour s'insinuer dans l'idée et dans la
mémoire d'un enfant , parcequ'ils sont écrits sur
des cartes , et qu'ils ont eu l'attouchement de sa
petite main , et du bois des cellules étroites qui
les tiennent comme en prison.
Mais qui peut douter , diront encore nos gens
enthousiasmés de leur Rudiment Pratique de la
Langue Latine , composé de 60. logettes et d'autant
de cartes pour le moins , qui peut douter
qu'avec un tel secours on n'enseigne et on n'apprenne
bien mieux les déclinaisons des Noms et
des Pronoms , les Conjugaisons de toutes sortes
de Verbes , les Genres , les Préterits , les Supins
et la Syntaxe Latine, qu'on ne les enseigneroit et
ne les apprendroit avec le secours du Rudiment
et des Maîtres ordinaires .
Qui en peut douter ? moi certainement , tant
je suis incrédule. Pour faire voir combien mon
doute est raisonnable , je ne veux que comparer
un endroit de la cinquiéme Lettre de l'Auteur
avec un autre du celebre M. le Fevre , sur la
maniere de faire des interrogations aux enfans.
כ כ
ラン
Lorsqu'on voudra interroger l'écolier sur les
Déclinaisons et sur les Conjugaisons ( dit ´notre
Abécediste dans le Mercure d'Octobre page
» 2123. ) il ne faut pas suivre la Méthode peu
judicicuse de ces Maîtres qui demandent troptôt
, par exemple : Comment fait Musa à
l'accusatif plurier ? Quel est le genitif plurier
de Dominus ? Quelle est la troisiéme personne
» du Futur Indicatif du Verbe amo ? Cominent
dit -on en Latin ils auroient aimé ? &c.
50
FEVRIER. 1731. 253
Voilà les propres paroles du Docteur Tipografique
dont nous avons pris la liberté de changer
l'ortographe , quoique sa troisième partie
du Volume du Maître contienne dit-il , en
trente et tant de pages une Réponse aux raisonnemens
ou aux préjugés de M. l'Abbé Regnier ,
dans son Traité de l'ortografe , et quelques reflexions
sur l'ortographe des Dictionaires de
Richelet , de Furetiere , de Trévoux , de l'Académie
Françoise et de l'Académie d'Espagne.
Ecoutons presentement M. le Fevre. » Comme
de toutes les parties mobiles de l'Oraison ,
n'y en a point de plus difficile que les Verbes
, ( dit-il dans sa Méthode pour commencer
les Humanités , à Paris 1701. page 12. ) il
5
il
faut s'y arrêter aussi beaucoup plus que
» sur les noms , jusqu'à ce que l'enfant puisse
répondre sur le champ , et sans varier , à ces
» petites Questions , par exemple : où est audiet?
et que veut-il dire en françois ? où est audivisset
? Audire ne se trouve - t'il point en plus
d'un ou de deux endroits où est amatum iri?
» &c. Quand une fois l'enfant est bien assuré
là- dessus , il est en beau chemin , si le Maître
» a les qualités qu'il doit avoir.
Ne voit-on pas une manifeste contradiction
entre ces deux manieres d'enseigner les premiers
principes ? Ainsi nous voici dans un défilé d'où
nous ne pouvons sortir qu'en disant que l'une
de ces deux Méthodes est bien plus judicieuse que
l'autre.
Le Buraliste ne manquera pas de soutenir har→
diment que c'est la sienne , et il citera en sa faveur
l'exemple de M. de la Valette , petit-fils de
M. Chirac , qu'il appelle un enfant celebre du
Bureau tipographique , ( page 19. de la seconde
des quatre premieres Lettres qu'il a fait impri-
Cij mer
54 MERCURE DE FRANCE
mer séparément ) ; il citera encore le petit Gos
sard , fils d'un Marchand Tapissier , le fils de
M. Durand , le petit Espagnol Hernandez del
Valle , le petit Guillot , un Savoyard de zo . ans
qui a appris à lire le latin à cet âge , par le moyen
de cette Méthode , ibid. page 20. et 21. Quel
miracle ! Il n'oubliera pas M. Chompré , Maître
de Pension dans la rue des Carmes , qui se sert
du Bureau tipographique pour les enfans ( page
22 ) , ni M. & Mad . Hervé , qui étant , dit-il ,
témoins du progrés surprenant de l'exercice du
Bureau typographique , en ont fait faire un de
quatre rangées de logettes pour Mlle leur fille
page 28 , ni enfin le Cardinal Lugo , qui dés
l'âge de trois ans sçavoit lire les imprimez et les
manuscrits ; ni le Tasse , qui à l'âge de trois ans
commença à étudier la Grammaire , qui fut envoyé
au College des Jesuites dès l'âge de quatre
ans , et fit sous ces habiles Maîtres de si grands.
