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1
p. 136-146
SEANCES PUBLIQUES De la Société littéraire d'Arras.
Début :
La Société littéraire d'Arras tint le 30. Mars 1754 son assemblée publique ordinaire [...]
Mots clefs :
Société littéraire d'Arras, Goût, Jugement, Atrébates
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texteReconnaissance textuelle : SEANCES PUBLIQUES De la Société littéraire d'Arras.
SEANCES PUBLIQUES
De la Société littératre d'Arrass
A Société littéraire d'Arras tint lezo
LMars 175 4. fon affemblée publique or
dinaire, dont M: Le Roux, Avochr , Directeurt
en exercices , fit l'ouverture par un diſcours
fur le jugement & far le goût , dans lequel
il établit les maximes fuivantes . » Les mê
» mes regles qui fervent à former le juge
»ment , font celles qui forment le goût
>>car le jugement & le goût ne font qu'un
5
AVRIL 1755. 137
même faculté de l'ame ; quand elle juge
» par fentiment & à la premiere impreffion
» que les chofes font , c'eft le goût ; quand
elle juge par raifonnement & fur des
principes dont elle tire des conféquen
» ces , c'est le jugement : ainfi , l'on peut
» dire que le goût eft le jugement de la
" nature , & que le jugement eft le goût
» de la taifon.
M. de Brandt de Marconne , nouvel affocié
, fit enfuite fonremerciment , auquel
le Directeur répondit au nom de la Société.
* gy & bingen .
M. Cauwer , Avocat , nommé à la députation
ordinaire des Etats d'Artois , lut un
mémoire , pour fervir à l'hiftoire de Mahaut,
Comteffe d'Artois, depuis la mort de
Robert II fon pere , tué en 1 302 , devant
Courtrai , jufqu'à celle de cette Princeffe ,
arrivée le 27 Octobre 1349. Ce mémoire
contenoit , parmi beaucoup de faits intéreffans
le détail des deux premiers procès
que Robert d'Artois , Comte de Beaumontle-
Roger , intenta à Mahaut fa tante , pour
la dépofféder du Comté d'Artois , dont il
Le prétendoit légitime héritier , étant fils
de Philippe d'Artois , mort avant Robert
II fon pere. La plupart des événemens rapportés
par M. Cauwet , étoient appuyés fur
des pieces authentiques , tirées du dépôt
2
138 MERCURE DE FRANCE.
des chartres d'Artois , qui fe confervé à
Arras dans l'ancien palais des Comtes de
cette Province , nommé la Cour- le- Comte.
M. Harduin , Avocat , Secrétaire perpétuel
de la Société , lut un mémoire tiré
des registres de la ville d'Arras , concernant
les cérémonies qui s'obfervoient fous
les Ducs de Bourgogne de la feconde race
, lorfque ces Ducs , en qualité de Comtes
d'Artois , ou les Rois de France , fouverains
de la Province , faifoient leur entrée
folemnelle dans cette ville . En décri
vant la réception qui fut faite à Iſabelle
de Portugal , Ducheffe de Bourgogne , au
mois de Janvier 1430 , M. Harduin parla
de l'Abbé de Lieffe , perfonnage fingulier ,
qui s'étoit trouvé fur le paffage de cette
Princeffe , pour lui faire des préfens , &
pour lui donner le ſpectacle des jeux auxquels
il préfidóit.
