Résultats : 2 texte(s)
Détail
Liste
1
p. 1185
« La premiere Representation de la Tragédie nouvelle de Lysimachus, que [...] »
Début :
La premiere Representation de la Tragédie nouvelle de Lysimachus, que [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La premiere Representation de la Tragédie nouvelle de Lysimachus, que [...] »
La premiere Representation de la
Tragédie nouvelle de Lysimachus,
que nous avons annoncée dans le dernier
Journal, a été renvoyée à un autre temps.
On prétendoit que la premiere nouveauté
que les Comédiens François donneroient,
seroit une Comédie en Vers , et en cinq
Actes , de M. Destouches , sous le Titre
de l'Ambitieux. Et en effet ,
ils ont don
né cette Piece assés brusquement , sans
presque l'annoncer , le Vendredi 14. de
ce mois , avec une fort nombreuse As-
semblée ; elle a été parfaitement repre
sentée et fort aplaudie.Nous ne manque.
rons pas d'en parler plus aut long.
Tragédie nouvelle de Lysimachus,
que nous avons annoncée dans le dernier
Journal, a été renvoyée à un autre temps.
On prétendoit que la premiere nouveauté
que les Comédiens François donneroient,
seroit une Comédie en Vers , et en cinq
Actes , de M. Destouches , sous le Titre
de l'Ambitieux. Et en effet ,
ils ont don
né cette Piece assés brusquement , sans
presque l'annoncer , le Vendredi 14. de
ce mois , avec une fort nombreuse As-
semblée ; elle a été parfaitement repre
sentée et fort aplaudie.Nous ne manque.
rons pas d'en parler plus aut long.
Fermer
2
p. 1185-1197
Le Jeudi 9. May on donna sur le Théatre de l'Opera la premiere Representation du Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque, par Mrs L. et Grenet.
Début :
L'Auteur du Poëme a prétendu justifier le choix de son Sujet dans une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Jeudi 9. May on donna sur le Théatre de l'Opera la premiere Representation du Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque, par Mrs L. et Grenet.
Le Jeudi 9. May on donna sur le Théatre
de l'Opera la premiere Representation du
Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque,
par Mrs L. et Grenet.
L'Auteur du Poëme a prétendu justifier
le choix de son Sujet dans une
Préface ; quelques Critiques , peut être
un peu trop séveres , ne sont pas con-
I, Vol.
venus
186 MERCURE DE FRANCE
venus de la bonté de ce choix. Les pre-
miers traits de la mauvaise humeur qu'u
ne nouveauté ne manque presque jamais
de mettre en jeu , sont tombés sur le Mu-
sicien , qui osoit apeller son Ouvrage
d'un Titre si présomptueux ; Critique
injuste , puisque c'étoit aux Chants d'Or-
phie et d'An phion , en non aux siens ,
que l'Auteur de cette Musique préten-
doit décerner l'honneur du Triomphe.
Revenons à la Préface par laquelle le
Poëte a prétendu élever son Sujet au-
dessus de la plupart des autres. Elle a
revolté bien des gens , même de ceux
qui n'avoient pas à défendre leur inte-
rêt personnel . Voici ce qui en est venu
à notre connoissance ; on a trouvé mau-
vais qu'un Auteur naissant ait osé dé-
crier le Théatre Lyrique , jusqu'à dire
sans restricton ; il n'est point fait pourla
vraisemblance ; et que , pour achever de
dégrader nos plus beaux Operas , qu'on
ne daigne pas apeller Poëmes , et aux-
quels on donne seulement le nom de
Paroles ; ce n'est pas à ce genre de Poë-
sie Dramatique qu'il faut apliquer le
precepte d'Horace :
Ficta voluptatis causâ sint proxima veris,
Cependant quels Ouvrages peuvent
1. Vol.
à plus
JUIN.
1737.
