L'AMOUR COMMODE.
H
T
E' bien , mon cœur facile &qui partout se rend,
Pourquaire ou cing Beautez en mefime temps, foupire Entre nous , pelle be Iris, est-ce un crimefi
grand
Mon Qu'ilfailley trouver tant à dire ?
ધોની
:
GALANT.
Si j'ay dequoy vous engager ,
Parceque j'aymeailleurs en dois-jemoins
vousplaire,
Etpourquelques douceurs qu'on me voit
partager,
Nesçaurois- je estre vôtre affaire ?
Rendez plus dejustice à mafincerité.
Sij'en conte en tous lieux, c'eſtſans estre
volage,
P'aime tant que l'on m'aime , & cette fermeté Vant bien qu'auecmoy l'on s'engage.
Ilest vray qu'absent desbeauxyeux Dontmon amecharmée adore la lumiere,
Pourfinirdes jours ennuyeux.
Ien'aypaslamain meurtriere.
Ie cours oùje prétens qu'on seplaiſe à
me voir ,
Ie ris ,je chante,jefolâtre ,
Etregarde leDesespoir Commeune vertudeTheatre.
A iij
6 LE MERCVRE
C'est estre , je l'avoue , Amant peu regulier ,
Maisjefuis tous les mauxque le chagrin fait naiftre ,
Etsi c'eſt làn'aimer qu'en Ecolier ,
Dien me garde d'aimer en Maistre.
Apres tout , le repos estant un bien fi doux,
Aime-t-on afin qu'on enrage
Etpour sécher d'ennuy d'estre éloignéde
vous,
Vousen verray-je davantage? 1
Lesplaintes, les langueurs , les foûpirs,
lesfanglots,
Merendront- ils ceque m'ofte l'absence,
Etn'est - ilpas plus àpropos Qu'apres l'avoir perdu je prenne pa- tience ?
L'amourde tous les maux est leplus dangereux ,
Quand trop d'attachement nous livre à
Soncaprice,
GALAN Τ. 7
Et je ne ſcache point d'employ si malhenreux ,
Quede sefaire Amant d'office.
Achaque occafion il faut avectransport S'arracherles cheveux, se battre la poitrine د
Eftre tout prest decourir àla mort ,
Oudumoins en avoirla mine.
i
Franchement, ce mestier est des plusfatigans,
Ilamillechagrins qui rarement s'appai- Sent,
Et cen'est n' pasà
vagans
tart qu'on nommeextraLespauvres Dupesqui s'y plassent.
BIBLE
Aimeparregles qui voudr
lamais cenefut ma methode ,
Ie m'offre , &fansſonger comme le tour
ira ,
Ie prens d'abord du plus commode.
Mesvœuxn'ayantpour tout objet A iiij
ILE MERCVRE
Quede rendre heureux ce que j'aime,
Pourreüffir dans ceprojet Je croy devoir toûjours commencerpar moy-mefme.
Ainfi, charmante Iris, fi mon humeur
vousplaiſt ,
N'examinezrien autrechose,
Aimez- moyfansprendre interest Si de mon cœur quelqu'autre ainſi que vous dispose.
Tantque je vous verray ,je ſeray tout à
vous,
Point deſouvenirdesAbſentes ,
Vous allumerez ſeule en des momensfi doux
Mespaßions lesplus ardentes.
Dansquelquepaffe temps que vous väeil- *liez donner ,
I'ydonn erayfans le combattre ;
Etfi vous voulez badiner ,
Ieferaybadin comme quatre.
Iene dispas ,quandvous m'aurez quité,
و .GALANT
Qu'attendant que je vous revoye ,
Jen'aille d'un autre costé
Faire un nouvel amas de joye.
L
Mais ces égaremens facheux aux cœurs jaloux,
Nepeuvent estre àvoſtre honte;
Cequejeferay loin de vous ,
Neferapointfur vostre compte.
Dans le temps oùtousdeux nous nenous
verronspas ,
Comme d'aucunplaisir je ne veux medefendre ,
Nevousfaitespoint d'embarras Detous ceuxque vouspourrezprendre.
Recevezdes Amans, écoutez leurs douceurs ,
Et quand de nous revoir l'heure ſera venue دو Prenonsce que chacun nous aurons fait
ailleurs,
Comme chosenon avenuë.
*
Sans nous inquieter de rich 0
A V
LE MERCVRE
1
Faiſons -nous le mesme visage Quesi vostre cœur &le mien Estoient demeurezfanspartage.
Commed'amour tout tranſporté,
Ievousferay mille careſſes ,
Vous pourrez y répondre en toute sou- reté
Parvosplusflateuſes tendreſſes.
Mefaire des faveurs , c'eſt ne rien ha- zarder,
Ieſuis diferet , &recevant des vostres,
Vous aurez beau m'en accorder,
Ien'en parleraypoint aux autres.
Aces conditionsſi jeſuis voſtrefait,
Belle Iris, vous n'avez qu'àdire,
Cherchons en nous aimant l'amour leplus
parfait,
Mais n'aimonsjamaisque pour rire.