Oeuvre commentée (1)
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p. 121-126
LETTRE de M. *** à un ami au sujet du livre intitulé, Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France, pendant les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe. siécles, par M Brusselles, Conseiller du Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes. A Paris, Grande Salle du Palais, chez de Nully, à l'Ecu de France, 2 vol. in-4o., 18 liv. reliés.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, quel cas l'on fait à Paris du Livre de M. de [...]
Mots clefs :
Nicolas Brussel, Terres, Fiefs, Comptes, Extraits, Seigneurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. *** à un ami au sujet du livre intitulé, Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France, pendant les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe. siécles, par M Brusselles, Conseiller du Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes. A Paris, Grande Salle du Palais, chez de Nully, à l'Ecu de France, 2 vol. in-4o., 18 liv. reliés.
LETTRE de M. *** à un ami au sujet
du livre intitulé, Nouvel examen de
l'usage général des Fiefs en France, pendant
les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe.
siécles, par M Brusselles, Conseiller du
Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes.
A Paris, Grande Salle du Palais, chez
de Nully, à l'Ecu de France , 2 vol.
in-4o., 18 liv. reliés.
Vous me demandez, Monsieur, quel
cas l'on fait à Paris du Livre de M. de
Brusselles, que vous trouvez cité avec de
si grands éloges dans les observations de
M. le President Bouhier, sur la Coutu-
me de Bourgogne. Vous faut-il donc un
autre garant du mérite de ce livre, que
le suffrage de l'illustre Autheur qui vous
l'a fait connoître, & qui l'a pris pour
guide dans tout ce qu'il a écrit sur l'o-
rigine des Fiefs, & sur les principes de
cette importante matière; vous devez
aussi avoir, sans doute, apperçu en lisant
les dissertations qu'a faites M. le Président
Haynaut, dans son abrégé chronologi-
que de l'Histoire de France, que ce que
les disseriations ont de plus curieux & de
plus interessant, est apuyé sur l'autorité
du Livre de M. de Brusselles: enfin je puis
vous dire que tout ce qu'il y a de per-
sonnes à Paris qui cherchent à aprofondit
Digisines hiOO
122 MERCUREDE FRANCE.
le Droit François & l'Histoire de la Na-
tion, applaudissent à cet Ouvrage, qui
les conduit par une roure certaine & aisée
à la découverte des points les plus essen-
tiels qui font l'objet de leur étude; mais
la satisfaction que vous aurez en lisant ce
livre, vous convaincra encore mieux que
ne feroient les suffrages les plus éclatans,
vous verrez avec plaisir que M. de Brussel-
les a rempli le souhait que nous avons re-
nouvellé ensemble tant de fois, de trou-
vet des preuves lans nuages de ce que
dit Mezeray, que le Royaume de France a
été tenu pendani plus de trois dens ans durant
selon les loix des Fiefs, se gouvernant com-
me un grand Fief, plutoi que comme une
Monarchie. M. de Brusselles avoit été
frappé de cette proposition, & il s'étoit
attaché à la développer, & à l'établir.
Entraîné par un goût décidé pour l'étude
de l'Histoire, & ne se rebuttant jamais
des recherches & du travail, il avoit ac-
quis de grands éclaircissemens; mais ses
principaies preuves lui manquoient. Le
choix que firent de lui Messieurs de la
Chambre des Comptes, ses Confreres,
pour mettre en ordre le dépôt des Ter-
riers de la Couronne, & de tous les ti-
tres concernans le Domaine du Roi, de-
vint pour lui une occasion de perfection-
MARS. 1752.
123
ner ses progrès Il fit des Extraits des
Chartres & des Titres qui passoient par
ses mains, dans la vue de parvenir à far-
re un Dictionnaire des Terriers qui lui a
attiré de la part de sa Compagnie des
témoignages solides de leur satisfaction,
& ce sont ces mêmes Extraits qui l'ont
mis à portée, en nous apptenant les éve-
nemens les plus curieux & les plus inté-
ressans de notre Histoire, d'écarter toute
l'incertitude, & tous les doutes que l'é-
loignement des tems, & les contradic-
tions des Auteurs avoient jettés sur ces
matieres.
