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1
p. 2071-2074
PRUSSE.
Début :
LES lettres reçûës de Berlin portent que le Roi de Prusse se préparoit à partir le 15 du mois [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Princesse de Hongrie, Empereur, Bohême, Allemagne, Corps germanique, Grande-Bretagne
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texteReconnaissance textuelle : PRUSSE.
PRUSSE.
Es lettres reçûës de Berlin portent que le Roi
Lde Pruffe fe préparoit à partir le 15 du mois
dernier , pour aller fe mettre à la tête de la premiere
Colonne des troupes , avec lesquelles il doit entrer
en Boheme.
On mande de Berlin du 27 du mois dernier que
le Koi de Pruffe , en envoyant ordre à M. Andrié ,
fon Miniftre à Londres , de remettre aux Miniftres
du Roi de la Grande - Bretagne le Manifeſte
publié par S. M. au fujet de la réfolution qu'elle a
prife de faire marcher les troupes au fecours de
l'Empereur , a adreffé à ce Miniftre un Refcrit ,
contenant la Déclaration particuliere que S. M. le
charge de faire de fa part à la Cour d'Angleterre .
Ce Refcrit porte que depuis la conclufion du Trai.
té de Breslau , le principal objet de l'attention du
Roi a été de cultiver l'amitié de la Reine de Hongrie
, de travailler à rétablir la bonne intelligence
entre
1072 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Empereur & cette Princeffe , & d'arrêter le
cours des troubles que leurs differends fur la fucceffion
du feu Empereur ont occafionnés , & dont les
meilleures Provinces des Puiffances Belligerentes ,
auffi bien que plufieurs Etats neutres de l'Allemagne
, n'ont que trop reffenti les funeftes effers ; que
Le Roi ne peut donner trop d'éloges à la générosité
avec laquelle l'Empereur a offert de facrifier fes prétentions
au defir de rendre la tranquillité à l'Empire;
que la Reine de Hongrie a montré des difpofitions
bien differentes de celles de S. M. I. & que cette
Princeffe a fait voir clairement par fa conduite ,
qu'elle ne vouloit point de paix , qui ne la rendît
l'arbitre de l'Allemagne , & qui ne lui affujettft le
Corps Germanique ; que les vaftes & pernicieux
deffeins de S. M. H. fe font développés , à mefure
que la profperité de fes armes a parû affûrer le fuccès
de fon ambition ; qu'elle n'a plus gardé aucun
ménagement pour les Chef de l'Empire , ni aucun
égard pour les prérogatives du College Electoral ;
qu'envain le Roi l'a avertie qu'aucun des Princes de
P'Empire , qui prennent à coeur le maintien des
Conftitutions de l'Allemagne , ne pourroit fouffrir
qu'on attaquât ainfi la Dignité Impériale ; que le
Roi a repréſenté auffi inutilement à cette Princeffe ,
qu'il ne pourroit enfin fe difpenfer de remplir les
devoirs primitifs , qui lui font impofés par le rang
qu'il tient entre les Membres du Corps Germani
que , & aufquels toute autre confidération doit cé
der ; que la Reine de Hongrie , trop entêtée de fes
projets , pour prêter l'oreille à des repréfentations
dictées par l'amitié , a traité de nulle & d'invalide
PElection de l'Empereur ; qu'elle n'a pas prétendu
moins , que de le faire defcendre du Trône Impérial
, ou bien de le forcer à y recevoir un Affocié ,
qui en auroit ufurpé toute l'autorité ; qu'après avoir
envahi
SEPTEMBRE. 1744. 2073
envahi rous les Etats de l'Empereur , elle a , par un
attentat fans exemple , chaffé du Territoire de l'Empire
les troupes impériales ; que les Princes , qui ont
refulé de favorifer les démarches téméraires de
S. M. H. ont été traités avec autant d'indignité
que d'injustice , & qu'elle n'a épargné ni menaces
ni intrigues , pour former une Confédération contre
eux & contre l'Empereur ; que toutes ces entreprifes
n'ayant pû que révolter étrangement les
Membres du Corps Germanique , zélés pour la gloire
de leur Patrie , plufieurs des plus puiffans de ces
Membres ont jugé néceffaire de s'unir étroitement
avec le Chef de l'Empire , & d'affembler leurs forces
, pour foûtenir la Dignité & fes Droits , & pour
s'opposer aux entreprifes de ceux dont les vues tendent
manifeſtement à la ruine de la liberté de l'Allemagne
que l'honneur & le devoir du Roi lui
ont fait une loi indifpenfable d'entrer dans cette
union , & de fecourir efficacement l'Empereur; que
Pintention de S. M. n'eft pas cependant de rompre
la paix concluë à Breslau , ni de déclarer la guerre à
la Reine de Hongrie ; qu'il n'entre dans la réfolution
du Roi ni paffion ni intérêt ; que S. M. ne le
propofe point d'étendre les limites de fes Etats , mais
qu'elle veut défendre l'Empereur , maintenir la liberté
de l'Empire & affûrer le repos de l'Allemagne ;
que comme aucun Prince de l'Empire n'eft en droit
de fe mêler de la Conftitution du Gouvernement , ni
des affaires de l'intérieur de la Grande- Bretagne ;