1187
à plus juste titre , être apellés : Ficta vo-
luptatis causâ , que les Operas tant an-
ciens que modernes ? Cette raison n'au-
roit elle pas dû suffire à ....... pour ne
leur pas refuser la vraisemblance , si né-
cessaire à tout Poëme Dramatique ? mais.
le sujet qu'il avoit à traiter en étoit si
peu susceptible , qu'il n'a pas cru pou-
voir autrementjustifier la prétendue bon-
té de son choix. En effet dans son Am-
phion , a -t-on dir , y a- t il seulement
une ombre de vraisemblance . On est
convenu sur le Théatre Lyrique , d'ac-
corder un pouvoir sans bornes à la Di-
vinité et à la Magie ; mais ce privilege
ne s'est jamais étendu jusqu'à l'Harmo-
nie ; on lui accorde une pleine victoire
sur tout ce qui est capable de sentiment,
mais on ne sçauroit porter la crédulité
jusqu'à convenir qu'elle puisse exercer
un souverain empire sur des Etres inani-
més , tels que les Pierres , les Rochers
et les Montagnes ; l'Auteur même de
ce Ballet convient qu'on ne doit pas
prendre à la lettre tout ce que les Poë-
tes ont dit pour relever la gloire de
l'Harmonie ; voici comme il s'explique
dans sa Préface. Fabius Paulinus , enpar-
lant de la Fable d' Amphion , s'est imagine
qu'on pouvoit bien la prendre à la lettre, et
1. Vol.
G
Pexpliquer
1188 MERCURE DE FRANCE
l'expliquer physiquement par les principes
des Platoniciens : il en fit l'essai , et prou-
va son raisonnement par sept raisons qu'il
croyoit bien convainquantes. Quel exemple
de la foiblesse et de l'extravagance du rai-
sonnement humain !
Il est surprenant , continë- t on , que
l'Auteur du Poëme en question , étant
dans ces principes , ose se vanter d'avoir
fait un bon choix.
Voilà ce qui nous est revenu des di
verses Critiques qu'on a faites sur le Bal-
let du Triomphe de l'Harmonie : comme
on a beaucoup moins critiqué l'Ouvrage
que la Préface , et que d'ailleurs il n'est
pas trop chargé d'action , nous n'en
donnerons qu'un Extrait des plus suc-
cincts.
Le Théatre represente au Prologue
une Campagne couverte de Trophées ,
de Pyramides , et d'Arcs de Triomphe.
La Paix descend du Ciel au bruit des
Timballes et des Trompettes.
Choeur de Peuples.
La Paix vient combler nos desirs ;
Quel bonheur pour nous ! quelle gloire
Elle ramene les plaisirs
Sur les aîles de la Victoire.
La Paix , après avoir fait entendre
1. Vol.
qu'ell
JUIN.
1737.
1189
qu'u'elle vient regner sur la terre , invite
l'Amour et l'Harmonie à descendre des
Cieux , par ces Vers :
Enfans de mes loisirs , acconrez l'un et l'autre ;
Et par mes sons j'inspire tour
;
Mere des doux accords, Dieu souverain des cœurs,
Rendez à ces Climats vos plaisirs enchanteurs &
Ces Lieux sont faits pour vous; mon Empire est
le vôtre.
L'Amour et l'Harmonie descendent
des Cieux dans un Nuage. Les Peuples
célebrent leur venuë par ces Vers :
Charmant Amour , & Divine Harmonie ,
Regnez sur nous ;
Vous faites de la vie
Les momeus les plus doux.
1
L'Harmonie exprime ainsi ses divers
caracteres :
Ma voix de la Nature est l'image naïve ,
Toujours touchante , toujours vive;
Je peins du cœur les secrets sentimens ,
Le trouble , les soupirs , les transports dos
Amans ;
Tremblante , furieuse , attendrie , inflexible ,.
J'épouvante un Ingrat , je touche un Insensible,
La crainte , la pitié , la terreur et l'amour.
Les Suivans de l'Amour et de l'Har-
1.Vol
Gij
à tour ,
monie
1190 MERCURE DE FRANCE
monie forment la Fête de ce Prologue.
ORPHE'E. Premiere Entrée.
Le Théatre represente les Enfers. Le
Dieu du Styx paroît panché sur son
Urne ; on voit dans le fond l'Antre où
Cerbere est enchaîné ; Pluton au milieu
des trois Juges Infernaux , occupe un
Thrône sur un des côtés du Théatre.
Pluton invite les Démons et les Furies
à tourmenter les Ombres criminelles ; il
leur parle ainsi :
Des Manes criminels redoublez les tourmens ;
Remplissez les Enfers d'une terreur nouvelle ;
Que ces Monstres cruels , que ces feux dévorans
Servent du Dieu des Morts la vengeance éter-
nelle !
