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p. 162-179
CHIRURGIE. ADDITIONS aux Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
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LES recherches que j'ai données sur la taille du Frère Jacques, ont eu [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. ADDITIONS aux Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
CHIRURGIE.
ADDITIONS aux Recherches sur la
Taille du Frère JACQUES, par M.
BORDENAVE, Professeur Royal de
Chirurgie, &c.
LES recherches que j'ai données
sur la taille du Frère Jacques, ont eu
pour obiet principal de vanger la mé-
moire de M. Méry, de la médiſance &
de la calomnie ,par l'examen des faits
conteſtés. Je n'aurois pas penſé a faire
fon apologie , fi unAnonyme , ſe diſant
Chirurgiende Province, ne ſe fût élevé
avec autantde fauffeté que d'indécence,
fans aucun ſujet légitime , contre un
homme dont les ralens ont non ſeule-
ment été dignes de l'eſtime de ſes
(a ) Mercures d'Octobre Il vol, & Novem-
bre 1763.
SEPTEMBRE. 1764.
163
contemporains , mais encore des hom-
mages de la Poſtérité ſçavante.
L'Anonyme , loin de ſe rendre aux
autorités que nous lui avons oppoſées ,
perfifte dans ſon erreur, & la ſoutient
avec ſi peu d'égards pour les chofes &
pour les perſonnes, qu'il ne mérite au-
cune réponſe. Si nous en faiſons une,
nous croyons la devoir au Public ; cé
n'eſt point à l'Anonyme que nous
l'accordons.
Si M. Méry eût ſeul écrit contre le
Frère Jacques , on pourroit ſoupçonner ,
je ne dirai pas de la rivalité , ( car la
diſtance de ces deux hommes étoit trop
grande; ) mais de la partialité. Ce foup-
çon ſe détruit bientôt , en réfléchiffant.
que tous les Auteurs contemporains ont
été d'accord ſur les mêmes faits , que
les témoins des opérations du Frère
Jacques n'étoient pas ſeulement les
Chirurgiens François , mais des Mé-
decins , des Chirurgiens Etrangers ; que
d'ailleurs en ſuppoſant que la vérité
eût été trahie en France , elle ne pou-
voit l'être en même temps par les
Etrangers , qu'on ne peut fuppofer
animés des mêmes paſſions ; enfin que
Frère Jacques , intéreſſélui même à nier
les faits qui lui avoient été objectés ,
1
1
164 MERCURE DE FRANCE.
n'apu les arguerde faux dans l'écrit
qu'il a publié en 1702 , deux ans au
moins après l'ouvragedeM. Méry. Ces
réfléxions fimples fuffiront pour con-
vaincredes eſprits non prévenus;ajou-
tonsydesconfidérations ſur cequ'étoit
M. Méry , fur ce qu'a été le Frère
Jacques , enfin ſur les moyensmis en
uſage pour ſa défenſe.
M. Méry , Chirurgien de Paris très-
diftingué , Membre de l'Académie
Royale des Sciences, l'un des Chirur-
giens principaux de l'Hôtel -Dieu ,
Chirurgiende la Reine &c, a été un
de ces hommes rares, dontla mémoire
feratoujours précieuſe. L'amour de l'é-
rude, des connoiſſances profondes en
anatomie ,ungénie vif, desdiſpoſitions
heureuſes pour la Chirurgie, données
par la Nature , cultivées par l'Art, lui
procurerent bientôt une très haute
réputation , qui n'a pas été l'effet d'une
prévention , aveugle ni de la cabale,
mais qui a été le fruit d'un mérite réel,
& à laquelle il s'eſt montré ſupérieur
paruneconduiteprèſque ſans exemple.
Ses talens connus de Louis XIV. le
firent choifir pour porter ſes conſeils
& fes fecours à laReine de Portugal,
&luimériterent l'honneurd'être chargé
1
SEPTEMBRE. 1764. 165
dela ſantédeM. le Duc de Bourgogne.
Il s'acquitta de cet emploi avec dif-
tinction ; mais préférantla tranquillité ,
l'étude , l'exercice de ſon état au ſéjour
de la Cour , il revint à Paris , & non
moins recommandable par ſes vertus
que par ſes talens , il conſacra le reſte
de ſa vie à la retraite , à l'étude , au
ſoulagement des pauvres ,à la religion.
Tel a été l'homme qu'on ne craint
pas d'accuſer aujourd'hui d'impoſture.
Son éloge n'a ici rien de ſuſpect ; je
me fuis contenté d'en rappeller quel-
que traits ; il eſt conſigné il ya long-
temps par un des plus célébres & des
plus élégans écrivains de ce fiécle (M.
de Fontenelle ) dans les Mémoires de
l'illuſtre Académie dont il a été Mem-
bre..
M. Méry,en donnant ſes obſervations
fur la manière de tailler du Frère Jacques,
a laiffé un ouvrage revêtu de toutes les
marques d'authenticitépoſſibles. Le rap-
port imprimé & fait à M. le Premier
Préſident de Harlai,ne peut être équi-
voque , ni ſuppoſéaltéré; le Frère Jac-
ques vivoit , en a été témoin, & il n'a'
pas reclamé. Les faits rapportés par M.
Méry, fonttoujours atteſtés par lapré-
fence d'un grand nombre de Médecins
166 MERCURE DE FRANCE.
& de Chirurgiens célébres , & ont été
conftatés devant le Fr.Jacques qui étoit
foutenu par l'autorité, qui pouvoit les
nier avec avantage , fi la vérité eût éré
pour lui , & qui certainement n'eût pas
manqué de le faire ou par lui-même ,
ou par quelques - uns de ces Ecrivains
obfcurs , dont la plume vénale ſe prête
fi aifémentà tout. Cependantl'Anony-
me ne rougit pas d'avancer que le rap-
porteft altéré, que lesfaitssont con-
trouvés , que l'envie a gagnécomme par
contagion tousles Lithotomiſtes de l'Eu-
rope , & que la découverte du Frère
Jacques a été enfouie dans un cloaque
inépuisable d'impostures de toutes espé-
ces ( b ). L'Anonyme nie ainſi tous les
faits fans preuves &fans d'autres auto-
rités que la fienne. Aveugléparſa paf-
fion , il ne s'eſt pas apperçu que ces
raiſons ne font que des injures ; &le
Lecteur judicieux pourra ſe convaincre
en les examinant, qu'elles contiennent
ſeules plus d'impoſtures , que tout ce
qui a été écrit contre le Frère Jacques ,
en ſuppoſant toutefois qu'il en ſoit
échappé quelqu'une contre lui.
L'Anonyme élevele Frère Jacques;&
fans craindre de manquer au reſpectdû
(b) Mercure de Juin 1764.
SEPTEMBRE. 1764.