on a lieu de s'attendre que la Nation Angloife ne
ſe mêlera pas non plus des affaires qui ne regardent
que le Corps Germanique ; que le Roi eft d'autant
plus fondé à s'en flater , que la Grande- Bretagne
n'a aucune raifon de prendre part à cette querelle ,
ni par l'interêt de fon commerce , ni par d'autres
motifs,qui puiffent lui fournir un prétexte légitime ,
G .&
2074 MERCURE DE FRANCE.
& que quand même la Nation Britannique feroit
portée de defirer plûtôt l'avantage d'une Cour d'Allemagne
que celui d'une autre , elle est trop éclairée
& trop jufte , pour prétendre que des Princes ,
auffi puiffans & auffi refpectables que ceux de l'Empire
, doivent fe régler fur les inclinations d'un
peuple étranger ; qu'au furplus la résolution prife
par le Roi de donner des fecours à l'Empereur ne
regarde en rien la guerre dans laquelle les Anglois
fe trouvent engagés avec d'autres Puiffances , &
que S. M. ne penfe nullement à faire agir les forces
offenfivement contre la Grande Bretagne ; que cette
réſolution ne dérangera pas non plus l'exécution des
engagemens que le Roi a pris avec la Cour de Lordres
; qu'il compte toujours de les remplir avec
toute l'exactitude poffible , & qu'il acquittera entierement
toutes les fommes , dont il s'eft rendų
redevable envers l'Angleterre par le Traité de
Breſlau , pourvû que les Anglois par leurs démar
ches ne contribuent pas eux-mêmes à la rupture des
liens , qui fubfiftent entre les deux Puiffances .
Es lettres reçûës de Berlin portent que le Roi
Lde Pruffe fe préparoit à partir le 15 du mois
dernier , pour aller fe mettre à la tête de la premiere
Colonne des troupes , avec lesquelles il doit entrer
en Boheme.
On mande de Berlin du 27 du mois dernier que
le Koi de Pruffe , en envoyant ordre à M. Andrié ,
fon Miniftre à Londres , de remettre aux Miniftres
du Roi de la Grande - Bretagne le Manifeſte
publié par S. M. au fujet de la réfolution qu'elle a
prife de faire marcher les troupes au fecours de
l'Empereur , a adreffé à ce Miniftre un Refcrit ,
contenant la Déclaration particuliere que S. M. le
charge de faire de fa part à la Cour d'Angleterre .
Ce Refcrit porte que depuis la conclufion du Trai.
té de Breslau , le principal objet de l'attention du
Roi a été de cultiver l'amitié de la Reine de Hongrie
, de travailler à rétablir la bonne intelligence
entre
1072 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Empereur & cette Princeffe , & d'arrêter le
cours des troubles que leurs differends fur la fucceffion
du feu Empereur ont occafionnés , & dont les
meilleures Provinces des Puiffances Belligerentes ,
auffi bien que plufieurs Etats neutres de l'Allemagne
, n'ont que trop reffenti les funeftes effers ; que
Le Roi ne peut donner trop d'éloges à la générosité
avec laquelle l'Empereur a offert de facrifier fes prétentions
au defir de rendre la tranquillité à l'Empire;
que la Reine de Hongrie a montré des difpofitions
bien differentes de celles de S. M. I. & que cette
Princeffe a fait voir clairement par fa conduite ,
qu'elle ne vouloit point de paix , qui ne la rendît
l'arbitre de l'Allemagne , & qui ne lui affujettft le
Corps Germanique ; que les vaftes & pernicieux
deffeins de S. M. H. fe font développés , à mefure
que la profperité de fes armes a parû affûrer le fuccès
de fon ambition ; qu'elle n'a plus gardé aucun
ménagement pour les Chef de l'Empire , ni aucun
égard pour les prérogatives du College Electoral ;
qu'envain le Roi l'a avertie qu'aucun des Princes de
P'Empire , qui prennent à coeur le maintien des
Conftitutions de l'Allemagne , ne pourroit fouffrir
qu'on attaquât ainfi la Dignité Impériale ; que le
Roi a repréſenté auffi inutilement à cette Princeffe ,
qu'il ne pourroit enfin fe difpenfer de remplir les
devoirs primitifs , qui lui font impofés par le rang
qu'il tient entre les Membres du Corps Germani
que , & aufquels toute autre confidération doit cé
der ; que la Reine de Hongrie , trop entêtée de fes
projets , pour prêter l'oreille à des repréfentations
dictées par l'amitié , a traité de nulle & d'invalide
PElection de l'Empereur ; qu'elle n'a pas prétendu
moins , que de le faire defcendre du Trône Impérial
, ou bien de le forcer à y recevoir un Affocié ,
qui en auroit ufurpé toute l'autorité ; qu'après avoir
