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1
p. 159-175
EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Début :
Des marques de pieté aussi éclatantes que celles dont je / Sous le debris de vos attraits [...]
Mots clefs :
Coeur, Dévots, Imposteurs, Intérêt, Hypocrite, Louis, Péché, Cabale, Débauche, Ciel
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Des marques de picté auffi
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler, font d'une grande édification pour
les peuples. Heureux qui ne
les donne point par hypocrific , & qui eft dans l'ame
ce qu'il paroiſt au dehors . Si
ceux qui ont le cœur veritablement touché des veritez
que la Religion nous enfei-
160 MERCURE
gne font tres eftimables , il
n'y a rien de plus dangereux
que les faux Deyors , qui
n'ayant en veuë que leurs interefts , font feulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader que l'Esprit de Dieu regle
leur conduite. Vous verrez
leur caractere admirablement
dépeint dans l'excellent Ouvrage que vous allez lite . Il
eft de l'Illuftre Madame des
Houlieres , que la beauté de
fes Vers , & le tour heureux
GALANT. 161
& delicat qu'elle donne à fes
penfées , mettent au deffus de
toute loüange.
SS22222252 SSE2527
EPITRE CHAGRINE,
Au R. P. de la Chaife.
SONSOus le debris de vos attraits
Voulez- vous demeurer toujours enfe--
velie ?
M'aditquelqu'un , d'un nom quepar
raifon je tais ,
Qui s'est imaginé que mamélancolie
Vient moins d'une fanté dés longtemps affaiblie,
Que du reproche amer qu'en fecres
je me fais ,
Mars 1692
162 MERCURE
De n'eftre plus affezjolie
Pourfaire naiftre encor quelque tendre folie
Frivole honneur , fur quòy je ne
comptayjamais.
2
Apprenez , me difoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lorsque ce qu'on ade beau
Eftdu ou des maux devenu la temps victime ,
Il faut , pour acquerir une nouvelle
eftime,
Se faire un merite nouveau;
Que c'eft ne vivre plus que de vi.
vre inutile;
?
Qu'ilfaut dans quelque rang
qu'onfait,
Que jusqu'au dernierjour une perJonne babile
Tienne au monde par quelque endroit.
GALANT. 163
Vous nerépondez point ! d'où vient
voftrefilence?
Il vient , luy dis-je alors exprés pour
découvrir
où tendoit cette belle &fage remontrance.
De ce qu'en moy-mefmeje pense
Quel merite nouveau je pourrois ac--
querir.
Je n'en vois points tant jefuis
fotte.
Abus , s'êcria-t-il ! bé, devenez devote.
Ne le devient-on pas à la ville , à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ?m'écriay-je à
mon tour
L'efprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite onparle avic
détour?
Oij
164 MERCURE
Ony , vous, repliqua-t-il ; vous ne
Scauriez mieux faire
De la devotion ayez moins defrayeur.
Elle eft rude pour le vulgaire,
Mais pour nous il ne faut qu'un peu
d'exterieur.
Allez pourfoutenir le devot caractere,
Il n'en coutera pas beaucoup à vostre
cœur. 2
Tout ce que la fortune a pour vous.
d'injustices
Par là pourroitfe réparer.
·Regardez vos Parens vieillir fans
Benefices.
Songez qu'à voftre Epoux cinquante
ans defervices
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à votre
portegronde,
Et que chez les Devots , biens , honneurs. tout abonde.
GALANT. 165
Que la mode eftpour eux , & peus
longtemps durer,
Et qu'outre ces raisons fur quoy cha
cunfe fonde,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
S
Allons doucement, s'il vousplaift,,
Luy dis-je , &fupposé qu'à vos leçonsfidelle
Fe prenne aux jeux du monde une
forme nouvelle
Par une raifon d'intereft ,
LOVIS , éclairé comme il eft,
Quoy que vous vfiezmepromettre,
Connoiftra ma fourbe; il penetre
Au delà de ce qui paroift.
Aquoy m'aura fervy, ma devote grimace,
Qu'à m'en faire moins eftimer;
Malheur dont la fimple menace.
166 MERCURE
Plus
quela mort peut m'alarmer?
S
Quand, me repliqua-t- il , on eft à
voftre place ,
Il nefautpas avoir tant de précaution ;
Mais dûtpour vous lefort-ne changer
point deface,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'on n'estplusjeune , a toû→
jours bonne grace;
Redoublez votre attention.
Voyez quel privilege au noftre peut
atteindre.
Avec des mots choifis auffi doux que
le miel;
Sur les gens d'un merite à craindre
on répand àgrandsflots lefiel.
On peut impunément pour l'intereft
du Ciel
Eire dur, fe vanger ,faire des injufti
ces.
GALANT. 167.
Tout n'eft pour les Devots quepeché
veniel.
Nous fçavons en vertu transformer
tous les vices ,
De ladevotion c'est là l'effentiel.
2
Taifez- vous , Scelerat , m'écriay-je
irritée ,
Tout commerce eft fini pour jamais.
entre nous.
Fen aurois avec un Athée,
Millefois pluftoft qu'avec vous.
Mais tandis qu'en difcours ma colere
s'exhale ,
Ce faux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet , traverse cham
bre &falle
D'un air brufque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiffe une horreur , qu'aucune
horreur n'égale.
168 MERCURE
Ah ! c'est unDevot de cabale,
Mais qui ne fait encor fon mestier
qu'à demi.
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on eftale.
