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1
p. 495-504
RÉPONSE de M. Bruhier d'Albaincourt, Docteur en Medecine, à la Lettre de M. Barrés, inserrée dans le Mercure de Novembre 1730.
Début :
Puisqu'il ne s'agit, Monsieur, que de rêpondre à M. Barrés pour mériter [...]
Mots clefs :
Bons Auteurs, Médecins, Eau de vie, Vin, Volatilité , Remède, Voiture, Liqueur
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. Bruhier d'Albaincourt, Docteur en Medecine, à la Lettre de M. Barrés, inserrée dans le Mercure de Novembre 1730.
REPONSE de M. Brubier d'Ablaincourt
, Docteur en Medecine , à la Lettre
de M. Barrés , inserée dans le Mercure
de Novembre 1730.
de
Puisqu'il ne s'agit,Monsieur , que répondre à M. Barrés pour mériter
son estime , qu'il se prépare à doubler la
dose. Si je n'étois pas plus disposé que
lui à expliquer favorablement les intentions
d'autrui , je ferois , sans doute ,
moins de cas d'une estime acquise à si bon
marché , et seulement pour avoir répondu à
D vj Jes
Dv
496 MERCURE DE FRANCE
ses Reflexions ; mais persuadé qu'une personne
dont l'esprit doit être cultivé par
la lecture des bons Auteurs , avantage que
les, plus zelés ennemis de la profession ne
refusent pas aux Medecins , sçait mieux
à quel prix elle doit mettre son estime ;
M. B. me laisse entrevoir que mes Réponses
ont eu le bonheur de lui plaire
ce qui n'est pas incompatible avec la diversité
de nos sentimens ; je vais faire de
mcn mieux pour le contenter encore ; et
comme sa Lettre n'est composée que de
refléxions détachées , vous me dispenserez
, s'il vous plaît , de suivre un ordre
déterminé.
M. B. semble me reprocher d'abord
d'avoir appellé l'autorité à mon secours ;
ce langage a tout lieu de me surprendre
dans une personne qui exerce une profession
dont l'observation fait la base , et
où la raison ne tient que le second rang.
Il se sert ensuite des mêmes armes pour
me combattre ; sept ou huit Auteurs qu'il
me cite , et une infinité d'autres qu'un
c. me fait entrevoir
prouvent avec
moi , si on veut l'en croire , qu'un usage
moderé de l'Eau de vie est loüable dans.
la santé et dans la maladie.
,
Comme je ne me souviens pas d'avoir
avancé ce principe , qui seroit formellement
contraire à la these que j'ai voulu
défenMARS.
1731. 497
défendre , et qu'il me paroît qu'on devoit
conclure tout autrement de ce que je regar
de l'avantage qui peut revenir de l'usage de
l'Eau de vie aux vieillards, auxFlamands et
à quelques autres personnes , comme une
exception à la loi genérale , les autorités
qu'on allegue en faveur de mon prétendu
sentiment, se tournent contre moi ; il faut
donc y répondre.
Je demande d'abord si ces Auteurs par
lent du vin ou de l'Eau de vie , car sans
gasconade , il y en a plusieurs parmi ceux
qu'on cite nommément, que je ne connois
que de nom. A juger par le passage de
Varandaeus qu'on nous donne pour échantillon
de leur sentiment , ils ne parlent
que du vin ; or quelle difference du vin
à l'Eau de vie de quelle quantité de
phlegmes les soufres volatiles du vin ne
sont- ils pas inondés au lieu qu'ils sont
dévelopés dans l'Eau de vie , et raprochés
de maniere qu'un verre de bonnet
Eau de vie renferme peut- être plus d'esprits
qu'une bouteille de bon vin. Varaudous
même ne fait- il pas plutôt pour
moi que pour M. B. puisque suivant cet
Auteur , pour se servir utilement du vin,
il doit être qualitate temperatum , et limphis
refractum , quod generosius est. Ces qualités
se trouvent-elles dans l'Eau de vie ? er en
nous renfermant dans la question que
traite
#
498 MERCURE DE FRANCE
traite l'Auteur , à quoi bon tant de précaution
, si la volatilité des soufres du
vin n'étoit pas nuisible par elle même ?
