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1
p. 135-138
« Enfin, Madame, il est temps de vous rendre compte de [...] »
Début :
Enfin, Madame, il est temps de vous rendre compte de [...]
Mots clefs :
Gazettes, Extraits, Apprendre
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texteReconnaissance textuelle : « Enfin, Madame, il est temps de vous rendre compte de [...] »
Enfin د Madame , il eſt
temps de vous rendre compte de la grande Journée de Caffel. Mondeſſein n'eſt pas de
vous rien dire de ce que vous
avez appris par les Gazettes ,
&parles Extraornaires, àl'é- gard de la Bataille , ie n'entre- prenspointd'en faire un corps,
&ie ſçay que i'en dois laiſſer &le foin & la gloire à l'illu -
ſtre Monfieur de G ** Ie
croy n'en devoir rien dire a -
vant qu'il en ait parlé , &l'or- dre dans lequel ie pourrois mettre tant de grandes choſes apres luy , n'aprocheroit nyde la noble maniere dont il les
exprime , ny du tour aiſé qu'il leurdonne en les liant enfemble. Je me contenteray donc
de vous mander par morceaux
E ij
100 LE MERCURE
détachez un nombre infiny de circonstances qu'il n'a fans doute pû faire entrer dans fes Relations, parce qu'au lieu des cahiers qu'il donne , il auroit êté obligé de prendre le temps defaire des Volumes , ce que
l'impatience du public ne luy permet pas. Je vous envoye
donc , Madame , non pas une Relation, mais des Extraits qui
pourroient compoſer une Hi- ſtoire des plus fidelles & des plusamples , s'ils eſtoient dans Tordre qu'il faudroit leur donner pour en faire un corps.
Vous apprendrez par leur le- ture de quelle maniere cha- cun a parlé de cette fameufe bataille , &vous verrez qu'el- les publient toutes également lagloire de Son Alteſſe Roya-
GALANT. 1ΟΙ
le; mais c'eſt trop faire lan guir voſtre curiofité , ie com
mence
temps de vous rendre compte de la grande Journée de Caffel. Mondeſſein n'eſt pas de
vous rien dire de ce que vous
avez appris par les Gazettes ,
&parles Extraornaires, àl'é- gard de la Bataille , ie n'entre- prenspointd'en faire un corps,
&ie ſçay que i'en dois laiſſer &le foin & la gloire à l'illu -
ſtre Monfieur de G ** Ie
croy n'en devoir rien dire a -
vant qu'il en ait parlé , &l'or- dre dans lequel ie pourrois mettre tant de grandes choſes apres luy , n'aprocheroit nyde la noble maniere dont il les
exprime , ny du tour aiſé qu'il leurdonne en les liant enfemble. Je me contenteray donc
de vous mander par morceaux
E ij
100 LE MERCURE
détachez un nombre infiny de circonstances qu'il n'a fans doute pû faire entrer dans fes Relations, parce qu'au lieu des cahiers qu'il donne , il auroit êté obligé de prendre le temps defaire des Volumes , ce que
l'impatience du public ne luy permet pas. Je vous envoye
donc , Madame , non pas une Relation, mais des Extraits qui
pourroient compoſer une Hi- ſtoire des plus fidelles & des plusamples , s'ils eſtoient dans Tordre qu'il faudroit leur donner pour en faire un corps.
Vous apprendrez par leur le- ture de quelle maniere cha- cun a parlé de cette fameufe bataille , &vous verrez qu'el- les publient toutes également lagloire de Son Alteſſe Roya-
GALANT. 1ΟΙ
le; mais c'eſt trop faire lan guir voſtre curiofité , ie com
mence
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Résumé : « Enfin, Madame, il est temps de vous rendre compte de [...] »
La lettre relate la bataille de Caffel et précise que l'auteur ne détaillera pas les événements déjà connus par les gazettes et les extraordinaires, laissant la gloire de la narration à Monsieur de G. L'auteur explique qu'il ne peut pas tout raconter en détail, car cela nécessiterait des volumes entiers, ce que l'impatience du public ne permet pas. Il choisit donc de fournir des extraits qui pourraient composer une histoire fidèle et ample s'ils étaient ordonnés. Ces extraits montrent comment différents auteurs ont parlé de la bataille, tous attribuant la gloire à Son Altesse Royale. L'auteur commence ensuite à partager ces extraits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 138-167
Extrait d'une Relation de la fameuse Bataille de Cassel.
Début :
Monsieur le Prince d'Orange ayant entrepris le Secours de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Ruisseau, Bataille de Cassel, Armée, Luxembourg, Charge, Extraits, Prince d'Orange, Saint Omer, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Relation de la fameuse Bataille de Cassel.
Extrait d'une Relation de lafa- meuse Bataille decaffel. !!!
Monfieur le Prince d'Orange ayant entrepris le ſe- cours de S. Omer , & ayant paffé avec ſon Armée le Canal de Bruges , il s'avança vers
Ypres. Sur la premiere nouvelle de ſa marche , Monfieur
de Louvois fut à Lile ; & ce
Miniſtre dont la prevoyance
ne peut eſtre aſſez admirée ,
donna ſes ordres pour faire marcher vers l'Armée deMonſieur , la petite Gendarmerie de la maiſon du Roy avec la
Cavalerie Legere, qui apres le
E iij
102 LE MERCURE
Siege de Valenciennes avoit eſté envoyée en Quartier de * rafraichiſſement dans la Flandre VValonne. LeRoy envoya
auſſi à Monfieur un Détachement commandé par Monfieur de la Cardonniere,compoſe de
huit Bataillons, deux du Regiment de la Reyne , deux de Bourgogne,deuxde Lyonnois,
&deux de Languedoc.
:
Le Prince d'Orangemarcha
à Poperingue d'une maniere qui fit douter s'il prendroit le
chemin de Bergues pour l'af- fieger , ou celuy de S. Omer pour le ſecourir.
Le Roy ayant appris que l'Armée ennemie continuoit
ſa marche, & qu'elle eſtoit plus nombreuſe qu'il n'avoit crû ,
fit partir Monfieur de Luxem-
GALANT. 103
bourg avec quelque Cavale -
rie Legere , les deux Compa- gnies de ſes mouſquetaires ,
deux Bataillons des Gardes
Françoiſes , trois du Regiment Suifle de Stoup,deuxdu Regiment Royal,& un du Maine,
Pendant que le Roy don- noit ſes ordres pour mettre l'Armée de Monfieur en bon
eſtat , fon Alteſſe Royale ſon- geoit à ſe bien ſervir des ſe- cours que Sa Majeſté luy don- noit , & envoyoit des Partis pour eſtre informé de la mar- che & du deſſein du Prince
d'Orange. Le Vendredy les ennemis ſe porterent devant un ruiſſeau
où il eſtoit difficile de les attaquer , parce que la rive qu'ils occupoiét étoit beaucoup plus
E iiij
104 LE MERCURE haute que celle qui estoit du coſté deMonfieur.
La bataille eſtant reſoluë ,
chacun fut àſon poſte , Mon- ſieur le Mareſchal d'Humieres
à la droite, & Monfieur le Duc
de Luxembourg à la gauche.
Ils laifferent Monfieur au
Corps de Bataille. Monfieur le Mareſchal d'humieres vit
que l'Aifle gauche des enne- mis s'avançoit , & qu'ils a- voient déja fait paſſer le ruif- ſeau à trois mille hommes de
pied; il les chargea &les dé- fit , puis paſſant à la teſte du ruiſſeau avec la Gendarmerie
qui compofoit l'Aifle droite qu'il commandoit , il prit l'Aî- le gauche des ennemis en flanc,&apres une aſſez vigou- reuſe reſiſtance : il la défit ab-
GALANT. 105
-
د
folument. Cependant Mon- ſieur s'avançoit avec ſon corps
deBataille. Celuy des enne- mis eſtoit ſur le ruiſſeau , par- tie d'un coſté , partie de l'au- tre , les détours du ruiſſeau en
ces endroits ne permettant
pas de faire une ligne droite- La reſiſtance des ennemis fut
tres- longue & tres vigouren- ſe , Monfieur chargea plu- ſieurs fois à la teſte des eſcadrons & des Bataillons ; &
comme il eſtoit toûjours au plus fort de la meſlée , il eut un cheval bleſſe ſous luy,& un coup de mouſquet dans ſes ar- mes. Pluſieurs perſonnes fu- rent tuées ou bleſſées auprés de luy. Monfieurle Chevalier de Lorraine fut legerement bleſſé au viſage, &Monfieurle
EV
106 LE MERCURE
2
Chevalier de Nantoüillet à la
jambe.
Toutes les Troupes firent
des miracles , animées par la prefencedeMonfieur: les Mouf.
quetaires du Royſe ſurpaſſe -
rent eux mêmes , &perdirent
Monfieur deMoiſſac , qui s'e.
ſtoit fi heureuſement diftingué à Valenciennes Les Regimens 'd'Humieres & du Maine allerent pluſieurs fois à la charge.
Les ennemis plierent enfin ;
&pendant qu'onles attaquoit avec tant de vigueur à la droi- te & au Corps de Bataille ,
Monfieur de Luxembourg vouloit paffer le ruiſſeau pour prendre en flanc leur gauche ;
mais il trouva deux Bataillons
retranchez dans l'Eglise de Peéne د & ne put ſe rendre
GALANT. 107
a
maiſtre de l'Egliſe &du paſſa- ge du ruiſſeau , qu'apres avoir fait venir du Canon. Dans
le temps qu'il voulut charger pourpaller de ſon coſte, MonYON
ennemis qui fuyoient, aban71 ſieur luy manda la défaite des
donnant leur Canon & leur
Bagage. Monfieur de Luxem- bourg qui voyoit les mouve- mens que les ennemis fai -
foient , manda à ſon Alteſſe
Royale , qu'il deferoit entie- rement le reſte des fuyards.
Il paſſa la riviere pour aller apres eux , &les pouſſa quel- que temps en taillant en pie- ces tout ce qui ſe ſauvoit , &
manda en ſuite à Monfieur ,
qui le faiſoit ſoûtenir de prés,
qu'il alloit continuer à les pourſuivre, &que leurdéfaite
108 LE MERCURE
eſtoit ſi enriere, qu'il n'y avoit pas dix des ennemis enſemble.
Il fit paſſer ceux qu'il cõduiſoit au travers du bagage de l'Ar- mée ennemie , qui avoit eſté
abandonné, &les empeſcha de
s'amuſer au pillage Quand on ſe fait obeïr en pareille rencontre, il faut qu'on ait bien du
pouvoir ſur les Troupes.
S'il m'eſt permis de faire des
reflexions fur cet Extrait, iediray que le Roy a le premier eſté cauſe du gain dela bataille, par les détachemens qu'il a
faits fi à propos, & que ſa pré- voyance en toutes choſes n'eſt pas moins à admirer , que le courage & l'intrepidité de Monfieur qui s'eſt toûjours trouvé dans les endroits les
plus perilleux.
xtrait d'une autre Relation.
