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p. 76-92
POÉSIES sacrées & Philosophiques, tirées des Livres Saints, par M. LE FRANC DE POMPIGNAN, nouvelle Edition considérablement augmentée & enrichie de gravures, volume in-4°. A Paris, de l'Imprimerie de Prault, quai de Gêvres.
Début :
C'EST en 1751 que parut la première édition de cet ouvrage. Tous les Journalistes [...]
Mots clefs :
Discours, Vertu, Ouvrage, Peuple, Honneur, Livres, Poésies, Prophéties, Cantiques
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texteReconnaissance textuelle : POÉSIES sacrées & Philosophiques, tirées des Livres Saints, par M. LE FRANC DE POMPIGNAN, nouvelle Edition considérablement augmentée & enrichie de gravures, volume in-4°. A Paris, de l'Imprimerie de Prault, quai de Gêvres.
POÉSIES facrées & Philofophiques ,
tirées des Livres Saints , par M. LE
FRANC DE POMPIGN AN
velle Edition confidérablement augmentée
& enrichie de gravures, volume
in-4° . A Paris de l'Imprimerie de
Prault , quai de Gévres.
,
C'EST en 1751 que parut la première
édition de cet ouvrage. Tous les Journaliſtes
en rendirent alors le compte le
plus avantageux ; & le Public fouvent
injufte quand il blâme , mais prèfque
toujours équitable quand il applaudit ,
reçut ces Poëfies facrées avec reconnoiffance.
En 1754 , Chaubert en donna une
feconde édition & celle que nous annonçons
eft la troifiéme. Le papier &
le caractère en font beaux ; les gravures
deffiuées par le célébre Cochin & exé-
1
OCTOBRE. 1763. 77
cutées par Prévôt font auffi ingénieufes
qu'agréables.
L'Auteur a fait beaucoup d'additions
à fon ouvrage , & nous avons lieu d'augurer
qu'elles obtiendront les éloges
des vrais Littérateurs , ainfi que les applaudiffemens
des âmes honnêtes, fenfibles
& vertueufès.
Après avoir luce Recueil fans partialité
( & jufqu'ici , nous n'imaginons
pas que l'on nous en foupçonne ) quelques
exemples choifis prefqu'au ha
zard juftifieront le jugement que nous
en portons , en renvoyant à l'Extrait
que le Mercure en donna en 1752 , pour
la partie de ce même Recueil qui parut
alors.
Cet ouvrage eft divifé en cinq livres.
Le premier renferme 19 Pieaumès , le
fecond 20 Cantiques , le troifiéme 7
Prophéties formant 18 Chapitres , le
quatriéme 16 Hymnes , & le cinquiéme
12 Difcours Philofophiques . Tout
cela eft terminé par l'examen qui fut
fait des premières éditions des Poëfies
facrées , & dont il a été rendu compte
en 1756.
Le Difcours Préliminaire est écrit
avec beaucoup de chaleur & d'agrément.
On y trouve des recherches , des
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vues profondes , des difcuffions fçavantes
, mais parées de toutes les grâces de
la Littérature. Et ce qui eft affez rare
aujourd'hui dans un Auteur , celui - ci
parle toujours modeftement de luimême
& avec beaucoup d'éloges de
tous ceux qui ont parcouru la même
carrière avec quelques fuccès.
Si dans un ouvrage confacré à la
piété & à la religion , il s'éléve quelquefois
contre les incrédules s'il les
combat avec force , c'eft toujours en
ménageant les perfonnes , qu'il ne nomme
pas , qu'il fe garde même de défigner.
On fent qu'il voudroit les convaincre
, mais jamais les outrager.
L'Auteur fe flatte dans ce Difours
qu'on l'approuvera du moins d'avoir
imaginé des Poëmes Philofophiques
d'un caractère nouveau : » c'eft , dit- il ,
» un éffai fufceptible de perfection ,
» une route des plus ouvertes à la Poëfie
; nous avons aujourd'hui des Poë-
» tes Philofophes leurs vers valent
» mieux que les miens , j'en fuis per-
» fuadé ; mais la Philofophie de Salo-
» mon vaut certainement mieux que la
» leur , & c'eft celle- là que j'ai miſe
» en Vers. »
Mais entrons en matière ; il y a neuf
OCTOBRE. 1763 . 79
Pleaumes nouvellement traduits dans
cette édition . Le dernier eft fingulier
par la beauté & la variété des images ,
par le mêlange de douceur & l'élévation
qui y regne.
Dieu n'eft point,dit l'impie, il n'eft point, & la terre
Adore un étre nul par la peur encenſe ;
La peur forgea fon maître au feul bruit d'un tonnerre
Qu'il n'a jamais lancé .
À ce cri de révolte , à ce cri de démence
Dieu jette fur la terre un regard de douleur :
Il la parcourt , il cherche un refte de Prudence ;
Il ne trouve qu'erreur.
Il ne trouvé qu'ingrats armés contre leur père ;
Mais dans ces noirs accès d'un fiécle malheureux ,
Ce n'eft point la Raiſon , c'eſt le coeur qui profére
Ces blafphèmes affreux.
Telle eſt du'vice impur la puiffance empéllée ,
Des moeurs , de la vertu Dieu venge ainfi l'affront .