Cet Abbé de Lieffe s'élifoit tous les
ans par les Officiers du Bailliage , le
» Corps de Ville & la Bourgeoifie ; & on
»lui donnoit , pour ainfi dire , l'inveftiture
de fa charge , en lui remettant une
croffe d'argent doré , du poids de quatre
onces , qu'il étoit obligé de rendre
à la fin de fon exercice . On voit dans la
lifte de ces Abbés , des Officiers munici
paux & même un Gentilhomme ; mais le
AVRIL. 1795 139
choix tomboit pour l'ordinaire fur quel
» que Marchand ou Artifan . Sa principale
» fonction étoit de donner le Dimanche
» gras , avec fes fuppôts , qu'on appelloit
» Moines , un divertiffement public fur des
» échaffauds . Outre cela , pour entretenir
» une certaine amitié avec les villes voiff
» nes , on envoyoit l'Abbé de Lieffe & fa
» troupe aux jeux qui s'y faifoient , entre
lefquels on remarque la fête du Roi des
» Sots à Lille , & celle du Prince de Plaifan-
» ce à Valenciennes. Dans ces voyages que
» l'Abbé faifoit aux dépens de la ville d'Are
»
ras , il étoit accompagné de fon prédé
>> ceffeur & de quatre Echevins. On por-
» toit devant lui un étendart de foie rou
"ge , aux armes de l'Abbaye : il étoit auffi
» précédé de plufieurs tambours & trompettes
, & d'un Héraut vêtu d'une cotte
» d'armes de damas violet : à fa fuite mar
» choient fes pages & fes laquais.
M. Camp , Avocat & Echevin d'Arras ,
lut des recherches fur le commerce & les
manufactures des Atrebates , depuis les fiée
cles Gaulois , jufqu'à la defcente des Francs
dans les Gaules. Pour montrer l'ancien
neté de ces manufactures , il s'attacha d'a+
bord à établir celle de la ville d'Arras , que
Céfar , dans fes commentaires , appelle
Nemetocenna ou Nemetofena , nom compo
140 MERCURE DE FRANCE.
fé de Nemetos & de Sena , qui ne pouvoit
fignifier parmi les Gaulois , qu'un temple
de Druides ou de Druideffes , felon l'explication
de Fortunat , de Dom Bouquet ,
& de l'auteur de la Religion des Gaulois.
Après avoir prouvé par cette étymologie ,
que la ville d'Arras étoit anciennement
un lieu confacré à la religion , M. Camp
parla du culte particulier des Gaulois envers
Mercure , Dieu des Marchands , dont
le nom , fuivant les mêmes auteurs , eft
purement celtique , & il obferva que le
nom du village de Mercatel , près d'Arras ,
qui fe trouve rendu par Mercurii tellus ,
dans les anciens titres latins , nous offre
une étymologie celtique , relative au commerce
& au culte de Mercure parmi les
Atrébates .
M. Camp examina enfuite les divers
habillemens dont les Gaulois fe fervoient ,
particulierement les Druides & les nobles.
Il s'étendit principalement fur le Sagum
gaulois , dont les Romains adopterent l'ufage
& le nom depuis leur conquête . H
prouva , par le témoignage de plufieurs
hiftoriens , combien ces peuples eftimoient
les faies des fabriques d'Arras , & il en fit
remonter l'établiffement jufqu'avant leur
irruption dans les Gaules , fondé fur des
raifons tirées des auteurs & des loix RoAVRIL.
1755 14
maines. M. Camp paffa au détail des au
tres efpeces d'étoffes que les Atrébates fabriquoient
, & des teintures qu'ils y employoient.
Il commença par les Xérampelines
, Xerampelina veftes , que Suidas appelle
par excellence Atrebaticas veftes , &
dont les anciens nous défignent la couleur
par une compofition & un mêlange admirable
de teinture , inter coccinum & muriceum.
M. C. difcuta le paffage de Trebellius
Pollio touchant les faies & les draps
d'Arras , fi vantés par l'Empereur Gallien.
Il parla fort au long des birri de foye & de
laine , birri ferici , birri lane , que les Romains
mettoient au rang de leurs plus riches
parures. Il fit voir que les Atrébates
en fabriquoient de fi beaux , qu'on les recherchoit
à Rome avec empreffement . Il
expliqua ce que dit Flavius Vopifcus , in
Carino , des birri que les habitans d'Arras
& de Canyfium envoyoient à Rome , &
combattit le fentiment du Sr. Briffon , éleve
dans les manufactures de Beauvais , qui
par une lettre inférée dans le Mercure de
Février 1750 , a voulu perfuader qu'il
étoit fimplement queſtion , dans le paffage
de Vopifcus , d'habits militaires , qu'on
avoit demandés aux Atrébates . M. C. foutint
qu'on ne pouvoit interpréter ainfi ce
paffage , puifque Vopifcus , fe plaignant
142 MERCURE DE FRANCE.
•
des Romains de fon fiécle , qui fruftroient
Heurs héritiers légitimes pour enrichir les
gens de théatre , ajoute précisément que
cette manie de leur faire des prefens s'étoit
répandue dans tout l'empire , & que
ceux d'Arras & de Canufium leur envoyoient
en pur don des birri de leurs fabriques.