167
àla vérité , il le proclame Chirurgien
pargoût & par éducation , & l'un des
plus grands hommes que la France ait
produits. On ſera ſurpris fans doute de
ce portrait , quand on ſcaura que cer
homme élevé parmi les plus vils ani-
maux qu'il gardoit dès ſa tendre jeu-
neſſe , devenu Soldat dans un âge plus
avancé , puis valet de Charlatan , enfin
Religieux errant , a été undes plus té-
méraires Opérateurs ; qu'il n'a éxécuté
qu'au hazard une taille latérale , dont
la découverte peut - être rapportée à
Franco , & qu'il n'a eu quelques ſuc-
cès , qu'après s'être corrigé ſuivant les
conſeils de MM. Méry & Hunauld,
Ce Frère , du Tiers - ordre de Saint
François , a parcouru divers Pays de
l'Europe ; beaucoup d'infortunés ont
été les victimes malheureuſes de fon
ignorance & de ſa témérité ; & s'il a
par hazard eu quelques ſuccès , ils n'ont
été ni affez nombreux , ni affez mar-
qués pour lui mériter une confiance
conſtante , ni pour le fixer dans aucun
Pays. Partout où il s'eſt montré , il a eu
en ſa faveurcette crédulité que le Peu-
ple accorde ſans réfléxion. Un air inf-
piré , un zèle louable dans les gens inf-
truits , mais toujours blamable lorſqu'il
168 MERCURE DE FRANCE.
fait trop entreprendre , un habit reli-
gieux lui ontaſſuréd'abord cesfuffrages,
que les Empyriques tâchent de gagner
fur les trétaux par des déguiſemens de
diverſes eſpéces. Inférieur par les con-
noiſſances à l'idée que l'on avoit de lui ,
ſa réputation n'a pas demeuré long-
temps la même : la prévention s'eſt dif-
fipée , & les mauvais ſuccès , auxquels
onétoit attentifil y a ſoixante ans , ont
fixé les jugemens. Il faut croire que
l'envie d'être utile avoit engagé ce
Frèreà opérer ; la probité qu'il a tou-
jours montrée , dépoſe en ſa faveur , &
ſuſceptible des profiter des avis qui luf
avoient été donnés , au moins eft - il
louable d'avoir avoué avec candeur à
M. Salzmann , qu'il avoit abandonné
ſa méthode , & qu'il traitoit ſes mala-
des avec plus de précaution ( c ).
Si l'Anonyme s'eſt formé d'après ce
modèle , s'il eſt Chirurgien par un goût
&parune éducation ſemblableà celle
du Frère Jacques , quelle idée peut-on
avoir de ſes connoiſſances ? Com-
ment peut-on les apprécier ? Au moins
peut- on lui ſouhaiter qu'il imite la can-
deur de cet Opérateur , & l'engagerà
( c) Heiſter. Instit. Chirurg. Tom. 2 p. 9091
ne
SEPTEMBRE. 1764.
169
ne pas aſſurer avec autant d'opiniâtreté ,
quele Frère Jacques n'ajamais taillé fur
une ſonde ſans crénelure, malgréles au-
torités témoins oculaires & authenticités ,
pour me fervir de ſes expreffions. (d)
On ne peut établir l'Hiſtoire des
Sciences & des Arts , fixer l'époque
des inventions , ſuivre leurs progrès
qu'en confultant les autorités des Con-
temporains , & l'uſage de telles ou telles
machines ne peutêtre révoqué endoute,
lorſque des témoins oculaires dépoſent
ce qu'ils ont vu. Tels font les procédés
que nous nous ſommes fait undevoir de
ſuivre dans nos recherches ſur la taille
de Frère Jacques ( e ) ; nous croyons
inutile de les repéter ici , & d'en établir
la certitude. Si on ſe refuſe à des preu-
ves auſſi authentiques , on peut tout
nier , & il n'y a rien de certain pour af
furer les découvertes.
On eſt diſpenſé de répondre ou de
difcuter les faits , lorſque la négative &
les injures tiennent lieu de preuves.L'A-
nonyme a ſuivi cette voie ; cependant
comme il veut prouver par démonstra
(d) Réponſe de l'Anonyme , Mercure de
Juin 1764 .
( e ) Mercure d'Octobre II vol. & Novem
bre 1763.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
tion , on peut lui accorder quelques ré-
flexions pour l'aſſurer combien nous
ſommes diſpoſés à en profiter , & à être
de fon avis, s'il peut convaincre. On
ne peut ſe refuſerà la modeſtie de ſes
expreffions , à l'enchaînement & aux
conféquenceslumineuſes de ſes preuves.
Les autorités , dit-il , c'eſtla démonstra-
tion, contrelaquelle le nombre des années,
ni le nombre des hommes avec tous leurs ti-
tres,talens, & probité apparente ne peu-
ventabfolument rien Maisquelle eſt cette
démonstration , à laquelle l'Anonyme
demande que nous répondions ſans am-
biguité ?
Une fondefolide exactement ronde &
fans rainure , rempliffant le canal de
Turèthre , bien loin de faciliter l'intro-
duction d'aucun inſtrument dans la vef-
fie, elle s'y oppoſeroit abſolument.
Cette propofition n'étant pas abfolu-
ment vraie , il faut en établir la valeur.
Si on opéroit fur l'urèthre ſeulement ,
fans doute , que la fonde trop groffe
préſenteroit quelque réſiſtance à l'in-
troductiondesinſtrumensdans la veffie,
& encore un conducteur mâle
و
tel
qu'on l'employoit autrefois , pourroit-
il entrer; mais fion opère ſur le bas
de l'urèthre & fur le col de la veffie, la
même difficulté n'aura plus lieu ; il ne
SEPTEMBRE. 1764 .
171
fuit donc pas abſolument de la première
propofition quela crénelure de la fonde
ſoit d'une néceſſité indiſpenſable. Dail-
leurs en ſuppoſant que la crénelure de la
ſondeſoit d'une néceſſité indiſpenſable
dans l'éxécution du grand appareil , on
conclut, donc le Frère Jacques connoiſſoit
la crénelure de la fonde à tailler , avant
d'aller à Paris. On ne voit pas quelle
connexion il y a entre cette conféquen-
ce & la propofition antécédente. Per-
ſonne n'a dit que le Frère Jacques ne
connût pas la crénelure de la fonde ;
mais on a vu & on a écrit qu'il em-
ployoit une fonde non crénelée , parce
que réellement il s'en ſervoit. Un Opé-
rateur qui veut ſe faire une méthode ,
peut employer des inſtrumens moins
parfaits que ceux qui font vulgairement
en uſage , & le Frère Jacques paroît
avoir été dans ce cas.
Du reſte , quoique la crénelure de la
fonde foittrès-utile pourbien faire l'o-
pération de la taille,le défaut de crénelu-
re ne préſente pasune impoffibilité ab-
folue,fur-toutpour faire mal. On ne peut
diriger un inſtrument tranchant fur la
convéxité d'une fonde non crénelée ;
mais on peut le diriger le long de la
partie latérale de la fonde , ce qui
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
devient ſuffifant pour détruire la pré-
tendue impoffibilité abfolue. D'ailleurs
le Frère Jacques inciſoit de bas en haut ,
& ne coupoit pas fur la fonde ; donc
il pouvoit tailler avec une fonde pleine,
mais ſeulement avec moins de fûreté
pour l'invariabilitéde l'incifion :auffi a-
t-il étédémontré par l'ouverture des ca-
davres morts de ſon opération , que l'in-
cifion n'étoit pas conftamentlamême.
Il ne répugne pas plus que le Frère
Jacques aitpu incifer de bas en haut ,
en commençant latéralementà la tubé-
rofité de l'Iſchion , qu'il n'eſt impoffi-
ble de couper de bas en haut , comme
l'ontfait quelques Lithotomiſtes.Les té-
moignages font donc ici d'accord avec
lapoffibilité.
L'Anonyme nous accuſe d'avoir eu
peude ſincéritédans l'expoſition de nos
recherches. Je ſerois ſenſible à ce re-
proche , s'il étoit mérité ; mais de quel-
que partqu'il vienne, quoique peu fon-
dé , je le pardonne à l'Anonyme , & j'y
réponds en peude mots.
On m'objecte d'abord de n'avoir pas
rapporté l'eſpéce de justification qui ſe
trouvedans l'écrit du Frère Jacques. Je
réponds que cette eſpéce de juſtifica-
tion eſt ſi peu méthodique , & fi mal
faite , qu'elle ne peut être regardée que
SEPTEMBRE. 1764.
173
comnie une fimple récrimination d'un
homme mécontent. M. Méry a nommé
des témoins de ce qu'il avance , a déſi-
gné le nom des malades opérés , les
lieux , les ſuccès ; il rapporte que de
foixante ſujets opérés , treize ſeulement
ont été parfaitement guéris , vingt-qua-
tre font reftés fiftuleux,phtyſiques , &c
&vingt-trois font morts , dont fepten
un même jour (f). Frère Jacques ſe
contente d'une plainte vague ; & pour
faire voir combien il eſt peu fondé en
bonnes preuves contre M.Méry , je rap-
porte ſes propres termes : L'on a remar
quéque quoique Frère Jacques ait taille
plus de cent perſonnes , tant à Paris
Versailles , qu'aux environs , & queM.
