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p. 82-96
l'Accord de la Raison & de la Folie. / ACTEURS. LA RAISON. LA FOLIE. ARLEQUIN. SUITE de la Raison & de la Folie. SCENE PREMIERE. LA FOLIE. Choeur derriere le Theatre.
Début :
Vive le Roi, vive le Roi ; [...]
Mots clefs :
Folie, Raison, Arlequin, Roi, Vive le roi, Jeux, Peuple, Égide, Marotte, Jeune, Scène, Choeur, Fête, Amour, Baguette, Guérison
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texteReconnaissance textuelle : l'Accord de la Raison & de la Folie. / ACTEURS. LA RAISON. LA FOLIE. ARLEQUIN. SUITE de la Raison & de la Folie. SCENE PREMIERE. LA FOLIE. Choeur derriere le Theatre.
ACTEURS.
LA RAISON.
LA FOLIE .
ARLEQUIN .
SUITE dela Raiſon &de la Folie.
SCENE PREMIERE.
LA FOLIE .
Choeur derriere le Theatre.
VIVIve le Roi , vive le Roi ;
La Folie.
Quels chants joyeux ſe font entendre.
Choeur.
Vive le Roi , vive le Roi ,
La Folie.
Encor , je n'y puis rien comprendre
Peut- on ſe réjoüir , ſans moi ?
Ne fuis -je pas cette Folie
de Septembre 1722 . 83
Qui préſide à tous les plaiſis ?
Par qui le plus ſage s'oublie ,
Quand il voit combler ſes deſirs ?
Pour quelque heureux ſuccès , lorſqu'un
peuple eſt en fête د
Ce ne font que feſtins , que danſes & que
jeux ;
Mais la folie eſt à la tête ;
Sans moi l'on ne peut être heureux.
Cependant ſans monordre ici tout chante
&danſe ;
Quel Dieu , quelle Déeſſe ufurpe mon
emploi a
Choeur.
Vive le Roi , vive le Roi.
La Folie voyant approcher la Raison.
Ciel ! au bruit des vive le Roi ,
C'eſt ma rivale qui s'avance.
Scene deuxième .
La Raiſon tenant un Egide à la main.
La Folie avecsa marotte.
La Folie.
Eſt-ce vous , ſuperbe raiſon ,
-
D vj
84. Supplement du Mercure
Qui dans ces lieux tenez ma place?
D'où vous peut venir cette audace ?
Qu'êtes -vous près de moi ?
La Raison.
Point de comparaiſon.
J'ai mes droits , vous avez les vôtres.
La Folie.
Pourquoi donc ſur les droits des autres,
Empietez - vous injuſtement ?
Les jeux furent toûjours dans mon dépar
tement.
LaRaison.
Il eſt des plaiſirs raisonnables ,
Qui ne relevent que de moi.
Le Folie..
Ah , Ah !
La Raison.
N'en riez pas, ce ſont les veritables.
La Folie.
Elle radotte , que je crois.
de Septembre 1722. 83
La Raison.
Eſt- il d'allegreſſe plus ſage ,
Que celle où l'on ſe livre en faveurde
fon Roi ?
N'eſt-elle pas un juſte hommage
Des coeurs qui vivent ſous ſaloi
La Folie.
Cet hommage efttrès-legitime ,
J'approuve tout ce peuple & l'ardeur qui
l'anime ;
Mais parmi des tranſports fi doux,
Ce peuple a-t-il beſoin de vous ?
Avec un front ridé , des regards froids &
mornes .
Voulez-vous à ces jeuxpreſcrire unjuſte
point ,
Aſes plaiſirs pourquoi mettre des bor
nes ,
Lorſque ſon amour n'en a point..
La Raison.
Je veux en bannir le defordre ,
Je prétens qu'une fête ait tant de di
gnité,
: -
86 Supplément du Mercure
۱
1
Que malgré ſa malignité ,
La cenſure n'y puiſſe mordre ,
Parlez , eſt- il rien deplus beau ?
Qu'un feu qui de la nuit perçant les ſombres
voiles ,
Retrace à nos regards le celeſte flambeau.
Et va du firmament détacher les étoiles.
