MUSIQUE.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
IL y a plusieurs années, Mr, qu'en m'exerçant
sur la flûte traversière je me
fuis apperçu que cet inſtrument étoit
auffi propre à rendre lés quarts de tons ,
qu'il l'eſt à exprimer les demi-tons &
les tons entiers. Pour rendre ma dé-
couverte utile , je me fuis appliqué à y
y mettre toute lajuſteſſe poſſible par
un doiæté auſſi ſimple que facile : je
SEPTEMBRE. 1764.
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l'ai communiqué à des Maîtres habiles
& à des Amateurs éclairés , qui l'ont
approuvé & n'ont rien omis pour
m'encourager dans mon travail. Au
moment où je me diſpoſois à en faire
part au Public , j'apprends qu'un Ano-
nyme vient de répandre une tablature
générale de tous les tons , demi-tons &
quarts de tons , ſuivie d'un Air à la
Grecque,où l'on fait auffi uſage de quel-
ques quarts de tons. Je n'oſe dire, Mon-
ſieur, que ce ſoit ici un larcin qui m'ait
été fait par quelque perſonne qui aura
pu m'entendre ; une même découverte
utile & agréable peut ſe préſenter à
deux hommes à la fois : mais je ne peux
diffimuler que cette tablature , quant
aux quarts de tons , me paroît très-fau-
tive , & même impratiquable par l'uſa-
ge des demi-trous dont l'Anonyme s'eſt
ſervi. Un intérêt perſonnel me porte à
reclamer contre cette nouvelle métho-
de : c'eſt que plufieurs perſonnes me
l'attribuent & s'obſtinent à prétendre
que j'en fuis l'Auteur. Souffrez , Mon-
fieur , que je fois affez jaloux de ma
réputation , pour ne pas prendre fur
mon compte tous les vices dont on a
chargé cette eſquiſſe informe. Je la dé-
favoue abfolument , & je prends ici
188 MERCURE DE FRANCE.
des engagemens avec le Public pour lui
donner inceſſamment une Méthode
plus certaine & plus facile. Je vais faire
graver une échelle de tous les quarts
de tons telle que je la pratique , accom-
pagnée d'un air avec des variations,
dans lesquels les quarts de tons ferom
employés.
Votre Mercure , Monfieur , eſt le
dépôt général de toutes les découver-
tes , je vousy demande une place pour
la mienne. On a de même recours à
vous , quand on reclame un bien dont
on eſt propriétaire ; je vous demande
auffi cette grace & celle de me croire
&c.
BUFFARDIN, Pensionaire de la Cour de SAXE.