Reconnaissance textuelle : SONNET De Monsieur Houdin de la Martinique. SUR LES BOUTS RIMÉS PROPOSÉS.
SONNET
De Monfieur Houdin de la
Martinique.
SUR LES BOUTS RIME'S PROPOSE'S.
NE prends point femme , Ami ,
ni grande , ni .. Nabotte ,
L'une & l'autre en Oyfons nous
méne par le .. Bec ;
Fais aufacrélien ungrand. Salamalec,
Et ne perds pas ton droit de porter
la • Culote.
Envifage le fort des Maris à .Calotte*
Calotte de Vulcain.
Le
D'AVRIL...
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Le plus facile Epoux n'a pas toujours
l'oeil . · Sec ;
Et la fen me au repos met le dernier
· Echec ;
Quand lâffe de plaiſirs , elle devient
Bigotte.
Il eft cent fois plus doux de vivre
en •
Poffeder pour tout bien,fleches, Arc
&
Iroquois ,
Carquois ;
Cinique.
Que
d'avoir pour
Compagne un
Esprit
trop
Autant que la perdrix redoute le
Faucon ,
Ami, fuyons l'Himen ; de tous côtés
il
Pique,
Et ne nous engageons qu'à vuider
le Flacon.
AUTRE.
LECTEUR , je ſuis un Etre
Difficile à connoître ;
Jeſuis mystérieux ,
Etrange en ma nature ,
Trompeur & captieux :
En changeant ſa ſtructure ,
か
Je ſçais te préſenter ſous des traits différens ,
Un objet quel qu'il ſoit & t'en cacher le ſens ;
J'ai fçu plus d'une fois laſſer ta patience :
Dix pieds compoſent mon éſſence ;
Je change à tout moment &de forme & de nom:
Tantôt je me produis en ce fils d'Apollon ,
Qui par les doux accords de ſa touchante lyrė ,
Attendrir tous les Dieux du ténébreux Empire ;
Je compoſe tantôt ce métal précieux ,
Idole de l'avare & l'objet de les voeux ,
Qui ſauva Danaé de la fureur d'Acrife ,
Etqui ſeul nous conduit àbout d'une entrepriſe.
Tu trouveras en moi
A
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Le Père de ce Roi ,
De ce vaillant Héros ſi vanté dans l'Hiſtoire ,
Qu'accompagna toujours le Dieu de la Victoire ,
Et qu'enleva la parque en la fleur de ſes ans.
Je t'offre encor l'Ere des Muſulmans ;
Une Ville de Flandre , un Fleuve d'Italie ,
Une Rivière en France , une autre en Westphalie ,
Le nom de ces Oiſeaux qui furent autrefois
Prop ces aux Romains , funeſtes aux Gaulois ;
Un mot qui ſert à marquer la ſurpriſe ;
Un Pontife Romain , un grand Saint de l'Egliſe ;
Ce qui toujours reſte au fonddu tonneau ;
Un Pays en Afie ; une eſpéce de marbre ;
Une Place au Spectacle , une Naïade ,un Arbre ;
Un Sol de tous côtés environné par l'eau ;
Une Plante , une Mer , une Arme meurtrière ;
Un Poëte fameux ſorti de l'Angleterre.
Mais c'eſt aſſez , Lecteur , embrouiller tes eſprits
Dans ce cahos confus , devines qui je ſuis.
Par L. S. de la Martinique.
AUTRE.
LaVérité naïve & pure
Sa foeur , l'innocente Nature
Placent chez nous leurs plus beaux traits ;
Mais auſſi ſouvent l'Impoſture
?
S'y déguiſe ſous leurs attraits.
Images de l'eſprit , nous parlons ſans rien dire ,
Mais confidens peu fürsdans le tendre délire
Partageant tous les deux la même fonction ,
Réglant nos mouvemens , toujours à l'uniſſon ,
Faut-il que la nature avare ,
Parunfatal obſtacle à jamais nous ſépare !
Chacun peut lire en nous , comme cu un jour
ſerein,
L'atteinte du plaiſir ou celle du chagrin ;
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Pour nous , privés du don de pouvoir nous la
peindre,
Nous ne ſçaurions nous voir , nous complaire ou
nous plaindre.
Enfin, chez les humains ,notre uſage eſt charmant
Nos dons font infinis ; on ne peut les décrire.
Au défaut de la voix , pour vanter notre empire ,
Nous avons eu le ſentiment.
ParM. de Jorna , créole
delaMartinique.
LOGOGRYPH Ε.
Dans les femmes j'ai l'avantage
Pour la douceur & la légereté
Dans les homines , pour apanage ,
J'ai la prudence & la folidité.
Sous des refforts cachés j'établis ma puiſſance.
Eſt- on auſſi ſur moi toujours en défiance ;
Malgré cette prévention , /
Faut- il encor qu'on paſſe à mon opinion.
Je décide au barreau , dans les académies ,
Jeme plais à la grille , au fein des compagnies
J'enfante l'union ou médis d'un chacun ,
Etje n'ai pas le fens commun.
AVRIL. 1769. 61
Dansun ſombre palais ſûrement défendue ,
Mes citoyens armés en gardent l'avenue.
J'ouvre ou ferme l'abord d'un goufre ſépulcral ,
Où je fais engloutir tout principe animal.
Veux-tu me voir ſous des formes nouvelles :
Ce n'eſt plus moi ; tu trouveras
Un eſprit pur des voutes éternelles .
Autre inétamorphoſe ! eh quoi, n'entends-tu pas !
L'animal qui donna quelque choſe à Midas ;
Me voilà dans les airs , je prépare l'orage ;
Ici je viens flétrir les plus charmans appas ,
Et marquer les degrés de la vie au trépas.
Adieu ; pour terminer un ſi rare aſſemblage ,
Je pars pour les forêts , comme animal ſauvage.
Après cela , fi tu ne peux parler ,
Je t'excuſe , lecteur , de ne pas me nommer.
J'en ai trop dit ; j'ai gâté mon ouvrage ;
Je me reconnois là; tâche d'en profiter.
Par leméme.