pour
M. B. applique à l'Eau de vie ce que
Varaudons dit du vin , calefacit , concoctionem
juvat. C'est donc un remede
les estomacs froids , et un poison pour les
estomacs chauds ; dans le dernier cas , il
n'accelere pas la digestion , il la précipite
, il la supprime même en entier , en
donnant aux fibres de l'estomach une
tension spasmodique qui empêche le
mouvement de trituration de ce viscere ,
ou qui resserrant les pores excretoires de
ses glandes , les empêche de filtrer le ferment
stomachal ; l'Eau de vie est donc
également funeste dans l'un et l'autre sentiment.
C'est même ce dont M. B. convient
en quelque maniere , en proposant
son premier Problême : il demande si les
Ouvriers qui boivent du vin bien trempé ont
moins de force que ceux qui ne boivent
de l'eau; c'est reculer étrangement quand
on a conseillé plus haut l'usage de l'Eau
de vie pure. Cette espece de retorqueo ne
tombe pas sur moi , qui n'ai jamais prétendu
que le vin bien trempé fut nuisible
; mais je soutiens , c'est la réponse au
second Problême , et je le prouverai par
la suite , qu'un usage moderé de l'Eau de
vie nuit à la longue , à moins qu'un contrepoison
que
MARS. 1737 . 499
trepoison aussi efficace que l'âge ou la
bierre n'en suspende l'effet.
Voilà ce que j'ai à répondre aux autorités
dont se pare M. B. on ne s'attend
pas , sans doute , que je réponde à celles
d'Ovide et de Regnier , qu'un de ses Con .
freresa cités si judicieusement dans un
Ouvrage de la nature des nôtres ; je renvoye
ce Docteur au Rondeau de Voiture,
qui commence par ces mots : Un buveur
d'eau ; je lui laisse le soin de concilier ces
differentes autorités .
Q
Voici maintenant un autre raisonnement
de M. B. l'Eau de vie s'étant introduite
dans l'art de guerir , ne sçauroit passer
scrupuleusement pour une eau de mort. C'est
ce dont je ne conviens pas par deux raisons
: S'il est vrai que tous les remedes
soient des poisons , suivant cet axiome
d'Hipocrate pharmaca sunt vénena , axiome
adopté par M. B. on peut en conclure
que leur usage est toujours dangereux ,
pour ne pas dire funeste, 2º Les remedes
préparés avec l'Eau de vie sont - ils tou
jours innocens ? il n'y a qu'à consulter
Sydenham , et on le verra se plaindre des
mauvais effets de son Laudanum liquide ,
* M. Ziorcal , Docteur de Montpellier , dans
une réfutation d'une Piéce d'un autre M. Bar
gés , réfutation inserée dans le Mercure d'Oc➡
tobre 1730.
quoi500
MERCURE DE FRANCE.
quoique préparé seulement avec le vin ;
ce qui fait que beaucoup de Praticiens
veulent que T'extrait de l'opium se fasse
avec l'eau. Cette remarque servira de ré
ponse à la critique que fait M. B. du ter
me de mauvais remede que j'ai employé.
Les remedes sont des poisons ; l'Eau de
vie est un remede ; donc &c.
Si ces experiences étoient de son goûr,
je le prierois encore de faire attention à
un défaut que Freind reproche aux teintures
tirées avec l'esprit de vin de tous les
fondans connus sous le nom d'emmenagogues
', qui ont formé un coagulum plus ou
moins épais , pendant que le mixte seul
a parfaitement divisé la partie du sang
à
laquelle on l'a mêlé ; il ne s'ensuit pas ce
pendant qu'il faille rejetter ces sortes de
viandes à cause de cet inconvenient , qui
suivant la remarque du Docteur Anglois,
est compensé par d'assez grands avantages.