progrès , qu'à sept ans il sçavoit parfaitement le
Latin et très-passablement le Grec ; ni le petit
Jean- Philippe Baratier de Schwalbach , qui commença
d'apprendre les Lettres avant l'âge de deux
ans , page II . 12. et 20.
Mais sans vouloir examiner tout ce qu'on dit de
tous ces enfans celebres , ni rien rabattre de leur
science prématurée , ne puis-je pas dire avec verité
que tous ces exemples ne font rien en faveur
du Bureau typographique , puisque certainement
ni le petit Lugo , ni le Taffe , ni Baratier , qui
sont les trois plus rares exemples cités , ne sont
point du tout redevables de leurs miraculeux progrès
aux cellules de bois dont la rare invention
est posterieure a
Quant aux autres , outre qu'on ne nous dit
point que le petit Durand et le petit Hernandez
me soient servis du Bureau , et qu'on nous fait
entendre
FEVRIER.
1731. 255
Entendre au contraire qu'ils ont suivi une autre
Méthode ; n'est-il pas évident que leur érudition ,
quelle qu'elle soit , vient plutôt de leur heureux
naturel et de l'habileté de leurs Maîtres , que de la
nouvelle machine Alphabetique.
11 n'en eft pas de même de la Méthode de M. le
Févre , qui étant toute fondée sur la raison et
l'experience , a dû produire et a produit des miracles
, sur tout dans la personne de Mad. Dacier,
sa fille , et d'un fils , qui ayant commencé a apprendre
le Latin et le Grec â dix ans seulement
suivant la pratique de M. le Fevre , qui me paroît
bien fondée , et sçachant alors seulement bien lire
et bien écrire, » lorsqu'il mourut vers la fin de
sa 14 année , avoit lû et expliqué deux fois l'I-
» liade d'un bout à l'autre , et rendoit raison des
parties aussi prestement qu'auroit pû faire un
assez bon Maîrre , sans balancer et sans hesiter
jamais. Il sçavoit aussi l'Eneide de Virgile de
même , Terence , Phedre , les Métamorphoses
» d'Ovide, Saluste, la premiere Comedie de Plau-
» te , la premiere et la seconde d'Aristophane ,
avec les trois premiers Livres de Tite- Live ,
outre les autres petits Auteurs qu'il faut sça-
» voir pour entendre ceux -ci , Eutrope , Aurelius
Victor , Justin , les Fables d'Esope , et les cinq
» Livres Historiques du Nouveau Testament. Ù
avoit encore appris à fond de son pere , qui étoit
aussi son Précepteur , la Grammaire Latine et la
Grecque, et il avoit entamé même l'Hébraïque à
T'âge de 13. ans. Enfin il n'ignoroit ni la Géogra
phie , ni la Chronologie , ni l'Histoire.
Voilà des faits certains et exposez au grand
jour ; voilà des témoins illustres et non suspects
de la bonté de la Méthode de M. le Fevre , qui a
été presque entierement suivie et même perfectionnée
en quelques points dans les meilleurs Col-
Ciiij leges
256 MERCURE DE FRANCE
ges de l'Université. Nos Méchanistes avec leur
Bureau typographique , pousseront- ils un enfant
aussi loin et en si peu de temps, et l'instruiront -ils
d'une maniere aussi solide des premiers principes
de la Langue Grecque , de la Latine , et de la
Françoise ? S'ils sont assez présomptueux , pour
ne pas dire assez fous , pour le promettre, se trous
verat- il quelqu'un qui soit assez sot et assez duppe
pour le croire ? Peut-être que oui , puisque selon
le Poëte Satirique , mais véridique ,
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.