Qu'un ſi brillant ſpectacle eſt digne de
mes yeux ,
J'entens , je vois partir un trait audacieux
,
Qui s'ouvre vers l'olympe une route nou
velle.
Je m'écrie à chaque étincelle ,
Que l'amour est ingenieux !
Il vole , il porte ſur ſon aîle
Tous les voeux d'un peuple fidele ,
Et va pour un bon Roi ſolliciter les
Dieux.
La Folie.
Et moi ſans m'égarer dans ces billevefées,
de Septembre 1722. 87
J'aime mieux mille fois le joli que le
beau.
Je quitte ces grandes fuſées ,
Pour le plus petit ſerpenteau.
C'eſt ſans majesté qu'il débute ,
Mais avec quel plaiſir je le vois bondife
fant,
Au ſpectateur badaut comme un ſimple
paffant ,
Faire faire la cullebute ?
La raiſon.
Ce font là de vos jeux.
La Folie. こ
J'y trouve mille appas
On ſe caffe unejambe , un bras ,
C'eſt tant mieux pour la Chirurgie.
L'un y perd , l'autre y gagne , & tout eft
compenfé.
La Raison.
A
1 Vôtre zele eft trop vif.
La Folie.
Le vôtre eſt plus ſenſép
$8 Supplement du Mercure
Mais il a trop de létargie.
La Raison.
'C'eſt temps perdu que vous parler,
Brifſons- là , des jeux que j'ordonne,
Je vous défens de vous mêler.
Non
La Folie.
:
, ne vous flattez pas que je vou
abandonne ,
Undroit que je tiens du deſtin ;
Mais fur nos differens confultons Arle
quin ,
Tout étourdi qu'il eſt rarement il s'a
bufe ,
Il entredans tous mes projets
Je le prens pour arbitre.
La Raison.
Et moi je le recufe
C'eſt le plus fou de vos ſujets.
Scene troisième.
La Raifon , la Folie , Arlequin .
Arlequin.
Quelleest cetteguenen qui m'oſe faire in
fulte ?
de Septembre 1722 . 89
Il apperçoit la Folie , & court l'embraſſer,
Mais , ma chere Folie , eſt- ce toi que je
vois?
La Folie.
Là, prens un air plus grave , afin qu'on
te confulte :
Juge entre la Raifon & moi.
Arlequin.
- La Raiſon , fy ; quoi la folie ,
Juſqu'à ce point ſe meſalie ?
Fy , fy , vous dis-je , fy , mais , non, tu
veux railler ;
Tu prens trop de ſoin de ta gloire
Et je t'offenſerois de croire
Que tu puiſſe t'encanailler.
La Raison
1
Infolent ;
Arlequin.
Quoi , vieille croupiere'
Le prendre avec moi ſur ce ton
Et vîte un bâton , un bâton.
98 Supplément du Mercure
Arlequin veut f apper la Raison. Elle le
rend immobile avec fon Egide.
Arrête.
La Raifon .
Arlequin,
Oh ! pour le coup je crois qu'elle eſt ſora
cere ;
La baguette a joïé ſon jeu ;
Je me ſens tout de glace , & j'étois tout
en feu.
La Folie le touchant de få marotte.
Oppoſons baguette à baguette.
Arlequin en fautant.
O Ciel ! quel foudain changement !
J'étois froid comme marbre , & dans
moins d'un moment ,
Je prens feu comme une allumette .
A la Folie tombant fur elle.
Que j'aime ton petit joujou !
Va , je ſuis à toi ſans partage.
4
de Septembre 1722 .
وہ
La Raison & la Folie le touchant en mê
me temps , l'une avec ſon Egide ,
l'autre avec fa marotte .
Viens à moi
Arlequin entre la Raison & la Folie.
Je ne ſçais comment , ni par où ,
De vos enchantemens je ſens le double
uſage ,
De tout ce côtéje ſuis ſage ,
- Et de celui- ci je ſuisfou.
Ilfait des geſtes deſageſffe&defolies
La Raiſon à la Folie.
Entre nous deux puiſqu'il faut qu'il dé
cide ,
Qu'il foit libre en ſon jugement .
La Folie.
Oiii , retirons également,
Et ma Marotte , & ton Egide.
La Raiſon à Arlequin .