La doctrine à ſon tour eſt bientôt infectée
Quand le coeur fe corrompt.
Mépriſons , dira - t -il , les pleurs des Miférables ,
Perfécutons la veuve , opprimons l'orphelin ,
Et dans les maux publics prodiguons fur nos tables
Les pafums & le vin .
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Le vice & la vertu font des noms arbitraires.
Le plaifir , l'intérêt , la force fait nos droits.
Laiffons aux malheureux , laiffons aux coeurs vul
gaires
Les autels & les loix.
Quand la mort l'a frappé , que refte - t - il de
l'homme ?
Notre esprit eft un fouffle , & le temps une fleur.
Que ce temps précieux dans les jeux fe confomme
Et mourons fans douleur.
Tu mourras en effet, mais non comme ru penfess
Ce fouffle prétendu furvit à ton trépas.
C'eſt une âme immortelle & leDieu des
Ne l'anéantit pas.
vengeances
Que de poëfie , de force , & de fublime
dans les Cantiques ! qu'on en juge
par le début & la fin du feiziéme . L'Auteur
ou plutôt le Prophéte Ezechiel
peint la magnificence & prédit la ruine
de Tyr.
O Tyr! ferois - tu fatisfaite ,
Toi qui difois à l'Univers :
Je ſuis d'une beauté parfaite ;
Mon trône eft bâti dans les mers?
Tes citoyens pour te conſtruire
Dans ta demeure ont fçu conduire
Les plus hauts cédres du Liban ,
OCTOBRE. 1763 . 81
Les fapins qu'Hernon nous préfente ,
Toutl'ivoire que l'Inde enfante ,
Et les vieux chênes de Bafun.
Après plufieurs Strophes confacrées à
décrire la richeffe & la magnificence
de cette Ville , l'Auteur continue ainfi.
Tyr! o trop fuperbe Reine,
Tes richeffes t'enfloient d'orgueil .
Des mers unique Souveraine
Tu ne redoutcis point l'écueil.
En vain l'orage te menace ,
Tes rameurs pleins de ton audace
Te ménent fur les grandes eaux,
Mais , ô confiance funefte !
Miniftres du courroux célefte
Les vents te brifent fur les flots.
Tes riches magafins , tes temples , tes portiques ,
Tes vaftes arénaux , tes palais magnifiques ,
Tes Prêtres , tes Soldats , les Docteurs de ta Lois
Tes tréfors , tes projets & tes grandeurs fi vaines
Et tes femmes hautaines
Dans les profondes mers tomberont avec toi.
En lifant cette dernière Strophe , ne
croit-on pas voir Tyr elle - même , s'écrouler
, fe perdre & s'abîmer dans les
flots ? & avec quel art l'Auteur nous
retrace en fix vers la ruine d'une ville.
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
qu'il n'a bâtie pour ainfi dire que lentement
& à l'aide de près de quatre-vingt
vers ? M. de Pompignan femble fe furpaffer
encore dans les Prophéties. On en
pourra juger par quelques morceaux
de celle d'Ezechiel qui nous offre un
Tableau fi fidéle & fi frappant de la
réfurrection des morts.
Dans une trifte & vaſte plaine
La main du Seigneur m'a conduit ,
De nombreux offemens la campagne étoit pleine s
L'effroi me précéde & me ſuit.
Je parcours lentement cette affreuſe carrière
Et contemple en filence épars fur la pouffière ,
Ces reftes défléchés d'un peuple entier détruit .
Crois-tu , dit le Seigneur , homme à quije confie
Des fecrets qu'à toi ſeul ma bouche a réſervés ,
Que de leurs cendres relevés
Ces Morts retournent à la vie ?
C'eſt vous feul , ô mon Dieu ! vous feul qui le
fçavez.
Il dit , & je répéte à peine
Les oracles de fon pouvoir ,
Que j'entends partout dans la plaine
Ces os avec bruit fe mouvoir.
Dans leurs liens ils fe replacent
OCTOBRE . 1763 . 83
Leurs nerfs croiffent & s'entrelacent ,
Le fang inonde ſes canaux ,
La chair renaît & fe colore :
L'âme feule' manquoit encore
A ces habitans des tombeaux .
Mais le Seigneur fe firentendre ,
Et je m'écriai plein d'ardeur :
Elprit , hâtez-vous de deſcendre ,
Venez , Esprit réparateur ;
Soufflez des quatre Vents du Monde ,
Soufflez votre chaleur féconde
Sur ces corps prêts d'ouvrir les yeux.
Soudain le prodige s'achève ,
Et ce Peuple de morts ſé léve
Étonné de revoir les Cieux .
Les hymnes de M. de Pompignan
font abfolument à lui ; il y a pris tous
les ftyles afin d'entrer dans l'efprit de
tous les mystères . L'hymne de S. Louis
eft furtout intéreffante pour nous : on
n'ous y retrace en très-beaux vers les
traits les plus glorieux de la vie de ce
faint Roi
François , voici le jour de gloire ,
Le jour où les chants les plus doux
De l'Ayeol des Bourbons célébrent la mémoires
Coeurs François , applaudiffez tous.
D vj
MERCURE DE FRANCE.