Son Ouvrage est distribué en trois li-
vres qui plaisent & qui instruisent éga-
sement.
Après avoir expliqué dans le premier
l'origine des Fiefs, leurs différentes na-
tures & qualités, & comment ils devin-
rent héreditaires, il s'attache dans le se-
cond à nous retracer le résultat bizarre &
singulier de ce partage monstrueux de
l'autorité souveraine entre le Roi & les
hauts Seigneurs du Royaume, pendant
les onze, douze & treizième siècles. Le
spectacle de cette confusion & de ce des-
ordre qui avoient fait éclipser la Monar-
chie, qui avoient rendu les peuples si
malheureux, est présenté avec tant de
Fij
124 MERCUREDE FRANCE.
methode & de netteté, que rien n'é-
chappe ni ne fatigue. Nous voyons quels
étoient les principaux Seigneurs, nous les
voyons se faire la guerre les uns aux au-
tres de leur autorite privée; nous voyons
que plusieurs d'entr'eux, & même des
Evêques jouissoient du droit de battre
monnoye, qu'ils donnoient grace aux cri-
minels, qu il y en avoit qui jugeoient
souverainement toutes les causes civiles
qu'ils recommandoient aux Evêchés de
leurs terres, qu'ils s'emparoient des meu-
bles des Evêques décédés, qu'ils avoient
des Baillifs & Senéchaux, qu'ils contes-
toient au Roi le droit d'établir des cou-
tumes & des loix dans leurs Seigneuries;
que le vassal à qui le Roi différoit trop
long tems de rendte justice en sa Cour
pouvoit lui déclarer la guerre, que le vas-
sal qui remettoit au Roi le Fier qu'il te-
noit de lui, s'estimoit quitte de tous
devoirs à son égard.
L'Auteur dans ce même livre entre dans
un grand détail des revenus du Roi & de
ceux des Seigneurs pendant ces trois sié-
eles: comme le produit des Juifs faisoit
le principal objet de ces revenus, il
prend occasion de nous dépeindre la dure
condition de ces malheureux, tour à tour
victimes de la superstition & de la cupi-
MARS.
1752.
125
dité, que l'on expulsoit fréquemment,
pour ne point leur rendre l'argent qu'ils
avoient prété, & que l'on rappelloit
après, pour se procurer de nouvelles
ressources.
Le troisiême livre offre encore plus
d'instruction pour l'Histoire & la Juris-
prudence. L'Auteur examine ce que c'é-
toient que les Vicomtés, les Chatelle-
nies, Vigueries, Voyries, Vidamies
Avoueries; il parle des terres données
aux Abbayes & aux Monasteres, des Ca-
zemens des hommes cazés, des terres tant
nobles que non nobles, possédées par les
Clercs mariés, des afsuremens tant des
Maisons fortes, que des Seigneuries &
des personnes des terres nobles, tenues en
partage, des terres tenues par Baronies,
des Bourgeoisies, des Aubains, des Bâ-
tards, de la preuve par bataille ou duel,
du parcour & entrecour. Toutes ces ma-
tieres sont épuisées & traitées à fond. Les
autres Auteurs navoient fait que les ef-
fleurer; presque toujours réduits à des
conjectures, ils confondent les tems & les
lieux, ils donnent comme un usage géné-
ral, ce qui étoit particulier à quelques
Seigneurs & à quelques lieux; & de là la
difficulté de les concilier les uns avec les
autres; mais M. de Brusselles éclaircit
F 11)
00
126 MERCURE DE FRANCE.
tout, distingue tout; il navance rien
que sur la foi des Ordonnances, des Char-
tres, des traites, des comptes qu'il rappor-
te dans toute leur étendue; il nous ouvre
le dépôt de la Chambre des Comptes; il
nous met à la main ce qu'il renferme de
plus précieux: son présent merite d'au-
tant plus notre reconnoissance, que les
piéces qu'il a transcrites, ayant pourla plu-
part été incendiées, depuis qu'il en avoit
tiré des copies & des extraits, ces coptes
& ces Extraits rapportés dans son livre,
tiennent lieu d'originaux, & rendent ce
livre un monument, qui à tous égards
est bien digne d'être transmis à la postéri-
té. Je compte vous l'adresser incessament:
la beauté & l'exactitude de l'impression
augmentent le plaisir de cette lecture.
du livre intitulé, Nouvel examen de
l'usage général des Fiefs en France, pendant
les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe.
siécles, par M Brusselles, Conseiller du
Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes.
A Paris, Grande Salle du Palais, chez
de Nully, à l'Ecu de France , 2 vol.
in-4o., 18 liv. reliés.
Vous me demandez, Monsieur, quel
cas l'on fait à Paris du Livre de M. de
Brusselles, que vous trouvez cité avec de
si grands éloges dans les observations de
M. le President Bouhier, sur la Coutu-
me de Bourgogne. Vous faut-il donc un
autre garant du mérite de ce livre, que
le suffrage de l'illustre Autheur qui vous
l'a fait connoître, & qui l'a pris pour
guide dans tout ce qu'il a écrit sur l'o-
rigine des Fiefs, & sur les principes de
cette importante matière; vous devez
aussi avoir, sans doute, apperçu en lisant
les dissertations qu'a faites M. le Président
Haynaut, dans son abrégé chronologi-
que de l'Histoire de France, que ce que
les disseriations ont de plus curieux & de
plus interessant, est apuyé sur l'autorité
du Livre de M. de Brusselles: enfin je puis
vous dire que tout ce qu'il y a de per-
sonnes à Paris qui cherchent à aprofondit
Digisines hiOO
122 MERCUREDE FRANCE.
le Droit François & l'Histoire de la Na-
tion, applaudissent à cet Ouvrage, qui
les conduit par une roure certaine & aisée
à la découverte des points les plus essen-
tiels qui font l'objet de leur étude; mais
la satisfaction que vous aurez en lisant ce
livre, vous convaincra encore mieux que
ne feroient les suffrages les plus éclatans,
vous verrez avec plaisir que M. de Brussel-
les a rempli le souhait que nous avons re-
nouvellé ensemble tant de fois, de trou-
vet des preuves lans nuages de ce que
dit Mezeray, que le Royaume de France a
été tenu pendani plus de trois dens ans durant
selon les loix des Fiefs, se gouvernant com-
me un grand Fief, plutoi que comme une
Monarchie. M. de Brusselles avoit été
frappé de cette proposition, & il s'étoit
attaché à la développer, & à l'établir.
Entraîné par un goût décidé pour l'étude
de l'Histoire, & ne se rebuttant jamais
des recherches & du travail, il avoit ac-
quis de grands éclaircissemens; mais ses
principaies preuves lui manquoient. Le
choix que firent de lui Messieurs de la
Chambre des Comptes, ses Confreres,
pour mettre en ordre le dépôt des Ter-
riers de la Couronne, & de tous les ti-
tres concernans le Domaine du Roi, de-
vint pour lui une occasion de perfection-
MARS. 1752.
123
ner ses progrès Il fit des Extraits des
Chartres & des Titres qui passoient par
ses mains, dans la vue de parvenir à far-
re un Dictionnaire des Terriers qui lui a
attiré de la part de sa Compagnie des
témoignages solides de leur satisfaction,
& ce sont ces mêmes Extraits qui l'ont
mis à portée, en nous apptenant les éve-
nemens les plus curieux & les plus inté-
ressans de notre Histoire, d'écarter toute
l'incertitude, & tous les doutes que l'é-
loignement des tems, & les contradic-
tions des Auteurs avoient jettés sur ces
matieres.
Son Ouvrage est distribué en trois li-
vres qui plaisent & qui instruisent éga-
sement.
Après avoir expliqué dans le premier
l'origine des Fiefs, leurs différentes na-
tures & qualités, & comment ils devin-
rent héreditaires, il s'attache dans le se-
cond à nous retracer le résultat bizarre &
singulier de ce partage monstrueux de
l'autorité souveraine entre le Roi & les
hauts Seigneurs du Royaume, pendant
les onze, douze & treizième siècles. Le
spectacle de cette confusion & de ce des-
ordre qui avoient fait éclipser la Monar-
chie, qui avoient rendu les peuples si
malheureux, est présenté avec tant de
Fij
124 MERCUREDE FRANCE.
methode & de netteté, que rien n'é-
chappe ni ne fatigue. Nous voyons quels
étoient les principaux Seigneurs, nous les
voyons se faire la guerre les uns aux au-
tres de leur autorite privée; nous voyons
que plusieurs d'entr'eux, & même des
Evêques jouissoient du droit de battre
monnoye, qu'ils donnoient grace aux cri-
minels, qu il y en avoit qui jugeoient
souverainement toutes les causes civiles
qu'ils recommandoient aux Evêchés de
leurs terres, qu'ils s'emparoient des meu-
bles des Evêques décédés, qu'ils avoient
des Baillifs & Senéchaux, qu'ils contes-
toient au Roi le droit d'établir des cou-
tumes & des loix dans leurs Seigneuries;
que le vassal à qui le Roi différoit trop
long tems de rendte justice en sa Cour
pouvoit lui déclarer la guerre, que le vas-
sal qui remettoit au Roi le Fier qu'il te-
noit de lui, s'estimoit quitte de tous
devoirs à son égard.
L'Auteur dans ce même livre entre dans
un grand détail des revenus du Roi & de
ceux des Seigneurs pendant ces trois sié-
eles: comme le produit des Juifs faisoit
le principal objet de ces revenus, il
prend occasion de nous dépeindre la dure
condition de ces malheureux, tour à tour
victimes de la superstition & de la cupi-
MARS.
1752.
125
dité, que l'on expulsoit fréquemment,
pour ne point leur rendre l'argent qu'ils
avoient prété, & que l'on rappelloit
après, pour se procurer de nouvelles
ressources.
Le troisiême livre offre encore plus
d'instruction pour l'Histoire & la Juris-
prudence. L'Auteur examine ce que c'é-
toient que les Vicomtés, les Chatelle-
nies, Vigueries, Voyries, Vidamies
Avoueries; il parle des terres données
aux Abbayes & aux Monasteres, des Ca-
zemens des hommes cazés, des terres tant
nobles que non nobles, possédées par les
Clercs mariés, des afsuremens tant des
Maisons fortes, que des Seigneuries &
des personnes des terres nobles, tenues en
partage, des terres tenues par Baronies,
des Bourgeoisies, des Aubains, des Bâ-
tards, de la preuve par bataille ou duel,
du parcour & entrecour. Toutes ces ma-
tieres sont épuisées & traitées à fond. Les
autres Auteurs navoient fait que les ef-
fleurer; presque toujours réduits à des
conjectures, ils confondent les tems & les
lieux, ils donnent comme un usage géné-
ral, ce qui étoit particulier à quelques
Seigneurs & à quelques lieux; & de là la
difficulté de les concilier les uns avec les
autres; mais M. de Brusselles éclaircit
F 11)
00
126 MERCURE DE FRANCE.
tout, distingue tout; il navance rien
que sur la foi des Ordonnances, des Char-
tres, des traites, des comptes qu'il rappor-
te dans toute leur étendue; il nous ouvre
le dépôt de la Chambre des Comptes; il
nous met à la main ce qu'il renferme de
plus précieux: son présent merite d'au-
tant plus notre reconnoissance, que les
piéces qu'il a transcrites, ayant pourla plu-
part été incendiées, depuis qu'il en avoit
tiré des copies & des extraits, ces coptes
& ces Extraits rapportés dans son livre,
tiennent lieu d'originaux, & rendent ce
livre un monument, qui à tous égards
est bien digne d'être transmis à la postéri-
té. Je compte vous l'adresser incessament:
la beauté & l'exactitude de l'impression
augmentent le plaisir de cette lecture.
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LETTRE de M. *** à un ami au sujet du livre intitulé, Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France, pendant les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe. siécles, par M Brusselles, Conseiller du Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes. A Paris, Grande Salle du Palais, chez de Nully, à l'Ecu de France, 2 vol. in-4o., 18 liv. reliés.