Résultats : 2 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 656-661
POEME Sur les progrès de l'Art des Jardins. Sous LOÜIS LE GRAND.
Début :
Du siécle de LOUIS, les prodges divers, [...]
Mots clefs :
Prière, Paix, Roi de France, Art des jardins, Nature, Fleurs, Génie, Louis le Grand
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POEME Sur les progrès de l'Art des Jardins. Sous LOÜIS LE GRAND.
POEM E
Sur les progrès de l'Art des Jardins..
Sous LoüiS LE GRAND.
DUsiécle de Louis , les prodiges divers,
Sont l'étude du nôtre , et l'objet de nos Vers.
Muscs ›
AVRIL. 1732. 657
Muses , qui de ce Roy , chérissez la mémoire ,
Pour prix de notre ardeur à conserver sa gloire.
Vous nous devez vos soins , j'implore votre appui ,
Inspirez-moy des Vers , tels qu'on les fit sous lui.
Si le gout de son siecle
est banni
de mes rimes
,
Muses
, n'exaucez
point
des vœux
illégitimes
. "
Le Laurier
, où j'aspire
, est un affront
pour
moy,
S'il n'est coupé d'un Tronc, planté sous ce grand
Roy.
Chassez de mes Ecrits , toute vaine peinture ,
Le fard est inutile , à qui peint la nature.
L'art doit l'orner de fleurs , mais non pas l'en
charger ,
C'est ainsi , sous Louis, qu'on sçut la ménager.
C'est sous ce regne heureux , si fécond en miracles ,
Que la Nature et l'Art s'unirent sans obstacles.
La raison en régla l'accord selon ses vœux ,
Et la perfection naquit de ces beaux nœuds.
Ainsi des sages Grecs , le sublime Génie ,
Acet amant discret , l'avoit jadis unie.
Sure du gout exquis de ce discret Amant ,
Gout formé sur le sien , et sobre en arnement.
La Déesse , toujours simple , naïve et pure ,
Laissoit aux mains de l'Art , le soin de sa pasure B vj L'Art
6,8 MERCURE DE FRANCE
L'Art content de ce soin , et l'œil sur ses appas ›
La faisoit briller seule , et ne se montroit pas.
Si la Nature en pleurs soupiroit sur la Scéne ,
Les malheurs d'Hyppolite , ou ceux de Polixéne.
L'Art d'une main cachée et prompte en ses besoins ,
Lui chaussoit le Cothurne , et bornoit là ses soins.
Mais que cet age d'or fut prompt à disparoître ?
Louis , en ta faveur , le Ciel la fit renaître.
Tout , jusques aux Jardins, sous ce Roy si vanté,
Atteignit le haut point de sa juste bonté.
Ce n'est plus ces Jardins , que , voisins du Tonė ,
nerre ,
Suspendit dans les airs , au mépris de la terre.
L'Epouse de Ninus , l'Amante de son fils ,
De la Nature , hélas ! connut elle le prix ?
L'Emphrate sur son Urne , en ses Grottes pro- fondes ,
Plaiguit ces bois , privez du secours de ses Ondes.
Sur ses bords sabloneux , prodigua ce secours ,
Et les rendit si beaux , qu'on désertà ces tours.
Au gout de la raison, noble , simple , et sensée,
Louis a des humains , ramené la pensée.
Deux Vertumnes fameux , à son regne donnez ,
Firent voir aux vivans les Jardins fortunez ,
Où les ombres d'Achille et d'Hector réunies >
Réposent dans la paix , sur l'Email' des Prairies.
L'un
AVRIL. 17320 659
L'un , des beautés de l'Ordre instruit par le bon
goût ,
Mit la Nature en regle et la fit voir en tout.
De naïfs ornemens , Dispensateur habile ,
Il donna même au faste un air simple et facile,
Apprit par un secret que lui seul sçut trouver ,
Aux Chênes sourcilleux l'art de faire rêver,
Se fit suivre à son gré de l'Element humide ,
Ingénieux , forma de ce Cristal liquide
Mille Jeux séducteurs , cent Théatres divers ;
Plus qu'aucun avant lui l'élança dans les Airs ;
Des Graces et des Jeux accompagné sans cesse ,
Fit au triste Cyprès respirer la temiresse ;
Dans un Dédale heureux de Myrthes verdoyans,
Emprisonna les Ris sous les fleurs s'égayans ;
Et d'un Peuple de Dieux , ou palis ou sauvages,
Avec art disposez , anima ses Boccags ;
Puis ouvrant des Vallons les lo ntains gracieux,
Sçut finir ses Jardins où commencent les Cieux ,
Et presentant au loin mile oby ts à la vûë,
Prêter aux Champs étroits une immense étenduë.
