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p. 75-78
EPITRE A M.... Sur le Rétablissement de la Santé du Roy.
Début :
TU le veux, j'obéis, & je vas à mon tour [...]
Mots clefs :
Coeur, Amour, Roi, Nom, Yeux, Joie, Guide, Télémaque, Mentor
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M.... Sur le Rétablissement de la Santé du Roy.
EPITRE à M ....
Sur le Rétablissement de la Santé du Roy.
T
U le veux , j'obéis , & je vas à mon tour
Entrer dans la carriere , & reparoître au
jour.
Tu fçais que de long-tems , loin des bords d
Permeffe ,
La gloire dans mon coeur cedoit à la pareffe
Je voyois fans chagrin d'audacieux mortels
Ennemis du bon fens , détruire fes autels ;
Je fouffrois qu'éblouis d'un frivole fuffrage ,
Qu'on accorde à l'Auteur plus fouvent qu'a
l'Ouvrage ,
De leurs Vers languiffans ils vinffent chaque jour
Etourdir le Monarque , & fatiguer la Cour,
Ne le critiquons point , me difois je fans ceffe
Ainfi que la douleur , la joye a fon yvreffe ,
C'est le zéle qui parle. Il faut en fa faveur
Tenir compte à l'efprit des mouvemens du coeur.
Toi , qui connois le mien , tu vois ce qui le
guide ,
De loüange & d'honneur moderément avide ,
A l'éclat d'un grand nom preferant le repos
Jamais d'un ceil jaloux je n'ay vû mes rivaux.
Gij
Accablé
76 LE MERCURE
>
Accablé fous le poids d'une douleur muette ,
De mon abbattement éloquente interprete ,
J'ofe le dire , helas ! nul autre plus que moi
N'a fenti le danger qui menaçoit le Roi,
Mais je n'empruntois point pour marquer mes
allarmes
Ces cris entrecoupés de fanglots & de larmes ,
De crainte palpitant , le coeur rongé d'ennuy,
Les pleurs que je verfois n'alloient point jufqu'à
lui ,
Jecrois encor le voir , ce Prince que j'adore ,
Confumé par l'ardeur du feu qui le devore ,
Le mal victorieux n'offre de toutes parts
Que lugubres objets à mes triſtes regards.
Lamort , les yeux bandés , elle- même interdite
De l'affreux attentat que fa fureur medice ,
Leve fa faux barbare, elle avance,grands Dieux !
N'avez - vous que montré ce cher Prince à nos
yeux ?
De la divinité défigurant l'image ,
C'est vous en ce moment que lá cruelle
outrage.
Vous vous attendriffez. Mes cris ne font pas
vains >
Elle frenit . Le fer s'échape de ſes mains ;
Bonheur inesperé ! Tout prend une autre face ,
L'efpir flateur renaît , la trifteffe s'efface ,
L: calme le plus doux fuccede à nos douleurs ,
Et la joye à fon tour nous fait verier des pleurs ,
Ce
D'OCTOBRE.
77
Ce ne font que plaifirs , que feftes , que fpectacles
,
L'amour ingenieux enfante des miracles ,
Et cet amour fi tendre , auteur de nos tranfports,
Au fein de la mifere a trouvé des tréfors.
Durés , momens heureux ! que le Ciel favo
rable
Long-tems à fes Sujets conferve un Maître ar
mable ,
Que fenfible à leurs maux , par un juſte retour
Ses bontez foient le prix de leur fidelle amour.
Qu'il fonge, qu'en lui feul mettant notre efperance
,
Il nous doit des Vertus dignes de fa naiſſance.
Heft né genereux , il n'oublira jamais
Que le bonheur des Rois eft celui des Sujets.
Ainfi nous le verrors occupé de fa gloire ,
Des Heros les plus grands effacer la memoire,
Compter , nouveau Titus , fes jours par les fa
veurs y
N'aimer , ne rechercher que l'empire des coeurs
Pour obtenir la Paix entreprendre la Guerre ,
Etre l'étonnement & l'amour de la Terre.
Ta main , en le formant , fignala ton pouvoir,
Seigneur , impofe lui le joug faint du devoir ,
Que con feul intereft & l'anime & le guide ,
Gij
Et
78
*
LE
MERCURE
Et qu'à tous fes difcours la verité prefide ,
Qu'avec un coeur de Pere il ait celui d'un Roy
Et pour tout dire , enfin , qu'il foit digne de toy.
L'effet juftifira le fortuné préfage
Des grands évenemens dont vous êtes le gage ,
Huftre Maréchal , fous vos yeux élevé ,
Et par vos tendres foins du trépas prefervé ,
LOUIS à la Vertu formé dès fa jeuneſſe
Ne démentira point vos leçons de fageffe ,
Et nos neveux charmés en beniffant leur Roy ,
Beniront comme nous le nom de Villeroy ;
Ouy, ce nom glorieux , cheri dans tous les âges,
Chez les Peuples heureux trouvera des hommages
,
Vivez donc , & fongez que pour fon Peuple encor
Telemaque a befoin des confeils de Mentor.