Couvrons de fleurs & de feuillages
La demeure paible où Louis tient ſa Cour.
Nos ayeux y portoient les tributs de l'Amour
Portons ý des voeux , des hommages
Qui montentjufqu'à lui dans le divin féjour.
O Vincennes ! Palais champêtre ,
Tes bois antiques , tes vergers ,
Raffembloient autour de leur Maître
Les Grands , le Peuple , & les Bergers .
Quel éclat fur fon front ! quelle majefté fainte !
Qu'il fçavoit inſpirer de reſpect & de crainte
Lorsqu'il étoit aflis dans le Temple des Loix!
Qu'il donnoit de leçons & d'exemples aux Rois
Quand le glaive de fa juftice
Frappoit le faux honneur , le blafphême, & le vice,
Et du Trône infulté vengeoit les juſtes droits.
O miracle , ô Vertu ! Louis eft dans les chaînes
Et fes Vainqueurs fon à fes pieds.
On ne peut s'empêcher de citer la
dernière Strophe . C'eft expreffion des
fentimens & des voeux de tous les bons
François.
Que Louis en ce jour dans la gloire immortelle
De fon Peuple chéri reconnoille la voix,
OCTOBRE. 1763. 84
Qu'il foit de les Enfans à jamais le modéle ;
Et que du haut des Cieux il régne avec nos Rois :
Nous voilà , enfin , parvenus aux difcours
Philofophiques ; ils compofent le
3. Livre où tout eft frappant , le ftyle ,
l'arrangement , les Sujets , la Morale.
Les anciens Philofophes , dit Minutius
Felix , ont puifé la vérité dans les
Prophéties qu'ils ont altérées .
Malheur à moi , ajoute M. de Pompi
guan. » Malheur à ces difcours , s'ils
» étoient dans le même cas ; mais j'ofe
» croire qu'ils font à l'abri de toute
imputation de cette nature . Je dois
feulement prévenir le Lecteur qu'ils
» n'ont pas été travaillés dans le même
» ordre , ni fur le même plan que les
» Pleaumes , les Cantiques & les Pro-
" phéties. Là , je traduis fidélement
» ou j'imite avec exactitude l'original ;
» ici j'accommode le Texte aux Sujets
» que j'ai choifis , fujets tirés néan-
» moins des mêmes livres qui m'ont
» fourni les matériaux de l'ouvrage.
Pour cela j'ai pris dans différens cha-
» pitres tous les verfets relatifs au même
» objet ; je les ai liés enfemble ; j'en
» ai développé le fens & les preuves ,
» je leur ai donné une jufte étendue ;
86 MERCURE DE FRANCE .
» & j'en ai compofé des difcours déta-
» chés & indépendans l'un de l'autre .
» C'est la forme que j'ai obfervée à l'é-
» gard des Proverbes , parce que les
» matières y femblent mêlées & con-
» fondues . Ce Livre eft un tréfor de
» penſées .
Les bornes que nous fommes obligés
de nous préfcrire dans cet Extrait nous
empêchent de rendre un compte détaillé
de chacun de ces difcours ; nous
n'en rapporterons que quelques Morceaux
qui mettront le Lecteur à portée
de juger des autres .
La Sageffe eft le bras , l'oeil & l'âme des Rois .
A fes enfeignemens s'ils conforment leurs loix ,
Si par eux la Juſtice eft toujours révérée ,
Ils font puiffans , chéris , leur mémoire eft facrée.
Un infenfé qui règne eſt un monſtre cruel ;
Un Sage fur le Trône eſt un préſent du Ciel.
Le fecond difcours eft terminé par ces
Vers.
L'homme a dans fes devoirs l'objet de tous fes
voeux ;
Plus il leur eſt fidéle & plus il eſt heureux :
La vertu fut toujours la volupté fuprême.
Interroge le vice , il re dira lui-même
OCTOBRE. 1763. 87
Qu'il connut le plaifir , mais jamais le bonheur :
Il n'en eft point , mon fils , pour qui vit fans
honneur.
La Peinture du riche , dans le troifiéme
difcours mérite auffi d'être rapportée .
Le riche eft le jouet de fa propre fortune ;
C'eſt un tyran cruel dont le joug l'importune.
Tourmenté de defirs , de befoin déchiré ,
De rivaux , de jaloux , d'ennemis entouré ,
Ses biens font au pillage , & fes jours à l'enchère :
Son bonheur eft plus trifte encor que la mifère.
Lui-même il fe déchire & devient tour-à -tour
De fon coeur inquiet , la proie & le vautour.
Plein de fes pathons il ne connoît , il n'aime ,
Que les goûts , fes plaiſirs , la fortune & luimême.
Pofféder , acquérir , c'eſt ſa vertu , ſon art ;
Il fait de les trésors fon Temple & fon rempart.
C'eſt un mur qui l'entoure , où malgré ſon au❤
dace
Le fouffle des revers l'aceable & le terraffe.
Dans le quatriéme difcours qui eft
l'éloge de la vie laborieufe & champêtre,
88 MERCURE DE FRANCE.
de l'Economie , & de la Femme-forl'Auteur
débute ainfi :
te •
Heureux qui de fes mains cultive les fillons ;
Où fon champêtre ayeul planta fes pavillons ,
Qui demande à la terre un tribut légitime ,
Pour nourrir les mortels l'épuife & la ranime ,
Et par l'utile effort d'un foin toujours nouveau
En devient l'Econome , & non pas le fardeau !
