Mais à propos de Livres ,
on revient encore à la charge
fur mon compte , on recommence
à me reprocher que je
parle trop fouvent de moi ,
dans le mien : eſt ce pour me
loüer j'ay tort : finon , j'ay
raiſon. De qui ont parlé , s'il
vous plaît , Meſſieurs les Cenfeurs
, tous les faiſeurs de Me-
Octobre 1715 . N
146 MERCURE
moires dumonde ? n'est- ce pas
d'eux - mêmes , la plupart du
tems ? Et dequoi voulez vous
que je vous entretienne , aprés
les Gazettes de Roterdam
d'Amſterdam , de Leyden , de
Verdun & de France , de tour :
ce qu'elles vous auront dit en
trois ou quatre façons differentes
?
,
Vous voulez apparemment
que je devienne le Copiſte ,
ou le Commentateur de ces
grands monuments : je m'en
garderay bien , ces fortes de
pillages ne font permis que
lorſqu'on ne peut ſediſpenſer
GALANT. 147
1
de les faire. D'ailleurs je n'ay
jamais pris le ton des nouvelles,
en nouvelliſte reglé. J'ay
ſenti dés les premiers jours
que j'ay été inſtallé dans mon
emploi , la ſechereſſe de ce lan.
gage , & j'y ay ſuppléé autant
que j'ay pû, par monattention
à ramaſſer de bonnes pieces &
des Memoires curieux. Quand
ils m'ont manqué , j'ay raiſonné
àma fantaiſie , &tant qu'ils
me manqueront je raiſonneray
de même ; d'autant
plus volontiers que je ſçay de
bonnepart que mes raiſonnemens
ont amufe les Dames &
Nij
148 MERCURE
tous les honnêtes gens qui ne
cherchent qu'à s'amufer : co
que vous allez lire par exemple
eft de cette nature.