Quoiqu'il en soit , nous pouvons conclure présentement
que les Méthodes ordinaires , sur tout
si elles sont semblables à celles de M. le Févre 2
sont bien au-dessus du Rudiment pratique de la
Langue Latine , qui est le troisiéme ou quatrième
Bureau de 60. Logettes , qui fait partie du Bureau
zypographique et general . Je pourois apporter encore
plusieurs raisons invincibles de cette même
verité ; mais je les omets pour abreger et passer
ma troisiéme proposition , d'autant plus que si
je la prouve , comme je l'espere j'aurai prouvé
encore une fois celle -ci . En effet si le Bureau typographique
n'apprend pas mieux à lire qu'un
bon Alphabet , à combien plus forte raison apprendra-
t-il encore moins bien qu'une bonne Mé
thode , les principes des Langues et des Sciences ?
Je dis donc en troisiéme lieu , quand nos Bibliothecaires
typographistes devroient se fâcher ,
que tout cet attirail de cartes écrites sur le dos ,
et de cassettes d'Imprimerie , n'est pas aussi bon
pour apprendre à lire , qu'un Alphabet en bon
ordre et bien digeré. On a vu dans la description
détaillée que nous avons faite du Bureau , qu'on
a sacrifié près de 100. cellules aux Lettres grandes
et petites , Romaines et Italiques , aux consonmes
doubles bb , ce , & c . et à la ponctuation . Un
bon
FEVRIER. 1731 . 257
ba ,
,
bon Alphabet dans les trois ou quatre premieres
pages, contient non - seulement les lettres simples,
mais encore presque toutes les syllabes qu'on peut
former par l'assemblage d'une voyelle et d'une ou
plufieurs consones, comme ,
be bi, bo , bu,
&c. bla, ble, bli, blo, blu , &c . ab , eb, ib, ob , ub ,
&c. ar , er , ir , or , ur , &c. stra , stre , stri ,
stro , stru, &c. L'Enfant les voit d'un coup d'oeil,
et s'accoutume à les prononcer presque lui seul.
par routine , avec le moindre secours du plus petit
Maître d'Ecole.
Or tout cela demande bien du temps dans le
nouveau Systême. Il faut que l'Enfant aille prendre
dans les logettes differentes les lettres qui
composent ces syllabes ; il faut un Maître bien
assidu et bien patient , tel qu'on en trouve peu ,
pour être toujours là present , et empêcher que
Enfant ne se trompe , ou le corriger quand il
s'est trompé.
Un seul Maître d'un médiocre sçavoir et d'une
médiocre exactitude , peut montrer à lire tout
à la fois à une cinquantaine d'Enfans , les obliger
à avoir tous ensemble les fixez sur le
yeux
même endroit , et les faire reprendre les uns par
les autres , ce qui les pique d'honneur et d'émulation
; et quand la leçon est achevée , chacun peut
emporter fon Livre avec foi à la maison , à l'Eglise
, à la promenade , et repasser ce qu'on lui a
fait lire. Le Bureau , au contraire , est très -embarassant
, on ne peut le faire fervir à trois ou
quatre tout à la fois ; il n'est pas portatif , et
P'Enfant , quand il le voudroit , ne pourroit pas
le mettre dans sa poche , il est d'une toute autre
mesure.
Un Alphabet s'achette 4 ou 5. sols ; un Bureau
est d'un bien plus haut prix , sur tout si on le fait
faire d'Ebene, comme l'Auteur semble le conseil-
Cv ley
258 MERCURE DE FRANCE
9A
ler aux Curieux et aux riches , vers la fin de sa
seconde Lettre , page 29. Un Alphabet ordinaire
contient 30 ou 40. pages , il est très -court et
très -clair. L'A B C de Candiac , dont on a obtenu
le privilege , mais qui n'est pas encore imprimé
est divisé en deux volumes qui contiennent 250.
leçons pour trois A B C Latins et trois François,.
et plus de cinq ou six cens pages , suivant le calcul
détaillé fait par l'Auteur , premiere Lettre
page 2 , 3 , 4 et 5. et seconde Let. page 23.et 24 ) .
Ce qu'on a mis dans le Mercure , pour donner
une idée et un précis de cet Ouvrage , est assez
obscur et confus , et à peu près du même gout
que l'Art de transposer toute sorte de Musique
donné au Public par le même Auteur en 1711.
dont deux celebres Musiciens qui l'ont depuis peu
examiné , à ma priere , avec attention , ont jugé
qu'il n'est pas clair , et que la plus grande utilité
qu'on en puisse tirer ,est de l'ignorer Parfaitement.
