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p. 158-164
Lettre à Madame Deshoullieres. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est si commun que les Vers, rien n'est si rare / Permettez-moy Madame, de vous dire, que je suis [...]
Mots clefs :
Héros, Idées brillantes, Madame, Admiration
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texteReconnaissance textuelle : Lettre à Madame Deshoullieres. [titre d'après la table]
Rien n'eft fi.commun que
les Vers , & rien n'eft fi rare
que d'en trouver de bons.
Parmy unc infinité de per-
GALANT. 159
į
fonnes qui font leur plaifir
de cette occupation , à peine
en voit - on cinq ou fix qui fe
diftinguent. Si j'ofe mefler
mon fentiment avec celuy
de plufieurs perfonnes , du
jugement defquelles on ne
fçauroit appeller, M' de Senecé , premier Valet de Chambre de la feuë Reine , doit
eſtre mis de ce nombre. Vous
en jugerez par l'Idille de fa
façon que je vous envoye.
Le fujet qu'il a pris eft fort
fterile , de forte qu'il a eu be
foin de beaucoup d'invention , qui eft une des prin-
160 MERCURE 1
cipales parties de la Poëfie.
Ses pensées font belles`, bien
foutenues , & noblement exprimées , & fes Vers ont un
tour aifé qui fait plaifir. Il
feroit à fouhaiter qu'il en
vouluftfaire fouvent, Il eſt à
Mafcon, d'où il a envoyé fon
Idille à Madame Deshoulieres , en luy écrivant ce
que vous allez lire. Je croy
que vous ne ferez pas fachée
de voir comment parle en
Profe un homme qui fait
paroiftre tant d'efprit enVers.
GALANT. 161
I
A Mafcon. 16. Nov. 1690
Ermettez-moy , Madame,
de vous dire , que je fuis
de l'hameur de ces Héros de Comedie , qui dans les plus grandes
adverfitez, confervent toujours la
fierté de leur rang, &la fermeté
de leur courage. Cela veut dire,
que tout exilé que je fuis du
Royaume de l'efprit, & du bon
fens , je me fouviens toujours
que j'ay eu l'honneur d'estre
connu de vous, & d'avoir quelque part en voftre estime. C'est
un avantage que je ne puis jamais oublier ; mais , Madame,
Novembre 1690. O
162 MERCURE
comme vous n'avezpas les mef
mes raisons de penser à moy, je
ne puis refifter à la tentation de
vous en rappeller le fouvenir. Il
eft trop doux , il est trop glorieux,
pour pouvoir le negliger , de tenir
quelque place dans vostre esprit,
dans vostre memoire , parmy
ces idées brillantes,&fpirituelles,
quir font les delices & l'admiration de tout ce qui parle
François , je veux dire , de la
plus polie , de la plus nombreufe partie de la terre . Les .
agréables épanchemens de vostre
beureux genie , viennent fouwent jufqu'à nous de plufieurs
·
GALANT. 163
façons. Je vous avouë neantmoins que tout charméque j'en
fuis , je le ferois encore davantage, s'il en venoit quelque
chofe en droiture de vous à moy.
Je vous fuplie , Madame , d'ouvrir en ma faveur les Trefors
de voftre Cabinet, & de croire
que je conferve encore affez de
goust, pour faire d'un pareil
prefent , fi vous avez la bonté
de m'en enrichir , tout le cas
qu'il meritera. Pour exciter votre liberalité par la mienne , je
vous envoye un Idille de ma
façon, femblable en cela au Roy.
de Perfe , quifelon le recit des
O ij
164 MERCURË
Voyageurs envoye ordinairement aux Gouverneurs de fes
Provinces , quand ilsfe font
enrichis , quelque méchante vefte
des Indes, pour tirer de leur reConnoiſſance un prefent de deux.
ou trois mille Tomans. Au fond,
dans un pareil échange, qui
pourroit jamais vous fournir une
juste compenfation ? En tout cas,
quelque party que vous prenieZ,
j'auray toujours obtenu une partie de ce quejefouhaite,puifque je
vous auray fait reffouvenir que
je fuis , Madame, avec beaucoup
d'admiration de reſpects
Voftre tres, &c.
les Vers , & rien n'eft fi rare
que d'en trouver de bons.
Parmy unc infinité de per-
GALANT. 159
į
fonnes qui font leur plaifir
de cette occupation , à peine
en voit - on cinq ou fix qui fe
diftinguent. Si j'ofe mefler
mon fentiment avec celuy
de plufieurs perfonnes , du
jugement defquelles on ne
fçauroit appeller, M' de Senecé , premier Valet de Chambre de la feuë Reine , doit
eſtre mis de ce nombre. Vous
en jugerez par l'Idille de fa
façon que je vous envoye.
Le fujet qu'il a pris eft fort
fterile , de forte qu'il a eu be
foin de beaucoup d'invention , qui eft une des prin-
160 MERCURE 1
cipales parties de la Poëfie.