De tout cela , je conclus que
clusion de M. Le Hoc ne peut être attaquée
, puisqu'étant genérale , elle n'exclud
pas les exceptions . Donnons un exemple
: De ce que Mithridate s'est accoutumé
aux poisons , auroit - on raison d'attaquer
une conclusion dans laquelle on
diroit qu'ils sont mortels ?
la con
Mais , me dira- t'on , vous citez un
exemple unique , et qui ne peut être ap
pliqué
MARS. 1731. Sot
pliqué à l'Eau de vie dont on fait tous
les jours usage .
Je réponds que cet exemple n'est uni
que que parceque la frayeur attachée à
l'idée de poison a empêché plusieurs per
sonnes , qui peut -être étoient dans le cas
de ce Prince , de vouloir faire une épreu
ve aussi dangereuse. Il en seroit de même
de l'Eau de vie , si une malheureuse familiarité
n'avoit fermé les yeux de ceux
qui s'en servent. Mais comment se persuader
qu'un fruit aussi agréable à la vuë
et au goût que le raisin , puisse par la
fermentation et la distilation conséquente
donner une liqueur traîtresse et funeste i
loin d'en être persuadé , il faut être Phi
sicien ou Medecin pour oser seulement
penser qu'il en puisse être ainsi .
Vous raisonnez toujours , objectera-t'on ,
sur votre même hypothese ; quelle preuve
avez vous que la force du feu n'a pas fait de
l'Eau de vie un composé different de ce-
Fui du vin ?cela n'arrive-t'il pas dans d'autres
cas ?
Je sçais que la décomposition de quel
ques mixtes dépouille souvent les differentes
parties qui en sont le produit des quali
tés qu'avoit le tout ; mais ne puis- je pas
demander à mon tour quelle preuve on
a qu'il en arrive autant au vin ? de plus ,
je conclurai des paroles de M. B. que ce
chan
go2 MERCURE DE FRANCE.
changement n'arrive pas ; car sans répeter
tout ce qu'il a dit du vin et de l'Eau de
vie , n'attribuë- t'il pas à l'un et à l'autre
les mêmes qualités ? c'en est assez , je
crois , pour anéantir son objection.
Nous convenons me dit- il plus bas ,
que l'abus
que le commun des hommes fais
de l'Eau de vie donne origine à mille maux
et à la mort qu'elle anticipe ... c'est à tort
que vous nous accusez d'en favoriser l'abus.
que
و
Je réponds d'abord par un raisonnement
dont j'ai fait usage dans mes Reflexions
, si beaucoup d'Eau de vie est trèsnuisible
, un peu l'est un peu ; je crois
pouvoir user de ce raisonnement sans
qu'on puisse me reprocher un cercle
après avoir prouvé par Varandaeus même
l'Eau de vie doit être funeste dans l'état
de santé, et par Hippocrate, Sydenham
et Freind ,qu'elle est dangereuse dans l'état
de maladie. Je dis en second lieu que son
usage devroit être entierement proscrit
de la vie civile , à cause de la necessité
qu'il impose de le continuer pour entre
tenir la circulation du sang et les forces
de celui qui s'en sert , et du penchant fatal
que donne cette liqueur à en continuer
, et même à en augmenter l'usage ,
lorsqu'on s'est fait une habitude de s'en
servir. M.B. en convient lui - même en disant
par réponse à l'objection que je lui
faisois
MARS. 1731. ၂၁
faisois au sujet des gens de travail qui ne
peuvent tirer d'utilité de l'Eau de vie
que dans l'usage réïteré , c'est précisément
ce qui leur arrive en s'accoutumant peu à peu
à l'usage de cette liqueur. Si ce n'est pas autoriser
l'abus de l'Eau de vie , il faut changer
les idées des termes : car ce n'est pas
un abus manifeste que de conseiller une
pratique dont nos peres se sont passé ,
et dont une infinité de gens de travail se
passent tous les jours.