Auffi les habiles Devots
Selon lesgens ont leur morale ,
Et nefe livrentpas ainfimalàpropos,
2
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne-t- on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle.
On n'apoint avec eux de legere querelle..
Fafche-t-on un Devot , c'eft Dien
qu'on fafche en luy.
Ces Apoftre du temps , qui des premiers Apoftres
Nenousfontpoint r effouvenir,
Pardonnent
GALANT.. 169
Pardonnent bien moins que nous
autres.
Contr'eux vent-onfe maintenir,
Empefcher qu'à leurs biens ils ne
joignent les noftres ,
C'est une impieté qu'on ne peut trop
punit.
De la Religion c'est ainsi qu'ils fe
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu fur le
front
Que leurs actions defavouënt ,
Ils fontfauxen tout ce qu'ilsfont.
2
Le mestierde Devot, ou plustoft d'Hypocrite,
Devient presque toujours la reſource
des
gens,
Qu'une longue débauche a rendus.
indigens;
Des. Femmes que là beauté quitte ,
Mars 1692 P
170 MERCURE
Ou qui d'un mauvais bruit n'ontpú
Sepreferver,
Dés
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite.
que du Cagotifme on fait profeffion,
De tout ce qu'on a fait la memoire
s'efface.
C'eft fur la réputation
Un excellent vernis qu'on paffè.
Sijepouvois trouver d'affe noires
couleurs ,
Que j'aimerais à faire une fidelle
image
Du fondde leurs perfides cœurs,
Moy qui hais le fard dans les
mœurs
Encor plus quefurle visage,
Et quifçais tous les tours que mettent
en usage
Nosplus celebres impoßicurs !
GALANT. 171
Quelplaifir pourmoy! quellejoye,
De demafquer ces fcelerats ,
Aquile vray merite eft tous lesjours
en proye
Et qui pour l'accabler par une feure
voye
De l'intereft du Ciel couvrent leurs
attentats !
2
Mais, me pourradire un Critique,
Voftre efprit s'égare , arrestez
Quandpour les faux Devots voftre
haine s'explique,
Songez bien contre vous quelles gens
vous mettez.
Pour affaiblir les coups quefur eux
vous portez ,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremisdes ennuis que vous vous
appreftez.
Pij
172 MERCURE
Croyez- moy, contre vous que rien ne
les chagrine.
2
Non, non, dirois-je à ce Cenfeur,
Je fuis leur ennemie , &fais gloire
de l'eftre ,
Et s'ils ofoientfur moy répandre leur
noirceur ,
Quelque Ouvrage pourroit paroi
Stre,
Où je les traiterois avec moins de
douccur ,
Etpar leurs noms enfinje les ferois
connoiftre.
Hé quoy donc,parce que le Roy
Detoutes les vertus donne de grands
exemples,
Quepieux , charitable , affidu dans
nosTemples ,
Il aime le Seigneur , lefert de bonne
foy›
GALANT. 173
Que pour les interests il foûtiens
feul la guerre,
Qu'il a planté la Croix aux deux
bouts de la terre ,
Et
que des libertins il fut toujours
l'effroy ,
On n'ofera parler contre les Hypocrites ?
Hé, qu'ont-ils de commun avec un
un tel Heros ?
Cenfeur , fur ce que vous me dites
Fay Sprit dans un plein repos.
2
Ovous, qui de Louis heureux &facré guide ,
Luy difpenfez du Ciel les celeftes
trefors ,
Vous dont la pietéfolide,
Loin d'étaler aux yeux de faftueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranfports,
Piij
174 MERCURE
Et pourjuger d'autruy toujours lente
& timide,
Vous enfin dont la probité
Dufang dont vous fortez égale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliffe.
De mafoy , de mes mœurs vous éftes
fatisfait.
Vous ne l'eftes pas tant, peut- eftre,
De mafoumiffion pour le Souverain
Eftre,
Dans les maux que fouvent la furtune mefait';
Mais fije nefuis pas dans un eftat
parfait,
Je sens quej'y voudrois bien eftre.
Ony, je voudrois pouvoir , comme
vous le voulez,
GALANT. 175.
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ah! que mon cœur n'est- il de ces
cœurs ifolez
Qui par aucun endroit ne tiennent
à la terre,
Quifont à leurs devoirsfans referve immolez,
A qui la Grace affure une pleine victoire ,
Es qui d'un divin feu brûlez,
A la poffeffion de l'Eternelle Gloire
Ne font pas en vain appellez!
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler, font d'une grande édification pour
les peuples. Heureux qui ne
les donne point par hypocrific , & qui eft dans l'ame
ce qu'il paroiſt au dehors . Si
ceux qui ont le cœur veritablement touché des veritez
que la Religion nous enfei-
160 MERCURE
gne font tres eftimables , il
n'y a rien de plus dangereux
que les faux Deyors , qui
n'ayant en veuë que leurs interefts , font feulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader que l'Esprit de Dieu regle
leur conduite. Vous verrez
leur caractere admirablement
dépeint dans l'excellent Ouvrage que vous allez lite . Il
eft de l'Illuftre Madame des
Houlieres , que la beauté de
fes Vers , & le tour heureux
GALANT. 161
& delicat qu'elle donne à fes
penfées , mettent au deffus de
toute loüange.
SS22222252 SSE2527
EPITRE CHAGRINE,
Au R. P. de la Chaife.
SONSOus le debris de vos attraits
Voulez- vous demeurer toujours enfe--
velie ?
