LETTRE aux Auteurs du Mercure en
conféquence de celle qui fe trouve dans le
fecond volume de Juin 1747 à la page
81.
Uifque M. Ga. de Dammartin fe per
fuade qu'il eft arrivé au butpour ce
qui eftdel'interpretationdu motFragonou
Fraçon dont les Bollandiftes n'ontpu don
ner l'explication , & celaà lafaveur des li
vres qui traitent de Pharmacie & de Dro
gues, il trouvera bon que je m'adreffe à
lui par la voie du Mercure pour avoir
l'intelligence d'un autre terme qui certai
nement regarde les Droguiftes. Il y a à
la vérité dans le Gloffaire de Du Cange
un article affés longfur ce mot,mais il ne
fatisfait pas à mes difficultés.
Il s'agit du terme Latin Pigmentumqui
fe rend en François par Piement ou Pi
AOUS T. 1747. 53
ment. Ce qui m'oblige à faire une per
quifition fur ce mot , eft un endroit de
Sauval tome 2 des antiquités de Paris page
459. Ony lit dans l'article intitulé , Re
devancesdues aux gens d'Eglife , ces lignes:
Bien que les redevances duesau Chapi
tre deNotre-Dame ne cédaffent en rien
»pour le nombre à celles de Saint Denis,
on fecontentera pourtant de ce que j'en
rapporterai ici. Les Prieurs du Doyenné
d'Iffy lui devoient autrefois tous les
*
ans la veille de l'Affomptionune char
rette de piement. Celui de Mailly en
1261 pour avoir manqué à lapayer fut.
fufpendu par l'Official , condamné à
l'amende , & à l'envoyer au Chapitre
»cette année-là même la veille de Saint
Denis , & après à l'ordinaire au mois
» d'Août.
Je demande à M.Ga. ce que c'étoit que
cette charrette de piement , ou plutôt ce
quec'étoit quece piement dont les Prieurs
de ce Diocèfe devoient la quantité d'une
voiture au Chapitre de Notre-Dame de
Paris il y a cinq cent ans.
Je fens bien que l'hommage étoit dûà
l'Affomption, parce que c'étoit la Fête de
la Cathédrale , mais cepiementdûà cette
Ciij
↑Il avouludire Château-Fort ou Macy.
54 MERCURE DEFRANCE.
faifon qui eft chaude , avoit-il quelque
rapport avec la chaleur ? Auroit-ce été une
efpéce de rafraîchiffement que chaque
Prieur étoit obligé à fon tour d'envoyer
au Chapitre ? Quelques-uns rendent en
François Pigmentum , par liqueur faite de
vin & demiel:c'étoit apparemment l'hy
pocras d'alors. D'autres penfent que c'é
toit une efpéce d'aromate d'où eft venu
que dans le Roman d'Athis pour fignifier
une falle parfumée , on dit unefalle empi
mentée , de lys, de glaiaire enjonchée. Sup
pofé que c'eut été unefpéce d'aromate,
n'auroit-ce point été quelques branches
.
d'arbriffeaux de fenteur dont on auroit
jonchélepavé de l'Eglife , ou qu'on auroit
attaché aux piliers , & furtout aux gale
ries pour parfumer l'Eglife ?
Comme j'ai de la peine à croire que
l'on cût pû du fond de l'Archidiaconné de
Jofas , dans un tems de chaleur tel que
la canicule qui alors étoit à l'Affomption
peu près du dégré dont elle eft mainte
nant au od'Août , voiturer des charretées
de vin miellé jufqu'à Paris , par exemple
duPrieuré de Forges, de celui de Limours,
d'Ivette , ou de Chevreufe
>
à moins
que les Prieurs ne priffent l'expédient de
faire faire à Paris cette confection. , je
ferois plus porté à croire qu'il s'agiffoit de
AOUS T.
1747.
55
branchages ou herbes odoriferantes. Dans
l'ancien Office de l'Affomption que l'on
chantoit alors, il n'y avoit prefque pas de
Répons ou d'Antiennes qui ne parlaffent
d'aromates d'après le Cantique des Canti
ques , & onaimoitfort alors à repréſenter
fenfiblement ce que l'on chantoit. Je con
nois une Cathédrale dont la Fête patro
nale tombe pareillementaumois d'Août
quoique differente de l'Affomption , à
laquelle Fête au treiziéme fiécle fous
Saint Louis il y avoit une dépenfe de pig
ment pour lafomme de trente fols , mais
j'ignore également ce que c'étoit que ce
Pigmentum. Ce qui me faitpancher à dire
qu'il s'agit de quelques herbes ou arbuſtes
oderiferans dont ces Prieurs devoient la
charge d'une charrette , eft que celui de
Marly le-Château ayant été négligentde
l'envoyer à l'Affomption fut condamné
pour réparer fa faute , de la fournir à la
Fête de Saint Denis qui étoitune grande
folemnité à Notre-Dame , & oùle vin
miellé ne paroiffoit plus être de faifon.
Je m'étois adrefféàun très-habile hom
me deParis pour fçavoir s'il n'avoit rien
vû qui fixât le fens de ce mot Pigmentum
ouredevance de piement , mais il n'avoit
rien trouvé là-deffus. Je laiffe à M. Ga. à
fixer mes doutes. Comme il ne connoît
Ciiij
56 MERCURE DEFRANCE.
peut-être pas la nature du territoire du
Doyennéde Château-Fort dont lesPrieurs
étoient tenus à la redevance en queſtion
je lui dirai que le terrain eft plus mon
tueux ou montagneux que dans le refte
du Diocéfe de Paris , qu'il y a force terres
rouges qui marquent des mineraux ou au
moins des mines defer. Il s'y trouve auffi
des forêts , mais cela n'eft pas fingulier à
ce canton. Intelligentipauca.
;
Ce 22Juillet 1747.