Tiens un juſte milieu pour être indiffe
rent.
Arlequin. :
Pourquoi cette ceremonie
$ Supplement du Mercure
La Raison.
C'eſt que l'eſpace n'est pas grand
De la raiſon à la folie.
Arlequin d'un ton grave.
Alfons , plaidez , Dame Folie ,
Et vous , plaidez , Dame Raiſon.
La Folie.
£
D'un Roi charmant l'heureuſe gueriſomm
Ayant d'un triſte deüil retiré ſon empire
...
On a vu tous les coeurs au plaifir ſe li
vrer .
Arlequin.
C'eſt fortbien fait , il nous faut rire,
Autant qu'il nous a fait pleurer :
Je juge ....
La Folie.
Ecoute tout avant que de conclure.
Arlequin.
Oh , contre l'avenir il faut qu'il nous ral
fure;
S'il veut être avec nous bien reconciliés
de Septembre 1722 . 93
Je veux que par une ambaſſade ,
H ſoit humblement ſupplié
Dene plus retomber malade.
La Folie.
Soit fait ainſi que tu le veux.
LaRaifon.
C'eſt le plus cher de tous mesvoeux,
La Folie.
Mais qui doit préſider aux Fêtes ?
LaRaifon.
N'est- ce pas moi ?
La Folie.
N'est- ce pas moi ?
Arlequin,
Toutes deux.
La Raison.
Toutes deux
La Folie.
Pourquoi ?
Arlequin.
:
Par ma foi , vous êtes deux bêtes ,
694 Supplement du Mercure
Partagez l'honneur entre vous ,
Que les jeux qu'en tous lieux vous allez
faire naître ,
Soient tels que je viens de paroître ,
Moitié ſages & moitié foux .
Ala Raison.
Pour rendre une fête accomplie ,
Chargez-vous de l'inventions
Mais comme dans la joye il faut que l'on
s'oublie.
Abandonnez à la Folie ,
Le ſoin de l'execution.
La Raifon,
Je ſouſcris àl'arrêt.
La Folie.
Il me tient lieu d'oracle,
LaRaifon.
Vous qui ſuivez mes loix , paroiſſez à mes
yeux.
La Folie. :
Et vous qui me ſervez par un nouveau
ſpectacle.
?
de Septembre 1722 . 95
Prenez ſoin d'embellir ces lieux .
La ferme s'ouvre , on voit un thrône , ſur lequel
Arlequin place la Raison & la Folie , ilſe place
au milieu d'elles. La Suite de la Raison
de la Folie dansent.
On chante.
Dans cet agreable ſéjour ,
Que chacun joue un nouveau Rolle ,
Que la Raiſon y paroiſſe un peu folle ,
Et la Folie un peu fage à ſon tour ;
C'eſt dans ce milieu favorable ,
Que l'on doit chercher le vrai bien ;
Tout le reſte eſt compté pour rien;
11 n'eſt ni parfait , ni durable .
On danse
Un suivant de la Raison.
Si dans nôtre jeune ſaiſon ,
De ſes noeuds les plus doux le tendre amour nous
lie ;
Ne nous enyvrons pas de fon charmant poifon ,
Livrons-nous aux accès d'une aimable Folic ,
Sans renoncer à la Raiſon .
Öndanse.
VAUDEVILLE,
Qui fait que certaine Cloris .
Sans être jeune ni jolie ,
Met ſes faveurs à ſi haut prix ?
C'eſt la Folie .
Mais qui fait qu'on l'en remercie ,
Et qu'on quitte cette guenon
Pour l'aimable & jeune Silvie ?
C'eſt la Raifon.
Qui fait que ce vieux ufurier,
Sans en jouir pafle la vie ,
6 Supplément du Mercure
Pour laiſſer unjeune heritier ?
C'eſta Folie.
Mais quand ſa cartiere eſt finie ,
Qui fait que ce jeune glouton ,
Mange tout , boit ju qu'à la lica
C'eſt la Raifon.
Damis, vrai dandin de nos jours,
Pour voir ſa roture annoblie ,
A l'hymen d' Y phiſe a recours,
Quelle folie !
Arifton , éppule Celie ,
Et pour étayer ſa maiſon ,
Ildéroge& ſe meſalie ,
Quelle raiſon !