M'aditquelqu'un , d'un nom quepar
raifon je tais ,
Qui s'est imaginé que mamélancolie
Vient moins d'une fanté dés longtemps affaiblie,
Que du reproche amer qu'en fecres
je me fais ,
Mars 1692
162 MERCURE
De n'eftre plus affezjolie
Pourfaire naiftre encor quelque tendre folie
Frivole honneur , fur quòy je ne
comptayjamais.
2
Apprenez , me difoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lorsque ce qu'on ade beau
Eftdu ou des maux devenu la temps victime ,
Il faut , pour acquerir une nouvelle
eftime,
Se faire un merite nouveau;
Que c'eft ne vivre plus que de vi.
vre inutile;
?
Qu'ilfaut dans quelque rang
qu'onfait,
Que jusqu'au dernierjour une perJonne babile
Tienne au monde par quelque endroit.
GALANT. 163
Vous nerépondez point ! d'où vient
voftrefilence?
Il vient , luy dis-je alors exprés pour
découvrir
où tendoit cette belle &fage remontrance.
De ce qu'en moy-mefmeje pense
Quel merite nouveau je pourrois ac--
querir.
Je n'en vois points tant jefuis
fotte.
Abus , s'êcria-t-il ! bé, devenez devote.
Ne le devient-on pas à la ville , à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ?m'écriay-je à
mon tour
L'efprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite onparle avic
détour?
Oij
164 MERCURE
Ony , vous, repliqua-t-il ; vous ne
Scauriez mieux faire
De la devotion ayez moins defrayeur.
Elle eft rude pour le vulgaire,
Mais pour nous il ne faut qu'un peu
d'exterieur.
Allez pourfoutenir le devot caractere,
Il n'en coutera pas beaucoup à vostre
cœur. 2
Tout ce que la fortune a pour vous.
d'injustices
Par là pourroitfe réparer.
·Regardez vos Parens vieillir fans
Benefices.
Songez qu'à voftre Epoux cinquante
ans defervices
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à votre
portegronde,
Et que chez les Devots , biens , honneurs. tout abonde.
GALANT. 165
Que la mode eftpour eux , & peus
longtemps durer,
Et qu'outre ces raisons fur quoy cha
cunfe fonde,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
S
Allons doucement, s'il vousplaift,,
Luy dis-je , &fupposé qu'à vos leçonsfidelle
Fe prenne aux jeux du monde une
forme nouvelle
Par une raifon d'intereft ,
LOVIS , éclairé comme il eft,
Quoy que vous vfiezmepromettre,
Connoiftra ma fourbe; il penetre
Au delà de ce qui paroift.
Aquoy m'aura fervy, ma devote grimace,
Qu'à m'en faire moins eftimer;
Malheur dont la fimple menace.
166 MERCURE
Plus
quela mort peut m'alarmer?
S
Quand, me repliqua-t- il , on eft à
voftre place ,
Il nefautpas avoir tant de précaution ;
Mais dûtpour vous lefort-ne changer
point deface,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'on n'estplusjeune , a toû→
jours bonne grace;
Redoublez votre attention.
Voyez quel privilege au noftre peut
atteindre.
Avec des mots choifis auffi doux que
le miel;
Sur les gens d'un merite à craindre
on répand àgrandsflots lefiel.
On peut impunément pour l'intereft
du Ciel
Eire dur, fe vanger ,faire des injufti
ces.
GALANT. 167.
Tout n'eft pour les Devots quepeché
veniel.
Nous fçavons en vertu transformer
tous les vices ,
De ladevotion c'est là l'effentiel.
2
Taifez- vous , Scelerat , m'écriay-je
irritée ,
Tout commerce eft fini pour jamais.
entre nous.
Fen aurois avec un Athée,
Millefois pluftoft qu'avec vous.
Mais tandis qu'en difcours ma colere
s'exhale ,
Ce faux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet , traverse cham
bre &falle
D'un air brufque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiffe une horreur , qu'aucune
horreur n'égale.
168 MERCURE
Ah ! c'est unDevot de cabale,
Mais qui ne fait encor fon mestier
qu'à demi.
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on eftale.
Auffi les habiles Devots
Selon lesgens ont leur morale ,
Et nefe livrentpas ainfimalàpropos,
2
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne-t- on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle.
On n'apoint avec eux de legere querelle..
Fafche-t-on un Devot , c'eft Dien
qu'on fafche en luy.
Ces Apoftre du temps , qui des premiers Apoftres
Nenousfontpoint r effouvenir,
Pardonnent
GALANT.. 169
Pardonnent bien moins que nous
autres.
Contr'eux vent-onfe maintenir,
Empefcher qu'à leurs biens ils ne
joignent les noftres ,
C'est une impieté qu'on ne peut trop
punit.
De la Religion c'est ainsi qu'ils fe
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu fur le
front
Que leurs actions defavouënt ,
Ils fontfauxen tout ce qu'ilsfont.
2
Le mestierde Devot, ou plustoft d'Hypocrite,
Devient presque toujours la reſource
des
gens,
Qu'une longue débauche a rendus.
indigens;
Des. Femmes que là beauté quitte ,
Mars 1692 P
170 MERCURE
Ou qui d'un mauvais bruit n'ontpú
Sepreferver,
Dés
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite.
que du Cagotifme on fait profeffion,
De tout ce qu'on a fait la memoire
s'efface.
C'eft fur la réputation
Un excellent vernis qu'on paffè.