De Nymphes , cependant un jeune et tendre Essein ,
Le suivoit pas à pas la Guirlande à la main ;
D'où tirant avec choix mille fleurs éclatantes ,
Flore en semoit par tout les couleurs differentes.
De Pomone au sein riche , auteint frais et fleuri,
L'autre, sçayant Eleve, et Confident chéri ,, Du
50 MERCURE DE FRANCE
Dufruit , vrai gland jadis insipide et sauvage ,
Triptoleme nouveau , bannit l'austere usage ,
Corrigea de nos Champs les Sels contagieux ,
Et versant dans la séve un Nectar précieux,
Nous rendit ces beaux fruits que, Roy de la Na ture ,
L'homme, aux Vergers d'Edem ; cueilloit d'une
main pure.
La branche obeissante et souple à ses leçons,
Prit sous ses doctes mains cent diverses façons.
Du Lierre rampant le verd mélancolique ,
Scut couvrir les débris de quelque tombe antique,,
Où ses bras tortueux , par dinquiets efforts ,
Vont jusques dans leur cendre importuner les -
Morts.
Tandis que les amours de Flore et de Pomone,
Étalant à la fois le Printemps et l'Automne ,
Le Citronier docile à notre œil enchanté
Déroboit de nos murs l'informe nudité ;
Et dans ses bras , qu'il ouvre aux traits de l'œil du monde ,
En reçoit à l'abri l'influence féconde.
Vous n'avilirez point le prix des mes accens , ·
Vous, de nos bons Ayeux les repas innocens
Herbages fortunez , que ce Mortel si sage ,
Ala Cour, chez les Rois , ramena du Village.
Mases , tel est le fruit du gout qu'on a pous vous.
Tout objet fait ses soins, il les embellit tous.
Et
AVRIL. 17322 661
Et si l'appui du Trône est le prix de vos veilles ,
Où neportez- vous pas vos sublimes merveilles !
PRIERE POUR LEROT.
20
Tels que sur le penchant d'une aimable ColineSous un Ciel favorable un Olivier planté ,
Voit d'heureux rejettons sa féconde racine ,
L'environner de tout côté.
Tel , Seigneur, chaque jour par un exemple uni
*que ,
LOUIS, se voit renaitre et combler de ses dons ;
Mais pour rendre éternels les biens que nousgoutons ,
Sous son Empire pacifique ,
Conserve , Dieu de Paix , sous ta main magnifique ,
Et la Tige et les Rejettons.
Auteurs, en écrivant , imitez la Nature:
Sur les progrès de l'Art des Jardins..
Sous LoüiS LE GRAND.
DUsiécle de Louis , les prodiges divers,
Sont l'étude du nôtre , et l'objet de nos Vers.
Muscs ›
AVRIL. 1732. 657
Muses , qui de ce Roy , chérissez la mémoire ,
Pour prix de notre ardeur à conserver sa gloire.
Vous nous devez vos soins , j'implore votre appui ,
Inspirez-moy des Vers , tels qu'on les fit sous lui.
Si le gout de son siecle
est banni
de mes rimes
,
Muses
, n'exaucez
point
des vœux
illégitimes
. "
Le Laurier
, où j'aspire
, est un affront
pour
moy,
S'il n'est coupé d'un Tronc, planté sous ce grand
Roy.
Chassez de mes Ecrits , toute vaine peinture ,
Le fard est inutile , à qui peint la nature.
L'art doit l'orner de fleurs , mais non pas l'en
charger ,
C'est ainsi , sous Louis, qu'on sçut la ménager.
C'est sous ce regne heureux , si fécond en miracles ,
Que la Nature et l'Art s'unirent sans obstacles.
La raison en régla l'accord selon ses vœux ,
Et la perfection naquit de ces beaux nœuds.
Ainsi des sages Grecs , le sublime Génie ,
Acet amant discret , l'avoit jadis unie.
Sure du gout exquis de ce discret Amant ,
Gout formé sur le sien , et sobre en arnement.
