Fête particuliere an ſujet du Rétabliſſement
de la Santé du Roy.
A
Leuquétot , petit Village du Pays de
Caux , relevant de M. le Marquis du
Becde Fréquienne, Confeiller au Parlement
deRouen, il fut donné le 31 d'Août dernier
par Madame de Villemont , qui y poffede
une petite Terre , une Fête des plus galantes.
Cette belle zélée , tendre & fidele
Sujete du Roy , quoique née Hollandoife,
d'une des plus Nobles familles de la Province
de Gueldre , fit ordonner au Havre
de Grace , voifin du lieu , grand nombre
de futées volantes , avec plus de quatreyingt
boëtes , qui furent tirées par un Canonier
qu'elle avoit fait venir exprès . Entre
8 à 9 heures du foir elie mit elle -même
le feu au bucher preparé pour la tête.
Tous les Paytans de a Patoffe , & quanrité
d'autres des lieux circonve tins , s'y
BLOUVC.Ent
DE SEPTEMBRE. 195
trouverent en armes. La façade de fa mai
ſon , qui eſt aſſez reguliere & à la moderne
, étoit entierement illuminée , ainfi que
la cime des jeunes fapins qui en forment
l'avenue. Les Payfans fient fans relâche
des décharges de moufqueterie , en criant
de bon coeur & à pleine tête , Vive &
vive le Roy quatre violons , deux baffes ,
plufieurs tambours contribuérent à l'agrément
de la fête ; les fufées volantes firent
un très bel effet , & le bruit des boëtes au
milieu de la nuit , retentiffoit à plus d'une
lieuë à la ronde. Cette petite contrée qui
eft fur une éminence , fembloit être tout
en feu. Outre la table de la Maîtreffe >
où elle avoit invité plufieurs , perfonnes de
merite & de confideration , tous les Payfans
furent regalés à part ; & quelque
nombreufe que fut l'affemblée ,perfonne ne
s'en retourna avec la foif. Cette petite
Fête champêtre , où les Payfans & les Payfannes
danferent toute la nuit , avec des
acclamations prefqué continuelles de Vive
Le Roy, fe termina au point du jour. Alors
chacun fe retira chez foy fort content. Il
eft bon de remarquer que cette Dame
pour ne rien oublier de tout ce qui pou.
voit contribuer à marquer fon zéle , avoit
fait mettre en grands caracteres fur le
fronton de fa maifon les . Vers fuivans
qui lui avoient été envoyés quelques jours
kij. auparavant
>
196 LE MERCURE
auparavant par fon mary :
Que de larmes auroient coulé !
Helas ! fi la cruelle Parque
Avoit à fa fureur pour jamais immolé
Notre auguſte & charmant Monarque.
Du Seigneur Toutpuiffant qui le rend à nos
voeux ,
Obtenons par des facrifices
Qu'étant dés à prefent l'objet de nos delices ,
Il vive affez pour l'être encore de nos neveux,