Sijepouvois trouver d'affe noires
couleurs ,
Que j'aimerais à faire une fidelle
image
Du fondde leurs perfides cœurs,
Moy qui hais le fard dans les
mœurs
Encor plus quefurle visage,
Et quifçais tous les tours que mettent
en usage
Nosplus celebres impoßicurs !
GALANT. 171
Quelplaifir pourmoy! quellejoye,
De demafquer ces fcelerats ,
Aquile vray merite eft tous lesjours
en proye
Et qui pour l'accabler par une feure
voye
De l'intereft du Ciel couvrent leurs
attentats !
2
Mais, me pourradire un Critique,
Voftre efprit s'égare , arrestez
Quandpour les faux Devots voftre
haine s'explique,
Songez bien contre vous quelles gens
vous mettez.
Pour affaiblir les coups quefur eux
vous portez ,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremisdes ennuis que vous vous
appreftez.
Pij
172 MERCURE
Croyez- moy, contre vous que rien ne
les chagrine.
2
Non, non, dirois-je à ce Cenfeur,
Je fuis leur ennemie , &fais gloire
de l'eftre ,
Et s'ils ofoientfur moy répandre leur
noirceur ,
Quelque Ouvrage pourroit paroi
Stre,
Où je les traiterois avec moins de
douccur ,
Etpar leurs noms enfinje les ferois
connoiftre.
Hé quoy donc,parce que le Roy
Detoutes les vertus donne de grands
exemples,
Quepieux , charitable , affidu dans
nosTemples ,
Il aime le Seigneur , lefert de bonne
foy›
GALANT. 173
Que pour les interests il foûtiens
feul la guerre,
Qu'il a planté la Croix aux deux
bouts de la terre ,
Et
que des libertins il fut toujours
l'effroy ,
On n'ofera parler contre les Hypocrites ?
Hé, qu'ont-ils de commun avec un
un tel Heros ?
Cenfeur , fur ce que vous me dites
Fay Sprit dans un plein repos.
2
Ovous, qui de Louis heureux &facré guide ,
Luy difpenfez du Ciel les celeftes
trefors ,
Vous dont la pietéfolide,
Loin d'étaler aux yeux de faftueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranfports,
Piij
174 MERCURE
Et pourjuger d'autruy toujours lente
& timide,
Vous enfin dont la probité
Dufang dont vous fortez égale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliffe.
De mafoy , de mes mœurs vous éftes
fatisfait.
Vous ne l'eftes pas tant, peut- eftre,
De mafoumiffion pour le Souverain
Eftre,
Dans les maux que fouvent la furtune mefait';
Mais fije nefuis pas dans un eftat
parfait,
Je sens quej'y voudrois bien eftre.
Ony, je voudrois pouvoir , comme
vous le voulez,
GALANT. 175.
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ah! que mon cœur n'est- il de ces
cœurs ifolez
Qui par aucun endroit ne tiennent
à la terre,
Quifont à leurs devoirsfans referve immolez,
A qui la Grace affure une pleine victoire ,
Es qui d'un divin feu brûlez,
A la poffeffion de l'Eternelle Gloire
Ne font pas en vain appellez!
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Résumé : EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Le texte explore la distinction entre la véritable piété et l'hypocrisie religieuse, mettant en garde contre les faux dévots qui exploitent la religion pour des intérêts personnels. Ces hypocrites sont décrits comme dangereux, utilisant des apparences trompeuses pour convaincre les autres de leur dévotion sincère. L'auteur mentionne un ouvrage de Madame des Houlières, appréciant la beauté de ses vers et la délicatesse de ses pensées. Ensuite, une épître adressée au R. P. de la Chaise est présentée. Une voix anonyme suggère à l'auteur de se faire un nouveau mérite pour acquérir une nouvelle estime, en devenant dévote par intérêt. L'auteur refuse, trouvant le terme 'dévote' offensant et associé à l'hypocrisie. La voix anonyme insiste sur les avantages matériels et sociaux de la dévotion, mais l'auteur reste sceptique, craignant que sa feinte dévotion ne soit démasquée par le roi Louis, connu pour sa piété et son discernement. L'auteur exprime son désir de sanctifier ses maux et de vivre dans un état parfait, tout en reconnaissant ses imperfections. Le texte critique sévèrement les faux dévots, les décrivant comme des personnes qui utilisent la religion pour masquer leurs vices et leurs intérêts égoïstes. Il exprime le souhait de démasquer ces hypocrites et de révéler leur véritable nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 61-75
AU REVEREND PERE DE LA CHAIZE, CONFESSEUR DU ROY.
Début :
TOY, qui par ta sagesse, as joint dans ta carriere, [...]
Mots clefs :
Travail, Roi, Coeur, Fleurs, Regard, Esprit, Oisiveté, Laboureur, Louis, Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU REVEREND PERE DE LA CHAIZE, CONFESSEUR DU ROY.
AU REVEREND PERE
DE LA
CHAIZE
,
CONFESSEUR DU ROY.
JOY
,
qui par
ta fageffe
,
as
joint
dans
ta
carriere
,To
AT'Etude affidue , à l'ardente Prie-
re
La Vigilance exacte à fervir un grand
Roy
;
On te l'a dés l'enfance appris ainfi
qu'à moy :
La
lâche
oifiveré
fatale
à tout
le
monde
,
Des
vices
les
plus
grands
eft la
merefeconde
.
