REPONSE de J. J. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, à un Anonyme.
Données de base
REPONSE de J. J. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, à un Anonyme.
Incipit: J'AI reçu le 12 de ce mois, par la poste une Lettre anonyme sans date, timbrée de Lillede Genève , à un Anonyme.
J'ai reçu le 12 de ce mois , par la pofte ,une
Lettre anonyme fans date, timbrée de Lille
, & franche de port. Faute d'y pouvoir
répondre par une autre voye , je déclare
publiquement…
Provenance
A Montmorenci, le 15 Février 1761.
Langue et genre
Langue: FrançaisVers et prose: ProseType d'écrit journalistique: Article / Nouvelle littéraireCourrier des lecteurs: NonAutres relations, titre dans la table des matières
Est adressé ou dédié à une personne: Charles-Joseph Panckoucke Concerne une oeuvre: Lettres de deux amans, habitans d'une petite ville au pied des Alpes, recueillies et publiées par J.-J. Rousseau Fait partie d'un dossier: Timothée Léchot, Jean-Jacques Rousseau : auteur de textesREPONSE de J. J. Rousseau à un Anonyme.
Remarques et validité
Selon toute vraisemblance, Jean-Jacques Rousseau répond ici à Charles-Joseph Panckoucke (futur directeur du Mercure) dont voici la lettre identifiée et éditée par Ralph A. Leigh : « Monsieur / Je dois vous rendre compte des impressions qu'a fait sur moi la lecture de votre dernier ouvrage. C'est une effusion qu'il faut que votre coeur pardonne au mien. Le poids de la reconnoissance m'accable, il faut que je me soulage en vous faisant part de mes sentimens, de mon admiration et de mes transports. Vos divins écrits, Monsieur, sont un feu qui dévore, ils ont pénétré mon ame, fortifié mon coeur, éclairé mon esprit. Depuis longtems, Livré aux trompeuses illusions d'une impetueuse jeunesse, ma raison s'égaroit dans la recherche de la vérité. Je cherchois le bonheur et il fuyoit. Je raisonnois sur les plus innocentes passions, sur les Sentimens les plus doux et je les attiédissois. L'amitié, l'amour, la vertu, n'étoient plus que de vains noms puisés dans la société et hors de la nature. Mes égaremens étoient tels et mon erreur Si profonde que je n'eusse point tardé à combattre l'honneur et La probité, si ces sentimens pouvoient L'etre par le raisonnement. Une voix puissante s'elevoit du fonds de mon coeur, la nature se faisoit entendre, mes remords étoient cuisans; mais Le mal étoit trop enraciné. La lecture de quelques auteurs modernes m'avoit confirmé dans mes méditations, et j'étois deja un illustre Scelerat dans le coeur, sans avoir encore commis aucune action qui pût me faire rougir. Il falloit un dieu et un dieu puissant pour me tirer de ce precipice et vous etes, Monsieur, Le dieu qui vénés d'opérer ce miracle. La lecture de votre Héloïse vient d'achever ce que vos autres ouvrages avoient deja commencés. Que de larmes ai-je repandues, que de soupirs, que de douleurs! Combien de fois me Suis-je vu Coupable. Depuis cette heureuse Lecture, je brule de l'amour de la vertu, mon cœur que j'avois crû epuisé est plus échauffé que jamais. Le sentiment a repris sa place: l'amour, la pitié, la vertu, la douce amitié, vont a jamais reprendre l'empire de mon ame. Je vous dois, Monsieur, une reconnoissance eternelle de m'avoir fait connoitre la vraye route du bonheur. Votre tendre et vertueuse Héloïse Sera toujours pour moi Le code de la plus saine morale, elle aura tous mes transports, tout mon amour et tous mes voeux, et vous Monsieur, la vénération et le respect le plus profond. J'adore votre personne et vos sublimes écrits, tous ceux qui auront le bonheur de lire vos ouvrages, trouveront en vous un guide sur qui les conduira à la perfection et a l'amour et a la pratique de toutes les vertus qui font l'essence de l'homme de bien. / Il y auroit beaucoup d'honneur pour moi à me faire conoitre d'un aussi grand homme que vous, mais je sens que je n'en suis point encore digne. Quand La vertu aura pris dans mon coeur de plus profondes racines, quand mon savoir Sera plus profond, mes connoissances plus étendues, si le genie ne fuit point, j'éléverai un monument à la reconnoissance, je m'efforcerai de le rendre digne de vous et alors je me feroi connoitre. » ([Charles-Joseph Panckoucke] à Jean-Jacques Rousseau, [Lille], [vers le 10 février 1761], in Jean-Jacques Rousseau, Correspondance complète, Ralph A. Leigh (éd.), Genève, Institut et Musée Voltaire ; Oxford, Voltaire Foundation, 1972-1998, lettre no 1278). La réponse de Rousseau publiée dans le Mercure est également éditée dans ibid., no 1292.