Arlequin.
Qui fait qu'un ſevere cenfeur ,
Contre un éleve de Thalie ,
Eſt toûjours de mauvaiſe humeur ?
C'eſt la fo'ie.
Mais qui fait que malgré l'envie ,
Si - tôt qu'une piece a du bon
Du Parterre elle est applaudie ?
C'eſt la raiton..
LA RAISON.
LA FOLIE .
ARLEQUIN .
SUITE dela Raiſon &de la Folie.
SCENE PREMIERE.
LA FOLIE .
Choeur derriere le Theatre.
VIVIve le Roi , vive le Roi ;
La Folie.
Quels chants joyeux ſe font entendre.
Choeur.
Vive le Roi , vive le Roi ,
La Folie.
Encor , je n'y puis rien comprendre
Peut- on ſe réjoüir , ſans moi ?
Ne fuis -je pas cette Folie
de Septembre 1722 . 83
Qui préſide à tous les plaiſis ?
Par qui le plus ſage s'oublie ,
Quand il voit combler ſes deſirs ?
Pour quelque heureux ſuccès , lorſqu'un
peuple eſt en fête د
Ce ne font que feſtins , que danſes & que
jeux ;
Mais la folie eſt à la tête ;
Sans moi l'on ne peut être heureux.
Cependant ſans monordre ici tout chante
&danſe ;
Quel Dieu , quelle Déeſſe ufurpe mon
emploi a
Choeur.
Vive le Roi , vive le Roi.
La Folie voyant approcher la Raison.
Ciel ! au bruit des vive le Roi ,
C'eſt ma rivale qui s'avance.
Scene deuxième .
La Raiſon tenant un Egide à la main.
La Folie avecsa marotte.
La Folie.
Eſt-ce vous , ſuperbe raiſon ,
-
D vj
84. Supplement du Mercure
Qui dans ces lieux tenez ma place?
D'où vous peut venir cette audace ?
Qu'êtes -vous près de moi ?
La Raison.
Point de comparaiſon.
J'ai mes droits , vous avez les vôtres.
La Folie.
Pourquoi donc ſur les droits des autres,
Empietez - vous injuſtement ?
Les jeux furent toûjours dans mon dépar
tement.
LaRaison.
Il eſt des plaiſirs raisonnables ,
Qui ne relevent que de moi.
Le Folie..
Ah , Ah !
La Raison.
N'en riez pas, ce ſont les veritables.
La Folie.
Elle radotte , que je crois.
de Septembre 1722. 83
La Raison.
Eſt- il d'allegreſſe plus ſage ,
Que celle où l'on ſe livre en faveurde
fon Roi ?
N'eſt-elle pas un juſte hommage
Des coeurs qui vivent ſous ſaloi
La Folie.
Cet hommage efttrès-legitime ,
J'approuve tout ce peuple & l'ardeur qui
l'anime ;
Mais parmi des tranſports fi doux,
Ce peuple a-t-il beſoin de vous ?
Avec un front ridé , des regards froids &
mornes .
Voulez-vous à ces jeuxpreſcrire unjuſte
point ,
Aſes plaiſirs pourquoi mettre des bor
nes ,
Lorſque ſon amour n'en a point..
La Raison.
Je veux en bannir le defordre ,
Je prétens qu'une fête ait tant de di
gnité,
: -
86 Supplément du Mercure
۱
1
Que malgré ſa malignité ,
La cenſure n'y puiſſe mordre ,
Parlez , eſt- il rien deplus beau ?
Qu'un feu qui de la nuit perçant les ſombres
voiles ,
Retrace à nos regards le celeſte flambeau.
Et va du firmament détacher les étoiles.
Qu'un ſi brillant ſpectacle eſt digne de
mes yeux ,
J'entens , je vois partir un trait audacieux
,
Qui s'ouvre vers l'olympe une route nou
velle.
Je m'écrie à chaque étincelle ,
Que l'amour est ingenieux !
Il vole , il porte ſur ſon aîle
Tous les voeux d'un peuple fidele ,
Et va pour un bon Roi ſolliciter les
Dieux.
La Folie.