9%
Enfin un Alphabet ou on trouve des pages.
toutes entieres de syllabes et d'exemples de lectures
qui y sont proposez , peut servir aux Enfans
à bien employer ces premieres années de la vie ,
qui sont si précieuses , et donner matiere d'exercice
à leur mémoire , qui est alors la plus saine et
la plus parfaite de leurs facultez et presque la seule
dont ils puissent faire usage. Par lå on observe ce
beau précepte de Quintilien , ( L. 1. C. 1. ) Non
perdamus primum statim tempus atque eò
minus quod initia litterarum solâ memoriâ
constant; qua non modo jam est in parvis , sed
tum etiam tenacissima est . » Ne souffrons .
point qu'un Enfant perde ses premieres années,
et souffrons-le d'autant moins , que pour ces
commencemens de lettres il ne faut que de la
» mémoire , et que non-seulement les Enfans
en ont , mais qu'ils l'ont même très bonne et
très- fidele.
FEVRIER. 1731. 259
L'Auteur,qui cite quelquefois Quintilien quand
il croit qu'il lui est favorable , ne paroît pas faire
grand cas de ce précepte , puisqu'il ne parle jamais
d'exercer la mémoire des Enfans , et qu'il
paroît même peu approuver cette pratique , Lettre
5. page 2133. Ce qui est de certain , c'est
que son Systême et son Bureau typographique
n'y est point du tout favorable .
En voilà assez pour faire voir que ma troisiéme
proposition n'est pas moins veritable que la seconde,
et que l'Imprimerie en Colombier ne vaut
pas un A B C. bien composé et bien imprimé.
Avant que de finir cette Lettre , je fais une re
marque sur ce que l'Auteur dit , ( L. 2. p. 22. )
» que l'exercice du Bureau tipographique , bien
loin d'exposer les Enfans à être malades et à
rester nains et noüez , faute d'action , les entre
tient au contraire dans une bonne santé, dissipe
» peu à peu l'humeur noueuse qui les empêche de
> croître et leur allonge le corps , les bras et les
»jambes , dans la necessité où ils sont de prendre
» et de remettre les cartes aux plus hauts casse-
» tins du Bureau Typographique.
92
95
ود
Si cet avantage est aussi réel qu'on voudroit
nous le faire croire , pourquoi les Enfans gouvernez
par les Inventeurs de ce Bureau sont -ils
morts entre leurs mains ? Pourquoi le petit Candiac
, qui est si souvent cité dans ces Lettres comme
un prodige , et qui aimoit tant l'exercice du
Bureau Abecedique , n'a-t - il pas vécu au delà de
sa 8 ou 10 année? Au reste cette mort, qui d'une
part a été très-desavantageuse à l'Auteur de l'A
BC de Candiac , en lui enlevant un cher Disci →
ple ; lui a été d'une autre part assez avantageuse,,
puisqu'il peut nous alleguer sans cesse en faveur
de sa Méthode , un témoin que nous ne pouvons
ressusciter. D'ailleurs si on fait tant valoir le Bur
Cvj
ream
26 MERCURE DE FRANCE
reau , parce qu'il donne de l'exercice et de la santé
aux enfans , combien ne doit- on pas estimer
par cet endroit la coutume de les faire aller à pié
matin et soir aux petites Ecoles et aux Colleges ?
Je finis cette Lettre , qui vous paroîtra peutêtre
trop longue , par une reflexion de l'Auteur ,
qui m'a frappé , et qui ne peut manquer d'être
très-utile à un Lecteur judicieux et qui sçait faire
son profit de tout ce qu'il lit. On doit , dit - il ,
» ( L. 2. P. 27. ) regarder comme suspectes les
Méthodes mysterieuses et hierogliphiques , qui
annoncent & promettent des miracles , ou des.
choses au-delà de l'esprit humain : une bonne
Méthode exige la franchise et la generosité
» qu'inspire l'amour du bien public... L'incrédu
→ lité du Public n'est pas sans fondement, on voit
» tant de Charlatans , de visionnaires et d'impos-
» teurs , de toute classe , qu'il y auroit de la foiblesse
, de l'imprudence et même de la folie à
» les croire sur leur parole.