La Déesse , toujours simple , naïve et pure ,
Laissoit aux mains de l'Art , le soin de sa pasure B vj L'Art
6,8 MERCURE DE FRANCE
L'Art content de ce soin , et l'œil sur ses appas ›
La faisoit briller seule , et ne se montroit pas.
Si la Nature en pleurs soupiroit sur la Scéne ,
Les malheurs d'Hyppolite , ou ceux de Polixéne.
L'Art d'une main cachée et prompte en ses besoins ,
Lui chaussoit le Cothurne , et bornoit là ses soins.
Mais que cet age d'or fut prompt à disparoître ?
Louis , en ta faveur , le Ciel la fit renaître.
Tout , jusques aux Jardins, sous ce Roy si vanté,
Atteignit le haut point de sa juste bonté.
Ce n'est plus ces Jardins , que , voisins du Tonė ,
nerre ,
Suspendit dans les airs , au mépris de la terre.
L'Epouse de Ninus , l'Amante de son fils ,
De la Nature , hélas ! connut elle le prix ?
L'Emphrate sur son Urne , en ses Grottes pro- fondes ,
Plaiguit ces bois , privez du secours de ses Ondes.
Sur ses bords sabloneux , prodigua ce secours ,
Et les rendit si beaux , qu'on désertà ces tours.
Au gout de la raison, noble , simple , et sensée,
Louis a des humains , ramené la pensée.
Deux Vertumnes fameux , à son regne donnez ,
Firent voir aux vivans les Jardins fortunez ,
Où les ombres d'Achille et d'Hector réunies >
Réposent dans la paix , sur l'Email' des Prairies.
L'un
AVRIL. 17320 659
L'un , des beautés de l'Ordre instruit par le bon
goût ,
Mit la Nature en regle et la fit voir en tout.
De naïfs ornemens , Dispensateur habile ,
Il donna même au faste un air simple et facile,
Apprit par un secret que lui seul sçut trouver ,
Aux Chênes sourcilleux l'art de faire rêver,
Se fit suivre à son gré de l'Element humide ,
Ingénieux , forma de ce Cristal liquide
Mille Jeux séducteurs , cent Théatres divers ;
Plus qu'aucun avant lui l'élança dans les Airs ;
Des Graces et des Jeux accompagné sans cesse ,
Fit au triste Cyprès respirer la temiresse ;
Dans un Dédale heureux de Myrthes verdoyans,
Emprisonna les Ris sous les fleurs s'égayans ;
Et d'un Peuple de Dieux , ou palis ou sauvages,
Avec art disposez , anima ses Boccags ;
Puis ouvrant des Vallons les lo ntains gracieux,
Sçut finir ses Jardins où commencent les Cieux ,
Et presentant au loin mile oby ts à la vûë,
Prêter aux Champs étroits une immense étenduë.
De Nymphes , cependant un jeune et tendre Essein ,
Le suivoit pas à pas la Guirlande à la main ;
D'où tirant avec choix mille fleurs éclatantes ,
Flore en semoit par tout les couleurs differentes.
De Pomone au sein riche , auteint frais et fleuri,
L'autre, sçayant Eleve, et Confident chéri ,, Du
50 MERCURE DE FRANCE
Dufruit , vrai gland jadis insipide et sauvage ,
Triptoleme nouveau , bannit l'austere usage ,
Corrigea de nos Champs les Sels contagieux ,
Et versant dans la séve un Nectar précieux,
Nous rendit ces beaux fruits que, Roy de la Na ture ,
L'homme, aux Vergers d'Edem ; cueilloit d'une
main pure.
La branche obeissante et souple à ses leçons,
Prit sous ses doctes mains cent diverses façons.
Du Lierre rampant le verd mélancolique ,
Scut couvrir les débris de quelque tombe antique,,
Où ses bras tortueux , par dinquiets efforts ,
Vont jusques dans leur cendre importuner les -
Morts.
Tandis que les amours de Flore et de Pomone,
Étalant à la fois le Printemps et l'Automne ,
Le Citronier docile à notre œil enchanté
Déroboit de nos murs l'informe nudité ;
Et dans ses bras , qu'il ouvre aux traits de l'œil du monde ,
En reçoit à l'abri l'influence féconde.
Vous n'avilirez point le prix des mes accens , ·
Vous, de nos bons Ayeux les repas innocens
Herbages fortunez , que ce Mortel si sage ,
Ala Cour, chez les Rois , ramena du Village.