Et moi ſans m'égarer dans ces billevefées,
de Septembre 1722. 87
J'aime mieux mille fois le joli que le
beau.
Je quitte ces grandes fuſées ,
Pour le plus petit ſerpenteau.
C'eſt ſans majesté qu'il débute ,
Mais avec quel plaiſir je le vois bondife
fant,
Au ſpectateur badaut comme un ſimple
paffant ,
Faire faire la cullebute ?
La raiſon.
Ce font là de vos jeux.
La Folie. こ
J'y trouve mille appas
On ſe caffe unejambe , un bras ,
C'eſt tant mieux pour la Chirurgie.
L'un y perd , l'autre y gagne , & tout eft
compenfé.
La Raison.
A
1 Vôtre zele eft trop vif.
La Folie.
Le vôtre eſt plus ſenſép
$8 Supplement du Mercure
Mais il a trop de létargie.
La Raison.
'C'eſt temps perdu que vous parler,
Brifſons- là , des jeux que j'ordonne,
Je vous défens de vous mêler.
Non
La Folie.
:
, ne vous flattez pas que je vou
abandonne ,
Undroit que je tiens du deſtin ;
Mais fur nos differens confultons Arle
quin ,
Tout étourdi qu'il eſt rarement il s'a
bufe ,
Il entredans tous mes projets
Je le prens pour arbitre.
La Raison.
Et moi je le recufe
C'eſt le plus fou de vos ſujets.
Scene troisième.
La Raifon , la Folie , Arlequin .
Arlequin.
Quelleest cetteguenen qui m'oſe faire in
fulte ?
de Septembre 1722 . 89
Il apperçoit la Folie , & court l'embraſſer,
Mais , ma chere Folie , eſt- ce toi que je
vois?
La Folie.
Là, prens un air plus grave , afin qu'on
te confulte :
Juge entre la Raifon & moi.
Arlequin.
- La Raiſon , fy ; quoi la folie ,
Juſqu'à ce point ſe meſalie ?
Fy , fy , vous dis-je , fy , mais , non, tu
veux railler ;
Tu prens trop de ſoin de ta gloire
Et je t'offenſerois de croire
Que tu puiſſe t'encanailler.
La Raison
1
Infolent ;
Arlequin.
Quoi , vieille croupiere'
Le prendre avec moi ſur ce ton
Et vîte un bâton , un bâton.
98 Supplément du Mercure
Arlequin veut f apper la Raison. Elle le
rend immobile avec fon Egide.
Arrête.
La Raifon .
Arlequin,
Oh ! pour le coup je crois qu'elle eſt ſora
cere ;
La baguette a joïé ſon jeu ;
Je me ſens tout de glace , & j'étois tout
en feu.
La Folie le touchant de få marotte.
Oppoſons baguette à baguette.
Arlequin en fautant.
O Ciel ! quel foudain changement !
J'étois froid comme marbre , & dans
moins d'un moment ,
Je prens feu comme une allumette .
A la Folie tombant fur elle.
Que j'aime ton petit joujou !
Va , je ſuis à toi ſans partage.
4
de Septembre 1722 .
وہ
La Raison & la Folie le touchant en mê
me temps , l'une avec ſon Egide ,
l'autre avec fa marotte .
Viens à moi
Arlequin entre la Raison & la Folie.
Je ne ſçais comment , ni par où ,
De vos enchantemens je ſens le double
uſage ,
De tout ce côtéje ſuis ſage ,
- Et de celui- ci je ſuisfou.
Ilfait des geſtes deſageſffe&defolies
La Raiſon à la Folie.
Entre nous deux puiſqu'il faut qu'il dé
cide ,
Qu'il foit libre en ſon jugement .
La Folie.
Oiii , retirons également,
Et ma Marotte , & ton Egide.
La Raiſon à Arlequin .
Tiens un juſte milieu pour être indiffe
rent.
Arlequin. :
Pourquoi cette ceremonie
$ Supplement du Mercure
La Raison.
C'eſt que l'eſpace n'est pas grand
De la raiſon à la folie.
Arlequin d'un ton grave.
Alfons , plaidez , Dame Folie ,
Et vous , plaidez , Dame Raiſon.
La Folie.
