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1
p. 65-70
LETTRE De M. le Chevalier de Mouhy, à l'Auteur du Mercure.
Début :
Je ne dois point laisser ignorer au Public, Monsieur, que l'ouvrage que je [...]
Mots clefs :
Théâtre, Ouvrage, Auteurs, Histoire, Chronologique, Acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. le Chevalier de Mouhy, à l'Auteur du Mercure.
LETTRE
De M. le Chevalier de Mouhy, à l'Auteur
du Mercure.
Je ne dois point laisset ignorer au Public,
Monfieur, que l'ouvrage que je
vais lui donner dans quelques jours sous le
titre de Tablettes Dramatiques, ne renfer-
me point des observations critiques sur
les Auteurs qui ont écrit avant moi dans
ce genre, comme on l'annonce déja. Bien
loin d'avoir pensé à relever les fautes
qu'ils ont pû faire, je ne me suis occupé
que du soin de les éviter; & quand par
des recherches réitérées je nai pu douter
qu'ils ne fussent tombés dans l'erreus, je
n'en ai prosité que pour m'en garantir
sans les citer, nim en faire un mérite. Mon
unique vue, Monsieur, en entreprenant
cet ouvrage, a été de renfermer dans un
seul volume tout ce que l'histoire du Théâ
&6 MERCUREDE FRANCE.
tre François offre de plus interessant, &
de le faire avec assez d'ordre, pour qu'à
l'ouverture du livre, on trouvât sans per-
ne ce qu'on avoit desfein d'y chercher.
Pour vous mettre en état de compren-
dre si l'exécution a répondu au projet, je
vais vous donner une esquisse de l'ouvra-
ge.
1. Il commence par une préface néces-
faire pour l'intelligence du Livre.
2. On trouve ensuite un abrégé trèg-
court de l'Histoire du Théatre François,
depuis fon origine, jusqu'à l'établisse-
ment de l'Hôtel de Bourgogne.
3. Il est suivi d'un essai chronologique
fur l'établissement des différens Théâtres
à Paris depuis celui de S. Maur, en
jusqu'en 1689.
4. Le Dictionnaite se presente après. II
ren ferme toutes les piéces du Théâtre Fran-
5ois jouées ou imprimées depuis 1552,
jusques & compris l'année 1751, & les
mois de Janvier & de Fevrier 1752.
5. Les Histoires, en abregé des Au-
teurs dont les piêces sont répandues dant
cet ouvrage suivent immédiatement. Je
les ai partagées en deux classes: la prei-
miere contient une vie très-abrégée de
ceux qui sont très-connus, & la seconde
renferme ee qui a rapport aux Auteurs qui
le sont moins.
MiARS. 1752.
6. Enfin l'Ouvrage finit par un petit
traité chronologique de tous les Acteurs
François qui ont paru sur le Théâtre de-
puis 1510 jusqu'à ce jour.
Sur l'exposé que je viens de vous faire
je fuis persuadé, Monsieur, que vous avea
déja pensé que je n'ai qu'effleuré ces dif-
férentes parties, ou que je n'ai écrit que
sur les principales. Non Monsicur, j'ose
avancer qu'à l'exception des détails, jar
faisi tout ce qui s'appelle Faits, que je n'ai
rien obmis de tout ce qui est connu; &
pour ce qui a rapport aux piéces de Théâ-
tre François, que mon Dictionnaire est
plus étendu que tous les differens catalo-
gues qui ont paru jusqu'aujourd'hui.