·
M. B. ne répond pas à la premiere de
ces Refléxions ; ce n'est pas la seule fauted'attention
qu'on remarque dans sa Lettre
; je n'en citerai qu'un seul exemple
c'est le reproche d'obscurité qu'il me fait
sur ce que j'explique tantôt , selon lui ,
Pépaississement
des liqueurs par l'augmentation
du mouvement du sang , caule
désée
par l'Eau de vie , et tantôt
par
velopement de cet acide qui entre dans
la composition de toutes les huiles ; il
lui auroit été fort aisé de remarquer que
je distinguois deux instans , l'un où la
premiere de ces causes opére , et l'autre
où opére la seconde , et en ce cas il n'y
auroit pas trouvé d'obscurité.
Je ne sçais , Monsieur , ce que M. B.
croira que méritent mes nouvelles attentions ;
elles me paroissent suffisantes pour mettre
le Public en état de juger qui de nous
deux
504 MERCURE DE FRANCE
deux a raison. Quoique je sois résolu de
garder doresnavant le silence , cela ne
m'empêchera pas de faire mon profit de.
ce que M. B. pourra dire en réponse ; je
souhaiterois sur tout qu'il voulut bien
donner une explication plus simple que
la mienne des alterations que le vin cause
dans le pouls. Persuadé qu'on approche
d'autant plus de la verité, qu'on approche
de la simplicité , M. B. me doit d'avance
compter parmi ses sectateurs. Je suis &c.
A Paris , le 8. Fevrier 1731 .
, Docteur en Medecine , à la Lettre
de M. Barrés , inserée dans le Mercure
de Novembre 1730.
de
Puisqu'il ne s'agit,Monsieur , que répondre à M. Barrés pour mériter
son estime , qu'il se prépare à doubler la
dose. Si je n'étois pas plus disposé que
lui à expliquer favorablement les intentions
d'autrui , je ferois , sans doute ,
moins de cas d'une estime acquise à si bon
marché , et seulement pour avoir répondu à
D vj Jes
Dv
496 MERCURE DE FRANCE
ses Reflexions ; mais persuadé qu'une personne
dont l'esprit doit être cultivé par
la lecture des bons Auteurs , avantage que
les, plus zelés ennemis de la profession ne
refusent pas aux Medecins , sçait mieux
à quel prix elle doit mettre son estime ;
M. B. me laisse entrevoir que mes Réponses
ont eu le bonheur de lui plaire
ce qui n'est pas incompatible avec la diversité
de nos sentimens ; je vais faire de
mcn mieux pour le contenter encore ; et
comme sa Lettre n'est composée que de
refléxions détachées , vous me dispenserez
, s'il vous plaît , de suivre un ordre
déterminé.
M. B. semble me reprocher d'abord
d'avoir appellé l'autorité à mon secours ;
ce langage a tout lieu de me surprendre
dans une personne qui exerce une profession
dont l'observation fait la base , et
où la raison ne tient que le second rang.
Il se sert ensuite des mêmes armes pour
me combattre ; sept ou huit Auteurs qu'il
me cite , et une infinité d'autres qu'un
c. me fait entrevoir
prouvent avec
moi , si on veut l'en croire , qu'un usage
moderé de l'Eau de vie est loüable dans.
la santé et dans la maladie.
,
Comme je ne me souviens pas d'avoir
avancé ce principe , qui seroit formellement
contraire à la these que j'ai voulu
défenMARS.
1731. 497
défendre , et qu'il me paroît qu'on devoit
conclure tout autrement de ce que je regar
de l'avantage qui peut revenir de l'usage de
l'Eau de vie aux vieillards, auxFlamands et
à quelques autres personnes , comme une
exception à la loi genérale , les autorités
qu'on allegue en faveur de mon prétendu
sentiment, se tournent contre moi ; il faut
donc y répondre.