Méryn'en apas avoué un feul; mais,
au contraire , a rapporté, parfes Ecrits,
qu'ils étoient tous morts & exténués ou
fiftuleux.
Si l'Anonyme qui a eu ſoin de rapor-
ter ce Paſſage , l'eût comparé avec ce
que ditM. Méry , dans le lieu cité ci-
deffus , & dans un Ouvrage imprimé
deux ans avant, il ſe fût convaincu lui-
même que Frère Jacques étoit un men
teur , & nioit lesfaits ſans raiſon , puif-
(f) Obferv. fur la manière de tailler. P. 744
Hin
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. Méry convient que de foixante
Sujets opérés, treize ont étéparfaitement
guéris ; il n'eft donc pas vrai , comme
l'a avancé Frère Jacques , que M. Méry
n'ait pas avoué un feul malade guéri.
Je demande préſentement auLecteur .
non prévenu , ce que l'on doit penfer
d'un écrit dans lequelily a des menfon-
ges auffi manifeftes , & comment on
peut l'appeller une juſtification ? L'écrit
deM. Méry , qui ſurement ne plaifoit
pas au Frère , devoit lui être affez connu
pourqu'il n'ignorât pas ce qui y étoit
contenu ; mais comme ilne pouvoit le
-réfuter, il ſe contente d'une négative,
générale , manifeftement faufſe par la
comparaiſondes deux écrits. Le Frère
Jacques , fur un fi grand nombre de
Taillés ,nomme enfuite deux malades
Yeulement , qu'il ditguéris. Les Auteurs
contemporains ont nié que celui de
Fontaine-Bleau l'ait été parfaitement;
ils affurent l'avoir vu fiftuleux & exté-
nué : comment croira-t-on plutôt fur
cepointla ſeule affertion du Frère que
nous avons convaincu de faux quelques
lignes plus haut ?
Si l'Anonyme eût fait ces réflexions ,
ilſe ſeroit épargné des objections auffi
peu réfléchies , des expreffions inju-
SEPTEMBRE. 1764.
175
rieuſes,&une note auſſidéplacée qu'in-
décente contre le Rapport des expé-
riencesfur lataille , inféré dans le troi-
fiéme Volume in - 4º, de l'Académie
Royale de Chirurgie. Ceux qui feront
en état d'apprécier ce travail , y recon-
noîtront des recherches exactes , des
notions lumineuſes ſur les différentes
tailles , des obfervations fur les défauts
de quelques unes , que l'on n'a point
diffimulées,des exprériences faites avec
la plus grande attention , des faits cités
fcrupuleuſement , enfin un jugement
auffiimpartial qu'éclairé. Malheur à ceux
qui n'y reconnoiffent pas la doctrine &
la vérité ! Cet Ouvrage produit ſous les
yeux des plus grands Maîtres , eſt digne
de l'Académie qui l'a avoué ; il paffera
àla poſtérité malgré la clameur paffa-
gère de quelques êtres fans conféquen-
ce , & le jugement de notre fiécle ſera
celui de l'avenir.
+
Une objection peu fondée , fait plus
detortà celui qui la propoſe , qu'à ce-
lui qui la reçoit; elle prouve ou l'envie
de critiquer , ou le defir de foutenir le
menfonge. Sans accuſer l'Anonyme d'a-
voirl'une ou l'autre decesvues, croyons
plutôt que l'objection ſuivante lui eſt
échappée faute de raiſonnement , puif
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle n'a aucune connexion avec ce
qu'ilveut prouver.
Dans mes recherches ſur la taille du
FrèreJacques (g) , j'ai rapportéle texte
de cet Opérateur , quiſe plaignant de
Mrs Méry & Saviard, dit, (pag. 4.)
■ilsdevoient du moins avouer quel'o
»pération étoit bonne en elle-même,
>mais qu'il falloit ſeulement rectifierla
"fonde, comme ila été convenu avec
>>les Médecins du Roi & de l'Hôtel-
>>Dieu. » Pour prouver que la fonde
avoit été rectifiée , j'ai fait mentiondes
certificats donnés par lespremiers Mé-
decins & Chirurgiens du Roi, quele
Frère reconnoît pour ſes protecteurs ,
& imprimés par ſes ſoins à la findela
Brochure ſuſdite. Le Frère Jacques eft
convenu qu'il falloit rectifier ſa ſonde;
les Certificats portent que ſes tailles ont
étéplusheureuſes , particulierementde
puis que , fuivant les avis qui lui ont
été donnés , il a eu ſoin de rectifier les
inftrumens dont ilſe ſertpourfonder&
fairel'incifion.
L'Anonyme quineſçaitménager au-
cuneautorité, dit que ces prétendues
(g)Mercurede Novembre P. 160
SEPTEMBRE. 1764.
177
Corrections vagues & indéterminées ne dé-
fignent rien de poſitif, que le mensonge
qui les a produites , 1º. elles déſignent
d'après les propres paroles du FrèreJac-
ques , qu'il a rectifié ſa ſonde, ainſi qu'il
a été conſeillé de le faire. 2º.Elles ne ſont
point indéterminées,puiſqu'il y eft men-
tion qu'il a rectifié les inſtrumens dont
it ſe ſervoit pourfonder &faire l'inci-
fion. 3°. Sur quel fondement l'Anony
me peut-il avancer que les Certificats
nedésignent rien de poſitif que le men
fonge ? A-t-il oublié qu'ils font de M.
Fagon , premier Médecin du Roi , de
M. Félix , premier Chirurgien , de MM.
Duchefne , Bourdelot & Boudin , Mé
decins de la Cour , & de M. Hervais
premier Chirurgien de la Reine ? Eftil
permis , fans aucun ſujer , d'injurier la
mémoires des perſonnes recommanda
bles ,de lesaccuſer de s'être prêtés av
menfonge , d'avoir , par conséquent
donnéde faux certificats , fans alléguer
contre eux d'autres raiſons légitimes
qu'une impoſture ? ... quelle réputa-
tion pourra être intacte , fi on tolère:
ainſi d'inſulter les morts?
L'Anonyme , en parlant mal de plu
fieurs Certificats authentiques , repso
178 MERCURE DE FRANCE.
che enfuite comme un défaut de fincé
ritéde n'avoirpas raporté celui des Chi-
rurgiens de la Charité Royale de Ver-
failles , qu'il croit favorable. Ce Certi-
ficat fait mention des opérations guéries
par la dextérité & expérience du Frère
Jacques. Si il y eût été queſtion desinf-
trumens dont ſe ſervoit cet Opéra-
teur , s'il eût contenu une affertion po-
fitive fur l'eſpéce de fonde qu'il em-
ployoit, & que je n'en euſſe pointparlé,
l'Anonyme auroit raiſon d'accuſer ma
fincérité ; mais comme ce Certificat ne
contient rien de relatif à la réctification
des inftrumens ( ce que j'avois alors à
prouver) lamentionque j'en euſſe faite,
eut été fuperflue. L'Anonyme a donc
tort de rendre ſuſpecte mon expofition
&la fincérité de mes vues. Il eſt encore
ici en défaut; je prie le Public d'oublier
cette tracafferie_déshonnête , & de lui
pardonner.
Quant à ce qui concerne la mort de
M. le Maréchal de Lorge , j'ai rapporté
ce qui a été écrit par les Auteurs con-
temporains ſeulement , & j'avoue de
bonne foi queje n'avois pas alors fous
les yeux l'Histoire du Frère Jacques ,
par M. Vacher. D'ailleurs , cette Hiſtoi-
re imprimée en 1756,eſt plutôt un Pané-
SEPTEMBRE. 1764. 179
gyrique qu'une Hiſtoire difcutée & utile
pour le progrès de l'art ; & pour admet-
tre tout ce qu'elle contient , il auroit éré
àdefirer que l'on eùt cité des Mémoires
fûrs , ou les autorités ſur leſquelles on
appuie les faits rapportés.
Je nediſcuterai pas plus au long l'E-
crit anonyme ; ce ſeroit y donner un
temps que je dois à des occupations
plus utiles. Il eſt aiſé de ſe convaincre
qu'il n'a été produit dans d'autres vues
que de décrier M. Méry pour élever le
Frère Jacques , & rapporter à ce der-
nier exclufivement toutes les découver-
tes en Lithotomie. En prouvant lavérité
des faits contenus dans l'ouvrage de M.
Méry , j'aurois convaincu des eſprits
moins prévenus ; mais que peut on ef
pérerdel'Auteurd'une replique,qu'il ap-
pelle intéreſſante & qui n'eſt au fond
qu'un écrit ſans principes , injurieux ,
fans preuves & produit par la paffion ?
ADDITIONS aux Recherches sur la
Taille du Frère JACQUES, par M.
BORDENAVE, Professeur Royal de
Chirurgie, &c.
LES recherches que j'ai données
sur la taille du Frère Jacques, ont eu
pour obiet principal de vanger la mé-
moire de M. Méry, de la médiſance &
de la calomnie ,par l'examen des faits
conteſtés. Je n'aurois pas penſé a faire
fon apologie , fi unAnonyme , ſe diſant
Chirurgiende Province, ne ſe fût élevé
avec autantde fauffeté que d'indécence,
fans aucun ſujet légitime , contre un
homme dont les ralens ont non ſeule-
ment été dignes de l'eſtime de ſes
(a ) Mercures d'Octobre Il vol, & Novem-
bre 1763.
SEPTEMBRE. 1764.
163
contemporains , mais encore des hom-
mages de la Poſtérité ſçavante.
L'Anonyme , loin de ſe rendre aux
autorités que nous lui avons oppoſées ,
perfifte dans ſon erreur, & la ſoutient
avec ſi peu d'égards pour les chofes &
pour les perſonnes, qu'il ne mérite au-
cune réponſe. Si nous en faiſons une,
nous croyons la devoir au Public ; cé
n'eſt point à l'Anonyme que nous
l'accordons.
Si M. Méry eût ſeul écrit contre le
Frère Jacques , on pourroit ſoupçonner ,
je ne dirai pas de la rivalité , ( car la
diſtance de ces deux hommes étoit trop
grande; ) mais de la partialité. Ce foup-
çon ſe détruit bientôt , en réfléchiffant.
que tous les Auteurs contemporains ont
été d'accord ſur les mêmes faits , que
les témoins des opérations du Frère
Jacques n'étoient pas ſeulement les
Chirurgiens François , mais des Mé-
decins , des Chirurgiens Etrangers ; que
d'ailleurs en ſuppoſant que la vérité
eût été trahie en France , elle ne pou-
voit l'être en même temps par les
Etrangers , qu'on ne peut fuppofer
animés des mêmes paſſions ; enfin que
Frère Jacques , intéreſſélui même à nier
les faits qui lui avoient été objectés ,
1
1
164 MERCURE DE FRANCE.
n'apu les arguerde faux dans l'écrit
qu'il a publié en 1702 , deux ans au
moins après l'ouvragedeM. Méry. Ces
réfléxions fimples fuffiront pour con-
vaincredes eſprits non prévenus;ajou-
tonsydesconfidérations ſur cequ'étoit
M. Méry , fur ce qu'a été le Frère
Jacques , enfin ſur les moyensmis en
uſage pour ſa défenſe.
M. Méry , Chirurgien de Paris très-
diftingué , Membre de l'Académie
Royale des Sciences, l'un des Chirur-
giens principaux de l'Hôtel -Dieu ,
Chirurgiende la Reine &c, a été un
de ces hommes rares, dontla mémoire
feratoujours précieuſe. L'amour de l'é-
rude, des connoiſſances profondes en
anatomie ,ungénie vif, desdiſpoſitions
heureuſes pour la Chirurgie, données
par la Nature , cultivées par l'Art, lui
procurerent bientôt une très haute
réputation , qui n'a pas été l'effet d'une
prévention , aveugle ni de la cabale,
mais qui a été le fruit d'un mérite réel,
& à laquelle il s'eſt montré ſupérieur
paruneconduiteprèſque ſans exemple.
Ses talens connus de Louis XIV. le
firent choifir pour porter ſes conſeils
& fes fecours à laReine de Portugal,
&luimériterent l'honneurd'être chargé
1
SEPTEMBRE. 1764. 165
dela ſantédeM. le Duc de Bourgogne.
Il s'acquitta de cet emploi avec dif-
tinction ; mais préférantla tranquillité ,
l'étude , l'exercice de ſon état au ſéjour
de la Cour , il revint à Paris , & non
moins recommandable par ſes vertus
que par ſes talens , il conſacra le reſte
de ſa vie à la retraite , à l'étude , au
ſoulagement des pauvres ,à la religion.
Tel a été l'homme qu'on ne craint
pas d'accuſer aujourd'hui d'impoſture.
Son éloge n'a ici rien de ſuſpect ; je
me fuis contenté d'en rappeller quel-
que traits ; il eſt conſigné il ya long-
temps par un des plus célébres & des
plus élégans écrivains de ce fiécle (M.
de Fontenelle ) dans les Mémoires de
l'illuſtre Académie dont il a été Mem-
bre..
M. Méry,en donnant ſes obſervations
fur la manière de tailler du Frère Jacques,
a laiffé un ouvrage revêtu de toutes les
marques d'authenticitépoſſibles. Le rap-
port imprimé & fait à M. le Premier
Préſident de Harlai,ne peut être équi-
voque , ni ſuppoſéaltéré; le Frère Jac-
ques vivoit , en a été témoin, & il n'a'
pas reclamé. Les faits rapportés par M.
Méry, fonttoujours atteſtés par lapré-
fence d'un grand nombre de Médecins
166 MERCURE DE FRANCE.
& de Chirurgiens célébres , & ont été
conftatés devant le Fr.Jacques qui étoit
foutenu par l'autorité, qui pouvoit les
nier avec avantage , fi la vérité eût éré
pour lui , & qui certainement n'eût pas
manqué de le faire ou par lui-même ,
ou par quelques - uns de ces Ecrivains
obfcurs , dont la plume vénale ſe prête
fi aifémentà tout. Cependantl'Anony-
me ne rougit pas d'avancer que le rap-
porteft altéré, que lesfaitssont con-
trouvés , que l'envie a gagnécomme par
contagion tousles Lithotomiſtes de l'Eu-
rope , & que la découverte du Frère
Jacques a été enfouie dans un cloaque
inépuisable d'impostures de toutes espé-
ces ( b ). L'Anonyme nie ainſi tous les
faits fans preuves &fans d'autres auto-
rités que la fienne. Aveugléparſa paf-
fion , il ne s'eſt pas apperçu que ces
raiſons ne font que des injures ; &le
Lecteur judicieux pourra ſe convaincre
en les examinant, qu'elles contiennent
ſeules plus d'impoſtures , que tout ce
qui a été écrit contre le Frère Jacques ,
en ſuppoſant toutefois qu'il en ſoit
échappé quelqu'une contre lui.
L'Anonyme élevele Frère Jacques;&
fans craindre de manquer au reſpectdû
(b) Mercure de Juin 1764.
SEPTEMBRE. 1764.