L'Ouvrier du Seigneur dans untrop long repos
,ien- toft , appefanti fous de honteux
pavots
,
Tombera fous le joug d'une moleffe
indigne,
S'il n'eft infatigable au travail de la
vigne
,
Ce
ne
feront bien
-
toft
que
jeux
qu'amulemens
,
Que
devoirs negligez
,
que
plaifirs
trop
charmans
,
Et qu'un
finiftre
oubli
des
foins
queEvangile
Veut
qu'on prenne
en
tout
temps
pour rendre
un champ
fertile
;
Mais
il
évitera
cet état
odieux
Si comme toy , la Chaife , actif , la-
borieux ,
Le
feu
celefte
&
pur d'un
zele
Apof
tolique
2.31
A de faintes moiffons inceffamment
l'applique.
GALANT
.
63
Qu'un
Guerrier
à
fon
tour
d'un
loifir
dangereux
Aux
Campagnes
de
Mars
ne
foit
pointamoureux
Que
les
trompeules
fleurs
fous qui
rampent
les
vices
Ne
luy
prefentent point de
funeftesdelices
;
Autrement
,
s'il
neglige
un
habile
ennemi
,
Si
fous
fes
vieux
lauriets
trop long-
temps endormi
,
Il
n'apprehende
plus
la
force
enchan-
tereffe
Des
bras affoupiffans
d'une
lente
Pa-
reffe
,
[
SortIl fentira
bien
-
toft
,
trifte
jouet
du
Et du
calme
fatal
qui
le
perd dans
le
port
,
Sur
l'écueil
des
plaifits
où
toute gloi
re
échoue
,
64
MERCURE
Le deftin d'Annibal dans les murs
de Capoue
.
: Un Magiftrat n'eft
mable à fon tour ,
pas moins blâ-
Si le vin , fi le jeu l'occupent nuit &
jour ,
Ou fi d'autres penchans le traînent
avec honre
Luy
-
même
au
Tribunal des
Tyrans
d'Amathonte
.
C'eft
le foin
de
s'inftruire
,
&
cent
Livres divers
,
Et les yeux fur Themis à tout mo
ment
ouverts
Et
l'amour
du
travail
vainqueur
de
l'ignorance
,
Qui doivent de fon cœur avoir la
préference.
Qui ne fçait pas auffi que les grands
Orateurs , [ chanteurs,
D'une foule attentive aimables en
ALANT
.
65
.
Ne
font
jamais
fentir
qu'aprés
de
longues
veilles
,
Des
éclairs
de
l'efprit
les
puiffantes
merveilles
C'eſt là le feul moyen d'ouvrir le
bouches d'or ,
[
trefor
Qui
des
leçons
du
Ciel difpenfent
les
Et de
faire
au Barreau tonner
les
De-
mofthenes
,
Par qui Paris s'éleve à la gloire d'A
thenes.
Pour tout dire , il n'eſt point d'emą
ploy ny de métier ,
Dont
chacun
tour à tour n'exige
un
homme
entier
.
Semblable au Laboureur
,
qui conftant
à
la
tâche
,
Séme , arrache , cultive , ou cueille
fans relâche,
Maisle beau Sexe
même
,
à
qui di
grand loiGr
Sept. 1698
.
F
66
MERCURE
La Nature a permis le tranquile plai-
fir ,
Auroit bien plus d'attraits fi l'étude
ou l'ouvrage
De
fes
jours
moins
oififs
devenoient
le
partage
;
Si ne tendant jamais les filets de Cy.
pris ,
[
pris
,
Et
de
la
vertu
feule
inceffamment
é-
Sa
pieufe
retraite
au fonds d'un
Ora-
toirc
Couronnoit fa beauté d'une nouvellegloire
,
Aulieu des vains difcours
,
&
des pro-
pos
flatcurs
,
Où le frivole encens de fes adorateurs
Luy trace trop fouvent l'image men-
fongere
Des
faux biens
,
ou
plutoft
des fonges
de Cythere
.
GALANT
.
67
•
De quelque fexe , enfin , que naiſ❤
fent les humains , 7
Le travail de l'esprit, ou le travail des
mains
Lordinaire
.
Eft des enfans
d'Adam
l'appanage
Mais
auroit
-
on
d'honneur
à vivrefans
rien
faire
?
Et Nanteuil
,
&
Varin
,
&
le
Brun
,
&
Mignard
,
Seroient-ils devenus les Rois de leur
bel Art , szigo &
Et
rappelleroient -
ils
la
memoire
é-
ternelle
gebring
out
v molett
Du
butin
de
Lyfippe
,
ou du
pinceaua
d'Appelle
,
Si loin de s'attacher aux chef d'a
vres divers
Dont leur genie heureux a chaimé
Univers ,Ils euffent
vû
leur
main
froide
&
pa«
ralytique
8 MERCURE
Tomber
dans
les
langueurs
d'un re-
pos
létargique
?
Le
Pinde
même
où
croift
l'Amaran-
te
&
les
Fleurs
,
Qui
prétent
à
l'efprit
d'immortellescouleurs
,
Eft
fi
haut qu'on
ne
peut
y monter
qu'avec peine
Et
ce
n'eft
qu'en
fuant
,
&
qu'à
perted'haleine
,
Que des fçavantes Sœurs les rares
Favoris
De
leur verte guirlande
y
vont
cher-
cher
le
prix
,
Et genereux rivaux d'Horace , ou de
Virgile
[
ficile
.
S'élevent au
fommet
de
ce
Mont
dif
Pour
moy
qui dans l'Automne
,
oudans
le
beau Printemps
,
Sur
un moindre
rocher
me
campetous
les
ans
GALANT
69
Malgré
tous
les
attraits
qu'offre
la
vie
oifive
Sous
mes
verds orangers
que
Pomo-
ne
cultive
,
Je vais de la Pareffe implacable en-
nemi
, [ Fourmi .
Suivre encor pas à pas l'Abeille & la
C'est là qu'en fa brillante & fubli-
me carriere ,
J'ofe
peindre
LOUIS
fur
fon char
de
lumiere
.
Mais
puis
-
je
par
ces
traits
qui
partent
de
mes
mains
,
Definer
affez
bien
le
plus
grand des
humains
,
Et
tracer
dans
la
longue
&
ſurpre-
nante
hiftoire
Les miracles fans nombre , & les
moiffons de gloire ?
Si Bellone
infpirant le
carnage
&
L'horreur
,
70
MERCURE
De fon trifte flambeau rallume la fu
reur
,
La Victoire en tous lieux fuit d'abord
cet Alcide ,
L'Aigle
de
Jupiter eut
l'aile
moins
rapide
;
Il
foudroye
,
il
renverfe
,
&
luy
feul
contre tous
Epouvante
,
&
l'Enfer
,
&
l'Univers
jaloux
.
Si la Paix à fon tour après l'af-
freax Tonnerre ,
Sur
un Trône
de
fleurs
fe
remontre
à
la
Terre
,
L'Abondance
auffi
-
toft
paffe
tous
nos
fouhaits
,
Chaque jour eft marqué par de nou
veaux bien-faits.
Il n'est
plus
ny
talent
,
fertile
,
,
ny
merite in
.
( fterile
.
Et fur qui ce
Heros
jette
un
regard
GALANT: 71
Les Mules , les beaux Arts triom-
phent fous fes Loix ; .
Praxitele & Zeuxis revivent à fa
voix
,
On
croiroit
que
fa
main
,
felon
qu'ille
defire
,
[
Lyre
,
Du
celebré
Amphion
a
ranimé
la
Quand
Verfailles fe
montre
,
&
fur-
paffe
à
nos
yeux
Le
fabuleux
Palais
de
l'Olimpe
&
des
Dieux
;
Quand
Trianon
,
l'Amour
des
Gra
ces
&
de
Flore
,
Semble au gré des Zephirs fubite-
ment éclore ,>
Ou
quand
le
beau Marly
,
fous
les
plus
verds
Ormeaux
,
Ouvre fon ſein paisible à des Fleuves
nouveaux ,
Et change en un moment en Napes,
en Caſcades ,
72
MERCURE
En
jets
impetueux
le criftal
des
Naïades
.
Et que
diray
-
je
encor
des
Temples
Gi
pieux
Qu'éleve au
Tout
-
puiffant
fon
cœur
religieux
,
Superbes Monumens de la Foy pure
&
vive
,
Qui
fous
le
joug
des Saints fans
ceffe
le
captive
?
C'eft ainfi
qu'on
le voit
en
la
Guer-
re , en
la
Paix
,
Du
penible
travail
ne
fe
lafer
jamais
,
Regler
,
animer
tout
,
Roy
,
Pere
,
Ami
fidelle
,
Des Princes les plus grands verita-
ble modele ,
Qui
ne
peut
toutefois eftre
bien
imité
Que
par ce
Fils
,
fameux par fon
cœur indompté
t ces trois Rejettons , dont le jeune
courage
Du Sang de mille Rois fent déja
T'heritage.
Mais en
le
crayonnant
tel
que nous
le
voyons
,
Et
raffemblant
en
luy
comme
autant
de rayons
,
L'Honneur , la Pieté , la Valeur , la
Clemence ,
L'Equité
,
l'Ordre
exact
,
la
vaſte
Prévoyance
,
Qui
peindra bien
encor
cet
air
fi
gracieux
,
Et
ce regard qui
charme
à toute
heu-
re
,
en
tous lieux
'
?
Je
ne
puis l'oublier
ce regard favo-rable
,
[ table
,
Du
cœur de
fes
Sujets
Aiman
inévi-
Lois qu'en fon Cabinet
par tes
gene-
reux foins
,
Septembre 1698
. G
74
MERCURE
J'en receus un accueil dont tes yeux
font témoinsEt
dont
reste
à
jamais
parmy
des
traits
de flâme
,
L'ineffaçable inftant
dans
le
fond
de
mon
ame
.
C'est
là
que
je
le vis
plus
grand par
fa
bonté
,
Que
par tout
l'appareil
de
tant
de
majefté
,
९
Que par tous ces hauts Faits que fur
la Terre & l'Onde
La
Déeffe aux
cent voix raconte
à
tout
le
monde
.
Mais qui peut comme Toy bien
peindre ce Heros,
Ou
dans
le
Calme
heureux
,
ou dans
l'horreur
desFlots ?
Fidelle
Obfervateur de
toute fa
fa-geffe
,
(fans ceffe
,
La Chaiſe, tu le vois , tu l'écoutes
GALANT
.
75
1
Et
frapé
des
Vertus dont
brille
un
fi
grand
Roy
,
Tu
n'en
es pas
alors
moins
ébloüy
que
moy
.
DE LA
CHAIZE
,
CONFESSEUR DU ROY.
JOY
,
qui par
ta fageffe
,
as
joint
dans
ta
carriere
,To
AT'Etude affidue , à l'ardente Prie-
re
La Vigilance exacte à fervir un grand
Roy
;
On te l'a dés l'enfance appris ainfi
qu'à moy :
La
lâche
oifiveré
fatale
à tout
le
monde
,
Des
vices
les
plus
grands
eft la
merefeconde
.