Mais comment se peut il, mallez- vous
dire, que vous soyez parvenu à renfermer
tant de parties différentes dans un seul
volume? Par un moyen tout simple, Mon-
sieur: c'est par la maniere de les imprimer
qui resserre dans une seule ligne ce qui en
exigeoit naturellement plusieurs. Un exem
ple donné sur une piéce de Théâtre va
vous mettre à portée d'en juger. Supposé
que vous vouliez scavoir de qui est l'Hom-
me à bonnes fortunes, en quel jour & en
quelle année cette Comedie a été répré-
sentée, combien elle a eu de représenta-
tions, le tems où elle a été imprimée, &
Digstued veOO
68 MERCURE DE FRANCE.
en quel format est l'édition: une seule li-
gne ne vous laissera rien à désirer sur tou-
tes ces choses; & vous trouverez sous certe
ligne partagée en cinq colonnes ce qui
vous reste à apprendre pour l'historique
de la Piéce.
Exemple.
An. des
de
Le
Nem des Pieces.
Autsurs. (repres-nt. 1 Nomb. IElitiont
25 116800 12
OMME ()SARON. 1680
à bonnea fortunes, Comédie en einqu actes en prose
donnéc le 30 Jauvier, très agreable, rest e au Théatre
& toujoula revue avec plaisir quoiqu'ecrite avec un peu
de négligence. Bien des gens ont prétendu que Baron
pu'en étoit que le prête nom, mais i s n'en ont apporté
aucune preuve.
Supposant que quoique sufsisament ins-
truit de ce qui a rapport à cette piéce
votre curiosité s'étende plus loin, & que
vous vouliez sçavoir quelques particulari-
tés de l'Histoire de l'Auteur; vous verrez
après le Dictionnaire à la tête des pages,
les Auteurs à la lettre B. vous trouverea
Baron à sa place.
Exemple pour les Auteurs.
Les Anteurz. (Taalite.
Naissance.
Mort.
BARON(M.) POITE. né en 1653. m. en 1719.
On trouve dans le Parnasse François de du Til-
let un article étendu sur ce Comédien. Il étoit
vain, & aroit une si grande opinion de lui-meme,
MARS. 1752.
6
qu'il pensa refuser la pension que le Roi lui avoit
accordée, parce que l'Ordonnance portoit: payez
au nommé Michel Boyron, dit Baron, &c. Il
quitta le Théatre deux sois. C'est le plus grand
Acteur qu'il y ait jamais eu. Sa rentrée acheva de
zétublir le naturel au Théatre; ouvrage qui avoit
déja été commencé par Mademoiselle le Couvreut.
Avant eux la déclamation étoit devenue une espece
de chant; ce manvais goût avoit été introduit par-
Mademoiselle de Champmesté, & augmenté par
Mademoiselle Duclos. Beaubourg qui avoit été
long.tems en possession des premiers rôles, avoit
pris aussi le genre de déclamation forcée, qu'il
corrigeoit cependant par beaucoup d'ame.
Après les Auteurs, on trouve, Mon-
sieur, un petit Traité Chronologique de
tous les Acteurs qui ont été reçus depuis
1510. jusqu'aujourd'hui. Mon premiet pro-
jet avoit d'abord été de les placer dans le
même ordte que les piéces, afin que la re-
cherche en fût plus facile; mais outre que
je combois par-là dans une monotonie
qu'on m'auroit sans doute reprochée, eet
arrangement m'auroit mis dans la necessité
de grossir le volume d'une huitième parti:
pour y placer les anecdotes relatives & es-
sentielles à l'histoire du Théâtre, que je ne
pouvois obmetre sans rendre mon ouvtage
imparfait; au lieu qu'en suivant l'ordre
chronologique, ces anecdotes se trouvent
portées naturellement aux années qui leur
conviennent.
70 MERCURE DE FRANCE.
Je ne finirai point ma lettre, Monsieur,
sans vous avoner que la partie des Acteurs
n'étoit point faite quand j'ai présenté l'ou-
vrage, dont je viens de vous donner l'idée,
à M. le Duc de Chartres! après avoir eu la
complaisance de le parcourir, ce Prince
s'en apperçut d'abord, & eut la bonté de
me dire que les Acteurs tenant aussi essen-
tiellement à l'histoire du Théatre, je ne
pouvois me dispenset d'en parler, il n'en
a pas fullu davantage pour me déterminer
à traiter cette partie. Je ne compterai pour
rien les veilles que j'ai employées pour ce
nouveau travail, si j'ai été assez heureux
pour réussir.