Mases , tel est le fruit du gout qu'on a pous vous.
Tout objet fait ses soins, il les embellit tous.
Et
AVRIL. 17322 661
Et si l'appui du Trône est le prix de vos veilles ,
Où neportez- vous pas vos sublimes merveilles !
PRIERE POUR LEROT.
20
Tels que sur le penchant d'une aimable ColineSous un Ciel favorable un Olivier planté ,
Voit d'heureux rejettons sa féconde racine ,
L'environner de tout côté.
Tel , Seigneur, chaque jour par un exemple uni
*que ,
LOUIS, se voit renaitre et combler de ses dons ;
Mais pour rendre éternels les biens que nousgoutons ,
Sous son Empire pacifique ,
Conserve , Dieu de Paix , sous ta main magnifique ,
Et la Tige et les Rejettons.
Auteurs, en écrivant , imitez la Nature:
Fermer
Résumé : POEME Sur les progrès de l'Art des Jardins. Sous LOÜIS LE GRAND.
Le texte 'POEM E' célèbre les avancées de l'art des jardins sous le règne de Louis XIV. En avril 1732, l'auteur invoque les Muses pour inspirer ses vers et aspire à égaler la grandeur de cette époque. Il souligne que l'art des jardins a atteint une perfection où la nature et l'art se sont harmonisés sous la guidance de la raison, créant des jardins d'une beauté exceptionnelle, loin des excès des jardins suspendus des époques antérieures. Le poème met en lumière deux célèbres jardiniers du règne de Louis XIV, comparés à des Vertumnes, qui ont su ordonner la nature et lui donner un aspect simple et noble. Le premier a su dompter les éléments naturels, créer des jeux d'eau et des théâtres divers, et animer les jardins avec des statues de dieux. Le second a amélioré les fruits et les plantes, rendant les vergers à la fois productifs et esthétiques. L'auteur exalte également les repas simples et innocents des ancêtres, ramenés à la cour par ce roi sage. Il conclut en priant pour que les bienfaits du règne de Louis XIV soient éternels, comparant le roi à un olivier dont les rejets prolifèrent. Le texte se termine par une exhortation aux auteurs à imiter la nature dans leurs écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
s. p.
LE PROGRÈS DE L'ART DES JARDINS, Sous le Régne de Louis XIV.
Début :
Quelque éclat que LOUIS ait acquis [...]
Mots clefs :
Prière, Roi, France, Progrès, Art des jardins, Louis XIV, Spectacle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PROGRÈS DE L'ART DES JARDINS, Sous le Régne de Louis XIV.
LE PROGRES
DE L'ART
DES JARDINS,
Sous le Régne de Louis XIV.
Q+
Velque éclat que Lours ait acquis
par la Guerre ,
Il n'étoit pas toujours armé de sor Tonnere :
Quand la paix importoit au bien de ses Etats ,
Son cœur à ses douceurs ne se refusoit pas.
Aij Ma
2312 MERCURE DE FRANCE
Mais prenant son devoir de plus en plus pous
guide ,
D'un loisir paresseux il abhorroit le vuide ,
Et sans cesse occupé de mille soins nouveaux
Il ne se délassoit qu'à changer de travaux.
Ainsi , lorsque la paix trop long-tems fugi tive
Venoit à ses Lauriers marier son Olive ,
Egalant tour à tour les deux premiers Cé
sars ,
D'un regard favorable il honoroit les Arts.
Que dis- je même au fort des fureurs de Bel
lone
Il les faisoit fleurir à l'abri de son Trône ,
Et comblant les Sçavans et d'honneurs et dø biens ,
Il se les attachoit par les plus doux liens.
Eh! combien d'Arts aussi sous son heureux Ema
pire
A leur perfection n'a- t- on pas sçu conduire
Combien en a- t- on fait éclore d'inconnus ,
Et revenir au jour qui n'étoient déja plus ?
Les fruits presque étouffez au point de leur nais sance
Marquoient de nos Jardins la sterile impuis- sance ,
Ou par un sort semblable à la sterilité ,
Ils ne parvenoient point à leur maturité ;
Ils ne contractoient point ce coloris aimable
Le
NOVEMBRE. 1732. 2319
Le charme des regards , l'ornement de la Tag ble ,
Ni de ce goût exquis les savoureux appas
Dignes de contenter les palais délicats.