L'Ouvrier du Seigneur dans untrop long repos
,ien- toft , appefanti fous de honteux
pavots
,
Tombera fous le joug d'une moleffe
indigne,
S'il n'eft infatigable au travail de la
vigne
,
Ce
ne
feront bien
-
toft
que
jeux
qu'amulemens
,
Que
devoirs negligez
,
que
plaifirs
trop
charmans
,
Et qu'un
finiftre
oubli
des
foins
queEvangile
Veut
qu'on prenne
en
tout
temps
pour rendre
un champ
fertile
;
Mais
il
évitera
cet état
odieux
Si comme toy , la Chaife , actif , la-
borieux ,
Le
feu
celefte
&
pur d'un
zele
Apof
tolique
2.31
A de faintes moiffons inceffamment
l'applique.
GALANT
.
63
Qu'un
Guerrier
à
fon
tour
d'un
loifir
dangereux
Aux
Campagnes
de
Mars
ne
foit
pointamoureux
Que
les
trompeules
fleurs
fous qui
rampent
les
vices
Ne
luy
prefentent point de
funeftesdelices
;
Autrement
,
s'il
neglige
un
habile
ennemi
,
Si
fous
fes
vieux
lauriets
trop long-
temps endormi
,
Il
n'apprehende
plus
la
force
enchan-
tereffe
Des
bras affoupiffans
d'une
lente
Pa-
reffe
,
[
SortIl fentira
bien
-
toft
,
trifte
jouet
du
Et du
calme
fatal
qui
le
perd dans
le
port
,
Sur
l'écueil
des
plaifits
où
toute gloi
re
échoue
,
64
MERCURE
Le deftin d'Annibal dans les murs
de Capoue
.
: Un Magiftrat n'eft
mable à fon tour ,
pas moins blâ-
Si le vin , fi le jeu l'occupent nuit &
jour ,
Ou fi d'autres penchans le traînent
avec honre
Luy
-
même
au
Tribunal des
Tyrans
d'Amathonte
.
C'eft
le foin
de
s'inftruire
,
&
cent
Livres divers
,
Et les yeux fur Themis à tout mo
ment
ouverts
Et
l'amour
du
travail
vainqueur
de
l'ignorance
,
Qui doivent de fon cœur avoir la
préference.
Qui ne fçait pas auffi que les grands
Orateurs , [ chanteurs,
D'une foule attentive aimables en
ALANT
.
65
.
Ne
font
jamais
fentir
qu'aprés
de
longues
veilles
,
Des
éclairs
de
l'efprit
les
puiffantes
merveilles
C'eſt là le feul moyen d'ouvrir le
bouches d'or ,
[
trefor
Qui
des
leçons
du
Ciel difpenfent
les
Et de
faire
au Barreau tonner
les
De-
mofthenes
,
Par qui Paris s'éleve à la gloire d'A
thenes.
Pour tout dire , il n'eſt point d'emą
ploy ny de métier ,
Dont
chacun
tour à tour n'exige
un
homme
entier
.
Semblable au Laboureur
,
qui conftant
à
la
tâche
,
Séme , arrache , cultive , ou cueille
fans relâche,
Maisle beau Sexe
même
,
à
qui di
grand loiGr
Sept. 1698
.
F
66
MERCURE
La Nature a permis le tranquile plai-
fir ,
Auroit bien plus d'attraits fi l'étude
ou l'ouvrage
De
fes
jours
moins
oififs
devenoient
le
partage
;
Si ne tendant jamais les filets de Cy.
pris ,
[
pris
,
Et
de
la
vertu
feule
inceffamment
é-
Sa
pieufe
retraite
au fonds d'un
Ora-
toirc
Couronnoit fa beauté d'une nouvellegloire
,
Aulieu des vains difcours
,
&
des pro-
pos
flatcurs
,
Où le frivole encens de fes adorateurs
Luy trace trop fouvent l'image men-
fongere
Des
faux biens
,
ou
plutoft
des fonges
de Cythere
.
GALANT
.
67
•
De quelque fexe , enfin , que naiſ❤
fent les humains , 7
Le travail de l'esprit, ou le travail des
mains
Lordinaire
.
Eft des enfans
d'Adam
l'appanage
Mais
auroit
-
on
d'honneur
à vivrefans
rien
faire
?
Et Nanteuil
,
&
Varin
,
&
le
Brun
,
&
Mignard
,
Seroient-ils devenus les Rois de leur
bel Art , szigo &
Et
rappelleroient -
ils
la
memoire
é-
ternelle
gebring
out
v molett
Du
butin
de
Lyfippe
,
ou du
pinceaua
d'Appelle
,
Si loin de s'attacher aux chef d'a
vres divers
Dont leur genie heureux a chaimé
Univers ,Ils euffent
vû
leur
main
froide
&
pa«
ralytique
8 MERCURE
Tomber
dans
les
langueurs
d'un re-
pos
létargique
?
Le
Pinde
même
où
croift
l'Amaran-
te
&
les
Fleurs
,
Qui
prétent
à
l'efprit
d'immortellescouleurs
,
Eft
fi
haut qu'on
ne
peut
y monter
qu'avec peine
Et
ce
n'eft
qu'en
fuant
,
&
qu'à
perted'haleine
,
Que des fçavantes Sœurs les rares
Favoris
De
leur verte guirlande
y
vont
cher-
cher
le
prix
,
Et genereux rivaux d'Horace , ou de
Virgile
[
ficile
.