Les Démons et les Furies témoignent
leur empressement à exécuter les ordres
de Pluton. On entend une douce Sym-
phonie ; on voit paroître Orphée. Plus
ton est aussi irrité que supris de voir un
Mortel descendre dans son Empire avant
que les Parques ayent terminé son sort.
La Symphonie mélodieuse continuë , et
empêche les Démons et les Furies de pu-
nir Orphée de sa témerité ; Pluton mê-
me en est attendri ; Orphée aproche , et
s'exprime ainsi en parlant à Pluton.
I. Vel
Arbit
JUIN.
17:7
Arbitre redouté des vertus et des crimes ,
frgi
Aprouvez d'un Amant les transports légitimes
Pour apaiser le Sort qui me poursuit
Jose porter mes pas sur les rivages sombres ;
C'est l'Amour qui me guide , et ses feux m'ont
conduit
Dans l'éternelle horreut du silence et des om
bres ;
Mon cœur , sans en être effrayé ,
Découvre à vos regards son projet témeraire ;
Je ne crains point d'armer votre colere ,
Si je ne puis toucher votre pitié.
Pluton ne montre d'abord que de la
colere a Orphée , mais desarmé , malgré
lui , par la douceur de ses sons , il dit :
Mais , quand je devrois le punir,
Quelle invisible main semble me retenir ?
Quel charme séduisant me force de l'entendre !
Acheve ; qu'oses-tu prétendre ?
Orphée lui expose la rigueur de son
sort ; la mort lui a arraché Euridice au
moment que l'Hymen venoit de l'unir
avec elle ; il aperçoit Euridice parmi
d'autres Ombres ; ils s'entretiennent en
presence de Pluton , qui dit dans un à
parte :
Que devient ma fureur ! Quoi la pitié l'en-
chaîne.
1. Vol.
G iij
Orphée
1192 MERCURE DE FRANCE
Orphée , s'adressant enfin à Pluton
lui dit :
Punissez mon audace , ou termincz ma peine ;
Dieu des Enfers , unissez- nous ;
Rendez-moi l'objet qui m'enchaîne.;
L'Amour forma nos cœurs pour ses nœuds les
plus doux ;
Si vous nous unissez , il a moins fait que vous.
Euridice joint sa voix à celle d'Or-
phée ; Pluton se rend à la douceur de
leurs accords harmonieux , et dit à Or-
phée :
>
A tes desirs tout est propice ;
Tes accords enchanteurs ont triomphé de moi;
Le sort se declare pour toi ,
Et du sein de la mort il te rend Euridice.
Pluton se retire. Le Théatre change ;
et represente les Champs Elisées ; les
Ombres heureuses célebrent par leurs
chants et par leurs danses la victoire
que l'Harmonie vient de remporter sur
le cœur du Maître des Enfers.
HYLAS. Deuxième Entrée.
Le Théatre represente une Campagne
ornée de Jardins et de Bosquets , cou-
pés par un Fleuve. Eglé , Divinité du
Fleuve , sur le bord duquel la Scene se
1. Vol.
passe
JUIN.
1737.
fait l'exposition du Sujet.
1193
passe , commence cette Entrée avec Do
ris , sa Confidente. Voici comment elle
Enfin voici le jour , où je pourai connoître
Du jeune Hylas les sentimens secrets ;
Je cherche mon malheur , je l'avance peut-être;
Doris, j'ai trop compté sur mes foibles attraits
Il me vit un moment sous ce feuillage épais :
J'évitai ses regards , je rentrai sous les ondes
Cependant ses soupirs font retentir ces Bois ,
Et dans le sein de nos Grotes profondes
L'Echo vient me porter sa voix.
Doris rassure Eglé contre la défianc.
où elle est du pouvoir de ses charmes.
Eglé fait entendre ce que son amour lui
a fait projeter pour s'assurer du cœur
d'Hylas , elle s'explique ainsi :
Hylas se plaît dans ces forêts ;
Tu sçais ce que mon cœur médite ,
Rentrons malgré moi je l'évite.
Que nos tendres accords secondent mes projets.
Hylas , séparé d'une Troupe de Chas-
seurs , expose à son tour ce qu'il a senti
à l'aspect d'une Nymphe dont la voix a
achevé de triompher de sa liberté ; il
ignore le nom de cette aimable Nymphe.