A
, peine , à peine même en la saison now
velle >
Par des légumes vils la térre payoit-elle
Des tristes Jardiniers les inutiles soins ;
Et le Ciel dédaignoit la voix de nos besoins.'
LOUIS veut y pourvoir , Lours dont la pruž dence
Egale la grandeur et la vaste puissance
Et dont l'esprit doüé d'un fin discernement
Sçait des talens divers profiter sagement.
Il voit la Quintynie , il le goûte , il l'ad
nime
Par les gages flateurs de la plus haute es time >
Et de ses propres yeux éclairant ses essais ,
Bien-tôt sur ses Jardins il en vit le succês.
Oui , bien-tôt il y vit ces fertiles Parterres ,
Ces Vergers fructueux , ces odorantes Serres ,
Et de ces Espaliers les dons appétissans ,
Par qui la volupté s'offroit à tous les sens.
Mais non c'étoit trop peu que , de la Quin
tynie ,
Ces fortunez Enclos montrassent le génie ,
Louis , qu'un cœur sublime en ses desseins con
duit ,
Aiij Veut
2314 MERCURE DE FRANCE.
Veut que toute la France en partage le fruit.
Aux ordres de son Roi ce grand homme est f
dele ;
D'un Jardinier parfait devenu le modele ,
Il en consigne l'Art dans un Livre fameux ,
Qui jusqu'aux derniers tems instruira nos Ne veux.
C'est là que penetrant jusqu'aux causes pre mieres ?
Au sein de la Nature il porte ses lumieres ,
Et de l'expérience empruntant le secours.
Des antiques erreurs désabuse nos jours.
C'est là qu'il nous prescrit la méthode pr dente
De choisir un terrain propre pour chaque
plante ;
Le moyen d'en connoître et d'en guérir log.
maux ,
Soulager les besoins , corriger les défauts.
C'est là que l'on apprend quelle adroite cul
ture
Peut hâter les progrès de la lente Nature ,
Ou , des Arbres trompeurs prévenant les af- fronts ,
Contraindre leurs rameaux à devenir féconds ;
Rameaux (qui l'auroit crû ) dont la séve as servie
Va se distribuer au gré de notre envie ,.
Et présente les fruits tellement dispersez ,
Qu'à peine avec la main on les eut mieux pla C'est
NOVEMBRE. 1732 2315
' est là qu'on va puiser la divine Science ,
Qui des Astres malins corrige l'influence ,
Par qui sur les Jardins l'hyyer n'a plus da
droits ,
Et dont la Terre enfin semble prendre des
loix.
Mais quelques dons qu'en soi le même esprig
rassemble ,
Il ne peut renfermer tous les talens ensemble.
Embrassant des Jardins la seule utilité ,
Ce Sçavant n'en avoit qu'ébauché la beauté.
Pour couronner l'ouvrage il en falloit u
autre 11
UA
D'un goût fin , délicat , tel enfin que le No
11201
Qui d'un Art enchanteur déployant les se
crets
A la Nature même, ajoutat des attraits.
Vous l'avez éprouvé , Fontainebleau , Versail les :
De vos Palais dorez les pompeuses murail
Jes ,
Et la riche splendeur de vos appartemens
J
Ne font pas tout l'objet de nos ravissemens ;
Et sans vanter ici les insignes spectacles ,
Dont à mille autres Arts vous devez les min
cles ,
L'Art sur qui ce grand Maître a porté le flame beau
tale en vos Jardins un spectacle aussi beau.
A iij C'est
316 MERCURE DE FRANCE
C'est à lui que l'on doit la galante parure
De ces Ifs qu'à son gré l'habile main
gure ,
Et de ces Boulingrains les tapis toujour verds ,
Par qui nous oublions l'outrage des hivers :
C'est à lui que l'on doit ces tentures fleu ries ,
Dont le riant aspect flatte nos rêveries •
Et ces voutes d'Ormeaux , dont le feuillage
épais
Au milieu des chaleurs nous fait goûter le
frais.
C'est à lui que l'on doit ces Cascades bril lantes ,
Et ces superbes Eaux jusqu'au Ciel jaillissan tes ;
Illustres Monumens où nos yeux éblouis
Reconnoissent le Régne et les soins de LOUIS
Priere pour le Roy.