J'ay l'honneur d'ette parfaitement,
MONSIEUR;
Votre très-humble & très,
obeissant ferviteur,
DE MOUHY.
De M. le Chevalier de Mouhy, à l'Auteur
du Mercure.
Je ne dois point laisset ignorer au Public,
Monfieur, que l'ouvrage que je
vais lui donner dans quelques jours sous le
titre de Tablettes Dramatiques, ne renfer-
me point des observations critiques sur
les Auteurs qui ont écrit avant moi dans
ce genre, comme on l'annonce déja. Bien
loin d'avoir pensé à relever les fautes
qu'ils ont pû faire, je ne me suis occupé
que du soin de les éviter; & quand par
des recherches réitérées je nai pu douter
qu'ils ne fussent tombés dans l'erreus, je
n'en ai prosité que pour m'en garantir
sans les citer, nim en faire un mérite. Mon
unique vue, Monsieur, en entreprenant
cet ouvrage, a été de renfermer dans un
seul volume tout ce que l'histoire du Théâ
&6 MERCUREDE FRANCE.
tre François offre de plus interessant, &
de le faire avec assez d'ordre, pour qu'à
l'ouverture du livre, on trouvât sans per-
ne ce qu'on avoit desfein d'y chercher.
Pour vous mettre en état de compren-
dre si l'exécution a répondu au projet, je
vais vous donner une esquisse de l'ouvra-
ge.
1. Il commence par une préface néces-
faire pour l'intelligence du Livre.
2. On trouve ensuite un abrégé trèg-
court de l'Histoire du Théatre François,
depuis fon origine, jusqu'à l'établisse-
ment de l'Hôtel de Bourgogne.
3. Il est suivi d'un essai chronologique
fur l'établissement des différens Théâtres
à Paris depuis celui de S. Maur, en
jusqu'en 1689.
4. Le Dictionnaite se presente après. II
ren ferme toutes les piéces du Théâtre Fran-
5ois jouées ou imprimées depuis 1552,
jusques & compris l'année 1751, & les
mois de Janvier & de Fevrier 1752.
5. Les Histoires, en abregé des Au-
teurs dont les piêces sont répandues dant
cet ouvrage suivent immédiatement. Je
les ai partagées en deux classes: la prei-
miere contient une vie très-abrégée de
ceux qui sont très-connus, & la seconde
renferme ee qui a rapport aux Auteurs qui
le sont moins.
MiARS. 1752.
6. Enfin l'Ouvrage finit par un petit
traité chronologique de tous les Acteurs
François qui ont paru sur le Théâtre de-
puis 1510 jusqu'à ce jour.
Sur l'exposé que je viens de vous faire
je fuis persuadé, Monsieur, que vous avea
déja pensé que je n'ai qu'effleuré ces dif-
férentes parties, ou que je n'ai écrit que
sur les principales. Non Monsicur, j'ose
avancer qu'à l'exception des détails, jar
faisi tout ce qui s'appelle Faits, que je n'ai
rien obmis de tout ce qui est connu; &
pour ce qui a rapport aux piéces de Théâ-
tre François, que mon Dictionnaire est
plus étendu que tous les differens catalo-
gues qui ont paru jusqu'aujourd'hui.
Mais comment se peut il, mallez- vous
dire, que vous soyez parvenu à renfermer
tant de parties différentes dans un seul
volume? Par un moyen tout simple, Mon-
sieur: c'est par la maniere de les imprimer
qui resserre dans une seule ligne ce qui en
exigeoit naturellement plusieurs. Un exem
ple donné sur une piéce de Théâtre va
vous mettre à portée d'en juger. Supposé
que vous vouliez scavoir de qui est l'Hom-
me à bonnes fortunes, en quel jour & en
quelle année cette Comedie a été répré-
sentée, combien elle a eu de représenta-
tions, le tems où elle a été imprimée, &
Digstued veOO
68 MERCURE DE FRANCE.
en quel format est l'édition: une seule li-
gne ne vous laissera rien à désirer sur tou-
tes ces choses; & vous trouverez sous certe
ligne partagée en cinq colonnes ce qui
vous reste à apprendre pour l'historique
de la Piéce.
Exemple.
An. des
de
Le
Nem des Pieces.
Autsurs. (repres-nt. 1 Nomb. IElitiont
25 116800 12
OMME ()SARON. 1680
à bonnea fortunes, Comédie en einqu actes en prose
donnéc le 30 Jauvier, très agreable, rest e au Théatre
& toujoula revue avec plaisir quoiqu'ecrite avec un peu
de négligence. Bien des gens ont prétendu que Baron
pu'en étoit que le prête nom, mais i s n'en ont apporté
aucune preuve.
Supposant que quoique sufsisament ins-
truit de ce qui a rapport à cette piéce
votre curiosité s'étende plus loin, & que
vous vouliez sçavoir quelques particulari-
tés de l'Histoire de l'Auteur; vous verrez
après le Dictionnaire à la tête des pages,
les Auteurs à la lettre B. vous trouverea
Baron à sa place.
Exemple pour les Auteurs.
Les Anteurz. (Taalite.
Naissance.
Mort.
BARON(M.) POITE. né en 1653. m. en 1719.
On trouve dans le Parnasse François de du Til-
let un article étendu sur ce Comédien. Il étoit
vain, & aroit une si grande opinion de lui-meme,
MARS. 1752.
6
qu'il pensa refuser la pension que le Roi lui avoit
accordée, parce que l'Ordonnance portoit: payez
au nommé Michel Boyron, dit Baron, &c. Il
quitta le Théatre deux sois. C'est le plus grand
Acteur qu'il y ait jamais eu. Sa rentrée acheva de
zétublir le naturel au Théatre; ouvrage qui avoit
déja été commencé par Mademoiselle le Couvreut.
Avant eux la déclamation étoit devenue une espece
de chant; ce manvais goût avoit été introduit par-
Mademoiselle de Champmesté, & augmenté par
Mademoiselle Duclos. Beaubourg qui avoit été
long.tems en possession des premiers rôles, avoit
pris aussi le genre de déclamation forcée, qu'il
corrigeoit cependant par beaucoup d'ame.
Après les Auteurs, on trouve, Mon-
sieur, un petit Traité Chronologique de
tous les Acteurs qui ont été reçus depuis
1510. jusqu'aujourd'hui. Mon premiet pro-
jet avoit d'abord été de les placer dans le
même ordte que les piéces, afin que la re-
cherche en fût plus facile; mais outre que
je combois par-là dans une monotonie
qu'on m'auroit sans doute reprochée, eet
arrangement m'auroit mis dans la necessité
de grossir le volume d'une huitième parti:
pour y placer les anecdotes relatives & es-
sentielles à l'histoire du Théâtre, que je ne
pouvois obmetre sans rendre mon ouvtage
imparfait; au lieu qu'en suivant l'ordre
chronologique, ces anecdotes se trouvent
portées naturellement aux années qui leur
conviennent.
70 MERCURE DE FRANCE.
Je ne finirai point ma lettre, Monsieur,
sans vous avoner que la partie des Acteurs
n'étoit point faite quand j'ai présenté l'ou-
vrage, dont je viens de vous donner l'idée,
à M. le Duc de Chartres! après avoir eu la
complaisance de le parcourir, ce Prince
s'en apperçut d'abord, & eut la bonté de
me dire que les Acteurs tenant aussi essen-
tiellement à l'histoire du Théatre, je ne
pouvois me dispenset d'en parler, il n'en
a pas fullu davantage pour me déterminer
à traiter cette partie. Je ne compterai pour
rien les veilles que j'ai employées pour ce
nouveau travail, si j'ai été assez heureux
pour réussir.