•
On ne fera peut -être pas faché de
voir auffi le Portrait de la femme-forte.
Que pour d'autres le marbre entaſſé juſqu'aux
Cieux ,
Apprenne à l'Univers leurs titres glorieux ;
L'Artifan fecouru , la pauvreté bannie ,
Ses ferviteurs heureux , & fa famille unie ,
Des fils dont elle-même a formé la Raiſon ,
C'eſt dans ces monumens qu'elle aime à voir fon
nom :
C'eſt là qu'il ſe conſerve & qu'honoré des Sages
Il triomphe à la fois de l'envie & des âges.
O! crainte du Seigneur , tu régles tous fes pas
Tu repands fes tréfors , tu défens ſes appas
Le monde rend hommage à fa conduite auftére ,
Tout corrompu qu'il eft , c'eft un Juge févére ,
Qui dételte & méprife en dépit des flatteurs,
Les biens fans la vertu , la beauté fans les moeurs
OCTOBRE. 1763 . 89
Le cinquiéme difcours
lomnie , commence ainfi .
Aimer tous les humains d'une charité
fur la Capure
C'eft la Loi du Seigneur , le voeu de la Nature ,
Quelle douceur dans les vers qui terminent
ce difcours !
N'eft- il pas même encor des deferts & des bois ;
Où de la Calomnie on n'entend pas la voix ?
Fuyons avec l'honneur , fuyons dans cet aſyle ;
Oublions loin du monde , en ce féjour tranquile
Tout perfide ennemi , tout indigne rival.
Sur-tout ne diſons point : je lui rendrai le mal.
S'il a faim , que nos mets largement le nour
riffent ;
S'il a foif, que nos eaux foudain le rafraîchiſſent.
Nos foins & nos bienfaits , nos dans fur lui
verfés ,
Sont des charbons de feu fur la tête amaflés.
O Mortel ! c'est ainsi que la vertu ſe venge.
Les coeurs font à Dieu feul , c'eſt lui ſeul qui les
change.
Des bons & des méchans lui feul peut ordonner.
C'eſt à Dieu de punir , à nous de pardonner.
A la page 418 , ligne 7 , il s'eft gliffé
une faute d'impreffion :
Et que feroit-ce encor fi des faits diffamansa
Lifez traits diffamans.
go MERCURE DE FRANCE.
Le difcours fur les devoirs des Rois
& des Sujets , eft plein de force , d'éloquence
& d'agrémens.
Le pouvoir paternel , l'autorité fuprême
Sont des droits émanés du Créateur lui - même.
Dieu für la même tête unit leur double loi ;
Qui fit le premier père , a fait le premier Roi.
Le premier qui du Sceptre exerca la puiſſance ,
N'avoit que fes enfans fous fon obéiffance .
Les enfans à leur tour , dans ce Chef révéré ,
Obéiffoient à Dieu qui l'avoit confacré .
Dans ces noeuds que forma la fageffe divine ,
Du vrai Gouvernement nous trouvons l'origine ;
Sur l'intérêt commun fes titres font fondés.
Vous que régit un Maître & vous qui comman
dez ,
Confervez à jamais de fi doux caractères ;
Rois , voilà vos enfans ; Sujets , voilà vos pères.
Que n'exigeons-nous pas , impérieux Sujets :
Des talens , des vertus , & même des ſuccès ?
Vous dont le coeur eft droit , l'âme tranquille &
faine ,
Parcourez les devoirs de cette vie humaine ,
Obfervez bien les Rois , & vous direz : hélas !
Trop heureux qui fçait l'être , heureux qui ne
l'eft pas .
OCTOBRE. 1763 .
Le feptiéme difcours renferme les deux
premiersChapitres de l'Eccléfiafte . L'Auteur
parcourt tous les âges, toutes les conditions
, & c. il en fait la peinture la plus
vraie , la plus agréable , & conclut avec
le Sage que tout n'eft que vanité.
Depuis que ces objets affiégent mes efprits
Que la vie à mes yeux a pèrdu de fon prix !
Elle m'eft importune , & fon fardeau m'accable.
Ne la furchargeons plus d'un travail milérable.
C'eſt le fort d'un Pécheur d'augmenter fes befoins
,
D'abandonner fon âme à d'inutiles foins ,
De pofféder fans goût , d'acquérir fans meſure.
Savourons fobrement les dons de la Nature ;
Ils viennent de Dieu même , ils font pour les humains
:
Enjouir fans abus c'eft remplir fes deffeins .
L'art de fe modérer naît de l'expérience.
Aux Mortels qu'il chérit Dieu donne la ſcience ,
La fageffe , la paix , & les loisirs heureux ;
Le reste eft fuperflus , s'il n'eſt pas dangereux .
Dans les cinq derniers difcours l'Auteur
fuit le plan de l'Eccléfiafte , &
garde l'ordre des Chapitres. Ils font
dignes des fept premiers. Les différens
morceaux que nous venons de rapporter
nous ont paru propres à faire con- .