167
àla vérité , il le proclame Chirurgien
pargoût & par éducation , & l'un des
plus grands hommes que la France ait
produits. On ſera ſurpris fans doute de
ce portrait , quand on ſcaura que cer
homme élevé parmi les plus vils ani-
maux qu'il gardoit dès ſa tendre jeu-
neſſe , devenu Soldat dans un âge plus
avancé , puis valet de Charlatan , enfin
Religieux errant , a été undes plus té-
méraires Opérateurs ; qu'il n'a éxécuté
qu'au hazard une taille latérale , dont
la découverte peut - être rapportée à
Franco , & qu'il n'a eu quelques ſuc-
cès , qu'après s'être corrigé ſuivant les
conſeils de MM. Méry & Hunauld,
Ce Frère , du Tiers - ordre de Saint
François , a parcouru divers Pays de
l'Europe ; beaucoup d'infortunés ont
été les victimes malheureuſes de fon
ignorance & de ſa témérité ; & s'il a
par hazard eu quelques ſuccès , ils n'ont
été ni affez nombreux , ni affez mar-
qués pour lui mériter une confiance
conſtante , ni pour le fixer dans aucun
Pays. Partout où il s'eſt montré , il a eu
en ſa faveurcette crédulité que le Peu-
ple accorde ſans réfléxion. Un air inf-
piré , un zèle louable dans les gens inf-
truits , mais toujours blamable lorſqu'il
168 MERCURE DE FRANCE.
fait trop entreprendre , un habit reli-
gieux lui ontaſſuréd'abord cesfuffrages,
que les Empyriques tâchent de gagner
fur les trétaux par des déguiſemens de
diverſes eſpéces. Inférieur par les con-
noiſſances à l'idée que l'on avoit de lui ,
ſa réputation n'a pas demeuré long-
temps la même : la prévention s'eſt dif-
fipée , & les mauvais ſuccès , auxquels
onétoit attentifil y a ſoixante ans , ont
fixé les jugemens. Il faut croire que
l'envie d'être utile avoit engagé ce
Frèreà opérer ; la probité qu'il a tou-
jours montrée , dépoſe en ſa faveur , &
ſuſceptible des profiter des avis qui luf
avoient été donnés , au moins eft - il
louable d'avoir avoué avec candeur à
M. Salzmann , qu'il avoit abandonné
ſa méthode , & qu'il traitoit ſes mala-
des avec plus de précaution ( c ).
Si l'Anonyme s'eſt formé d'après ce
modèle , s'il eſt Chirurgien par un goût
&parune éducation ſemblableà celle
du Frère Jacques , quelle idée peut-on
avoir de ſes connoiſſances ? Com-
ment peut-on les apprécier ? Au moins
peut- on lui ſouhaiter qu'il imite la can-
deur de cet Opérateur , & l'engagerà
( c) Heiſter. Instit. Chirurg. Tom. 2 p. 9091
ne
SEPTEMBRE. 1764.
169
ne pas aſſurer avec autant d'opiniâtreté ,
quele Frère Jacques n'ajamais taillé fur
une ſonde ſans crénelure, malgréles au-
torités témoins oculaires & authenticités ,
pour me fervir de ſes expreffions. (d)
On ne peut établir l'Hiſtoire des
Sciences & des Arts , fixer l'époque
des inventions , ſuivre leurs progrès
qu'en confultant les autorités des Con-
temporains , & l'uſage de telles ou telles
machines ne peutêtre révoqué endoute,
lorſque des témoins oculaires dépoſent
ce qu'ils ont vu. Tels font les procédés
que nous nous ſommes fait undevoir de
ſuivre dans nos recherches ſur la taille
de Frère Jacques ( e ) ; nous croyons
inutile de les repéter ici , & d'en établir
la certitude. Si on ſe refuſe à des preu-
ves auſſi authentiques , on peut tout
nier , & il n'y a rien de certain pour af
furer les découvertes.
On eſt diſpenſé de répondre ou de
difcuter les faits , lorſque la négative &
les injures tiennent lieu de preuves.L'A-
nonyme a ſuivi cette voie ; cependant
comme il veut prouver par démonstra
(d) Réponſe de l'Anonyme , Mercure de
Juin 1764 .
( e ) Mercure d'Octobre II vol. & Novem
bre 1763.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
tion , on peut lui accorder quelques ré-
flexions pour l'aſſurer combien nous
ſommes diſpoſés à en profiter , & à être
de fon avis, s'il peut convaincre. On
ne peut ſe refuſerà la modeſtie de ſes
expreffions , à l'enchaînement & aux
conféquenceslumineuſes de ſes preuves.
Les autorités , dit-il , c'eſtla démonstra-
tion, contrelaquelle le nombre des années,
ni le nombre des hommes avec tous leurs ti-
tres,talens, & probité apparente ne peu-
ventabfolument rien Maisquelle eſt cette
démonstration , à laquelle l'Anonyme
demande que nous répondions ſans am-
biguité ?
Une fondefolide exactement ronde &
fans rainure , rempliffant le canal de
Turèthre , bien loin de faciliter l'intro-
duction d'aucun inſtrument dans la vef-
fie, elle s'y oppoſeroit abſolument.
Cette propofition n'étant pas abfolu-
ment vraie , il faut en établir la valeur.
Si on opéroit fur l'urèthre ſeulement ,
fans doute , que la fonde trop groffe
préſenteroit quelque réſiſtance à l'in-
troductiondesinſtrumensdans la veffie,
& encore un conducteur mâle
و
tel
qu'on l'employoit autrefois , pourroit-
il entrer; mais fion opère ſur le bas
de l'urèthre & fur le col de la veffie, la
même difficulté n'aura plus lieu ; il ne
SEPTEMBRE. 1764 .
171
fuit donc pas abſolument de la première
propofition quela crénelure de la fonde
ſoit d'une néceſſité indiſpenſable. Dail-
leurs en ſuppoſant que la crénelure de la
ſondeſoit d'une néceſſité indiſpenſable
dans l'éxécution du grand appareil , on
conclut, donc le Frère Jacques connoiſſoit
la crénelure de la fonde à tailler , avant
d'aller à Paris. On ne voit pas quelle
connexion il y a entre cette conféquen-
ce & la propofition antécédente. Per-
ſonne n'a dit que le Frère Jacques ne
connût pas la crénelure de la fonde ;
mais on a vu & on a écrit qu'il em-
ployoit une fonde non crénelée , parce
que réellement il s'en ſervoit. Un Opé-
rateur qui veut ſe faire une méthode ,
peut employer des inſtrumens moins
parfaits que ceux qui font vulgairement
en uſage , & le Frère Jacques paroît
avoir été dans ce cas.
Du reſte , quoique la crénelure de la
fonde foittrès-utile pourbien faire l'o-
pération de la taille,le défaut de crénelu-
re ne préſente pasune impoffibilité ab-
folue,fur-toutpour faire mal. On ne peut
diriger un inſtrument tranchant fur la
convéxité d'une fonde non crénelée ;
mais on peut le diriger le long de la
partie latérale de la fonde , ce qui
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
devient ſuffifant pour détruire la pré-
tendue impoffibilité abfolue. D'ailleurs
le Frère Jacques inciſoit de bas en haut ,
& ne coupoit pas fur la fonde ; donc
il pouvoit tailler avec une fonde pleine,
mais ſeulement avec moins de fûreté
pour l'invariabilitéde l'incifion :auffi a-
t-il étédémontré par l'ouverture des ca-
davres morts de ſon opération , que l'in-
cifion n'étoit pas conftamentlamême.
Il ne répugne pas plus que le Frère
Jacques aitpu incifer de bas en haut ,
en commençant latéralementà la tubé-
rofité de l'Iſchion , qu'il n'eſt impoffi-
ble de couper de bas en haut , comme
l'ontfait quelques Lithotomiſtes.Les té-
moignages font donc ici d'accord avec
lapoffibilité.
L'Anonyme nous accuſe d'avoir eu
peude ſincéritédans l'expoſition de nos
recherches. Je ſerois ſenſible à ce re-
proche , s'il étoit mérité ; mais de quel-
que partqu'il vienne, quoique peu fon-
dé , je le pardonne à l'Anonyme , & j'y
réponds en peude mots.