Sur le Rétablissement de la Santé du Roy.
T
U le veux , j'obéis , & je vas à mon tour
Entrer dans la carriere , & reparoître au
jour.
Tu fçais que de long-tems , loin des bords d
Permeffe ,
La gloire dans mon coeur cedoit à la pareffe
Je voyois fans chagrin d'audacieux mortels
Ennemis du bon fens , détruire fes autels ;
Je fouffrois qu'éblouis d'un frivole fuffrage ,
Qu'on accorde à l'Auteur plus fouvent qu'a
l'Ouvrage ,
De leurs Vers languiffans ils vinffent chaque jour
Etourdir le Monarque , & fatiguer la Cour,
Ne le critiquons point , me difois je fans ceffe
Ainfi que la douleur , la joye a fon yvreffe ,
C'est le zéle qui parle. Il faut en fa faveur
Tenir compte à l'efprit des mouvemens du coeur.
Toi , qui connois le mien , tu vois ce qui le
guide ,
De loüange & d'honneur moderément avide ,
A l'éclat d'un grand nom preferant le repos
Jamais d'un ceil jaloux je n'ay vû mes rivaux.
Gij
Accablé
76 LE MERCURE
>
Accablé fous le poids d'une douleur muette ,
De mon abbattement éloquente interprete ,
J'ofe le dire , helas ! nul autre plus que moi
N'a fenti le danger qui menaçoit le Roi,
Mais je n'empruntois point pour marquer mes
allarmes
Ces cris entrecoupés de fanglots & de larmes ,
De crainte palpitant , le coeur rongé d'ennuy,
Les pleurs que je verfois n'alloient point jufqu'à
lui ,
Jecrois encor le voir , ce Prince que j'adore ,
Confumé par l'ardeur du feu qui le devore ,
Le mal victorieux n'offre de toutes parts
Que lugubres objets à mes triſtes regards.
Lamort , les yeux bandés , elle- même interdite
De l'affreux attentat que fa fureur medice ,
Leve fa faux barbare, elle avance,grands Dieux !
N'avez - vous que montré ce cher Prince à nos
yeux ?
De la divinité défigurant l'image ,
C'est vous en ce moment que lá cruelle
outrage.
Vous vous attendriffez. Mes cris ne font pas
vains >
Elle frenit . Le fer s'échape de ſes mains ;
Bonheur inesperé ! Tout prend une autre face ,
L'efpir flateur renaît , la trifteffe s'efface ,
L: calme le plus doux fuccede à nos douleurs ,
Et la joye à fon tour nous fait verier des pleurs ,
Ce
D'OCTOBRE.
77
Ce ne font que plaifirs , que feftes , que fpectacles
,
L'amour ingenieux enfante des miracles ,
Et cet amour fi tendre , auteur de nos tranfports,
Au fein de la mifere a trouvé des tréfors.
Durés , momens heureux ! que le Ciel favo
rable
Long-tems à fes Sujets conferve un Maître ar
mable ,
Que fenfible à leurs maux , par un juſte retour
Ses bontez foient le prix de leur fidelle amour.
Qu'il fonge, qu'en lui feul mettant notre efperance
,
Il nous doit des Vertus dignes de fa naiſſance.
Heft né genereux , il n'oublira jamais
Que le bonheur des Rois eft celui des Sujets.
Ainfi nous le verrors occupé de fa gloire ,
Des Heros les plus grands effacer la memoire,
Compter , nouveau Titus , fes jours par les fa
veurs y
N'aimer , ne rechercher que l'empire des coeurs
Pour obtenir la Paix entreprendre la Guerre ,
Etre l'étonnement & l'amour de la Terre.
Ta main , en le formant , fignala ton pouvoir,
Seigneur , impofe lui le joug faint du devoir ,
Que con feul intereft & l'anime & le guide ,
Gij
Et
78
*
LE
MERCURE
Et qu'à tous fes difcours la verité prefide ,
Qu'avec un coeur de Pere il ait celui d'un Roy
Et pour tout dire , enfin , qu'il foit digne de toy.
L'effet juftifira le fortuné préfage
Des grands évenemens dont vous êtes le gage ,
Huftre Maréchal , fous vos yeux élevé ,
Et par vos tendres foins du trépas prefervé ,
LOUIS à la Vertu formé dès fa jeuneſſe
Ne démentira point vos leçons de fageffe ,
Et nos neveux charmés en beniffant leur Roy ,
Beniront comme nous le nom de Villeroy ;
Ouy, ce nom glorieux , cheri dans tous les âges,
Chez les Peuples heureux trouvera des hommages
,
Vivez donc , & fongez que pour fon Peuple encor
Telemaque a befoin des confeils de Mentor.
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