Je demande d'abord si ces Auteurs par
lent du vin ou de l'Eau de vie , car sans
gasconade , il y en a plusieurs parmi ceux
qu'on cite nommément, que je ne connois
que de nom. A juger par le passage de
Varandaeus qu'on nous donne pour échantillon
de leur sentiment , ils ne parlent
que du vin ; or quelle difference du vin
à l'Eau de vie de quelle quantité de
phlegmes les soufres volatiles du vin ne
sont- ils pas inondés au lieu qu'ils sont
dévelopés dans l'Eau de vie , et raprochés
de maniere qu'un verre de bonnet
Eau de vie renferme peut- être plus d'esprits
qu'une bouteille de bon vin. Varaudous
même ne fait- il pas plutôt pour
moi que pour M. B. puisque suivant cet
Auteur , pour se servir utilement du vin,
il doit être qualitate temperatum , et limphis
refractum , quod generosius est. Ces qualités
se trouvent-elles dans l'Eau de vie ? er en
nous renfermant dans la question que
traite
#
498 MERCURE DE FRANCE
traite l'Auteur , à quoi bon tant de précaution
, si la volatilité des soufres du
vin n'étoit pas nuisible par elle même ?
pour
M. B. applique à l'Eau de vie ce que
Varaudons dit du vin , calefacit , concoctionem
juvat. C'est donc un remede
les estomacs froids , et un poison pour les
estomacs chauds ; dans le dernier cas , il
n'accelere pas la digestion , il la précipite
, il la supprime même en entier , en
donnant aux fibres de l'estomach une
tension spasmodique qui empêche le
mouvement de trituration de ce viscere ,
ou qui resserrant les pores excretoires de
ses glandes , les empêche de filtrer le ferment
stomachal ; l'Eau de vie est donc
également funeste dans l'un et l'autre sentiment.
C'est même ce dont M. B. convient
en quelque maniere , en proposant
son premier Problême : il demande si les
Ouvriers qui boivent du vin bien trempé ont
moins de force que ceux qui ne boivent
de l'eau; c'est reculer étrangement quand
on a conseillé plus haut l'usage de l'Eau
de vie pure. Cette espece de retorqueo ne
tombe pas sur moi , qui n'ai jamais prétendu
que le vin bien trempé fut nuisible
; mais je soutiens , c'est la réponse au
second Problême , et je le prouverai par
la suite , qu'un usage moderé de l'Eau de
vie nuit à la longue , à moins qu'un contrepoison
que
MARS. 1737 . 499
trepoison aussi efficace que l'âge ou la
bierre n'en suspende l'effet.
Voilà ce que j'ai à répondre aux autorités
dont se pare M. B. on ne s'attend
pas , sans doute , que je réponde à celles
d'Ovide et de Regnier , qu'un de ses Con .
freresa cités si judicieusement dans un
Ouvrage de la nature des nôtres ; je renvoye
ce Docteur au Rondeau de Voiture,
qui commence par ces mots : Un buveur
d'eau ; je lui laisse le soin de concilier ces
differentes autorités .
Q
Voici maintenant un autre raisonnement
de M. B. l'Eau de vie s'étant introduite
dans l'art de guerir , ne sçauroit passer
scrupuleusement pour une eau de mort. C'est
ce dont je ne conviens pas par deux raisons
: S'il est vrai que tous les remedes
soient des poisons , suivant cet axiome
d'Hipocrate pharmaca sunt vénena , axiome
adopté par M. B. on peut en conclure
que leur usage est toujours dangereux ,
pour ne pas dire funeste, 2º Les remedes
préparés avec l'Eau de vie sont - ils tou
jours innocens ? il n'y a qu'à consulter
Sydenham , et on le verra se plaindre des
mauvais effets de son Laudanum liquide ,
* M. Ziorcal , Docteur de Montpellier , dans
une réfutation d'une Piéce d'un autre M. Bar
gés , réfutation inserée dans le Mercure d'Oc➡
tobre 1730.
quoi500
MERCURE DE FRANCE.
quoique préparé seulement avec le vin ;
ce qui fait que beaucoup de Praticiens
veulent que T'extrait de l'opium se fasse
avec l'eau. Cette remarque servira de ré
ponse à la critique que fait M. B. du ter
me de mauvais remede que j'ai employé.
Les remedes sont des poisons ; l'Eau de
vie est un remede ; donc &c.