30
à
Quintilien ( L. 1. C. 1. ) après avoir recommandé
aux peres et aux meres de choisir pour
leurs enfans les meilleures Nourrices pour les allaiter
, et les meilleurs enfans de leur âge pour
leur tenir compagnie , ajoûte sur le choix des
Maîtres un précepte qui a beaucoup de rapport
ce qu'on vient de lire . A l'égard des Précepteurs
» qu'on donne aux Eafans , ce que j'ai , dit- il , à
recommander le plus , c'est qu'ils soient veritablement
habiles , ou qu'ils sçachent du moins
qu'ils ne le sont pas car je ne vois rien de
pire au monde , que ces gens , qui parce qu'ils
ont quelque legere teinture de Lettres , s'imaginent
être fort sçavans , et se donnent pour
tels . C'est en vain que vous voudrez les redresser;
ils croyent en sçavoir plus que tous les
Maîtres , et fiers de leur autorité comme ils
sont
FEVRIER . 2.61
173 .
"
5)
» sont ordinairement, ils enseignent leurs sottises
jusqu'à se mettre en fureur contre qui ose les
» contredire , souvent même leur ignorance ne
» nuit pas moins aux moeurs. De padagogis hoc
amplius ( dictum sit, ) ut aut sint eruditi planè,
quam primam esse curam velim aut se non
esse eruditos , sciant. Nihil enim pejus est irs
qui paulum aliquid ultra primas litteras pregressi
, falsam sibi scientia persuasionem induerunt.
Nam et credere pracipiendi peritis
indignantur , er jure quodam potestatis , que
ferè hoc hominum genus intumescit , imperiosi
atque interim savientes , stultitiam suam perdocent.
On voit par là , comme dit un de nos plus excellens
Poëtes , que le monde n'a jamais , manqué
de Charlatans , et que cette Science de tout tems
fut en Professeurs très - fertiles . Je suis , Monsieur
, &c..
Fermer
Résumé : LETTRE d'un Professeur de l'Université de Paris à un Principal de College de Province, sur l'ABC DE CANDIAC, OU LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, OU LES PREMIERS ELEMENS DES LETTRES, &c.
Un professeur de l'Université de Paris adresse une lettre à un principal de collège de province pour discuter de la méthode d'enseignement appelée l'ABC de Candiac, qui a suscité des débats à Paris et a été adoptée dans certains collèges renommés. Cette méthode utilise un dispositif nommé Bureau Tipographique, composé de 210 compartiments contenant des cartes avec des lettres, des mots et des symboles. Le dispositif est organisé en plusieurs rangées dédiées à l'alphabet, au français, au latin, et à d'autres matières comme l'histoire et la géographie. Le professeur critique cette méthode, estimant qu'il est impossible d'enseigner correctement une langue ou une science par un moyen mécanique. Il remet en question l'idée que cette méthode faciliterait l'apprentissage des déclinaisons latines et des conjugaisons, comparant les recommandations de l'auteur de l'ABC de Candiac à celles de M. le Fevre, un éminent pédagogue. Le professeur conclut que les méthodes traditionnelles, avec un bon alphabet et des maîtres compétents, sont plus efficaces pour enseigner aux enfants. Le texte compare ensuite le Bureau typographique à la méthode de M. le Fevre. Le buraliste, promoteur du Bureau typographique, cite des exemples d'enfants célèbres ayant appris à lire grâce à cette méthode, mais le texte conteste la validité de ces exemples. Il souligne que des figures historiques comme le Cardinal Lugo et le Tasse n'ont pas utilisé le Bureau typographique. Le texte met en avant la méthode de M. le Fevre, basée sur la raison et l'expérience, et cite l'exemple de sa fille, Madame Dacier, et de son fils, qui ont fait des progrès remarquables en latin et en grec avec cette méthode. Le texte critique le Bureau typographique, le jugeant moins efficace qu'un bon alphabet bien structuré. Il souligne que le Bureau est encombrant, non portatif et coûteux, tandis qu'un alphabet est économique et pratique. Il conclut que les méthodes ordinaires, comme celle de M. le Fevre, sont supérieures au Bureau typographique pour enseigner la lecture et les principes des langues et des sciences. Enfin, le texte aborde les défauts des pédagogues et l'impact négatif de leur ignorance sur les mœurs. Il souligne que ces enseignants propagent souvent des sottises et se mettent en colère face à la contradiction. Leur manque de savoir peut nuire aux valeurs morales. Le texte insiste sur l'importance que les pédagogues soient soit très érudits, soit conscients de leur manque de connaissances. Il critique ceux qui, ayant acquis une fausse idée de leur savoir, se croient supérieurs et refusent d'apprendre des experts. Ces individus, gonflés d'un sentiment de pouvoir, se montrent arrogants et enseignent leur propre sottise. Le texte conclut en citant un poète qui affirme que le monde a toujours été rempli de charlatans et que cette 'science' a toujours trouvé des professeurs en abondance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1183-1186
LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, ou les premiers Elemens des Lettres, contenant le systeme du Bureau Typographique, à l'usage de Monseigneur le Dauphin et de Messeigneurs les Enfans de France. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, et chez P. Witte, ruë S. Jacques, 1732.