M. C.termina fa differtation par
des paffages de S. Jerôme , du concile de
Gangres , de S. Auguftin , & c. qui ache
vent de démontrer la fplendeur du commerce
& des manufactures des Atrébates ,
avant l'établiſſement de la monarchie françoiſe.
M. Enlart de Grandval , Confeiller au
Confeil provincial d'Artois , affocié de
l'Académie de Montauban , fit la lecture
d'un difcours préliminaire fur l'origine des
langues , & en particulier fur la langue
françoife , ce qui lui donna occafion de
parler ainfi de l'état des lettres & des ſciences
fous le regne de Louis XV . » Les fcien-
» ces & les arts ont été dans les derniers
» tems cultivés en France avec le fuccès le
» plus étonnant ...... Un poëme héroïque
, notre feul thréfor en ce genre , les
» odes d'un nouveau Pindare , fuivi d'un
» émule égal , ont perpétué jufqu'à nos
» jours la gloire des Mufes françoifes . Mais
duffions - nous céder la prééminence au
AVRIL. 1755. 143
fiécle précédent pour les belles lettres &
» les arts agréables , le nôtre l'emporte
»pour les fciences & les arts utiles . Un
" Roi , digne fucceffeur de Louis le Grand,
» a hérité de fon eftime pour les talens , &
a continué de répandre fur eux fes fe-
» cours & fes bienfaits. Nul objet d'étude
négligé fous fon regne , nul génie fans
récompenfe. Les mers ont vu fes vaif-
» ſeaux porter fous les deux pôles , & juf
» qu'aux extrêmités de l'Occident , non ,
» comme autrefois , les productions fura-
» bondantes de nos campagnes , ou les
» richeffes multipliées de nos manufactu-
» res , mais des Philofophes , des Aftrono-
»mes , qui à travers mille dangers de tou-
» te efpece , & dans des climats où le nom
» des fciences eft un nom inconnu , ont
été mefurer le ciel , & fixer la forme de
la terre. Un fluide merveilleux , une fubf-
»tance mystérieusement cachée dans le fein
» de la nature, & qui n'avoit permis que
des foupçons à la curiofité de nos ancêtres
, a perdu un fecret gardé depuis le
» jour de fa création , & s'eft dévoilée
malgré elle à nos regards plus fubtils &
» plus pénétrans . Chaque jour nous revele
» des myfteres ignorés de la plus fçavante
antiquité . Notre vûe , aidée du fecours
» de l'art , de ce tube admirable qu'elle
144 MERCURE DE FRANCE.
» doit au grand Newton , a franchi les bor
nes prefcrites à fes organes , & s'élan
nçant d'un côté dans les vaftes efpaces du
» firmament , y.va contempler à fon gré la
» ftructure , l'ordre & la marche de ces
» corps immenfes qui nous apprennent par
» de nouveaux fpectacles , à mieux con-
» noître la main qui les fit tandis que
» d'un autre côté , s'infinuant dans des
atômes imperceptibles , elle y découvre ,
elle y confidere un nouveau monde &
» de nouveaux habitans . Tout a cédé à nos
» efforts , à nos recherches , à nos difcuf-
» fions , &c.
M. l'Abbé Simon lut des réflexions fur
la complaisance , & prouva d'abord combien
elle eft , néceffaire dans toute fociété.
Il ne faut point , dit- il , étudier long-
» tems les hommes , pour appercevoir la
diverfité de leurs goûts & de leurs hu-
» meurs. Nous différons tous par mille en-
» droits de ceux avec qui nous avons à vivre
; l'expérience de tous les jours ne le
" prouve que trop , & nous ne pouvons
» prefque faire un pas dans le monde fans
» effuyer les plus fâcheufes contrariétés .