On m'objecte d'abord de n'avoir pas
rapporté l'eſpéce de justification qui ſe
trouvedans l'écrit du Frère Jacques. Je
réponds que cette eſpéce de juſtifica-
tion eſt ſi peu méthodique , & fi mal
faite , qu'elle ne peut être regardée que
SEPTEMBRE. 1764.
173
comnie une fimple récrimination d'un
homme mécontent. M. Méry a nommé
des témoins de ce qu'il avance , a déſi-
gné le nom des malades opérés , les
lieux , les ſuccès ; il rapporte que de
foixante ſujets opérés , treize ſeulement
ont été parfaitement guéris , vingt-qua-
tre font reftés fiftuleux,phtyſiques , &c
&vingt-trois font morts , dont fepten
un même jour (f). Frère Jacques ſe
contente d'une plainte vague ; & pour
faire voir combien il eſt peu fondé en
bonnes preuves contre M.Méry , je rap-
porte ſes propres termes : L'on a remar
quéque quoique Frère Jacques ait taille
plus de cent perſonnes , tant à Paris
Versailles , qu'aux environs , & queM.
Méryn'en apas avoué un feul; mais,
au contraire , a rapporté, parfes Ecrits,
qu'ils étoient tous morts & exténués ou
fiftuleux.
Si l'Anonyme qui a eu ſoin de rapor-
ter ce Paſſage , l'eût comparé avec ce
que ditM. Méry , dans le lieu cité ci-
deffus , & dans un Ouvrage imprimé
deux ans avant, il ſe fût convaincu lui-
même que Frère Jacques étoit un men
teur , & nioit lesfaits ſans raiſon , puif-
(f) Obferv. fur la manière de tailler. P. 744
Hin
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. Méry convient que de foixante
Sujets opérés, treize ont étéparfaitement
guéris ; il n'eft donc pas vrai , comme
l'a avancé Frère Jacques , que M. Méry
n'ait pas avoué un feul malade guéri.
Je demande préſentement auLecteur .
non prévenu , ce que l'on doit penfer
d'un écrit dans lequelily a des menfon-
ges auffi manifeftes , & comment on
peut l'appeller une juſtification ? L'écrit
deM. Méry , qui ſurement ne plaifoit
pas au Frère , devoit lui être affez connu
pourqu'il n'ignorât pas ce qui y étoit
contenu ; mais comme ilne pouvoit le
-réfuter, il ſe contente d'une négative,
générale , manifeftement faufſe par la
comparaiſondes deux écrits. Le Frère
Jacques , fur un fi grand nombre de
Taillés ,nomme enfuite deux malades
Yeulement , qu'il ditguéris. Les Auteurs
contemporains ont nié que celui de
Fontaine-Bleau l'ait été parfaitement;
ils affurent l'avoir vu fiftuleux & exté-
nué : comment croira-t-on plutôt fur
cepointla ſeule affertion du Frère que
nous avons convaincu de faux quelques
lignes plus haut ?
Si l'Anonyme eût fait ces réflexions ,
ilſe ſeroit épargné des objections auffi
peu réfléchies , des expreffions inju-
SEPTEMBRE. 1764.
175
rieuſes,&une note auſſidéplacée qu'in-
décente contre le Rapport des expé-
riencesfur lataille , inféré dans le troi-
fiéme Volume in - 4º, de l'Académie
Royale de Chirurgie. Ceux qui feront
en état d'apprécier ce travail , y recon-
noîtront des recherches exactes , des
notions lumineuſes ſur les différentes
tailles , des obfervations fur les défauts
de quelques unes , que l'on n'a point
diffimulées,des exprériences faites avec
la plus grande attention , des faits cités
fcrupuleuſement , enfin un jugement
auffiimpartial qu'éclairé. Malheur à ceux
qui n'y reconnoiffent pas la doctrine &
la vérité ! Cet Ouvrage produit ſous les
yeux des plus grands Maîtres , eſt digne
de l'Académie qui l'a avoué ; il paffera
àla poſtérité malgré la clameur paffa-
gère de quelques êtres fans conféquen-
ce , & le jugement de notre fiécle ſera
celui de l'avenir.
+
Une objection peu fondée , fait plus
detortà celui qui la propoſe , qu'à ce-
lui qui la reçoit; elle prouve ou l'envie
de critiquer , ou le defir de foutenir le
menfonge. Sans accuſer l'Anonyme d'a-
voirl'une ou l'autre decesvues, croyons
plutôt que l'objection ſuivante lui eſt
échappée faute de raiſonnement , puif
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle n'a aucune connexion avec ce
qu'ilveut prouver.
Dans mes recherches ſur la taille du
FrèreJacques (g) , j'ai rapportéle texte
de cet Opérateur , quiſe plaignant de
Mrs Méry & Saviard, dit, (pag. 4.)
■ilsdevoient du moins avouer quel'o
»pération étoit bonne en elle-même,
>mais qu'il falloit ſeulement rectifierla
"fonde, comme ila été convenu avec
>>les Médecins du Roi & de l'Hôtel-
>>Dieu. » Pour prouver que la fonde
avoit été rectifiée , j'ai fait mentiondes
certificats donnés par lespremiers Mé-
decins & Chirurgiens du Roi, quele
Frère reconnoît pour ſes protecteurs ,
& imprimés par ſes ſoins à la findela
Brochure ſuſdite. Le Frère Jacques eft
convenu qu'il falloit rectifier ſa ſonde;
les Certificats portent que ſes tailles ont
étéplusheureuſes , particulierementde
puis que , fuivant les avis qui lui ont
été donnés , il a eu ſoin de rectifier les
inftrumens dont ilſe ſertpourfonder&
fairel'incifion.
L'Anonyme quineſçaitménager au-
cuneautorité, dit que ces prétendues
(g)Mercurede Novembre P. 160
SEPTEMBRE. 1764.
177
Corrections vagues & indéterminées ne dé-
fignent rien de poſitif, que le mensonge
qui les a produites , 1º. elles déſignent
d'après les propres paroles du FrèreJac-
ques , qu'il a rectifié ſa ſonde, ainſi qu'il
a été conſeillé de le faire. 2º.Elles ne ſont
point indéterminées,puiſqu'il y eft men-
tion qu'il a rectifié les inſtrumens dont
it ſe ſervoit pourfonder &faire l'inci-
fion. 3°. Sur quel fondement l'Anony
me peut-il avancer que les Certificats
nedésignent rien de poſitif que le men
fonge ? A-t-il oublié qu'ils font de M.
Fagon , premier Médecin du Roi , de
M. Félix , premier Chirurgien , de MM.
Duchefne , Bourdelot & Boudin , Mé
decins de la Cour , & de M. Hervais
premier Chirurgien de la Reine ? Eftil
permis , fans aucun ſujer , d'injurier la
mémoires des perſonnes recommanda
bles ,de lesaccuſer de s'être prêtés av
menfonge , d'avoir , par conséquent
donnéde faux certificats , fans alléguer
contre eux d'autres raiſons légitimes
qu'une impoſture ? ... quelle réputa-
tion pourra être intacte , fi on tolère:
ainſi d'inſulter les morts?
L'Anonyme , en parlant mal de plu
fieurs Certificats authentiques , repso
178 MERCURE DE FRANCE.
che enfuite comme un défaut de fincé
ritéde n'avoirpas raporté celui des Chi-
rurgiens de la Charité Royale de Ver-
failles , qu'il croit favorable. Ce Certi-
ficat fait mention des opérations guéries
par la dextérité & expérience du Frère
Jacques. Si il y eût été queſtion desinf-
trumens dont ſe ſervoit cet Opéra-
teur , s'il eût contenu une affertion po-
fitive fur l'eſpéce de fonde qu'il em-
ployoit, & que je n'en euſſe pointparlé,
l'Anonyme auroit raiſon d'accuſer ma
fincérité ; mais comme ce Certificat ne
contient rien de relatif à la réctification
des inftrumens ( ce que j'avois alors à
prouver) lamentionque j'en euſſe faite,
eut été fuperflue. L'Anonyme a donc
tort de rendre ſuſpecte mon expofition
&la fincérité de mes vues. Il eſt encore
ici en défaut; je prie le Public d'oublier
cette tracafferie_déshonnête , & de lui
pardonner.