Grand Dieu , qui dans le Roi que la France
pour Maître ,
As versé toutes les vertus
Qui le rendent dignes de l'être ;
Conserve-nous long- tems ce moderne Titus
Augmente d'année en année
Les fruits de son tendre hymenée;
Et fais à nos derniers Neveux ,
( En
NOVEMBRE. 1732. 2317.
( En transmettant son Trône à sa Lignée au
guste )
Goûter l'Empire doux et juste ,
Qui comble aujourd'hui tous nos vœux,
Arboribus morem imposuit Populisque.
Varier. Præd. Rust.
DE L'ART
DES JARDINS,
Sous le Régne de Louis XIV.
Q+
Velque éclat que Lours ait acquis
par la Guerre ,
Il n'étoit pas toujours armé de sor Tonnere :
Quand la paix importoit au bien de ses Etats ,
Son cœur à ses douceurs ne se refusoit pas.
Aij Ma
2312 MERCURE DE FRANCE
Mais prenant son devoir de plus en plus pous
guide ,
D'un loisir paresseux il abhorroit le vuide ,
Et sans cesse occupé de mille soins nouveaux
Il ne se délassoit qu'à changer de travaux.
Ainsi , lorsque la paix trop long-tems fugi tive
Venoit à ses Lauriers marier son Olive ,
Egalant tour à tour les deux premiers Cé
sars ,
D'un regard favorable il honoroit les Arts.
Que dis- je même au fort des fureurs de Bel
lone
Il les faisoit fleurir à l'abri de son Trône ,
Et comblant les Sçavans et d'honneurs et dø biens ,
Il se les attachoit par les plus doux liens.
Eh! combien d'Arts aussi sous son heureux Ema
pire
A leur perfection n'a- t- on pas sçu conduire
Combien en a- t- on fait éclore d'inconnus ,
Et revenir au jour qui n'étoient déja plus ?
Les fruits presque étouffez au point de leur nais sance
Marquoient de nos Jardins la sterile impuis- sance ,
Ou par un sort semblable à la sterilité ,
Ils ne parvenoient point à leur maturité ;
Ils ne contractoient point ce coloris aimable
Le
NOVEMBRE. 1732. 2319
Le charme des regards , l'ornement de la Tag ble ,
Ni de ce goût exquis les savoureux appas
Dignes de contenter les palais délicats.
A
, peine , à peine même en la saison now
velle >
Par des légumes vils la térre payoit-elle
Des tristes Jardiniers les inutiles soins ;
Et le Ciel dédaignoit la voix de nos besoins.'
LOUIS veut y pourvoir , Lours dont la pruž dence
Egale la grandeur et la vaste puissance
Et dont l'esprit doüé d'un fin discernement
Sçait des talens divers profiter sagement.
Il voit la Quintynie , il le goûte , il l'ad
nime
Par les gages flateurs de la plus haute es time >
Et de ses propres yeux éclairant ses essais ,
Bien-tôt sur ses Jardins il en vit le succês.
Oui , bien-tôt il y vit ces fertiles Parterres ,
Ces Vergers fructueux , ces odorantes Serres ,
Et de ces Espaliers les dons appétissans ,
Par qui la volupté s'offroit à tous les sens.
Mais non c'étoit trop peu que , de la Quin
tynie ,
Ces fortunez Enclos montrassent le génie ,
Louis , qu'un cœur sublime en ses desseins con
duit ,
Aiij Veut
2314 MERCURE DE FRANCE.
Veut que toute la France en partage le fruit.
Aux ordres de son Roi ce grand homme est f
dele ;
D'un Jardinier parfait devenu le modele ,
Il en consigne l'Art dans un Livre fameux ,
Qui jusqu'aux derniers tems instruira nos Ne veux.
C'est là que penetrant jusqu'aux causes pre mieres ?
Au sein de la Nature il porte ses lumieres ,
Et de l'expérience empruntant le secours.
Des antiques erreurs désabuse nos jours.
C'est là qu'il nous prescrit la méthode pr dente
De choisir un terrain propre pour chaque
plante ;
Le moyen d'en connoître et d'en guérir log.
maux ,
Soulager les besoins , corriger les défauts.
C'est là que l'on apprend quelle adroite cul
ture
Peut hâter les progrès de la lente Nature ,
Ou , des Arbres trompeurs prévenant les af- fronts ,
Contraindre leurs rameaux à devenir féconds ;
Rameaux (qui l'auroit crû ) dont la séve as servie
Va se distribuer au gré de notre envie ,.