L'armée eſtant rangée en bataille, l'Aifle droite où eſtoit
M. le Maréchal d'Humieres ,
commença à marcher aux ennemis,& pafla un ruiſſeau qui eftoit entre eux & nous. Les
Mouſquetaires commencerent
la charge, &mirent pied àterre pour charger deux batail- lons qui estoient dans des
hayes ; ils les en chafferent vigoureuſement,&les taillerent
en pieces. Il y eut quelque de- filé à paſſer pour s'aller mettre
enbataille dansun Païs unpeu
plus découvert où il y avoit
beaucoup de foffez; ce fut là où on trouva pluſieurs bataillons,&dix ou douze efcadrons
IJO LE MERCURE
:
des ennemis qui estoient en bataille. La Gendarmerie , les
brigades de Revel & de Mau- revert , formerent deux lignes.
Pendant ce temps Monfieur
ayant appris que Monfieur le Mareſchal d'Humieres avoit
chargé avec la droite, marcha à
lateſte du Corps de bataille, &
trouva l'Infanterie des ennemis poſtée dans des hayes fort avantageuſes : nonobſtant cela
il les fit charger & plier ; mais ils revinrent à la charge plu- ſieurs fois , ſouſtenus de leur
Cavalerie : Cefut là où Monfieur alla luy- même à la char- gedeuxou trois fois, encourageant par ſon exemple les fol- dats. Les ennemis y perdirent beaucoup de monde,la confu- ſion s'eſtant miſe parmy eux.
GALANT. III
}
2
Monfieur le Maréchal d'Humieres chargea à la teſte des Ecoſſois pluſieurs Efcadrons
desGardes du Prince d'Orange;mais étans ſoûtenus deleur
Infanterie , il fallut attendre
qu'une partie de la nôtre euſt paſſé de ce coſté- là,pour chaf- ſer la leur qui étoit retranchée
dans lesbuiffons. Unbataillon
de la Reyne eſtant arrivé avec Navarre , on chargea les bataillons qui estoient dans ces
hayes. Ils firent grands feu &
tinrent ferme quelque temps ,
mais ils plierent ayant veu la reſolution des nôtres. La Gendarmerie chargeaauſſi-tôt plu- ſieurs Efcadrons quiles receu- rent affez bien;mais ayanteſté
pris en flanc par les Cuirafſiers de Tilladet , ils laſcherent
312 LE MERCURE
pied &ſe retirerent derriere un petit ruiffeau. Ce fut pour lors quetoute leur armée commençant à filer & à fuir , tout fut mis en déroute.
Monfieur de Luxembourg n'euſt pas ſeulement les enne- mis àcombattre,mais il fut encor obligéà ſe tenir ſur ſes gar- des,de peur qu'ils ne ſe coulaf- ſent dans la mêlée pour aller à
SaintOmer.
Onaſceudepuisla bataille,
que le Prince d'Orange dans ſa fuite entra dans la maiſon
d'un païſan, à deux lieuës d'Y- pres , pour prendre un verre d'eau qu'il ne pût boire qu'en s'interrompant parſes ſanglots &par fes larmes. Il demanda s'il ne luy eſtoit point demeuré de carroffe,& s'en eſtant trou-
E GALANT. 113
1
10
vé un de reſte des trois qu'il avoit amenez,il ſe jettadedans comme un hommedeſeſperé.
Tous ſes gardes à pied &à
cheval ont fait des merveilles,
auſſi ont- ils eſté tous pris ou tuez : Ses Gardes du Corps fu rent pris dans la pourſuite.
Monfieurde Luxembourg,par la raiſon que ie vous aydite ,
eut beaucoup plus de part à la fin de l'action qu'au commen- cement : mais on peut dire qu'ayant empêchéles ennemis de ſecourir S.Omer ( ce qu'ils 1 avoient deſſeinde faire par ſon
coſté ) ſa grande vigilance ne luy a pas acquis moins degloi- re pendant le combat, quefon ardeur à pourſuivre les enne- mis apres le gain de la victoire.
114 LE MERCURE
Extrait d'une autre Relation.
Les choſes eſtant ainſi difpoſées , toute l'armée chargea en même temps. Nous trou- vâmes une grande reſiſtance d'abord , & nous fuſmes repouſſez où Son Alteſſe Roya- le eſtoit. Ayant trouvé un grand Corps d'Infanterie po- ſté dans des hayes d'uneépaif- ſeur extraordinaire , on peut
dire que Monfieur remit l'af- faire abſolument , car il ramena luy - meſme les bataillons à la charge , r'allia la Cavalerie , & fit charger fi vigoureu- ſement , qu'il pouſſa tout ce qu'il trouva devant luy.
7
GALANT. 115
Extrait d'une autre Relation.
Le premier choc fut tres- rude, les ennemis firent de furieuſes décharges par le front &le flanc , à la faveur des
hayes dont ils eſtoient couverts.Outre l'avantage du cer- tain qu'ils avoient , ils eſtoient plus forts que nous & nous
pouſſerent d'abord. Monfieur rallia luy- même, &envoya ſes ordres par les principaux Of- ficiers de ſa maiſon. Monfieur
le Chevalier de Nantoüillet
fit avancer quatre bataillons Suiſſes qui estoient à la fecon-
- de ligne : ceux de la premie- re ſe voyans ſouſtenus , prirent courage , & commence- rent à repouffer les ennemis ,
116 LE MERCURE
lors qu'unde ces quatre bataillons fut rompu. Monfieur fit auffi- toft mettre en Eſcadrons
ſes Gardes , & quelques- uns deſes domeſtiques qui estoient
accourus l'épée à la main ; &
les animant par ſonexemple,
leurinſpiratantde force&tant decourage,que toutesles trou- pes qui estoient aupresde luy ayant effuyé , à la portée du piſtolet, la décharge des enne- mis , allerent à eux l'épée à la main, &les rompirent. Monfieur le Chevalierde Lorraine
qui eſtoit avec M. de Luxem
bourg, s'appercevant queMon- ſieur faifoit avancer des troupes de la ſeconde ligne, retour- na aupresde SonAlteſſe Roya+
le, où remenant les noſtres à la
charge , il yeut le bord de ſon
GALANT.. 117
&
He
1
chapeau percé d'un coup de mouſquet qui luy fit une con- tuſion ducoſté de l'œil droit
aupres de la temple. Ce fut dans cette même occaſion que
Monfieur receut un coup de mouſquet dans ſa cuiraffe,que le Sieur Vaucher l'un de fes
valetsdechambre, eutuncoup dans lacuiſſe, en attachant une
caſaque ſur les armes de ce
Prince; ce fut là que M.le Che- valier de Nantoüillet receut
un coup de mouſquetdans la genoüillere qui touchoit celle deMonfieur , &que M. Tillet cadet aux Gardes eut ſon cheval bleſſé de deux coups derriere S. A. R. A noſtre droite ,
les mouſquetaires ayans mis pied à terre par l'ordre de M. delaCardonniere,avoient déja
118 LE MERCURE
?
mis en déroute un tres- gros bataillon qu'ils avoient forcé dansdes hayes, l'épée àla main,
apres en avoir eſſuyé la dé- charge , & les avoir pouffez dans une plaine tous botez qu'ils estoient. Cefut dans ce
même tempsque les gens d'armes Ecoſlois rencontrerent les
cuiraffiers ennemis,&lestaille.
rent en pieces. LesMouſquetaires eſtans en ſuite remontez
àcheval, revinrent dans la même plaine , où ils eſſayerent le feu de deux autres BatailJons qui estoient plus éloignez dans des hayes. Monfieur d'Humieres qui avoit com- mencé la bataille , commença auſſi la deroute des ennemis , les ayans chargez parle flanc àla tête des Eſcadrons
GALANT. 119
H
1
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11
ef
de gendarmerie , des Cuiraf- ifiers , &mêmede l'Infanterie.
Ala gauche Monfieur de Lu- xembourg ayant paſſé auſſi fie- rement qu'heureuſement à la tête des Dragons Dauphins
&de Liſtenay , ſouſtenus de quelques bataillons , prit auſſi avec les Eſcadrons de Sourdis
la droite des ennemis par le
flanc. Cefut de ce coſté que leChevalierde Silly , l'un des Chambellans&Ayde deCamp deMonfieur , fut tué , & que
Monfieur le Marquis d'Effiat qui faiſoit travailler à un Pont,
eut la bridede ſon cheval coupée d'un coup de mouſquet.
Noftre canon fut tres -bien
ſervy parMonfieur leMarquis de la Freſeliere,qui fit changer des plafonds à propos, &avec
120 LE MERCURE
! une promptitude incroyable.
Nous avionsdeux cens hommes en garniſon au chaſteau
de Caffel , que les ennemis
n'avoient pas voulu attaquer,
eſperant les prendre àdifcre- tion, apres avoir gagné la ba- taille; mais les deux cens foldats les batirent , conduits par M. dela Motte Maréchal de
Camp, qui les prit en paſſant ,
apres s'eſtre ſignalé danslaba- taille.
Tous les Officiers de la maifonde Monfieur ont extremement ſignalé le zele qu'ils a- voient pour la gloire de leur
Maiſtre. Monfieur leMarquis d'Effiat r'allia plufieurs fois les troupes , & les remena à la charge.MonfieurdeNantoüil- let fit donner luy - même les Suiffes.
GALANT.. 121
Suiſſes. Monfieur du Purnon
executa tous les ordresqu'il receut, nonobitant le feu des ennemis. Monfieurle Marquis de
Pluyaux qui alloit & venoit,
paſſa à la teſte des Gardes au moment qu'elles chargeoient,
&chargea luy- meſme avec el- les l'épée à la m
Monfieur le Prince d'Orange ayant entrepris le ſe- cours de S. Omer , & ayant paffé avec ſon Armée le Canal de Bruges , il s'avança vers
Ypres. Sur la premiere nouvelle de ſa marche , Monfieur
de Louvois fut à Lile ; & ce
Miniſtre dont la prevoyance
ne peut eſtre aſſez admirée ,
donna ſes ordres pour faire marcher vers l'Armée deMonſieur , la petite Gendarmerie de la maiſon du Roy avec la
Cavalerie Legere, qui apres le
E iij
102 LE MERCURE
Siege de Valenciennes avoit eſté envoyée en Quartier de * rafraichiſſement dans la Flandre VValonne. LeRoy envoya
auſſi à Monfieur un Détachement commandé par Monfieur de la Cardonniere,compoſe de
huit Bataillons, deux du Regiment de la Reyne , deux de Bourgogne,deuxde Lyonnois,
&deux de Languedoc.
:
Le Prince d'Orangemarcha
à Poperingue d'une maniere qui fit douter s'il prendroit le
chemin de Bergues pour l'af- fieger , ou celuy de S. Omer pour le ſecourir.
Le Roy ayant appris que l'Armée ennemie continuoit
ſa marche, & qu'elle eſtoit plus nombreuſe qu'il n'avoit crû ,
fit partir Monfieur de Luxem-
GALANT. 103
bourg avec quelque Cavale -
rie Legere , les deux Compa- gnies de ſes mouſquetaires ,
deux Bataillons des Gardes
Françoiſes , trois du Regiment Suifle de Stoup,deuxdu Regiment Royal,& un du Maine,
Pendant que le Roy don- noit ſes ordres pour mettre l'Armée de Monfieur en bon
eſtat , fon Alteſſe Royale ſon- geoit à ſe bien ſervir des ſe- cours que Sa Majeſté luy don- noit , & envoyoit des Partis pour eſtre informé de la mar- che & du deſſein du Prince
d'Orange. Le Vendredy les ennemis ſe porterent devant un ruiſſeau
où il eſtoit difficile de les attaquer , parce que la rive qu'ils occupoiét étoit beaucoup plus
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104 LE MERCURE haute que celle qui estoit du coſté deMonfieur.
La bataille eſtant reſoluë ,
chacun fut àſon poſte , Mon- ſieur le Mareſchal d'Humieres
à la droite, & Monfieur le Duc
de Luxembourg à la gauche.
Ils laifferent Monfieur au
Corps de Bataille. Monfieur le Mareſchal d'humieres vit
que l'Aifle gauche des enne- mis s'avançoit , & qu'ils a- voient déja fait paſſer le ruif- ſeau à trois mille hommes de
pied; il les chargea &les dé- fit , puis paſſant à la teſte du ruiſſeau avec la Gendarmerie
qui compofoit l'Aifle droite qu'il commandoit , il prit l'Aî- le gauche des ennemis en flanc,&apres une aſſez vigou- reuſe reſiſtance : il la défit ab-
GALANT. 105
-
د
folument. Cependant Mon- ſieur s'avançoit avec ſon corps
deBataille. Celuy des enne- mis eſtoit ſur le ruiſſeau , par- tie d'un coſté , partie de l'au- tre , les détours du ruiſſeau en
ces endroits ne permettant
pas de faire une ligne droite- La reſiſtance des ennemis fut
tres- longue & tres vigouren- ſe , Monfieur chargea plu- ſieurs fois à la teſte des eſcadrons & des Bataillons ; &
comme il eſtoit toûjours au plus fort de la meſlée , il eut un cheval bleſſe ſous luy,& un coup de mouſquet dans ſes ar- mes. Pluſieurs perſonnes fu- rent tuées ou bleſſées auprés de luy. Monfieurle Chevalier de Lorraine fut legerement bleſſé au viſage, &Monfieurle
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Chevalier de Nantoüillet à la
jambe.
Toutes les Troupes firent
des miracles , animées par la prefencedeMonfieur: les Mouf.
quetaires du Royſe ſurpaſſe -
rent eux mêmes , &perdirent
Monfieur deMoiſſac , qui s'e.
ſtoit fi heureuſement diftingué à Valenciennes Les Regimens 'd'Humieres & du Maine allerent pluſieurs fois à la charge.
Les ennemis plierent enfin ;
&pendant qu'onles attaquoit avec tant de vigueur à la droi- te & au Corps de Bataille ,
Monfieur de Luxembourg vouloit paffer le ruiſſeau pour prendre en flanc leur gauche ;
mais il trouva deux Bataillons
retranchez dans l'Eglise de Peéne د & ne put ſe rendre
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a
maiſtre de l'Egliſe &du paſſa- ge du ruiſſeau , qu'apres avoir fait venir du Canon. Dans
le temps qu'il voulut charger pourpaller de ſon coſte, MonYON
ennemis qui fuyoient, aban71 ſieur luy manda la défaite des
donnant leur Canon & leur
Bagage. Monfieur de Luxem- bourg qui voyoit les mouve- mens que les ennemis fai -
foient , manda à ſon Alteſſe
Royale , qu'il deferoit entie- rement le reſte des fuyards.
Il paſſa la riviere pour aller apres eux , &les pouſſa quel- que temps en taillant en pie- ces tout ce qui ſe ſauvoit , &
manda en ſuite à Monfieur ,
qui le faiſoit ſoûtenir de prés,
qu'il alloit continuer à les pourſuivre, &que leurdéfaite
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eſtoit ſi enriere, qu'il n'y avoit pas dix des ennemis enſemble.
Il fit paſſer ceux qu'il cõduiſoit au travers du bagage de l'Ar- mée ennemie , qui avoit eſté
abandonné, &les empeſcha de
s'amuſer au pillage Quand on ſe fait obeïr en pareille rencontre, il faut qu'on ait bien du
pouvoir ſur les Troupes.
S'il m'eſt permis de faire des
reflexions fur cet Extrait, iediray que le Roy a le premier eſté cauſe du gain dela bataille, par les détachemens qu'il a
faits fi à propos, & que ſa pré- voyance en toutes choſes n'eſt pas moins à admirer , que le courage & l'intrepidité de Monfieur qui s'eſt toûjours trouvé dans les endroits les
plus perilleux.
xtrait d'une autre Relation.
L'armée eſtant rangée en bataille, l'Aifle droite où eſtoit
M. le Maréchal d'Humieres ,
commença à marcher aux ennemis,& pafla un ruiſſeau qui eftoit entre eux & nous. Les
Mouſquetaires commencerent
la charge, &mirent pied àterre pour charger deux batail- lons qui estoient dans des
hayes ; ils les en chafferent vigoureuſement,&les taillerent
en pieces. Il y eut quelque de- filé à paſſer pour s'aller mettre
enbataille dansun Païs unpeu
plus découvert où il y avoit
beaucoup de foffez; ce fut là où on trouva pluſieurs bataillons,&dix ou douze efcadrons
IJO LE MERCURE
:
des ennemis qui estoient en bataille. La Gendarmerie , les
brigades de Revel & de Mau- revert , formerent deux lignes.
Pendant ce temps Monfieur
ayant appris que Monfieur le Mareſchal d'Humieres avoit
chargé avec la droite, marcha à
lateſte du Corps de bataille, &
trouva l'Infanterie des ennemis poſtée dans des hayes fort avantageuſes : nonobſtant cela
il les fit charger & plier ; mais ils revinrent à la charge plu- ſieurs fois , ſouſtenus de leur
Cavalerie : Cefut là où Monfieur alla luy- même à la char- gedeuxou trois fois, encourageant par ſon exemple les fol- dats. Les ennemis y perdirent beaucoup de monde,la confu- ſion s'eſtant miſe parmy eux.
GALANT. III
}
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Monfieur le Maréchal d'Humieres chargea à la teſte des Ecoſſois pluſieurs Efcadrons
desGardes du Prince d'Orange;mais étans ſoûtenus deleur
Infanterie , il fallut attendre
qu'une partie de la nôtre euſt paſſé de ce coſté- là,pour chaf- ſer la leur qui étoit retranchée
dans lesbuiffons. Unbataillon
de la Reyne eſtant arrivé avec Navarre , on chargea les bataillons qui estoient dans ces
hayes. Ils firent grands feu &
tinrent ferme quelque temps ,
mais ils plierent ayant veu la reſolution des nôtres. La Gendarmerie chargeaauſſi-tôt plu- ſieurs Efcadrons quiles receu- rent affez bien;mais ayanteſté
pris en flanc par les Cuirafſiers de Tilladet , ils laſcherent
312 LE MERCURE
pied &ſe retirerent derriere un petit ruiffeau. Ce fut pour lors quetoute leur armée commençant à filer & à fuir , tout fut mis en déroute.
Monfieur de Luxembourg n'euſt pas ſeulement les enne- mis àcombattre,mais il fut encor obligéà ſe tenir ſur ſes gar- des,de peur qu'ils ne ſe coulaf- ſent dans la mêlée pour aller à
SaintOmer.
Onaſceudepuisla bataille,
que le Prince d'Orange dans ſa fuite entra dans la maiſon
d'un païſan, à deux lieuës d'Y- pres , pour prendre un verre d'eau qu'il ne pût boire qu'en s'interrompant parſes ſanglots &par fes larmes. Il demanda s'il ne luy eſtoit point demeuré de carroffe,& s'en eſtant trou-
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vé un de reſte des trois qu'il avoit amenez,il ſe jettadedans comme un hommedeſeſperé.
Tous ſes gardes à pied &à
cheval ont fait des merveilles,
auſſi ont- ils eſté tous pris ou tuez : Ses Gardes du Corps fu rent pris dans la pourſuite.
Monfieurde Luxembourg,par la raiſon que ie vous aydite ,
eut beaucoup plus de part à la fin de l'action qu'au commen- cement : mais on peut dire qu'ayant empêchéles ennemis de ſecourir S.Omer ( ce qu'ils 1 avoient deſſeinde faire par ſon
coſté ) ſa grande vigilance ne luy a pas acquis moins degloi- re pendant le combat, quefon ardeur à pourſuivre les enne- mis apres le gain de la victoire.
114 LE MERCURE
Extrait d'une autre Relation.
Les choſes eſtant ainſi difpoſées , toute l'armée chargea en même temps. Nous trou- vâmes une grande reſiſtance d'abord , & nous fuſmes repouſſez où Son Alteſſe Roya- le eſtoit. Ayant trouvé un grand Corps d'Infanterie po- ſté dans des hayes d'uneépaif- ſeur extraordinaire , on peut
dire que Monfieur remit l'af- faire abſolument , car il ramena luy - meſme les bataillons à la charge , r'allia la Cavalerie , & fit charger fi vigoureu- ſement , qu'il pouſſa tout ce qu'il trouva devant luy.
7
GALANT. 115
Extrait d'une autre Relation.