92 MERCURE DE FRANCE.
noître le mérite des Poëfies facrées ; &,
l'on ne peut être foupçonné de vouloir
en impofer au Public , quand on met
fous fes yeux dequoi juftifier le jugement
qu'on porte de l'Ouvrage entier
d'un Citoyen qui a toujours fait autant
d'honneur aux Lettres par l'éclat & le
fuccès avec lequel il les a cultivées, que
par la manière diftinguée dont il a rempli
une des premières Places de la Magiftrature.
tirées des Livres Saints , par M. LE
FRANC DE POMPIGN AN
velle Edition confidérablement augmentée
& enrichie de gravures, volume
in-4° . A Paris de l'Imprimerie de
Prault , quai de Gévres.
,
C'EST en 1751 que parut la première
édition de cet ouvrage. Tous les Journaliſtes
en rendirent alors le compte le
plus avantageux ; & le Public fouvent
injufte quand il blâme , mais prèfque
toujours équitable quand il applaudit ,
reçut ces Poëfies facrées avec reconnoiffance.
En 1754 , Chaubert en donna une
feconde édition & celle que nous annonçons
eft la troifiéme. Le papier &
le caractère en font beaux ; les gravures
deffiuées par le célébre Cochin & exé-
1
OCTOBRE. 1763. 77
cutées par Prévôt font auffi ingénieufes
qu'agréables.
L'Auteur a fait beaucoup d'additions
à fon ouvrage , & nous avons lieu d'augurer
qu'elles obtiendront les éloges
des vrais Littérateurs , ainfi que les applaudiffemens
des âmes honnêtes, fenfibles
& vertueufès.
Après avoir luce Recueil fans partialité
( & jufqu'ici , nous n'imaginons
pas que l'on nous en foupçonne ) quelques
exemples choifis prefqu'au ha
zard juftifieront le jugement que nous
en portons , en renvoyant à l'Extrait
que le Mercure en donna en 1752 , pour
la partie de ce même Recueil qui parut
alors.
Cet ouvrage eft divifé en cinq livres.
Le premier renferme 19 Pieaumès , le
fecond 20 Cantiques , le troifiéme 7
Prophéties formant 18 Chapitres , le
quatriéme 16 Hymnes , & le cinquiéme
12 Difcours Philofophiques . Tout
cela eft terminé par l'examen qui fut
fait des premières éditions des Poëfies
facrées , & dont il a été rendu compte
en 1756.
Le Difcours Préliminaire est écrit
avec beaucoup de chaleur & d'agrément.
On y trouve des recherches , des
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vues profondes , des difcuffions fçavantes
, mais parées de toutes les grâces de
la Littérature. Et ce qui eft affez rare
aujourd'hui dans un Auteur , celui - ci
parle toujours modeftement de luimême
& avec beaucoup d'éloges de
tous ceux qui ont parcouru la même
carrière avec quelques fuccès.
Si dans un ouvrage confacré à la
piété & à la religion , il s'éléve quelquefois
contre les incrédules s'il les
combat avec force , c'eft toujours en
ménageant les perfonnes , qu'il ne nomme
pas , qu'il fe garde même de défigner.
On fent qu'il voudroit les convaincre
, mais jamais les outrager.
L'Auteur fe flatte dans ce Difours
qu'on l'approuvera du moins d'avoir
imaginé des Poëmes Philofophiques
d'un caractère nouveau : » c'eft , dit- il ,
» un éffai fufceptible de perfection ,
» une route des plus ouvertes à la Poëfie
; nous avons aujourd'hui des Poë-
» tes Philofophes leurs vers valent
» mieux que les miens , j'en fuis per-
» fuadé ; mais la Philofophie de Salo-
» mon vaut certainement mieux que la
» leur , & c'eft celle- là que j'ai miſe
» en Vers. »
Mais entrons en matière ; il y a neuf
OCTOBRE. 1763 . 79
Pleaumes nouvellement traduits dans
cette édition . Le dernier eft fingulier
par la beauté & la variété des images ,
par le mêlange de douceur & l'élévation
qui y regne.
Dieu n'eft point,dit l'impie, il n'eft point, & la terre
Adore un étre nul par la peur encenſe ;
La peur forgea fon maître au feul bruit d'un tonnerre
Qu'il n'a jamais lancé .
À ce cri de révolte , à ce cri de démence
Dieu jette fur la terre un regard de douleur :
Il la parcourt , il cherche un refte de Prudence ;
Il ne trouve qu'erreur.
Il ne trouvé qu'ingrats armés contre leur père ;
Mais dans ces noirs accès d'un fiécle malheureux ,
Ce n'eft point la Raiſon , c'eſt le coeur qui profére
Ces blafphèmes affreux.
Telle eſt du'vice impur la puiffance empéllée ,
Des moeurs , de la vertu Dieu venge ainfi l'affront .
La doctrine à ſon tour eſt bientôt infectée
Quand le coeur fe corrompt.
Mépriſons , dira - t -il , les pleurs des Miférables ,
Perfécutons la veuve , opprimons l'orphelin ,
Et dans les maux publics prodiguons fur nos tables
Les pafums & le vin .
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Le vice & la vertu font des noms arbitraires.
Le plaifir , l'intérêt , la force fait nos droits.