Il entend un Choeur de Nayades , et une
1. Vol.
Giiij
Sympho ,
194 MERCURE DE FRANCE
Symphonie dont la douceur l'invite à
goûter le charme du repos ; il se couche
sur un lit de gazon , les Zephirs l'enle-
vent , et se précipitent avec lui dans le
Fleave. Le Théatre change , et represen-
te le Palais des Nymphes des Eaux , dans
lequel Hylas vient d'être transporté ;
ane Troupe de Nayades danse autour,
de lui ; elles disparoissent à son réveil ;
it exprime une partie de ce qui s'est pas-
sé pendant son sommeil, par ces Vers :
Od suis-je ? Quels Concerts ! Erreur enchante-
resse !
J'aperçois l'objet de mes feux ;
L'éclat de ce séjour m'annonce une Déesse ;
Infortuné Mortel , où s'adressent tes vœux ?
Eglé,dont Hylas ignore et le nom et le
rang , lui annonce que la Souveraine de
ces lieux l'aime ; mais qu'elle ne veut pas
le contraindre , et que s'il n'est pas por-
té à répondre à son amour , les Zephirs
le transporteront où il voudra ; Hylas
consent à partir plûtôt que de renoncer
à un amour secret qu'il préfere aux offres
les plus brillantes. Voici comme il s'ex-
prime :
Que mon trouble est extréme !
En quittant ces beaux lieux , helas !
I. Vol.
Je
JUIN.
1737
Je fuis ce que je n'aime pas ;
Mais je m'arrache à ce que j'aime.
1195
Eglé , l'ayant pressé de s'expliquer ,
et cette explication étant telle qu'elle la
souhaite,elle se fait connoître à lui, et lui
offre sa main ; les Nayades célébrent cet
Hymen , et forment une Fête des plus
brillantes.
AMPHIO N. Troisiéme Entrée.
Le Théatre represente des Forêts, des
Cavernes , des Rochers ; un Camp de
Sauvages y est formé devant la Ville de
Thebes , qui paroît dans le fond à demi
ruinée. Niobe, Fille de Tantale, Roy d'un
Peuple Sauvage , commence cette der-
niere Entrée au Lever de l'Aurore ; elle
se plaint de ce que le jour qui va renaî--
tre sera le dernier d'Amphion qu'elle
aime.
Amphion vient pour chercher Niobe,
qu'il aime. Cette Princesse , après des re-
grets reciproques , lui fait connoître son
amour. Elle le quitte après un avey si
satisfaisant pour lui , et le prie de se dé-
rober à la colere de son Pere , dont elle
desavoue la cruauté. Amphion , charmé
de l'aveu qu'il vient d'entendre , fait un
Monologue dont la Musique et les Vers
I.Vol
Gy sont
1196 MERCURE DE FRANCE
sont généralement aplaudis. Voici quel-
ques-uns des Vers.
Niobe répond à ma flamme ;
Je goûte un sort digne des Dieux
Naissez des transports de mon ame
"
Naissez , Accords harmonieux , &c.
Formez-vous , Murs Thébains, naissez , fameux
Remparts ,
Nouveaux témoins de ma victoire ;
Aux Stécles à venir transmettez ma mémoires
D'un Ennemi barbare effrayez les regards.
Les vœux et l'espoir d'Amphion sont
comblés ; les Remparts de Thebes s'éle-
vent aux accents de sa Voix et de sa Ly-
re. Tantale en est si étonné qu'il vient
offrir la paix à un Roy qui semble com
mander à la Nature ; instruit de son
amour pour sa Fille ,
il consent que
Hymen soit le nœud de la paix ; les Sau-
vages et les Thébains se réunissent pour
célébrer cette heureuse Fête.
Ce Ballet a été très-bien reçû du Pu-
blic ; les suffrages ont paru plus réunis
en faveur de la Musique. On convient
pourtant que le Poëme est très- bien écrit,
on y auroit souhaité un peu plus d'inte-
rt ; mais il est très difficile d'en mettre
beaucoup dans un Ballet ; ce genre de
I. Vel
leur
Piece
pour
JUIN.