Ses pensées font belles`, bien
foutenues , & noblement exprimées , & fes Vers ont un
tour aifé qui fait plaifir. Il
feroit à fouhaiter qu'il en
vouluftfaire fouvent, Il eſt à
Mafcon, d'où il a envoyé fon
Idille à Madame Deshoulieres , en luy écrivant ce
que vous allez lire. Je croy
que vous ne ferez pas fachée
de voir comment parle en
Profe un homme qui fait
paroiftre tant d'efprit enVers.
GALANT. 161
I
A Mafcon. 16. Nov. 1690
Ermettez-moy , Madame,
de vous dire , que je fuis
de l'hameur de ces Héros de Comedie , qui dans les plus grandes
adverfitez, confervent toujours la
fierté de leur rang, &la fermeté
de leur courage. Cela veut dire,
que tout exilé que je fuis du
Royaume de l'efprit, & du bon
fens , je me fouviens toujours
que j'ay eu l'honneur d'estre
connu de vous, & d'avoir quelque part en voftre estime. C'est
un avantage que je ne puis jamais oublier ; mais , Madame,
Novembre 1690. O
162 MERCURE
comme vous n'avezpas les mef
mes raisons de penser à moy, je
ne puis refifter à la tentation de
vous en rappeller le fouvenir. Il
eft trop doux , il est trop glorieux,
pour pouvoir le negliger , de tenir
quelque place dans vostre esprit,
dans vostre memoire , parmy
ces idées brillantes,&fpirituelles,
quir font les delices & l'admiration de tout ce qui parle
François , je veux dire , de la
plus polie , de la plus nombreufe partie de la terre . Les .
agréables épanchemens de vostre
beureux genie , viennent fouwent jufqu'à nous de plufieurs
·
GALANT. 163
façons. Je vous avouë neantmoins que tout charméque j'en
fuis , je le ferois encore davantage, s'il en venoit quelque
chofe en droiture de vous à moy.
Je vous fuplie , Madame , d'ouvrir en ma faveur les Trefors
de voftre Cabinet, & de croire
que je conferve encore affez de
goust, pour faire d'un pareil
prefent , fi vous avez la bonté
de m'en enrichir , tout le cas
qu'il meritera. Pour exciter votre liberalité par la mienne , je
vous envoye un Idille de ma
façon, femblable en cela au Roy.
de Perfe , quifelon le recit des
O ij
164 MERCURË
Voyageurs envoye ordinairement aux Gouverneurs de fes
Provinces , quand ilsfe font
enrichis , quelque méchante vefte
des Indes, pour tirer de leur reConnoiſſance un prefent de deux.
ou trois mille Tomans. Au fond,
dans un pareil échange, qui
pourroit jamais vous fournir une
juste compenfation ? En tout cas,
quelque party que vous prenieZ,
j'auray toujours obtenu une partie de ce quejefouhaite,puifque je
vous auray fait reffouvenir que
je fuis , Madame, avec beaucoup
d'admiration de reſpects
Voftre tres, &c.
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Résumé : Lettre à Madame Deshoullieres. [titre d'après la table]
Le texte souligne la rareté des bons poètes parmi les nombreux auteurs. Il met en lumière M. de Sencé, premier valet de chambre de la reine défunte, comme un exemple de poète talentueux. Son idylle est appréciée pour son inventivité, ses pensées bien formulées et ses vers agréables. L'auteur espère que M. de Sencé écrira plus fréquemment. Une lettre de M. de Sencé à Madame Deshoulières, datée du 16 novembre 1690, est également mentionnée. Dans cette lettre, M. de Sencé compare sa situation à celle des héros de comédie conservant leur dignité malgré les adversités. Il exprime son honneur d'être connu et estimé par Madame Deshoulières et son désir de recevoir des nouvelles directes d'elle. Il lui envoie une idylle de sa composition, espérant en retour un présent littéraire de sa part. La lettre se conclut par des marques de respect et d'admiration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 165-177
LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Début :
La Sône, si tranquille autrefois dans sa course, [...]
Mots clefs :
Eaux , Âme, Temps, Amour, Saône, Berger, Fleuve, Cours
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texteReconnaissance textuelle : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
LES GRANDES EAUX.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
Fermer
Résumé : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Le texte relate les conséquences désastreuses de la crue de la rivière Sône, autrefois tranquille. Les eaux en furie sèment la terreur et la colère parmi les populations voisines, rappelant le Déluge. La nature est sévèrement touchée : les herbes sont recouvertes de limon, la végétation est en détresse, et les arbres sont réduits à l'état de débris. Les bergers, effrayés, voient dans cette catastrophe une vengeance divine. Achante, un berger, déplore le retard du retour de Climène en raison des inondations. Il reproche à la rivière son comportement furieux et son orgueil. La Sône est comparée à d'autres fleuves dévastateurs tels que le Drac, la Drome et la Durance. Le texte critique les légendes antiques sur les dieux des eaux, affirmant que ces divinités n'existent pas et ne peuvent pas secourir les amants. Achante supplie la rivière de se calmer pour permettre le retour de Climène et espère que l'amour interviendra pour améliorer la situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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Fermer
Pas de résultat.