Le premier choc fut tres- rude, les ennemis firent de furieuſes décharges par le front &le flanc , à la faveur des
hayes dont ils eſtoient couverts.Outre l'avantage du cer- tain qu'ils avoient , ils eſtoient plus forts que nous & nous
pouſſerent d'abord. Monfieur rallia luy- même, &envoya ſes ordres par les principaux Of- ficiers de ſa maiſon. Monfieur
le Chevalier de Nantoüillet
fit avancer quatre bataillons Suiſſes qui estoient à la fecon-
- de ligne : ceux de la premie- re ſe voyans ſouſtenus , prirent courage , & commence- rent à repouffer les ennemis ,
116 LE MERCURE
lors qu'unde ces quatre bataillons fut rompu. Monfieur fit auffi- toft mettre en Eſcadrons
ſes Gardes , & quelques- uns deſes domeſtiques qui estoient
accourus l'épée à la main ; &
les animant par ſonexemple,
leurinſpiratantde force&tant decourage,que toutesles trou- pes qui estoient aupresde luy ayant effuyé , à la portée du piſtolet, la décharge des enne- mis , allerent à eux l'épée à la main, &les rompirent. Monfieur le Chevalierde Lorraine
qui eſtoit avec M. de Luxem
bourg, s'appercevant queMon- ſieur faifoit avancer des troupes de la ſeconde ligne, retour- na aupresde SonAlteſſe Roya+
le, où remenant les noſtres à la
charge , il yeut le bord de ſon
GALANT.. 117
&
He
1
chapeau percé d'un coup de mouſquet qui luy fit une con- tuſion ducoſté de l'œil droit
aupres de la temple. Ce fut dans cette même occaſion que
Monfieur receut un coup de mouſquet dans ſa cuiraffe,que le Sieur Vaucher l'un de fes
valetsdechambre, eutuncoup dans lacuiſſe, en attachant une
caſaque ſur les armes de ce
Prince; ce fut là que M.le Che- valier de Nantoüillet receut
un coup de mouſquetdans la genoüillere qui touchoit celle deMonfieur , &que M. Tillet cadet aux Gardes eut ſon cheval bleſſé de deux coups derriere S. A. R. A noſtre droite ,
les mouſquetaires ayans mis pied à terre par l'ordre de M. delaCardonniere,avoient déja
118 LE MERCURE
?
mis en déroute un tres- gros bataillon qu'ils avoient forcé dansdes hayes, l'épée àla main,
apres en avoir eſſuyé la dé- charge , & les avoir pouffez dans une plaine tous botez qu'ils estoient. Cefut dans ce
même tempsque les gens d'armes Ecoſlois rencontrerent les
cuiraffiers ennemis,&lestaille.
rent en pieces. LesMouſquetaires eſtans en ſuite remontez
àcheval, revinrent dans la même plaine , où ils eſſayerent le feu de deux autres BatailJons qui estoient plus éloignez dans des hayes. Monfieur d'Humieres qui avoit com- mencé la bataille , commença auſſi la deroute des ennemis , les ayans chargez parle flanc àla tête des Eſcadrons
GALANT. 119
H
1
12
11
ef
de gendarmerie , des Cuiraf- ifiers , &mêmede l'Infanterie.
Ala gauche Monfieur de Lu- xembourg ayant paſſé auſſi fie- rement qu'heureuſement à la tête des Dragons Dauphins
&de Liſtenay , ſouſtenus de quelques bataillons , prit auſſi avec les Eſcadrons de Sourdis
la droite des ennemis par le
flanc. Cefut de ce coſté que leChevalierde Silly , l'un des Chambellans&Ayde deCamp deMonfieur , fut tué , & que
Monfieur le Marquis d'Effiat qui faiſoit travailler à un Pont,
eut la bridede ſon cheval coupée d'un coup de mouſquet.
Noftre canon fut tres -bien
ſervy parMonfieur leMarquis de la Freſeliere,qui fit changer des plafonds à propos, &avec
120 LE MERCURE
! une promptitude incroyable.
Nous avionsdeux cens hommes en garniſon au chaſteau
de Caffel , que les ennemis
n'avoient pas voulu attaquer,
eſperant les prendre àdifcre- tion, apres avoir gagné la ba- taille; mais les deux cens foldats les batirent , conduits par M. dela Motte Maréchal de
Camp, qui les prit en paſſant ,
apres s'eſtre ſignalé danslaba- taille.
Tous les Officiers de la maifonde Monfieur ont extremement ſignalé le zele qu'ils a- voient pour la gloire de leur
Maiſtre. Monfieur leMarquis d'Effiat r'allia plufieurs fois les troupes , & les remena à la charge.MonfieurdeNantoüil- let fit donner luy - même les Suiffes.
GALANT.. 121
Suiſſes. Monfieur du Purnon
executa tous les ordresqu'il receut, nonobitant le feu des ennemis. Monfieurle Marquis de
Pluyaux qui alloit & venoit,
paſſa à la teſte des Gardes au moment qu'elles chargeoient,
&chargea luy- meſme avec el- les l'épée à la m
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Résumé : Extrait d'une Relation de la fameuse Bataille de Cassel.
Le Prince d'Orange, après avoir secouru S. Omer et traversé le canal de Bruges, se dirigea vers Ypres. À l'annonce de sa marche, le ministre de Louvois ordonna à la petite gendarmerie et à la cavalerie légère de se diriger vers l'armée du Prince. Le roi envoya également un détachement commandé par le marquis de la Cardonnière, composé de huit bataillons de divers régiments. Le Prince d'Orange avança ensuite vers Poperingue, incertain de sa destination finale. Informé de la progression de l'armée ennemie, le roi envoya le duc de Luxembourg avec de la cavalerie légère, des mousquetaires et plusieurs bataillons pour renforcer ses troupes. Le prince d'Orange se positionna près d'un ruisseau difficile à franchir. La bataille débuta avec le maréchal d'Humières à droite et le duc de Luxembourg à gauche. Le maréchal d'Humières chargea et défit l'aile gauche ennemie, tandis que le prince d'Orange avançait avec le corps de bataille. La résistance ennemie fut vigoureuse, mais les troupes françaises, animées par la présence du prince, chargèrent à plusieurs reprises. Plusieurs personnes furent blessées, dont le chevalier de Lorraine et le chevalier de Nantoüillet. Les régiments d'Humières et du Maine se distinguèrent par leur bravoure. Les ennemis finirent par plier, et le duc de Luxembourg, après avoir pris une église retranchée, poursuivit les fuyards. La bataille se solda par une victoire française, avec une déroute complète de l'armée ennemie. Le prince d'Orange, en fuite, fut vu en larmes, désespéré. Les gardes du prince furent tous capturés ou tués. Le duc de Luxembourg joua un rôle crucial dans la fin de la bataille et la poursuite des ennemis.
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3
p. 309-314
Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Début :
Des Extraits ne sont pas difficiles à faire, m'a dit un [...]
Mots clefs :
Extraits, Discours, Académie française, Donneau de Visé
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texteReconnaissance textuelle : Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Des Extraits ne font pas
difficiles à faire, m'a dit un
certain nombre de gens d'efprit,
cela est vray ,
mais je ne--
connois guere d'ouvrage plus
désagréable, parce que ce qui
me plaist n'est pas obligé de
plaire à tout le monde; quelquesois
même il plaît moins
aux Auteurs des Pieces dont
,on fait des Extraits; & l'on dé.
figure souvent à leur compre,
leur Chef d'oeuvre, à le don.
ner par morceaux. Mais Mr
Devizé, dit-on, les faisoit
bien:J'en doute, & je ne sçay
pas, si, lorsqu'ilaréüssi dans
ce genre d'écrire, il ne les recevoir
pas tout-à fair. Pour
moy, si j'enestois le maistre,
je m'epargnerois la peine d'en
faire, & j'augmenterois volontiers
mon Livre, pour donner
les Discours qui se prononcent
à l'Academie, tek
gu.'jls(ont, en sortant dc..l&
bouche de ceux qui les prononcent.
Mais j'ay malheureusement
des mesures à garder
sur tour. Sans cela je vous fcrois
part dés aujourd'huy,
Messieurs, de ce que jay pû retenir
de la Harangue éloquente
que Mrle Duc de la Force,
qui vient d'estre reçû à l'Academie,
ya prononcé le 28. de
ce mois; & de celledeMr
l'Abbé d'Estées, qui luy a
répondu; mais la crainte que
j'a)' d'en défigurer les termes,
& do recevoir des reprimendes
du Libraire, qui imprime les
ouvrages de cette illustre
Compagnie
,
modéré l'envie
que j'ay de vous donner Lur
ce sujet aucune preuve de ma
mémoire. Je vois cous les jours
qu'en matiere de Lecrres, les
coups dessay sont assiz mal
reçus du public, de quelque
genre qu'ils soient. Témoin
la Tragédie de Mahomet,
dont l'Auteur, qui peut-être
homme d'cfpric, devoir, à ce
qu'on dit, supprimer l'impression
pour son honneur. L'Auteur
des Captifs luy avoit 6
bien enseigné cc qu'il avoit k
faire!
Catonquiaestérepresenté
pouç
pour la premiere fois le i 5.
dece mois, n'a pas heureusement
déplu comme ces deux
Pieces. Ce n'est qu'un foible
préjugé pour le succés, parce
que, quoy qu'il n'y ait aucune
comparaison à faire
, ce n'est
pas cependant une preuve quelle
soit bonne. Jé vois chaque
pour tant de gens qui m'afl
furent que l'Autheur de cette
Tragedie merite qu'on ait é.
gard à sa jeunesse & à son esprit,
qu'il faut encourager,
que j'espere que les suffrages
se multiplieront pour elle.
Nous entrerons le mois prochain
dans le détail des désauts
& des beautez de cette
Piece. En attendant, si vous
aimez
difficiles à faire, m'a dit un
certain nombre de gens d'efprit,
cela est vray ,
mais je ne--
connois guere d'ouvrage plus
désagréable, parce que ce qui
me plaist n'est pas obligé de
plaire à tout le monde; quelquesois
même il plaît moins
aux Auteurs des Pieces dont
,on fait des Extraits; & l'on dé.
figure souvent à leur compre,
leur Chef d'oeuvre, à le don.
ner par morceaux. Mais Mr
Devizé, dit-on, les faisoit
bien:J'en doute, & je ne sçay
pas, si, lorsqu'ilaréüssi dans
ce genre d'écrire, il ne les recevoir
pas tout-à fair. Pour
moy, si j'enestois le maistre,
je m'epargnerois la peine d'en
faire, & j'augmenterois volontiers
mon Livre, pour donner
les Discours qui se prononcent
à l'Academie, tek
gu.'jls(ont, en sortant dc..l&
bouche de ceux qui les prononcent.
Mais j'ay malheureusement
des mesures à garder
sur tour. Sans cela je vous fcrois
part dés aujourd'huy,
Messieurs, de ce que jay pû retenir
de la Harangue éloquente
que Mrle Duc de la Force,
qui vient d'estre reçû à l'Academie,
ya prononcé le 28. de
ce mois; & de celledeMr
l'Abbé d'Estées, qui luy a
répondu; mais la crainte que
j'a)' d'en défigurer les termes,
& do recevoir des reprimendes
du Libraire, qui imprime les
ouvrages de cette illustre
Compagnie
,
modéré l'envie
que j'ay de vous donner Lur
ce sujet aucune preuve de ma
mémoire. Je vois cous les jours
qu'en matiere de Lecrres, les
coups dessay sont assiz mal
reçus du public, de quelque
genre qu'ils soient. Témoin
la Tragédie de Mahomet,
dont l'Auteur, qui peut-être
homme d'cfpric, devoir, à ce
qu'on dit, supprimer l'impression
pour son honneur. L'Auteur
des Captifs luy avoit 6
bien enseigné cc qu'il avoit k
faire!
Catonquiaestérepresenté
pouç
pour la premiere fois le i 5.
dece mois, n'a pas heureusement
déplu comme ces deux
Pieces. Ce n'est qu'un foible
préjugé pour le succés, parce
que, quoy qu'il n'y ait aucune
comparaison à faire
, ce n'est
pas cependant une preuve quelle
soit bonne. Jé vois chaque
pour tant de gens qui m'afl
furent que l'Autheur de cette
Tragedie merite qu'on ait é.
gard à sa jeunesse & à son esprit,
qu'il faut encourager,
que j'espere que les suffrages
se multiplieront pour elle.