» Partons de ce principe . Nos caracteres
» nous mettant fans ceffe en oppofition les
» uns avec les autres , quelle fociété peut
» nous unir , fi la complaifance ne nous
rapproche ?
"
AVRIL. 1755. 145
rapproche ? Tranfportons dans le commerce
de la vie un homme inflexible
qui ne fcache ce que c'eft que de plier
» fon humeur dans l'occafion : quel perfonnage
y fera-t - il ? Comment, s'il eſt
» né taciturne , fe plaira - t-il avec des par-
"leurs infatigables ? Comment , fi c'eft un
nefprit fin & délicat , fupportera- t il tant
» de génies lourds & pefans , qu'il ren-
» contrera prefque à chaque pas ? Com-
» ment , s'il eſt enjoué , ſympatiſera - t - il
» avec un homme férieux , dont une couche
épaiffe de gravité obfcurcit toujours
» le vifage ? avec un cacochyme , un hy-
» pocondriaque , qui n'offrira à fes yeux
qu'un flegme rebutant , & dont le front
» couvert d'un deuil éternel , ne fe déride
jamais ? Si partifan des hautes fciences, il
» n'aime que les entretiens fublimes , com-
» ment pourra-t- il fe prêter à des converfations
puériles , &c? Incapable de transformer
fon inclination en celle des au-
» tres , également ennuyé & ennuyeux , il
» ne fera que porter en tous lieux la gêne
» & la contrainte.
10
33
22
→
Après quelques portraits détaillés , qui
firent fentir de plus en plus la néceffité de
la complaifance , M. l'Abbé S. eut foin de
précautionner les auditeurs contre l'abus
de cette qualité aimable & vertueufe. Il
G
146 MERCURE DE FRANCE.
attaqua ces perfonnes foibles , qui toujours
prêtes à recevoir les impreffions qu'on
veut leur donner , adoptent tour à tour
les fentimens les plus oppofés , femblables <
à l'écho , qui rend indiftinctement tous
les fons qu'on lui envoie. Il ne fe déchaîna
pas avec moins de force contre ceux
qui cachent les motifs les plus criminels
fous les dehors d'une complaifance affectée
; & il conclut fes réflexions par
mes fuivans. » CC''eeſftt aaiinnffii que le vice ;
» toujours odieux quand il paroît ce qu'il
les tereft
, fe montre fréquemment fous l'air
» de la vertu pour nous féduire plus fûre-
» ment ; c'eſt ainfi que la flaterie , la lâcheté
, la perfidie , l'injuftice n'emprun-
» tent que trop fouvent les livrées de la
complaifance , pour nous infpirer moins
» d'horreur. Arrachons -leur le voile ime
pofteur qui les couvre : point de moyen
plus infaillible pour les bannir à jamais
» de la fociété.
"
"
و ر
Cette féance fut terminée par deux épîtres
en vers de M. le Chevalier de Vauclaire
; l'une fur l'homme , & l'autre fur
le néant des richeffes.
Le mois prochain on inferera la feconde
feance , tenue le 22 Juin 1754.
De la Société littératre d'Arrass
A Société littéraire d'Arras tint lezo
LMars 175 4. fon affemblée publique or
dinaire, dont M: Le Roux, Avochr , Directeurt
en exercices , fit l'ouverture par un diſcours
fur le jugement & far le goût , dans lequel
il établit les maximes fuivantes . » Les mê
» mes regles qui fervent à former le juge
»ment , font celles qui forment le goût
>>car le jugement & le goût ne font qu'un
5
AVRIL 1755. 137
même faculté de l'ame ; quand elle juge
» par fentiment & à la premiere impreffion
» que les chofes font , c'eft le goût ; quand
elle juge par raifonnement & fur des
principes dont elle tire des conféquen
» ces , c'est le jugement : ainfi , l'on peut
» dire que le goût eft le jugement de la
" nature , & que le jugement eft le goût
» de la taifon.
