OBSERVATIONS sur un Marasme occasionné
par un morceau de plomb,
par M. HOUSSET, de la Société
Royale des Sciences, & Docteur en
l'Université de Médecine de Montpellier,
Médecin des Hôpitaux, Bibliothécaire
& ancien Directeur de la Société
des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre.
J'AI vu en 1757 à l'Hôtel-Dieu un
homme, qui, quelques heures après
avoir mangé, rejettoit tous les alimens.
Je ſoupçonnois qu'il étoit attaqué d'un
ſchirre à l'orifice inférieur du ventricule,
qui empêchoit les ſol des de paſſer dans
le duodenum. J'emplo5 ai pour le guérir
les remèdes que je jugeois les plus effica
ces , les vomitifs , les purgatifs, les fon
dans , les #péritirs, mais infructueuſe
ment Le malade , ennuyé du peu de
ſuccès qº'il retiroit de ces ſecours, ſor
ti de l'Hôpital , retourna dans ſon pays.
J'appris quelque temps après, par ſon
Chirurgien , qu'il y étoit mort; que ſon
" ,
M A I. 1764.
147
cadâvre ayant été ouvert , on avoit
trouvé au fond de ſon eſtomach un mor
ceau de plomb d'une figure irrégulière,
aſſez conſidérable pour obliturer le canal
des inteſtins, & empêcher que , les ali
mens pouſſés par le mouvement périſtal
tique de l eſtomach , n'entraſſent dans le
duodenum ; en ſorte que le viſcère de
voit être irrité dans le temps de la digeſ
tion , & par un mouvement rétrogra
de, rejetter les matières alimenteuſès à
moitié digérées. Ce qui a conduit inſen
ſiblement notre malade a un maraſme
univerſel , & enfn à la mort. Il auroit
pu guérir par un uſage journalier de
certaines préparations mercuriellcs. Les
heureuſes obſervaticns de M. le Dran ,
ſur la diſſolution du plomb dans la veſ
ſie, par le moyen du mercure, nous au
roient invité à les employer, & nous
auroient fait eſpérer une cure radicale :
mais les payſans ſont ſouvent d'un génie
ſi borné, qu'on les prendroit plutôt
our des automates , que pour des gens
capables de donner le moindre éclairciſ
ſement ſur la cauſe de leurs maladies. *
* L'eſton ach jouit de deux ſortes de mouve
mens, l'un progreſſif ou périſtalique, par lequel
1es alinmens en partie digérés dans cet organe,
ſont pouſſés dans le duodenum , l'autre, retrogra
G ij
148 MERCURE DE FRANCE. .
SEcoNDE Obſervation ſur une Perte de
Sang ſuivie de la Fiſtule lacrymale.
Madame Lefèbvre, Religieuſe du Cou
vent de la Viſitation, étoit attaquée de
puis pluſieurs années d'une perte de ſang. .
Feu mon Père , Médecin de cette Com
munauté, laiſſoit aller cette perte juſqu'à
ce qu'elle eût affoibli un peu les forces
du corps, ſans néanmoins en bleſſer no
tablement les fonctions ; il la faiſoit en
ſuite ſaigner du bras. Ce qui ſuſpendoit
pendant un long eſpace de temps l'écou
lement. Je ſuivois la même méthode à
laquelle la Nature étoit habituée : elle
me réuſſiſſoit. Mais cette maladie , de
ſimple qu'elle étoit, devint compliquée ;
de ou antiperiſtaltique, qui, au lieu de les conſer
ver pour l'œuvre de la nutrition, les chaſſe au
contraire au-dehors. Ce double mouvement eſt
vermiculaire, involontaire, contre les Sthaliens,
ne dépend que de l'irritation faite à la membrane
muſculaire du viſcère qui ſeule en eſt le ſiége. Ce
mouvement,à quion a donné le nom d'irritabilite,
connu depuis peu, annoncéſi ſçavamment dans les
Expériences du célébre M. de Haller, vient d'être
développé, quant à ſa nature & ſes propriétés,
dans les Lettres de M. Houſſet adreſſées à cet Au
reur. Voyez le ſecond volume des Mémoires ſur
les Parties ſenſibles & irritables, Edit, de Lau
fanne, 176o,
,
M A I. 176 p.
I 4 j
· une ophtalmie, un flux de larmes invo
lontaires qui dégénérèrent en un ulcère
| fiſtuleux lacrymal , rendoient ſon état
plus triſte de jour en jour, & me firent
penſer ſérieuſement à détruire juſqu'aux
plus profondes racines du mal. Pénétré
de cette réfléxion,jejugeai que l'état pré
ſent ne pouvoit avoir d'autres cauſes que
la conſtitution âcre de la maſſe du ſang
qui tendoit à la diſſolution ;
il s'agiſſoit
en conſéquence d'adoucir l'acrimonie
de ce fluide, & d'en rallier les principes.
L'uſage habituel du lait & des alimens
farineux , comme le ris au gras , le ver
micelle, les œufs au lait, &c, me paru
· rent les plus propres à remplir ces deux
indications; le tout précédé des remèdes
énéraux convenables à ſon état. Cette
eligieuſe, à qui je donnois l'eſpérance
de la guériſon, ſuivit conſtamment mes
conſeils, & au bout de huit mois elle
fut délivrée, non-ſeulement de ſa perte,
mais auſſi guérie de ſa fiſtule, qui depuis
cinq ou ſix ans, n'a laiſſé entrevoir au
cune marque qui fît craindre ſon retour,
A Auxerre, ce 13 Avril 1764.