Quant à ce qui concerne la mort de
M. le Maréchal de Lorge , j'ai rapporté
ce qui a été écrit par les Auteurs con-
temporains ſeulement , & j'avoue de
bonne foi queje n'avois pas alors fous
les yeux l'Histoire du Frère Jacques ,
par M. Vacher. D'ailleurs , cette Hiſtoi-
re imprimée en 1756,eſt plutôt un Pané-
SEPTEMBRE. 1764. 179
gyrique qu'une Hiſtoire difcutée & utile
pour le progrès de l'art ; & pour admet-
tre tout ce qu'elle contient , il auroit éré
àdefirer que l'on eùt cité des Mémoires
fûrs , ou les autorités ſur leſquelles on
appuie les faits rapportés.
Je nediſcuterai pas plus au long l'E-
crit anonyme ; ce ſeroit y donner un
temps que je dois à des occupations
plus utiles. Il eſt aiſé de ſe convaincre
qu'il n'a été produit dans d'autres vues
que de décrier M. Méry pour élever le
Frère Jacques , & rapporter à ce der-
nier exclufivement toutes les découver-
tes en Lithotomie. En prouvant lavérité
des faits contenus dans l'ouvrage de M.
Méry , j'aurois convaincu des eſprits
moins prévenus ; mais que peut on ef
pérerdel'Auteurd'une replique,qu'il ap-
pelle intéreſſante & qui n'eſt au fond
qu'un écrit ſans principes , injurieux ,
fans preuves & produit par la paffion ?
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2
p. 180-184
LETTRE en forme d'Avis à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France, par M. ANDRÉ, Maître en Chirurgie à Versailles.
Début :
J'AI vu, Monsieur, dans le Mercure de ce mois, l'Extrait d'un Mémoire par [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE en forme d'Avis à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France, par M. ANDRÉ, Maître en Chirurgie à Versailles.
LETTRE en forme d'Avis à M. DE
LA PLACE, Auteur du Mercure de
France, par M. ANDRÉ, Maître en
Chirurgie à Versailles.
J'AI vu, Monsieur, dans le Mercure
de ce mois, l'Extrait d'un Mémoire par
lequel M. Dibonfait undéfitaM Key-
fer,qui ſeroittrès-utileà l'humanité
puiſqu'on pourroit ,parl'exécutionde
ceprojet,annéantir le charlatanisme,
& procurer auxvrais Artiſtes, unemé
thode fure , univoque & permanente ,
pour toutes les maladiesquiontbeſoin
deces fortesde remèles, dontle nom-
bre eft rand, & les guériſonsſouvent
reuaffurées.
C'eſt pourquoi, à l'imitation deM.
Dihon, qui offre de mettre fon remède
l'épreuve la plusrigoureuſe,ſous les
yeux desArtiſtes les plus éclairés, &
envitant M. Keyfer d'en faire de
mêmeàl'égarddufien&defaméthode,
je m'engage ainſi qu'eux, à me fou
mettre aux mêmes épreuves,puiſque l'un
l'autre de mes moyens font em-
ployés dans les Hôpitaux du Roi,d
SEPTEMBRE. 1764. 181
quej'ai été comme eux,approuvéde tous
les premiers Chirurgiens du Royaume ,
¬amment ſur les preuves que j'ai
faites à l'Hôtel Royal des Invalides.
Je puis donc me mettre en parallèle,
& faire la même propofition ; fi la ré-
compenſe n'a pas ſuivi mes ſuccès , la
raiſon en eſt claire ; c'eſt que mon re
mède & ma méthode , ne dépendent ni
du hazard . ni de la routine; mais d'une
marche nouvelle & toujours aſſurée,gui
dée parune connoiſſance profonde de la
maladie , du temps & des remèdes qu'il
faut employer pour la détruire; cequ'on
ne pourra jamais fans l'uſage de mes
pierres de touches , ou de mes bougies.
Cette néceſſité que j'ai reconnue
comme abfolue , demande donc plus
pourle bonheur de l'humanité , que
pour celui de l'Art , de vérifier encore
une fois les atteſtations qui m'ont été
données pour lors par les premiers de
l'Art; je me flatte de prouver àl'um& à
l'autre de ces Meſſieurs , quoique leurs
semèdes ſoient bons , dans biendes cas,
que les biſtes des malades déſignés com-
me guéris par M. Keyser , nem'éblouif-
fentpas,&qu'elles ne feroientpas fi nom-
breuſes,fi je les vérifiois; en un mot, que
jevoudrois faire voir, qu'il s'en faut de
182 MERCURE DE FRANCE .
beaucoup que ces remèdes rempliffent
toutes les qualités abſolument néceſſai-
res pour guérir les maladies de l'urèthre
ainſi que celles de la veſſie , chez les
hommes & chez les femmes , qui font
les fuites des impreſſions du vice véné-
rien & celles qui font le plus de ravages.
Je ne parle pointici des autres ſymptô-
mes de cette maladie & qui font appa-
rens , je veux croire qu'ils en effacent
beaucoup ; mais je nie toujours qu'ils
en détruiſent les racines , &j'en rendrai
les raiſonspubliques avantqu'il ſoitlong-
temps.
Au reſte , il eſt très certain , fi mes
moyens nétoient pas abſolument né-
ceffaires , pour guérir ces fortes de maux,
qu'il n'y auroit pas eu tant de maladies
de ce genre , & fur lesquelles on les
a employés fi utilement , ainſi qu'on
peuts'en affurer par des milliers de té-
moignages les plus authentiques.
Ce que je crois encore devoir ajouter
ici , c'eſt que ceux qui trouveront que
mes bougies ne guériffent pas affez vite,
doivent apprendre à mieux détruire la
cauſe de lamaladie & que l'effet ceſſera;
mais s'ils fe contentent de faire ceffer
l'effet par tout autre moyen que par des
bougies de l'eſpéce des miennes , l'un
SEPTEMBRE. 1764. 183
& l'autre reſteront toujours enfevelis
dans le tiſſu de l'urèthre , ſans pourtant
que la partie foitregardée comme mor-
te,& qu'on ne puiſſe la guérir ,ainſique
l'ont cru MM. Aftruc & Boerrhave.
Avecplus de temps , de remèdes & d'au-
tres combinaiſons , ces maladies ne ſe-
ront jamais incurables , fi on ne les laif-
ſe pas trop vieillir & acquérir le degré
d'un vrai cancer à la veffie & à la ma-
trice. Je veux auſſi qu'on ſcache que je
fuis en état de prouver tout ce que je
dis , & quefi MM. Aftruc & Boerrhave,
les deux plus grands hommes de notre
fiécle , n'ont pu réuffir à guérir le virus
de l'urèthre ( car cette maladie ne peut
jamais être réputée guérie tant qu'il ref-
terades ſignesqui feront connoître qu'il
y exiſte du mal) par toutes les prépa-
rations mercurielles les mieux adminif-
trées & tous les antivénériens qu'ils
ont fi bien connus ; comment donc ofe-
t-on ſe perfuader qu'il puiſſe exiſter un
remède qui ſoit capable , étant pris in-
térieurement , de déraciner ces maux ,
puiſqu'il eſt prouvé par des milliers
d'exemples , que ces maux ſouvent ſe
cachent pendant bien des années ?
il n'eſt
par conséquent , pas éton-
nant qu'on trouve le moyen d'en
384 MERCURE DE FRANCE.
arrêter & d'en coaguler l'effet en le
repercutant; mais le malade n'en fera
ni mieux , ni plus en fûreté. L'Auteur
de celui qui eſtle plus en vogue , n'en
etpas perfuadénon plus que fes adhé-
rens ; cependant ils les laiſſent ſubfifter
fanss'embaraffer de cequi,dans lafuite,
arrivera aux malades: effet terrible , &
qui le ſeroit d'avantage , s'il étoit vrai
qu'on n'en pûr guérir
mais ces
maladies font guériſſables, & le feront
toujours , dès qu'on ne tardera pas à y
employer mes moyens. Avec eux on
verra ce qu'on fait; on découvrira les
maux cachés , on les fera ſuppurer. Par-
la , on verra que la partie n'eſt point
morte , que les fluides y ont affez d'ac-
tion , pour laiſſer attirer le vice & fa
caufe ,& faire ceffer les fignes delama-
ladie , quin'en fontque les effets. Ainf
femal local, comme les rétentions d'u-
rimes, feront guéris , fi le ſujer n'eſt pas
trop vieux , & les mauxtrop profonds.