M. de Brandt de Marconne , nouvel affocié
, fit enfuite fonremerciment , auquel
le Directeur répondit au nom de la Société.
* gy & bingen .
M. Cauwer , Avocat , nommé à la députation
ordinaire des Etats d'Artois , lut un
mémoire , pour fervir à l'hiftoire de Mahaut,
Comteffe d'Artois, depuis la mort de
Robert II fon pere , tué en 1 302 , devant
Courtrai , jufqu'à celle de cette Princeffe ,
arrivée le 27 Octobre 1349. Ce mémoire
contenoit , parmi beaucoup de faits intéreffans
le détail des deux premiers procès
que Robert d'Artois , Comte de Beaumontle-
Roger , intenta à Mahaut fa tante , pour
la dépofféder du Comté d'Artois , dont il
Le prétendoit légitime héritier , étant fils
de Philippe d'Artois , mort avant Robert
II fon pere. La plupart des événemens rapportés
par M. Cauwet , étoient appuyés fur
des pieces authentiques , tirées du dépôt
2
138 MERCURE DE FRANCE.
des chartres d'Artois , qui fe confervé à
Arras dans l'ancien palais des Comtes de
cette Province , nommé la Cour- le- Comte.
M. Harduin , Avocat , Secrétaire perpétuel
de la Société , lut un mémoire tiré
des registres de la ville d'Arras , concernant
les cérémonies qui s'obfervoient fous
les Ducs de Bourgogne de la feconde race
, lorfque ces Ducs , en qualité de Comtes
d'Artois , ou les Rois de France , fouverains
de la Province , faifoient leur entrée
folemnelle dans cette ville . En décri
vant la réception qui fut faite à Iſabelle
de Portugal , Ducheffe de Bourgogne , au
mois de Janvier 1430 , M. Harduin parla
de l'Abbé de Lieffe , perfonnage fingulier ,
qui s'étoit trouvé fur le paffage de cette
Princeffe , pour lui faire des préfens , &
pour lui donner le ſpectacle des jeux auxquels
il préfidóit.
Cet Abbé de Lieffe s'élifoit tous les
ans par les Officiers du Bailliage , le
» Corps de Ville & la Bourgeoifie ; & on
»lui donnoit , pour ainfi dire , l'inveftiture
de fa charge , en lui remettant une
croffe d'argent doré , du poids de quatre
onces , qu'il étoit obligé de rendre
à la fin de fon exercice . On voit dans la
lifte de ces Abbés , des Officiers munici
paux & même un Gentilhomme ; mais le
AVRIL. 1795 139
choix tomboit pour l'ordinaire fur quel
» que Marchand ou Artifan . Sa principale
» fonction étoit de donner le Dimanche
» gras , avec fes fuppôts , qu'on appelloit
» Moines , un divertiffement public fur des
» échaffauds . Outre cela , pour entretenir
» une certaine amitié avec les villes voiff
» nes , on envoyoit l'Abbé de Lieffe & fa
» troupe aux jeux qui s'y faifoient , entre
lefquels on remarque la fête du Roi des
» Sots à Lille , & celle du Prince de Plaifan-
» ce à Valenciennes. Dans ces voyages que
» l'Abbé faifoit aux dépens de la ville d'Are
»
ras , il étoit accompagné de fon prédé
>> ceffeur & de quatre Echevins. On por-
» toit devant lui un étendart de foie rou
"ge , aux armes de l'Abbaye : il étoit auffi
» précédé de plufieurs tambours & trompettes
, & d'un Héraut vêtu d'une cotte
» d'armes de damas violet : à fa fuite mar
» choient fes pages & fes laquais.
M. Camp , Avocat & Echevin d'Arras ,
lut des recherches fur le commerce & les
manufactures des Atrebates , depuis les fiée
cles Gaulois , jufqu'à la defcente des Francs
dans les Gaules. Pour montrer l'ancien
neté de ces manufactures , il s'attacha d'a+
bord à établir celle de la ville d'Arras , que
Céfar , dans fes commentaires , appelle
Nemetocenna ou Nemetofena , nom compo
140 MERCURE DE FRANCE.
fé de Nemetos & de Sena , qui ne pouvoit
fignifier parmi les Gaulois , qu'un temple
de Druides ou de Druideffes , felon l'explication
de Fortunat , de Dom Bouquet ,
& de l'auteur de la Religion des Gaulois.
