AM. DE VOLTAIRE
EPIT RE.
Uand
Frédéric pour illustrer Berlin
Veut y fixer votre brillant destin,
Vous y promet richesse, indépendance,
Sublime ami s
, content de peu d'aisance
, -
Sans rang ni place, en butte aux sots esprits,
Au Roi duNordvouspréférez Paris.
Vous n'aurez point cette pompeuse fuite
D'appartemem que le tumulte habite,
Mais unazile, ou seul vivant pour foi ,
L'homme sensé tout le jour est son Roiw
Là
, ce génie impatientd'écrire,
Qui l'oeil en feu vous presse, vous infpite
)-
Vous tient tout prêts les tragiques poignards,
Et les trésors des faites de nos Arts, --
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D'Amourscharmans, vos Dieux àjufterrtilcct;
Un Essain voie autour de vosPupitres
>
Prend votre plume,en badinant écrit
Ces riens chéris du coeur & de l'esprit,
Sur le Parnasse apportés de Cithere,
Qui vont du Sage égayer l'ait austere.
Vers ce réduit des Mufes révéré
On voit un Temple aux Grâces coosacré,
Où le sçavoir à la beauté s'allie
Ou l'admirant on adore Emilie;
Venez-y plaire à vos amis brillans
Qu'à leur Déesse amenent les Talens j,
De Dargental briguez-y le suffrage
11 joint au goût un coeur du premier âge;
Reconnoissez Pope dans du Resnes
,
.Anacréon aux chants de Pontevel,
Du gai Bernis encouragez l'audace
,
S'il fjait vous suivre, il passera le Tatre;,
Montrez à peindre au jeune Helvetius.
le vrai bonheur qu'il doit à ses vertus,
laites passer sur la sonore Lyre;
Du. vif Bernard tout l'amour qu'il inspire
ïasez le front de l'aimable Nevers;
Dudeux Lauriers des Armes & des Vcrs
Voltaire, ainside vos momens trariquilies
Comptable à tons, vous les rendez utiles,
Et comme un Fleuve aimé dans les Valons
Dont il baigna les fleurs & les moissons
Court à grand bruit grossir la Mer profonde,
Vousfécondez ou vous ornez le Monde:
Vous ranimez ces germeslanguissans
De nos Beaux-Arts,autrefois florissans
,
Quand nos talens
r
sans l'effroi de la guerre;
Au nom François avoient conquis la Terre.
Pour vous payer de si nobles efforts
Sur vous la gloire épanche ses trésors ;
Phébus,en vous trouvant nos grands génies
Croit vous devoir leurs Guirlandes unies.
'Aufri galant qu'Ovide & Richelieu
Vous effaciez & Chapelle & Chaulieu
).
Historien digne des tems d'Auguste,
Vousremplaciez Bossuet & Saluste
,
Vous nous vengiez des Grecs & des Romains,
La Palme épique ornoit vos jeunes mains,
Quel autre bruit de gloire vous éveille ?
Il est un Mont oùRacine & Corneille
Parmi l'encens s'élevent dans les Airs
L'un qu'Amour guide attendrit l'Univ,ers,
L'autre l'étonne & monte à l'Empirée.
De leurs honneurs vorre ame en enyvrée j
Mais connoissant le péril de marcher
Par les fentiÏcl's qu'ils eurent défricher,
Vous vous frayez une nouvelle route,
Audacieuse,effrayante
,
sans doute.
Où tout prés deux,mais par d'autres fleurs,
Vous partagezl'empire de nos coeurs;
Après Cinna
,
Polieucte,& Roxane
,
On est touché d'Alzire & d'Orosmane.
Combien: de pleurs couloient ces derniers jours:
Eh
,
pourquoi donc en suspendre le cours?
Quand Dumesnil
,
Arbitre dela Scéne
,
Veuve en fureur
, mere plus qu'inhumaine ,
Vengeant son fils, va lui percer le flanc ,
Mérope aveugle, hélas! c'est votre fang;
Oui, Dumesnil est Mérope elle-même;
Hait-elle, on hait; s'attendrit-elle, on aime ?
Nous les voyons ces Speftacles vantes
Où dans Arhéne émus, épouvantés,.
Des Peuples doux,suivant leurs coeurs pour guide,
Les yeux en pleurs couronnoient Euripide,
Voltaire arrive, on interrompt AaeLliI
On ne veut plus que voir, qu'aimer l'Auteur;
La joye éclate où l'on versoit des larmes:
Tendre enchanteur, joüi de tous tes charmes.
Vous, qui jadis ornâtes son Berceau,
Qui de ses jours tournez le cher fuseau
De mon ami divines Protectrices
,
Mures, j'ai vû fous vos Astres propices ffe
De son esprit les précoces talens
,
Porter des fleurs même avant son Printems.
Si soutenu sur votre aîle légere
,
En franchisant notre impur Atmosphere ,
Vous l'élevez entre nous & les Dieux
,
Qu'il soit sans maux,& respecté comme eux.
Présagez-lui par sa présente gloire
Tous les honneurs du Temple de Ménoire.
Ah! puisse-t'il, de vos faveurs flatc
, Joüi vivnt de l'immortalité.