Début :
Il y a deux ans que l'on parle du [...]
Mots clefs :
Bibliothèque des enfants, Système du bureau typographique, A, B, C Latin, A, B, C Français, Orthographe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, ou les premiers Elemens des Lettres, contenant le systeme du Bureau Typographique, à l'usage de Monseigneur le Dauphin et de Messeigneurs les Enfans de France. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, et chez P. Witte, ruë S. Jacques, 1732.
LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS , on les
premiers Elemens des Lettres , contenant la
systeme du Bureau Typographique , à l'usage de Monseigneur le Dauphin et de Mes
seigneurs les Enfans de France. A Paris
chez Pierre Simon , rue de la Harpe , es
shez P. Witte , ruë S. Jacques , 1732.
Il y a deux ans que l'on parle du BiBu
reau Typographique dans les Mercures
de France. On a donné quatorze Lettres
sur ce sujet , ou sur l'importante matiere
qui regarde la premiere éducation des
Enfans. L'abregé de ces Lettres donnera
le volume qui roule précisement sur le
sistême du Bureau Typographique ; mais
voici un Livre dont tous les Parens , tous
les Maîtres et tous les Enfans pourront
se servir utilement , soit qu'ils ayent des
1. Vala Bureaux
1184 MERCURE DE FRANCE
par
Bureaux , soit qu'ils n'en ayent point.
C'est un nouvel A, B, C, Latin ,
le moyen duquel on apprendra par principes plus facilement et en moins de tems
les premiers élemens des Lettres ignorez
ordinairement par le plus grand nombre
de ceux qui se mêlent de les montrer.
Ce Livre que l'Auteur a eu l'honneur
de dédier et de présenter à MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN , Contient en 24. pages , l'Epitre Dédicatoire, un Avertissement Préliminaire sur l'Ortographe passagere d'Enfans et des sons ou de l'oreille , en attendant l'Ortographe permanente d'hom- me , des yeux ou de l'usage ; la Préface
en deux feuilles de gros Romain , l'Extrait du Registre des Déliberations de la
Societé des Arts , qui a fait examiner le
Bureau Typographique ; ce Livre contient encore la Table des Leçons de trois
A, B, C, Latins , celle des noms de dixhuit sortes de Caracteres employez pour
varier utilement l'impression de ce volume , et enfin un Avis aux Parens et
aux Maîtres dans lequel l'Auteur dit qu'il
donnera de la même maniere in 4° . et in
16. les A, B, C , François pour la suite
de la Bibliotheque des Enfans.
Le premier A, B, C , Latin contient
en 38. pages 21. Leçons pour le Maître
=
L. Vol. et
JUIN. 1731. 1185
"
et alternativement autant pour l'Enfant ,
il ne s'agit dans cet A, B, C, que de
la seule connoissance et de la seule dénomination des Lettres ou des sons , avec
laquelle dénomination l'Enfant lira bientôt des sillabes et des mots , même sans
épeler , comme dans les Leçons 12. 13.
14. 15. 16. 17. 18. et 19.
Le second A, B , C , Latin contient en
20. pages 15. Leçons pour le Maître , et
autant pour l'Enfant ; il s'agit dans cet
A, B, C , de Lettres du Sillabaire , ou
du Recueil des sillabes élementaires , sur
lesquelles il faut tâcher de rendre imperturbable Enfant auquel on veut montrer à lire.