Après avoir prouvé par cette étymologie ,
que la ville d'Arras étoit anciennement
un lieu confacré à la religion , M. Camp
parla du culte particulier des Gaulois envers
Mercure , Dieu des Marchands , dont
le nom , fuivant les mêmes auteurs , eft
purement celtique , & il obferva que le
nom du village de Mercatel , près d'Arras ,
qui fe trouve rendu par Mercurii tellus ,
dans les anciens titres latins , nous offre
une étymologie celtique , relative au commerce
& au culte de Mercure parmi les
Atrébates .
M. Camp examina enfuite les divers
habillemens dont les Gaulois fe fervoient ,
particulierement les Druides & les nobles.
Il s'étendit principalement fur le Sagum
gaulois , dont les Romains adopterent l'ufage
& le nom depuis leur conquête . H
prouva , par le témoignage de plufieurs
hiftoriens , combien ces peuples eftimoient
les faies des fabriques d'Arras , & il en fit
remonter l'établiffement jufqu'avant leur
irruption dans les Gaules , fondé fur des
raifons tirées des auteurs & des loix RoAVRIL.
1755 14
maines. M. Camp paffa au détail des au
tres efpeces d'étoffes que les Atrébates fabriquoient
, & des teintures qu'ils y employoient.
Il commença par les Xérampelines
, Xerampelina veftes , que Suidas appelle
par excellence Atrebaticas veftes , &
dont les anciens nous défignent la couleur
par une compofition & un mêlange admirable
de teinture , inter coccinum & muriceum.
M. C. difcuta le paffage de Trebellius
Pollio touchant les faies & les draps
d'Arras , fi vantés par l'Empereur Gallien.
Il parla fort au long des birri de foye & de
laine , birri ferici , birri lane , que les Romains
mettoient au rang de leurs plus riches
parures. Il fit voir que les Atrébates
en fabriquoient de fi beaux , qu'on les recherchoit
à Rome avec empreffement . Il
expliqua ce que dit Flavius Vopifcus , in
Carino , des birri que les habitans d'Arras
& de Canyfium envoyoient à Rome , &
combattit le fentiment du Sr. Briffon , éleve
dans les manufactures de Beauvais , qui
par une lettre inférée dans le Mercure de
Février 1750 , a voulu perfuader qu'il
étoit fimplement queſtion , dans le paffage
de Vopifcus , d'habits militaires , qu'on
avoit demandés aux Atrébates . M. C. foutint
qu'on ne pouvoit interpréter ainfi ce
paffage , puifque Vopifcus , fe plaignant
142 MERCURE DE FRANCE.
•
des Romains de fon fiécle , qui fruftroient
Heurs héritiers légitimes pour enrichir les
gens de théatre , ajoute précisément que
cette manie de leur faire des prefens s'étoit
répandue dans tout l'empire , & que
ceux d'Arras & de Canufium leur envoyoient
en pur don des birri de leurs fabriques.
M. C.termina fa differtation par
des paffages de S. Jerôme , du concile de
Gangres , de S. Auguftin , & c. qui ache
vent de démontrer la fplendeur du commerce
& des manufactures des Atrébates ,
avant l'établiſſement de la monarchie françoiſe.