J'ay l'honneur d'ette parfaitement,
MONSIEUR;
Votre très-humble & très,
obeissant ferviteur,
DE MOUHY.
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Résultats : 1 texte(s)
1
p. 147-149
LETTRE écrite à M. le Chevalier de Mouhy, de l'Académie des Belles-Lettres de Dijon ; par M. le Marquis d'Argens, Chambellan de Sa Majesté le Roi de Prusse.
Début :
J'ai été vivement mortifié, Monsieur, en apprenant le juste sujet que vous [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Dijon, Lettres juives
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. le Chevalier de Mouhy, de l'Académie des Belles-Lettres de Dijon ; par M. le Marquis d'Argens, Chambellan de Sa Majesté le Roi de Prusse.
LETTRE écrite à M. le Chevalier de
Mouhy , de l'Académie des Belles - Lettres
de Dijon ; par M. le Marquis d'Argens
Chambellan de Sa Majesté le Roi de
Pruffe.
J
'Ai été vivement mortifié , Monfieur ,
en apprenant le jufte fujet que vous
avez de vous plaindre de ce qui fe trouve
encore dans la nouvelle édition des
Lettres Juives dont vous me parlez . Je
vous jure , Monfieur , que je n'ai eu aucune
connoiffance de cette édition ; & elle
Gij
TS MERCURE DE FRANCE.
me furprend d'autant plus , que j'étois à la
veille d'en faire faire une par un Libraire
d'Amfterdam , qui a acheté le droit de copie
de cet ouvrage , & à qui cet accident
ne peut être que très- defavantageux . J'avois
réfolu de mettre à la tête de mon ouvrage
une préface que j'ai déja envoyée
en Hollande , dans laquelle je rends à votre
mérite perfonnel , à vos talens & à votre
politeffe la juftice que leur doit tout
homme équitable & éclairé. Mais comme
il pourroit arriver aujourd'hui que l'édition
d'Amfterdam fût retardée , & que je
fuis intéreffé encore plus que vous ne l'êtes
, que ma façon de penfer foit connue
du public , & qu'il fçache que la réflexion ,
un jugement plus mûr & la lecture de plufieurs
ouvrages très - ingénieux que vous
avez composés depuis quinze ans , m'ont
évidemment convaincu de la précipitation
& du peu de jufteffe de mon jugement ; je
vous prie , Monfieur , de vouloir communiquer
la lettre que j'ai l'honneur de vous
écrire , àM. l'Abbé Raynal , qui me fait la
grace de m'accorder fon amitié , & qui aura
la bonté de vouloir la faire inférer dans
le premier Mercure.
Je ne fçaurois vous exprimer , Monfieur ,
quel est mon chagrin . Je me rappelle fans:
celle que bien éloigné de fuivre la maxime:
DECEMBRE . 1754 149
des Auteurs qui cherchent à accabler d'injures
ceux qui ont ofé blâmer leurs ouvrages
, j'ai toujours trouvé en vous , Monfieur
, un défenfeur ; & dans le tems que
vous aviez à vous plaindre de moi , vous
ne vous en vengiez qu'en me rendant fervice
. Votre conduite , Monfieur , m'a plus
puni de mon impoliteffe que les réponfes
les plus piquantes , & elle m'a convaincu
que je ne pouvois trop dans toutes les
occafions vous donner des marques de mon
fincere attachement. Jugez donc de ma
douleur , lorsque j'ai vû que l'imprudence
de certains Libraires , en imprimant un
livre fans confulter l'Auteur , renouvelloit
une chofe que je voudrois mettre , s'il étoit
poffible , dans un éternel oubli .
J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Marquis d'Argens.
A Poftdam, ces Octobre 1754.