Le troisiéme A, B , C , Latin contient
en 38. pages , 14. Leçons pour le Maître
et autant pour l'Enfant ; il s'agit dans
cet A , B, C , des Lettres de l'épellation de la sillabe et de la Lettre ordinaire et extraordinaire.
On peut dire que cet Ouvrage estsingu
lier et peut-être unique dans ce goût- là ,
c'est pourquoi le Lecteur y est prié d'avoir quelque indulgence pour l'Auteur ,
qui avoue son ignorance ou sa négligence
à l'égard de l'expression , de la précision
et de la ponctuation. On doit s'attacher
aux choses , plutôt qu'aux mots ; heureux
1. Vol. qui-
1186 MERCURE DE FRANCE
qui possede également bien l'art de penser et l'art de s'exprimer dans les grandes et dans les petites choses. La matiere
Abécédique paroît en general si mince et
et si méprisée , qu'on trouvera peut- être
difficile , obscure ou abstraite , la maniere
dont l'Auteur a essayé de la traiter. Mais
il faut esperer que dans la suite on rendra le sujet plus clair, et qu'enfin on le
perfectionnera , sur tout si M M. de l'Académie Françoise daignent un jour revoir l'Ouvrage en faveur des Enfans
de notre Empire et de tous les enfans de
l'Europe.
Les Critiques du Bureau Typographi
que , au reste , en attaquant ce nouvel
A, B, C, pourront continuer de faire
connoître leur goût et leur discernement
en fait d'institution morale et litteraire.
Le Public continuera aussi d'admirer la
prévention et la simplicité des Latinistes.
scandalisez mal- à- propos de la moindre
nouveauté élementaire et du moindre solecisme; mais peu accoûtumez à l'Analise
des pensées , à l'exactitude et à la justesse
d'un raisonnement suivi et philosophique; justesse cependant à laquelle de- vroient tendre nos lectures et nos études,
tout autre motif ne paroît tolerable
dans un homme payé pour parler, plutôt que
que pour penser.
premiers Elemens des Lettres , contenant la
systeme du Bureau Typographique , à l'usage de Monseigneur le Dauphin et de Mes
seigneurs les Enfans de France. A Paris
chez Pierre Simon , rue de la Harpe , es
shez P. Witte , ruë S. Jacques , 1732.
Il y a deux ans que l'on parle du BiBu
reau Typographique dans les Mercures
de France. On a donné quatorze Lettres
sur ce sujet , ou sur l'importante matiere
qui regarde la premiere éducation des
Enfans. L'abregé de ces Lettres donnera
le volume qui roule précisement sur le
sistême du Bureau Typographique ; mais
voici un Livre dont tous les Parens , tous
les Maîtres et tous les Enfans pourront
se servir utilement , soit qu'ils ayent des
1. Vala Bureaux
1184 MERCURE DE FRANCE
par
Bureaux , soit qu'ils n'en ayent point.
C'est un nouvel A, B, C, Latin ,
le moyen duquel on apprendra par principes plus facilement et en moins de tems
les premiers élemens des Lettres ignorez
ordinairement par le plus grand nombre
de ceux qui se mêlent de les montrer.
Ce Livre que l'Auteur a eu l'honneur
de dédier et de présenter à MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN , Contient en 24. pages , l'Epitre Dédicatoire, un Avertissement Préliminaire sur l'Ortographe passagere d'Enfans et des sons ou de l'oreille , en attendant l'Ortographe permanente d'hom- me , des yeux ou de l'usage ; la Préface
en deux feuilles de gros Romain , l'Extrait du Registre des Déliberations de la
Societé des Arts , qui a fait examiner le
Bureau Typographique ; ce Livre contient encore la Table des Leçons de trois
A, B, C, Latins , celle des noms de dixhuit sortes de Caracteres employez pour
varier utilement l'impression de ce volume , et enfin un Avis aux Parens et
aux Maîtres dans lequel l'Auteur dit qu'il
donnera de la même maniere in 4° . et in
16. les A, B, C , François pour la suite
de la Bibliotheque des Enfans.
Le premier A, B, C , Latin contient
en 38. pages 21. Leçons pour le Maître
=
L. Vol. et
JUIN. 1731. 1185
"
et alternativement autant pour l'Enfant ,
il ne s'agit dans cet A, B, C, que de
la seule connoissance et de la seule dénomination des Lettres ou des sons , avec
laquelle dénomination l'Enfant lira bientôt des sillabes et des mots , même sans
épeler , comme dans les Leçons 12. 13.