Et présente les fruits tellement dispersez ,
Qu'à peine avec la main on les eut mieux pla C'est
NOVEMBRE. 1732 2315
' est là qu'on va puiser la divine Science ,
Qui des Astres malins corrige l'influence ,
Par qui sur les Jardins l'hyyer n'a plus da
droits ,
Et dont la Terre enfin semble prendre des
loix.
Mais quelques dons qu'en soi le même esprig
rassemble ,
Il ne peut renfermer tous les talens ensemble.
Embrassant des Jardins la seule utilité ,
Ce Sçavant n'en avoit qu'ébauché la beauté.
Pour couronner l'ouvrage il en falloit u
autre 11
UA
D'un goût fin , délicat , tel enfin que le No
11201
Qui d'un Art enchanteur déployant les se
crets
A la Nature même, ajoutat des attraits.
Vous l'avez éprouvé , Fontainebleau , Versail les :
De vos Palais dorez les pompeuses murail
Jes ,
Et la riche splendeur de vos appartemens
J
Ne font pas tout l'objet de nos ravissemens ;
Et sans vanter ici les insignes spectacles ,
Dont à mille autres Arts vous devez les min
cles ,
L'Art sur qui ce grand Maître a porté le flame beau
tale en vos Jardins un spectacle aussi beau.
A iij C'est
316 MERCURE DE FRANCE
C'est à lui que l'on doit la galante parure
De ces Ifs qu'à son gré l'habile main
gure ,
Et de ces Boulingrains les tapis toujour verds ,
Par qui nous oublions l'outrage des hivers :
C'est à lui que l'on doit ces tentures fleu ries ,
Dont le riant aspect flatte nos rêveries •
Et ces voutes d'Ormeaux , dont le feuillage
épais
Au milieu des chaleurs nous fait goûter le
frais.
C'est à lui que l'on doit ces Cascades bril lantes ,
Et ces superbes Eaux jusqu'au Ciel jaillissan tes ;
Illustres Monumens où nos yeux éblouis
Reconnoissent le Régne et les soins de LOUIS
Priere pour le Roy.
Grand Dieu , qui dans le Roi que la France
pour Maître ,
As versé toutes les vertus
Qui le rendent dignes de l'être ;
Conserve-nous long- tems ce moderne Titus
Augmente d'année en année
Les fruits de son tendre hymenée;
Et fais à nos derniers Neveux ,
( En
NOVEMBRE. 1732. 2317.
( En transmettant son Trône à sa Lignée au
guste )
Goûter l'Empire doux et juste ,
Qui comble aujourd'hui tous nos vœux,
Arboribus morem imposuit Populisque.
Varier. Præd. Rust.
Fermer
Résumé : LE PROGRÈS DE L'ART DES JARDINS, Sous le Régne de Louis XIV.
Sous le règne de Louis XIV, le roi, connu pour ses conquêtes militaires, appréciait également la paix et les arts. Lors des périodes de tranquillité, il se consacrait au développement des arts et des jardins, honorant les artistes et les savants en leur accordant des honneurs et des biens. Avant l'intervention de Louis XIV, les jardins français étaient stériles et improductifs, avec des fruits rares et de mauvaise qualité. Le roi, avec sa prudence et sa puissance, décida de remédier à cette situation en découvrant et soutenant La Quintinie, un expert en jardinage. Grâce à La Quintinie, les jardins du roi devinrent fertiles et productifs, offrant des parterres, des vergers, des serres et des espaliers. La Quintinie consigna son art dans un livre célèbre, instruisant les générations futures sur la culture des jardins, le choix du terrain, le soin des maladies et les techniques pour hâter la croissance des plantes. Cependant, La Quintinie se concentrait principalement sur l'utilité des jardins. Pour ajouter beauté et charme, un autre expert, probablement André Le Nôtre, fut nécessaire. Ce dernier apporta un goût fin et délicat aux jardins, créant des paysages enchanteurs avec des parures galantes d'ifs, des tapis de boulingrins, des tentures fleuries, des voûtes d'ormeaux, des cascades brillantes et des eaux jaillissantes. Ces éléments devinrent des monuments illustres du règne de Louis XIV. Le texte se termine par une prière pour le roi, demandant à Dieu de conserver Louis XIV et de transmettre son trône à sa lignée auguste, afin que les générations futures puissent continuer à profiter de son règne doux et juste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer