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p. 170-191
NOTICE d'OLYMPIE, Tragédie de M. de VOLTAIRE.
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PERSONNAGES. ACTEURS. OLYMPIE, Fille d'Aléxandre, Mlle Clairon, CASSANDRE, Fils [...]
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NOTICE d'OLYMPIE, Tragédie de
M. de VOLTAIRE. *
PERSONNAGES. ACTEURS.
OLYMPIE, Fille d'Aléxandre,
Mlle Clairon,
CASSANDRE, Fils d'Antipatre,
-
, Roi de Macédoine,
M. le Kain.
ANTIGONE, Roi d'une partie
-
de l'Aſie,
· M. Bellecour.
-
-
sTATIRA, veuve d'Alexandre, Mlle Dumeſnil
L'HIEROPHANTE, ou Grand
Prêtre qui préſide à la Célé
M, Britard. -
bration des grands Myſtères 2
soSTENE, Officier de Caſſandre, M. Dauberval.
HERMAS, Officier d'Antigone, M. Blainville,
Prêtres initiés, Prêtreſſes, Soldats
#
& Peuple.
.
*
-
-
La Scène eſt dans le Temple d'Ephèſe, où l'on cé
lébre les grands Myſtères.
:
* Comme cette Pièce eſt imprimée depuis long
temps, & qu'elle eſt entre les mains de tout le
monde , ainſi que tout ce qui s'imprime d'un Au
teur auſſi célébre, nous nous bornons à une ſimple
Notice.
º
· M A I. 1764.
171
A C T E P R E M I E R.
SosTENE eſt dans le Périſtyle du grand
Temple. La principale porte s'ouvre ;
Caſſandre en ſort, & paroît agité. Il con
fie à Soſtène le trouble dont il eſpère
être bientôt délivré. Les grands Myſtères
vont finir ; il s'eſt fait initier. Il invite
Soſtène à reſter dans le parvis, pour être
témoin de ſes premiers devoirs & de ſes
premiers ſoins envers Olympie. Cette
Olympie eſt une Eſclave enlevée dans
ſon enfance par Antipatre, qui avoit des
raiſons pour cacher le ſecret de ſa naiſ
ſance ; Caſſandre le ſçait & veut ré
parer l'outrage. Il avertit Soſtène que
cette prétendue Eſclave doit être reſpec
tée. Elle expie, dit-il , entre les mains
des Prêtreſſes qui la préſentent au Tem
ple, des forfaits qu'elle ne connoît pas,
& qu'il deſire ardemment qu'elle ne
connoiſſe jamais. Ce ſecret inquiète An
tigone. Il veut l'arracher de Caſſandre.
Il vient avant le jour le trouver pour ce
la dans les Parvis de ce Temple. Il ex
horte Caſſandre au nom de leur ancienne
amitié,à réunir leurs forces pour partager
laTerre entr'eux,&pour§ les con
quêtes d'Aléxandre contre les ennemis
H ij
*.
172 MERCURE DE FRANCE.
qui viennent de toutes parts s'emparer de
ces riches dépouiles.Sur un regret qui
échappe à Caſſandre, Antigone veut cal
mer ſes remords.Le premier avoitpréſen
té dans un feſtin le poiſon qui cauſa la
mort d'Aléxandre. Il lui avoit été donné
par ſon père Antipatre, mais fans lui en
avoir confié le ſecret Antigone , par le
portrait qu'il fait d'Aléxandre, entre
piend devguſtifier l'attentat. L'âme de
Caſſandre s'épouvante toujours de l'hor
reur du crime. Antigone, qui veut aller
à ſon but ſur le ſecret qu'il a deſſein
de pénétrer , reclame de nouveau l'ami
tié de Caſſandre. Il en exige une pro
meſſe de lui accorder ce qu'il demande
- ra. Caſſandre promet , Antigone ne de
mande qu'une Eſclave; mais cette Eſ
clave eſt Olympie. A cette demande
Caſſandre eſt troublé. Son ami inſiſte,
il répond par ces Vers :
» Sous les yeux vigilans des Dieux & des Déeſſes,
- olympie eſtgardée au milieu des Prêtreſſes.
» Les portes s'ouvriront quand il en ſera temps.
• Dans ce Parvis ouvert au reſte des vivans,
» Sans vous plaindre de moi, daignez au moins
-
-
» m'attendre.
# prendre,
T
,
•
-
» Des Myſtères nouveaux pourront vous y ſur
-
M A I. 1764.
- » Et vous déciderez ſi la Terre a des Rois
2º Qui puiſſent aſſervir Olympie à leurs loix.
173
Caſſandre rentre dans le Temple ;
Antigone crojt avoir pénétré le grand
myſtère qu'il ſoupçonne ſur le ſort d'O-
lympie. On ouvre les trois portes du
Temple , dont on découvre l'intérieur.
Les Prêtres d'un côté & les Prêtreſſes de
Pautre environnent l'Autel , ſur lequel
Caſſandre & Olympie méttent la main :
ils prononcent alternativement en pré
ſence de l'Hierophante, des ſermens
préparatoires de l'Hymen dont on va
célébrer la pompe. Caſſandre en appelle
à Antigone lui même, pour ſçavoir ſi,
malgré les liens de l'amitié, il pouvoit
lui faire un tel ſacrifice, & les portes du
Temple ſe referment. Antigone eſt plus
confirmé que jamais dans ſes ſoupçons
ſur le ſort d'Olympie. L'ambition & l'a-
mour ſe réuniſſent pourl'animer. Olym
pie a des droits qui peuvent élever ſon
Epoux au rang de Roi des Rois. L'a-
mour a plus d'empire ſur ſon cœur qu'il
ne croyoit lui-même ; tout excite ſa ja
louſie , tout enflâme ſa colère.. La pom
pe de l'Hymen qui s'apprête irrite & re
double en lui ces cruelles paſſions. Il
s'écarte des objets qui le bleſſent. Il va
-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
concerter les projets furieux qu'il con
çoit, pour empêcher que l'Hymen de
Caſſandre & d'Olympie ne s'accom
pliſſe.
-
A C T E I I.
: Les trois portes ſont ouvertes. Tout
le Théâtre eſt réputé alors l'intérieur
du Temple. L'Hierophante eſt envi
ronné des Prêtres & des Prêtreſſes.
Une ſeule Prêtreſſe, enſévelie dans ſa
douleur , n'aſſiſte point aux Myſtères.
Mais le ſort l'a nommée pour la célébra
tion de l'Hymen qui ſe prépare. La voix
du Sort eſt regardée comme celle de
Dieu même ; il faut qu'elle obéiſſe. Une
Prêtreſſe inférieure eſt chargée de la faire
venir. Elle paroît, elle regrette en larmes
la néceſſité qui l'arrache à ſa retraite.
Une autre néceſſité l'accable : ſon ſort
étoit reſté inconnu même dans l'intérieur
du Temple. Les loix du Rit qu'on y
pratique exigent qu'elle ſe déclare. Elle
cède avec effort ; elle prend le ſerment
de tout ce qui aſſiſte ſur les ſecrets qu'elle
va révéler.
Elle s'informe auparavant
s'il eſt vrai que Caſſandre ſoit au nombre
· des Initiés. Elle gémit de ce qu'il parle
aux mêmesDieux qu'elle. L'Hierophante
cherche à la conſoler par des ſentimens
t
- --
-
M A I. 1764.
,
175
de Religion. Enfin cette Prêtreſſe voi
lée eſt Statira ; c'eſt la fille de Darius ,
c'eſt la veuve d'Aléxandre , qui décla
re que Caſſandre eſt l'auteur de la
mort de ſon Maître, qu'il a plongé dans
ſon ſein à elle-même un fer meurtrier ,
& qu'il
l'a laiſſée mourante , ſur le
corps de ſon auguſte Epoux. L'Hiero
phante veut ſe proſterner aux pieds de
cette grande Reine ; mais elle ne de
mande de reſpect que pour ſa douleur.
Elle connoît trop le néant des grandeurs
du monde. Un vil étranger, un pauvre,
ſoulagea la miſère de Darius ; une fem
me Ephéſienne lui a ſauvé la vie à elle
même, abandonnée de ſes amis & de
ſes Sujets. Cette femme eſt la Prêtreſſe
inférieure qui l'accompagne ; l'horreur
du monde l'a déterminée à s'enterrer
vivante au fond de ce Temple. Elle
pleure une fille , un enfant arraché de
ſes bras ſanglans Quelques efforts qu'il
en puiſſe coûter à ſon cœur, la loi qu'elle
, a embraſſée l'oblige en cette occaſion à
bénir elle-même l'Hymen d'Olympie &
de Caſſandre : c'eſt elle qui doit préſen
ter le feu ſacré, l'eau luſtrale, l'encens,
enfin tout ce qui doit conſacrer cette au
· guſte Cérémonie. L'Hierophante plaint
Statira, & la laiſſe ſeule attendre Olym
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ie Celle - ci s'avance. Le Temple eſt
ébranlé à ſon approche. - Le cœur de
Statira eſt ému juſqu'au trouble, à l'aſ
pect de cette jeune Perſonne, qu'elle re
garde comme une victime dévouée au
malheur. Elle plaint ſur tout l'illuſion de
ſon cœur , quand elle entend de ſa bou
che ingénue la déclaration vraie & ſin
cère de ſes ſentimens pour Caſſandre.
» Depuis " dit olympie) que je tombai en ſes au
» guſtes mains,
-
» J'ai vu toujours en lui le plus grand des Humains.
» Je chéris un Epoux, & je révère un Maître.
» Voilà mes ſentimens, & voilà tout mon être.-
C'eſt dans cette Scène que ſe prépare
de la manière la plus naturelle & la plus
intéreſſante , la reconnoiſſance entre la
mère & la fille. Toutes les réponſes
d'Olympie aux queſtions de Statira ſur
ſon ſort, ſur les époques de ſa naiſſance
& de ſon eſclavage, jettent une lumière
encore indéciſe, mais qui frappe ſenſi
Àblement l'âme de cette mère infortunée.
L'Hierophante ſurvient : il achève d'é-
claircir ce grand évènement. Il apprend
·à Statira qu'Antigone, que les Peuples,
· que l'Armée, que toutes les voix enfin ſe
réuniſſent à déclarer que cette Olympie
-
, M A I. 1764.
177
eſt fille d'Aléxandre. Ce bonheur eſt
mêlé pour Statira de l'affreuſe amertu
me qu'y répand l'Hymen projetté. On
menace le Temple ; des Soldats l'envi
ronnent. Ephèſe eſt diviſée en deux fac
. tions. L'Hierophante exhorte les Prin
ceſſes à demeurer au pied des Autels. Il
va ſe préſenter aux Rois audacieux †
menacent de violer la ſainteté de ſon
aſyle ; & ſi la tyrannie, dit-il, oſoit en
approcher ,
23 marcher.
-
» C'eſt ſur ſon corps ſanglant qu'il lui faudra
Statira fait des vœux pour le ſuccès
des armes d'Antigone , & de doulou
reuſes réfléxions ſur la néceſſité où elle
eſt de n'attendre du ſecours que de ſes
ennemis qui ont été ſes Sujets. Elle ex
horte Olympie à ſuivre le devoir qu'el
le-même s'eſt preſcrit, de ſoutenir le
grand nom qui reſte à la mère & à la
fille.
·
·
·
·
·
A c T E I I i
, ,
| LE Temple eſt fermé. Caſſandre &
Soſtène ſont dans le périſtile. Le pre
mier a cédé à la voix publique. Il eſt
convenu qu'Olympie º# d'Aléxan
178 MERCURE DE FRANCE.
dre. Antigone, abuſant de la religion ,
qu'il ne reſpecte pas, a ſoulevé le Peu
ple, & fait enviſager comme un crime
affreux l'hymen de Caſſandre avec une
fille dont il a tué la mère. Caſſandre
convient avoir tué Statira , mais c'eſt .
dans le tumulte & l'horreur des com
bats. Son plus grand ſupplice eſt d'être
coupable aux yeux d'Olympie qu'il
adore. Il eſpére cependant de la ten
dreſſe d'Olympie, dont le cœur eſt à lui
dès l'enfance. Mais ſi elle retiroit la
inain qu'elle lui a donnée, il menace
de détruire le Temple même dont il eſt
le défenſeur.
Il cherche Olympie ,
il
eſt arrêté par l'Hierophante. Il lui de
mande la Princeſſe , l'Hierophante lui
| promet que la Prêtreſſe chargée du ſoin
ſacré de la cérémonie, va bientôt l'a-
mener; mais il fait des vœux pour que
cet hymen n'occaſionne pas le mal
heur de l'un & de l'autre époux. Ces
vœux allarment Caſſandre , il veut faire
expliquer l'Hierophante, il l'accuſe d'ê-
trc du parti d'Antigone contre lui. Le
Grand-Prêtre répond à ce ſoupçon avec
· une religieuſe fermeté.
-
» Me préſervent les cieux de paſſer les limites
» Que mon culte paiſible à mon zéle a preſcrites
* -
M A I. 1764
:
1-3
» Les intrigues des cours, les cris des factions, .
» Des humains que je fuis les triſtes paſſions
» N'ont point encor troublé nos retraites obſcures,
» Au Dieu que nous ſervons nous levons des
» mains pures.
-
» Les débats des grands Rois prompts à ſe divi
» ſer 2
v
» Ne ſont connus de nous que pour les appaiſer.
» Et nous ignorerions leurs grandeurs paſſagères,
» Sans le fatal beſoin qu'ils ont de nos prières.
;
•
.
.
•
•
.
&c. &c.
•
-
· Olympie s'avance avec Statira voi
lée. Dans cette Scène, en même temps
terrible & attendriſſante, Caſfandre re
connoît Statira dans les bras de laquelle
ſejette Olympie. Caſſandre eſt confondu
& accablé de ſes remords. Statira lui
rappelle tous les crimes qu'elle lui re
proche. Il ne prétend s'excuſer ſur rien,
Olympie, preſſée par un devoir qu'elle
croit ſacré, demande elle-même à ſa
mère d'éteindre les flambeaux d'un ſi
funeſte hyménée. Caſſandre au déſeſ
oir, Caſſandre, qui a mis ſon Sceptre
ſa Couronne aux pieds de ces Prin
ceſſes, ſans prétendre ſe juſtifier, n'é-
coutant plus qu'un amour auquel il ne
peut réſiſter, jure d'enlever du Temple
& même des bras de ſa mère la triſte
H vj.
5
-
18o MERCURE DE FRANCE.
Olympie qu'il a droit de regarder déjà
comme ſon épouſe. Il ſort & laiſſe les
deux Princeſſes dans les allarmes que
leur cauſe la fureur de ſes menaces. An
tigone vient ſe préſenter à Statira pour
être le défenſeur de la veuve & de la
fille d'Aléxandre. Il demande le ſuffra
ge de Statira ; il l'obtient aiſément du
defir qu'elle a de ſe venger ; mais il
prétend pour prix de ſes ſervices la main
d'Olympie. Statira conſulte l'aveu de ſa
fille. Celle-ci apporte pour excuſe le
trouble affreux de ſa ſituation,& ne pro
met rien. Statira répond de ſon aveu,
Reſtée ſeule avec ſa fille, elle la preſſe
de ſe décider, elle lui propoſe de ral
lumer pour Antigone les flambeaux de
l'hymen éteints pour Caſſandre. Olym
pie ſe défend quelque temps, en pro
,teſtant qu'elle ne veut d'autre Trône ,
d'autre hymen que la retraite obſcure
qu'avoit choiſie ſa mère , pour elle
même. Elle propoſe à cette mère affli
gée, de laiſſer tous les débats de ces
Rois forcenés, de ne point joindre leurs
mains tremblantes, à ces mains meur
trières.
-
• Les larmes ſont pour nous , les crimes ſont
» pour eux.
·
-
Ces larmes , qu'en effet elle voit ré
VA
,
,
A
-
M A I. 1764.
18 x
pandre à ſa fille, glacent d'horreur Sta
tira. La tremblante Olympie ne peut
lui cacher qu'elle aime Caſſandre , mais
elle jure de le fuir. Statira eſt épouvan
tée d'un ſentiment qu'elle déteſte dans
ſa fille, celle-ci tombe à ſes pieds.
-
•
» Hélas, dit-elle, de douleur dévorée,
» Tremblante à vos genoux, je les baigne de
» pleurs.
» Ma mère, pardonnez.
1
ST A T I RA,
» Je pardonne & je meurs :
Olympie jure de ne jamais trahir ſes
devoirs, & de mourir plutôt que d'of
fenſer la gloire des Auteurs de ſa naiſ
ſance. Statira eſt pénétrée de douleur
de voir qu'Olympie peut mourir plutôt
que de haïr l'ennemi qu'elle déteſte.
Mais elle compte ſur ſa vertu, & ne peut
la regarder comme coupable.
-
A C T E I V.
, Antigone eſt dans le périſtile, ſes ſol
dats occupent les paſſages qui condui
ſent au Temple ;le Peuple d'Ephèſe eſt
partagé entre Caſſandre & lui ; le ſignal
de la guerre eſt donné, il y court ; mais
il eſt arrêté par Caſſandre, qui lui re
proche l'amitié trahie, Antigone lui ob
r82 MERCURE DE FRANCE.
jecte ſes crimes & l'erreur à laquelle ii
prétend qu'il devoit la tendreſſe d'O-
lympie. Il lui propoſe de reprendre leur
ancienne alliance , & même de périr
pour lui s'il veut céder Olympie. Caſ -
ſandre ne répond à cette propoſition
que par celle d'un combat ſingulier.
Le combat eſt accepté , ils mettent
répée à la main aux portes du Tem=
ple; l'Hierophante les ouvre. Il apoſtro
phe avec véhémence les deux Rois qui
profanent ſon ſaint aſyle. Les Prêtres,
les Initiés & le peuplé en foule ſe pré
cipitent entre les combattans & les ſé
parent. Antigone perſiſte & atteſte le
Ciel & les Mânes d'Aléxandre qu'il ne
ſouffrira pas qu'un hymen illégitime
s'accompliſſe. Caſſandre n'eſt pas plus
diſpoſé à céder de ſes
prétentions,
L'Hierophante exhorte ce dernier à la
modération. Il lui repréſente la force
de la loi, qui permet à une femme de
paſſer dès le même jour dans les bras
d'un autre époux , ſi le ſien a verſé le
† de quelqu'un de ſa famille, dans
quelque circonſtance & de quelque
rang que ſoit cet époux. De plus , la
mère d'Olympie vit encore, c'eſt à elle
à diſpoſer du ſort de ſa fille. C'eſt à lui
d'attendre les arrêts de l'une & de l'au
*.
'\
M A I. 1764.
183
tre. Antigone ſaiſit comme un eſpoir
certain de ſon ſuccès ce qu'a dit l'Hié
rophante. Caſſandre , libre avec ſon
Confident, ſe promet de ſe porter aux
plus grandes extrémités plutôt que de
renoncer à l'hymen d'Olympie. Mais
Antigone a ſéduit Statira. Il ne doit
pas eſpérer de fléchir cette mère irritée.
Ses remords ne lui laiſſent pas la dou
ceur de penſer qu'Olympie elle-même
puiſſe jamais lui pardonner. Il a formé
le projet de l'enlever aux Dieux mêmes
qu'il a ſervis. Dans ce moment,il apper
- çoit Olympie proſternée aux pieds d'un
Autel. Il ordone à Soſtène d'allet tout
préparer pour l'enlévement.Olympie ap
| perçoit Caſſandre. Celui-ci fait les der
niers efforts pour calmer l'horreur qui
accable l'âme de ſa maîtreſſe. Il la preſſe
de le ſuivre, elle lui demande avec inſ
tance de la fuir. Elle s'irrite de la crainte
qu'il a qu'elle ne céde aux vœux d'An
tigone. Enfin, ſur ce qu'il veut entre
prendre de l'arracher de ſon aſyle, elle
lui demande la mort. Caſſandre lui re
| proche l'excès de ſa haine. Olympie
termine ſes reproches par un dernier
aveu du ſentiment le plus tendre.
» Ma haine eſt-elle juſtè, & l'as-tu méritée ?
-
-
184 MERCURE DE FRANCE.
» Caſſandre, fi ta main féroce, enfanglantée ;-
» Ta main, qui de ma Mère oſa percer le fianc s
» N'eût frappé que moi ſeule & verſé que mora
-
» ſang ,
-
-
· » Je te pardonnerois,je t'aimerois .. .. babare
» Va, tout nous déſunit •
• • • • • • • . .
' Caſſandre inſiſte encore plus vivement:
Quand elle devroit l'épouſer pour lui
percer le cœur, il faut que ſon deſtin
s'accompliſſe , il faut qu'elle le ſuive ... --
--
*-
-
"
» Haïſſez, puniſſez, mais ſuivez votre époux.
Soſtène, interrompt cette Scène en
venant informer Caſſandre qu'Antigone
eſt aux portes du Temple; qu'il cher
che à ſéduire ſes amis , à détourner
, ſes ſoldats, que le Peuple eſt ébranlé ,
qu'il atteſte Aléxandre , Olympie elle
même. Caſſandre accuſe tendrement
· Olympie de vouloir ſa mort. Il lui arra
· che encore un nouvel aveu de ſa foibleſſé.
:
*
o LY MP 1E.
» Moi : vouloir ton trépas ! ... va,j'en ſuis
· » incapable. .. ..
'» Vis loin de moi,
-
C A S S A N'D R E.
º » Sans vous le jour m'eſt érécrable
|
-
M A I. 1764.
185
» Et s'il m'eſt conſervé,je revole en ces lieux ,
» Je vous arrache au Temple, & je meurs à vos
» yeux.
- -
-
-
Olympie ſe reproche amérement les
pleurs que lui coûte Caſſandre. La voix
du devoir, la voix de la nature eſt la
ſeule à qui elle veut obéir. Les Dieux
avoient reçu d'elle les ſermens de l'amour
le plus tendre. Les Dieux ont tout chan
é.... mais qu'ils changent donc ſon
· cœur. C'eſt ce qu'elle implore du Ciel.
» Eh! que peut ſur ſoi-même une foible Mortelle !
·
Elle ſent bien qu'elle enfonce le
trait qu'elle veut arracher. Ce cœur déja
déchiré, va éprouver de nouvelles bleſ
ſures. L'Hiérophaute vient apprendre
à Olympie que Statira ſa Mère, al
# du bruit & du carnage qui pro
fauent lesiſſues du Temple, & voyant
que Caſſandre s'y fraye un chemin,
dans la crainte de voir ſa fille tomber
entre les mains du raviſſeur qu'elle
abhorre, a faiſi le glaive des ſacrifices
& s'en eſt percé le ſein. Caſſandre eſt
à ſes pieds, Caſſandre l'implore , mais
ſa ſoumiſſion & ſes ſoins redoublent
l'horreur de ſes derniers momens. Sta
tira va expirer. Elle a éxigé de l'Hié
".
186 MERCURE DE FRANCE.
rophante qu'il viendroit conſoler Olym
pie & lui dire que la dernière volon
té de ſa Mère, eſt que pour la ven
ger elle épouſe Antigone. Olympie veut
aller mourir près d'elle. L'Hiérophante
lui dit :
» Armez-vous de courage..
-
·
O L Y M P I E.
· A. C T E , V.
-
° ""
» O ſang qui m'a fait naître !
» J'en ai beſoin, Seigneur, & j'en aurai peut
:
·
·
t F
º ..
· Antigone, dans le périſtyle, s'entre
tient avec ſon Confident ſur l'eſpoir qui
femble l'aſſurer de poſſéder Olympie :
les dernières volontés de ſa mère lui
donnent ſur elle des droits irrévocables,.
auxquels il ne doute pas qu'elle ne ſonſ
crive. Si Caſſandre entreprenoit de s'y
oppoſer, il ſe promet de l'en punir. Mais
le reſpect de la Pompe funèbre va ſuſ
pendre toute hoſtilité. L'Hierophante ,
les Prêtres & les Prêtreſſes s'avancent en
pleurant; on ſoutient Olympie, à peine
reſpirante. Antigone s'adreſſe à elle pour
lui promettre de venger ſa mère, & pour
la raſſurer contre toutes les entrepriſes
M A I. 1764.
187
de Caſſandre. Olympie répond par ces
deux vers :
• Ah, Seigneur ! parlez moins de meurtre & de
-
» vengeance.
-
» Elle a vécu, je meurs au reſte des humains. .
- Antigone ſe retire. Olympie conſulte
l'Hierophante, pour ſçavoir s'il ne lui eſt
pas permis de conſacrer le reſte de ſa vie
dans le Temple, & de s'enſévelir dans la
même obſcurité qui avoit dérobé ſa
mère aux regards des humains. Convain
cue par ce Miniſtre des Dieux, que ſi
elle ne choiſit pas Antigone pour époux,
il faut qu'elle retombe au pouvoir de
Caſſandre, elle prend ſon parti; &, ſans
s'expliquer davantage, elle dit à l'Hiero
phante que ſon choix eſt fait, qu'elle eſt
déterminée.. ..... Lorſqu'il veut ſçavoir
d'elle ſur qui tombe ce choix, elle lui
rappelle le contraſte inconciliable qu'il
trouve lui-même entre les flambeaux de
la mort & ceux de l'Hymen. Elle s'in
forme s'il lui ſera permis d'approcher du
corps de ſa mère, & de lui rendre les
derniers dévoirs ſur le Bucher. L'Hiero
phante l'aſſure que non-ſeulement elle le
peut, mais qu'elle le doit. C'eſt elle qui
préſentera les offrandes funéraires, c'eſt
·
183 MERCURE DE FRANCE.
elle qui fera les libations , &c. Les
Prêtreſſes apportent tout ce qui eſt né
ceſſaire pour cette lugubre cérémonie.
Olympie preſſe l'Hierophante de tout
préparer. Elle le prie de faire venir les
deux Rois rivaux.
C'eſt devant eux
qu'elle veut s'expliquer, aux pieds des
Autels, à l'aſpect de ſa mère, aux yeux
des Prêtreſſes..
» Témoins de mes malheurs, témoins de mes
» promeſſes,
s
-
-
» Mes ſentimens, mon choix vont être déclarés.
»Vous les plaindrez peut-être, & les approuverez,
Olympie gémit en ſecret de l'empire
cruel que Caſſandre conſerve malgré
elle ſur ſon cœur. Il arrive le premier,
il vient offrir de s'immoler , il ſe re
connoît auſſi coupable que malheu
reux ; mais il invoque toujours les ſer
mens de l'Hymen. Il ſe jette à ſes ge
noux ,
•s Venge-toi, dit-il, punis-moi; mais ne ſois pointº
» parjure.
.
-
» Va,l'Hymen eſt encor plus ſaint que la Nature
Elle le fait relever, en le conjurant de
ne pas ſouiller les dons qu'elle va pré
· ſenter, & de ne pas approcher du lieu
-
M A I. 1764.
189
de la Cérémonie. Antigone de ſon côté
vient preſſer la Princeſſe de s'expliquer.
Elle le promet; mais elle exige, de mê
me que de Caſſandre, qu'il la reſpecte
en ces momens funébres, & qu'il ſe ſou
mette à ſes volontés. Les deux rivaux en
font le ferment. Alors Olympie s'accuſe
elle même d'avoir mérité ſes malheurs,
d'avoir trahi ſes parens dès qu'elle les a
connus. Sa mère en expirant lui a or
donné d'épouſer Antigone, elle a refu
ſé d'obéir. Elle interrompt le reproche
que veut faire Antigone, en lui diſant :
» A ſes Mânes (de ſa mère) à vous, je ne fais
» point d'injure ; .
'
-
» Je rends juſtice à tous, & je la rends à moi ,
» Coſſandre, devant lui je vousdonnai ma foi,
» Voyez ſi mes liens ont été légitimes ;
» Je vous laiſſe en juger , vous connoiſſez vos
» crimes.
» Il ſeroit ſuperflu de vous les reprocher,
•s Réparez-les un jour...
On voit le Bucher déjà embrâſé ;
Olympie le fait conſidérer à Caſſandre ;
elle y monte avec une noble & modeſte
aſſurance ; elle y fait toutes les céré-
monies du culte des Anciens, & rela
tives à leur grande vénération pour les
Mânes de leurs parens.
4
|
|
|
#
º,
·
sgo MERCURE DE FRANCE.
Après une apoſtrophe à Caſſandre,
· qui rappelle & ſes crimes & les malheurs
d'Olympie, en lui diſant :
» Tu crois mes lâches feux de mon âme bannie ;
» Apprends que je t'adore, & que je m'en punis. - -
» Cendres de Statira ! recevez Olympie.
Elle ſe jette dans le Bucher, & diſpa
roît comme dévorée par les flammes.
L'Hiérophante , les Prêtres & les Prê
treſſes ainſi que tous les Afſiſtans ſont
ſaiſis de terreur & d'admiration. Caſ
ſandre, en ſe frappant, s'immole à ſon
amour & à ſes remords. Il exhorte An
tigone à l'imiter. .
-
Ainſi finit cette Tragédie , par un
coup de Théâtre auſſi neuf ſur no
,tre Scène, que pathétique & pittoreſ
'que. Coup de Théâtrè auquel le talent
ſublime de Mlle Clairon pour la repré
ſentation, met une vérité & une di
gnité , qui en ont toujours rendu l'effet
admirable.
-
-
-
N. B. Nous n'ajouterons point de re
marques à celles qui ſont imprimées avec,
cette Piéce. Il y auroit une préſomption
répréhenſible en nous , de prétendre
donner plus d'éclairciſſemens au Lec
teur ſur les Ouvrages de l'Auteur d'O-
-
M A I. 1764.
I 9 I
lympie, qu'il en donne lui-même. Su
périeur à nos éloges, il en ſeroit peu
flatté, & le Public n'a pas beſoin d'être
· excité à lui donner tous ceux que ſes
productions ſont en droit d'obtenir.
Nous nous arrêterons, ſur cette Tra
gédie, à un fait bien conſtaté, c'eſt que
les repreſentations ont attiré & atta
ché un un fort grand nombre de Spec
tateurs. Il y a , comme on voit dans
la
texture de ce Drame , une aſſez
grande quantité de points tragiques ,
qui naiſſent des ſituations. La fingu
larité du Spectacle , ſa pompe & ſa
majeſté, imprimeront toujours une ſor
te d'émotion, que l'art ne doit peut
être pas dédaigner de mettre au nombre
de ſes moyens, mais dont il ſeroit dan
· gereux de faire trop uſage.
M. de VOLTAIRE. *
PERSONNAGES. ACTEURS.
OLYMPIE, Fille d'Aléxandre,
Mlle Clairon,
CASSANDRE, Fils d'Antipatre,
-
, Roi de Macédoine,
M. le Kain.
ANTIGONE, Roi d'une partie
-
de l'Aſie,
· M. Bellecour.
-
-
sTATIRA, veuve d'Alexandre, Mlle Dumeſnil
L'HIEROPHANTE, ou Grand
Prêtre qui préſide à la Célé
M, Britard. -
bration des grands Myſtères 2
soSTENE, Officier de Caſſandre, M. Dauberval.
HERMAS, Officier d'Antigone, M. Blainville,
Prêtres initiés, Prêtreſſes, Soldats
#
& Peuple.
.
*
-
-
La Scène eſt dans le Temple d'Ephèſe, où l'on cé
lébre les grands Myſtères.
:
* Comme cette Pièce eſt imprimée depuis long
temps, & qu'elle eſt entre les mains de tout le
monde , ainſi que tout ce qui s'imprime d'un Au
teur auſſi célébre, nous nous bornons à une ſimple
Notice.
º
· M A I. 1764.
171
A C T E P R E M I E R.
SosTENE eſt dans le Périſtyle du grand
Temple. La principale porte s'ouvre ;
Caſſandre en ſort, & paroît agité. Il con
fie à Soſtène le trouble dont il eſpère
être bientôt délivré. Les grands Myſtères
vont finir ; il s'eſt fait initier. Il invite
Soſtène à reſter dans le parvis, pour être
témoin de ſes premiers devoirs & de ſes
premiers ſoins envers Olympie. Cette
Olympie eſt une Eſclave enlevée dans
ſon enfance par Antipatre, qui avoit des
raiſons pour cacher le ſecret de ſa naiſ
ſance ; Caſſandre le ſçait & veut ré
parer l'outrage. Il avertit Soſtène que
cette prétendue Eſclave doit être reſpec
tée. Elle expie, dit-il , entre les mains
des Prêtreſſes qui la préſentent au Tem
ple, des forfaits qu'elle ne connoît pas,
& qu'il deſire ardemment qu'elle ne
connoiſſe jamais. Ce ſecret inquiète An
tigone. Il veut l'arracher de Caſſandre.
Il vient avant le jour le trouver pour ce
la dans les Parvis de ce Temple. Il ex
horte Caſſandre au nom de leur ancienne
amitié,à réunir leurs forces pour partager
laTerre entr'eux,&pour§ les con
quêtes d'Aléxandre contre les ennemis
H ij
*.
172 MERCURE DE FRANCE.
qui viennent de toutes parts s'emparer de
ces riches dépouiles.Sur un regret qui
échappe à Caſſandre, Antigone veut cal
mer ſes remords.Le premier avoitpréſen
té dans un feſtin le poiſon qui cauſa la
mort d'Aléxandre. Il lui avoit été donné
par ſon père Antipatre, mais fans lui en
avoir confié le ſecret Antigone , par le
portrait qu'il fait d'Aléxandre, entre
piend devguſtifier l'attentat. L'âme de
Caſſandre s'épouvante toujours de l'hor
reur du crime. Antigone, qui veut aller
à ſon but ſur le ſecret qu'il a deſſein
de pénétrer , reclame de nouveau l'ami
tié de Caſſandre. Il en exige une pro
meſſe de lui accorder ce qu'il demande
- ra. Caſſandre promet , Antigone ne de
mande qu'une Eſclave; mais cette Eſ
clave eſt Olympie. A cette demande
Caſſandre eſt troublé. Son ami inſiſte,
il répond par ces Vers :
» Sous les yeux vigilans des Dieux & des Déeſſes,
- olympie eſtgardée au milieu des Prêtreſſes.
» Les portes s'ouvriront quand il en ſera temps.
• Dans ce Parvis ouvert au reſte des vivans,
» Sans vous plaindre de moi, daignez au moins
-
-
» m'attendre.
# prendre,
T
,
•
-
» Des Myſtères nouveaux pourront vous y ſur
-
M A I. 1764.
- » Et vous déciderez ſi la Terre a des Rois
2º Qui puiſſent aſſervir Olympie à leurs loix.
173
Caſſandre rentre dans le Temple ;
Antigone crojt avoir pénétré le grand
myſtère qu'il ſoupçonne ſur le ſort d'O-
lympie. On ouvre les trois portes du
Temple , dont on découvre l'intérieur.
Les Prêtres d'un côté & les Prêtreſſes de
Pautre environnent l'Autel , ſur lequel
Caſſandre & Olympie méttent la main :
ils prononcent alternativement en pré
ſence de l'Hierophante, des ſermens
préparatoires de l'Hymen dont on va
célébrer la pompe. Caſſandre en appelle
à Antigone lui même, pour ſçavoir ſi,
malgré les liens de l'amitié, il pouvoit
lui faire un tel ſacrifice, & les portes du
Temple ſe referment. Antigone eſt plus
confirmé que jamais dans ſes ſoupçons
ſur le ſort d'Olympie. L'ambition & l'a-
mour ſe réuniſſent pourl'animer. Olym
pie a des droits qui peuvent élever ſon
Epoux au rang de Roi des Rois. L'a-
mour a plus d'empire ſur ſon cœur qu'il
ne croyoit lui-même ; tout excite ſa ja
louſie , tout enflâme ſa colère.. La pom
pe de l'Hymen qui s'apprête irrite & re
double en lui ces cruelles paſſions. Il
s'écarte des objets qui le bleſſent. Il va
-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
concerter les projets furieux qu'il con
çoit, pour empêcher que l'Hymen de
Caſſandre & d'Olympie ne s'accom
pliſſe.
-
A C T E I I.
: Les trois portes ſont ouvertes. Tout
le Théâtre eſt réputé alors l'intérieur
du Temple. L'Hierophante eſt envi
ronné des Prêtres & des Prêtreſſes.
Une ſeule Prêtreſſe, enſévelie dans ſa
douleur , n'aſſiſte point aux Myſtères.
Mais le ſort l'a nommée pour la célébra
tion de l'Hymen qui ſe prépare. La voix
du Sort eſt regardée comme celle de
Dieu même ; il faut qu'elle obéiſſe. Une
Prêtreſſe inférieure eſt chargée de la faire
venir. Elle paroît, elle regrette en larmes
la néceſſité qui l'arrache à ſa retraite.
Une autre néceſſité l'accable : ſon ſort
étoit reſté inconnu même dans l'intérieur
du Temple. Les loix du Rit qu'on y
pratique exigent qu'elle ſe déclare. Elle
cède avec effort ; elle prend le ſerment
de tout ce qui aſſiſte ſur les ſecrets qu'elle
va révéler.
Elle s'informe auparavant
s'il eſt vrai que Caſſandre ſoit au nombre
· des Initiés. Elle gémit de ce qu'il parle
aux mêmesDieux qu'elle. L'Hierophante
cherche à la conſoler par des ſentimens
t
- --
-
M A I. 1764.
,
175
de Religion. Enfin cette Prêtreſſe voi
lée eſt Statira ; c'eſt la fille de Darius ,
c'eſt la veuve d'Aléxandre , qui décla
re que Caſſandre eſt l'auteur de la
mort de ſon Maître, qu'il a plongé dans
ſon ſein à elle-même un fer meurtrier ,
& qu'il
l'a laiſſée mourante , ſur le
corps de ſon auguſte Epoux. L'Hiero
phante veut ſe proſterner aux pieds de
cette grande Reine ; mais elle ne de
mande de reſpect que pour ſa douleur.
Elle connoît trop le néant des grandeurs
du monde. Un vil étranger, un pauvre,
ſoulagea la miſère de Darius ; une fem
me Ephéſienne lui a ſauvé la vie à elle
même, abandonnée de ſes amis & de
ſes Sujets. Cette femme eſt la Prêtreſſe
inférieure qui l'accompagne ; l'horreur
du monde l'a déterminée à s'enterrer
vivante au fond de ce Temple. Elle
pleure une fille , un enfant arraché de
ſes bras ſanglans Quelques efforts qu'il
en puiſſe coûter à ſon cœur, la loi qu'elle
, a embraſſée l'oblige en cette occaſion à
bénir elle-même l'Hymen d'Olympie &
de Caſſandre : c'eſt elle qui doit préſen
ter le feu ſacré, l'eau luſtrale, l'encens,
enfin tout ce qui doit conſacrer cette au
· guſte Cérémonie. L'Hierophante plaint
Statira, & la laiſſe ſeule attendre Olym
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ie Celle - ci s'avance. Le Temple eſt
ébranlé à ſon approche. - Le cœur de
Statira eſt ému juſqu'au trouble, à l'aſ
pect de cette jeune Perſonne, qu'elle re
garde comme une victime dévouée au
malheur. Elle plaint ſur tout l'illuſion de
ſon cœur , quand elle entend de ſa bou
che ingénue la déclaration vraie & ſin
cère de ſes ſentimens pour Caſſandre.
» Depuis " dit olympie) que je tombai en ſes au
» guſtes mains,
-
» J'ai vu toujours en lui le plus grand des Humains.
» Je chéris un Epoux, & je révère un Maître.
» Voilà mes ſentimens, & voilà tout mon être.-
C'eſt dans cette Scène que ſe prépare
de la manière la plus naturelle & la plus
intéreſſante , la reconnoiſſance entre la
mère & la fille. Toutes les réponſes
d'Olympie aux queſtions de Statira ſur
ſon ſort, ſur les époques de ſa naiſſance
& de ſon eſclavage, jettent une lumière
encore indéciſe, mais qui frappe ſenſi
Àblement l'âme de cette mère infortunée.
L'Hierophante ſurvient : il achève d'é-
claircir ce grand évènement. Il apprend
·à Statira qu'Antigone, que les Peuples,
· que l'Armée, que toutes les voix enfin ſe
réuniſſent à déclarer que cette Olympie
-
, M A I. 1764.
177
eſt fille d'Aléxandre. Ce bonheur eſt
mêlé pour Statira de l'affreuſe amertu
me qu'y répand l'Hymen projetté. On
menace le Temple ; des Soldats l'envi
ronnent. Ephèſe eſt diviſée en deux fac
. tions. L'Hierophante exhorte les Prin
ceſſes à demeurer au pied des Autels. Il
va ſe préſenter aux Rois audacieux †
menacent de violer la ſainteté de ſon
aſyle ; & ſi la tyrannie, dit-il, oſoit en
approcher ,
23 marcher.
-
» C'eſt ſur ſon corps ſanglant qu'il lui faudra
Statira fait des vœux pour le ſuccès
des armes d'Antigone , & de doulou
reuſes réfléxions ſur la néceſſité où elle
eſt de n'attendre du ſecours que de ſes
ennemis qui ont été ſes Sujets. Elle ex
horte Olympie à ſuivre le devoir qu'el
le-même s'eſt preſcrit, de ſoutenir le
grand nom qui reſte à la mère & à la
fille.
·
·
·
·
·
A c T E I I i
, ,
| LE Temple eſt fermé. Caſſandre &
Soſtène ſont dans le périſtile. Le pre
mier a cédé à la voix publique. Il eſt
convenu qu'Olympie º# d'Aléxan
178 MERCURE DE FRANCE.
dre. Antigone, abuſant de la religion ,
qu'il ne reſpecte pas, a ſoulevé le Peu
ple, & fait enviſager comme un crime
affreux l'hymen de Caſſandre avec une
fille dont il a tué la mère. Caſſandre
convient avoir tué Statira , mais c'eſt .
dans le tumulte & l'horreur des com
bats. Son plus grand ſupplice eſt d'être
coupable aux yeux d'Olympie qu'il
adore. Il eſpére cependant de la ten
dreſſe d'Olympie, dont le cœur eſt à lui
dès l'enfance. Mais ſi elle retiroit la
inain qu'elle lui a donnée, il menace
de détruire le Temple même dont il eſt
le défenſeur.
Il cherche Olympie ,
il
eſt arrêté par l'Hierophante. Il lui de
mande la Princeſſe , l'Hierophante lui
| promet que la Prêtreſſe chargée du ſoin
ſacré de la cérémonie, va bientôt l'a-
mener; mais il fait des vœux pour que
cet hymen n'occaſionne pas le mal
heur de l'un & de l'autre époux. Ces
vœux allarment Caſſandre , il veut faire
expliquer l'Hierophante, il l'accuſe d'ê-
trc du parti d'Antigone contre lui. Le
Grand-Prêtre répond à ce ſoupçon avec
· une religieuſe fermeté.
-
» Me préſervent les cieux de paſſer les limites
» Que mon culte paiſible à mon zéle a preſcrites
* -
M A I. 1764
:
1-3
» Les intrigues des cours, les cris des factions, .
» Des humains que je fuis les triſtes paſſions
» N'ont point encor troublé nos retraites obſcures,
» Au Dieu que nous ſervons nous levons des
» mains pures.
-
» Les débats des grands Rois prompts à ſe divi
» ſer 2
v
» Ne ſont connus de nous que pour les appaiſer.
» Et nous ignorerions leurs grandeurs paſſagères,
» Sans le fatal beſoin qu'ils ont de nos prières.
;
•
.
.
•
•
.
&c. &c.
•
-
· Olympie s'avance avec Statira voi
lée. Dans cette Scène, en même temps
terrible & attendriſſante, Caſfandre re
connoît Statira dans les bras de laquelle
ſejette Olympie. Caſſandre eſt confondu
& accablé de ſes remords. Statira lui
rappelle tous les crimes qu'elle lui re
proche. Il ne prétend s'excuſer ſur rien,
Olympie, preſſée par un devoir qu'elle
croit ſacré, demande elle-même à ſa
mère d'éteindre les flambeaux d'un ſi
funeſte hyménée. Caſſandre au déſeſ
oir, Caſſandre, qui a mis ſon Sceptre
ſa Couronne aux pieds de ces Prin
ceſſes, ſans prétendre ſe juſtifier, n'é-
coutant plus qu'un amour auquel il ne
peut réſiſter, jure d'enlever du Temple
& même des bras de ſa mère la triſte
H vj.
5
-
18o MERCURE DE FRANCE.
Olympie qu'il a droit de regarder déjà
comme ſon épouſe. Il ſort & laiſſe les
deux Princeſſes dans les allarmes que
leur cauſe la fureur de ſes menaces. An
tigone vient ſe préſenter à Statira pour
être le défenſeur de la veuve & de la
fille d'Aléxandre. Il demande le ſuffra
ge de Statira ; il l'obtient aiſément du
defir qu'elle a de ſe venger ; mais il
prétend pour prix de ſes ſervices la main
d'Olympie. Statira conſulte l'aveu de ſa
fille. Celle-ci apporte pour excuſe le
trouble affreux de ſa ſituation,& ne pro
met rien. Statira répond de ſon aveu,
Reſtée ſeule avec ſa fille, elle la preſſe
de ſe décider, elle lui propoſe de ral
lumer pour Antigone les flambeaux de
l'hymen éteints pour Caſſandre. Olym
pie ſe défend quelque temps, en pro
,teſtant qu'elle ne veut d'autre Trône ,
d'autre hymen que la retraite obſcure
qu'avoit choiſie ſa mère , pour elle
même. Elle propoſe à cette mère affli
gée, de laiſſer tous les débats de ces
Rois forcenés, de ne point joindre leurs
mains tremblantes, à ces mains meur
trières.
-
• Les larmes ſont pour nous , les crimes ſont
» pour eux.
·
-
Ces larmes , qu'en effet elle voit ré
VA
,
,
A
-
M A I. 1764.
18 x
pandre à ſa fille, glacent d'horreur Sta
tira. La tremblante Olympie ne peut
lui cacher qu'elle aime Caſſandre , mais
elle jure de le fuir. Statira eſt épouvan
tée d'un ſentiment qu'elle déteſte dans
ſa fille, celle-ci tombe à ſes pieds.
-
•
» Hélas, dit-elle, de douleur dévorée,
» Tremblante à vos genoux, je les baigne de
» pleurs.
» Ma mère, pardonnez.
1
ST A T I RA,
» Je pardonne & je meurs :
Olympie jure de ne jamais trahir ſes
devoirs, & de mourir plutôt que d'of
fenſer la gloire des Auteurs de ſa naiſ
ſance. Statira eſt pénétrée de douleur
de voir qu'Olympie peut mourir plutôt
que de haïr l'ennemi qu'elle déteſte.
Mais elle compte ſur ſa vertu, & ne peut
la regarder comme coupable.
-
A C T E I V.
, Antigone eſt dans le périſtile, ſes ſol
dats occupent les paſſages qui condui
ſent au Temple ;le Peuple d'Ephèſe eſt
partagé entre Caſſandre & lui ; le ſignal
de la guerre eſt donné, il y court ; mais
il eſt arrêté par Caſſandre, qui lui re
proche l'amitié trahie, Antigone lui ob
r82 MERCURE DE FRANCE.
jecte ſes crimes & l'erreur à laquelle ii
prétend qu'il devoit la tendreſſe d'O-
lympie. Il lui propoſe de reprendre leur
ancienne alliance , & même de périr
pour lui s'il veut céder Olympie. Caſ -
ſandre ne répond à cette propoſition
que par celle d'un combat ſingulier.
Le combat eſt accepté , ils mettent
répée à la main aux portes du Tem=
ple; l'Hierophante les ouvre. Il apoſtro
phe avec véhémence les deux Rois qui
profanent ſon ſaint aſyle. Les Prêtres,
les Initiés & le peuplé en foule ſe pré
cipitent entre les combattans & les ſé
parent. Antigone perſiſte & atteſte le
Ciel & les Mânes d'Aléxandre qu'il ne
ſouffrira pas qu'un hymen illégitime
s'accompliſſe. Caſſandre n'eſt pas plus
diſpoſé à céder de ſes
prétentions,
L'Hierophante exhorte ce dernier à la
modération. Il lui repréſente la force
de la loi, qui permet à une femme de
paſſer dès le même jour dans les bras
d'un autre époux , ſi le ſien a verſé le
† de quelqu'un de ſa famille, dans
quelque circonſtance & de quelque
rang que ſoit cet époux. De plus , la
mère d'Olympie vit encore, c'eſt à elle
à diſpoſer du ſort de ſa fille. C'eſt à lui
d'attendre les arrêts de l'une & de l'au
*.
'\
M A I. 1764.
183
tre. Antigone ſaiſit comme un eſpoir
certain de ſon ſuccès ce qu'a dit l'Hié
rophante. Caſſandre , libre avec ſon
Confident, ſe promet de ſe porter aux
plus grandes extrémités plutôt que de
renoncer à l'hymen d'Olympie. Mais
Antigone a ſéduit Statira. Il ne doit
pas eſpérer de fléchir cette mère irritée.
Ses remords ne lui laiſſent pas la dou
ceur de penſer qu'Olympie elle-même
puiſſe jamais lui pardonner. Il a formé
le projet de l'enlever aux Dieux mêmes
qu'il a ſervis. Dans ce moment,il apper
- çoit Olympie proſternée aux pieds d'un
Autel. Il ordone à Soſtène d'allet tout
préparer pour l'enlévement.Olympie ap
| perçoit Caſſandre. Celui-ci fait les der
niers efforts pour calmer l'horreur qui
accable l'âme de ſa maîtreſſe. Il la preſſe
de le ſuivre, elle lui demande avec inſ
tance de la fuir. Elle s'irrite de la crainte
qu'il a qu'elle ne céde aux vœux d'An
tigone. Enfin, ſur ce qu'il veut entre
prendre de l'arracher de ſon aſyle, elle
lui demande la mort. Caſſandre lui re
| proche l'excès de ſa haine. Olympie
termine ſes reproches par un dernier
aveu du ſentiment le plus tendre.