envahi
SEPTEMBRE. 1744. 2073
envahi rous les Etats de l'Empereur , elle a , par un
attentat fans exemple , chaffé du Territoire de l'Empire
les troupes impériales ; que les Princes , qui ont
refulé de favorifer les démarches téméraires de
S. M. H. ont été traités avec autant d'indignité
que d'injustice , & qu'elle n'a épargné ni menaces
ni intrigues , pour former une Confédération contre
eux & contre l'Empereur ; que toutes ces entreprifes
n'ayant pû que révolter étrangement les
Membres du Corps Germanique , zélés pour la gloire
de leur Patrie , plufieurs des plus puiffans de ces
Membres ont jugé néceffaire de s'unir étroitement
avec le Chef de l'Empire , & d'affembler leurs forces
, pour foûtenir la Dignité & fes Droits , & pour
s'opposer aux entreprifes de ceux dont les vues tendent
manifeſtement à la ruine de la liberté de l'Allemagne
que l'honneur & le devoir du Roi lui
ont fait une loi indifpenfable d'entrer dans cette
union , & de fecourir efficacement l'Empereur; que
Pintention de S. M. n'eft pas cependant de rompre
la paix concluë à Breslau , ni de déclarer la guerre à
la Reine de Hongrie ; qu'il n'entre dans la réfolution
du Roi ni paffion ni intérêt ; que S. M. ne le
propofe point d'étendre les limites de fes Etats , mais
qu'elle veut défendre l'Empereur , maintenir la liberté
de l'Empire & affûrer le repos de l'Allemagne ;
que comme aucun Prince de l'Empire n'eft en droit
de fe mêler de la Conftitution du Gouvernement , ni
des affaires de l'intérieur de la Grande- Bretagne ;
on a lieu de s'attendre que la Nation Angloife ne
ſe mêlera pas non plus des affaires qui ne regardent
que le Corps Germanique ; que le Roi eft d'autant
plus fondé à s'en flater , que la Grande- Bretagne
n'a aucune raifon de prendre part à cette querelle ,
ni par l'interêt de fon commerce , ni par d'autres
motifs,qui puiffent lui fournir un prétexte légitime ,
G .&
2074 MERCURE DE FRANCE.
& que quand même la Nation Britannique feroit
portée de defirer plûtôt l'avantage d'une Cour d'Allemagne
que celui d'une autre , elle est trop éclairée
& trop jufte , pour prétendre que des Princes ,
auffi puiffans & auffi refpectables que ceux de l'Empire
, doivent fe régler fur les inclinations d'un
peuple étranger ; qu'au furplus la résolution prife
par le Roi de donner des fecours à l'Empereur ne
regarde en rien la guerre dans laquelle les Anglois
fe trouvent engagés avec d'autres Puiffances , &
que S. M. ne penfe nullement à faire agir les forces
offenfivement contre la Grande Bretagne ; que cette
réſolution ne dérangera pas non plus l'exécution des
engagemens que le Roi a pris avec la Cour de Lordres
; qu'il compte toujours de les remplir avec
toute l'exactitude poffible , & qu'il acquittera entierement
toutes les fommes , dont il s'eft rendų
redevable envers l'Angleterre par le Traité de
Breſlau , pourvû que les Anglois par leurs démar
ches ne contribuent pas eux-mêmes à la rupture des
liens , qui fubfiftent entre les deux Puiffances .
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Résumé : PRUSSE.
Le roi de Prusse se prépare à prendre la tête de ses troupes pour entrer en Bohême. Il a envoyé un manifeste à la cour d'Angleterre pour expliquer sa décision de soutenir l'empereur contre la reine de Hongrie. Depuis le traité de Breslau, le roi de Prusse a tenté de rétablir la paix entre l'empereur et la reine de Hongrie. Cependant, cette dernière refuse toute paix qui ne lui accorde pas un rôle d'arbitre en Allemagne. Elle a envahi les États de l'empereur, chassé les troupes impériales et menacé les princes qui ne la soutiennent pas. Plusieurs princes allemands se sont alliés à l'empereur pour défendre la dignité et les droits de l'Empire. Le roi de Prusse, par sens du devoir et de l'honneur, a choisi de rejoindre cette alliance pour soutenir l'empereur sans violer la paix de Breslau ni déclarer la guerre à la reine de Hongrie. Son objectif est de défendre l'empereur, préserver la liberté de l'Empire et assurer la paix en Allemagne. Le roi précise que cette décision n'affecte pas ses engagements avec la Grande-Bretagne et qu'il continuera à les respecter, sauf si les Britanniques contribuent à la rupture de ces liens.
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