Laiffons aux malheureux , laiffons aux coeurs vul
gaires
Les autels & les loix.
Quand la mort l'a frappé , que refte - t - il de
l'homme ?
Notre esprit eft un fouffle , & le temps une fleur.
Que ce temps précieux dans les jeux fe confomme
Et mourons fans douleur.
Tu mourras en effet, mais non comme ru penfess
Ce fouffle prétendu furvit à ton trépas.
C'eſt une âme immortelle & leDieu des
Ne l'anéantit pas.
vengeances
Que de poëfie , de force , & de fublime
dans les Cantiques ! qu'on en juge
par le début & la fin du feiziéme . L'Auteur
ou plutôt le Prophéte Ezechiel
peint la magnificence & prédit la ruine
de Tyr.
O Tyr! ferois - tu fatisfaite ,
Toi qui difois à l'Univers :
Je ſuis d'une beauté parfaite ;
Mon trône eft bâti dans les mers?
Tes citoyens pour te conſtruire
Dans ta demeure ont fçu conduire
Les plus hauts cédres du Liban ,
OCTOBRE. 1763 . 81
Les fapins qu'Hernon nous préfente ,
Toutl'ivoire que l'Inde enfante ,
Et les vieux chênes de Bafun.
Après plufieurs Strophes confacrées à
décrire la richeffe & la magnificence
de cette Ville , l'Auteur continue ainfi.
Tyr! o trop fuperbe Reine,
Tes richeffes t'enfloient d'orgueil .
Des mers unique Souveraine
Tu ne redoutcis point l'écueil.
En vain l'orage te menace ,
Tes rameurs pleins de ton audace
Te ménent fur les grandes eaux,
Mais , ô confiance funefte !
Miniftres du courroux célefte
Les vents te brifent fur les flots.
Tes riches magafins , tes temples , tes portiques ,
Tes vaftes arénaux , tes palais magnifiques ,
Tes Prêtres , tes Soldats , les Docteurs de ta Lois
Tes tréfors , tes projets & tes grandeurs fi vaines
Et tes femmes hautaines
Dans les profondes mers tomberont avec toi.
En lifant cette dernière Strophe , ne
croit-on pas voir Tyr elle - même , s'écrouler
, fe perdre & s'abîmer dans les
flots ? & avec quel art l'Auteur nous
retrace en fix vers la ruine d'une ville.
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
qu'il n'a bâtie pour ainfi dire que lentement
& à l'aide de près de quatre-vingt
vers ? M. de Pompignan femble fe furpaffer
encore dans les Prophéties. On en
pourra juger par quelques morceaux
de celle d'Ezechiel qui nous offre un
Tableau fi fidéle & fi frappant de la
réfurrection des morts.
Dans une trifte & vaſte plaine
La main du Seigneur m'a conduit ,
De nombreux offemens la campagne étoit pleine s
L'effroi me précéde & me ſuit.
Je parcours lentement cette affreuſe carrière
Et contemple en filence épars fur la pouffière ,
Ces reftes défléchés d'un peuple entier détruit .
Crois-tu , dit le Seigneur , homme à quije confie
Des fecrets qu'à toi ſeul ma bouche a réſervés ,
Que de leurs cendres relevés
Ces Morts retournent à la vie ?
C'eſt vous feul , ô mon Dieu ! vous feul qui le
fçavez.
Il dit , & je répéte à peine
Les oracles de fon pouvoir ,
Que j'entends partout dans la plaine
Ces os avec bruit fe mouvoir.
Dans leurs liens ils fe replacent
OCTOBRE . 1763 . 83
Leurs nerfs croiffent & s'entrelacent ,
Le fang inonde ſes canaux ,
La chair renaît & fe colore :
L'âme feule' manquoit encore
A ces habitans des tombeaux .
Mais le Seigneur fe firentendre ,
Et je m'écriai plein d'ardeur :
Elprit , hâtez-vous de deſcendre ,
Venez , Esprit réparateur ;
Soufflez des quatre Vents du Monde ,
Soufflez votre chaleur féconde
Sur ces corps prêts d'ouvrir les yeux.
Soudain le prodige s'achève ,
Et ce Peuple de morts ſé léve
Étonné de revoir les Cieux .
Les hymnes de M. de Pompignan
font abfolument à lui ; il y a pris tous
les ftyles afin d'entrer dans l'efprit de
tous les mystères . L'hymne de S. Louis
eft furtout intéreffante pour nous : on
n'ous y retrace en très-beaux vers les
traits les plus glorieux de la vie de ce
faint Roi
François , voici le jour de gloire ,
Le jour où les chants les plus doux
De l'Ayeol des Bourbons célébrent la mémoires
Coeurs François , applaudiffez tous.
D vj
MERCURE DE FRANCE.
Couvrons de fleurs & de feuillages
La demeure paible où Louis tient ſa Cour.
Nos ayeux y portoient les tributs de l'Amour
Portons ý des voeux , des hommages
Qui montentjufqu'à lui dans le divin féjour.
O Vincennes ! Palais champêtre ,
Tes bois antiques , tes vergers ,
Raffembloient autour de leur Maître
Les Grands , le Peuple , & les Bergers .
Quel éclat fur fon front ! quelle majefté fainte !
Qu'il fçavoit inſpirer de reſpect & de crainte
Lorsqu'il étoit aflis dans le Temple des Loix!
Qu'il donnoit de leçons & d'exemples aux Rois
Quand le glaive de fa juftice
Frappoit le faux honneur , le blafphême, & le vice,
Et du Trône infulté vengeoit les juſtes droits.
O miracle , ô Vertu ! Louis eft dans les chaînes
Et fes Vainqueurs fon à fes pieds.
On ne peut s'empêcher de citer la
dernière Strophe . C'eft expreffion des
fentimens & des voeux de tous les bons
François.
Que Louis en ce jour dans la gloire immortelle
De fon Peuple chéri reconnoille la voix,
OCTOBRE. 1763. 84
Qu'il foit de les Enfans à jamais le modéle ;
Et que du haut des Cieux il régne avec nos Rois :
Nous voilà , enfin , parvenus aux difcours
Philofophiques ; ils compofent le
3. Livre où tout eft frappant , le ftyle ,
l'arrangement , les Sujets , la Morale.
Les anciens Philofophes , dit Minutius
Felix , ont puifé la vérité dans les
Prophéties qu'ils ont altérées .
Malheur à moi , ajoute M. de Pompi
guan. » Malheur à ces difcours , s'ils
» étoient dans le même cas ; mais j'ofe
» croire qu'ils font à l'abri de toute
imputation de cette nature . Je dois
feulement prévenir le Lecteur qu'ils
» n'ont pas été travaillés dans le même
» ordre , ni fur le même plan que les
» Pleaumes , les Cantiques & les Pro-
" phéties. Là , je traduis fidélement
» ou j'imite avec exactitude l'original ;
» ici j'accommode le Texte aux Sujets
» que j'ai choifis , fujets tirés néan-
» moins des mêmes livres qui m'ont
» fourni les matériaux de l'ouvrage.
Pour cela j'ai pris dans différens cha-
» pitres tous les verfets relatifs au même
» objet ; je les ai liés enfemble ; j'en
» ai développé le fens & les preuves ,
» je leur ai donné une jufte étendue ;
86 MERCURE DE FRANCE .
» & j'en ai compofé des difcours déta-
» chés & indépendans l'un de l'autre .
» C'est la forme que j'ai obfervée à l'é-
» gard des Proverbes , parce que les
» matières y femblent mêlées & con-
» fondues . Ce Livre eft un tréfor de
» penſées .
Les bornes que nous fommes obligés
de nous préfcrire dans cet Extrait nous
empêchent de rendre un compte détaillé
de chacun de ces difcours ; nous
n'en rapporterons que quelques Morceaux
qui mettront le Lecteur à portée
de juger des autres .
La Sageffe eft le bras , l'oeil & l'âme des Rois .
A fes enfeignemens s'ils conforment leurs loix ,
Si par eux la Juſtice eft toujours révérée ,
Ils font puiffans , chéris , leur mémoire eft facrée.
Un infenfé qui règne eſt un monſtre cruel ;
Un Sage fur le Trône eſt un préſent du Ciel.
Le fecond difcours eft terminé par ces
Vers.
L'homme a dans fes devoirs l'objet de tous fes
voeux ;
Plus il leur eſt fidéle & plus il eſt heureux :
La vertu fut toujours la volupté fuprême.
Interroge le vice , il re dira lui-même
OCTOBRE. 1763. 87
Qu'il connut le plaifir , mais jamais le bonheur :
Il n'en eft point , mon fils , pour qui vit fans
honneur.
La Peinture du riche , dans le troifiéme
difcours mérite auffi d'être rapportée .
Le riche eft le jouet de fa propre fortune ;
C'eſt un tyran cruel dont le joug l'importune.
Tourmenté de defirs , de befoin déchiré ,
De rivaux , de jaloux , d'ennemis entouré ,
Ses biens font au pillage , & fes jours à l'enchère :
Son bonheur eft plus trifte encor que la mifère.
Lui-même il fe déchire & devient tour-à -tour
De fon coeur inquiet , la proie & le vautour.
Plein de fes pathons il ne connoît , il n'aime ,
Que les goûts , fes plaiſirs , la fortune & luimême.
Pofféder , acquérir , c'eſt ſa vertu , ſon art ;
Il fait de les trésors fon Temple & fon rempart.
C'eſt un mur qui l'entoure , où malgré ſon au❤
dace
Le fouffle des revers l'aceable & le terraffe.
Dans le quatriéme difcours qui eft
l'éloge de la vie laborieufe & champêtre,
88 MERCURE DE FRANCE.
de l'Economie , & de la Femme-forl'Auteur
débute ainfi :
te •
Heureux qui de fes mains cultive les fillons ;
Où fon champêtre ayeul planta fes pavillons ,
Qui demande à la terre un tribut légitime ,
Pour nourrir les mortels l'épuife & la ranime ,
Et par l'utile effort d'un foin toujours nouveau
En devient l'Econome , & non pas le fardeau !
•
On ne fera peut -être pas faché de
voir auffi le Portrait de la femme-forte.
Que pour d'autres le marbre entaſſé juſqu'aux
Cieux ,
Apprenne à l'Univers leurs titres glorieux ;
L'Artifan fecouru , la pauvreté bannie ,
Ses ferviteurs heureux , & fa famille unie ,
Des fils dont elle-même a formé la Raiſon ,
C'eſt dans ces monumens qu'elle aime à voir fon
nom :
C'eſt là qu'il ſe conſerve & qu'honoré des Sages
Il triomphe à la fois de l'envie & des âges.
O! crainte du Seigneur , tu régles tous fes pas
Tu repands fes tréfors , tu défens ſes appas
Le monde rend hommage à fa conduite auftére ,
Tout corrompu qu'il eft , c'eft un Juge févére ,
Qui dételte & méprife en dépit des flatteurs,
Les biens fans la vertu , la beauté fans les moeurs
OCTOBRE. 1763 . 89
Le cinquiéme difcours
lomnie , commence ainfi .
Aimer tous les humains d'une charité
fur la Capure
C'eft la Loi du Seigneur , le voeu de la Nature ,
Quelle douceur dans les vers qui terminent
ce difcours !
N'eft- il pas même encor des deferts & des bois ;
Où de la Calomnie on n'entend pas la voix ?
Fuyons avec l'honneur , fuyons dans cet aſyle ;
Oublions loin du monde , en ce féjour tranquile
Tout perfide ennemi , tout indigne rival.
Sur-tout ne diſons point : je lui rendrai le mal.
S'il a faim , que nos mets largement le nour
riffent ;
S'il a foif, que nos eaux foudain le rafraîchiſſent.
Nos foins & nos bienfaits , nos dans fur lui
verfés ,
Sont des charbons de feu fur la tête amaflés.
O Mortel ! c'est ainsi que la vertu ſe venge.
Les coeurs font à Dieu feul , c'eſt lui ſeul qui les
change.
Des bons & des méchans lui feul peut ordonner.
C'eſt à Dieu de punir , à nous de pardonner.
A la page 418 , ligne 7 , il s'eft gliffé
une faute d'impreffion :
Et que feroit-ce encor fi des faits diffamansa
Lifez traits diffamans.
go MERCURE DE FRANCE.
Le difcours fur les devoirs des Rois
& des Sujets , eft plein de force , d'éloquence
& d'agrémens.
Le pouvoir paternel , l'autorité fuprême
Sont des droits émanés du Créateur lui - même.
Dieu für la même tête unit leur double loi ;
Qui fit le premier père , a fait le premier Roi.
Le premier qui du Sceptre exerca la puiſſance ,
N'avoit que fes enfans fous fon obéiffance .
Les enfans à leur tour , dans ce Chef révéré ,
Obéiffoient à Dieu qui l'avoit confacré .
Dans ces noeuds que forma la fageffe divine ,
Du vrai Gouvernement nous trouvons l'origine ;
Sur l'intérêt commun fes titres font fondés.
Vous que régit un Maître & vous qui comman
dez ,
Confervez à jamais de fi doux caractères ;
Rois , voilà vos enfans ; Sujets , voilà vos pères.
Que n'exigeons-nous pas , impérieux Sujets :
Des talens , des vertus , & même des ſuccès ?
Vous dont le coeur eft droit , l'âme tranquille &
faine ,
Parcourez les devoirs de cette vie humaine ,
Obfervez bien les Rois , & vous direz : hélas !
Trop heureux qui fçait l'être , heureux qui ne
l'eft pas .
OCTOBRE. 1763 .
Le feptiéme difcours renferme les deux
premiersChapitres de l'Eccléfiafte . L'Auteur
parcourt tous les âges, toutes les conditions
, & c. il en fait la peinture la plus
vraie , la plus agréable , & conclut avec
le Sage que tout n'eft que vanité.
Depuis que ces objets affiégent mes efprits
Que la vie à mes yeux a pèrdu de fon prix !
Elle m'eft importune , & fon fardeau m'accable.
Ne la furchargeons plus d'un travail milérable.
C'eſt le fort d'un Pécheur d'augmenter fes befoins
,
D'abandonner fon âme à d'inutiles foins ,
De pofféder fans goût , d'acquérir fans meſure.
Savourons fobrement les dons de la Nature ;
Ils viennent de Dieu même , ils font pour les humains
:
Enjouir fans abus c'eft remplir fes deffeins .
L'art de fe modérer naît de l'expérience.
Aux Mortels qu'il chérit Dieu donne la ſcience ,
La fageffe , la paix , & les loisirs heureux ;
Le reste eft fuperflus , s'il n'eſt pas dangereux .
Dans les cinq derniers difcours l'Auteur
fuit le plan de l'Eccléfiafte , &
garde l'ordre des Chapitres. Ils font
dignes des fept premiers. Les différens
morceaux que nous venons de rapporter
nous ont paru propres à faire con- .
92 MERCURE DE FRANCE.
noître le mérite des Poëfies facrées ; &,
l'on ne peut être foupçonné de vouloir
en impofer au Public , quand on met
fous fes yeux dequoi juftifier le jugement
qu'on porte de l'Ouvrage entier
d'un Citoyen qui a toujours fait autant
d'honneur aux Lettres par l'éclat & le
fuccès avec lequel il les a cultivées, que
par la manière diftinguée dont il a rempli
une des premières Places de la Magiftrature.
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