» Ma haine eſt-elle juſtè, & l'as-tu méritée ?
-
-
184 MERCURE DE FRANCE.
» Caſſandre, fi ta main féroce, enfanglantée ;-
» Ta main, qui de ma Mère oſa percer le fianc s
» N'eût frappé que moi ſeule & verſé que mora
-
» ſang ,
-
-
· » Je te pardonnerois,je t'aimerois .. .. babare
» Va, tout nous déſunit •
• • • • • • • . .
' Caſſandre inſiſte encore plus vivement:
Quand elle devroit l'épouſer pour lui
percer le cœur, il faut que ſon deſtin
s'accompliſſe , il faut qu'elle le ſuive ... --
--
*-
-
"
» Haïſſez, puniſſez, mais ſuivez votre époux.
Soſtène, interrompt cette Scène en
venant informer Caſſandre qu'Antigone
eſt aux portes du Temple; qu'il cher
che à ſéduire ſes amis , à détourner
, ſes ſoldats, que le Peuple eſt ébranlé ,
qu'il atteſte Aléxandre , Olympie elle
même. Caſſandre accuſe tendrement
· Olympie de vouloir ſa mort. Il lui arra
· che encore un nouvel aveu de ſa foibleſſé.
:
*
o LY MP 1E.
» Moi : vouloir ton trépas ! ... va,j'en ſuis
· » incapable. .. ..
'» Vis loin de moi,
-
C A S S A N'D R E.
º » Sans vous le jour m'eſt érécrable
|
-
M A I. 1764.
185
» Et s'il m'eſt conſervé,je revole en ces lieux ,
» Je vous arrache au Temple, & je meurs à vos
» yeux.
- -
-
-
Olympie ſe reproche amérement les
pleurs que lui coûte Caſſandre. La voix
du devoir, la voix de la nature eſt la
ſeule à qui elle veut obéir. Les Dieux
avoient reçu d'elle les ſermens de l'amour
le plus tendre. Les Dieux ont tout chan
é.... mais qu'ils changent donc ſon
· cœur. C'eſt ce qu'elle implore du Ciel.
» Eh! que peut ſur ſoi-même une foible Mortelle !
·
Elle ſent bien qu'elle enfonce le
trait qu'elle veut arracher. Ce cœur déja
déchiré, va éprouver de nouvelles bleſ
ſures. L'Hiérophaute vient apprendre
à Olympie que Statira ſa Mère, al
# du bruit & du carnage qui pro
fauent lesiſſues du Temple, & voyant
que Caſſandre s'y fraye un chemin,
dans la crainte de voir ſa fille tomber
entre les mains du raviſſeur qu'elle
abhorre, a faiſi le glaive des ſacrifices
& s'en eſt percé le ſein. Caſſandre eſt
à ſes pieds, Caſſandre l'implore , mais
ſa ſoumiſſion & ſes ſoins redoublent
l'horreur de ſes derniers momens. Sta
tira va expirer. Elle a éxigé de l'Hié
".
186 MERCURE DE FRANCE.
rophante qu'il viendroit conſoler Olym
pie & lui dire que la dernière volon
té de ſa Mère, eſt que pour la ven
ger elle épouſe Antigone. Olympie veut
aller mourir près d'elle. L'Hiérophante
lui dit :
» Armez-vous de courage..
-
·
O L Y M P I E.
· A. C T E , V.
-
° ""
» O ſang qui m'a fait naître !
» J'en ai beſoin, Seigneur, & j'en aurai peut
:
·
·
t F
º ..
· Antigone, dans le périſtyle, s'entre
tient avec ſon Confident ſur l'eſpoir qui
femble l'aſſurer de poſſéder Olympie :
les dernières volontés de ſa mère lui
donnent ſur elle des droits irrévocables,.
auxquels il ne doute pas qu'elle ne ſonſ
crive. Si Caſſandre entreprenoit de s'y
oppoſer, il ſe promet de l'en punir. Mais
le reſpect de la Pompe funèbre va ſuſ
pendre toute hoſtilité. L'Hierophante ,
les Prêtres & les Prêtreſſes s'avancent en
pleurant; on ſoutient Olympie, à peine
reſpirante. Antigone s'adreſſe à elle pour
lui promettre de venger ſa mère, & pour
la raſſurer contre toutes les entrepriſes
M A I. 1764.
187
de Caſſandre. Olympie répond par ces
deux vers :
• Ah, Seigneur ! parlez moins de meurtre & de
-
» vengeance.
-
» Elle a vécu, je meurs au reſte des humains. .
- Antigone ſe retire. Olympie conſulte
l'Hierophante, pour ſçavoir s'il ne lui eſt
pas permis de conſacrer le reſte de ſa vie
dans le Temple, & de s'enſévelir dans la
même obſcurité qui avoit dérobé ſa
mère aux regards des humains. Convain
cue par ce Miniſtre des Dieux, que ſi
elle ne choiſit pas Antigone pour époux,
il faut qu'elle retombe au pouvoir de
Caſſandre, elle prend ſon parti; &, ſans
s'expliquer davantage, elle dit à l'Hiero
phante que ſon choix eſt fait, qu'elle eſt
déterminée.. ..... Lorſqu'il veut ſçavoir
d'elle ſur qui tombe ce choix, elle lui
rappelle le contraſte inconciliable qu'il
trouve lui-même entre les flambeaux de
la mort & ceux de l'Hymen. Elle s'in
forme s'il lui ſera permis d'approcher du
corps de ſa mère, & de lui rendre les
derniers dévoirs ſur le Bucher. L'Hiero
phante l'aſſure que non-ſeulement elle le
peut, mais qu'elle le doit. C'eſt elle qui
préſentera les offrandes funéraires, c'eſt
·
183 MERCURE DE FRANCE.
elle qui fera les libations , &c. Les
Prêtreſſes apportent tout ce qui eſt né
ceſſaire pour cette lugubre cérémonie.
Olympie preſſe l'Hierophante de tout
préparer. Elle le prie de faire venir les
deux Rois rivaux.
C'eſt devant eux
qu'elle veut s'expliquer, aux pieds des
Autels, à l'aſpect de ſa mère, aux yeux
des Prêtreſſes..
» Témoins de mes malheurs, témoins de mes
» promeſſes,
s
-
-
» Mes ſentimens, mon choix vont être déclarés.
»Vous les plaindrez peut-être, & les approuverez,
Olympie gémit en ſecret de l'empire
cruel que Caſſandre conſerve malgré
elle ſur ſon cœur. Il arrive le premier,
il vient offrir de s'immoler , il ſe re
connoît auſſi coupable que malheu
reux ; mais il invoque toujours les ſer
mens de l'Hymen. Il ſe jette à ſes ge
noux ,
•s Venge-toi, dit-il, punis-moi; mais ne ſois pointº
» parjure.
.
-
» Va,l'Hymen eſt encor plus ſaint que la Nature
Elle le fait relever, en le conjurant de
ne pas ſouiller les dons qu'elle va pré
· ſenter, & de ne pas approcher du lieu
-
M A I. 1764.
189
de la Cérémonie. Antigone de ſon côté
vient preſſer la Princeſſe de s'expliquer.
Elle le promet; mais elle exige, de mê
me que de Caſſandre, qu'il la reſpecte
en ces momens funébres, & qu'il ſe ſou
mette à ſes volontés. Les deux rivaux en
font le ferment. Alors Olympie s'accuſe
elle même d'avoir mérité ſes malheurs,
d'avoir trahi ſes parens dès qu'elle les a
connus. Sa mère en expirant lui a or
donné d'épouſer Antigone, elle a refu
ſé d'obéir. Elle interrompt le reproche
que veut faire Antigone, en lui diſant :
» A ſes Mânes (de ſa mère) à vous, je ne fais
» point d'injure ; .
'
-
» Je rends juſtice à tous, & je la rends à moi ,
» Coſſandre, devant lui je vousdonnai ma foi,
» Voyez ſi mes liens ont été légitimes ;
» Je vous laiſſe en juger , vous connoiſſez vos
» crimes.
» Il ſeroit ſuperflu de vous les reprocher,
•s Réparez-les un jour...
On voit le Bucher déjà embrâſé ;
Olympie le fait conſidérer à Caſſandre ;
elle y monte avec une noble & modeſte
aſſurance ; elle y fait toutes les céré-
monies du culte des Anciens, & rela
tives à leur grande vénération pour les
Mânes de leurs parens.
4
|
|
|
#
º,
·
sgo MERCURE DE FRANCE.
Après une apoſtrophe à Caſſandre,
· qui rappelle & ſes crimes & les malheurs
d'Olympie, en lui diſant :
» Tu crois mes lâches feux de mon âme bannie ;
» Apprends que je t'adore, & que je m'en punis. - -
» Cendres de Statira ! recevez Olympie.
Elle ſe jette dans le Bucher, & diſpa
roît comme dévorée par les flammes.
L'Hiérophante , les Prêtres & les Prê
treſſes ainſi que tous les Afſiſtans ſont
ſaiſis de terreur & d'admiration. Caſ
ſandre, en ſe frappant, s'immole à ſon
amour & à ſes remords. Il exhorte An
tigone à l'imiter. .
-
Ainſi finit cette Tragédie , par un
coup de Théâtre auſſi neuf ſur no
,tre Scène, que pathétique & pittoreſ
'que. Coup de Théâtrè auquel le talent
ſublime de Mlle Clairon pour la repré
ſentation, met une vérité & une di
gnité , qui en ont toujours rendu l'effet
admirable.
-
-
-
N. B. Nous n'ajouterons point de re
marques à celles qui ſont imprimées avec,
cette Piéce. Il y auroit une préſomption
répréhenſible en nous , de prétendre
donner plus d'éclairciſſemens au Lec
teur ſur les Ouvrages de l'Auteur d'O-
-
M A I. 1764.