£
D'un Roi charmant l'heureuſe gueriſomm
Ayant d'un triſte deüil retiré ſon empire
...
On a vu tous les coeurs au plaifir ſe li
vrer .
Arlequin.
C'eſt fortbien fait , il nous faut rire,
Autant qu'il nous a fait pleurer :
Je juge ....
La Folie.
Ecoute tout avant que de conclure.
Arlequin.
Oh , contre l'avenir il faut qu'il nous ral
fure;
S'il veut être avec nous bien reconciliés
de Septembre 1722 . 93
Je veux que par une ambaſſade ,
H ſoit humblement ſupplié
Dene plus retomber malade.
La Folie.
Soit fait ainſi que tu le veux.
LaRaifon.
C'eſt le plus cher de tous mesvoeux,
La Folie.
Mais qui doit préſider aux Fêtes ?
LaRaifon.
N'est- ce pas moi ?
La Folie.
N'est- ce pas moi ?
Arlequin,
Toutes deux.
La Raison.
Toutes deux
La Folie.
Pourquoi ?
Arlequin.
:
Par ma foi , vous êtes deux bêtes ,
694 Supplement du Mercure
Partagez l'honneur entre vous ,
Que les jeux qu'en tous lieux vous allez
faire naître ,
Soient tels que je viens de paroître ,
Moitié ſages & moitié foux .
Ala Raison.
Pour rendre une fête accomplie ,
Chargez-vous de l'inventions
Mais comme dans la joye il faut que l'on
s'oublie.
Abandonnez à la Folie ,
Le ſoin de l'execution.
La Raifon,
Je ſouſcris àl'arrêt.
La Folie.
Il me tient lieu d'oracle,
LaRaifon.
Vous qui ſuivez mes loix , paroiſſez à mes
yeux.
La Folie. :
Et vous qui me ſervez par un nouveau
ſpectacle.
?
de Septembre 1722 . 95
Prenez ſoin d'embellir ces lieux .
La ferme s'ouvre , on voit un thrône , ſur lequel
Arlequin place la Raison & la Folie , ilſe place
au milieu d'elles. La Suite de la Raison
de la Folie dansent.
On chante.
Dans cet agreable ſéjour ,
Que chacun joue un nouveau Rolle ,
Que la Raiſon y paroiſſe un peu folle ,
Et la Folie un peu fage à ſon tour ;
C'eſt dans ce milieu favorable ,
Que l'on doit chercher le vrai bien ;
Tout le reſte eſt compté pour rien;
11 n'eſt ni parfait , ni durable .
On danse
Un suivant de la Raison.
Si dans nôtre jeune ſaiſon ,
De ſes noeuds les plus doux le tendre amour nous
lie ;
Ne nous enyvrons pas de fon charmant poifon ,
Livrons-nous aux accès d'une aimable Folic ,
Sans renoncer à la Raiſon .
Öndanse.
VAUDEVILLE,
Qui fait que certaine Cloris .
Sans être jeune ni jolie ,
Met ſes faveurs à ſi haut prix ?
C'eſt la Folie .
Mais qui fait qu'on l'en remercie ,
Et qu'on quitte cette guenon
Pour l'aimable & jeune Silvie ?
C'eſt la Raifon.
Qui fait que ce vieux ufurier,
Sans en jouir pafle la vie ,
6 Supplément du Mercure
Pour laiſſer unjeune heritier ?
C'eſta Folie.
Mais quand ſa cartiere eſt finie ,
Qui fait que ce jeune glouton ,
Mange tout , boit ju qu'à la lica
C'eſt la Raifon.
Damis, vrai dandin de nos jours,
Pour voir ſa roture annoblie ,
A l'hymen d' Y phiſe a recours,
Quelle folie !
Arifton , éppule Celie ,
Et pour étayer ſa maiſon ,
Ildéroge& ſe meſalie ,
Quelle raiſon !
Arlequin.
Qui fait qu'un ſevere cenfeur ,
Contre un éleve de Thalie ,
Eſt toûjours de mauvaiſe humeur ?
C'eſt la fo'ie.
Mais qui fait que malgré l'envie ,
Si - tôt qu'une piece a du bon
Du Parterre elle est applaudie ?
C'eſt la raiton..
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