1737
1197
Piece semble plûtôt fait pour l'esprit que
le cœur , et d'ailleurs , les Danses
en occupent les deux tiers. Des trois En-
trées , la seconde a paru la plus inte
ressante du côté du Poëte , quoiqu'on
l'ait trouvée la moins convenable au Ti-
tre; la derniere a paru faire le plus d'hon-
neur au Musicien , et on peut
et on peut dire que
l'Harmonie y a été veritablement triom-
plante.
Le 16. Juin on donna la dix- septiéme
Representation de ce Ballet , et le 13.
on remit au Théatre celui des Amours
des Dieux, composé d'un Prologue et de
quatre Entrées , qu'on avoit donné pour
la premiere fois le 14. Septembre 1727.
et que le Public avoit reçû avec satisfac-
tion. Le Poëme est de M. Fuzelier , et la
Musique de M. Mouret. Cet Opera ,
qui est parfaitement bien remis , a été
reçû avec les mêmes aplaudissemens que
dans sa nouveauté ; nous nous dispen-
sons d'en donner un Extrait , l'ayant dé-
ja donné dans le Mercure de Septembre
1727. p. 2076.
de l'Opera la premiere Representation du
Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque,
par Mrs L. et Grenet.
L'Auteur du Poëme a prétendu justifier
le choix de son Sujet dans une
Préface ; quelques Critiques , peut être
un peu trop séveres , ne sont pas con-
I, Vol.
venus
186 MERCURE DE FRANCE
venus de la bonté de ce choix. Les pre-
miers traits de la mauvaise humeur qu'u
ne nouveauté ne manque presque jamais
de mettre en jeu , sont tombés sur le Mu-
sicien , qui osoit apeller son Ouvrage
d'un Titre si présomptueux ; Critique
injuste , puisque c'étoit aux Chants d'Or-
phie et d'An phion , en non aux siens ,
que l'Auteur de cette Musique préten-
doit décerner l'honneur du Triomphe.
Revenons à la Préface par laquelle le
Poëte a prétendu élever son Sujet au-
dessus de la plupart des autres. Elle a
revolté bien des gens , même de ceux
qui n'avoient pas à défendre leur inte-
rêt personnel . Voici ce qui en est venu
à notre connoissance ; on a trouvé mau-
vais qu'un Auteur naissant ait osé dé-
crier le Théatre Lyrique , jusqu'à dire
sans restricton ; il n'est point fait pourla
vraisemblance ; et que , pour achever de
dégrader nos plus beaux Operas , qu'on
ne daigne pas apeller Poëmes , et aux-
quels on donne seulement le nom de
Paroles ; ce n'est pas à ce genre de Poë-
sie Dramatique qu'il faut apliquer le
precepte d'Horace :
Ficta voluptatis causâ sint proxima veris,
Cependant quels Ouvrages peuvent
1. Vol.
à plus
JUIN.
1737.
1187
à plus juste titre , être apellés : Ficta vo-
luptatis causâ , que les Operas tant an-
ciens que modernes ? Cette raison n'au-
roit elle pas dû suffire à ....... pour ne
leur pas refuser la vraisemblance , si né-
cessaire à tout Poëme Dramatique ? mais.
le sujet qu'il avoit à traiter en étoit si
peu susceptible , qu'il n'a pas cru pou-
voir autrementjustifier la prétendue bon-
té de son choix. En effet dans son Am-
phion , a -t-on dir , y a- t il seulement
une ombre de vraisemblance . On est
convenu sur le Théatre Lyrique , d'ac-
corder un pouvoir sans bornes à la Di-
vinité et à la Magie ; mais ce privilege
ne s'est jamais étendu jusqu'à l'Harmo-
nie ; on lui accorde une pleine victoire
sur tout ce qui est capable de sentiment,
mais on ne sçauroit porter la crédulité
jusqu'à convenir qu'elle puisse exercer
un souverain empire sur des Etres inani-
més , tels que les Pierres , les Rochers
et les Montagnes ; l'Auteur même de
ce Ballet convient qu'on ne doit pas
prendre à la lettre tout ce que les Poë-
tes ont dit pour relever la gloire de
l'Harmonie ; voici comme il s'explique
dans sa Préface. Fabius Paulinus , enpar-
lant de la Fable d' Amphion , s'est imagine
qu'on pouvoit bien la prendre à la lettre, et
1. Vol.
G
Pexpliquer
1188 MERCURE DE FRANCE
l'expliquer physiquement par les principes
des Platoniciens : il en fit l'essai , et prou-
va son raisonnement par sept raisons qu'il
croyoit bien convainquantes. Quel exemple
de la foiblesse et de l'extravagance du rai-
sonnement humain !
