LE PRE JUGE .
O DE
A Mad. la Comtesse de ***
EN vain la raison nous éclaire
Et nous fait luire son flambeau ,
Le Préjugé toujours contraire ,
Place sur nos yeux son bandeau ,
Nous ne prenons que lui pour guide
La verité simple et timide ,
Ne sçauroit fixer nos esprits
Nous ne suivons que le caprice ,
Nous regions sur son injustice ,
Nos louanges et nos mépris.
鍛
Le Préjugé sous son Empire
Sçait assujettir l'Univers ;
Il nous séduit, il nous attire ,,
Par ses enchantemens divers ,
Dans notre ame trop prévenue ;,
L'orgueil avec art s'insinue ,
I rampe d'abord en naissant ,
Bien-tôt par un pouvoir suprême
MAY. 847
1733
1.oblige la Raison même ,
A plier sous son joug puissant.
來
Dans ses liens il nous engage ;
Tout conspire à le seconder ,
Inconstant , leger et volage ,
Contre lui qui peut nous garder ?
Nos passions le favorisent ,
Nos désirs , à l'envi , s'épuisent ,
A nous retenir sous ses loix ;
A l'amour propre il s'associe ;
C'est par lui qu'il se fortifie ,
Et qu'il sçait étendre ses droits.
Ainsi l'Amant , belle Comtesse ,
Quand l'aveugle Amour le séduit ,
Croit que l'objet de sa tendresse ,
Efface l'Astre qui nous luit ;
Bien- tôt de la Voûte azurée ,
Il fait descendre Citherée ,
Pour y faire asseoir son Iris ,
Les yeux de l'objet de sa flamme ,
Ont plus de force sur son ame ,
Que les tiens ou ceux de Cypris ,
L'homme sçavant dans son Musée ,
Par un faux espoir agité
Sc
$ 48 MERCURE DE FRANCE
Se flatte en son ame abusée ,
Qu'il va saisir la Verité;
Mais dans cette longue poursuite ,
Le Préjugé marche à sa suite ,
Et l'éblouit par ses lueurs ,
Séduit par l'apparence vaine ,
L'orgueil aveugle le promene ,
Dans un Labyrinthe d'erreurs .
Ce Rimeur , qui d'un vol sublime
S'eleve presque jusqu'aux Cieux
Espere en l'ardeur qui l'anime ,
D'être admis presque au rang des Dieux.
Dans son poëtique délire ,
Il croit que les sons de sa Lyre ,
Du noir oubli seront vainqueurs ;
Tout occupé de sa manie ,
Il n'accorde qu'à l'harmonie ,
Le pouvoir d'enchaîner les coeurs .
Mais c'est trop , ma Muse me quitte
Contente de ses foibles traits ;
Toi dans qui brille le mérite ,
Jette les yeux sur ces Portraits ,
Si tu m'accordes ton suffrage ,
Il sera pour moi le présage →
Du succès le plus éclatant ,
Le
•
MAY. 17330 849
Le Goût s'associant aux Graces ,
Se plaît à marcher sur tes traces ,
Applaudis-moi , je suis content.
Par M. Paparoche , de Carpentras.