AUTRE.
I n'ai de vous , lecteur , hélas ! que la parole ;
De la bête le cri ; du bruit le fon , l'éclat ;
Mais mon être impalpable , & , fans doute , frivole
,
A des propriétés dont on doit faire état.
Souvent , pour me trouver , on déferte la ville :
Près d'un rocher , d'un bois ; c'eft - là qu'eſt mon
alyle.
C'eſt-là que , de Cloé , le chant mélodieux ,
Embelli par mon art , devint harmonieux.
Une fois , un ton faux échappa de la belle ,
Loin de l'intimider , je me trompai comme elle :
Je lui parus dès -lors un être complaifant.
Cloé , de fes ardeurs me fit le confident....
Confident indifcret ! ... Je ne fçus pas me taire.
Je fis rougir Cloé ; je la perdis ... hélas !
Belles , de vos amours cachez mieux le myftere
:
Chantez-les devant moi ; mais... que ce foit tout
bas.
Par F ... Commis au greffe de
l'hôtel- de-ville de Paris.
AUTR E.
SANs rien avoir en moi de reſſemblant à l'or¸
Qui me pofféde , ami , poffède un vrai tréſor .
J'en ai la qualité . Mais , ô malheur extrême !
Qui doit me conferver peut m'épuifer de même.
La bouillante jeune fle , excitant fes defirs ,
Me prodigue fur-tout à d'ignobles plaifirs :
Ce qui fait que fouvent on me yoit délabrée.
Maisje fçais me venger de qui m'a négligée ;
JUILLET . 1769 39
Caril lit fur fon front mon dépériflement ;
Et n'obtient qu'à grands frais mon rétabliſſement,
Par F.... Commis au greffe de
l'hôtel- de-ville de Paris.
AUTRE .
AFIN d'éclairer l'homme on voit que je ſuis
faite ;
Car il me fouffre , hélas ! à peine , en deux endroits.
72 MERCURE
DE FRANCE.
Lorfqu'il faut me toucher , c'eft du bout de fes
doigts ;
Et cependant mes feux lui font tourner la tête.
ParF.... C. au greffe de l'hôtel- deville
de Paris.
AUTRE.
Pour régayer , ami lecteur ,
De mes combats &de mes guerres
Je t'offre le recit flatteur ;
Sans drapeaux& ſans cimeterres
Ony peut être grand vainqueur ::
Pour me donner plus de ſplendeur
Je vais parler en militaire :
Mon champ de bataille eſt étroit ,
Mon ſoldat n'eſt pas (anguinaire ,
Son chef lui commande du doigt.
Alorsà ſes ordres docile ,
Bien qu'inanimé,cet Achile
AVRIL . 1770 . 63;
Attaque , combat , le défend ,
Recule , avance , eſt pris ou prend.
Pour conquérir ſes adverſaires
Sans frapper , par des coups fecrets
On les ſurprend , ilsſont ſouſtraits ::
Ceſont là les loix ordinaires :
Sur eux trouve- t'il à donner ?
Par force il s'y fait un paflage,
Et chez eux cherche l'avantage
De ſe faire enfin couronner .
Y parvient- il ? Ah que de trouble !:
Sa valeur accroît & ſe double..
Sur ſon chemin c'eſt là le cas
Qu'il fait de tout côté fracas ;
Bien conduit c'eſt une amazone
Qui va triompher de Bellone ,
Et qui , pour en venir à bout ,
Pille , ravage & détruit tout ,
Juſqu'au moment qu'elle ait la gloire
De remporter pleine victoire :
C'est ainſi que l'action finit
Etqu'au chefeneſt le profit...
ParM**. de Paris:
AUTRE.
THEMIRE , fous vos yeux, fous ceux d'une
créole ,
Il exiſte deux ſoeurs qui rendent la parole: -
L'humeur & la gaïté, ſur-tout le dieud'amour,
Dans tous leurs mouvemens ſe peignent tour-àtour.
La nature les fit , non debout , mais couchées;
Et quoiqu'elle les ait l'une à l'autre attachées ,
Un ſouffle néanmoins les diviſe ſouvent :
La même choſe arrive aux hommes fréquemment.
Lorſque la noire humeur s'empare de ces belles ,
Ondiroit qu'elle érend un crêpe affreux fur elles :
Lemême inſtant les voit , en cent replis hideux ,
S'approcher , s'élever , ſe froncer toutes deux.
Mais , ſi del'enjouement elles offrent l'image ,
Leur brillant coloris tire un grand avantage,
D'un charme intérieur qui , loin de l'afforblir ,
Par fa blancheur alors ne peur que l'embellir...
AVRIL. 1770. 65
Tendre amour , c'eſt ſur-tout en elles que tu fies
ges.
Leurs appas féducteurs font d'agréables piéges
Que tu tends au ſommet de l'arbre du plaiur ,
Poury prendre les coeurs au gré de ton deſir.
Par F.... Commis au greffe de
l'hôtel-de-ville de Paris.
ÉNIGME
E ne fuis point ce fonore intrument
Qui , du fond des forêts , au loin le fait entendre:
Et , quoiqu'en me lifant , on puiffe s'y méprendre ;
A me fentir on en juge autrement.
Dans la prifon d'un perfonnage faint,
Cachot dont , fans mentir , les murs ont des
oreilles ,
Qui n'a pas plus d'un pied , & fi ce n'eft merveilles,
J'ai pris naiſſance , encor s'en eft- on plains.
Ce que l'on fçait du Stylite Simon
Qui , trente ans , fur un pied fe tint , fuivant l'hif
toire ,
N'eft choſe tant étrange; & l'on peut bien y croire,
Car je m'y tiens plus long- tems : c'eft felon.
ParF....C. au greffe de l'hôtel- deville
de Paris.
AUTRE.
N me nombre , lecteur , on me lit , on me
peſe.
Deux de ces attributs me rendent féminin ;
Un troifiéme me fait du genre maſculin.
Ami , j'en ai trop dit : tu me tiens fort à l'aiſe.
Par F.... Commis au greffe de
l'hôtel- de-ville de Paris.
APPROBATION.
J'AI 'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le Mercure de France , pour le 15 Septembre.
Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſ
fion. A Paris , ce 14 Septembre 1778 .
DE SANCY.
APPROBATION,
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux, le Mercure de France , pour les Octobre
Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impres
fon. A Paris , cc 4 Octobre 1778.
DE SANCY
AP PROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 21 Décembre . Je n'y al
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreſſion. A Paris ,
je 20 Décembre 1782. GUIDI