On ne
peut exprimer la joye qui ſe répandit dans toute cette gra- de Province , ſi-tôt qu'on y
ſceut qu'il en avoit eſté nom- mé Gouverneur ; il y eſtoit dans une fort haute eſtime &
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pour ſa naiſſance , & pour les qualitez particulieres de fa Perſonne. Il arriva à Blaye le 8.de May,où il reçeut les Co- plimensde Meſſieurs les Jurats de Bordeaux , portez par la bouchede Monfieur Chiquet Jurat & ancien Avocar,
accompagné de Monfieur de Jean Procureur Syndic dela Maiſon de Ville. Le lendemain il ſe rendit au Port dudit Blaye àcinq heures du matin , & apres y avoir reçeu tous les honneurs poſſibles par Monfieur de Monbleru Commandant dans la Place,
il monta dans la Maiſon Navale qui luyavoit été envoyée par les Jurats , & fur les dix heures il arriva à Bordeaux au
bruit de tout le CanoduCha-
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ſteau Trompette, &des Vaif- ſeaux. Monfieur le Comte de
Montaigu Gouverneur du Chaſteau & LieutenantGeneral de la Province , le vint
recevoir ſur le Port, où il luy preſenta les Jurats , à la teſte deſquels ſe trouva Monfieur de la Lange , qui harangua d'une maniere àfaire connoître qu'unGentil- hommen'eſt
pasmoins propre à eſtre bon Orateur que bon Capitaine.
On ne luy avoit point prepa- ré dEntrée , parce qu'il n'en avoit point voulu , pour n'ê- tre pas à charge au Public;
mais quelque précaution qu'il eût priſe pour cacher ſon ar- rivée , elle fut ſocuë incontinent de tout le Peuple , qui accourut en foule ſur le Port,
192 LE MERCURE
&on peut dire que jamais Gouverneur n'a eſté reçeu avec plus d'acclamations. De là , voulant rendre les honneurs deûs au Prélat de cette
grande Ville , il fut conduit à
l'Archeveſché ; apres quoy il alla diſner au Chaſteau Trompepette,où MonfieurdeMon- taigu le régala avec unemag- nificence admirable.Vousſça- vez,Madame,que Monfieurle
Comte de Montaigu eſt un Homme d'un fort grandmé- rité , &que ſa naiſſance nele rendpas moins illuſtre, qu'un grand nombre de belles Al- liances qui font dans ſa Mai- fon. Il a eſté Cornette des
Chevaux- Legers de la Garde
du Roy , & Gouverneur de Rocroy ; & apres avoir meri-
GALANT. 193 té par de grands ſervices la confiance de Sa Majesté &de la feuë Reyne Mere dans des
occaſions tres- importantes, il a eſté choiſy par le Roy pour l'un de ſes Lieutenans dans le
Gouvernementde Guyenne ,
&pour Gouverneur du Chafteau Trompette. Cet Employ marque plus que toute autre choſe l'eſtime particuliere dõt il a toûjours eſté honoré par fon Maiſtre. Tout le monde
ſçait l'importancedece Poſte,
&l'on a veu dans les derniers
temps de quelle conséquence il eſt d'y avoir unHommedot la ſageſſe,la fidelité,&l'expé- rience,mettent en ſeûreté une
Province qui a toûjours eſté enbute aux plus puiſſans En- nemis du Royaume. C'eſt où
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M. de Montaigu avoulu cher- cherdu repos pour ſe délaſſer des longues fatigues qu'il a
cuës àeſſuyerdas les Armées,
nejugeant pas que l'âge , ny méme les pensées qu'ondoit avoir dans un certain temps pourl'autre vie, le püſſentdif penſer derendrejuſqu'au der- nier ſoûpir les ſervices qu'il croît devoir à un Prince qui luy a toûjours donnédes mar- ques de ſa bonté.
Apres ces premiers devoirs rendus à Monfieur le Duc de
Roquelore , toute la ſemaine ſe paſſa à recevoir les Haran- gues de tous les Corps , entre leſquelles celles de Monfieur le Doyen de la Cathedrale, &
deM. de Meſtivier Preſident'
à la Cour des Aydes , ont été
GALANT.
19)
DE
S
été fort eſtimées , ainſi que celles de Monfieur le Lieutenant General du Preſidial de
Bordeaux , & du Juge-Mage d'Auche. Monfieur le Duc
s'embarqua le 14. du méme
mois pour aller à Marmande ſe faire recevoir au Parlement.
Adieu, Madame. Sansa grofleur extraordinaire de ma /