C'eſt parconséquent faireungrand tort
l'humanité, que de re vouloir point at
taquerces maux dans leurs fources,dans
leurs principes & dans leur origine.
J'ai l'honneur d'être , &c. |
ANDRÉ.
A Versailles, le 18 Avril 1764.
LA PLACE, Auteur du Mercure de
France, par M. ANDRÉ, Maître en
Chirurgie à Versailles.
J'AI vu, Monsieur, dans le Mercure
de ce mois, l'Extrait d'un Mémoire par
lequel M. Dibonfait undéfitaM Key-
fer,qui ſeroittrès-utileà l'humanité
puiſqu'on pourroit ,parl'exécutionde
ceprojet,annéantir le charlatanisme,
& procurer auxvrais Artiſtes, unemé
thode fure , univoque & permanente ,
pour toutes les maladiesquiontbeſoin
deces fortesde remèles, dontle nom-
bre eft rand, & les guériſonsſouvent
reuaffurées.
C'eſt pourquoi, à l'imitation deM.
Dihon, qui offre de mettre fon remède
l'épreuve la plusrigoureuſe,ſous les
yeux desArtiſtes les plus éclairés, &
envitant M. Keyfer d'en faire de
mêmeàl'égarddufien&defaméthode,
je m'engage ainſi qu'eux, à me fou
mettre aux mêmes épreuves,puiſque l'un
l'autre de mes moyens font em-
ployés dans les Hôpitaux du Roi,d
SEPTEMBRE. 1764. 181
quej'ai été comme eux,approuvéde tous
les premiers Chirurgiens du Royaume ,
¬amment ſur les preuves que j'ai
faites à l'Hôtel Royal des Invalides.
Je puis donc me mettre en parallèle,
& faire la même propofition ; fi la ré-
compenſe n'a pas ſuivi mes ſuccès , la
raiſon en eſt claire ; c'eſt que mon re
mède & ma méthode , ne dépendent ni
du hazard . ni de la routine; mais d'une
marche nouvelle & toujours aſſurée,gui
dée parune connoiſſance profonde de la
maladie , du temps & des remèdes qu'il
faut employer pour la détruire; cequ'on
ne pourra jamais fans l'uſage de mes
pierres de touches , ou de mes bougies.
Cette néceſſité que j'ai reconnue
comme abfolue , demande donc plus
pourle bonheur de l'humanité , que
pour celui de l'Art , de vérifier encore
une fois les atteſtations qui m'ont été
données pour lors par les premiers de
l'Art; je me flatte de prouver àl'um& à
l'autre de ces Meſſieurs , quoique leurs
semèdes ſoient bons , dans biendes cas,
que les biſtes des malades déſignés com-
me guéris par M. Keyser , nem'éblouif-
fentpas,&qu'elles ne feroientpas fi nom-
breuſes,fi je les vérifiois; en un mot, que
jevoudrois faire voir, qu'il s'en faut de
182 MERCURE DE FRANCE .
beaucoup que ces remèdes rempliffent
toutes les qualités abſolument néceſſai-
res pour guérir les maladies de l'urèthre
ainſi que celles de la veſſie , chez les
hommes & chez les femmes , qui font
les fuites des impreſſions du vice véné-
rien & celles qui font le plus de ravages.
Je ne parle pointici des autres ſymptô-
mes de cette maladie & qui font appa-
rens , je veux croire qu'ils en effacent
beaucoup ; mais je nie toujours qu'ils
en détruiſent les racines , &j'en rendrai
les raiſonspubliques avantqu'il ſoitlong-
temps.
Au reſte , il eſt très certain , fi mes
moyens nétoient pas abſolument né-
ceffaires , pour guérir ces fortes de maux,
qu'il n'y auroit pas eu tant de maladies
de ce genre , & fur lesquelles on les
a employés fi utilement , ainſi qu'on
peuts'en affurer par des milliers de té-
moignages les plus authentiques.
Ce que je crois encore devoir ajouter
ici , c'eſt que ceux qui trouveront que
mes bougies ne guériffent pas affez vite,
doivent apprendre à mieux détruire la
cauſe de lamaladie & que l'effet ceſſera;
mais s'ils fe contentent de faire ceffer
l'effet par tout autre moyen que par des
bougies de l'eſpéce des miennes , l'un
SEPTEMBRE. 1764. 183
& l'autre reſteront toujours enfevelis
dans le tiſſu de l'urèthre , ſans pourtant
que la partie foitregardée comme mor-
te,& qu'on ne puiſſe la guérir ,ainſique
l'ont cru MM. Aftruc & Boerrhave.
Avecplus de temps , de remèdes & d'au-
tres combinaiſons , ces maladies ne ſe-
ront jamais incurables , fi on ne les laif-
ſe pas trop vieillir & acquérir le degré
d'un vrai cancer à la veffie & à la ma-
trice. Je veux auſſi qu'on ſcache que je
fuis en état de prouver tout ce que je
dis , & quefi MM. Aftruc & Boerrhave,
les deux plus grands hommes de notre
fiécle , n'ont pu réuffir à guérir le virus
de l'urèthre ( car cette maladie ne peut
jamais être réputée guérie tant qu'il ref-
terades ſignesqui feront connoître qu'il
y exiſte du mal) par toutes les prépa-
rations mercurielles les mieux adminif-
trées & tous les antivénériens qu'ils
ont fi bien connus ; comment donc ofe-
t-on ſe perfuader qu'il puiſſe exiſter un
remède qui ſoit capable , étant pris in-
térieurement , de déraciner ces maux ,
puiſqu'il eſt prouvé par des milliers
d'exemples , que ces maux ſouvent ſe
cachent pendant bien des années ?
il n'eſt
par conséquent , pas éton-
nant qu'on trouve le moyen d'en
384 MERCURE DE FRANCE.
arrêter & d'en coaguler l'effet en le
repercutant; mais le malade n'en fera
ni mieux , ni plus en fûreté. L'Auteur
de celui qui eſtle plus en vogue , n'en
etpas perfuadénon plus que fes adhé-
rens ; cependant ils les laiſſent ſubfifter
fanss'embaraffer de cequi,dans lafuite,
arrivera aux malades: effet terrible , &
qui le ſeroit d'avantage , s'il étoit vrai
qu'on n'en pûr guérir
mais ces
maladies font guériſſables, & le feront
toujours , dès qu'on ne tardera pas à y
employer mes moyens. Avec eux on
verra ce qu'on fait; on découvrira les
maux cachés , on les fera ſuppurer. Par-
la , on verra que la partie n'eſt point
morte , que les fluides y ont affez d'ac-
tion , pour laiſſer attirer le vice & fa
caufe ,& faire ceffer les fignes delama-
ladie , quin'en fontque les effets. Ainf
femal local, comme les rétentions d'u-
rimes, feront guéris , fi le ſujer n'eſt pas
trop vieux , & les mauxtrop profonds.
C'eſt parconséquent faireungrand tort
l'humanité, que de re vouloir point at
taquerces maux dans leurs fources,dans
leurs principes & dans leur origine.
J'ai l'honneur d'être , &c. |
ANDRÉ.
A Versailles, le 18 Avril 1764.
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