I 9 I
lympie, qu'il en donne lui-même. Su
périeur à nos éloges, il en ſeroit peu
flatté, & le Public n'a pas beſoin d'être
· excité à lui donner tous ceux que ſes
productions ſont en droit d'obtenir.
Nous nous arrêterons, ſur cette Tra
gédie, à un fait bien conſtaté, c'eſt que
les repreſentations ont attiré & atta
ché un un fort grand nombre de Spec
tateurs. Il y a , comme on voit dans
la
texture de ce Drame , une aſſez
grande quantité de points tragiques ,
qui naiſſent des ſituations. La fingu
larité du Spectacle , ſa pompe & ſa
majeſté, imprimeront toujours une ſor
te d'émotion, que l'art ne doit peut
être pas dédaigner de mettre au nombre
de ſes moyens, mais dont il ſeroit dan
· gereux de faire trop uſage.
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2
p. 192-195
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Il Y A EU Concert tous les jours, à commencer du Dimanche 15 Avril, jusques & compris le Mardi [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Il Y A EU Concert tous les jours, à commencer
du Dimanche 15 Avril, jusques & compris le Mardi
14.
Le nouveau Motet à grand-chœur Miſerere mei
JDeus, par M. DAUvERGNE , a été donné le Di
manche 15 & le Jeudi 19, à la ſatisfaction du Pu
blic, & a été fort applaudi.
• Le Dimanche 15 , le Lundi 16 , & le Dimanche
22 , Mlle ARNoULD & M. le GRos ont chanté le
nouveau Motet Exultate Juſti, & c a deux voix,
du même M. DAUvERGNE. Ce Motet a paru faire
chaque fois un plaiſir nouveau & plus vif.
Le Lundi 16 , le Mercredi 18 & le Vendredi
2o on a donné encore du même Compoſiteur,
le De profundis, nouveau Moret à grand-chœur,
dans lequel les Amateurs ont trouvé des beautés.
Le Samedi 21 , le Dimanche 22 & le Mardi 24,
Regina Cœli, nouveau Motet à grand chœur,
auſſi de la compoſition de M. DAUvERGNE. Le
mérite & le nombre de ces productions nouvelles,
dans un auſſi court eſpace de temps , ont confirmé
de plus en plus le Publicdans l'opinion avantageuſe
qu'il avoit de la facilité & des granºs talens de ce
Compoſiteur. Nous devons des éloges, que tous
les Amateurs approuveront, au zèle & aux efforts
continuels de M. DAUvERGNE , pour ajouter cha
que jour à ſa réputation.
-
Le Mardi 17 , le Mercredi 18 , le Jeudi 19 , &
Vendredi !o, M. ALBANEzE, de la Muſique du
Roi, & Mlle HARDY ont chanté le beau Stabat
Mater del Signor PERGoLEzE
Les autres Motets donnés pendant ces dix# 2
OIlt
M A I. 1764.
I
ſont, Exaudi Deus Nationum, Motet à grand
chœur de M. l'Abbé G1RoUsT, Me de Muſique
de la Cathédrale d'Orléans. Dominus regnavit &
· Confitemini de M. DELALANDE. Deus venerunt
Gentes & Cantate Domino de feu M. FANToN.
Le Te Deum de M. DAUvERGNE , du plus grand
& du plus bel effet. In convertendo , nouveau
Motet a grand chœur d'un Anonyme. En petits
Motets, Diligam te, de M. DAUvERGNE, chanté
par Mlle RozET , Nunc dimittis, de M. BrLLoU ;
chanté par Mlle BERNARD , Coronate , Conſerva
me, Afferte Domino , de M. LEFEvRE ; Cantate
Domino, de M. A N T H E A U M E, de l'Académie
Royale de Muſique ; Laudate, de M. PoULAIN.
Ces cinq ont été chantés par M. LE GRos, &
pluſieurs autres Motets à voix ſeule chantés par
Mlle FEL , dont on a toujours admiré le goût
& la voix, ainſi que dans les récits qu'elle a
chantés dans les grands Motets.
M. DUPAR, Hautecontre de l'Académie Roya
le de Muſique, a débuté avec ſuccès, le Lundi
2 3 , par le Motet Benedictus Dominus de feu M.
MoUR ET , MM. GAvINIÉs, BALBATRE & CA
x'RoN ont exécuté différens Concerto, avec tout
le talent que l'on connoît à chacun d'eux & les
ſuffrages unanimes des Auditeurs. Le Dimanche
1 5 , le Mardi 17, le Mercredi 18 & le Vendredi
2o , M. DUPoRT a exécuté différentes Sonates de
Violoncelle. Le nommer à préſent ſuffit pour
ſon éloge. D'ailleurs les Phénomènes n'en ſont
pas ſuſceptibles , puiſqu'ils ſemblent ſortir de
l'ordre naturel des choſes connues.
Le Lundi 16 & le Jeudi 19 , M. JANNsoN de
la Muſique de S. A. S. Mgr LE PRuNcE DE
dCoNTI, a auſſi exécuté deux Sonates de Violon
celle. On n'a rien à ajouter à ce qui a été dit de
194 MERCURE DE FRANCE.
lui dans le ſecond Volume d'Avril , à l'Art, du
Concert.
-
Le Lundi 23, M. LEGRAND,Organiſte de l'Ab
baye de S. Germain des Prés, & le Samedi 24 ,
M. SEGUR, Organiſte de S. André des Arcs, ont
exécuté chacun un Concerto d'orgues, & ont eu
des applaudiſſemens.
Le jeudi 19, le Vendredi 2o, le Samedi 2 r,
& le Mardi 23 , M. RoDoLPHE de la Muſique de
S. A. le Duc Régnant de Wirtemberg a ſurpris &
enchanté par les Concerto de ſa compoſition
qu'il a exécutés avec le Cor de Chaſſe. On ne
craint pas de dire que juſqu'à ce qu'on l'eût
entendu, on ne croyoit pas poſſible de rendre
ſur cet Inſtrument, comme le fait M. RoDoL
pHE, toutes les difficultés d'une Muſique ſçavante,
les intonations les plus difficiles avec le ſon le
plus flatteur & les cadences de la plus belle voix.
Le Samedi 21 , le Lundi 23 , & le Mardi 24 ,
M. LoLLy, de la Muſique de S. A, le Duc de
Wintemberg a exécuté différentes Sonates de Vio
lon de ſa compoſition. De l'aveu de tous les
Connoiſſeurs , cet habile Artiſte ne laiſſe rien à
deſirer. Il joint à la plus admirable exécution à
tous égards le mérite d'un très-habile Compoſi
teur. Le Vendredi 28, on exécuta Omnes gentes,
Motet à grand chœur de M. DAUvERGNE. Mlle
LA CRoIx chanta Regina Cœli, Motet à voix
ſeule de feu M. MoUREt. Mlle ARNoULD & M.
LEGRos chanterent l'Exultate de M. DAUvER
GNE. Mlle HARDY chanta un Air Italien. Pour
la fin du Concert on exécuta Dominus regnavit,
Motet à grand chœur de M. DELALANDE , dans
lequel Mlle ARNoULD chanta avec cet art que
les grâces & la nature lui ont donné pour en
chanter dans tous les genres.
º
Le Dimanche 29 Avril on exécuta le Regina
M A I. 1764.'
I 95
Cali & le Te Deum, Motets à grand chœur de
M. DAUvERGNE , dont nous avons déjà parlé.
Mlle ARNoULD & M. LHGRos y répétérent l'E-
xultate avec autant d'applaudiſſemens que les
premières fois. M. GAvINIés exécuta un Concerto
de ſa compoſition, qui fut-fort applaudi. Mlle
FEL chanta un Motet à voix ſeule.
En général , les Concerts dont on vient de
rendre compte, ont été fort variés , arrangés
avec l'intelligence † doit attendre de M.
DAUvERGNE , & parfaitement exécutés. Le Public
s'y eſt porté avec affluence. Il ne s'eſt point ap
perçu que M. GÉLIN fût à peine guéri d'une in
diſpoſition conſidérable, & lui a donné, ainſi
u'à Mlle ARNoULD & à M. LEGRos particulié
rement , les témoignages les plus flatteurs & les
plus agréables de ſa ſatisfaction.
Il Y A EU Concert tous les jours, à commencer
du Dimanche 15 Avril, jusques & compris le Mardi
14.
Le nouveau Motet à grand-chœur Miſerere mei
JDeus, par M. DAUvERGNE , a été donné le Di
manche 15 & le Jeudi 19, à la ſatisfaction du Pu
blic, & a été fort applaudi.
• Le Dimanche 15 , le Lundi 16 , & le Dimanche
22 , Mlle ARNoULD & M. le GRos ont chanté le
nouveau Motet Exultate Juſti, & c a deux voix,
du même M. DAUvERGNE. Ce Motet a paru faire
chaque fois un plaiſir nouveau & plus vif.
Le Lundi 16 , le Mercredi 18 & le Vendredi
2o on a donné encore du même Compoſiteur,
le De profundis, nouveau Moret à grand-chœur,
dans lequel les Amateurs ont trouvé des beautés.
Le Samedi 21 , le Dimanche 22 & le Mardi 24,
Regina Cœli, nouveau Motet à grand chœur,
auſſi de la compoſition de M. DAUvERGNE. Le
mérite & le nombre de ces productions nouvelles,
dans un auſſi court eſpace de temps , ont confirmé
de plus en plus le Publicdans l'opinion avantageuſe
qu'il avoit de la facilité & des granºs talens de ce
Compoſiteur. Nous devons des éloges, que tous
les Amateurs approuveront, au zèle & aux efforts
continuels de M. DAUvERGNE , pour ajouter cha
que jour à ſa réputation.
-
Le Mardi 17 , le Mercredi 18 , le Jeudi 19 , &
Vendredi !o, M. ALBANEzE, de la Muſique du
Roi, & Mlle HARDY ont chanté le beau Stabat
Mater del Signor PERGoLEzE
Les autres Motets donnés pendant ces dix# 2
OIlt
M A I. 1764.