14. 15. 16. 17. 18. et 19.
Le second A, B , C , Latin contient en
20. pages 15. Leçons pour le Maître , et
autant pour l'Enfant ; il s'agit dans cet
A, B, C , de Lettres du Sillabaire , ou
du Recueil des sillabes élementaires , sur
lesquelles il faut tâcher de rendre imperturbable Enfant auquel on veut montrer à lire.
Le troisiéme A, B , C , Latin contient
en 38. pages , 14. Leçons pour le Maître
et autant pour l'Enfant ; il s'agit dans
cet A , B, C , des Lettres de l'épellation de la sillabe et de la Lettre ordinaire et extraordinaire.
On peut dire que cet Ouvrage estsingu
lier et peut-être unique dans ce goût- là ,
c'est pourquoi le Lecteur y est prié d'avoir quelque indulgence pour l'Auteur ,
qui avoue son ignorance ou sa négligence
à l'égard de l'expression , de la précision
et de la ponctuation. On doit s'attacher
aux choses , plutôt qu'aux mots ; heureux
1. Vol. qui-
1186 MERCURE DE FRANCE
qui possede également bien l'art de penser et l'art de s'exprimer dans les grandes et dans les petites choses. La matiere
Abécédique paroît en general si mince et
et si méprisée , qu'on trouvera peut- être
difficile , obscure ou abstraite , la maniere
dont l'Auteur a essayé de la traiter. Mais
il faut esperer que dans la suite on rendra le sujet plus clair, et qu'enfin on le
perfectionnera , sur tout si M M. de l'Académie Françoise daignent un jour revoir l'Ouvrage en faveur des Enfans
de notre Empire et de tous les enfans de
l'Europe.
Les Critiques du Bureau Typographi
que , au reste , en attaquant ce nouvel
A, B, C, pourront continuer de faire
connoître leur goût et leur discernement
en fait d'institution morale et litteraire.
Le Public continuera aussi d'admirer la
prévention et la simplicité des Latinistes.
scandalisez mal- à- propos de la moindre
nouveauté élementaire et du moindre solecisme; mais peu accoûtumez à l'Analise
des pensées , à l'exactitude et à la justesse
d'un raisonnement suivi et philosophique; justesse cependant à laquelle de- vroient tendre nos lectures et nos études,
tout autre motif ne paroît tolerable
dans un homme payé pour parler, plutôt que
que pour penser.
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Résumé : LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, ou les premiers Elemens des Lettres, contenant le systeme du Bureau Typographique, à l'usage de Monseigneur le Dauphin et de Messeigneurs les Enfans de France. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, et chez P. Witte, ruë S. Jacques, 1732.
Le texte présente 'LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS', un ouvrage éducatif publié en 1732 à Paris. Destiné à l'éducation des enfants, il est dédié à Monseigneur le Dauphin et aux Enfants de France. L'ouvrage propose un système d'enseignement des lettres via le Bureau Typographique et a été mentionné dans les Mercures de France à travers quatorze lettres sur l'éducation des enfants. Il est conçu pour être utile à tous les parents, maîtres et enfants, indépendamment de la possession de Bureaux Typographiques. L'ouvrage est structuré en plusieurs sections : une épître dédicatoire, un avertissement préliminaire sur l'orthographe, une préface, un extrait du registre des délibérations de la Société des Arts, une table des leçons, une liste des caractères typographiques, et un avis aux parents et maîtres. Il inclut trois sections intitulées A, B, C Latins, chacune contenant des leçons pour les maîtres et les enfants. Le premier A, B, C se concentre sur la connaissance et la dénomination des lettres, permettant aux enfants de lire des syllabes et des mots sans épeler. Le second A, B, C traite des syllabes élémentaires, et le troisième des techniques d'épellation. L'auteur reconnaît l'unicité de l'ouvrage et demande indulgence pour les imperfections de style. Il espère que l'Académie Française pourrait un jour examiner et améliorer l'ouvrage pour le bénéfice des enfants en Europe. Le texte mentionne également les critiques potentielles et la simplicité des latinistes face aux nouvelles méthodes éducatives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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