S'élevent au
fommet
de
ce
Mont
dif
Pour
moy
qui dans l'Automne
,
oudans
le
beau Printemps
,
Sur
un moindre
rocher
me
campetous
les
ans
GALANT
69
Malgré
tous
les
attraits
qu'offre
la
vie
oifive
Sous
mes
verds orangers
que
Pomo-
ne
cultive
,
Je vais de la Pareffe implacable en-
nemi
, [ Fourmi .
Suivre encor pas à pas l'Abeille & la
C'est là qu'en fa brillante & fubli-
me carriere ,
J'ofe
peindre
LOUIS
fur
fon char
de
lumiere
.
Mais
puis
-
je
par
ces
traits
qui
partent
de
mes
mains
,
Definer
affez
bien
le
plus
grand des
humains
,
Et
tracer
dans
la
longue
&
ſurpre-
nante
hiftoire
Les miracles fans nombre , & les
moiffons de gloire ?
Si Bellone
infpirant le
carnage
&
L'horreur
,
70
MERCURE
De fon trifte flambeau rallume la fu
reur
,
La Victoire en tous lieux fuit d'abord
cet Alcide ,
L'Aigle
de
Jupiter eut
l'aile
moins
rapide
;
Il
foudroye
,
il
renverfe
,
&
luy
feul
contre tous
Epouvante
,
&
l'Enfer
,
&
l'Univers
jaloux
.
Si la Paix à fon tour après l'af-
freax Tonnerre ,
Sur
un Trône
de
fleurs
fe
remontre
à
la
Terre
,
L'Abondance
auffi
-
toft
paffe
tous
nos
fouhaits
,
Chaque jour eft marqué par de nou
veaux bien-faits.
Il n'est
plus
ny
talent
,
fertile
,
,
ny
merite in
.
( fterile
.
Et fur qui ce
Heros
jette
un
regard
GALANT: 71
Les Mules , les beaux Arts triom-
phent fous fes Loix ; .
Praxitele & Zeuxis revivent à fa
voix
,
On
croiroit
que
fa
main
,
felon
qu'ille
defire
,
[
Lyre
,
Du
celebré
Amphion
a
ranimé
la
Quand
Verfailles fe
montre
,
&
fur-
paffe
à
nos
yeux
Le
fabuleux
Palais
de
l'Olimpe
&
des
Dieux
;
Quand
Trianon
,
l'Amour
des
Gra
ces
&
de
Flore
,
Semble au gré des Zephirs fubite-
ment éclore ,>
Ou
quand
le
beau Marly
,
fous
les
plus
verds
Ormeaux
,
Ouvre fon ſein paisible à des Fleuves
nouveaux ,
Et change en un moment en Napes,
en Caſcades ,
72
MERCURE
En
jets
impetueux
le criftal
des
Naïades
.
Et que
diray
-
je
encor
des
Temples
Gi
pieux
Qu'éleve au
Tout
-
puiffant
fon
cœur
religieux
,
Superbes Monumens de la Foy pure
&
vive
,
Qui
fous
le
joug
des Saints fans
ceffe
le
captive
?
C'eft ainfi
qu'on
le voit
en
la
Guer-
re , en
la
Paix
,
Du
penible
travail
ne
fe
lafer
jamais
,
Regler
,
animer
tout
,
Roy
,
Pere
,
Ami
fidelle
,
Des Princes les plus grands verita-
ble modele ,
Qui
ne
peut
toutefois eftre
bien
imité
Que
par ce
Fils
,
fameux par fon
cœur indompté
t ces trois Rejettons , dont le jeune
courage
Du Sang de mille Rois fent déja
T'heritage.
Mais en
le
crayonnant
tel
que nous
le
voyons
,
Et
raffemblant
en
luy
comme
autant
de rayons
,
L'Honneur , la Pieté , la Valeur , la
Clemence ,
L'Equité
,
l'Ordre
exact
,
la
vaſte
Prévoyance
,
Qui
peindra bien
encor
cet
air
fi
gracieux
,
Et
ce regard qui
charme
à toute
heu-
re
,
en
tous lieux
'
?
Je
ne
puis l'oublier
ce regard favo-rable
,
[ table
,
Du
cœur de
fes
Sujets
Aiman
inévi-
Lois qu'en fon Cabinet
par tes
gene-
reux foins
,
Septembre 1698
. G
74
MERCURE
J'en receus un accueil dont tes yeux
font témoinsEt
dont
reste
à
jamais
parmy
des
traits
de flâme
,
L'ineffaçable inftant
dans
le
fond
de
mon
ame
.
C'est
là
que
je
le vis
plus
grand par
fa
bonté
,
Que
par tout
l'appareil
de
tant
de
majefté
,
९
Que par tous ces hauts Faits que fur
la Terre & l'Onde
La
Déeffe aux
cent voix raconte
à
tout
le
monde
.
Mais qui peut comme Toy bien
peindre ce Heros,
Ou
dans
le
Calme
heureux
,
ou dans
l'horreur
desFlots ?
Fidelle
Obfervateur de
toute fa
fa-geffe
,
(fans ceffe
,
La Chaiſe, tu le vois , tu l'écoutes
GALANT
.
75
1
Et
frapé
des
Vertus dont
brille
un
fi
grand
Roy
,
Tu
n'en
es pas
alors
moins
ébloüy
que
moy
.
Fermer
Accéder à la liste des personnes.
Pas de résultat.