Nous entrerons le mois prochain
dans le détail des désauts
& des beautez de cette
Piece. En attendant, si vous
aimez
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Résumé : Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Le texte aborde les défis liés à la réalisation d'extraits de textes, soulignant que les préférences de l'auteur ne correspondent pas toujours à celles du public. L'auteur critique les extraits effectués par Monsieur Devizé et privilégie la publication des discours académiques dans leur intégralité pour éviter toute déformation. Il exprime des préoccupations concernant la présentation des harangues du Duc de la Force et de l'Abbé d'Estees à l'Académie. Le texte évoque également la réception mitigée des essais littéraires, citant la suppression de la tragédie 'Mahomet' par son auteur, contrairement à 'Caton', mieux accueillie malgré des comparaisons défavorables avec d'autres œuvres. L'auteur espère une meilleure réception future pour 'Caton' et prévoit d'en discuter les détails le mois suivant.
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4
p. 37-44
LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur la maniere de critiquer les Piéces de Théatre.
Début :
Voici, Monsieur, quelques idées qui me sont venues, à propos de vos extraits [...]
Mots clefs :
Public, Théâtre, Ouvrages, Goût, Critique, Partie, Extrait, Auteur, Extraits, Usage, Auteurs, Phèdre, Genre, Sentiment, Ulysse
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur la maniere de critiquer les Piéces de Théatre.
LETTRE
AP Auteur du Mercure , fur la maniere de
critiquer les Piéces de Théatre.
Voici ,Monfieur , quelques idées qui
me font venues , à propos de vos extraits
des Piéces de Théatre , & particulierement
des Tragédies. Vous en ferez tel
ufage qu'il vous plaira. Comme il n'eft
point de genre de Littérature , dont la publicité
foit aufli foudaine & aufli générale,
il n'en eft point de plus univerfellement ,
ni de plus legérement critiqué.
La partie du fentiment eft du reffort de
toure perfonne bien organifée ; il n'eft
befoin ni de combiner , ni de réflechir
pour fçavoir fi l'on eft ému , & le fuffrage
du coeur eft un mouvement fubit & rapide .
Le Public à cet égard eft donc un excellent
Juge. La vanité des Auteurs mécontens
peut bien fe retrancher fur la legéreté
Françoife fi contraire à l'illufion , & fur
ce caractére enjoué qui nous diftrait de la
fituation la plus pathétique , pour faifir
une allufion ou une équivoque plaifante.
La figure , le ton , le gefte d'un Acteur ,
un bon mot placé à propos , cu tel autre
38 MERCURE
DE FRANCE .
incident plus étranger encore à la piéce .
ont quelquefois fait rire où l'on eût dɩ
pleurer ; mais quand le pathétique de l'ac .
tion eft foutenu , la plaifanterie ne fe foutient
point ; on rougit d'avoir ri , & l'on
s'abandonne au plaifir plus décent de verfer
des larmes . La fenfibilité & l'enjouement
ne s'excluent point , & cette alternative
eft commune aux François avec les
Athéniens , qui n'ont pas laiffé de couronner
Sophocle . Ceux- ci avoient peut- être
le fentiment plus vif , mais moins jufte &
moins délicat. Si fur le Théatre François
Hecube éplorée aux pieds d'Uliffe , lui
difoit pour l'attendrir en faveur de Polixene
qu'il veut facrifier : Vous ferez donc
forcé de m'immoler avec mafille ; & qu'Uliffe
répondit , comme dans Euripide : Et
qui m'y forcera ? Je ne connois point de mare
en ces lieux cet Uliffe nous paroîtroit
fort dur, pour ne rien dire de plus , & nous
ne permettrions pas qu'un pareil trait paffât
à la postérité. Quoiqu'il en fort de cette
conjecture , qu'il me feroit aifé d'appuyer ,
les François frémiffent à Rodogune , &
pleurent à Andromaque. Le vrai les touche
, le beau les faifit , & tout ce qui n'exige
ni étude ni réflexion , trouve en eux
de bons critiques.
Il n'en eft pas ainfi de la partie de l'Art.
NOVEMBRE . 39
1750. 1750.
Peu la connoiffent & tous en décident
J'ai fouvent entendu raifonner là deffus ,
& rarement parler raifon . J'ai lû une infinité
d'extraits & de critiques des ouvrages
de Théatre ; le jugement fur le Cid eft le
fcul qui m'ait fatisfait ; encore n'eft - ce
qu'une critique de détail où l'Académie
avoue qu'elle a fuivi une mauvaife méthode
, en fuivant la méthode de Scudéri.
L'Académie étoit un Juge éclairé , impartial
& poli ; perfonne ne l'a imitée . Scu
déri étoit un Cenfeur malin , groffier ,
fans lumieres , fans goût ; il a eu cent imitateurs.
Effrayé peut -être du mauvais fuccès de
quelques uns de vos prédéceffeurs , & dest
difficultés que préfentece genre de critique ,
vous avez , Mr , pris modeftement le parti
de ne parler des ouvrages de Théatre qu'en
fimple Hiftorien. C'eft beaucoup pour votre
commodité particuliere , mais ce n'eft rien
pour l'avantage du Public & des Lettres .
Je fuppofe que votre extrait embraffe &
développe tout le deffein de l'ouvrage ,
qu'on y remarque l'ufage & les rapports
de chaque fil qui entre dans ce tiffu ; l'analyfe
la plus exacte & la mieux détaillée ,
fera toujours un rapport infuffifant dont
P'Auteur aura droit de fe plaindre. Pour
vous en convaincre , Monfieur , rappellez40
MERCURE DE FRANCE
vous ce mot de Racine , ce qui me diftingue
de Pradon , c'est que je fçais écrire. Cet
aveu eft , fans doute , trop modefte ; mais
il est vrai du moins que nos bons Auteurs
different plus des mauvais par les détails &
le coloris , que par le fond & l'ordonnance.
Je ne fçais même fi fur un fimple expofé
des plans , on ne préfereroit pas Capiftron
à Racine. On croit avoir aflez fait,.
quand on a donné quelques échantillons
du ftyle ; mais ces citations font très- équivoques
, & ne laiffent préfumer que trèsvaguement
de ce qui les précede ou les
fuit , vû qu'il n'eft point d'ouvrage où
l'on ne trouve quelques endroits au- deffus
ou au- deffous du ftyle général de l'Auteur
. Vous êtes donc , Monfieur , injuſte
fans le vouloir , peut- être même par la
crainte de l'être , lorsque vous vous bornez
au fimple extrait , & à l'analyſe hiftorique
d'un ouvrage de Théatre. Que penferiezvous
d'un Critique qui pour donner une
idée du St. Jean de Raphael, fe borneroit à
dire , qu'il eft de grandeur naturelle , porté
fur un aigle , tenant une table de la maingauche
, & une plume de la main droite ?
Ileft des traits , fans doute , dont la beauté
n'a befoin que d'être indiquée pour être
fentie . Tel elt , par exemple , le cinquiéme
Acte de Rodo gune , tel eft le coup de gé
NOVEMBRÉ. 1750. 42
nie de ce Peintre , qui pour exprimer la
douleur d'Agamemmon au facrifice d'Iphigenie
, l'a r préfenté le vifage couvert
d'un voile . Mais ces traits font authi
rares que précieux : le mérite le plus général
des ouvrages de Peinture , de Sculp
tare , de Poëfie , eft dans l'exécution , &
dès qu'on le bornera à la fimple analyse
d'un ouvrage de goût pour le faire connoître
, on ſera auffi peu raifonnable , que
fi l'on prétendoit fur un plan géométral
faire juger de l'Architecture d'un Palais .
On vous en a donc impofé , Monfieur ,
lorfqu'on vous a fait entendre que le Public
fouhaitoit que vous fupprimafiiez
de vos extraits les réflexions & les remarques
inféparables de la bonne critique
parlez en fimple Hiftorien des ouvrages
purement didactiques , mais parlez en
homme de goût des ouvrages de goût.
Suppofons , Monfieur , que vous euffiez
à faire l'extrait de la Tragédie de Phédre
, croirez-vous avoir bien inftruit le
Public , fi par exemple vous aviez dit de
la Scéne de la déclaration de Phédre à
Hypolite ?
Phédre vient implorer la protection
d'Hyppolite pour fes enfans ; mais elle oublie
à fa vûe le deffein qui l'amene. Le
eur plein de fon amour , elle en laiſſe
42 MERCURE DE FRANCE.
échapper quelques marques; Hippolyte lui
parle de Thefee ; Phédte croit le revoir
dans fon fils ; elle fe fert de ce détour pour
exprimer la paffion qui la domine ; Hyppolite
rougit , & veut fe retirer. Phedre
le retient , ceffe de diffimuler , & lui
avoue en même tems la tendreffe qu'elle
a pour lui , & l'horreur qu'elle a d'ellemême.
Croiriez -vous de bonne foi , Monfieur
, trouver dans vos Lecteurs une imagination
affez vive pour fuppléer aux détails
qui font de cette efquifle un tableau
admirable ? Croiriez-vous les avoir mis à
portée de donner à Racine les éloges que
vous lui auriez refufés , en ne parlant de
ce morceau qu'en fimple Hiftorien ?
Si les bornes que je me preferis dans
cette Lettre , me permettoient un plus
long détail , je ferois , fuivant votre méthode
, l'extrait du Mifantrope ou de
Cinna , je ferois en même tems l'extrait
d'une mauvaife piéce du même genre , &
vous feriez forcé d'avouer , qu'un Lecteur,
qui n'en fçauroit pas davantage , auroit
raifon de balancer fur le mérite de l'une &
de l'autre .
Mais j'en ai dit affez pour vous convaincre
du tort, que peut faire votre façon
de rendre compte au Public des ouvrages
NOVEMBRE. 1750. 43
dramatiques. Quand vous faites à un Auteur
l'honneur de parler de lui , vous lui
devez les éloges qu'il mérite. Vous devez
au Public les critiques dont l'ouvrage eft
fufceptible , vous vous devez à vous - même
un ufage honorable de l'emploi qu'on vous
a confié . Cet ufage confifte à vous établir
médiateur entre les Auteurs & le Public ,
à éclairer poliment l'aveugle vanité des
uns , & à rectifier les jugemens précipités
de l'autre . C'eſt une tâche penible & difficile.
Mais avec vos talens , de l'exercice &
du zéle , on peut faire beaucoup pour le
progrès des Lettres , du goût & de la raifon.
a
Je l'ai déja dit , la partie du fentiment
a beaucoup de connoiffeurs , la partie de
l'Art en à peu , la partie de l'efprit en a
trop. J'entends par l'efprit cette fineffe de
perception qui analyfe tout , & même ce
qui ne doit pas être analyfé.
