LE TEMPLE de la felicité publique
figuré par le feu de joie élevé par les
soins de Messieurs les Lieutenant, Gens
du Conseil, Echevins, Gouverneurs de
la Ville de Reims, & tirè devant l'Hôtel
de Ville, pour la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, en presence
de M. le Comte de Grand Pré, Lieutenant
Général de la Province, qui mit le
feu avec M. le Lie[u]tenant des Habitans,
le Lundi 18. Octobre.
Jam nova progenies caelo demittitur alto,
Jam redit & virgo, redeunt Saturnia regna,
Virg. Eglog. IV.
La naissance de Monseigneur le DUC DE
BOURG[O]GNE, est un événement qui
met tout à la fois le comble aux vœux de Sa
Majesté, à ceux de Monseigneur le Dauphin
& au bonheur des Peuples.
La Ville de Reims, toujours distinguée par
son empressement à signaler son zele dans les
circonstances qui intéressent Sa Majesté & la fé-
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liciré de son Royaume, a voulu donner un specta-
cle digne de l'amour & de la reconnoissance dont
elle est si vivement pénétrée pour les bienfaits
dont Sa Majessé vient de la combler, & qui lui
fournissent les moyens de hâter l'éxécution des
fontaines amenées dans l'enceinte de ses muis. El-
le a cru devoir profiter des circonstances de la
joie publique pour reconnostre une faveur aussi
honorable; & au plaisir de se conformer aux in-
tentions de Sa Majesté, sur l'objet des dots
elle a joint la satisfaction de faire éclater les
mouvemens de sa gratitude.
Le Temple de la félicité publique, par une
imitation de celui qui fut élevé dans Rome sous
le plus grand & le meilleur des Empereurs, † est
le monument qui a paru au Conseil de Ville
le plus propre à exprimer ses sentimens pour un
Prince qui fait revivre les vertus d'Auguste.
Cet édifice d'ordre Corinthien, a cinquante-
cinque pieds d'élévation & vingt pieds de face, suu
un plan octogone, élevé sur cinq dégrés de mar-
bre; les pilastres, aussi de marbre, sont posés
sur des pieds-d'estaux couronnés de leur entable-
ment: dans les grandes faces s'ouvrent quatre
portiques en plein ceintre, ornés de leur impos-
te & archivolte, chargés de caducées, de car-
quois, & des armes de Ftance & de Bourgo-
gne : ces portiques découvrent l'intérieur du
Temple.
Dans les pans conpés de l'édifice du Temple
*Sa Majesté a accordé à la Vi. le de Reims, pour
remt lir cet objet, la somme de cent quatre- vingt mille
livres.
† Ce Temple fut banti par les soins de Lepidus. Dion.
Livre 44.
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sont placées quatre figures héroiques posées sur
leurs pied-d'estaux, au bas de chacun desquels on
lit dans un cattouche quatre vers, qui ont
rapport à la figure. Au dessus sont des médail-
lons en camoieux, rehaussés d'or, suspendus par
des mascarons.
Une balustrade aussi octogone, surmonte l'en-
tablement; dans les pans coupés sont des bas-
reliefs, & les inscriptions qui y ont tapport sont
placées dans la frise: sur les tablettes des piéd-d'es-
taux sont polés des groupes d'Amours & des
vases.
Au niveau de la corniche s'éleve un attique
sur lequel est appuyé un dôme de figure octo-
gone, enrichi de guirlandes; au sommet du
dôme est un amortissement qui porte la figure de
la Renommée terminant l'edifice du Temple.
Chaque figure placée dans les pans coupés de-
vient, par le caractere qui lui est propre, la Di-
vinité tutélaire du Temple; ces figures sont la
Paix, Minerve, la Force & l'Abondance.
La Paix tenant d'une main un rameau d'oli-
vier, & de l'autre un flambeau avec lequel elle
brule un trophée d'armes, pour annoncer que
son regne est plus que jamais assuré par la nais-
sance du jeune Priace.
A jamais sous mes pieds que la discorde expire;
L'Amout qui vient de naître écarte ses forfaits,
Et de LoUIS l'heureux empire
Deviendra pour toujours celui de mes bienfaits.
L'Abondance, caractérisée par la corne d'A-
malthée qu'elle tient daus ses bras, promet au
peuple ses bienfaits.
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Peuples, un fils du sang des Dieux,
De mes laveurs pour vous est la douce espérance,
Mes dons versés à sa naissance
Par les mains de LOUIS combleront tous vos
vœux.
Minerve portant d'une main le livre de ses
Joix, & de l'autre des desseins d'Architecture &
de Mathématique, semble exprimer que le Due
DE BOURGOGNI, instruit par les leçons de la Sa-
gesse, sera un jour la gloire & le protecteur des
beaux Arts.
Un Eleve nouveau, formé par mes otacles,
De ce Temple sacré sera le ferme appui,
Il crostra pour sa gloire, & deux Héros en lui
Verront de leurs vertus retracer les miracles.
La Force, armée d'une massue, terrasse à
ses pieds une Hydre representant la Discorde,
France, qu'a tes regards mes armes, mon con-
rage
N'annoncent désormais la crainte ni l'horreur;
Sous les yeux de LOUIS elles n'ont d'autre
usage,
Que d'affermit la paix, ta gloire & ton bonhour.