M. Enlart de Grandval , Confeiller au
Confeil provincial d'Artois , affocié de
l'Académie de Montauban , fit la lecture
d'un difcours préliminaire fur l'origine des
langues , & en particulier fur la langue
françoife , ce qui lui donna occafion de
parler ainfi de l'état des lettres & des ſciences
fous le regne de Louis XV . » Les fcien-
» ces & les arts ont été dans les derniers
» tems cultivés en France avec le fuccès le
» plus étonnant ...... Un poëme héroïque
, notre feul thréfor en ce genre , les
» odes d'un nouveau Pindare , fuivi d'un
» émule égal , ont perpétué jufqu'à nos
» jours la gloire des Mufes françoifes . Mais
duffions - nous céder la prééminence au
AVRIL. 1755. 143
fiécle précédent pour les belles lettres &
» les arts agréables , le nôtre l'emporte
»pour les fciences & les arts utiles . Un
" Roi , digne fucceffeur de Louis le Grand,
» a hérité de fon eftime pour les talens , &
a continué de répandre fur eux fes fe-
» cours & fes bienfaits. Nul objet d'étude
négligé fous fon regne , nul génie fans
récompenfe. Les mers ont vu fes vaif-
» ſeaux porter fous les deux pôles , & juf
» qu'aux extrêmités de l'Occident , non ,
» comme autrefois , les productions fura-
» bondantes de nos campagnes , ou les
» richeffes multipliées de nos manufactu-
» res , mais des Philofophes , des Aftrono-
»mes , qui à travers mille dangers de tou-
» te efpece , & dans des climats où le nom
» des fciences eft un nom inconnu , ont
été mefurer le ciel , & fixer la forme de
la terre. Un fluide merveilleux , une fubf-
»tance mystérieusement cachée dans le fein
» de la nature, & qui n'avoit permis que
des foupçons à la curiofité de nos ancêtres
, a perdu un fecret gardé depuis le
» jour de fa création , & s'eft dévoilée
malgré elle à nos regards plus fubtils &
» plus pénétrans . Chaque jour nous revele
» des myfteres ignorés de la plus fçavante
antiquité . Notre vûe , aidée du fecours
» de l'art , de ce tube admirable qu'elle
144 MERCURE DE FRANCE.
» doit au grand Newton , a franchi les bor
nes prefcrites à fes organes , & s'élan
nçant d'un côté dans les vaftes efpaces du
» firmament , y.va contempler à fon gré la
» ftructure , l'ordre & la marche de ces
» corps immenfes qui nous apprennent par
» de nouveaux fpectacles , à mieux con-
» noître la main qui les fit tandis que
» d'un autre côté , s'infinuant dans des
atômes imperceptibles , elle y découvre ,
elle y confidere un nouveau monde &
» de nouveaux habitans . Tout a cédé à nos
» efforts , à nos recherches , à nos difcuf-
» fions , &c.
M. l'Abbé Simon lut des réflexions fur
la complaisance , & prouva d'abord combien
elle eft , néceffaire dans toute fociété.
Il ne faut point , dit- il , étudier long-
» tems les hommes , pour appercevoir la
diverfité de leurs goûts & de leurs hu-
» meurs. Nous différons tous par mille en-
» droits de ceux avec qui nous avons à vivre
; l'expérience de tous les jours ne le
" prouve que trop , & nous ne pouvons
» prefque faire un pas dans le monde fans
» effuyer les plus fâcheufes contrariétés .
» Partons de ce principe . Nos caracteres
» nous mettant fans ceffe en oppofition les
» uns avec les autres , quelle fociété peut
» nous unir , fi la complaifance ne nous
rapproche ?
"
AVRIL. 1755. 145
rapproche ? Tranfportons dans le commerce
de la vie un homme inflexible
qui ne fcache ce que c'eft que de plier
» fon humeur dans l'occafion : quel perfonnage
y fera-t - il ? Comment, s'il eſt
» né taciturne , fe plaira - t-il avec des par-
"leurs infatigables ? Comment , fi c'eft un
nefprit fin & délicat , fupportera- t il tant
» de génies lourds & pefans , qu'il ren-
» contrera prefque à chaque pas ? Com-
» ment , s'il eſt enjoué , ſympatiſera - t - il
» avec un homme férieux , dont une couche
épaiffe de gravité obfcurcit toujours
» le vifage ? avec un cacochyme , un hy-
» pocondriaque , qui n'offrira à fes yeux
qu'un flegme rebutant , & dont le front
» couvert d'un deuil éternel , ne fe déride
jamais ? Si partifan des hautes fciences, il
» n'aime que les entretiens fublimes , com-
» ment pourra-t- il fe prêter à des converfations
puériles , &c? Incapable de transformer
fon inclination en celle des au-
» tres , également ennuyé & ennuyeux , il
» ne fera que porter en tous lieux la gêne
» & la contrainte.