Si chacun de ces Juges fe renfermoit
dans les bornes qui lui font prefcrites , tout
feroit dans l'ordre ; mais celui qui n'a que
de l'efprit trouve plat tout ce qui n'eft que
fenti ; celui qui n'eft que fenfible , trouve
froid tout ce qui n'eft que penfé ; & celui
qui ne connoît que l'Art , ne fait grace ni
aux penfées ni aux fentimens , dès qu'on a
péché contre les régles. Voilà pour la
44 MERCURE DE FRANCE.
plupart des Juges . Les Auteurs de leur
côté ne font pas plus équitables . Ils traitent
de bornés ceux qui n'ont pas été frappés
de leurs idees , d'infenfibles ceux qu'ils
n'ont pas émûs , & de pedans , ceux qui
leur parlent des régles de l'Ar . Vous êtes
témoin de cette diffention ; daignez ,
Monfieur , en êire le conciliateur. Il faut
de l'autorité, direz vous ? Il vous eft facile
d'en acquerir. Donnez -vous la peine de
faire deux ou trois extraits , où vous examiniez
les caractéres & les moeurs en Philofophe
, le plan & la contexture de l'intrigue
en homme de l'Art , les détails & le
ftyle en homme de goût : à ces conditions
qu'il vous eft aifé de remplir , je vous fuis
garant de la confiance générale.
AP Auteur du Mercure , fur la maniere de
critiquer les Piéces de Théatre.
Voici ,Monfieur , quelques idées qui
me font venues , à propos de vos extraits
des Piéces de Théatre , & particulierement
des Tragédies. Vous en ferez tel
ufage qu'il vous plaira. Comme il n'eft
point de genre de Littérature , dont la publicité
foit aufli foudaine & aufli générale,
il n'en eft point de plus univerfellement ,
ni de plus legérement critiqué.
La partie du fentiment eft du reffort de
toure perfonne bien organifée ; il n'eft
befoin ni de combiner , ni de réflechir
pour fçavoir fi l'on eft ému , & le fuffrage
du coeur eft un mouvement fubit & rapide .
Le Public à cet égard eft donc un excellent
Juge. La vanité des Auteurs mécontens
peut bien fe retrancher fur la legéreté
Françoife fi contraire à l'illufion , & fur
ce caractére enjoué qui nous diftrait de la
fituation la plus pathétique , pour faifir
une allufion ou une équivoque plaifante.
La figure , le ton , le gefte d'un Acteur ,
un bon mot placé à propos , cu tel autre
38 MERCURE
DE FRANCE .
incident plus étranger encore à la piéce .
ont quelquefois fait rire où l'on eût dɩ
pleurer ; mais quand le pathétique de l'ac .
tion eft foutenu , la plaifanterie ne fe foutient
point ; on rougit d'avoir ri , & l'on
s'abandonne au plaifir plus décent de verfer
des larmes . La fenfibilité & l'enjouement
ne s'excluent point , & cette alternative
eft commune aux François avec les
Athéniens , qui n'ont pas laiffé de couronner
Sophocle . Ceux- ci avoient peut- être
le fentiment plus vif , mais moins jufte &
moins délicat. Si fur le Théatre François
Hecube éplorée aux pieds d'Uliffe , lui
difoit pour l'attendrir en faveur de Polixene
qu'il veut facrifier : Vous ferez donc
forcé de m'immoler avec mafille ; & qu'Uliffe
répondit , comme dans Euripide : Et
qui m'y forcera ? Je ne connois point de mare
en ces lieux cet Uliffe nous paroîtroit
fort dur, pour ne rien dire de plus , & nous
ne permettrions pas qu'un pareil trait paffât
à la postérité. Quoiqu'il en fort de cette
conjecture , qu'il me feroit aifé d'appuyer ,
les François frémiffent à Rodogune , &
pleurent à Andromaque. Le vrai les touche
, le beau les faifit , & tout ce qui n'exige
ni étude ni réflexion , trouve en eux
de bons critiques.
Il n'en eft pas ainfi de la partie de l'Art.
NOVEMBRE . 39
1750. 1750.
Peu la connoiffent & tous en décident
J'ai fouvent entendu raifonner là deffus ,
& rarement parler raifon . J'ai lû une infinité
d'extraits & de critiques des ouvrages
de Théatre ; le jugement fur le Cid eft le
fcul qui m'ait fatisfait ; encore n'eft - ce
qu'une critique de détail où l'Académie
avoue qu'elle a fuivi une mauvaife méthode
, en fuivant la méthode de Scudéri.
L'Académie étoit un Juge éclairé , impartial
& poli ; perfonne ne l'a imitée . Scu
déri étoit un Cenfeur malin , groffier ,
fans lumieres , fans goût ; il a eu cent imitateurs.
Effrayé peut -être du mauvais fuccès de
quelques uns de vos prédéceffeurs , & dest
difficultés que préfentece genre de critique ,
vous avez , Mr , pris modeftement le parti
de ne parler des ouvrages de Théatre qu'en
fimple Hiftorien. C'eft beaucoup pour votre
commodité particuliere , mais ce n'eft rien
pour l'avantage du Public & des Lettres .
Je fuppofe que votre extrait embraffe &
développe tout le deffein de l'ouvrage ,
qu'on y remarque l'ufage & les rapports
de chaque fil qui entre dans ce tiffu ; l'analyfe
la plus exacte & la mieux détaillée ,
fera toujours un rapport infuffifant dont
P'Auteur aura droit de fe plaindre. Pour
vous en convaincre , Monfieur , rappellez40
MERCURE DE FRANCE
vous ce mot de Racine , ce qui me diftingue
de Pradon , c'est que je fçais écrire. Cet
aveu eft , fans doute , trop modefte ; mais
il est vrai du moins que nos bons Auteurs
different plus des mauvais par les détails &
le coloris , que par le fond & l'ordonnance.
Je ne fçais même fi fur un fimple expofé
des plans , on ne préfereroit pas Capiftron
à Racine. On croit avoir aflez fait,.
quand on a donné quelques échantillons
du ftyle ; mais ces citations font très- équivoques
, & ne laiffent préfumer que trèsvaguement
de ce qui les précede ou les
fuit , vû qu'il n'eft point d'ouvrage où
l'on ne trouve quelques endroits au- deffus
ou au- deffous du ftyle général de l'Auteur
. Vous êtes donc , Monfieur , injuſte
fans le vouloir , peut- être même par la
crainte de l'être , lorsque vous vous bornez
au fimple extrait , & à l'analyſe hiftorique
d'un ouvrage de Théatre. Que penferiezvous
d'un Critique qui pour donner une
idée du St. Jean de Raphael, fe borneroit à
dire , qu'il eft de grandeur naturelle , porté
fur un aigle , tenant une table de la maingauche
, & une plume de la main droite ?
Ileft des traits , fans doute , dont la beauté
n'a befoin que d'être indiquée pour être
fentie . Tel elt , par exemple , le cinquiéme
Acte de Rodo gune , tel eft le coup de gé
NOVEMBRÉ. 1750. 42
nie de ce Peintre , qui pour exprimer la
douleur d'Agamemmon au facrifice d'Iphigenie
, l'a r préfenté le vifage couvert
d'un voile . Mais ces traits font authi
rares que précieux : le mérite le plus général
des ouvrages de Peinture , de Sculp
tare , de Poëfie , eft dans l'exécution , &
dès qu'on le bornera à la fimple analyse
d'un ouvrage de goût pour le faire connoître
, on ſera auffi peu raifonnable , que
fi l'on prétendoit fur un plan géométral
faire juger de l'Architecture d'un Palais .
On vous en a donc impofé , Monfieur ,
lorfqu'on vous a fait entendre que le Public
fouhaitoit que vous fupprimafiiez
de vos extraits les réflexions & les remarques
inféparables de la bonne critique
parlez en fimple Hiftorien des ouvrages
purement didactiques , mais parlez en
homme de goût des ouvrages de goût.
Suppofons , Monfieur , que vous euffiez
à faire l'extrait de la Tragédie de Phédre
, croirez-vous avoir bien inftruit le
Public , fi par exemple vous aviez dit de
la Scéne de la déclaration de Phédre à
Hypolite ?
Phédre vient implorer la protection
d'Hyppolite pour fes enfans ; mais elle oublie
à fa vûe le deffein qui l'amene. Le
eur plein de fon amour , elle en laiſſe
42 MERCURE DE FRANCE.
échapper quelques marques; Hippolyte lui
parle de Thefee ; Phédte croit le revoir
dans fon fils ; elle fe fert de ce détour pour
exprimer la paffion qui la domine ; Hyppolite
rougit , & veut fe retirer. Phedre
le retient , ceffe de diffimuler , & lui
avoue en même tems la tendreffe qu'elle
a pour lui , & l'horreur qu'elle a d'ellemême.
Croiriez -vous de bonne foi , Monfieur
, trouver dans vos Lecteurs une imagination
affez vive pour fuppléer aux détails
qui font de cette efquifle un tableau
admirable ? Croiriez-vous les avoir mis à
portée de donner à Racine les éloges que
vous lui auriez refufés , en ne parlant de
ce morceau qu'en fimple Hiftorien ?
Si les bornes que je me preferis dans
cette Lettre , me permettoient un plus
long détail , je ferois , fuivant votre méthode
, l'extrait du Mifantrope ou de
Cinna , je ferois en même tems l'extrait
d'une mauvaife piéce du même genre , &
vous feriez forcé d'avouer , qu'un Lecteur,
qui n'en fçauroit pas davantage , auroit
raifon de balancer fur le mérite de l'une &
de l'autre .
Mais j'en ai dit affez pour vous convaincre
du tort, que peut faire votre façon
de rendre compte au Public des ouvrages
NOVEMBRE. 1750. 43
dramatiques. Quand vous faites à un Auteur
l'honneur de parler de lui , vous lui
devez les éloges qu'il mérite. Vous devez
au Public les critiques dont l'ouvrage eft
fufceptible , vous vous devez à vous - même
un ufage honorable de l'emploi qu'on vous
a confié . Cet ufage confifte à vous établir
médiateur entre les Auteurs & le Public ,
à éclairer poliment l'aveugle vanité des
uns , & à rectifier les jugemens précipités
de l'autre . C'eſt une tâche penible & difficile.
Mais avec vos talens , de l'exercice &
du zéle , on peut faire beaucoup pour le
progrès des Lettres , du goût & de la raifon.
a
Je l'ai déja dit , la partie du fentiment
a beaucoup de connoiffeurs , la partie de
l'Art en à peu , la partie de l'efprit en a
trop. J'entends par l'efprit cette fineffe de
perception qui analyfe tout , & même ce
qui ne doit pas être analyfé.
