Ce qui m'en cauſe tous les
jours, &qui en cauſe ſansdou- te à toute l'Europe, c'eſt de voir qu'enquelque lieuque cepuiffe eftre , &pour quelque occafion que ce foit , les Armes du Roy *portent la terreur où elles pa- roiffent. Voyez ce qui eſt arri- vé , quand SaMajesté ſollicitée " par les Mécontens de Hongrie de les ſecourirdanslear oppref- fion, refolut enfin de les aſſiſter.
Elle fit donner ſes ordres à M
*de Boham par M' le Marquisde Bethune ſon Ambaſfadeur Ex-
GALANT. 115
2
traordinaire en Pologne , & on ytrouva des François tous preft àmarcher. Il n'eſt pas ſurpre- nantqu'ily en euft. Ils courent • par tout apres la Gloire ,&dés que la paix eſt en France , ils " vontchercher àſe ſignaler chez -tous les Princes Chreftiens qu*-
Kils ſcavent en Guerre. Mr de Boham qui en avoit appris le -meſtier parmy les Bravesde ces deux Belliqueuſes Nations , af- -ſembla des Troupes en peu de temps.Il le fitavecd'autant plus de facilité , que les Polonois qui
ne reſpirent que les armes , ne prennent ſouvent aucun autre
aveu que celuyde leur courage pour s'engager. L'ardeur de la gloire , &l'activité qui eft ordinaire aux François , luy furent d'ailleurs un grand avantage pour luy faire amafferprompte
116 LE MERCVRE
ment quatre mille huit cens Hommes effectifs avec leſquels il alla au ſecours de Mécontans.
Remarquez , Madame , que je
ne vous ay rienditd'abord que de veritable Les ſuccés avoient
efté balancez depuis pluſieurs années en Hongrie, Nos Fran- çois y arrivent. Ils n'ont encor
joint que peu de Hongrois , &
ils gagnent une celebreVictoire.
Il eſt vrayque les Polonois qu'ils commandoienty ont eu part,
ayant montrédas cette fameuſe Iournée la meſme valeur qu'ils avoient fait paroiſtre tant de fois ſous le Grand Mareſchal
Sobieski , que ſon merite extra- drdinaire amisdans leTrône,&
qui eſtant devenu leurRoy, ne les a pas moins accouſtumez à
vaincre qu'auparavant. Plus de mille morts fontdemeurez ſur la
GALANT. 117
place, ſans compter ceux qui ſe ſont noyez. Joignez à cela plus de huit cens Priſonniers , avec
toutes les dépdüilles , &vous avoüerez que cet avantage peut paſſer pour une pleine Victoire.
M.deBoham a fait voir das cette
occafion toute la prudence &
toute la conduited'ungradChef avec la fermeté d'un Soldat. M.
le Chevalier d'Alembon porta ſes ordrespar tout,& paya deſa perſonne d'une maniere qui fit connoiſtre que le peril ne l'éton- noit pas. Ilneſe peut rien adjoû- ter aux marquesde courageque donna M. de Sorbual qu'on vit toûjours à la teſte des Troupes Hondroiſes. M. le Marquis de Guenegaudnequittapointcelle de laCavalerie.Il arreſta les Ennemis qui voulurent forcer le Poſte qu'il gardoit,&les empef
118 LE MERCVRE chameſmede paſſer. Il eſt Fils de M. deGuenegaudqui a eſté Treſorier de l'Epargne. M. de Chanleu commandant l'Infanterie, donna l'exemple àſon Regi- ment, & alla Pique baiſſée aux Ennemis.M.de Valcour premier Capitaine du Regiment de Bo- ham ne ſe fit pas moins remar- quer. Je ne vous nomme point les Polonois,Hongrois &Tarta- res qui ſe ſignalerent , il yen eut beaucoup , & vous n'aurez pas de peine à le croire , puis qu'ils combatoient avec des François,
&qu'il eſt impoffible qu'enleurs voyant faire des choſes ſurpre- nantes,on ne tâche de les imiter.
Leur entrée enHongrie n'apas eſté ſeulement ſuivie de laVitoire, elle a obligé deuxgrades Comtez qui ſoufroient fans ofer ſedeclarer à ſe ranger du party .
:
GALANT. 119
des Mécontens , dont enfin le
Manifeſte a paru touchant les
juſtes raiſons qui leur ont fait implorer l'aſſiſtace du RoyTresChreftien.Depuistout ce queje viens de vous marquer,ces Peu- ples oppreſſez ont encor rem- porté des avantages confidera- bles. Il n'y a pas lieu d'en eſtre furpris , puis que la France s'en meſle.