10
33
22
→
Après quelques portraits détaillés , qui
firent fentir de plus en plus la néceffité de
la complaifance , M. l'Abbé S. eut foin de
précautionner les auditeurs contre l'abus
de cette qualité aimable & vertueufe. Il
G
146 MERCURE DE FRANCE.
attaqua ces perfonnes foibles , qui toujours
prêtes à recevoir les impreffions qu'on
veut leur donner , adoptent tour à tour
les fentimens les plus oppofés , femblables <
à l'écho , qui rend indiftinctement tous
les fons qu'on lui envoie. Il ne fe déchaîna
pas avec moins de force contre ceux
qui cachent les motifs les plus criminels
fous les dehors d'une complaifance affectée
; & il conclut fes réflexions par
mes fuivans. » CC''eeſftt aaiinnffii que le vice ;
» toujours odieux quand il paroît ce qu'il
les tereft
, fe montre fréquemment fous l'air
» de la vertu pour nous féduire plus fûre-
» ment ; c'eſt ainfi que la flaterie , la lâcheté
, la perfidie , l'injuftice n'emprun-
» tent que trop fouvent les livrées de la
complaifance , pour nous infpirer moins
» d'horreur. Arrachons -leur le voile ime
pofteur qui les couvre : point de moyen
plus infaillible pour les bannir à jamais
» de la fociété.
"
"
و ر
Cette féance fut terminée par deux épîtres
en vers de M. le Chevalier de Vauclaire
; l'une fur l'homme , & l'autre fur
le néant des richeffes.
Le mois prochain on inferera la feconde
feance , tenue le 22 Juin 1754.
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Résumé : SEANCES PUBLIQUES De la Société littéraire d'Arras.
Le 17 mars 1754, la Société littéraire d'Arras organisa une séance publique dirigée par M. Le Roux, avocat et directeur en exercice. Il ouvrit la séance avec un discours sur le jugement et le goût, affirmant qu'ils sont une seule et même faculté de l'âme. M. de Brandt de Marconne, nouvel associé, exprima sa gratitude, à laquelle le directeur répondit au nom de la Société. M. Cauwer, avocat et député des États d'Artois, présenta un mémoire sur l'histoire de Mahaut, comtesse d'Artois, de 1302 à 1349. Ce mémoire détaillait les deux premiers procès intentés par Robert d'Artois contre Mahaut pour le comté d'Artois, soutenus par des documents authentiques des archives d'Artois. M. Harduin, avocat et secrétaire perpétuel de la Société, lut un mémoire sur les cérémonies observées sous les ducs de Bourgogne lors de leur entrée solennelle à Arras. Il décrivit la réception d'Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne, en janvier 1430, et mentionna l'Abbé de Lieffe, chargé des divertissements publics. M. Camp, avocat et échevin d'Arras, présenta des recherches sur le commerce et les manufactures des Atrébates, depuis les siècles gaulois jusqu'à l'arrivée des Francs. Il souligna l'antiquité des manufactures d'Arras, mentionnées par César, et parla du culte de Mercure parmi les Gaulois. Il détailla divers tissus et teintures fabriqués par les Atrébates, appréciés à Rome. M. Enlart de Grandval, conseiller au Conseil provincial d'Artois, lut un discours préliminaire sur l'origine des langues, notamment la langue française, et parla de l'état des lettres et des sciences sous le règne de Louis XV. Il souligna les avancées scientifiques et les explorations menées sous ce règne. Enfin, M. l'Abbé Simon lut des réflexions sur la complaisance, nécessaire dans toute société pour rapprocher les individus malgré la diversité de leurs goûts et humeurs. Il mit en garde contre l'abus de cette qualité, qui peut masquer des vices comme la flatterie et la perfidie. La séance se conclut par la lecture de deux épîtres en vers de M. le Chevalier de Vauclaire.
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