Si chacun de ces Juges fe renfermoit
dans les bornes qui lui font prefcrites , tout
feroit dans l'ordre ; mais celui qui n'a que
de l'efprit trouve plat tout ce qui n'eft que
fenti ; celui qui n'eft que fenfible , trouve
froid tout ce qui n'eft que penfé ; & celui
qui ne connoît que l'Art , ne fait grace ni
aux penfées ni aux fentimens , dès qu'on a
péché contre les régles. Voilà pour la
44 MERCURE DE FRANCE.
plupart des Juges . Les Auteurs de leur
côté ne font pas plus équitables . Ils traitent
de bornés ceux qui n'ont pas été frappés
de leurs idees , d'infenfibles ceux qu'ils
n'ont pas émûs , & de pedans , ceux qui
leur parlent des régles de l'Ar . Vous êtes
témoin de cette diffention ; daignez ,
Monfieur , en êire le conciliateur. Il faut
de l'autorité, direz vous ? Il vous eft facile
d'en acquerir. Donnez -vous la peine de
faire deux ou trois extraits , où vous examiniez
les caractéres & les moeurs en Philofophe
, le plan & la contexture de l'intrigue
en homme de l'Art , les détails & le
ftyle en homme de goût : à ces conditions
qu'il vous eft aifé de remplir , je vous fuis
garant de la confiance générale.
Fermer
5
p. 121-126
LETTRE de M. *** à un ami au sujet du livre intitulé, Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France, pendant les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe. siécles, par M Brusselles, Conseiller du Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes. A Paris, Grande Salle du Palais, chez de Nully, à l'Ecu de France, 2 vol. in-4o., 18 liv. reliés.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, quel cas l'on fait à Paris du Livre de M. de [...]
Mots clefs :
Nicolas Brussel, Terres, Fiefs, Comptes, Extraits, Seigneurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. *** à un ami au sujet du livre intitulé, Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France, pendant les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe. siécles, par M Brusselles, Conseiller du Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes. A Paris, Grande Salle du Palais, chez de Nully, à l'Ecu de France, 2 vol. in-4o., 18 liv. reliés.
LETTRE de M. *** à un ami au sujet
du livre intitulé, Nouvel examen de
l'usage général des Fiefs en France, pendant
les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe.
siécles, par M Brusselles, Conseiller du
Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes.
A Paris, Grande Salle du Palais, chez
de Nully, à l'Ecu de France , 2 vol.
in-4o., 18 liv. reliés.
Vous me demandez, Monsieur, quel
cas l'on fait à Paris du Livre de M. de
Brusselles, que vous trouvez cité avec de
si grands éloges dans les observations de
M. le President Bouhier, sur la Coutu-
me de Bourgogne. Vous faut-il donc un
autre garant du mérite de ce livre, que
le suffrage de l'illustre Autheur qui vous
l'a fait connoître, & qui l'a pris pour
guide dans tout ce qu'il a écrit sur l'o-
rigine des Fiefs, & sur les principes de
cette importante matière; vous devez
aussi avoir, sans doute, apperçu en lisant
les dissertations qu'a faites M. le Président
Haynaut, dans son abrégé chronologi-
que de l'Histoire de France, que ce que
les disseriations ont de plus curieux & de
plus interessant, est apuyé sur l'autorité
du Livre de M. de Brusselles: enfin je puis
vous dire que tout ce qu'il y a de per-
sonnes à Paris qui cherchent à aprofondit
Digisines hiOO
122 MERCUREDE FRANCE.
le Droit François & l'Histoire de la Na-
tion, applaudissent à cet Ouvrage, qui
les conduit par une roure certaine & aisée
à la découverte des points les plus essen-
tiels qui font l'objet de leur étude; mais
la satisfaction que vous aurez en lisant ce
livre, vous convaincra encore mieux que
ne feroient les suffrages les plus éclatans,
vous verrez avec plaisir que M. de Brussel-
les a rempli le souhait que nous avons re-
nouvellé ensemble tant de fois, de trou-
vet des preuves lans nuages de ce que
dit Mezeray, que le Royaume de France a
été tenu pendani plus de trois dens ans durant
selon les loix des Fiefs, se gouvernant com-
me un grand Fief, plutoi que comme une
Monarchie. M. de Brusselles avoit été
frappé de cette proposition, & il s'étoit
attaché à la développer, & à l'établir.
Entraîné par un goût décidé pour l'étude
de l'Histoire, & ne se rebuttant jamais
des recherches & du travail, il avoit ac-
quis de grands éclaircissemens; mais ses
principaies preuves lui manquoient. Le
choix que firent de lui Messieurs de la
Chambre des Comptes, ses Confreres,
pour mettre en ordre le dépôt des Ter-
riers de la Couronne, & de tous les ti-
tres concernans le Domaine du Roi, de-
vint pour lui une occasion de perfection-
MARS. 1752.
123
ner ses progrès Il fit des Extraits des
Chartres & des Titres qui passoient par
ses mains, dans la vue de parvenir à far-
re un Dictionnaire des Terriers qui lui a
attiré de la part de sa Compagnie des
témoignages solides de leur satisfaction,
& ce sont ces mêmes Extraits qui l'ont
mis à portée, en nous apptenant les éve-
nemens les plus curieux & les plus inté-
ressans de notre Histoire, d'écarter toute
l'incertitude, & tous les doutes que l'é-
loignement des tems, & les contradic-
tions des Auteurs avoient jettés sur ces
matieres.
Son Ouvrage est distribué en trois li-
vres qui plaisent & qui instruisent éga-
sement.
Après avoir expliqué dans le premier
l'origine des Fiefs, leurs différentes na-
tures & qualités, & comment ils devin-
rent héreditaires, il s'attache dans le se-
cond à nous retracer le résultat bizarre &
singulier de ce partage monstrueux de
l'autorité souveraine entre le Roi & les
hauts Seigneurs du Royaume, pendant
les onze, douze & treizième siècles. Le
spectacle de cette confusion & de ce des-
ordre qui avoient fait éclipser la Monar-
chie, qui avoient rendu les peuples si
malheureux, est présenté avec tant de
Fij
124 MERCUREDE FRANCE.
methode & de netteté, que rien n'é-
chappe ni ne fatigue. Nous voyons quels
étoient les principaux Seigneurs, nous les
voyons se faire la guerre les uns aux au-
tres de leur autorite privée; nous voyons
que plusieurs d'entr'eux, & même des
Evêques jouissoient du droit de battre
monnoye, qu'ils donnoient grace aux cri-
minels, qu il y en avoit qui jugeoient
souverainement toutes les causes civiles
qu'ils recommandoient aux Evêchés de
leurs terres, qu'ils s'emparoient des meu-
bles des Evêques décédés, qu'ils avoient
des Baillifs & Senéchaux, qu'ils contes-
toient au Roi le droit d'établir des cou-
tumes & des loix dans leurs Seigneuries;
que le vassal à qui le Roi différoit trop
long tems de rendte justice en sa Cour
pouvoit lui déclarer la guerre, que le vas-
sal qui remettoit au Roi le Fier qu'il te-
noit de lui, s'estimoit quitte de tous
devoirs à son égard.
L'Auteur dans ce même livre entre dans
un grand détail des revenus du Roi & de
ceux des Seigneurs pendant ces trois sié-
eles: comme le produit des Juifs faisoit
le principal objet de ces revenus, il
prend occasion de nous dépeindre la dure
condition de ces malheureux, tour à tour
victimes de la superstition & de la cupi-
MARS.
1752.
125
dité, que l'on expulsoit fréquemment,
pour ne point leur rendre l'argent qu'ils
avoient prété, & que l'on rappelloit
après, pour se procurer de nouvelles
ressources.
Le troisiême livre offre encore plus
d'instruction pour l'Histoire & la Juris-
prudence. L'Auteur examine ce que c'é-
toient que les Vicomtés, les Chatelle-
nies, Vigueries, Voyries, Vidamies
Avoueries; il parle des terres données
aux Abbayes & aux Monasteres, des Ca-
zemens des hommes cazés, des terres tant
nobles que non nobles, possédées par les
Clercs mariés, des afsuremens tant des
Maisons fortes, que des Seigneuries &
des personnes des terres nobles, tenues en
partage, des terres tenues par Baronies,
des Bourgeoisies, des Aubains, des Bâ-
tards, de la preuve par bataille ou duel,
du parcour & entrecour. Toutes ces ma-
tieres sont épuisées & traitées à fond. Les
autres Auteurs navoient fait que les ef-
fleurer; presque toujours réduits à des
conjectures, ils confondent les tems & les
lieux, ils donnent comme un usage géné-
ral, ce qui étoit particulier à quelques
Seigneurs & à quelques lieux; & de là la
difficulté de les concilier les uns avec les
autres; mais M. de Brusselles éclaircit
F 11)
00
126 MERCURE DE FRANCE.
tout, distingue tout; il navance rien
que sur la foi des Ordonnances, des Char-
tres, des traites, des comptes qu'il rappor-
te dans toute leur étendue; il nous ouvre
le dépôt de la Chambre des Comptes; il
nous met à la main ce qu'il renferme de
plus précieux: son présent merite d'au-
tant plus notre reconnoissance, que les
piéces qu'il a transcrites, ayant pourla plu-
part été incendiées, depuis qu'il en avoit
tiré des copies & des extraits, ces coptes
& ces Extraits rapportés dans son livre,
tiennent lieu d'originaux, & rendent ce
livre un monument, qui à tous égards
est bien digne d'être transmis à la postéri-
té. Je compte vous l'adresser incessament:
la beauté & l'exactitude de l'impression
augmentent le plaisir de cette lecture.
du livre intitulé, Nouvel examen de
l'usage général des Fiefs en France, pendant
les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe.
siécles, par M Brusselles, Conseiller du
Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes.
A Paris, Grande Salle du Palais, chez
de Nully, à l'Ecu de France , 2 vol.
in-4o., 18 liv. reliés.
Vous me demandez, Monsieur, quel
cas l'on fait à Paris du Livre de M. de
Brusselles, que vous trouvez cité avec de
si grands éloges dans les observations de
M. le President Bouhier, sur la Coutu-
me de Bourgogne. Vous faut-il donc un
autre garant du mérite de ce livre, que
le suffrage de l'illustre Autheur qui vous
l'a fait connoître, & qui l'a pris pour
guide dans tout ce qu'il a écrit sur l'o-
rigine des Fiefs, & sur les principes de
cette importante matière; vous devez
aussi avoir, sans doute, apperçu en lisant
les dissertations qu'a faites M. le Président
Haynaut, dans son abrégé chronologi-
que de l'Histoire de France, que ce que
les disseriations ont de plus curieux & de
plus interessant, est apuyé sur l'autorité
du Livre de M. de Brusselles: enfin je puis
vous dire que tout ce qu'il y a de per-
sonnes à Paris qui cherchent à aprofondit
Digisines hiOO
122 MERCUREDE FRANCE.
le Droit François & l'Histoire de la Na-
tion, applaudissent à cet Ouvrage, qui
les conduit par une roure certaine & aisée
à la découverte des points les plus essen-
tiels qui font l'objet de leur étude; mais
la satisfaction que vous aurez en lisant ce
livre, vous convaincra encore mieux que
ne feroient les suffrages les plus éclatans,
vous verrez avec plaisir que M. de Brussel-
les a rempli le souhait que nous avons re-
nouvellé ensemble tant de fois, de trou-
vet des preuves lans nuages de ce que
dit Mezeray, que le Royaume de France a
été tenu pendani plus de trois dens ans durant
selon les loix des Fiefs, se gouvernant com-
me un grand Fief, plutoi que comme une
Monarchie. M. de Brusselles avoit été
frappé de cette proposition, & il s'étoit
attaché à la développer, & à l'établir.