Il est surprenant , continë- t on , que
l'Auteur du Poëme en question , étant
dans ces principes , ose se vanter d'avoir
fait un bon choix.
Voilà ce qui nous est revenu des di
verses Critiques qu'on a faites sur le Bal-
let du Triomphe de l'Harmonie : comme
on a beaucoup moins critiqué l'Ouvrage
que la Préface , et que d'ailleurs il n'est
pas trop chargé d'action , nous n'en
donnerons qu'un Extrait des plus suc-
cincts.
Le Théatre represente au Prologue
une Campagne couverte de Trophées ,
de Pyramides , et d'Arcs de Triomphe.
La Paix descend du Ciel au bruit des
Timballes et des Trompettes.
Choeur de Peuples.
La Paix vient combler nos desirs ;
Quel bonheur pour nous ! quelle gloire
Elle ramene les plaisirs
Sur les aîles de la Victoire.
La Paix , après avoir fait entendre
1. Vol.
qu'ell
JUIN.
1737.
1189
qu'u'elle vient regner sur la terre , invite
l'Amour et l'Harmonie à descendre des
Cieux , par ces Vers :
Enfans de mes loisirs , acconrez l'un et l'autre ;
Et par mes sons j'inspire tour
;
Mere des doux accords, Dieu souverain des cœurs,
Rendez à ces Climats vos plaisirs enchanteurs &
Ces Lieux sont faits pour vous; mon Empire est
le vôtre.
L'Amour et l'Harmonie descendent
des Cieux dans un Nuage. Les Peuples
célebrent leur venuë par ces Vers :
Charmant Amour , & Divine Harmonie ,
Regnez sur nous ;
Vous faites de la vie
Les momeus les plus doux.
1
L'Harmonie exprime ainsi ses divers
caracteres :
Ma voix de la Nature est l'image naïve ,
Toujours touchante , toujours vive;
Je peins du cœur les secrets sentimens ,
Le trouble , les soupirs , les transports dos
Amans ;
Tremblante , furieuse , attendrie , inflexible ,.
J'épouvante un Ingrat , je touche un Insensible,
La crainte , la pitié , la terreur et l'amour.
Les Suivans de l'Amour et de l'Har-
1.Vol
Gij
à tour ,
monie
1190 MERCURE DE FRANCE
monie forment la Fête de ce Prologue.
ORPHE'E. Premiere Entrée.
Le Théatre represente les Enfers. Le
Dieu du Styx paroît panché sur son
Urne ; on voit dans le fond l'Antre où
Cerbere est enchaîné ; Pluton au milieu
des trois Juges Infernaux , occupe un
Thrône sur un des côtés du Théatre.
Pluton invite les Démons et les Furies
à tourmenter les Ombres criminelles ; il
leur parle ainsi :
Des Manes criminels redoublez les tourmens ;
Remplissez les Enfers d'une terreur nouvelle ;
Que ces Monstres cruels , que ces feux dévorans
Servent du Dieu des Morts la vengeance éter-
nelle !
Les Démons et les Furies témoignent
leur empressement à exécuter les ordres
de Pluton. On entend une douce Sym-
phonie ; on voit paroître Orphée. Plus
ton est aussi irrité que supris de voir un
Mortel descendre dans son Empire avant
que les Parques ayent terminé son sort.
La Symphonie mélodieuse continuë , et
empêche les Démons et les Furies de pu-
nir Orphée de sa témerité ; Pluton mê-
me en est attendri ; Orphée aproche , et
s'exprime ainsi en parlant à Pluton.
I. Vel
Arbit
JUIN.
17:7
Arbitre redouté des vertus et des crimes ,
frgi
Aprouvez d'un Amant les transports légitimes
Pour apaiser le Sort qui me poursuit
Jose porter mes pas sur les rivages sombres ;
C'est l'Amour qui me guide , et ses feux m'ont
conduit
Dans l'éternelle horreut du silence et des om
bres ;
Mon cœur , sans en être effrayé ,
Découvre à vos regards son projet témeraire ;
Je ne crains point d'armer votre colere ,
Si je ne puis toucher votre pitié.
