ARTICLE
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des Quejhons.
REPONSE".
çjlh à la Qucflion.
Quest-ce que le cœur a
decommun avec l'esprin
UAnonïrm Laconique.
Le cœur fent,&c 1eC
prit pense.
REPONSE.
Je sens bien que le
cœur sent, & je connois
que l'esprit pense, tout
le monde conviendra de
cette distinction, cependant les esprits font à
present si souples & si
deliez, quil est aisé de
s'y méprendre ;
à la vé- ritélecœurfait rarement
le personnage de l'esprit,
mais l'esprit,est souvent
-
le Singe du cœur.
Dans l'art decoquetter,
Cidaliseest maitresse.
Et son nouvel Amant
l'autre jour s'y méprit,
Elle a tant de delicatesse
Et de rasinement d'esprit,
Que c'est presque de la
tsndresse.
REPONSE
Parl'Anonimc jeune &
tendre.
Il me semblequ'en amour
le cœur & l'esprit ont tant
de rapport ensemble qu'on
pourroit les confondre si
l'on aimoit toujours; les
sentimens du cœur déterminent le caractere de l'Esprit;
est-on touché de quelque
objet, lesimpressions qu'il
fait sur le cœur passentjusqu'al'esprit
,
le premier
ressent, l'esprit comme in-
, terprète explique jles
mouvemens
,
du coeur
& ces mouvemens sont
toujours le principe des
penfées de l'autre; en un
mot, quand on aime, Tefprit est du party du cœur,
il en prend les interests il
cntre dans tous ses motifs
il serejoüir, il genijr avec
luy, il en fait le portrait, ill'estluymesme:c'est dans
le cœur qu'il puise ses sailliesJ il y trouve la^naïveté,
l'emportement de ses exprenions,& semblable aun
écho, l'esprit repete les
transports du cœur à proportion de sa capacité; mais
pour marquer encore mieux
le rapport qu'ils ont ensemble, examinons un
homme véritablement amoureux;est-il jaloux, le
cœur souffre, il entraine
l'esprit dans son desordre.,
& ce dernier s'épuise par
contrecoup en de tristes réflexions qui ne finiront
qu'avec la jalousiedenôtre
amant malheureux; s'il est
Poëte
,
que de Vers lamaladie du cœur va. t'elle exi-
ger de l'esprit, le cœur outré veut exhaler sa sureur,
déja l'esprit est entré de
moitié dans sa rage, il la
fert, il la peint, & devient
furieux luy-mesme en l'exprimant.
- Mais si de nôtre amant la
maitresse eil: absente,
Le chagrin à l'instant, vient
s'emparer du coeur
Il soupire, & sa voix touchante
En pénétrantl'esprit, y
porte la langueur.
Il se fait alors entre le
cœur & l'esprit, une union
sinaturelle & qui fait passer
si rapidement les mouvemens de l'un à l'autre, que
le commerce qu'ils ont ensemble les confond, & dérobe à qui voudroit les distinguer la différencequ'ils
ont entre eux.
Et si dans le moment de
la cruelle absence
Le cœur a
l'objet de ses feux
Veut marquer son impa- ticnce.
Il veut, & c'est assez, l'esprit
d'intelligence
Averti dés l'instant de Cc.
foins amoureux,
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Les partage, les peine, négligétout pour eux.
Si la maitresse à son tour
témoigne a
nôtre amant
qu'il est aimé.
Le cœur auparavant à la
tristesseen proye,
Sent disparoître son chagrin
Et l'esprit à son tour,à
l'acpcâ de la joye ;
Du cœur content fuit le
dertin.
Que l'accord de l'esprit
èc du cœur, est charmant
alors, mais qu'il est rare que
l'amour les unisse avec tant
d'agrément, les delicesd'un
retour sincere est un bon-
,
heur inconnu pour les No-7
bles malheureux qui livrent
leur cœur sans reserve, la
tendresse est une vertu que
le tems ou
l'inconstance
a
tari dans les femmes, la vanité d'estre aimées est aujourd'huy le guide de leur
cœur,& si l'amour trouve
às'y placerquelquefois, c'est
un moment de caprice qui
-~
l'introduit, il ne (ubfifte,
&ne finit que par le caprice.
Si d'un amour parfait le,
sexe étoit.cipable^
Nostre fort seroit trop
heureux,
Ce qu'on y trouveroit d'aimable
Suffiroit pour combler
nos vœux,
Malgré la trisse expérience
Des maux qu'il fait aux cendres cœurs,
Du plaisir l'aveugle esperance
Bannie la crainte des malheurs
Le caprice, la fourberie
Suivis de la coquetterie,
Sont les écueils certains où
l'on va se brifer
;
Mais un appas flatteur dérobe le naufrage,
Le
Le dévot se lalÍfe abuier,
Le Philosophe est sans courage>
Le foible aprés leur chute
a
de quoy s'excuser,
La sagesseestenfin d'un si
penible usage,
Quequelque sont le danger.
On trouve moins d'avantage
A le suit qu'à s'engager,
Le fuir! helas le peut-on
faire,
*1 L'amour,quand il surprend
est un mal necessaire,
Et lors que deux beaux yeux
ont sçeu nous cnflamer,
Adieu lecœur. il faut aimer.