Si ces experiences étoient de son goûr,
je le prierois encore de faire attention à
un défaut que Freind reproche aux teintures
tirées avec l'esprit de vin de tous les
fondans connus sous le nom d'emmenagogues
', qui ont formé un coagulum plus ou
moins épais , pendant que le mixte seul
a parfaitement divisé la partie du sang
à
laquelle on l'a mêlé ; il ne s'ensuit pas ce
pendant qu'il faille rejetter ces sortes de
viandes à cause de cet inconvenient , qui
suivant la remarque du Docteur Anglois,
est compensé par d'assez grands avantages.
De tout cela , je conclus que
clusion de M. Le Hoc ne peut être attaquée
, puisqu'étant genérale , elle n'exclud
pas les exceptions . Donnons un exemple
: De ce que Mithridate s'est accoutumé
aux poisons , auroit - on raison d'attaquer
une conclusion dans laquelle on
diroit qu'ils sont mortels ?
la con
Mais , me dira- t'on , vous citez un
exemple unique , et qui ne peut être ap
pliqué
MARS. 1731. Sot
pliqué à l'Eau de vie dont on fait tous
les jours usage .
Je réponds que cet exemple n'est uni
que que parceque la frayeur attachée à
l'idée de poison a empêché plusieurs per
sonnes , qui peut -être étoient dans le cas
de ce Prince , de vouloir faire une épreu
ve aussi dangereuse. Il en seroit de même
de l'Eau de vie , si une malheureuse familiarité
n'avoit fermé les yeux de ceux
qui s'en servent. Mais comment se persuader
qu'un fruit aussi agréable à la vuë
et au goût que le raisin , puisse par la
fermentation et la distilation conséquente
donner une liqueur traîtresse et funeste i
loin d'en être persuadé , il faut être Phi
sicien ou Medecin pour oser seulement
penser qu'il en puisse être ainsi .
Vous raisonnez toujours , objectera-t'on ,
sur votre même hypothese ; quelle preuve
avez vous que la force du feu n'a pas fait de
l'Eau de vie un composé different de ce-
Fui du vin ?cela n'arrive-t'il pas dans d'autres
cas ?
Je sçais que la décomposition de quel
ques mixtes dépouille souvent les differentes
parties qui en sont le produit des quali
tés qu'avoit le tout ; mais ne puis- je pas
demander à mon tour quelle preuve on
a qu'il en arrive autant au vin ? de plus ,
je conclurai des paroles de M. B. que ce
chan
go2 MERCURE DE FRANCE.
changement n'arrive pas ; car sans répeter
tout ce qu'il a dit du vin et de l'Eau de
vie , n'attribuë- t'il pas à l'un et à l'autre
les mêmes qualités ? c'en est assez , je
crois , pour anéantir son objection.
Nous convenons me dit- il plus bas ,
que l'abus
que le commun des hommes fais
de l'Eau de vie donne origine à mille maux
et à la mort qu'elle anticipe ... c'est à tort
que vous nous accusez d'en favoriser l'abus.
que
و
Je réponds d'abord par un raisonnement
dont j'ai fait usage dans mes Reflexions
, si beaucoup d'Eau de vie est trèsnuisible
, un peu l'est un peu ; je crois
pouvoir user de ce raisonnement sans
qu'on puisse me reprocher un cercle
après avoir prouvé par Varandaeus même
l'Eau de vie doit être funeste dans l'état
de santé, et par Hippocrate, Sydenham
et Freind ,qu'elle est dangereuse dans l'état
de maladie. Je dis en second lieu que son
usage devroit être entierement proscrit
de la vie civile , à cause de la necessité
qu'il impose de le continuer pour entre
tenir la circulation du sang et les forces
de celui qui s'en sert , et du penchant fatal
que donne cette liqueur à en continuer
, et même à en augmenter l'usage ,
lorsqu'on s'est fait une habitude de s'en
servir. M.B. en convient lui - même en disant
par réponse à l'objection que je lui
faisois
MARS. 1731. ၂၁
faisois au sujet des gens de travail qui ne
peuvent tirer d'utilité de l'Eau de vie
que dans l'usage réïteré , c'est précisément
ce qui leur arrive en s'accoutumant peu à peu
à l'usage de cette liqueur. Si ce n'est pas autoriser
l'abus de l'Eau de vie , il faut changer
les idées des termes : car ce n'est pas
un abus manifeste que de conseiller une
pratique dont nos peres se sont passé ,
et dont une infinité de gens de travail se
passent tous les jours.