Pluton ne montre d'abord que de la
colere a Orphée , mais desarmé , malgré
lui , par la douceur de ses sons , il dit :
Mais , quand je devrois le punir,
Quelle invisible main semble me retenir ?
Quel charme séduisant me force de l'entendre !
Acheve ; qu'oses-tu prétendre ?
Orphée lui expose la rigueur de son
sort ; la mort lui a arraché Euridice au
moment que l'Hymen venoit de l'unir
avec elle ; il aperçoit Euridice parmi
d'autres Ombres ; ils s'entretiennent en
presence de Pluton , qui dit dans un à
parte :
Que devient ma fureur ! Quoi la pitié l'en-
chaîne.
1. Vol.
G iij
Orphée
1192 MERCURE DE FRANCE
Orphée , s'adressant enfin à Pluton
lui dit :
Punissez mon audace , ou termincz ma peine ;
Dieu des Enfers , unissez- nous ;
Rendez-moi l'objet qui m'enchaîne.;
L'Amour forma nos cœurs pour ses nœuds les
plus doux ;
Si vous nous unissez , il a moins fait que vous.
Euridice joint sa voix à celle d'Or-
phée ; Pluton se rend à la douceur de
leurs accords harmonieux , et dit à Or-
phée :
>
A tes desirs tout est propice ;
Tes accords enchanteurs ont triomphé de moi;
Le sort se declare pour toi ,
Et du sein de la mort il te rend Euridice.
Pluton se retire. Le Théatre change ;
et represente les Champs Elisées ; les
Ombres heureuses célebrent par leurs
chants et par leurs danses la victoire
que l'Harmonie vient de remporter sur
le cœur du Maître des Enfers.
HYLAS. Deuxième Entrée.
Le Théatre represente une Campagne
ornée de Jardins et de Bosquets , cou-
pés par un Fleuve. Eglé , Divinité du
Fleuve , sur le bord duquel la Scene se
1. Vol.
passe
JUIN.
1737.
fait l'exposition du Sujet.
1193
passe , commence cette Entrée avec Do
ris , sa Confidente. Voici comment elle
Enfin voici le jour , où je pourai connoître
Du jeune Hylas les sentimens secrets ;
Je cherche mon malheur , je l'avance peut-être;
Doris, j'ai trop compté sur mes foibles attraits
Il me vit un moment sous ce feuillage épais :
J'évitai ses regards , je rentrai sous les ondes
Cependant ses soupirs font retentir ces Bois ,
Et dans le sein de nos Grotes profondes
L'Echo vient me porter sa voix.
Doris rassure Eglé contre la défianc.
où elle est du pouvoir de ses charmes.
Eglé fait entendre ce que son amour lui
a fait projeter pour s'assurer du cœur
d'Hylas , elle s'explique ainsi :
Hylas se plaît dans ces forêts ;
Tu sçais ce que mon cœur médite ,
Rentrons malgré moi je l'évite.
Que nos tendres accords secondent mes projets.
Hylas , séparé d'une Troupe de Chas-
seurs , expose à son tour ce qu'il a senti
à l'aspect d'une Nymphe dont la voix a
achevé de triompher de sa liberté ; il
ignore le nom de cette aimable Nymphe.
Il entend un Choeur de Nayades , et une
1. Vol.
Giiij
Sympho ,
194 MERCURE DE FRANCE
Symphonie dont la douceur l'invite à
goûter le charme du repos ; il se couche
sur un lit de gazon , les Zephirs l'enle-
vent , et se précipitent avec lui dans le
Fleave. Le Théatre change , et represen-
te le Palais des Nymphes des Eaux , dans
lequel Hylas vient d'être transporté ;
ane Troupe de Nayades danse autour,
de lui ; elles disparoissent à son réveil ;
it exprime une partie de ce qui s'est pas-
sé pendant son sommeil, par ces Vers :
Od suis-je ? Quels Concerts ! Erreur enchante-
resse !
J'aperçois l'objet de mes feux ;
L'éclat de ce séjour m'annonce une Déesse ;
Infortuné Mortel , où s'adressent tes vœux ?