Mouhy , de l'Académie des Belles - Lettres
de Dijon ; par M. le Marquis d'Argens
Chambellan de Sa Majesté le Roi de
Pruffe.
J
'Ai été vivement mortifié , Monfieur ,
en apprenant le jufte fujet que vous
avez de vous plaindre de ce qui fe trouve
encore dans la nouvelle édition des
Lettres Juives dont vous me parlez . Je
vous jure , Monfieur , que je n'ai eu aucune
connoiffance de cette édition ; & elle
Gij
TS MERCURE DE FRANCE.
me furprend d'autant plus , que j'étois à la
veille d'en faire faire une par un Libraire
d'Amfterdam , qui a acheté le droit de copie
de cet ouvrage , & à qui cet accident
ne peut être que très- defavantageux . J'avois
réfolu de mettre à la tête de mon ouvrage
une préface que j'ai déja envoyée
en Hollande , dans laquelle je rends à votre
mérite perfonnel , à vos talens & à votre
politeffe la juftice que leur doit tout
homme équitable & éclairé. Mais comme
il pourroit arriver aujourd'hui que l'édition
d'Amfterdam fût retardée , & que je
fuis intéreffé encore plus que vous ne l'êtes
, que ma façon de penfer foit connue
du public , & qu'il fçache que la réflexion ,
un jugement plus mûr & la lecture de plufieurs
ouvrages très - ingénieux que vous
avez composés depuis quinze ans , m'ont
évidemment convaincu de la précipitation
& du peu de jufteffe de mon jugement ; je
vous prie , Monfieur , de vouloir communiquer
la lettre que j'ai l'honneur de vous
écrire , àM. l'Abbé Raynal , qui me fait la
grace de m'accorder fon amitié , & qui aura
la bonté de vouloir la faire inférer dans
le premier Mercure.
Je ne fçaurois vous exprimer , Monfieur ,
quel est mon chagrin . Je me rappelle fans:
celle que bien éloigné de fuivre la maxime:
DECEMBRE . 1754 149
des Auteurs qui cherchent à accabler d'injures
ceux qui ont ofé blâmer leurs ouvrages
, j'ai toujours trouvé en vous , Monfieur
, un défenfeur ; & dans le tems que
vous aviez à vous plaindre de moi , vous
ne vous en vengiez qu'en me rendant fervice
. Votre conduite , Monfieur , m'a plus
puni de mon impoliteffe que les réponfes
les plus piquantes , & elle m'a convaincu
que je ne pouvois trop dans toutes les
occafions vous donner des marques de mon
fincere attachement. Jugez donc de ma
douleur , lorsque j'ai vû que l'imprudence
de certains Libraires , en imprimant un
livre fans confulter l'Auteur , renouvelloit
une chofe que je voudrois mettre , s'il étoit
poffible , dans un éternel oubli .
J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Marquis d'Argens.
A Poftdam, ces Octobre 1754.
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Résumé : LETTRE écrite à M. le Chevalier de Mouhy, de l'Académie des Belles-Lettres de Dijon ; par M. le Marquis d'Argens, Chambellan de Sa Majesté le Roi de Prusse.
Le Marquis d'Argens écrit au Chevalier de Mouhy pour exprimer sa surprise et sa mortification après avoir découvert une nouvelle édition des 'Lettres Juives' contenant des éléments dont Mouhy se plaint. D'Argens affirme ignorer cette édition, alors qu'il préparait une nouvelle version via un libraire d'Amsterdam, incluant une préface pour rendre hommage au mérite, aux talents et à la politesse de Mouhy. Craignant que ses réflexions actuelles soient publiées, il demande à Mouhy de transmettre sa lettre à l'Abbé Raynal pour publication dans le Mercure de France. D'Argens admire la conduite de Mouhy, qui malgré les raisons de se plaindre, a toujours défendu d'Argens et lui a rendu service. Il condamne l'imprudence des libraires qui impriment sans consulter l'auteur, renouvelant une situation qu'il souhaiterait oublier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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