·
M. B. ne répond pas à la premiere de
ces Refléxions ; ce n'est pas la seule fauted'attention
qu'on remarque dans sa Lettre
; je n'en citerai qu'un seul exemple
c'est le reproche d'obscurité qu'il me fait
sur ce que j'explique tantôt , selon lui ,
Pépaississement
des liqueurs par l'augmentation
du mouvement du sang , caule
désée
par l'Eau de vie , et tantôt
par
velopement de cet acide qui entre dans
la composition de toutes les huiles ; il
lui auroit été fort aisé de remarquer que
je distinguois deux instans , l'un où la
premiere de ces causes opére , et l'autre
où opére la seconde , et en ce cas il n'y
auroit pas trouvé d'obscurité.
Je ne sçais , Monsieur , ce que M. B.
croira que méritent mes nouvelles attentions ;
elles me paroissent suffisantes pour mettre
le Public en état de juger qui de nous
deux
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deux a raison. Quoique je sois résolu de
garder doresnavant le silence , cela ne
m'empêchera pas de faire mon profit de.
ce que M. B. pourra dire en réponse ; je
souhaiterois sur tout qu'il voulut bien
donner une explication plus simple que
la mienne des alterations que le vin cause
dans le pouls. Persuadé qu'on approche
d'autant plus de la verité, qu'on approche
de la simplicité , M. B. me doit d'avance
compter parmi ses sectateurs. Je suis &c.
A Paris , le 8. Fevrier 1731 .
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Résumé : RÉPONSE de M. Bruhier d'Albaincourt, Docteur en Medecine, à la Lettre de M. Barrés, inserrée dans le Mercure de Novembre 1730.
M. Brubier d'Ablaincourt, Docteur en Médecine, répond à une lettre de M. Barrés publiée dans le Mercure de Novembre 1730. Il exprime son respect pour M. Barrés tout en notant que la lettre de ce dernier est composée de réflexions détachées, ce qui lui permet de ne pas suivre un ordre déterminé dans sa réponse. M. Brubier reproche à M. Barrés de l'avoir accusé d'avoir appelé l'autorité à son secours, alors que M. Barrés utilise lui-même des autorités pour soutenir ses arguments. M. Barrés cite plusieurs auteurs pour affirmer que l'usage modéré de l'eau-de-vie est louable en santé et en maladie, ce que M. Brubier conteste, affirmant que cela est contraire à sa thèse. M. Brubier demande si les auteurs cités par M. Barrés parlent du vin ou de l'eau-de-vie, soulignant les différences entre les deux. Il argue que l'eau-de-vie est plus concentrée en esprits volatils que le vin, ce qui la rend nuisible. Il cite Varandaeus pour soutenir que le vin doit être tempéré et filtré pour être utile, qualités que l'eau-de-vie ne possède pas. M. Brubier discute ensuite des effets de l'eau-de-vie sur la digestion, affirmant qu'elle précipite et supprime la digestion en causant une tension spasmodique dans l'estomac. Il note que M. Barrés semble reconnaître cette nuisance en posant des problèmes sur l'usage du vin trempé. M. Brubier conclut que l'eau-de-vie est funeste, même en usage modéré, à moins qu'un contrepoison comme l'âge ou la bière n'en suspende les effets. Il rejette également l'idée que l'eau-de-vie, en tant que remède, soit innocente, citant Sydenham et M. Ziorcal pour illustrer les dangers des remèdes préparés avec l'eau-de-vie ou le vin. M. Brubier termine en affirmant qu'il est résolu à garder le silence, mais continuera à tirer profit des arguments de M. Barrés. Il souhaite que M. Barrés fournisse une explication plus simple des altérations que le vin cause dans le pouls, convaincu que la simplicité approche de la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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