Eglé,dont Hylas ignore et le nom et le
rang , lui annonce que la Souveraine de
ces lieux l'aime ; mais qu'elle ne veut pas
le contraindre , et que s'il n'est pas por-
té à répondre à son amour , les Zephirs
le transporteront où il voudra ; Hylas
consent à partir plûtôt que de renoncer
à un amour secret qu'il préfere aux offres
les plus brillantes. Voici comme il s'ex-
prime :
Que mon trouble est extréme !
En quittant ces beaux lieux , helas !
I. Vol.
Je
JUIN.
1737
Je fuis ce que je n'aime pas ;
Mais je m'arrache à ce que j'aime.
1195
Eglé , l'ayant pressé de s'expliquer ,
et cette explication étant telle qu'elle la
souhaite,elle se fait connoître à lui, et lui
offre sa main ; les Nayades célébrent cet
Hymen , et forment une Fête des plus
brillantes.
AMPHIO N. Troisiéme Entrée.
Le Théatre represente des Forêts, des
Cavernes , des Rochers ; un Camp de
Sauvages y est formé devant la Ville de
Thebes , qui paroît dans le fond à demi
ruinée. Niobe, Fille de Tantale, Roy d'un
Peuple Sauvage , commence cette der-
niere Entrée au Lever de l'Aurore ; elle
se plaint de ce que le jour qui va renaî--
tre sera le dernier d'Amphion qu'elle
aime.
Amphion vient pour chercher Niobe,
qu'il aime. Cette Princesse , après des re-
grets reciproques , lui fait connoître son
amour. Elle le quitte après un avey si
satisfaisant pour lui , et le prie de se dé-
rober à la colere de son Pere , dont elle
desavoue la cruauté. Amphion , charmé
de l'aveu qu'il vient d'entendre , fait un
Monologue dont la Musique et les Vers
I.Vol
Gy sont
1196 MERCURE DE FRANCE
sont généralement aplaudis. Voici quel-
ques-uns des Vers.
Niobe répond à ma flamme ;
Je goûte un sort digne des Dieux
Naissez des transports de mon ame
"
Naissez , Accords harmonieux , &c.
Formez-vous , Murs Thébains, naissez , fameux
Remparts ,
Nouveaux témoins de ma victoire ;
Aux Stécles à venir transmettez ma mémoires
D'un Ennemi barbare effrayez les regards.
Les vœux et l'espoir d'Amphion sont
comblés ; les Remparts de Thebes s'éle-
vent aux accents de sa Voix et de sa Ly-
re. Tantale en est si étonné qu'il vient
offrir la paix à un Roy qui semble com
mander à la Nature ; instruit de son
amour pour sa Fille ,
il consent que
Hymen soit le nœud de la paix ; les Sau-
vages et les Thébains se réunissent pour
célébrer cette heureuse Fête.
Ce Ballet a été très-bien reçû du Pu-
blic ; les suffrages ont paru plus réunis
en faveur de la Musique. On convient
pourtant que le Poëme est très- bien écrit,
on y auroit souhaité un peu plus d'inte-
rt ; mais il est très difficile d'en mettre
beaucoup dans un Ballet ; ce genre de
I. Vel
leur
Piece
pour
JUIN.
1737
1197
Piece semble plûtôt fait pour l'esprit que
le cœur , et d'ailleurs , les Danses
en occupent les deux tiers. Des trois En-
trées , la seconde a paru la plus inte
ressante du côté du Poëte , quoiqu'on
l'ait trouvée la moins convenable au Ti-
tre; la derniere a paru faire le plus d'hon-
neur au Musicien , et on peut
et on peut dire que
l'Harmonie y a été veritablement triom-
plante.
Le 16. Juin on donna la dix- septiéme
Representation de ce Ballet , et le 13.
on remit au Théatre celui des Amours
des Dieux, composé d'un Prologue et de
quatre Entrées , qu'on avoit donné pour
la premiere fois le 14. Septembre 1727.
et que le Public avoit reçû avec satisfac-
tion. Le Poëme est de M. Fuzelier , et la
Musique de M. Mouret. Cet Opera ,
qui est parfaitement bien remis , a été
reçû avec les mêmes aplaudissemens que
dans sa nouveauté ; nous nous dispen-
sons d'en donner un Extrait , l'ayant dé-
ja donné dans le Mercure de Septembre
1727. p. 2076.
Fermer