I
ſont, Exaudi Deus Nationum, Motet à grand
chœur de M. l'Abbé G1RoUsT, Me de Muſique
de la Cathédrale d'Orléans. Dominus regnavit &
· Confitemini de M. DELALANDE. Deus venerunt
Gentes & Cantate Domino de feu M. FANToN.
Le Te Deum de M. DAUvERGNE , du plus grand
& du plus bel effet. In convertendo , nouveau
Motet a grand chœur d'un Anonyme. En petits
Motets, Diligam te, de M. DAUvERGNE, chanté
par Mlle RozET , Nunc dimittis, de M. BrLLoU ;
chanté par Mlle BERNARD , Coronate , Conſerva
me, Afferte Domino , de M. LEFEvRE ; Cantate
Domino, de M. A N T H E A U M E, de l'Académie
Royale de Muſique ; Laudate, de M. PoULAIN.
Ces cinq ont été chantés par M. LE GRos, &
pluſieurs autres Motets à voix ſeule chantés par
Mlle FEL , dont on a toujours admiré le goût
& la voix, ainſi que dans les récits qu'elle a
chantés dans les grands Motets.
M. DUPAR, Hautecontre de l'Académie Roya
le de Muſique, a débuté avec ſuccès, le Lundi
2 3 , par le Motet Benedictus Dominus de feu M.
MoUR ET , MM. GAvINIÉs, BALBATRE & CA
x'RoN ont exécuté différens Concerto, avec tout
le talent que l'on connoît à chacun d'eux & les
ſuffrages unanimes des Auditeurs. Le Dimanche
1 5 , le Mardi 17, le Mercredi 18 & le Vendredi
2o , M. DUPoRT a exécuté différentes Sonates de
Violoncelle. Le nommer à préſent ſuffit pour
ſon éloge. D'ailleurs les Phénomènes n'en ſont
pas ſuſceptibles , puiſqu'ils ſemblent ſortir de
l'ordre naturel des choſes connues.
Le Lundi 16 & le Jeudi 19 , M. JANNsoN de
la Muſique de S. A. S. Mgr LE PRuNcE DE
dCoNTI, a auſſi exécuté deux Sonates de Violon
celle. On n'a rien à ajouter à ce qui a été dit de
194 MERCURE DE FRANCE.
lui dans le ſecond Volume d'Avril , à l'Art, du
Concert.
-
Le Lundi 23, M. LEGRAND,Organiſte de l'Ab
baye de S. Germain des Prés, & le Samedi 24 ,
M. SEGUR, Organiſte de S. André des Arcs, ont
exécuté chacun un Concerto d'orgues, & ont eu
des applaudiſſemens.
Le jeudi 19, le Vendredi 2o, le Samedi 2 r,
& le Mardi 23 , M. RoDoLPHE de la Muſique de
S. A. le Duc Régnant de Wirtemberg a ſurpris &
enchanté par les Concerto de ſa compoſition
qu'il a exécutés avec le Cor de Chaſſe. On ne
craint pas de dire que juſqu'à ce qu'on l'eût
entendu, on ne croyoit pas poſſible de rendre
ſur cet Inſtrument, comme le fait M. RoDoL
pHE, toutes les difficultés d'une Muſique ſçavante,
les intonations les plus difficiles avec le ſon le
plus flatteur & les cadences de la plus belle voix.
Le Samedi 21 , le Lundi 23 , & le Mardi 24 ,
M. LoLLy, de la Muſique de S. A, le Duc de
Wintemberg a exécuté différentes Sonates de Vio
lon de ſa compoſition. De l'aveu de tous les
Connoiſſeurs , cet habile Artiſte ne laiſſe rien à
deſirer. Il joint à la plus admirable exécution à
tous égards le mérite d'un très-habile Compoſi
teur. Le Vendredi 28, on exécuta Omnes gentes,
Motet à grand chœur de M. DAUvERGNE. Mlle
LA CRoIx chanta Regina Cœli, Motet à voix
ſeule de feu M. MoUREt. Mlle ARNoULD & M.
LEGRos chanterent l'Exultate de M. DAUvER
GNE. Mlle HARDY chanta un Air Italien. Pour
la fin du Concert on exécuta Dominus regnavit,
Motet à grand chœur de M. DELALANDE , dans
lequel Mlle ARNoULD chanta avec cet art que
les grâces & la nature lui ont donné pour en
chanter dans tous les genres.
º
Le Dimanche 29 Avril on exécuta le Regina
M A I. 1764.'
I 95
Cali & le Te Deum, Motets à grand chœur de
M. DAUvERGNE , dont nous avons déjà parlé.
Mlle ARNoULD & M. LHGRos y répétérent l'E-
xultate avec autant d'applaudiſſemens que les
premières fois. M. GAvINIés exécuta un Concerto
de ſa compoſition, qui fut-fort applaudi. Mlle
FEL chanta un Motet à voix ſeule.
En général , les Concerts dont on vient de
rendre compte, ont été fort variés , arrangés
avec l'intelligence † doit attendre de M.
DAUvERGNE , & parfaitement exécutés. Le Public
s'y eſt porté avec affluence. Il ne s'eſt point ap
perçu que M. GÉLIN fût à peine guéri d'une in
diſpoſition conſidérable, & lui a donné, ainſi
u'à Mlle ARNoULD & à M. LEGRos particulié
rement , les témoignages les plus flatteurs & les
plus agréables de ſa ſatisfaction.
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3
p. 195-197
THÉATRES.
Début :
Celui de l'Académie Royale de Musique doit faire l'ouverture de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THÉATRES.
THÉATRES.
Celui de l'Académie Royale de Musique
doit faire l'ouverture de
ſon
Spectacle, Mardi 1" du préſent mois de
Mai, par Titon & l'Aurore, Paſtorale
héroïque, ſans le Prologue. On pré
pare le Ballet charmant des Talens Ly
rtques.
N. B. On a fait quelques change
emens dans la diſpoſition des places
de cette Salle, dont on eſpére que le
Public ſera ſatisfait , la commodité. des
Spectateurs ayant été le ſeul point de
· vue qu'on ſe ſoit propoſé.
I ij -
4*-
196 MERCURE DE FRANCE.
.
Le Théâtre François doit ouvrir Ie
Lundi 3o Avril par Héraclius, Tragé
die du grand CoRNEILLE , & par la
première repréſentation de la jeune In
dienne , Comédie nouvelle en un Acte
& en vers , de laquelle on rendra comp
te dans le prochain Mercure.
La Comédie Italienne n'a fermé ſon
Théâtre que le Samedi 14 Avril , veille
du Dimanche des Rameaux. Comme le
Compliment a été partagé en pluſieurs
Couplets chantés par divers Sujets de
ce Théâtre & adaptés aux Ariettes les
plus agréables au Public , nous ne le
rapporterons pas ici. Ces ſortes de pro
ductions ayant toujours beſoin de la
Muſique pour laquelle elles ſont faites ;
ce ſeroit en donner une fauſſe idée, &
leur faire perdre de leur prix, que de les
préſenter aux Lecteurs dénués de cette
brillante parure. Ce Théâtre doit ou
vrir auſſi le Lundi 3o Avril par la con
tinuation du Sorcier & autres Piéces de
ce genre. Une jeune Actrice, (Mlle
Beaupré) qui avoit débuté à la ſatis
faction du Public , ayant rempli les
engagemens qui l'éloignoient pour un
temps de la Capitale , doit embellir
cette Scène d'un Talent fort aimable
& que le Public a paru deſirer avec
" mpreſſement,
:
-
-
·
M A I. 1764.
197
On doit donner auſſi ſur ce même
Théâtre une Piéce Italienne nouvelle,
qui nous rendra les talens ſupérieurs
· de l'admirable Mlle Camille. Cette Piéce
eſt intitulée Camille Aubergiſte.
Celui de l'Académie Royale de Musique
doit faire l'ouverture de
ſon
Spectacle, Mardi 1" du préſent mois de
Mai, par Titon & l'Aurore, Paſtorale
héroïque, ſans le Prologue. On pré
pare le Ballet charmant des Talens Ly
rtques.
N. B. On a fait quelques change
emens dans la diſpoſition des places
de cette Salle, dont on eſpére que le
Public ſera ſatisfait , la commodité. des
Spectateurs ayant été le ſeul point de
· vue qu'on ſe ſoit propoſé.
I ij -
4*-
196 MERCURE DE FRANCE.
.
Le Théâtre François doit ouvrir Ie
Lundi 3o Avril par Héraclius, Tragé
die du grand CoRNEILLE , & par la
première repréſentation de la jeune In
dienne , Comédie nouvelle en un Acte
& en vers , de laquelle on rendra comp
te dans le prochain Mercure.
La Comédie Italienne n'a fermé ſon
Théâtre que le Samedi 14 Avril , veille
du Dimanche des Rameaux. Comme le
Compliment a été partagé en pluſieurs
Couplets chantés par divers Sujets de
ce Théâtre & adaptés aux Ariettes les
plus agréables au Public , nous ne le
rapporterons pas ici. Ces ſortes de pro
ductions ayant toujours beſoin de la
Muſique pour laquelle elles ſont faites ;
ce ſeroit en donner une fauſſe idée, &
leur faire perdre de leur prix, que de les
préſenter aux Lecteurs dénués de cette
brillante parure. Ce Théâtre doit ou
vrir auſſi le Lundi 3o Avril par la con
tinuation du Sorcier & autres Piéces de
ce genre. Une jeune Actrice, (Mlle
Beaupré) qui avoit débuté à la ſatis
faction du Public , ayant rempli les
engagemens qui l'éloignoient pour un
temps de la Capitale , doit embellir
cette Scène d'un Talent fort aimable
& que le Public a paru deſirer avec
" mpreſſement,
:
-
-
·
M A I. 1764.
197
On doit donner auſſi ſur ce même
Théâtre une Piéce Italienne nouvelle,
qui nous rendra les talens ſupérieurs
· de l'admirable Mlle Camille. Cette Piéce
eſt intitulée Camille Aubergiſte.
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