Entraîné par un goût décidé pour l'étude
de l'Histoire, & ne se rebuttant jamais
des recherches & du travail, il avoit ac-
quis de grands éclaircissemens; mais ses
principaies preuves lui manquoient. Le
choix que firent de lui Messieurs de la
Chambre des Comptes, ses Confreres,
pour mettre en ordre le dépôt des Ter-
riers de la Couronne, & de tous les ti-
tres concernans le Domaine du Roi, de-
vint pour lui une occasion de perfection-
MARS. 1752.
123
ner ses progrès Il fit des Extraits des
Chartres & des Titres qui passoient par
ses mains, dans la vue de parvenir à far-
re un Dictionnaire des Terriers qui lui a
attiré de la part de sa Compagnie des
témoignages solides de leur satisfaction,
& ce sont ces mêmes Extraits qui l'ont
mis à portée, en nous apptenant les éve-
nemens les plus curieux & les plus inté-
ressans de notre Histoire, d'écarter toute
l'incertitude, & tous les doutes que l'é-
loignement des tems, & les contradic-
tions des Auteurs avoient jettés sur ces
matieres.
Son Ouvrage est distribué en trois li-
vres qui plaisent & qui instruisent éga-
sement.
Après avoir expliqué dans le premier
l'origine des Fiefs, leurs différentes na-
tures & qualités, & comment ils devin-
rent héreditaires, il s'attache dans le se-
cond à nous retracer le résultat bizarre &
singulier de ce partage monstrueux de
l'autorité souveraine entre le Roi & les
hauts Seigneurs du Royaume, pendant
les onze, douze & treizième siècles. Le
spectacle de cette confusion & de ce des-
ordre qui avoient fait éclipser la Monar-
chie, qui avoient rendu les peuples si
malheureux, est présenté avec tant de
Fij
124 MERCUREDE FRANCE.
methode & de netteté, que rien n'é-
chappe ni ne fatigue. Nous voyons quels
étoient les principaux Seigneurs, nous les
voyons se faire la guerre les uns aux au-
tres de leur autorite privée; nous voyons
que plusieurs d'entr'eux, & même des
Evêques jouissoient du droit de battre
monnoye, qu'ils donnoient grace aux cri-
minels, qu il y en avoit qui jugeoient
souverainement toutes les causes civiles
qu'ils recommandoient aux Evêchés de
leurs terres, qu'ils s'emparoient des meu-
bles des Evêques décédés, qu'ils avoient
des Baillifs & Senéchaux, qu'ils contes-
toient au Roi le droit d'établir des cou-
tumes & des loix dans leurs Seigneuries;
que le vassal à qui le Roi différoit trop
long tems de rendte justice en sa Cour
pouvoit lui déclarer la guerre, que le vas-
sal qui remettoit au Roi le Fier qu'il te-
noit de lui, s'estimoit quitte de tous
devoirs à son égard.
L'Auteur dans ce même livre entre dans
un grand détail des revenus du Roi & de
ceux des Seigneurs pendant ces trois sié-
eles: comme le produit des Juifs faisoit
le principal objet de ces revenus, il
prend occasion de nous dépeindre la dure
condition de ces malheureux, tour à tour
victimes de la superstition & de la cupi-
MARS.
1752.
125
dité, que l'on expulsoit fréquemment,
pour ne point leur rendre l'argent qu'ils
avoient prété, & que l'on rappelloit
après, pour se procurer de nouvelles
ressources.
Le troisiême livre offre encore plus
d'instruction pour l'Histoire & la Juris-
prudence. L'Auteur examine ce que c'é-
toient que les Vicomtés, les Chatelle-
nies, Vigueries, Voyries, Vidamies
Avoueries; il parle des terres données
aux Abbayes & aux Monasteres, des Ca-
zemens des hommes cazés, des terres tant
nobles que non nobles, possédées par les
Clercs mariés, des afsuremens tant des
Maisons fortes, que des Seigneuries &
des personnes des terres nobles, tenues en
partage, des terres tenues par Baronies,
des Bourgeoisies, des Aubains, des Bâ-
tards, de la preuve par bataille ou duel,
du parcour & entrecour. Toutes ces ma-
tieres sont épuisées & traitées à fond. Les
autres Auteurs navoient fait que les ef-
fleurer; presque toujours réduits à des
conjectures, ils confondent les tems & les
lieux, ils donnent comme un usage géné-
ral, ce qui étoit particulier à quelques
Seigneurs & à quelques lieux; & de là la
difficulté de les concilier les uns avec les
autres; mais M. de Brusselles éclaircit
F 11)
00
126 MERCURE DE FRANCE.
tout, distingue tout; il navance rien
que sur la foi des Ordonnances, des Char-
tres, des traites, des comptes qu'il rappor-
te dans toute leur étendue; il nous ouvre
le dépôt de la Chambre des Comptes; il
nous met à la main ce qu'il renferme de
plus précieux: son présent merite d'au-
tant plus notre reconnoissance, que les
piéces qu'il a transcrites, ayant pourla plu-
part été incendiées, depuis qu'il en avoit
tiré des copies & des extraits, ces coptes
& ces Extraits rapportés dans son livre,
tiennent lieu d'originaux, & rendent ce
livre un monument, qui à tous égards
est bien digne d'être transmis à la postéri-
té. Je compte vous l'adresser incessament:
la beauté & l'exactitude de l'impression
augmentent le plaisir de cette lecture.
Fermer
5
LETTRE de M. *** à un ami au sujet du livre intitulé, Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France, pendant les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe. siécles, par M Brusselles, Conseiller du Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes. A Paris, Grande Salle du Palais, chez de Nully, à l'Ecu de France, 2 vol. in-4o., 18 liv. reliés.
6
p. 126-128
« SELECTA latini Sermonis exemplaria è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima [...] »
Début :
SELECTA latini Sermonis exemplaria è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima [...]
Mots clefs :
Louis Guérin, Louis-François Delatour, Auteurs, Poésie, Originaux, Enfants, Extraits, Traduction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SELECTA latini Sermonis exemplaria è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima [...] »
SELECTA latini Sermonis exemplaria
è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima
Poeticae Orationis excerptio. Editio al-
tra. Lutetiae Parisiorum, apud Hyppoli-
tum -Ludovicum Guerin, & Ludovicum-
Franciscum Delatout, viâ Jacobaeâ, sub
signo Sancti Thomae Aquinatis, 1751. C'est-
à dire, Modeles choisis de latinité tirés
des meilleurs Auteurs: second & dernier
extrait de Poësie. A Paris, chez Hypoli-
te Louis Guerin, & Louis François Dela-
127
MARS. 1752.
tour, rue Saint Jacques, à Saint Tho-
mas d'Aquin.
C'est partir d'un bon principe, que
d'employer les véritables originaux, pour
enseigner une langue, & après avoir
exercé les enfans long tems avec la plus
belle prose, de passer insensiblement à
la Poëlie dont le langage est bien diffé-
rent. Voici la seconde & derniere partie
des extraits de Poësie que nous annonçons.
L'Avertissement sur ce dernier recueil mé-
rite d'être lu. M. Chompré y rend com-
pte agréablement de ce qui l'a déterminé
à suivre l'ordre des Auteurs , dont il a
tiré des morceaux. Cette compilation ne
sçauroit manquer d'épargner bien de la
peine aux Maitres qui en feront ulage,
& de piquer la curiosité des jeunes gens
pour les originaux mêmes.
La Traduction de cette partie paroît
en même tems: ainsi ce secours & les re-
marques fur quelques endroits du texte
suppléent abondamment à ce qui peut
manquer aux jeunes Maîtres éloignés des
Bibliotheques. L'impression de cette Par-
tie latine est belle & nette, comme les
précédentes: & c'est rendre un vrai ser-
vice aux enfans que de ménager leur vue
dès le commencement des études.
Nous espérons que la fin, des Extraits,
. *.
Fiiii
128 MERCURE DE FRANCE.
ne sera pas la fin du travail de M. de
Chompré. Un homme qui a tant de goût
& tant d'expérience peut nous donner des
choses très-utiles pour perfectionner l'é-
ducation qui est encore dans son enfan-
ce. Il est fâcheux que la Philosophie, qui
a influé si heureusement sur tant d'autres
choses, n ait encore rien fait pour ce qu'il
y a de plus important parmi les hommes.
è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima
Poeticae Orationis excerptio. Editio al-
tra. Lutetiae Parisiorum, apud Hyppoli-
tum -Ludovicum Guerin, & Ludovicum-
Franciscum Delatout, viâ Jacobaeâ, sub
signo Sancti Thomae Aquinatis, 1751. C'est-
à dire, Modeles choisis de latinité tirés
des meilleurs Auteurs: second & dernier
extrait de Poësie. A Paris, chez Hypoli-
te Louis Guerin, & Louis François Dela-
127
MARS. 1752.
tour, rue Saint Jacques, à Saint Tho-
mas d'Aquin.
C'est partir d'un bon principe, que
d'employer les véritables originaux, pour
enseigner une langue, & après avoir
exercé les enfans long tems avec la plus
belle prose, de passer insensiblement à
la Poëlie dont le langage est bien diffé-
rent. Voici la seconde & derniere partie
des extraits de Poësie que nous annonçons.
L'Avertissement sur ce dernier recueil mé-
rite d'être lu. M. Chompré y rend com-
pte agréablement de ce qui l'a déterminé
à suivre l'ordre des Auteurs , dont il a
tiré des morceaux. Cette compilation ne
sçauroit manquer d'épargner bien de la
peine aux Maitres qui en feront ulage,
& de piquer la curiosité des jeunes gens
pour les originaux mêmes.
La Traduction de cette partie paroît
en même tems: ainsi ce secours & les re-
marques fur quelques endroits du texte
suppléent abondamment à ce qui peut
manquer aux jeunes Maîtres éloignés des
Bibliotheques. L'impression de cette Par-
tie latine est belle & nette, comme les
précédentes: & c'est rendre un vrai ser-
vice aux enfans que de ménager leur vue
dès le commencement des études.
Nous espérons que la fin, des Extraits,
. *.
Fiiii
128 MERCURE DE FRANCE.
ne sera pas la fin du travail de M. de
Chompré. Un homme qui a tant de goût
& tant d'expérience peut nous donner des
choses très-utiles pour perfectionner l'é-
ducation qui est encore dans son enfan-
ce. Il est fâcheux que la Philosophie, qui
a influé si heureusement sur tant d'autres
choses, n ait encore rien fait pour ce qu'il
y a de plus important parmi les hommes.
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